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Louis XIV

roi de France et de Navarre de 1643 à 1715
(Redirigé depuis Roi Soleil)

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Louis XIV
Illustration.
Portrait de Louis XIV en costume de sacre par Hyacinthe Rigaud en 1701.
Titre
Roi de France et de Navarre

(72 ans, 3 mois et 18 jours)
Couronnement en la cathédrale Notre-Dame de Reims
Régent Anne d'Autriche (1643-1651)
Premier ministre Jules Mazarin (1643-1661)
Jean-Baptiste Colbert (1662-1683)
Prédécesseur Louis XIII
Successeur Louis XV
Dauphin de France

(4 ans, 8 mois et 9 jours)
Prédécesseur Louis de France
Successeur Louis de France
Biographie
Dynastie Maison de Bourbon
Nom de naissance Louis de Bourbon[1]
Date de naissance
Lieu de naissance Château de Saint-Germain-en-Laye
Royaume de France Royaume de France
Date de décès (à 76 ans)
Lieu de décès Château de Versailles
Royaume de France Royaume de France
Nature du décès Gangrène
Sépulture Basilique de Saint-Denis
Père Louis XIII
Mère Anne d'Autriche
Fratrie Philippe d'Orléans
Conjoint Marie-Thérèse d'Autriche
(1659-1683)
Françoise d’Aubigné
(1683-1715)
Enfants Louis de France
Anne-Élisabeth de France
Marie-Anne de France
Marie-Thérèse de France
Philippe-Charles de France
Louis-François de France
Héritier Philippe de France (1643-1661)
Louis de France (1661-1711)
Louis de France (1711-1712)
Louis de France (1712-1712)
Louis de France (1712-1715) Red crown.png
Religion Catholicisme
Résidence Palais du Louvre
Château de Saint-Germain
Château de Versailles
Grand Trianon
Château de Marly

Signature de Louis XIV

Louis XIV
Rois de France

Louis XIV, dit « le Grand » et « le Roi-Soleil », né le au château Neuf de Saint-Germain-en-Laye et mort le à Versailles, est un roi de France et de Navarre. Il règne sur le royaume de France et de Navarre du (officiellement le ) à sa mort en 1715. Né Louis, surnommé « Dieudonné »[2], il monte sur le trône de France au décès de son père Louis XIII, quelques mois avant son cinquième anniversaire. Il est le 64e roi de France, le 44e roi de Navarre et le troisième roi de France issu de la dynastie des Bourbons. Son règne de 72 ans est l’un des plus longs de l'histoire d'Europe, et le plus long de l'Histoire de France.

S'il n'aime guère que Colbert fasse référence à Richelieu, néanmoins il s'inscrit dans son projet de construction séculaire d'un absolutisme de droit divin. Usuellement son règne est divisé en trois parties : la période de sa minorité troublée par la Fronde de 1648 à 1653, où sa mère et le cardinal Mazarin gouvernent ; la période allant de la mort de Mazarin en 1661 au début des années 1680 où le roi gouverne en arbitrant entre les grands ministres ; la période allant du début des années 1680 à sa mort, où le roi gouverne de plus en plus personnellement notamment après la mort de Colbert en 1683 puis de Louvois en 1691. Cette période est aussi marquée par un retour du roi à la religion sous l'influence notamment de sa nouvelle femme Madame de Maintenon. Son règne marque la fin des grandes révoltes nobiliaires, parlementaires, protestantes et paysannes qui avaient marqué les décennies précédentes. Le monarque impose l'obéissance à tous les ordres et contrôle les courants d'opinion (y compris littéraires ou religieux) de façon plus prudente que Richelieu.

La France est alors le pays le plus peuplé d'Europe, ce qui lui confère une certaine puissance d'autant que jusque dans les années 1670, l'économie se porte bien grâce notamment au dynamisme économique du pays et à des finances publiques en ordre. Par la diplomatie et la guerre, Louis XIV affirme sa puissance en Europe, en particulier contre les Habsbourg. Sa politique du « pré carré » cherche à agrandir et rationaliser les frontières du pays, protégée par la « ceinture de fer » de Vauban qui fortifie les villes conquises. Cette politique lui permet de donner à la France des frontières approchant celles d'aujourd'hui avec l'annexion du Roussillon, de la Franche-comté, de Lille, de l'Alsace et de Strasbourg. Toutefois les guerres pèsent sur les finances publiques et l'utilisation par Louis XIV de sa puissance engendre la méfiance des autres pays européens qui s'allient souvent à la fin de son règne pour contrer la France. C'est aussi le moment où, après la Glorieuse Révolution, l'Angleterre commence à affirmer sa puissance, notamment maritime et économique, sous le règne d'un adversaire déterminé de Louis XIV, Guillaume d'Orange.

D'un point de vue religieux, le 17e siècle est complexe et ne se limite pas à l'opposition entre catholiques et protestants. Parmi les catholiques, il existe sur la question de la grâce une forte opposition entre les jésuites qui donnent au roi son confesseur, et les jansénistes. De manière un peu schématique, les premiers pensent à la suite de Pélage que l'homme peut faire seul ou presque son salut tandis que les seconds, plus proches de la pensée d'Augustin d'Hippone, insistent sur le rôle de la prédestination et de Dieu. De son côté, l'École française de spiritualité, influente parmi les dévôts, défend un augustinisme plus tempéré. Louis XIV aura à trancher entre ces divers courants de pensée religieuse en tenant compte non seulement de ses propres convictions mais aussi de considérations politiques. Il se méfie du caractère anti-absolutiste du jansénisme qu'il fera condamner. Concernant les protestants, il révoque l'édit de Nantes en 1685, ce qui est généralement bien accueilli en France, plus mal en Europe. La question religieuse est aussi marquée par des relations tendues avec les papes, surtout avec Innocent XI, notamment sur la question du l'indépendance politique du roi et du clergé français face à Rome, et en raison de l'imprégnation du gallicanisme par le jansénisme ainsi que de la querelle du quiétisme de Fénelon.

À partir de 1682, Louis XIV dirige son royaume depuis le vaste château de Versailles, modèle architectural de nombreux palais européens et dont il a dirigé la construction. Sa cour soumet la noblesse, étroitement surveillée, à une étiquette très élaborée. Le prestige culturel s'y affirme grâce au mécénat royal en faveur d'artistes tels que Molière, Racine, Boileau, Lully, Le Brun et Le Nôtre, ce qui favorise l'apogée du classicisme français, qualifié, dès son vivant, de « Grand Siècle », voire de « Siècle de Louis XIV ».

Sa difficile fin de règne est marquée par l'exode des protestants persécutés, par des revers militaires, par les deux famines de 1693 et de 1709 qui font près de deux millions de morts, par la révolte des Camisards et par les nombreux décès de ses héritiers royaux. Tous ses enfants et petits-enfants dynastes sont morts, et son successeur, son arrière-petit-fils Louis XV, n'a que cinq ans à la mort du roi, et pourtant, même après la régence assez libérale de Philippe d'Orléans, l'absolutisme perdure, attestant ainsi de la solidité du régime qu'il a construit.

Si l'on cherche à évoquer l'influence posthume de Louis XIV, on doit signaler que ses Mémoires ont contribué à l'élaboration par Voltaire du concept de despotisme éclairé. De même selon Marc Fumaroli il serait le « saint patron » de la politique culturelle de la Cinquième république en France. Le Grand roi a fait l'objet de biographies contradictoires. Jules Michelet au 19e siècle lui est hostile et insiste sur le côté sombre de son règne (dragonnades, galère, disettes etc.). Dans la seconde moitié du 19e siècle, Ernest Lavisse est plus modéré, même si ses manuels scolaires insistent sur son despotisme et sa cruauté[3]. Dans les années 1970, Michel de Grèce a pointé ses insuffisances tandis que François Bluche le réhabilitait[4].

Sommaire

Biographie

La jeunesse de l'Enfant-Roi

Louis-Dieudonné

 
Anne d'Autriche et le futur roi Louis XIV qui porte une plume au béguin assorti à sa robe et un tablier richement orné de broderies et de dentelles.alt=Une femme et son enfant.
 
Acte de naissance 1638.
 
Avers de la médaille Louis XIV, MDCXLIII (1643) en mémoire de son 5e anniversaire, année de son accession au trône et de la prise de Thionville par le Grand Condé. Graveur Jean Mauger (1648-1712).

Fils de Louis XIII et d'Anne d'Autriche, Louis est le fruit d'unions dynastiques. Ses parents appartiennent à deux familles parmi les plus puissantes de ce temps : la Maison capétienne de Bourbon et les Habsbourgs. ses grands-parents paternels sont Henri IV et Marie de Médicis, respectivement Franco-Navarrais et Florentine ; ses grands-parents maternels, Philippe III et Marguerite d'Autriche-Styrie sont espagnol et autrichienne, tous deux Habsbourg, proches parents l'un de l'autre[n 1].

Au traditionnel titre de Dauphin de Viennois est ajouté à sa naissance celui de Premier fils de France. L’enfant est aussi prénommé Louis-Dieudonné, car, après presque vingt-trois ans de mariage sans enfant, plusieurs fausses couches de la reine et une mésentente du couple royal, la naissance inattendue de l’héritier du trône est considérée comme un don du ciel et bien des courtisans parlent de miracle. Certains historiens ont avancé que le véritable père était Mazarin, qui alors Premier ministre échangeait des lettres codées très sentimentales avec la Reine, mais cette hypothèse a été infirmée par un examen ADN[5],[6]. Quoi qu'il en soit, en 1637, pour forcer un peu le destin dans le cadre du Vœu de Louis XIII, le Roi avait présenté un acte faisant de la Vierge Marie la « protectrice spéciale » de son royaume, acte qu'il publie dès que la grossesse de la reine est avérée le . Par là, il instaure la fête de l'Assomption de Marie toujours célébrée de nos jours. C'est même un jour férié et chômé[7]. Des récits affirment que le roi a été conçu le [n 2], l'historien Jean-Christian Petitfils propose plutôt la date du 20 ou du [8].

La naissance de Louis[n 3], le [9], est suivie, deux ans plus tard, par celle de Philippe. La naissance tant espérée d'un dauphin écarte du trône le comploteur impénitent qu'était Gaston d'Orléans. C'est aussi une victoire politique pour le cardinal de Richelieu, alors Premier ministre de Louis XIII.

À la mort de son père, Louis-Dieudonné qui a quatre ans et demi devient roi sous le nom de Louis XIV[10]. Son père Louis XIII qui se méfiait d'Anne d'Autriche et de son frère le duc d'Orléans — qui avaient participé à des complots contre Richelieu — a établi un conseil de Régence comprenant en sus des deux personnes citées des fidèles de Richelieu parmi lesquels figurait Mazarin. Le texte y afférent a été enregistré le par le Parlement. Le , Anne d'Autriche se rend avec son fils au Parlement pour casser cette disposition et se faire confier « l'administration, libre, absolue et entière du royaume pendant sa minorité »[11], en bref la régence pleine et entière. Elle maintient contre toute attente le cardinal Mazarin comme Premier ministre, en dépit de la désapprobation des cercles politiques français de l'époque dont beaucoup n'apprécient pas qu'un Italien, fidèle de Richelieu, dirige la France[12].

La Régente quitte alors les appartements incommodes du Louvre et s'installe au Palais-Cardinal, légué par Richelieu à Louis XIII, pour profiter du jardin où peuvent jouer le jeune Louis XIV et son frère. Le Palais-Cardinal devient alors le Palais-Royal où des gouvernantes abandonnent le jeune Louis à leurs femmes de chambre qui cèdent à tous ses caprices, ce qui fera naître la légende colportée par les Mémoires de Saint-Simon d'une éducation négligée[13].

L'éducation du roi

 
Louis XIV et son frère cadet Philippe, dit le « Petit Monsieur », tableau attribué à Henri et Charles Beaubrun
 
Louis XIV, en costume de sacre en 1648.

En plus de ses fonctions ministérielles, Mazarin, parrain de Louis XIV, se voit attribuer par la reine en mars 1646 la responsabilité de l'éducation du jeune monarque et de son frère le duc Philippe d’Orléans (dit « le Petit Monsieur »), l’usage étant que les princes élevés par des gouvernantes « passent aux hommes » à l'âge de sept ans (l'âge de raison à l'époque) pour être confiés aux soins d’un gouverneur assisté d’un sous-gouverneur[14]. Il devient donc « surintendant au gouvernement et à la conduite de la personne du roi et de celle de M. le duc d'Anjou » et confie la tâche de gouverneur au maréchal de Villeroy. Le roi et son frère viennent souvent à l'hôtel de Villeroy, non loin du palais royal. Louis XIV se lie d'amitié à vie avec le fils du maréchal, François de Villeroy. Le roi a eu différents précepteurs, notamment l'abbé Péréfixe de Beaumont en 1644 et François de La Mothe Le Vayer. À partir de 1652, son meilleur éducateur est sans doute Pierre de La Porte, son premier valet de chambre qui lui fait lecture de récits historiques[15]. Malgré leurs efforts pour lui prodiguer des cours de latin, d'histoire, de mathématiques, d'italien et de dessin, Louis n'est pas un élève très travailleur. Par contre, suivant l'exemple du grand collectionneur d'art qu'est Mazarin, il se montre très sensible à la peinture, à l'architecture, à la musique et surtout à la danse qui est, à l'époque, une composante essentielle de l'éducation d'un gentilhomme : on dit que le jeune Louis s'entraîne à danser environ deux heures par jour de 7 à 27 ans[16]. Le jeune roi apprend aussi à jouer de la guitare auprès de Francesco Corbetta[17].

Louis aurait bénéficié également d'une éducation sexuelle particulière, sa mère ayant demandé à la baronne de Beauvais, surnommée « Cateau la Borgnesse », de le « déniaiser » à sa majorité sexuelle[n 4].

 
Louis XIV, enfant, en costume romain.

Louis, le « miraculé »

Dans son enfance, Louis XIV échappe à plusieurs reprises à la mort. À 5 ans, il manque de se noyer dans un des bassins du jardin du Palais-Royal. Il est sauvé in extremis. À 9 ans, le , il est atteint de la variole[18]. Dix jours plus tard, les médecins n’ont plus aucun espoir mais le jeune Louis se remet « miraculeusement ». À 15 ans, il a une tumeur au sein[18]. À 17 ans, il souffre de blennoragie[18].

L'alerte la plus sérieuse pour le Royaume a lieu le  : le roi, à 19 ans, est victime d’une grave intoxication alimentaire (à cause de l'infection des eaux) et de fièvre typhoïde[18], diagnostiquée comme un typhus exanthématique, lors de la prise de Bergues dans le Nord. Le lundi 8 juillet, on lui donne les derniers sacrements et on commence à préparer la succession mais Guénaut, le médecin d’Anne d’Autriche, lui donne un émétique à base d’antimoine et de vin qui guérit encore une fois « miraculeusement » le roi. Selon son secrétaire Toussaint Rose, c'est à cette occasion qu'il perd une bonne partie de ses cheveux et se met à porter temporairement[n 5] la « perruque à fenêtre » dont les ouvertures laissent passer les quelques mèches qui lui restent[19].

L'épreuve de la Fronde

Article détaillé : Fronde (histoire).
 
Le Grand Condé, d'abord ferme soutien du pouvoir royal puis opposant avant de revenir en grâce après le Traité des Pyrénées.
 
Louis XIV par Juste d'Egmont (1654).

Après avoir célébré sa première communion en l'église Saint-Eustache le , Louis XIV, qui n'a alors que 12 ans, entre au conseil en 1650. C'est l'époque de la Fronde, une contestation de l'autorité royale par les parlements et la noblesse. Cet épisode va marquer durablement le monarque. En réaction à ces événements, il s'appliquera plus tard à continuer le travail commencé par Richelieu : affaiblir les membres de la noblesse d'épée en les obligeant à servir comme membres de sa cour et en transférant la réalité du pouvoir à une administration très centralisée dirigée par la noblesse de robe[13].

En 1648, le Parlement de Paris s'oppose aux impôts que veut lever Mazarin et au pouvoir royal de légiférer en matière d'impôt[20]. La Journée des barricades contraint la régente et le roi à s'installer à Rueil-Malmaison[21]. Si la cour revient assez vite dans la capitale, les exigences des parlementaires, appuyés par le très populaire Jean-François Paul de Gondi, obligent Mazarin à envisager un coup de force. En pleine nuit, au début de l'année 1649, la régente et la cour quittent la capitale dans le but de l'assiéger et de la remettre à obéissance. L'affaire se complique quand des personnalités de la haute noblesse apportent leur soutien à la fronde : le prince de Conti, frère de Condé, Beaufort, petit-fils d'Henri IV et quelques autres veulent renverser Mazarin. Après quelques mois de siège conduit par Condé, un accord de paix (paix de Rueil) est trouvé, qui voit le triomphe du Parlement de Paris et la défaite de la cour. Toutefois, il s'agit d'une trêve plutôt qu'une paix[22].

En 1649-1650, un renversement d'alliance intervient, Mazarin et la régente se rapprochent du Parlement et des chefs des Grands de la première Fronde et font enfermer Condé, leur ancien allié, et le Cardinal de Retz[23]. À partir de , se développe la révolte princière qui oblige Mazarin et la cour à se déplacer en province pour mener des expéditions militaires[24]. En 1651, Gondi et Beaufort, chefs des Grands de la première fronde et le Parlement, s'allient pour renverser Mazarin qu'une émeute oblige à s'exiler le . La reine et le jeune Louis essaient de s'enfuir de la capitale mais, alarmés, les Parisiens envahissent le palais royal où loge le roi, désormais prisonnier de la fronde. Le cardinal de Retz et le duc d'Orléans vont alors faire subir au roi une humiliation qu'il n'oubliera jamais : en pleine nuit, ils confient au capitaine des gardes suisses du Duc de vérifier de visu qu'il est bien là[25].

Le , un lit de justice déclare la majorité du roi (la majorité royale est à treize ans). Tous les Grands du royaume viennent lui rendre hommage, sauf Condé qui, de Guyenne, lève une armée pour marcher sur Paris[26]. Le , pour éviter d'être à nouveau prisonnière dans Paris, la cour quitte Paris pour Fontainebleau, puis Bourges où sont stationnés les quatre mille hommes du maréchal d'Estrée[26]. Commence alors une guerre civile qui « va contribuer à clarifier les choses »[26]. Le , Louis XIV autorise Mazarin à revenir en France ; en réaction, le Parlement de Paris, qui a banni le cardinal, met sa tête à prix pour 150 000 livres[27].

Début 1652, trois camps se font face : la cour libérée de la tutelle instaurée par le Parlement en 1648, le Parlement et enfin Condé et les Grands[28]. Condé va dominer Paris durant la première partie de l'année 1652 en s'appuyant notamment sur le peuple qu'il manipule en partie. Ce faisant, il perd des positions en province et Paris supporte de moins en moins sa tyrannie : il est donc contraint de quitter la ville le avec ses troupes[29]. Le Anne d'Autriche et son fils Louis XIV accompagnés du roi déchu Charles II d'Angleterre rentrent dans la capitale. L'absolutisme de droit divin va alors commencer à se mettre en place. Une lettre que le roi a adressée quelque temps auparavant au Parlement permet d'en percevoir la substance :

« Toute autorité Nous appartient. Nous la tenons de Dieu seul sans qu'aucune personne, de quelque condition qu'elle soit, puisse y prétendre […] Les fonctions de justice, des armes, des finances doivent toujours être séparées ; les officiers du Parlement n'ont d'autre pouvoir que celui que Nous avons daigné leur confier pour rendre la justice […] La postérité pourra-t-elle croire que ces officiers ont prétendu présider au gouvernement du royaume, former des conseils et percevoir des impôts, s'arroger enfin la plénitude d'un pouvoir qui n'est due qu'à Nous[30] »

Le , Louis XIV, alors âgé de quinze ans, convoque un lit de justice où, rompant avec la tradition, il apparaît en chef militaire avec gardes et tambours. À cette occasion, il proclame une amnistie générale, tout en bannissant de Paris des Grands, des parlementaires ainsi que des serviteurs de la maison de Condé. Quant au parlement, il lui interdit « de prendre à l'avenir aucune connaissance des affaires de l'État et des finances »[31].

Louis XIV est sacré le en la cathédrale de Reims par Simon Legras, évêque de Soissons. Il laisse les affaires politiques à Mazarin, tandis qu'il continue sa formation militaire auprès de Turenne[32].

Mariage avec Marie-Thérèse d'Autriche

 
Entrevue de Louis XIV et de Philippe IV dans l'île des Faisans en 1659. On distingue la fille de Philippe IV, future reine de France, derrière lui.

Pendant le voyage du jeune roi, le , les Espagnols acceptent de signer le traité des Pyrénées qui fixe les frontières entre la France et l'Espagne. De son côté, Louis XIV accepte, bon gré mal gré, de respecter une des clauses du traité : épouser l'infante Marie-Thérèse d'Autriche, fille de Philippe IV, roi d'Espagne, et d'Élisabeth de France[33]. Les époux sont doublement cousins germains : la reine mère Anne d'Autriche étant la sœur de Philippe IV et Élisabeth de France la sœur de Louis XIII. Ce mariage a cependant pour but de rapprocher la France de l'Espagne. Il a lieu le en l'église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Luz[34]. Louis ne connaît sa femme que depuis trois jours, celle-ci ne parle pas un mot de français, mais le roi « l'honore » fougueusement devant témoins dès la nuit de noces[35]. Selon d'autres sources, cette nuit de noces, contrairement à l'usage, n'aurait pas eu de témoin[36].

Notons qu'à l'occasion de ce mariage, Marie-Thèrèse a dû renoncer à ses droits sur le trône d'Espagne et que Philippe IV d'Espagne s'est engagé à verser « 500 000 écus d'or payables en trois versements ». Il est mentionné que si ce paiement ne se fait pas, la renonciation devient caduque[37].

Le début de la direction du gouvernement par Louis XIV 1661 - 1680

La prise de pouvoir

 
Nicolas Fouquet, flamboyant surintendant, sera écarté du pouvoir pour permettre au Roi-Soleil de mieux briller

À la mort de Mazarin, le , la première décision de Louis XIV est de supprimer la place de ministre principal et de prendre personnellement le contrôle du gouvernement dès le [38] par un « coup de majesté ».

La situation financière dégradée[39] dont l'informe Jean-Baptiste Colbert et le fort mécontentement des provinces contre la pression fiscale durant les 18 années de ministère du défunt cardinal sont préoccupants. Les causes en sont la guerre ruineuse contre la maison d’Espagne et les cinq années de Fronde, mais aussi l’enrichissement personnel effréné de Mazarin, dont Colbert lui-même a profité, et celui du surintendant Fouquet. Le , jour de ses 23 ans, le roi fait arrêter Fouquet au grand jour, par d'Artagnan. Il supprime par la même occasion le poste de surintendant des finances[40].

Louis XIV crée une chambre de justice pour examiner les comptes des financiers, dont Fouquet. Les juges condamnent en 1665 Fouquet au bannissement, sentence que le roi commue en emprisonnent à vie à Pignerol[41]. En juillet 1665, les juges renoncent à poursuivre les fermiers et les traitants amis de Fouquet moyennant le versement d'une taxe forfaitaire[42]. Tout cela permet à l'État de récupérer une centaine de millions de livres[43].

Le , il entreprend l'expédition de Djidjelli, afin de mettre fin au piratage des barbaresques en Méditerranée, mais l'affaire se solde, en , par un échec cuisant[44].

Ministres, favorites et confesseurs

Le roi gouverne avec divers ministres de confiance : la Chancellerie est occupée par Pierre Séguier puis par Michel Le Tellier, la surintendance des finances est entre les mains de Colbert, le secrétariat d'État à la guerre est confié à Michel Le tellier, puis à son fils, le marquis de Louvois, le secrétariat d'État à la maison royale et au clergé entre les mains de Henri du Plessis-Guénégaud jusqu'à la destitution de ce dernier. Durant la première partie du règne, l'appareil d'État sera assez profondément modernisé.

Le roi a plusieurs maîtresses dont les plus notables sont Louise de La Vallière et Madame de Montespan. Cette dernière, qui a en commun avec le roi « le goût du faste et de la grandeur »[45], le conseille dans le domaine artistique. Elle soutient Jean-Baptiste Lully, Racine et Boileau. Louis XIV, alors dans la quarantaine, semble pris d'une frénésie sensuelle intense et mène une vie sentimentale peu chrétienne[46]. Les choses changent au début des années 1680 quand le roi va se rapprocher, puis épouser secrètement Madame de Maintenon. L'Affaire des poisons contribue également à cette conversion[47].

Le poste de confesseur royal a été occupé par une succession de jésuites : d'abord, le père Annat de 1654 à 1670, un anti-janséniste farouche attaqué par Pascal dans Les Provinciales, puis le père Ferrier de 1670 à 1674[48], suivi par le père de la Chaize de 1675 à 1709[49],[50] et enfin le père Le Tellier.

Les guerres et les traités de Paix

Durant cette période, le roi mène deux guerres. D'abord la guerre de dévolution (1667-1668), provoquée par le non-paiement des sommes dues pour le renoncement de la reine au trône d'Espagne, puis la guerre de Hollande (1672-1678). La première se conclut par le Traité d'Aix-la-Chapelle (1668) par lequel le royaume de France conserve les places fortes occupées ou fortifiées par les armées françaises pendant la campagne de Flandre ainsi que leurs dépendances: des villes du comté de Hainaut et la forteresse de Charleroi dans le comté de Namur[51]. En contrepartie, la France rend à l'Espagne la Franche-Comté, territoire qui lui reviendra dix ans plus tard par le Traité de Nimègue () qui conclut la guerre de Hollande[52].

La maturité de 1681 à 1710

Les mutations du début des années quatre-vingt

Vers 1681, le roi revient à une vie privée décente sous l'influence conjuguée de ses confesseurs, de l'affaire des poisons et de Madame de Maintenon[53]. L'année 1683 est marquée par la mort de Colbert, un de ses principaux ministres et l'« agent de cet absolutisme rationnel qui se développe alors, fruit de la révolution intellectuelle de la première moitié du siècle ». La reine Marie-Thérèse meurt la même année, ce qui permet au roi d'épouser secrètement Madame de Maintenon, lors d'une cérémonie intime qui eut lieu vraisemblablement en 1683, mais les dates de ou ont aussi été avancées[54]. En 1684, la dévotion s'installe en force à la cour[54], qui a emménagé à Versailles depuis 1682. En 1685, la révocation de l'édit de Nantes redore le prestige de Louis XIV vis-à-vis des princes catholiques et lui restitue « sa place parmi les grands chefs de la chrétienté »[55] (voir la section plus loin).

1691 : début du gouvernement personnel du roi

Jusque vers 1691, le roi gouverne en arbitrant entre ses principaux ministres : Colbert, Michel Le Tellier et Louvois. La mort de ce dernier en 1691 change la donne. Elle permet au roi de répartir le secrétariat d'État à la guerre entre plusieurs mains, ce qui lui permet de s'impliquer davantage dans le gouvernement quotidien. Saint-Simon note que le roi prend alors plaisir « à s'entourer de « fort jeunes gens » ou d'obscurs commis peu expérimentés, afin de mettre en relief ses capacités personnelles »[56]. À partir de cette date, il devient à la fois chef d'État et de gouvernement[56].

Affaires étrangères

La guerre des réunions qui, entre 1683 et 1684, oppose la France et l'Espagne, se termine par la trêve de Ratisbonne signée pour permettre à l'empereur Léopold Ier de combattre les Ottomans. De 1688 à1697, la guerre de la ligue d'Augsbourg oppose Louis XIV, alors allié à l'Empire ottoman et aux jacobites irlandais et écossais, à une large coalition européenne, la ligue d'Augsbourg menée par l'Anglo-Néerlandais Guillaume III, l'empereur du Saint-Empire romain germanique Léopold Ier, le roi d'Espagne Charles II, Victor-Amédée II de Savoie et de nombreux princes du Saint-Empire romain germanique. Ce conflit se déroule principalement en Europe continentale et dans les mers voisines. Mais il se déroule également sur le territoire irlandais, où Guillaume III et Jacques II se disputent le contrôle des îles britanniques. Il s'agit de la première Guerre intercoloniale opposant les colonies anglaises et françaises et leurs alliés amérindiens en Amérique du Nord. Finalement, la guerre aboutit au traité de Ryswick (1697), où la France reconnaît la légitimité de Guillaume d'Orange au trône anglais, lequel sort renforcé de l'épreuve tandis que la France, surveillée par ses voisins de la ligue d'Augsbourg, ne peut plus dicter sa loi. Globalement, ce traité est mal accueilli en France[57]. La guerre de succession d'Espagne, quant à elle, oppose encore la France à quasiment tous ses voisins, à l'exception de l'Espagne. Elle se conclut par les traités d'Utrecht (1713) et le traité de Rastatt de 1714. Ces traités sont écrits en français, qui devient langue diplomatique, situation qui perdurera jusqu'en 1919.

Fin de règne et succession

Une série de deuils affaiblit la dynastie

 
Louis XIV et sa famille par Nicolas de Largillierre.

Des décès entraînant des problèmes de succession et la santé dégradée du vieux roi assombrissent la fin de son règne.

En 1710, Louis XIV avait une grande famille, et de nombreux héritiers légitimes : un fils de 48 ans, trois petits-fils (dont Philippe, roi d'Espagne) et deux arrière-petits-fils sans compter les branches cadettes de la famille royale Orléans, Condé et Conti (que le roi a marié avec ses bâtardes pour mieux les humilier et les tenir en respect). Tous (sauf le roi d'Espagne et son frère le duc de Berry) se prénommaient Louis pour montrer la continuité de la dynastie. Or, il perd presque tous ses héritiers légitimes entre 1711 et 1714[58].

En 1711, le Grand Dauphin, seul fils légitime survivant décède de la variole à 49 ans[59]. En 1712 une épidémie de rougeole ravage la famille de l'aîné de ses trois petits-fils. Le nouveau dauphin duc de Bourgogne, meurt à 29 ans avec son épouse et son fils de 5 ans (un premier enfant était déjà mort en bas âge en 1705). Ne survit qu'un petit garçon de deux ans, Louis, sauvé de l'épidémie par sa gouvernante[60], mais qui reste affaibli : il est le dernier arrière-petit-fils légitime du roi régnant, d'autant plus isolé qu'en 1714, son oncle, le duc de Berry, le plus jeune des petits-fils du roi meurt sans héritier des suites d'une chute de cheval.

L'âge de Louis XIV et la santé très fragile de l'enfant qui est désormais son héritier posent un grave problème dynastique et pourrait faire craindre la fin de l'arbre généalogique des Bourbon.

     ┌── par Marie-Thérèse d'Autriche (1638-1683)
     │    └──> Louis de France (16611711)
     │           │
     │           │  ┌──> Louis de France (16821712), duc de Bourgogne
     │           │  │     │
     │           │  │     └──> Louis de France (1704-1705)
     │           │  │     └──> Louis de France (1707-1712)
     │           │  │     └──> Louis XV de France (1710-1774)
     │           │  │
     │           └──+──> Philippe de France, duc d'Anjou (1683-1746), roi d'Espagne
     │              │
     │              └──> Charles de France (1686-1714), duc de Berry, marié avec Marie-Louise-Élisabeth d'Orléans
     │
┌──> Louis XIV (16381715)
│    │
│    │             ┌──> Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine (1670-1736),
│    │             │    
│    │    ┌────────+──> Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse (1678-1737)
│    │    │        │ 
│    │    │        └──> Autres enfants dont Mademoiselle de Blois
│    │    │                                                         
│    └─ par Madame de Montespan                                 
│                                                                  
│                                                                 
└──> Philippe d'Orléans (1640-1701)──> Philippe d'Orléans (1674-1723)(Régent)

L'hypothèse de la légitimation des bâtards royaux ?

 
Louis XV, l'arrière-petit-fils de Louis XIV, lui succède et conduit le pays en 1722 après la régence de son oncle, Philippe d'Orléans.

Pour résoudre cette crise potentielle, le roi Louis XIV décide de renforcer la maison royale en accordant par un édit du le droit de succession, « à défaut de tous les princes de sang royal »[61] au duc du Maine et au comte de Toulouse, deux fils bâtards légitimés qu'il avait eus de Madame de Montespan. Cette décision violait les lois fondamentales du Royaume, qui avaient toujours écarté du trône les enfants bâtards et rencontra une incompréhension souvent scandalisée[62]. Il semble que le roi ait été prêt à contredire les vieilles lois de succession pour écarter du trône et de la régence son neveu Philippe d'Orléans, successeur potentiel, et dont il se méfiait, le trouvant paresseux et débauché[63].

Mort du roi

Article détaillé : Mort de Louis XIV.

Le , revenant du château de Marly, le roi apparaît brusquement très abattu. Le 10, il se plaint d’une douleur à la jambe gauche. L'examen révèle une gangrène sénile à la jambe, devant laquelle les médecins sont impuissants[64].

Le , aux alentours de 8 h 15 du matin, le roi meurt de cette ischémie aiguë du membre inférieur, causée par une embolie liée à une arythmie complète, compliquée de gangrène[65]. Il est entouré de ses courtisans. L'agonie a duré plusieurs jours. Son règne a duré soixante-douze années et cent jours (cinquante-quatre années de règne effectif si on retire la période de la régence de 1643 à 1661).

Le Parlement de Paris casse son testament dès le 4 septembre, ouvrant une ère de retour en force des nobles et des parlementaires. Pour la plupart de ses sujets, le souverain vieillissant était devenu une figure de plus en plus lointaine. Le cortège funèbre est même hué ou raillé sur la route de Saint-Denis. Cependant, de nombreuses cours étrangères, même traditionnellement ennemies de la France, ont conscience de la disparition d'un monarque d'exception : Frédéric-Guillaume Ier de Prusse n'a besoin de donner aucune précision de nom lorsqu'il annonce solennellement à son entourage : « Messieurs, le roi est mort ».

Sépulture

 
Cénotaphe de Louis XIV dans la basilique Saint-Denis.

Le corps de Louis XIV est déposé dans le caveau des Bourbons, dans la crypte de la basilique Saint-Denis[n 6]. Son cercueil est profané le et son corps jeté dans une fosse commune attenante à la basilique vers le nord[66].

Au XIXe siècle, Louis-Philippe Ier commande un monument dans la chapelle commémorative des Bourbons à Saint-Denis, en 1841-1842. L'architecte François Debret est chargé de concevoir un cénotaphe en remployant plusieurs sculptures d'origines diverses : un médaillon central représentant un portrait du roi de profil réalisé par l'atelier du sculpteur Girardon au XVIIe siècle, mais dont l'origine n'est pas connue, cantonné de deux figures de Vertus sculptées par Le Sueur et provenant du tombeau de Guillaume du Vair, évêque-comte de Lisieux, et surmonté d'un ange sculpté par Jacques Bousseau au XVIIIe siècle, provenant de l'église de Picpus. De part et d'autre de cet ensemble de sculptures sont placées quatre colonnes en marbre rouge provenant de l'église de Saint-Landry, et des bas-reliefs provenant du tombeau de Louis de Cossé à l'église du couvent des Célestins de Paris (les génies funéraires provenant du même tombeau ont été déplacés par Viollet-le-Duc au musée du Louvre)[67].


Louis XIV et l'absolutisme français

 
Louis XIV en 1661 par Charles Le Brun. À 23 ans, il décide de prendre réellement le pouvoir en devenant monarque absolu.

Également désigné sous le nom de Roi-Soleil (appellation tardive qui remonte à la monarchie de Juillet même si le roi prend cet emblème lors de la fête du carrousel le [68]), Louis XIV a renforcé la monarchie, qui devient monarchie absolue de droit divin. Lorsqu'il prend le pouvoir, le , le roi, alors âgé de 16 ans, décrète dix-sept édits visant à renflouer les caisses de l’État, ce qui a pour effet de faire passer le total des revenus fiscaux du royaume de 130 millions de livres en 1653 à plus de 160 millions en 1659-1660[69]. La légende raconte qu'il aurait alors dit aux parlementaires réticents le célèbre mot « L'État, c'est moi ! », même si le fait est contesté. En réalité, Louis XIV se dissocie de l'État, dont il se définit lui-même comme étant seulement le premier serviteur[70],[71]. D'ailleurs, sur son lit de mort, il déclare en 1715 : « Je m'en vais, mais l'État demeurera toujours »[72]. Pourtant la phrase « l'État c'est moi » résume l'idée que ses contemporains se sont faite du roi et de ses réformes centralisatrices. D'un point de vue plus philosophique, pour les théoriciens de l'absolutisme du XVIIe siècle français, imprégnés de néoplatonisme, cette formule signifie que l'intérêt du roi n'est seulement le sien propre mais aussi celui du pays qu'il sert et qu'il représente. Bossuet note à ce propos : « le roi n'est pas né pour lui-même, mais pour le public »[73].

L'absolutisme de Louis XIV

La pensée absolutiste de Louis XIV

 
Thomas Hobbes (1588-1679) qui a écrit en France son livre majeur Léviathan (Thomas Hobbes) est un contemporain de Louis XIV

On peut avoir une aperçu de la pensée de Louis XIV concernant l'absolutisme en lisant Mémoires pour l'instruction du dauphin, un livre qu'il n'a pas écrit directement mais qu'il a « en partie dicté au président Octave de Prérigny puis à Paul Pellison-Fontanier[74] ». En ce qui concerne la partie non dictée, le roi a juste indiqué en note ce qu'il voulait voir dans le livre. Il convient de noter que ces Mémoires constituent un ensemble assez disparate « de tableaux militaires et de pensées sans autre fil conducteur que la chronologie[75] », ce qui a permis de développer « la figure du roi-écrivain » que Voltaire a amplifiée en faisant de Louis XIV un roi-philosophe platonicien précurseur du despotisme éclairé[76]. Le texte lui-même est imprégné de pensée néo-stoïcienne très prégnante dans la société cultivée du Grand Siècle[77].

Ce livre montre bien l'importance que Louis XIV attribue à la concentration du pouvoir entre ses mains. Chez lui, le pouvoir, c'est d'abord la liberté d'action du roi, sa liberté de décision tant face aux ministres qu'à tout autre corps. La pensée de Louis XIV, proche ici de celle de Richelieu, est résumée par la formule « Quand on a l'État en vue, on travaille pour soi », formule qui s'oppose à la pensée de Thomas Hobbes qui met plus l'accent sur le peuple et la multitude[78]. Toutefois chez Louis XIV la liberté est limitée par des thématiques stoïciennes : l'autocontrôle, la maîtrise que l'on doit exercer sur soi et la volonté de se dépasser. On y trouve aussi l'idée d'« équilibre tranquille (l'euthymia d'un Sénèque[79]) », de la nécessité de résister aux passions. Dans ses Mémoires, Louis XIV note :

« C'est qu'en ces accidents qui nous piquent vivement et jusqu'au fond du cœur, il faut garder un milieu entre la sagesse timide et le ressentiment emporté, tâchant pour ainsi dire, d'imaginer pour nous-même ce que nous conseillons à un autre en pareil cas. Car, quelque effort que nous fassions pour parvenir à ce point de tranquillité, notre propre passion, qui nous presse et nous sollicite au contraire, gagne assez sur nous pour nous empêcher de raisonner avec trop de froideur et d'indifférence (Mémoires p. 71-72 cité in Perez[79]). »

Atteindre cet équilibre suppose un combat contre soi-même. Louis XIV remarque, « il faut se garder contre soi-même, prendre garde à son inclinaison et être toujours en garde contre son naturel » (Mémoires p. 72 cité in Perez[80]. Pour atteindre cette sagesse, il recommande l'introspection : « il est utile […] de se remettre de temps en temps devant les yeux les vérités dont nous sommes persuadés (Mémoires p. 28 in Perez[81]) ». Dans le cas du dirigeant, il ne faut pas seulement bien se connaître, il faut également bien connaître les autres : « Cette maxime qui dit que pour être sage il suffit de se bien connaître soi-même, est bonne pour les particuliers ; mais le souverain, pour être habile et bien servi, est obligé de connaître tous ceux qui peuvent être à la portée de la vue (Mémoires p. 237, in Perez[82]) ».

Le droit divin

Lors du sacre de Reims, le roi « est placé à la tête du corps mystique du royaume » et devient au terme d'un processus commencé sous Philippe le Bel le chef de l'Église de France[83]. Le roi est le lieutenant de Dieu dans son pays et d'une certaine façon ne dépend que de lui. Dans son livre Mémoires pour l'instruction du dauphin, il note « Celui qui a donné des rois aux hommes a voulu qu'on les respectât comme ses lieutenants, se réservant à Lui seul le droit d'examiner leur conduite »[84]. Chez Louis XIV, la relation à Dieu est première, son pouvoir venant directement de Lui. Il n'est pas d'abord humain (de jure humano) comme chez Francisco Suárez et Robert Bellarmin[85]. Chez le Grand roi, la relation à Dieu ne doit pas être seulement « utilitaire ». Il déclare au dauphin « Gardez-vous bien, mon fils, je vous en conjure, de n'avoir de la religion que cette vue d'intérêt, très mauvaise quand elle est seule, mais qui d'ailleurs ne vous réussirait pas, parce que l'artifice se dément toujours et ne produit pas longtemps les mêmes effets que la vérité »[86].

Louis XIV est particulièrement attaché à trois hommes de Dieu : David, Charlemagne et Saint Louis. Il expose le tableau David jouant de la harpe dans son appartement à Versailles. Charlemagne est représenté aux Invalides et à la chapelle royale de Versailles. Enfin, il fait déposer au Château de Versailles des reliques de Saint Louis. Par contre, il n'aime guère être comparé à Constantin Ier (empereur romain). Il fait transformer la statue équestre que Le Bernin a réalisée de lui en Constantin en statue équestre de Louis XIV sous les traits de Marcus Curtius[85].

Un absolutisme assez modéré

 
Portrait de Bossuet par Hyacinthe Rigaud.

Contrairement à la vision de Bossuet qui tend à assimiler le roi à Dieu, Louis XIV ne se considère que comme le lieutenant de Dieu pour ce qui concerne la France[87]. À ce titre, il se voit comme l'égal du pape et de l'empereur. Dieu est pour lui un dieu vengeur, ce n'est pas le Dieu de douceur que commence à promouvoir François de Sales. C'est un Dieu qui, par l'intermédiaire de sa Providence, peut châtier de façon immanente ceux qui s'opposent à lui. En ce sens, la peur de Dieu vient limiter l'absolutisme[88].

Même chez Bossuet, un pro-absolutiste pour qui « Le prince ne doit rendre compte à personne de ce qu'il ordonne », le pouvoir royal a des limites. Dans son livre Politique tirée des propres paroles de l'Écriture sainte, il écrit : « Les rois ne sont pas pour cela affranchis des lois ». En effet, la voie que doit suivre le roi est pour ainsi dire balisée : « Les rois doivent respecter leur propre puissance et ne l'employer qu'au bien public », « le prince n'est pas né pour lui-même mais pour le public », « Le prince doit pourvoir aux besoins du peuple »[89].

Louis XIV est plus politique et plus pragmatique que les grands ministres qui l'assistent pendant la première partie de son règne. Il se méfie d'ailleurs de leur absolutisme pré-technocratique. Parlant d'eux, il note en substance : « nous n'avons pas affaire à des anges mais à des hommes à qui le pouvoir excessif donne presque toujours à la fin quelque tentation d'en user »[90]. De même, il reproche à Colbert ses références répétées au cardinal de Richelieu[90]. Le point néfaste de cette modération tient au fait que Louis XIV ne voulant pas recommencer les erreurs de la Fronde a été amené à composer avec les institutions traditionnelles, ce qui a eu pour conséquence d'empêcher une modernisation en profondeur du pays et l'a laissé maintenir selon Jean-Christian Petitfils nombre « d'institutions désuètes et parasitaires »[91].

La cour comme instrument de l'absolutisme

La cour permet de domestiquer la noblesse[92]. Certes, elle n'attire que de 4 000 à 5 000 nobles mais il s'agit des personnages les plus en vue du royaume. Revenus sur leur terre, ceux-ci imitent le modèle versaillais et répandent les règles du bon goût[92]. Par ailleurs, la cour permet de surveiller les Grands et le roi prend bien soin d'être informé de tout[93]. L'étiquette assez subtile qui régit la Cour lui permet d'arbitrer les conflits et de répandre une certaine discipline. Enfin, elle lui fournit un vivier où sélectionner le personnel de l'administration civile et militaire[94]. Des règles de préséance byzantines renforcent l'autorité du roi en le laissant maître de décider ce qui doit être, tandis que s'installe une liturgie royale qui contribue à l'affirmation de son pouvoir divin[95].

Les oppositions à l'absolutisme durant la Fronde

Pour Michel Pernot, « La Fronde, tout bien pesé, est la conjonction de deux faits majeurs : l'affaiblissement de l'autorité royale pendant la minorité de Louis XIV ; la réaction brutale de la société française à l'État moderne voulu par Louis XIII et Richelieu[96] ». La Grande noblesse ainsi que la petite et moyenne noblesse et les Parlements ont des objections à avancer à la monarchie absolue telle qu'elle se constitue. La Grande noblesse est divisée par les ambitions de ses membres qui n'ont guère l'intention de partager le pouvoir et n'hésiteront d'ailleurs pas à combattre la petite et moyenne noblesse[97]. Celle-ci vise à « instaurer en France la monarchie mixte ou Ständestaat en donnant le premier rôle dans le royaume aux États généraux ». En cela, elle s'oppose aux Grands qui veulent surtout garder une influence forte dans les instances principales de l'État — en y siégeant eux-mêmes ou en y faisant siéger des fidèles — et aux Parlements qui ne veulent surtout pas entendre parler des États généraux[98].

Le Parlement n'est absolument pas un parlement au sens moderne. Il s'agit de « tribunaux d'appel jugeant en dernier ressort »[11]. Les parlementaires sont propriétaires de leur charge, qu'ils peuvent transmettre à leur héritier moyennant le paiement d'une taxe appelée la paulette[99]. Les lois, ordonnances, édits et déclarations doivent être enregistrés avant d'être publiés et appliqués. À cette occasion, les parlementaires peuvent émettre des objections ou «remontrances» quant au contenu lorsqu'ils pensent que les lois fondamentales du royaume ne sont pas respectées. Pour faire plier le parlement, le roi peut adresser une lettre de jussion à laquelle le parlement peut répliquer par des remontrances itératives. Si le désaccord persiste, le roi peut utiliser la procédure du lit de justice et imposer sa décision[100]. Les magistrats aspirent à « rivaliser avec le gouvernement dans les affaires politiques »[101] et ce d'autant plus que, comme le Conseil du roi, ils émettent des arrêts. De nombreux magistrats sont opposés à l'absolutisme. Pour eux le roi ne doit utiliser que sa « puissance réglée, c'est-à-dire limitée seule légitime »[102]. Lors du lit de justice du , l'avocat général Omer Talon (1595-1652) demande à la régente « de nourrir et élever sans entrave sa majesté dans l'observation des lois fondamentales et dans le rétablissement de l'autorité que doit avoir cette compagnie (c'est du Parlement qu'il s'agit), anéantie et comme dissipée depuis quelques années, sous le ministère du Cardinal de Richelieu »[102].

Les oppositions à l'absolutisme après la Fronde

La crise financière du milieu des années soixante-dix est accompagnée d'une forte hausse de la fiscalité tant par l'augmentation des taux que par la création de nouveaux impôts. Cela entraîne des révoltes dans le Bordelais et surtout en Bretagne (révolte des bonnets rouges) où les forces armées doivent rétablir l'ordre[103]. Le Languedoc et la Guyenne connaissent une conspiration animée par Jean-François de Paule, seigneur de Sardan, soutenu par Guillaume d'Orange. Cette conspiration sera assez vite étouffée[104]. Toutefois, si l'on considère qu'en France les révoltes ont de tout temps été chose courante, force est de constater qu'elles ont été rares sous le règne de Louis XIV. Cela tient pour beaucoup au fait que, contrairement à ce qui s'était passé durant la Fronde, elles n'ont reçu que peu de soutien de la noblesse car celle-ci était employée dans les armées du roi ou occupée à la cour. Par ailleurs, le roi dispose d'une force armée qu'il peut déployer rapidement et la répression est rigoureuse[105]. Malgré cela, en 1709, période de famine et de défaite militaire, l'opinion publique contraint le monarque à se séparer de son secrétaire d'État à la Guerre, Michel Chamillart[106].

Le gouvernement royal

L'obéissance des Provinces et des Parlements

 
Moulage du contre-sceau du grand sceau de Louis XIV, roi de France. Archives nationales SC-D116bis.

Le roi fait très tôt obéir les Provinces : en réponse aux révoltes de la Provence (Marseille en particulier), le jeune Louis XIV envoie le duc de Mercœur pour réduire la résistance et réprimer les rebelles. Le , le roi étant entré dans la ville par une brèche ouverte dans les remparts, il change le régime municipal et soumet le Parlement d'Aix. Les mouvements de contestation en Normandie et en Anjou se terminent en 1661. L'obéissance est « plus acceptée qu'imposée »[107],[108].

L'autorité du jeune souverain s'impose aux Parlements : dès 1655, il impressionne les parlementaires en intervenant en costume de chasse et le fouet à la main pour faire cesser une délibération. Le pouvoir des Parlements est diminué par la mise en place de lits de justice sans la présence du roi, ainsi que par la perte de leur titre de « cour souveraine » en 1665, et par la limitation, en 1673, de leur droit de remontrance[109].

La réorganisation administrative et financière

La première partie du règne de Louis XIV est marquée par de grandes réformes administratives et surtout par une meilleure répartition de la fiscalité. Les douze premières années voient le pays en paix et le retour d'une relative prospérité[110]. On passe progressivement d'une monarchie judiciaire (où la principale fonction du roi est de rendre justice) à une monarchie administrative (le roi est à la tête de l'administration) ; de grandes ordonnances administratives accentuent le pouvoir royal : les terres sans seigneurs deviennent terres royales, ce qui permet la réorganisation fiscale et celle des droits locaux. Le roi crée le Code Louis en 1667, sorte de code civil, l'ordonnance criminelle en 1670, le code forestier (étape cruciale de la réorganisation des Eaux et Forêts), l'édit sur les classes de la Marine en 1669, l'ordonnance de commerce en 1673… 

Le conseil royal se réorganise en plusieurs conseils, d'importance et de rôles divers : le Conseil d'en haut, pour les affaires les plus graves ; le conseil des dépêches qui traite de l'administration provinciale ; le conseil des finances ; le Conseil des parties, pour les causes judiciaires ; le Conseil du commerce et enfin le — conseil des consciences — chargé des religions catholique et protestante[111]. Louis XIV ne veut pas qu'il y ait des princes de sang ni de duc aux conseils, se souvenant des problèmes rencontrés lors de la Fronde lorsqu'ils siégeaient à ces conseils[112]. Les décisions du roi sont préparées dans un certain secret. Les édits sont rapidement enregistrés par les Parlements, puis rendus publics dans les provinces où les intendants, ses administrateurs, prennent de plus en plus le pas sur les gouverneurs, issus de la noblesse d'épée[112].

 
Jean-Baptiste Colbert succède à Fouquet après avoir organisé son « élimination ».
 
François-Michel Le Tellier, marquis de Louvois, secrétaire d'État à la Guerre, rival de Colbert au sein du conseil royal.
Conseil du roi ou étroit il se compose de trois conseils
Conseil d'En-haut

Composé de ministres d'État que seul le roi peut convoquer

Vrai gouvernement : plus hautes affaires politiques et diplomatiques. Il se réunit trois fois par semaine[113].
Conseil des finances ou royal

Contrôleur général, deux ou trois intendants des finances

Il a repris les affaires de la surintendance. Il comprend le roi, un chef du conseil et trois conseillers, dont un intendant des finances. Il établit le budget, dresse les baux de fermes, répartit la taille. Il se réunit trois fois par semaine[113].
Conseil des dépêches

Les quatre secrétaires d'État

Étudie les rapports des intendants et des gouverneurs et en établit les réponses[113].
Les autres conseils Rôles
Conseil des parties ou privé

30 conseillers d'État, 98 maîtres des requêtes

Haute Cour de justice, questions administratives. Le roi n'y assiste presque jamais, laissant la présidence au Chancelier[114].
Conseil du commerce

12 négociants élus, 6 officiers

Vie économique. Existence éphémère 1664-1676, n'a réellement fonctionné que trois ou quatre ans[115]. Il sera remplacé en 1700 par un bureau du commerce, simple commission du conseil privé qui préparera l'édit de 1701 permettant aux nobles de pratiquer le commerce en gros sans déroger[112].
Conseil de conscience, présidé par le roi

Confesseur du roi, archevêque de Paris, et un ou deux prélats

Questions religieuses et nominations aux bénéfices vacants[116].
Les Ministres Rôles
Le Chancelier (inamovible) Justice
Le contrôleur général des finances (amovible) Charge créée en 1665 Grand administrateur de la vie financière et économique
Les quatre secrétaires d'État (amovibles)
  • des Affaires étrangères
  • de la Guerre
  • de la Marine
  • de la Maison du roi
Ils se partagent aussi la France en quatre secteurs, où ils exercent les fonctions de ministre de l'intérieur, de même que le contrôleur général des finances.
 
Portrait de Louis Phélypeaux de Pontchartrain (1643-1727) un ministre clé de la fin du règne de Louis XIV

À partir de la création du Conseil royal des finances (12 septembre 1661) les finances, dirigées désormais par un contrôleur général, en l'occurrence Colbert, supplantent la justice en tant que première préoccupation du Conseil d'en haut. Celui qui aurait normalement dû être chargé de la justice, le chancelier François-Michel Le Tellier de Louvois, finit lui-même par délaisser la justice pour se consacrer essentiellement aux affaires de guerre. Au fil du temps, deux clans dans l'administration se constituent, rivalisent et cohabitent. Le clan Colbert gère tout ce qui touche à l'économie, la politique étrangère, la marine et la culture alors que le clan Le Tellier-Louvois a la mainmise sur la Défense[117]. Le roi fait ainsi sienne la devise « diviser pour mieux régner ».

Jusqu'en 1671, le clan Colbert domine mais, quand commencent les préparatifs de la guerre de Hollande, les réticences de Colbert, qui rechigne à se lancer à nouveau dans de grandes dépenses, commencent à le discréditer aux yeux du roi. De plus, l'écart d'âge entre Colbert (52 ans à l'époque) et le roi (33 ans) pousse presque naturellement le souverain à se rapprocher de Louvois qui n'a que 30 ans et la même passion : la guerre. Jusqu'en 1685, c'est le clan Louvois qui est le plus influent. En 1689, Louis II Phélypeaux de Pontchartrain est nommé contrôleur général avant de devenir secrétaire d'État (1690). En 1699, il est élevé à la dignité de chancelier, tandis que son fils Jérome lui succède[118].

En 1665, la fonction publique ne compte que 800 membres appointés (membres des conseils, secrétaires d'État, conseillers d'État, maîtres des requêtes et commis) alors qu'elle compte 45 780 officiers de finance, de justice et de police propriétaires de leur charge[119].

La sécurité intérieure

Le roi Louis XIV est décrit comme un souverain voulant « tout savoir »[120].

Le jeune roi se défie d'une ville qu'il a vu se révolter et qu'il ne quittera pour Versailles qu'en 1682. La ville est perçue comme une concentration dangereuse d'épidémies, d'incendies, d'inondations, d'encombrements et désordres de tout genre[121]. Elle attire des individus qui espèrent vivre mieux auprès des riches : escrocs, brigands, voleurs, mendiants, infirmes, hors-la-loi, paysans sans terre et autres déshérités[122]. La Cour des Miracles, le plus célèbre de ses ghettos incontrôlables, compterait 30 000 individus, soit 6 % de la population parisienne.

L'édit de fondation de l’hôpital général de Paris (), dit de « Grand Renfermement », a pour objet d’éradiquer la mendicité, le vagabondage et la prostitution. Conçu sur le modèle de l’hospice de la Charité établi en 1624 à Lyon, il est desservi par la compagnie du Saint-Sacrement en trois établissements (la Salpêtrière, Bicêtre et Sainte-Pélagie). Mais, en dépit des peines et des expulsions prévues pour ceux qui ne regagnent pas l’hôpital, cette mesure qui horrifiait Vincent de Paul est un échec, faute d’effectifs suffisants pour la faire appliquer. De plus, la police est disséminée en différentes factions qui rivalisent entre elles. La situation, mal maîtrisée, empire et « on rapporte que le roi n’en dort plus la nuit ».

Le Colbert nomme l'un de ses proches, La Reynie à la charge de la lieutenance générale de police qui vient d’être créée[123]. Intègre et travailleur, La Reynie a déjà participé au conseil de réforme de la justice. L'ordonnance civile de Saint-Germain-en-Laye () organise un contrôle précis des affaires intérieures. Elle vise une approche globale de la criminalité, notamment en fusionnant les quatre services de police de Paris. Les attributions de La Reynie, nommé en 1674 Lieutenant général de police, sont étendues : maintien de l’ordre public et des bonnes mœurs, ravitaillement, salubrité (ébouage, pavage des rues, fontaines d’eau, etc.), sécurité (rondes, éclairage des rues par des lanternes, lutte contre la délinquance et les incendies, liquidation des « zones de non-droit »… (voir la cour des miracles). Son service a la confiance du gouvernement royal, et s'occupe donc également des grandes et petites affaires criminelles dans lesquelles de hauts aristocrates pourraient être mêlés : complot de Latréaumont (1674), affaire des poisons (1679-1682), etc.[121]

La Reynie s’acquitte de cette tâche épuisante avec intelligence pendant 30 ans, jusqu’en 1697 et instaure à Paris une « sécurité inconnue »[124]. Mais au moment de son retrait, la situation commençait à se dégrader. Le marquis d’Argenson, qui lui succède, est un homme rigoureux et sévère qui entreprend une remise en ordre intransigeante, l’administration royale se faisant plus répressive. Il instaure une sorte de police secrète d’État, qui semble servir les intérêts des puissants et accentuer le despotisme d’un règne vieillissant. Ses services lui valent, en 1718, lors de la Régence, la place enviée de garde des Sceaux[125].

La simplification et l’uniformisation des procédures touche tous les domaines : les affaires civiles sont distinguées des procédures criminelles, la justice civile s'étend à tout le royaume, où chaque paroisse a obligation de mieux tenir les registres paroissiaux. La répression contre les Bohémiens atteint son comble : confirmant un décret du roi de 1666, l'ordonnance du confirme et ordonne que tous les Bohémiens mâles, dans toutes les provinces du royaume où ils vivent, soient condamnés aux galères à perpétuité, leurs femmes rasées et leurs enfants enfermés dans des hospices. Les nobles qui leur donnaient asile dans leurs châteaux voyaient leurs fiefs frappés de confiscation[126],[127]. Ces mesures prétendaient lutter contre le vagabondage transfrontalier et l'utilisation de mercenaires par certains nobles.

Louis XIV, homme de guerre

Article détaillé : Guerres de Louis XIV.
 
Louis XIV en 1670.

Louis XIV a consacré près de trente-trois ans de règne sur cinquante-quatre à faire la guerre. Sur son lit de mort, il confesse au futur Louis XV « j'ai souvent entrepris la guerre trop légèrement et l'ai soutenue par vanité »[128]. De fait, les dépenses militaires, notamment en temps de guerre, ont accaparé la part la plus importante du budget de l'État (jusqu'à près de 80 % en 1692)[92]. Marqué par le modèle et l'éducation de son père, puis fasciné, enfant, par la prestance du jeune Condé, Louis XIV a assisté à plusieurs combats lors de la Fronde. Il reçoit une formation militaire poussée sous la conduite de Turenne. Ainsi, à vingt ans, par exemple, le jeune Louis participe le à la bataille des Dunes à Dunkerque. Là, ses troupes conduites par Turenne remportent une victoire importante contre Condé et l'Espagne[129].

Réorganisation de l'armée

La réorganisation de l'armée est rendue possible par celle des finances. Si Colbert a réformé les finances, c'est Michel Le Tellier puis son fils, le marquis de Louvois, qui aident le roi à réformer l'armée. Les réformes portent notamment sur l'unification des soldes, la création de l’hôtel des Invalides (1670) et la réforme du recrutement[130]. Cela a pour effet de réduire le taux de désertions et d'augmenter le niveau de vie du personnel militaire. Le roi charge également Vauban de construire une ceinture de fortifications autour du territoire (politique du pré carré)[131]. Au total, au cœur de son règne, le Royaume dispose d'une armée de 200 000 hommes, ce qui en fait de loin la première armée d'Europe, capable de tenir tête à des coalitions rassemblant de nombreux pays européens[132].

La marine

 
Représentants de l'État visitant la galère la Réale en construction à l'arsenal de Marseille. Tableau attribué à Jean-Baptiste de La Rose.

À la mort de Mazarin, en 1661, la marine royale, ses ports et ses arsenaux sont en piteux état[133]. Seule une dizaine de vaisseaux de ligne est en état de fonctionnement, alors que la marine anglaise compte 157 vaisseaux, dont la moitié sont des vaisseaux importants, embarquant de 30 à 100 canons. Pour sa part, la flotte de la république des Provinces-Unies compte 84 vaisseaux.

Contrairement à une idée très répandue, Louis XIV s’intéresse personnellement aux questions navales et contribue avec Colbert à l’essor de la marine de guerre française[134]. Le , il crée le titre de secrétaire d’État à la Marine et nomme officiellement Colbert premier titulaire du poste[135]. Malgré tout, pour le roi, le plus important in fine n'est pas la mer, mais la terre car c'est là que pour lui on acquiert la grandeur[92].

Colbert et son fils vont mobiliser des ressources humaines, financières et logistiques sans précédent permettant de créer presque ex nihilo, une puissance militaire navale de premier rang. À la mort du ministre, en 1683, la Royale compte 112 vaisseaux et dépasse de quarante cinq unités la Royal Navy[134], mais les officiers, du fait de la relative jeunesse de la flotte, manquent souvent d'expérience[92].

Si la marine intervient dans les conflits qui seront évoquées plus loin et joue un rôle important dans les tentatives de restaurer Jacques II d'Angleterre, elle est aussi utilisée dans la lutte contre les barbaresques. Dans ce cadre, en 1681 et 1685, la marine d'Abraham Duquesne détruit de nombreux navires dans la baie d'Alger et bombarde la ville[136].

Les guerres de Louis XIV

Louis XIV engage le royaume dans une multitude de guerres et batailles :

Guerres de Louis XIV
Date Allié(s) Ennemi(s) Casus belli Issue
Guerre de Dévolution 1667-1668 Aucun Espagne,
À partir de 1668 : Angleterre, Provinces-Unies, Suède
Non-paiement à la France de la dot de l'infante d'Espagne, Marie-Thérèse. Traité d'Aix-la-Chapelle (1668)
Guerre de Hollande 1672-1678 Angleterre, Suède, Électorat de Cologne, Principauté épiscopale de Münster Provinces-Unies, Saint-Empire, Espagne, Brandebourg, Danemark-Norvège Après la guerre de Dévolution, Louis XIV croit devoir se débarrasser de la Triple alliance de La Haye, et surtout des Provinces-Unies s'il veut continuer à conquérir les territoires espagnols. Traité de Nimègue et Traité de Westminster
Guerre des Réunions Aucun Espagne La France exige les territoires ruraux des alentours des villes conquises lors des guerres de Dévolution et de Hollande, tel que le dicte la coutume. Victoire française et Trêve de Ratisbonne
Guerre de la Ligue d'Augsbourg Jacobites, Empire ottoman Ligue d'Augsbourg : Provinces-Unies, Angleterre, Saint-Empire, Savoie, Espagne, Suède (jusqu'en 1691), Portugal, Écosse Louis XIV prend possession de divers territoires dans le cadre de sa politique des Réunions, dont Strasbourg et les Trois-Évêchés. Traités de Ryswick : Louis XIV reconnaît Guillaume III d'Orange comme Roi d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande.
Guerre de Succession d'Espagne 17011714 Espagne, Électorat de Bavière, Électorat de Cologne Provinces-Unies, Angleterre, Saint-Empire, Savoie, Portugal, Autriche, Prusse, Aragon, Camisards Louis XIV accepte le testament de Charles II, qui fait du duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV et de l'infante d'Espagne, le roi d'Espagne. Traité d'Utrecht : Philippe d'Anjou est reconnu comme roi d'Espagne mais renonce à ses droits de succession au trône de France.
Traité de Rastatt : signé entre le Royaume de France et l'Archiduché d'Autriche

Ces guerres agrandissent considérablement le territoire : sous le règne de Louis XIV, la France conquiert la Haute-Alsace, Metz, Toul, Verdun, le Roussillon, l'Artois, la Flandre française, Cambrai, le comté de Bourgogne, la Sarre, le Hainaut et la Basse-Alsace. À cause de ces guerres et de cette volonté de puissance française, les autres pays européens s'allient de plus en plus contre la France. Celle-ci reste puissante sur le continent mais est relativement isolée tandis que l'Angleterre prospère économiquement et qu'un sentiment national commence à poindre en Allemagne[137].

La politique étrangère

 
Territoire sous règne français et conquêtes de 1643 à 1715.

Louis XIV tend à affirmer la puissance de son royaume. À cette fin, il utilise les armes traditionnelles de la diplomatie : ambassades, traités, alliances, unions dynastiques, soutien aux opposants de ses ennemis. Mais c'est surtout par l'armée qu'il s'impose. Jeune roi, il poursuit d'abord la stratégie de ses prédécesseurs depuis François Ier pour dégager la France de l'encerclement hégémonique des Habsbourg en Europe en faisant une guerre continuelle contre l'Espagne, en particulier sur le front des Flandres. Le « Grand Roi » en profite pour étendre son « pré carré » par des guerres de conquêtes sur ses voisins, négligeant toutefois un peu l'expansion coloniale. Pour assurer à son petit-fils la succession d'Espagne, il se lance sur le tard dans une guerre contre toute l'Europe, qui finit par épuiser les belligérants. À la fin de son règne, le roi a arraché un compromis : si les Bourbons dominent en France et Espagne, ils reconnaissent deux nouvelles puissances montantes : l'Angleterre protestante et les Habsbourg d'Autriche.

La politique étrangère domaine réservé du roi

La politique étrangère est un domaine où le monarque s'implique personnellement. Il écrit dans ses mémoires « On me vit traiter immédiatement avec les ministres étrangers, recevoir les dépêches, faire moi-même une partie des réponses et donner à mes secrétaires la substance des autres »[138]. Un des grands moteurs de la politique étrangère de Louis XIV a été la recherche de la gloire. Pour lui, la gloire n'est pas seulement une question d'amour-propre, mais tient aussi au désir de s'inscrire dans la lignée des hommes dont le souvenir perdure à travers les siècles. Un de ses premiers objectifs est de protéger le territoire national, le pré carré de Vauban[139]. Le problème est que cette politique est vue, notamment après 1680 quand la puissance de la France s'affirme, comme une menace par les autres pays européens[139].

Pour mener cette politique, le roi s'entoure de collaborateurs de talent, tel Hugues de Lionne (1656-1671), puis Arnauld de Pomponne (1672-1679), auquel succède Charles Colbert de Croissy (1679-1691) plus brutal et plus cynique, avant que Pomponne revienne en 1691, lorsqu'une politique plus accommodante est jugée nécessaire. Le dernier responsable des affaires étrangères est Jean-Baptiste Colbert de Torcy, fils de Colbert, « un des plus brillants ministres des affaires étrangères de l'ancien régime » selon Jean-Christian Petitfils[140].

La France dispose alors de quinze ambassadeurs, quinze envoyés et deux résidents dont certains sont d'excellents négociateurs. Autour d'eux gravitent des négociateurs officieux et des agents secrets parmi lesquels un certain nombre de femmes, telles la baronne de Sack, Madame de Blau et Louise de Penancoët de Kéroualle, qui fut la maîtresse de Charles II (roi d'Angleterre)[141],[142]. L'arme financière est aussi utilisée : bijoux offerts aux femmes ou maîtresses de puissants, attribution de pensions, etc. Deux des pensionnés les plus importants ont été deux ecclésiastiques Guillaume-Egon de Fürstenberg, qui devint abbé de Saint-Germain-des-Prés, et son frère[143].

1643-1672 : l'alliance traditionnelle contre les Habsbourg

 
Carte simplifiée de l'Europe après la paix de Westphalie en 1648.

Dans un premier temps, pour se dégager de l'encerclement des Habsbourg, le jeune Louis XIV avec son ministre Mazarin fait alliance avec les principales puissances protestantes, reprenant ainsi la politique de ses deux prédécesseurs et de Richelieu.

Cette guerre franco-espagnole connaît plusieurs phases. Quand le règne débute, la France soutient directement les puissances protestantes contre les Habsbourg, lors du dernier tiers de ce qu'on a appelé ensuite la guerre de Trente Ans, conclue en 1648 par les traités de Westphalie. Durant la Fronde, l'Espagne tente d'affaiblir le roi en soutenant la révolte militaire du Grand Condé (1653) contre Louis XIV[144]. En 1659, des victoires françaises et une alliance avec les puritains anglais (1655-1657) et les puissances allemandes (Ligue du Rhin) imposent à l'Espagne le traité des Pyrénées (soudé par le mariage entre Louis XIV et l'infante en 1659)[145]. Enfin, le conflit reprend à la mort du roi d'Espagne (1665) quand Louis XIV entame la guerre de Dévolution : au nom de l'héritage de son épouse, le roi réclame que des villes frontalières du royaume de France en Flandre espagnole lui soient dévolues[146].

À l'issue de cette première période, le jeune roi est à la tête de la première puissance militaire et diplomatique d'Europe, s'imposant même au pape. Il a agrandi son royaume vers le nord (Artois, achat de Dunkerque aux Britanniques) et conservé, au sud, le Roussillon[147]. Sous l'influence de Colbert, il a aussi construit une marine et agrandi son domaine colonial pour combattre l'hégémonie coloniale espagnole.

1672-1678 : La Guerre de Hollande

Article détaillé : Guerre de Hollande.

La guerre de Hollande est souvent considérée comme « l'une des erreurs les plus graves du règne » et l'on a beaucoup disserté sur les raisons de la guerre[148]. Louis XIV a-t-il fait la guerre à la Hollande parce qu'elle était un des pivots de la propagande anti-française et qu'on y imprimait des écrits sur sa vie scandaleuse et son arbitraire ? Ou bien parce que la Hollande étaient alors la puissance maritime dominante ainsi qu'un grand centre financier ? S'agissait-il d'un conflit opposant les Hollandais protestants aux Français catholiques ? Pour l'auteur américain Paul Somino, il s'agit surtout chez le roi d'un rêve de gloire[149].

 
Louis XIV portant la moustache « à la royale »[150], portrait en 1670 par Claude Lefèbvre.

Ni Le Tellier ni Louvois ne furent les instigateurs de cette guerre même s'ils s'y rallièrent. De même Colbert au début s'y opposait car cela menaçait la stabilité économique du royaume. En fait, le mauvais génie pourrait bien avoir été le Turenne qui pensait que la guerre serait courte, ce dont le Grand Condé doutait[151].

Naissance d'un adversaire acharné, extension de la guerre et Maëstricht

Au départ, les victoires succèdent aux victoires jusqu'à ce que les Hollandais ouvrent les écluses et inondent le pays, arrêtant la progression des troupes. Les Hollandais proposent alors la paix à des conditions avantageuses pour les Français, qui malgré tout refusent[152]. La situation de blocage amène une révolution du peuple hollandais contre l'oligarchie temporisatrice et porte au pouvoir Guillaume d'Orange, un adversaire d'autant plus redoutable qu'il deviendra roi d'Angleterre[153]. L'Espagne et plusieurs États allemands se mettent alors à aider la Hollande. Les massacres de population auxquels le maréchal de Luxembourg laisse ses troupes se livrer, servent la propagande anti-française de Guillaume d'Orange[154].

Sur mer les forces alliées anglo-françaises ne sont pas très heureuses face à la marine hollandaise; sur terre, en revanche, le roi remporte une victoire en prenant la ville de Maëstricht[155]. Mais cette victoire renforce la détermination des autres pays qui commencent à craindre la puissance française. En Angleterre en 1674, Charles II, menacé par le Parlement anglais, fait défection[156]. Dès 1674, on envisage des négociations qui ne s'ouvriront qu'en à Nimègue[157].

La paix de Nimègue

Par les Traités de Nimègue, la France reçoit « la Franche-Comté, le Cambrésis, une partie du Hainaut avec Valenciennes, Bouchain, Condé sur Escaut et Maubeuge, une partie de la Flandre maritime avec Ypres et Cassel et le reste de l'Artois qui lui manquait »[158].

Mais ce traité défavorable à l'Empereur rompt la politique de Richelieu et de Mazarin qui visaient à ménager les États germaniques. En conséquence, si le peuple français de même que les grands seigneurs applaudissent le roi et si les élus parisiens lui décernent le titre de Louis le Grand, cette paix est porteuse de menaces futures[159].

1683-1684 : Les réunions

Articles détaillés : Guerre des Réunions et Trêve de Ratisbonne.
 
 : le doge de Gênes est contraint de venir s'excuser dans la galerie des Glaces de Versailles (par Claude Guy Hallé, château de Versailles).

Comme les traités précédents ne définissent pas exactement les frontières des nouvelles possessions, Louis XIV veut profiter de sa puissance pour rattacher à la France tous les territoires ayant un jour relevé de la souveraineté des villes ou territoires nouvellement acquis. À cet effet, des magistrats étudient les actes passés afin d'interpréter les traités au mieux des intérêts français[160]. En Franche-Comté, par exemple, une chambre du parlement de Besançon sera chargée de cette tâche. Le cas le plus délicat sera celui de Strasbourg, qui est une ville libre. Au départ, Louis XIV modère ses juristes. Toutefois, lorsqu'un général de l'Empire se rend dans cette ville, il change d'avis et, à l'automne 1681, décide d'occuper la ville[161]. Cette politique inquiète. En 1680, l'Espagne et l'Angleterre signent un pacte d'entraide mutuelle. Louis XIV menace alors Charles II d'Angleterre de publier les termes du traité secret de Douvres qui le lie à la France et lui octroie des espèces sonnantes et trébuchantes, ce qui le fait changer d'avis[162]. En Allemagne l'inquiétude persiste, même si la France accorde des subsides à des états comme le Brandebourg. Enfin, Louis XIV ne joue pas réellement franc jeu avec l'Autriche qu'il soutient officiellement tout en ménageant l'ennemi turc qui menace Vienne en 1683. Finalement, la Trêve de Ratisbonne confirme pour vingt ans la plupart des avancées françaises notamment à Strasbourg[163]. Parmi les alliés de l'Espagne, Louis XIV a pris en grippe la république de Gênes qui n'a pas traité l'ambassadeur de France avec le respect qui lui était dû. Il fait bombarder la ville par la flotte française de Duquesne et la détruit en partie. En 1685, le doge de Gênes doit venir à Versailles s'incliner devant le roi[163].

1688-1697:La guerre de neuf ans ou Guerre de la Ligue d'Augsbourg

Le contexte

Les causes du déclenchement de la nouvelle guerre sont multiples. Pour Léopold Ier (empereur du Saint-Empire), le traité de Ratisbonne n'est que provisoire. Il doit être revu quand il aura vaincu les Turcs à l'est[164]. Au contraire, Louis XIV insiste pour que la Trêve de Ratisbonne soit prorogée. Par ailleurs, l'attitude de Louis XIV envers les protestants irrite les Hollandais qui inondent la France de libelles contre le régime de tyrannique de Louis XIV et contre un roi qualifié d'Antéchrist[164]. En Angleterre, le roi catholique, Jacques II, allié incommode de Louis XIV, est renversé pendant la Glorieuse Révolution de 1688-1689 et remplacé par le protestant Guillaume d'Orange[165]. En Savoie, Louis XIV traite le Duc Victor-Amédée comme un vassal[166]. En Allemagne, le roi veut faire valoir les droits de la Princesse Palatine sur le Palatinat de manière à éviter que le nouvel électeur ne soit un fidèle de l'Empereur. En juillet 1686, craignant une nouvelle extension des « réunions », les princes allemands forment la ligue d'Augbourg, qui comprend l'Empereur, le Roi d'Espagne, le Roi de Suède, l'Électeur de Bavière, celui du Palatinat et le Duc de Holstein-Gottorp[167]. Durant la même période, les rapports de la France avec Innocent XI, déjà tendus depuis l'affaire de la régale, ne s'améliorent pas[168].

La guerre

 
Carte de la bataille navale du cap Béveziers

Le 24 septembre 1688, le roi s'estimant menacé par la ligue d'Augsbourg et las des tergiversations concernant la Trêve de Ratisbonne, se déclare contraint d'occuper Philippsburg si, sous trois mois, ses adversaires n'acceptent pas une conversion de la Trève de Ratisbonne en un traité définitif et si l'évêque de Strasbourg ne devient pas électeur de Cologne. Parallèlement, sans attendre la réponse, il fait occuper Avignon, Cologne et Liège[169] et met le siège devant Philippsburg. En 1689, afin d'intimider ses adversaires, Louvois provoque le sac du Palatinat, action qui, loin d'effrayer ses adversaires, a pour effet de les renforcer puisque l'Électeur de Brandebourg, Frédéric Ier de Prusse, l'Électeur de Saxe, le duc de Hanovre et le Landgrave de Hesse rejoignent la coalition de l'Empereur[170].

Les armées françaises connaissent d'abord des revers, tant et si bien qu'en 1689, Madame de Maintenon, le Dauphin et le Duc du Maine poussent Louis XIV à changer ses généraux. C'est ainsi que le Maréchal de Luxembourg remporte la Bataille de Fleurus (1690), un succès que Louis XIV et Louvois, peu habitués à la guerre de mouvement, n'exploitent pas[171]. Sur mer, Tourville disperse une flotte anglo-hollandaise le à Cap Bézeviers. Par contre, en Irlande, les troupes de Jacques II (roi d'Angleterre) et de Lauzun sont battues par Guillaume III d'Orange-Nassau nouveau roi d'Angleterre[172]. Le , Louis XIV investit Mons à la suite d'un siège; il fait ensuite le Siège de Namur (1692), tandis que Victor-Amédée II envahit le Dauphiné[173].

L'année 1692 est aussi celle de l'échec de la bataille de la Hougue, où est battue la flotte française qui devait aider Jacques II à reconquérir son royaume. Cette défaite fait renoncer la France à pratiquer sur mer la guerre d'escadre et à lui préférer le recours aux corsaires[174]. En 1693, bataille de Neerwinden est une des plus sanglantes du siècle, au cours de laquelle les Français s'emparent d'un grand nombre de drapeaux ennemis. En Italie, le maréchal Nicolas de Catinat bat Victor-Amédée à la Bataille de La Marsaille (octobre 1693)[175]. Sur mer en 1693, la flotte de la Méditerranée aide l'armée française de Catalogne à s'emparer de Rosas, puis de concert avec la flotte de Tourville, coule ou détruit 83 navires d'un convoi anglais qui, escorté par les Anglo-Hollandais, faisait route vers Smyrne[176]. La guerre s'enlise quand Charles XI de Suède propose une médiation[177].

La paix de Ryswick

Article détaillé : paix de Ryswick.
 
Sébastien Le Prestre de Vauban estime que la paix de Ryswick est la plus infâme depuis les traités de Cateau-Cambrésis.

La Savoie est la première à faire la paix avec la France, forçant ainsi ses alliés à une suspension des hostilités en Italie. Finalement l'Angleterre, la Hollande et l'Espagne signent un accord en septembre 1697 et sont rejoints le 30 octobre par l'Empereur et les princes allemands[173]. La France reçoit Saint Domingue (l'actuel Haïti) et conserve Strasbourg tandis que les Hollandais lui rendent Pondichéry. En revanche, elle doit rendre Barcelone, Luxembourg ainsi que les places fortes des Pays-Bas occupées depuis le traité de Nimègue. Louis XIV reconnait Guillaume d'Orange comme roi d'Angleterre, tandis que les Hollandais obtiennent de la France des avantages commerciaux. La France a certes obtenu des frontières plus linéaires mais elle est placée sous la surveillance des autres pays. Guillaume d'Orange et l'Angleterre sortent renforcés et ont imposé leur concept de « balance de l'Europe », c'est-à-dire l'idée qu'il convient d'éviter qu'il y ait en Europe continentale une puissance dominante. La paix est mal accueillie en France. Les Français ne comprennent pas qu'après tant de victoires proclamées il ait été fait tant de concessions. Vauban estime même qu'il s'agit de la paix la « plus infâme depuis celle de Cateau-Cambrésis »[57].

1701-1714 : La guerre de succession d'Espagne

Le contexte

La fragilité de la santé du Charles II d'Espagne, resté sans enfant, pose très tôt le problème de sa succession, qui se discute entre les Bourbons de France et les Habsbourgs d'Autriche[178]. Le problème est quasi insoluble parce que tant la solution française que l'autrichienne produiraient un déséquilibre des forces en Europe. Il s'ensuit nombre de pourparlers en vue d'élaborer un partage équilibré, mais sans aboutir à rien de concret. Finalement les Espagnols convainquent Charles II que le mieux serait un candidat français au trône, une position que, pour des raisons internes à l'Italie, le pape Innocent XII soutient[179]. Louis XIV hésite beaucoup à accepter l'héritage que lui offre Charles II. Le Conseil d'en-haut qu'il consulte est divisé. En effet accepter le testament, c'est mettre un Bourbon sur le trône d'Espagne et non pas agrandir la France comme le permettrait un traité. C'est d'ailleurs la position défendue par Vauban[180]. D'un autre côté, laisser l'Espagne aux Habsbourg, c'est risquer l'encerclement. Enfin, économiquement, l'Espagne est alors un pays exsangue, avec de 6 millions d'habitants en métropole, et difficile à redresser comme le constateront les Français un temps employés à cette tâche. Finalement, Louis XIV accepte parce qu'il ne peut s'empêcher de voir le testament comme un « ordre de Dieu »[181].

Les Autrichiens prennent cette décision comme un casus belli et font alliance avec l'Électeur palatin, l'Électeur de Hanovre et celui de Brandebourg que les princes germaniques autorisent à se nommer roi de Prusse. Guillaume d'Orange en Angleterre et Heinsius en Hollande ne sont pas favorables au testament mais se heurtent à des opinions publiques qui ne veulent pas de guerre[182]. Si la guerre est malgré tout enclenchée, c'est en partie à la suite des maladresses de Louis XIV, qui veut conserver au nouveau roi d'Espagne des droits sur le royaume de France et qui entre en lutte contre des garnisons hollandaises en Belgique sans respecter les clauses prévues dans les traités[183].

De son côté, le nouveau roi d'Angleterre Guillaume d'Orange s'active à réarmer son nouveau pays et est d'autant plus opposé à Louis XIV que celui-ci avait soutenu le roi déchu Jacques II. Aussi, et bien que le Grand roi ait tenté le dialogue, le 14 mai 1702, l'Angleterre, la Hollande et l'Empereur lui déclarent la guerre, rejoints par le Danemark, le roi de Prusse et de nombreux princes et évêques allemands[184]. Les animateurs militaires de cette coalition sont : Eugène de Savoie, Anthonie Heinsius et John Churchill (1er duc de Marlborough)[185]. De son côté, si la France compte des généraux médiocres comme Villeroy ou Tallard, elle compte aussi deux maréchaux, Vendôme et Villars dont les capacités militaires sont à la mesure de celles de leurs adversaires Churchill et le Prince[186].

Défaites militaires, pourparlers de paix dilatoires et appel au peuple

 
Villars à la bataille de Denain, peinture de Jean Alaux (1788–1858).

La guerre commence par une série de défaite si l'on excepte la percée de Claude-Louis-Hector de Villars en Allemagne[187]. La Provence est envahie et Toulon assiégé en 1707[188]. En Flandre, la mésentente entre le duc de Vendôme et le duc de Bourgogne conduit à une retraite désastreuse en 1708[189]. Au Conseil d'en haut, des divergences se font jour tandis que la situation financière n'est pas bonne. Aussi Louis XIV demande une suspension des combats et l'ouverture de négociations de paix en 1709. Mais ses adversaires qui ajoutent constamment de nouvelles demandes, veulent le contraindre à reconnaître un Habsbourg comme souverain de l'Espagne[190].

Face à cette situation difficile, Louis XIV rédige ou fait rédiger par Torcy un appel au peuple où il explique sa position. Il écrit notamment :

« Je passe sous silence les insinuations qu'ils ont faites de joindre mes forces à celle de la Ligue, et de contraindre le roi, mon petit-fils, à descendre du trône, s'il ne consentait pas volontairement à vivre désormais sans États, à se réduire à la condition d'un simple particulier. Il est contre l'humanité de croire qu'ils aient seulement eu la pensée de m'engager à former avec eux pareille alliance. Mais, quoique ma tendresse pour mes peuples ne soit pas moins vive que celle que j'ai pour mes propres enfants; quoique je partage tous les maux que la guerre fait souffrir à des sujets aussi fidèles, et que j'aie fait voir à toute l'Europe que je désirais sincèrement de le les faire jouir de la paix, je suis persuadé qu'ils s'opposeraient eux-mêmes à les recevoir à des conditions également contraires à la justice et à l'honneur du nom FRANCAIS[191]. »

Le mot FRANCAIS écrit en majuscule dans le texte original est un « appel au patriotisme ». Le roi, en opposition avec la pensée absolutiste ne demande pas l'obéissance mais le soutien du peuple[191]. La lettre lue aux troupes par le maréchal de Villars provoque un sursaut chez les soldats qui, lors de la bataille de Malplaquet, font preuve d'une grande combativité. S'ils doivent finalement battre en retraite, ils infligent à leur ennemi des pertes deux fois plus importantes que celles qu'ils ont à déplorer[192].

Une paix voulue par la France et l'Angleterre : les traités d'Utrecht

 
Carte de l'Acadie
Article détaillé : Traités d'Utrecht (1713).

En avril 1710, les Tories arrivent au pouvoir en Angleterre et sous l'impulsion du vicomte Bolingbroke considèrent que désormais l'objectif premier de la politique étrangère anglaise se trouve sur mer et dans les colonies. Selon Petitfils, cette décision fait vraiment entrer le pays « dans le concert des grandes puissances mondiales »[193]. Les Anglais qui ne veulent ni d'une Espagne française ni d'une Espagne autrichienne, acceptent lors des Préliminaires de Londres que Philippe V d'Espagne reste roi d'Espagne à condition que Louis XIV s'engage à ce que le roi d'Espagne ne puisse pas être aussi roi de France. Les autres belligérants trouvent cela insuffisant. Mais les Anglais sont déterminés et exercent une pression notamment financière sur leurs alliés. Comme de son côté le maréchal de Villars gagne la bataille de Denain et triomphe d'une armée qui menaçait d'envahir la France[194], les belligérants acceptent finalement de négocier et de signer les Traités d'Utrecht (1713). Philippe conserve le trône d'Espagne, les anglais reçoivent l'île de Saint-Christophe, la baie et le détroit d'Hudson, l'Acadie, Terre Neuve et la France leur consent au niveau commercial la clause de la « nation amie ». Les Hollandais rendent Lille à la France, qui conserve l'Alsace. Les Habsbourg sont confirmés dans leur possession des ex-Pays-Bas espagnols, du Milanais, du royaume de Naples et de la Sardaigne. Victor-Amédée II recouvre la souveraineté de la Savoie et du Comté de Nice[195].

Politique économique

 
Le roi et Colbert par Charles Le Brun.

D'un point de vue économique deux périodes sont à distinguer : celle d'avant 1680, assez brillante, et celle de 1680-1715, où le gouvernement de plus en plus solitaire de Louis XIV prive les forces économiques de moyens de se faire entendre[196], ce qui pénalise l'économie d'autant plus que l'état des finances devient inquiétant.

Le Colbertisme

Article détaillé : colbertisme.

Pour Colbert, la richesse d'un pays est liée à l'or. Or la France n'a pas de mines d'or et sa balance commerciale avec l'extérieur est déficitaire. Pour inverser cette tendance, il faut donc diminuer les importations de produits de luxe italiens ou flamands et créer ou favoriser les industries du pays. Colbert n'hésite pas à pratiquer l'espionnage industriel notamment au détriment de Venise[197] à qui il emprunte les secrets de la verrerie. En octobre 1664, il peut ainsi créer la « manufacture de glaces, cristaux et verres » qui deviendra plus tard Saint-Gobain[198]. Un édit de 1664 autorise l'établissement des manufactures royales de tapisserie de haute et basse lice à Beauvais et en Picardie[198]. Colbert essaye aussi d'améliorer la qualité de l'industrie textile établie depuis longtemps en Picardie et en Bretagne en publiant force édits[199]. Il favorise aussi les voies de communication, notamment les voies fluviales (canal d'Orléans, canal de Calais à Saint-Omer), canal du Midi[199].

Depuis le début du XVIIe siècle, la France se désolait de voir le commerce maritime dominé par les Hollandais, les Flamands, les Anglais et les Portugais. Aussi le roi entreprit-il de bâtir une flotte et de créer des compagnies commerciales : Compagnie des Indes orientales (océan Indien), Compagnie des Indes occidentales (Amériques), Compagnie du Levant (Méditerranée et Empire ottoman) et Compagnie du Sénégal (Afrique) pour promouvoir le commerce triangulaire des esclaves. Mais cela n'aboutit qu'à des « demi-réussites ou d'évidents échecs » (Compagnie des Indes occidentale)[199]. Selon Poussou, plutôt que du mercantilisme, la France pratique une économie de rattrapage visant à se mettre au niveau des Hollandais qui, vers 1661, étaient la puissance maritime et commerciale dominante[200].

Un certain dynamisme économique des sujets du roi

 
Le champagne a été inventé par Dom Perignon sous Louis XIV.

Si les agents économiques privés sont réticents à rejoindre les grandes compagnies, ils font malgré tout preuve de dynamisme. À la fin du règne, les Bretons vendent leurs toiles en Espagne et les Malouins durant la guerre de succession d'Espagne sont actifs dans l'Atlantique sud[201]. Par ailleurs, c'est à cette époque qu'est inventé le champagne (AOC). Enfin la fabrication de drap fin se développe dans le Carcassonnais tandis que la soierie Lyonnaise s'impose au détriment de la production italienne[202]. Toutefois, « les marchands et négociants s'accommodaient mal du dirigisme de Colbert »[203] et se montreront plus dynamiques quand Pontchartrain prendra le relais, même si la révocation de l'édit de Nantes a privé la France de négociants et surtout d'artisans et ouvriers spécialisés protestants qui contribueront à l'émergence de concurrents dans les pays qui les accueilleront[203]. Les dépenses militaires ainsi que les constructions entreprises en grand nombre dans le royaume entretiennent une forte demande intérieure, ce qui favorise la production intérieure et le commerce[204].

D'après l'historien Gérard Noiriel, sous le règne de Louis XIV, la moitié des paysans sont des journaliers (ouvriers agricoles). Ils disposent d’un lopin de quelques ares, sur lequel ils ont construit une maison d’une seule pièce. Ils cultivent aussi un potager, avec quelques poules et quelques brebis pour la laine. La fraction la plus pauvre de la paysannerie est composée de manœuvriers qui ne possèdent que quelques outils manuels (faucille, fourche). Du printemps jusqu’au début de l’automne, ils travaillent sur les terres d'un seigneur, d’un membre du clergé ou d’un riche laboureur. Ils participent aux moissons, aux foins et aux vendanges. En hiver, ils cherchent à se faire embaucher comme hommes de peine. Plus de moitié des revenus des paysans sont ponctionnées par divers impôts : taille, dîme, auxquels s'ajoutent les taxes sur le sel, sur le tabac, sur l'alcool et les droits seigneuriaux[205]. Toutefois, la misère paysanne n'est pas générale, et il existe une « une paysannerie aisée », comprenant de grands exploitants, des fermiers, des laboureurs, de petits vignerons en Val de Seine, ou des « haricotiers » dans le Nord[206].

Les colonies

Les colonies d'Amérique du Nord

 
L’Amérique du Nord vers 1725. Les territoires français sont représentés en bleu, les territoires anglais en rouge, les espagnols en orange.
Article détaillé : Nouvelle France.

En 1663, Louis XIV fait de la Nouvelle France une province royale en prenant le contrôle de la Compagnie de la Nouvelle France. Dans le même temps, la Société Notre-Dame de Montréal cède ses possessions à la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice[207]. La couronne stimule l'émigration vers la nouvelle France en payant les voyages et en offrant d'autres incitation. Cette politique permet à la population d'augmenter de 3 000 personnes[208].

En 1665, Louis XIV envoie au Québec une garnison française, le régiment de Carignan-Salières. Le gouvernement de la colonie est réformé et comprend un gouverneur général et un intendant qui dépendent du ministère de la Marine. Cette même année, Jean Talon est choisi par le ministre de la Marine Jean-Baptiste Colbert pour en devenir l'intendant de la Nouvelle France, établi à Québec. Ce faisant, il réduit les pouvoirs de l'archevêque de Québec, qui était le principal pouvoir depuis la mort de Samuel Champlain. Le recensement de 1666, mené par l'intendant, montre que la colonie comptait alors 2 034 hommes pour 1 181 femmes[209]. L'opération des « filles du roi » est mise en place afin d'envoyer au Canada de jeunes orphelines : entre 1666 et 1672, entre 764 et 1 000 orphelines seront ainsi envoyées au Québec, ce qui contribue au doublement de la population globale de la colonie[210].

Au début du 17e siècle l'économie de la Nouvelle France repose sur la pêche. Puis vers 1750, quand la population pénètre sur le continent, l'activité repose de plus en plus sur le commerce de fourrures[211]. Le commerce avec la Nouvelle France vers le continent européen transite principalement par La Rochelle dont la flotte triple entre 1664 et 1682[212].

Les colonies pratiquant le commerce triangulaire

Article détaillé : commerce triangulaire.
 
Pavillon du Roi-Soleil.

Ces colonies produisent surtout du sucre et pratiquent le commerce triangulaire. L'expansion sera très forte à Haïti qui passe de 18 plantations en 1700 à 120 en 1704[204].

Selon l'historien Tidiane Diakité, Louis XIV serait de tous les rois de France et de l’Europe le seul à s’être autant intéressé à l’Afrique[213],[214] : il est celui qui eut la correspondance la plus fournie avec des rois d’Afrique, celui qui dépêcha auprès d’eux le plus d’émissaires et chargés de mission, et il reçut des Africains à la cour. Certains fils de rois noirs, comme le prince Aniaba, furent élevés à Versailles, baptisés par les soins du roi qui caressait l’espoir d’une évangélisation de l'Afrique ; il favorisa l'envoi de missionnaires, y compris en Éthiopie, royaume chrétien mais « infecté de plusieurs hérésies »[215]. Cet objectif d'évangélisation est d'ailleurs associé à celui du développement du commerce avec l'Afrique ; le royaume de France était alors en concurrence avec les nations commerçantes d’Europe du Nord dans ce domaine. La Compagnie du Sénégal est sa création, et certains préconisaient la création d’une colonie française à Saint-Louis.

Selon Diakité, Louis XIV semble avoir été attiré par ce continent mystérieux, dominé par des rois méconnus, eux-mêmes fascinés par le prestige de celui que les explorateurs français s'attachaient à présenter comme le « plus grand roi de l’Univers ». Pour Louis XIV, l'Afrique était un des enjeux du rayonnement de la monarchie française, au-delà des questions économiques et religieuses. Les Hollandais cherchèrent d'ailleurs en vain à ruiner cette image en mettant en avant la médiocrité des Français dans le commerce, leurs prétentions et leurs mauvaises manières[214].

 
Schéma classique du commerce triangulaire entre l'Afrique, les Amériques et l'Europe.
Le Code noir
Article détaillé : Code noir.

Dans le contexte de la codification absolutiste du Royaume, de la religion et de l'économie, Louis XIV, en mars 1685, promulgue le « Code noir », considéré par certains auteurs comme « le texte juridique le plus monstrueux qu'aient produit les Temps modernes »[216]. Ce texte, qui expulse les Juifs des Antilles, définit les règles de métissage et régularise le plein usage des esclaves dans les colonies, auquel il donne un cadre juridique. Ses détracteurs y dénoncent une institutionnalisation de l'esclavage et de ses sévices (amputations par exemple en cas de fuite…) ; il pose toutefois certaines limites à l'arbitraire des propriétaires (une obligation de soins et de nourriture suffisante) et il reconnait aux esclaves certaines formes de droits religieux, juridiques, de propriété et de retraite. Mais même ces rares dispositions furent mal appliquées, du fait de la pression des colons sur la justice.

Les années de famine

La famine de 1693-1694

Cette crise n'est pas liée à un hiver trop rude mais à un été assez froid, marqué par des pluies diluviennes qui gâchent les récoltes. Le gouvernement ayant ravitaillé prioritairement Paris et l'armée, des séditions éclatent tandis que la population afflue vers les villes. Le bilan est de 1 300 000 morts, soit presque autant que durant la guerre de 1914[217].

Le grand hiver de 1709

L'hiver 1709 fut très froid. La Seine, le Rhône et la Garonne sont pris par les glaces. Les oliviers meurent et les semis ne donnent que peu de fruits. Il s'ensuit une famine sévère, malgré des importations de blé étranger. Le bilan de la famine s'élève à 630 000 morts[218].

Les problèmes financiers

La crise financière des années 1674-1676

La guerre entraine dès 1675 un accroissement du déficit public, qui passe de 8 millions en 1672 à 24 millions en 1676[219]. Pour faire face, Colbert augmente les impôts existants, ressuscite d'anciens impôts et en crée d'autres. Il invente aussi une sorte de bons du trésor et crée une caisse des emprunts. La guerre de Hollande marque la fin du colbertisme, car l'État n'est plus en mesure de soutenir l'industrie ni directement par des aides ni indirectement par ses commandes[220].

Les impôts : capitation, dixième

 
Établissement de la charte de la Banque d'Angleterre (1694), par Lady Jane Lindsay

En 1694, Louis XIV crée un impôt sur le revenu qui touche tout le monde, y compris le dauphin et les princes : l'impôt de capitation. Cet impôt distingue vingt et une classes de contribuables à partir d'une analyse multicritère qui ne tient pas seulement compte des trois classes (noblesse, clergé, tiers état), mais aussi des revenus réels des personnes[221]. La capitation sera supprimée en 1697 puis rétablie en 1701, mais elle perd alors sa fonction d'impôt sur le revenu, car celui-ci est repris par le dixième denier (« dixième ») inspiré par la dîme royale, préconisée par Vauban[222].

Il ne faut pas exagérer le poids des impôts en France sous Louis XIV. Une étude anglaise a montré que, en 1715, les Français étaient moins taxés que les Anglais. Les impôts ne représentaient alors que 0,7 hectolitres de grain de froment par contribuable en France, contre 1,62 en Angleterre. En fait, la France est alors un pays qui thésaurise beaucoup, et de ce point de vue ce ne sont pas tant les sujets dans leur ensemble qui sont pauvres, que l'État qui n'a pas réellement modernisé son système fiscal[223].

Les finances à la fin du règne

À la mort de Louis XIV, la France connaît une « crise financière sans précédent », conséquence des guerres incessantes et des grands travaux[224]. Les embarras financiers de l'État deviennent « l'élément le plus fâcheux de la situation du royaume » en 1715[225], ce qui compliquera la tâche du régent, Philippe d'Orléans (1674-1723). À la mort de Louis XIV, la dette s'élève à 3,5 milliards de livres — soit entre 25 et 50 milliards d'euros en 2010 — équivalant à dix années de recettes fiscales. Louis XIV n'a pas su doter la France d'une Banque centrale comme l'ont fait les Anglais avec la Banque d'Angleterre, ce qui aurait permis de rationaliser le financement de l'État[220]. Sous la régence, John Law créera une nébuleuse de sociétés autour de la Banque générale, au capital de 6 millions de livres, fondée le sur le modèle de la Banque d'Angleterre, avec des actions échangeables contre les créances sur l’État, mais qui se soldera par un échec financier.

Le roi et la religion

Louis XIV tire son pouvoir du droit divin et a une vie et un rôle religieux. Il défend le catholicisme, surtout après la « conversion du roi » en 1680, liée notamment à l'affaire des Poisons qui lui fit probablement prendre conscience des conséquences funestes de ses désordres amoureux[226].

Un roi très chrétien

La place de la religion dans la vie du roi est importante, par des rites quotidiens ou royaux auxquels il s'astreint volontairement et par l'écoute des sermons. Dès son enfance, la journée, la semaine et l'année sont ponctués de nombreux rites religieux afin de signifier aux yeux du public la grandeur de la fonction royale [227]. Anne d’Autriche lui impose des exercices de piété réguliers, dès sa première éducation religieuse, confiée à Hardouin de Péréfixe. D’après l’abbé de Choisy, elle recourt à des méthodes rigoureuses pour lui inculquer un esprit religieux : « Il n’y avait que sur le chapitre de la religion qu’on ne lui pardonnait rien ; et parce qu’un jour la reine mère, alors régente, l’entendit jurer, elle le fit mettre en prison dans sa chambre, où il fut deux jours sans voir personne, et lui fit tant d’horreur d’un crime qui va insulter Dieu jusque dans le Ciel, qu’il n’y est presque jamais retombé depuis, et qu’à son exemple le blasphème a été aboli par les courtisans qui en faisaient alors vanité »[228]. Le roi se confesse dès l'âge de 9 ans — au père Charles Paulin[229] — et il fait sa première communion le jour de noël 1649 (en mémoire du baptême de Clovis[230], au lieu de la traditionnelle date de Pâques) quelques jours après sa confirmation. Le lendemain des cérémonies du sacre du 7 juin 1654, il devient grand Maître de l'ordre du Saint Esprit[231].

Avant de sortir de son lit, et le soir au coucher, le roi reçoit l’'eau bénite apportée par son chambellan, se signe et, assis, récite l’office du Saint-Esprit, dont il était grand-maître[232]. Habillé, il s’agenouille et prie en silence. Au lever, il indique l’heure à laquelle il souhaite assister à la messe quotidienne, qu'il ne manqua qu’exceptionnellement, en cas de campagne militaire. En tenant compte des jours où il assiste à plusieurs messes, on estime qu’il a été présent à environ trente mille messes dans sa vie[233]. L'après-midi, il se rend régulièrement à l’office liturgique des vêpres, célébrées et chantées les jours solennels[234].

Chaque résidence royale est dotée d’une chapelle palatine à deux niveaux, avec tribune intérieure permettant au roi d’assister à la messe sans avoir à descendre au rez-de-chaussée[n 7],[235]. Le roi ne communie qu’en certaines occasions, lors des « bons jours du roi » : le samedi saint, la vigile de la Pentecôte, la vigile de la Toussaint et la vigile de Noël, le jour de l’Assomption ou de l’Immaculée Conception. Il assiste au salut du Saint-Sacrement, célébré tous les jeudis et dimanches en fin d’après-midi, ainsi que durant toute l’octave de la Fête-Dieu[236].

 
Scène de lavement des pieds : panneau gauche d'un retable de la Passion du Christ, Maître du Livre de Raison, v. 1475, Gemäldegalerie de Berlin.

Une stricte observance des rites

En raison du sacre, certains rites religieux s’appliquent au roi de France pour rappeler son statut particulier de roi très chrétien[237]. Louis XIV les assume avec une dévotion croissante. D'abord, la présence du Roi à la messe entraîne des actions liturgiques proches de celles prévues en présence d’un cardinal, d’un archevêque métropolitain ou d’un évêque diocésain[n 8]. Il est assimilé à un évêque sans juridiction ecclésiastique[238]. De plus, chaque jeudi saint, comme tous les évêques catholiques, dès l'âge de quatre ans, le roi procède à la cérémonie du lavement des pieds ou mandé royal (Mandatum ou de Lotio pedum)[239]. Sélectionnés la veille, examinés par le premier médecin du roi, lavés, nourris et revêtus d’une petite robe de drap rouge, treize garçons pauvres sont amenés dans la grande salle des gardes, à l’entrée de l’appartement de la reine[n 9]. Enfin, en vertu d’un pouvoir thaumaturgique dérivé du sacre, le roi de France est censé pouvoir guérir les écrouelles, une forme ganglionnaire de la tuberculose. Cette dimension quasi sacerdotale est le signe que les rois de France, qui ainsi « font les miracles de leur vivant […] ne sont pas purs laïques, mais que participant à la prêtrise, ils ont des grâces particulières de Dieu, que même les plus réformés prêtres n’ont pas »[240]. Le roi, qui apparait comme un intermédiaire du pouvoir de Dieu, prononce la formule « le Roi te touche Dieu te guérisse » (et non plus « Dieu te guérit »), le subjonctif laissant à Dieu seul la liberté de guérir ou non[241]. Versailles devient ainsi un lieu de pèlerinage et les malades y sont accueillis sous les voûtes de l’Orangerie. Au cours de son règne, le roi a touché près de 200 000 scrofuleux, mais il ne s'en plaignait pas d'après le chroniqueur du Mercure Galant[242].

Un roi à l'écoute des sermons

Le roi assiste à des sermons, des oraisons et à au moins vingt-six prédications lors de l’Avent et du Carême. Les prédicateurs viennent d'horizons variés, prêtres ou religieux comme Don Cosme de l’ordre des Feuillants, ou le père Séraphin, de l'ordre des Capucins[n 10],[243]. Les thèmes de prédication sont libres, même si traditionnellement le sermon du 1er novembre porte sur la sainteté, celui du sur la pureté[244]. C'est un des seuls espaces de critique possible sous l'absolutisme : les sermonneurs ne sont pas complaisants et mettent régulièrement en cause certains comportements du roi ou de la cour et le lien entre la vertu du roi et le bonheur de son peuple est régulièrement mis en avant. Bossuet, défenseur du droit divin et théoricien de la supériorité de la monarchie prône une politique royale en faveur des pauvres, insiste sur les devoirs du roi et défend un programme de politique chrétienne : protection de l’Église et de la foi catholique, éradication de l’hérésie protestante, répression des blasphèmes et des crimes publics, pratique des vertus et notamment de la justiceMaral 2012, p. 73-75.

Du libertinage à la dévotion

 
Jacques-Bénigne Bossuet, évêque et précepteur du Dauphin.

Le jeune roi ne se laisse cependant pas dicter sa conduite par les religieux. Ainsi, il a su conserver le secret même à son confesseur lors de l'arrestation en 1652 du cardinal de Retz impliqué dans la Fronde[231]. Il ne ménage pas non plus les dévots, suivant en cela Mazarin qui était défavorable à ce parti que soutenait pour sa part la reine mère[245]. On le soupçonne d'avoir soufflé à Molière l'idée du Tartuffe[245]. Jusqu'à la fin des années 1670, le roi et la cour s'adonnent à un fort libertinage qui choque les dévots. Le roi se convertira au moment où, quittant Madame de Montespan, il se remarie secrètement avec Madame de Maintenon[246].

Dès qu'il occupe réellement le pouvoir, à partir de 1661, Louis XIV affirme vouloir soumettre les factions religieuses du royaume dans une unité d'obéissance[245]. Le , il fait savoir au Parlement qu’il a décidé d’éradiquer le jansénisme car il y voit un rigorisme rendant impossible les hardiesses requises d'un chef d'État dans l'exercice de son autorité et l’obéissance due par les sujets[247]. Par ailleurs, il affirme son autorité et l'indépendance du clergé français par rapport au pape. Alexandre VII est même menacé de guerre en 1662 car il veut réduire l'extraterritorialité de l'ambassade de France à Rome pour des raisons diplomatiques et de police). Avignon est occupée[248].

En 1664, il dissout les congrégations secrètes notamment la compagnie du Saint-Sacrement qui compte autant de dévots jésuites que jansénistes. Cette dissolution n'est pas seulement liée à la dévotion de ses membres mais tient surtout au fait que le Roi s'inquiète de la constitution d'un groupe échappant à son contrôle[245].

Louis XIV et les jansénistes

Article détaillé : Jansénisme.

L'épineuse question de la grâce

 
Pape Innocent XI (1611-1689), Bienheureux de l'Église catholique et adversaire résolu du roi

Deux visions de la grâce s'opposent à l'intérieur du christianisme depuis Pélage et Augustin d'Hippone. Pour le premier, l'homme peut faire son salut par lui-même sans recourir à la grâce divine. Pour Augustin, au contraire, la nature corrompue des êtres humains ne permet pas le salut sans l'intervention de Dieu[249]. Traditionnellement, l'Église opte pour un moyen terme entre les deux. La Renaissance, en pariant sur la liberté humaine a eu tendance à revenir au pélagisme, ce qui a entrainé les réactions de Luther et de Calvin, proches sur ce point de l'augustinisme[250]. Les jésuites, sous l'influence notamment de Molina, développent quant à eux la notion de grâce suffisante, qui est proche de la vision pélagienne de la grâce et débouche sur une religion humaine qui nie le côté tragique de la vie. Cela entraîne en réaction une réformation catholique plus augustinienne où s'illustrent de nombreux hommes d'Église français tels Pierre de Bérulle, François de Sales ou Vincent de Paul. Au départ les jansénistes peuvent être vus comme participant de ce courant de réforme[251].

Les politiques de Mazarin puis de Louis XIV vis-à-vis des jansénistes

Richelieu connait Saint-Cyran, un des fondateurs du jansénisme en qui il voit le successeur de Bérulle à la tête du parti dévot et il le fait enfermer[252]. Paradoxalement, le jansénisme va sortir renforcé par la condamnation papale de certaines des thèses de l' Augustinus, un livre de Jansénius. En effet, la bulle In eminenti (1642) incite Antoine Arnauld à écrire De la fréquente communion (1643), un livre clair et compréhensible qui s'oppose à la religion mondaine (tournée vers le monde) des jésuites[252]. En 1653, le pape Innocent X émet la bulle Cum occasione qui condamne cinq propositions dont il est sous-entendu qu'elles figurent dans le livre de Jansénius. Mazarin, désireux de se concilier le pape et après avoir demandé conseil aux évêques, décrète que ces propositions figurent effectivement dans l'Augustinus[253]. Les jansénistes commencent alors à être victimes de rumeurs et de pressions de l'appareil d'État[254]. Lorsque Louis XIV commence à exercer lui-même le pouvoir, les persécutions s'intensifient. Les religieuses de Port-Royal sont dispersées en 1664. Commence alors un jansénisme souterrain qui se poursuivra durant tout le 18e siècle. Si la politique de Mazarin était uniquement marquée par des considérations de politique politicienne, les décisions de Louis XIV portent plus sur des questions de fond. Il se méfie des jansénistes car leur volonté d'autonomie les amène à s'opposer à un pouvoir absolu de droit divin. De plus, ils sont portés sur l'austérité alors que le roi aime les divertissements, la pompe, les arts[255].

Du droit de régale au gallicanisme

Article connexe : Gallicanisme.

Le droit de régale repose sur une coutume qui permet au roi de France de percevoir « les revenus des évêchés vacants et de nommer aux canonicats des chapitres jusqu'à ce que le nouvel évêque ait fait enregistrer son serment par la cour des Comptes »[256]. Se fondant sur la jurisprudence du parlement de Paris, le roi décide en d'étendre cette pratique à tout le royaume alors qu'elle n'en touchait que la moitié [256]. Les évêques de tendance janséniste de Pamiers et d'Alet-les-Bains en appellent au pape au nom de la liberté de l'Église face au pouvoir séculier[257]. Le pape Innocent XI leur donne raison par trois brefs. En juillet 1680, l'assemblée du clergé soutient la position royale. À la suite de divers incidents, le pape excommunie un des évêques nommés par le roi. Une nouvelle assemblée du clergé en cherche à ménager les parties. Le roi cherche aussi un compromis en renonçant à certaines prérogatives. Le pape restant sur ses positions, l'assemblée du clergé adopte en les quatre articles qui serviront de base au gallicanisme[258].

L'article 1 affirme la souveraineté du roi sur les affaires temporelles ; l'article 2 accorde « la plénitude de puissance » au pape sur les affaires spirituelles tout en y apportant des restrictions ; l'article 3 rappelle les principes de base du gallicanisme concernant la spécificité des règles, mœurs et constitutions du royaume de France ; le quatrième article émet de façon subtile des doutes sur la doctrine de l'infaillibilité pontificale[258]. Devant le refus du pape d'accepter ces articles, les évêques français déclarent que « l'Église gallicane se gouverne par ses propres lois ; elle en garde inviolablement l'usage »[258]. Le parlement de Paris enregistre les articles en .

Cette épreuve de force a deux conséquences : le pape refuse d'approuver les nominations au poste d'évêque proposées par le roi, provoquant la vacance de nombreux postes ; l'appui du clergé français au roi oblige en quelque sorte ce dernier à adopter la ligne dure de l'Église de France face aux protestants[257].

Louis XIV et les protestants

 
La révocation de l'édit de Nantes interdit le protestantisme dans le royaume.

Persécutions des protestants

Le protestantisme est, à l'époque de Louis XIV, minoritaire en France, où il n'a jamais constitué plus de 10 % de la population y compris lors des guerres de religion du XVIe siècle. En 1660-1670, on estime le nombre des protestants à environ 787 400[259]. L'édit, signé à Nantes le par le roi de France Henri IV, était un compromis qui laissait la liberté de culte aux protestants dans certaines limites et la possession de certaines places fortes militaires. Cette possibilité de conserver des places fortes a été révoquée sous le règne de Louis XIII lors de la paix d'Alès en 1629.

À la cour, le parti nobiliaire protestant est en voie de disparition : la conversion d'Henri IV et l'édit d’Alès l'avaient affaibli. Louis XIV, en « domestiquant » la noblesse, « domestiqua » aussi la religion : bon nombre de nobles protestants, pour acquérir une charge durent se convertir à la religion du roi, le catholicisme.

Au plan local, par des arrêts du Conseil, Louis XIV restreint peu à peu les libertés accordées aux protestants par de l'édit de Nantes, vidant le texte de sa substance. La logique du « tout que ce qui n'était pas autorisé par l'édit est interdit » conduit à l'interdiction de tout prosélytisme et de certains métiers pour les membres de la religion prétendument réformée) . Avec l'arrivée au pouvoir de Louvois, la pression sur les protestants s'aggrave par l'obligation qui leur est faite de loger les troupes, les dragonnades[259]. Les dragonnades ont été d'abord utilisées en Bretagne en 1675 pour venir à bout d'une révolte, mais la radicalisation de cette politique accélère des conversions contraintes[260]. Louis XIV reçoit de son administration des listes de conversions et voit là « l'effet de sa piété et de son autorité ». Si le roi est mal informé par ses services et ses courtisans qui lui cachent la cruelle réalité, il n'en demeure pas moins que celui-ci « formé par des confesseurs jésuites, nourri dès l'enfance de sentiments anti-protestants » ne demande qu'à croire ce qu'on lui dit[261].

Révocation de l'édit de Nantes

Article détaillé : Édit de Fontainebleau (1685).
 
Monument dédié aux huguenots français venus s'installer à Franschhoek dans la province du Cap (Afrique du Sud) en 1688.

Le , le roi signe l'édit de Fontainebleau contresigné et inspiré par le chancelier Michel Le Tellier[262]. Il révoque ainsi l'édit de Nantes (promulgué par Henri IV en 1598) et fait du royaume un pays exclusivement catholique, interdisant le protestantisme sur tout le territoire et amenant la transformation des temples en églises. À défaut de se convertir au catholicisme, nombre de huguenots choisissent de s'exiler vers des pays protestants : l'Angleterre, les États protestants d'Allemagne, les cantons protestants de Suisse, les Provinces-Unies et ses colonies, comme celle du Cap. On estime à environ 200 000 le nombre d'exilés, dont beaucoup d'artisans ou de membres de la bourgeoisie[263]. Si les récents travaux de Michel Morrineau et de Janine Garrisson ont nuancé les conséquences économiques de la révocation[264], l'économie ne s'effondrant pas en 1686 et la formation d'une diaspora française en Europe favorisant l'exportation ou l'essor européen de la langue française, il n'en demeure pas moins que les conséquences humaines et religieuses sont sérieuses.

Ce geste politique était souhaité par le clergé et par le groupe des anti-protestants proches de Michel Le Tellier[265]. Il semble que ceux-ci n'ont que très partiellement informé le roi de la situation des protestants, en profitant du fait que le camp des modérés était affaibli par la mort de Colbert[261].

À l'époque, l'unité religieuse était considérée comme nécessaire à l'unité d'un pays, en vertu de l'adage latin « cujus regio ejus religio (à chaque pays sa religion) », qu'avait mis de l'avant Guillaume Postel[266]. Une telle fusion du politique et du religieux n'était d'ailleurs pas propre à la France : l'Angleterre, après l'exécution de Charles Ier, que Louis XIV avait connu à l'âge de 11 ans à l'époque de la Fronde, impose en 1673 le Test Act qui interdit aux catholiques l'accès aux fonctions publiques et aux Chambres des lords et des communes, mesure qui restera en vigueur jusqu'en 1829.

L'édit de Fontainebleau est bien accueilli en général et pas seulement par les « papistes » et les dévots : « La Bruyère, La Fontaine, Racine Bussy-Rabutin, Le Grand Arnauld, Madeleine de Scudéry et beaucoup d'autres applaudirent », tout comme Madame de Sévigné[262]. Cette décision redore le prestige de Louis XIV vis-à-vis des princes catholiques et lui restitue « sa place parmi les grands chefs de la chrétienté »[55]. Bossuet qualifie le roi dans une oraison de 1686 de « nouveau Constantin »[55].

Le pape Innocent XI n'a cependant pas réellement applaudi l'action du roi. Selon Alexandre Maral, ce pape, qui n'était pas hostile à la rigueur morale des jansénistes, semble avoir voulu la réunification des deux branches séparées (catholiques et protestants) de l'Église. Cette thèse est confortée par le fait qu'il fait cardinal en 1686 l'évêque de Grenoble Étienne Le Camus, favorable à cette politique[267].

Chez beaucoup de protestants convertis, l'adhésion au catholicisme reste superficielle[268], comme le montrent des soulèvements de protestants dans le Languedoc, dont la guerre des Cévennes entre les camisards et les troupes royales constitue le paroxysme.

Louis XIV et le judaïsme

Louis XIV fut moins hostile aux Juifs que ses prédécesseurs. Le début de son règne marque en effet une évolution dans la politique du pouvoir royal vis-à-vis du judaïsme. Dans l'esprit de la politique pragmatique de Mazarin, lorsqu'en 1648 les traités de Westphalie attribuent les Trois-Évêchés, la Haute-Alsace et la Décapole à la France, le pouvoir choisit de ne pas exclure les Juifs qui y habitent bien que l'édit de 1394 qui les expulsait de France soit encore théoriquement applicable[269]. En 1657, le jeune Louis XIV est reçu solennellement avec son frère à la synagogue de Metz[270]. Concernant les Juifs alsaciens, si au départ ils gardent le même statut que sous l'empire germanique, peu à peu les choses vont s’améliorer avec les lettres patentes de 1657[271]. Enfin, les ordonnances de 1674 publiées par l’intendant La Grange font que le statut des Juifs de l’Alsace royale est aligné sur celui des Juifs de Metz, et que le péage corporel est aboli pour eux. Ceux du reste de la province restent cependant assimilés à des étrangers, et donc soumis à ce péage corporel. Les Juifs d'Alsace royale ayant le même statut que les Juifs messins, un rabbinat des Juifs d’Alsace est créé en 1681[271].

Un certain nombre de Juifs hollandais qui ont immigré à Pernambouc, au Brésil, sous domination hollandaise de 1630 à 1654[272], doivent quitter ce pays quand les Portugais en reprennent le contrôle et y rétablissent l'Inquisition. Certains s'établissent alors aux Antilles françaises et la tradition veut que la capitale de la Guadeloupe, Pointe-à-Pitre, devrait son nom à un Juif hollandais, appelé Peter ou Pitre selon la transcription en français[273]. Toutefois, les Juifs quittent la Martinique quand ils en sont expulsés en 1683, expulsion élargie à toutes les Antilles françaises par le Code noir de 1685, dont le premier article enjoint à « tous nos officiers de chasser de nos dites îles tous les Juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d'en sortir dans trois mois à compter du jour de la publication des présentes »[274],[275].

Opposition royale au quiétisme de Fénelon

 
Fénelon et duc de Bourgogne, par Alphonse de Neuville (1835-1885).

L'oraison (ou prière d'adoration) est en vogue aux 16e siècle et 17e siècle avec notamment Sainte Thérèse d'Avila, Saint Jean de la Croix et en France, Pierre de Bérulle et François de Sales. En Espagne, Miguel de Molinos publie un Guide spirituel (1675), dans lequel il soutient une vision extrême de l'oraison où l'âme peut s'anéantir en Dieu et échapper au péché. D'abord favorable à cette position, le pape Innocent XI finira par condamner 68 des propositions de ce livre par la bulle Caelestis Pastor (1687) [276]. En France, cette pensée inspire Fénelon et Madame Guyon, qui à son tour influence des dames de la cour.

C'est le directeur spirituel de Saint-Cyr, où l'épouse secrète de Louis XIV s'occupe de l'éducation des jeunes filles, qui le premier, en mai 1693 s'inquiète de la progression de la doctrine de Madame Guyon dans cet établissement. Mis au courant, le roi soupçonne une cabale et enjoint à son épouse de rompre ses relations avec la dame en question[277]. Par ailleurs, le roi en appelle à l'arbitrage de Bossuet qui passe alors pour le chef de l'Église catholique en France. Parallèlement, Fénelon, qui a rédigé en décembre 1693 de façon anonyme une violente diatribe contre la politique royale, voit sa carrière se ralentir et se fait refuser l'évêché de Paris[276]. L'affaire religieuse se double d'une affaire politique. Les jésuites qui ont fait condamner les thèses de Miguel de Molinos inspirateur du quiétisme soutiennent maintenant Madame Guyon, sa disciple, car l'important pour eux politiquement est de s'opposer aux gallicans qui mènent l'attaque contre elle et contre Fénelon. Précisons ici que les gallicans sont partisans d'une certaine indépendance de l'église de France vis-à-vis du pape alors que les jésuites qui soutiennent le pape sont ultramontains. Au final, le souverain pontife se garde bien de condamner formellement Madame Guyon et se contente de réprouver vaguement quelques thèses[278].

Les choses auraient pu en rester là si Fénelon n'avait pas fait paraître en 1699 Les Aventures de Télémaque. Le roi fait saisir cet ouvrage qui le renforce dans sa volonté de ne jamais faire revenir son auteur à la cour[278]. L'opposition de Fénelon à la politique de Louis XIV semble basée sur un fort sentiment anti-machiavélisme qui refuse « la séparation entre la religion et la politique, la morale chrétienne et la morale d'État »[279]. La pensée de Fénelon nourrira tout un courant aristocratique marquée par l'idée d'une « monarchie patriarcale et tempérée, ennemie de la guerre, vertueuse, philanthropique »[277].

Le Roi et les problèmes religieux de la fin du règne

Une amélioration des relations avec le Vatican

Le rapprochement entre Louis XIV et Innocent XI était très difficile voire impossible en raison d'une opposition de fond. Quand il est élu, le pape ambitionne de devenir le directeur spirituel du roi. Dans une lettre de mars 1679, il demande au chargé d'affaires de la nonciature à ce que, par l'intermédiaire du père de La Chaize, confesseur du roi, il soit conseillé à Louis XIV de bien vouloir « réfléchir au moins pendant dix minutes et bénir le Seigneur tout en s'efforcant aussi de méditer souvent sur la vie éternelle et sur la caducité de la gloire et des biens temporels »[280]. Par ailleurs, ce pape n'est pas sans sympathie pour l'austérité et la rigueur des jansénistes. Dans l'affaire de la régale, il donne d'ailleurs raison à deux évêques jansénistes, ce qui pousse le roi à adopter une attitude strictement gallicane[281]. Enfin leurs politiques respectives envers les musulmans et les protestants sont radicalement différentes : le pape voudrait que le roi soutienne l'empereur dans sa lutte contre les Turcs, ce que Louis XIV ne fait qu'à reculons car ce n'est pas dans l'intérêt de la France[282]. De même au moment de la guerre de neuf ans, ce pape favorisera les intérêts de l'Empereur lors de la succession à l'évêché de Cologne. En ce qui concerne les protestants, ce pape est plutôt en faveur de la concorde et guère favorable à l'Édit de fontainebleau[283].

L'élection d'Alexandre VIII en 1689 change la donne. Celui-ci fait cardinal Forbin-Janson que soutenait le roi et qui par reconnaissance lui restitue Avignon et le Comtat Venaissin[284]. Son successeur Innocent XII, élu en juillet 1691, commence à régler la question des évêques dont la nomination n'avait pas été validée par le Vatican depuis 1673. En 1693, le roi obtient des évêques français le retrait des quatre articles fondateurs du gallicanisme puis peu à peu l'affaire de la régale s'éteint[285]. En 1700, au début de la guerre de Succession d'Espagne le nouveau pape Clément XI aide Louis XIV en soutenant son candidat pour l'archevêché de Strasbourg contre celui de l'Empereur[285].

La bulle Vinean domini

À la fin du règne de Louis XIV, le clergé français est majoritairement proche d'un augustinisme modéré teinté de jansénisme animé par l'archevêque de Paris Louis Antoine de Noailles, l'archevêque de Reims Charles Maurice Le Tellier et Jacques Bénigne Bossuet. Le père Pasquier Quesnel, vu comme un continuateur du jansénisme, vient interrompre cette progression lente du jansénisme en défendant des thèses d'un gallicanisme radical dans la continuité de la pensée d'Edmond Richer. Il veut notamment l'élection des évêques et des curés par les chrétiens[286]. Parallèlement les jansénistes durs lancent « l'affaire du cas de conscience » portant sur l'absolution à donner ou non à un prêtre qui n'admet pas que les cinq propositions du jansénisme condamnés par le pape figurent dans l' Augustinus[287]. Fénelon, qui veut s'imposer contre Bossuet, adopte les thèses jésuites et insiste pour que Rome se prononce pour le refus de l'absolution, ce que fait le pape en promulguant la bulle Vinean Domini Sabaoth en 1705. Parallèlement, on assiste à un durcissement de l'attitude des dernières sœurs de Port-Royal qui refusent d'accepter la position conciliante de l'archevêque de Paris. Elles sont alors excommuniées alors que le roi fait raser l'abbaye par un arrêt de janvier 1710[288].

La bulle Unigenitus
Article détaillé : bulle Unigenitus.

Le père Le Tellier, nouveau confesseur du roi, et Fénelon veulent obtenir une condamnation franche des thèses du père Quesnel, à la fois pour des raisons religieuses mais aussi peut-être par ambition personnelle[287]. En effet, ils espèrent ainsi obtenir la révocation ou la démission du Cardinal de Noailles, archevêque de Paris et proche des thèses gallicano-augustiennes[289]. Le pape, d'abord réticent par crainte de relancer un conflit dans le clergé français, finit par céder et publie la bulle Unigenitus (1713), qui développe une vision hiérarchisée et dogmatique de l'Église[290]. Les instigateurs français de la bulle imposent alors une interprétation dure du texte à l'intention du clergé français. Le cardinal de Noailles s'y oppose tout comme une large partie du bas clergé et des fidèles. Le roi et le pape ne parviennent pas à s'accorder sur la manière de faire obéir le cardinal, car le roi s'oppose à tout acte d'autorité pontificale qui mettrait en cause les libertés gallicanes[291]. Le parlement et la haute administration s'opposent de leur côté à l'enregistrement de la bulle et le roi meurt sans avoir pu forcer le parlement[292].

Le gallicanisme de Louis XIV

Malgré son opposition au pape Innocent XI, Louis XIV n'a pas songé à établir une Église gallicane indépendante de Rome sur le modèle de l'Église anglicane anglaise. Selon Alexandre Maral, il a voulu  « être considéré davantage comme un collaborateur que comme un subordonné »[293] du pape. Son approbation des quatre articles du gallicanisme est lié au fort sentiment d'injustice ressenti face à un pape « usant et abusant d'armes spirituelles pour soutenir des intérêts temporels contraires à ceux de la France »[293]. Le gallicanisme du Grand roi n'est pas mû par une volonté d'indépendance comme chez les anglicans mais par une volonté de ne pas être un vassal de Rome[294].

La culture, les arts et les sciences: instruments de rayonnement et de pouvoir

La recherche de gloire chez Louis XIV ne passe pas seulement par la politique et la guerre. Elle inclut les arts, les lettres et les sciences[295]. Le roi accorde aussi une grande importance aux fêtes spectaculaires (voir Fêtes à Versailles), ayant appris de Mazarin l'importance du spectacle en politique et la nécessité de montrer sa puissance pour renforcer l'adhésion populaire[296].

Louis le bâtisseur

 
Le château de Versailles vu des jardins sud-ouest.
 
Le dôme de l'hôtel des Invalides.

Dans l'esprit du roi, la grandeur d'un royaume doit aussi se mesurer à son embellissement. Sur les conseils de Colbert, un des premiers chantiers du roi sera la restauration du palais et du jardin des Tuileries[295], confiée à Louis Le Vau et à André Le Nôtre. Les décors intérieurs sont confiés à Charles Le Brun et aux peintres de la brillante Académie royale de peinture et de sculpture.

Après l'arrestation de Fouquet, dont il semble vouloir imiter la vie fastueuse, le roi dépense d'importantes sommes dans l'amélioration du Louvre (1666-1678) — dont le projet est confié à Claude Perrault, qui l'emporte sur Le Bernin venu exprès de Rome. Il choisit finalement le château de Versailles comme résidence royale. Il y emménage en 1682 après plus de vingt ans de travaux[297]. Ce château de Versailles a coûté moins de 82 millions de livres, soit à peine plus que le déficit budgétaire de 1715[295]. Il confie à Jules Hardouin-Mansart la construction du Grand Trianon (1687).

Outre le château de Versailles qu'il fait agrandir petit à petit tout au long de son règne, le roi fait aussi construire le château de Marly afin d'y recevoir ses intimes. Il confie la restauration des jardins du château de Saint-Germain-en-Laye, sa demeure principale avant Versailles, à Le Nôtre[295].

Paris lui doit aussi, entre autres, le pont Royal (financé sur ses propres deniers), l'Observatoire, les Champs-Élysées, les Invalides, la place Vendôme ainsi que la place des Victoires (commémorant la victoire sur l'Espagne, l'Empire, le Brandebourg et les Provinces-Unies). Deux arcs de triomphe, la porte Saint-Denis et la porte Saint-Martin, célèbrent les victoires du Roi-Soleil lors de ses guerres européennes[298].

Il fait aussi modifier profondément la structure de plusieurs villes françaises — Lille, Besançon, Belfort, Briançon — en les fortifiant grâce aux travaux de Vauban. Il crée ou développe certaines villes, tel Versailles pour la cour, ou Neuf-Brisach et Sarrelouis pour défendre les acquisitions de l'Alsace et de la Lorraine. En 1685, la ceinture de fer des fortifications défendant la France est pour l'essentiel achevée[299].

Pour faciliter le développement de la marine royale, il développe les ports et arsenaux de Brest et de Toulon, crée un port de guerre à Rochefort, des ports de commerce à Lorient et Sète et fait construire le port franc et l'arsenal des galères à Marseille[300].

Louis XIV, patron des arts et des sciences

 
Louis XIV avec instruments de musique, fleurs et fruits, par Jean Garnier (1632-1705)[301]
 
Buste de Louis XIV par Le Bernin

Dans sa jeunesse, Louis XIV danse lors des ballets donnés à la cour, tel le Ballet des Saisons à l'été 1661. Il dansera son dernier ballet en 1670[302]. Au ballet succéderont les comédies-ballets tel Le Bourgeois gentilhomme de Molière. En 1662 est fondée l'Académie royale de danse. Le roi chante aussi en s’accompagnant à la guitare. Robert de Visée, musicien à la Chambre du Roi, composa deux livres de pièces pour la guitarre dédiées au Roy. La musique fait partie de la vie de cour. Il ne passe pas un jour sans musique à Versailles. Tous les matins, après le conseil, Louis XIV écoute trois motets à la chapelle royale[303].

Grand amateur de musique italienne, Louis XIV fait de Jean-Baptiste Lully le surintendant de la musique et le maître de musique de la famille royale. Il aime éblouir la cour et la favorite du moment en organisant des fêtes fastueuses, dont la plus célèbre et la mieux documentée est sans doute celle des Plaisirs de l'île enchantée en 1664. Toujours à l'affût de nouveaux talents, Louis XIV lance des concours de musique: en 1683, Michel-Richard de Lalande devient ainsi sous-maître de la Chapelle royale et composera plus tard ses Symphonies pour les Soupers du Roy.

Accordant une grande place au théâtre, Louis XIV « a orienté certains écrivains, moins par son goût et sa culture que par son prestige, vers la décence et la noblesse, vers le bon sens et la justesse[304]. » Son influence est considérable car il se comporte en mécène et finance les grands figures culturelles de l'époque, dont il aime s'entourer. Artistes et écrivains rivalisent d'efforts et de talent pour mériter son appréciation. Ayant très tôt découvert le génie comique de Molière, il fait restaurer pour lui, en 1661, la salle du Palais-Royal, où le dramaturge jouera jusqu'à sa mort[305]. Pour le récompenser, le roi octroie six mille livres de pension à sa troupe, qui devient officiellement « La Troupe du Roi au Palais-Royal » (1665); la même année, il devient le parrain de son premier enfant.

En même temps que la comédie acquiert avec Molière ses lettres de noblesse, la tragédie continue de s'épanouir et « tend à devenir une institution d'État[306] », atteignant avec Racine un sommet — dont elle ne pourra ensuite que décliner inexorablement[307]. Pour récompenser Racine du succès de Phèdre, le roi en fait son historiographe, en 1677. Selon Antoine Adam

« La grandeur historique de Louis XIV avait été de donner au royaume un style. Que ce soit Bossuet ou La Rochefoucauld, ou Mme de Lafayette, que ce soient les héroïnes de Racine, tous et toutes ont en commun le sens de l'attitude, non pas théâtrale, mais magnifique. Ils sont comme portés à ce haut niveau par l'orgueil de la race ou du rang social, par le sentiment de leurs devoirs et de leurs droits. C'est aux environs de 1680 que ce style s'est affirmé avec le plus de force, c'est à cette époque que la France monarchique a eu le mieux conscience de vivre un moment exceptionnel de l'histoire[308]. »

En 1647, est fondée l'Académie royale de peinture et de sculpture, où sont formés tous les grands artistes du règne : placée sous la protection de Colbert, elle est dirigée par Charles Le Brun et compte parmi ses fondateurs les plus grandes figures de la peinture française du milieu du siècle, tels Eustache Le Sueur, Philippe de Champaigne, et Laurent de La Hyre[309]. Conçue sur le modèle des académies italiennes, elle permet aux artistes titulaires d'un brevet du roi d'échapper aux règles contraignantes des corporations urbaines, qui régissent depuis le Moyen Âge le métier de peintre et de sculpteur. Les membres de l'Académie mettent au point un système élaboré d'enseignement, de copie d'après les maîtres, de conférences destinées à théoriser le « beau » au service du monarque, et créent même une Académie de France à Rome, où sont envoyés les élèves les plus méritants. La plupart des grandes commandes du règne, dont les décors peints et sculptés du château de Versailles, sont réalisées par les élèves formés dans cette nouvelle Académie royale[309]. En 1664, Colbert invite toutefois en France Le Bernin, alors au sommet de sa gloire, pour la restructuration du Louvre, mais le projet du Bernin est écarté au profit de celui de Claude Perrault. L'architecte-sculpteur italien réalisa cependant un buste du roi en marbre blanc et une statue équestre qu'il livra vingt ans après son retour à Rome : d'abord « exilée » dans un coin peu prestigieux du parc de Versailles, celle-ci se trouve maintenant devant le Louvre[310]. Cette dernière statue a été dévoilée à Versailles en même temps que le Persée et Andromède du sculpteur français Pierre Puget, dont le célèbre Milon de Crotone ornait déjà le parc depuis 1682.

En 1672, Louis XIV devient le protecteur officiel de l'Académie française : « Sur les conseils de Colbert, le roi lui offrit un domicile – au Louvre – un fonds pour couvrir ses besoins, des jetons pour récompenser la présence aux séances ; il lui offrit aussi quarante fauteuils – signe de l’égalité totale entre académiciens[311]. » En 1688, il fonde l'Académie des sciences, destinée à concurrencer la Royal Society de Londres[309]. Son règne voit aussi la réorganisation du Jardin des plantes et la création du Conservatoire des machines, arts et métiers[296].

Le retour à l'Antiquité comme thème dans les arts

La référence à l'antiquité romaine s'impose en art. Le roi est représenté par les peintres comme étant le nouvel Auguste, comme Jupiter, vainqueur des Titans, comme Mars, dieu de la guerre ou Neptune. La nouvelle cosmologie s'oppose à la morale héroïque de Corneille. Elle vise à « redéfinir autour de la monarchie un nouvel ordre, un nouvel ensemble de valeurs »[312]. À partir de 1660-1670, Nicolas Boileau fait l'éloge du bon sens et de la raison, ce qui contribue à ruiner « l'emphase tragique à la Corneille » caractéristique de l'aristocratie frondeuse du début du siècle. L'art vise alors à imposer à l'aristocratie des valeurs plus « romaines » destinées à « discipliner ses folles impulsions »[313]. Vers la fin du siècle, la tragédie s'essouffle et est désaffectée par le public[314].

L'homme Louis XIV

Personnalité

 
Portrait de Saint-Simon

Le « portrait de Louis XIV » occupe une place certaine dans les Mémoires de Saint-Simon (381 pages dans l'édition Boislisle de 1916). Pour le mémorialiste, tout le « caractère » du roi découle de son trait fondamental, l'orgueil, alimenté par la flatterie dont il fait sans cesse l'objet et par son esprit qui est, dit-il, « au-dessous du médiocre […] mais capable de se former et de se raffiner »[315]. Selon l'historien moderne Thierry Sarmant, l'orgueil de Louis XIV vient du sentiment d'appartenir à la plus ancienne, la plus puissante et la plus noble dynastie d'Europe, les Capétiens, de même que de la grande confiance en sa capacité de gouverner qu'il gagne après des débuts hésitants[316].

D'autre part, certains de ses contemporains tel le maréchal de Berwick ont souligné sa grande politesse, et sa belle-sœur Madame Palatine son affabilité[317]. Il traite ses domestiques avec respect[318], Saint-Simon note d'ailleurs que sa mort n'est regrettée « que de ses valets inférieurs, de peu d'autres gens »[319]. Il a d'ailleurs comme principal homme de confiance son fidèle valet Alexandre Bontemps, organisateur de son mariage secret avec Madame de Maintenon et l'un des rares témoins de ce remariage[320].

Malgré son surnom de « roi soleil », il est de nature timide, ce qui n'est pas sans rappeler son père Louis XIII et ses successeurs Louis XV et Louis XVI. Il redoute les conflits et les scènes, ce qui l'amène à s'entourer de plus en plus de ministres effacés et dociles tels que d'Aligre, Boucherat, mais surtout Chamillart, l'un de ses favoris. Au demeurant, il n'est en confiance que dans un cercle restreint de parents, domestiques, ministres de longue date et quelques grands seigneurs[321].

Au fil des années, il a su maîtriser sa timidité, sans la surmonter, et la fait paraître comme maîtrise de soi[321]. Primi Visconti, le chroniqueur du XVIIe siècle, relate dans la même veine que « en public, il est plein de gravité et très différent de ce qu’il est en son particulier. Me trouvant dans sa chambre avec d’autres courtisans, j’ai remarqué plusieurs fois que, si la porte vient par hasard à être ouverte, ou s’il sort, il compose aussitôt son attitude et prend une autre expression de figure, comme s’il devait paraître sur un théâtre »[322]. S'exprimant de manière laconique et préférant réfléchir seul avant de prendre une décision[323], une de ses répliques célèbres est « je verrai », en réponse à des requêtes de toutes sortes[321].

Le roi lit moins que la moyenne de ses contemporains cultivés. Il préfère se faire lire les livres. Il aime en revanche la conversation. Un de ses interlocuteurs favoris, Jean Racine, est aussi un des lecteurs qu'il apprécie le plus. Louis XIV lui trouve d'ailleurs « un talent particulier pour faire sentir la beauté des ouvrages »[324]. Racine lui lira notamment La Vie des hommes célèbres de Plutarque. À partir de 1701, le roi se met à constituer une bibliothèque de livres rares, parmi lesquels figurent : Les Éléments de la politique de Thomas Hobbes, Le Prince parfait de J. Bauduin[325], Le portrait du gouverneur politique de Mardaillan et la Dîme royale de Vauban[326],[327].

Le soleil comme emblème et la devise Nec pluribus impar

 
Nec pluribus impar (« supérieur à tous »), la devise du roi.

Louis XIV choisit pour emblème le soleil. C'est l'astre qui donne vie à toute chose mais c'est aussi le symbole de l'ordre et de la régularité. Il régna en soleil sur la cour, les courtisans et la France. Les courtisans assistaient à la journée du roi comme à la course journalière du soleil. Il apparaît même déguisé en soleil lors d'une fête donnée à la cour en 1653[328].

Voltaire rappelle dans son Histoire du siècle de Louis XIV l’épisode de la célèbre devise du Roi-Soleil. Louis Douvrier, spécialiste des monnaies antiques, en prévision du carrousel de 1662, eut l'idée d’attribuer un emblème et une devise à Louis XIV qui n’en avait pas. Cet ensemble ne plut pas au roi qui le trouva ostentatoire et prétentieux. Douvrier, pour assurer malgré tout le succès de sa production, la promut discrètement auprès de la cour qui s’enthousiasma de cette trouvaille et y vit l’occasion de montrer son éternel esprit de flatterie. Le blason comportait un globe éclairé par un soleil étincelant et la devise latine : nec pluribus impar, formule construite en litote dont le sens a prêté à discussion, signifiant littéralement « sans son pareil même dans un grand nombre »[n 11]. Louis XIV refusa toutefois de s’en parer et ne la porta jamais dans les carrousels. Il semble que par la suite il ne fit que la tolérer pour ne pas décevoir ses courtisans. Charles Rozan rapporte la parole que Louvois adressa au roi quand celui-ci déplorait le sort de Jacques II d'Angleterre chassé de son pays : « Si jamais devise a été juste à tous égards, c’est celle qui a été faite pour votre Majesté : Seul contre tous »[329].

Le métier de roi

Louis XIV travaille environ six heures par jour : de 2 à 3 heures le matin et l'après-midi, sans compter le temps consacré à la réflexion et aux affaires extraordinaires, à la participation aux différents conseils et à la liasse c'est-à-dire aux tête-à-tête avec les ministres ou ambassadeurs[330]. Le roi tient également à se tenir informé de l'opinion des sujets. C'est lui qui traite directement les demande de grâce car de la sorte, il peut s'instruire de l'état de ses peuples[331]. Après dix ans d'exercice du pouvoir, il écrit :

« C'est ici la dixième année que je marche, comme il me semble, assez constamment dans la même route ; écoutant mes moindres sujets ; sachant à toute heure le nombre et la qualité de mes troupes et l'état de mes places ; donnant incessamment mes ordres pour tous leurs besoins ; traitant immédiatement avec les ministres étrangers; recevant et lisant les dépêches ; faisant moi-même une partie des réponses et donnant à mes secrétaires la substance des autres[332]. »

Si l'historien François Bluche admet l'existence « d'accords instinctifs, implicites ou intuitifs entre le souverain et ses sujets », il pointe malgré tout « la relative insuffisance de relations entre le gouvernement et les sujets de Sa Majesté »[333].

Physionomie

 
Louis XIV représenté en Alexandre le Grand.

Il a souvent été dit du roi qu'il n'était pas grand. En 1956, Louis Hastier a déduit, à partir des dimensions de l’armure qui lui a été offerte en 1668 par la république de Venise, que le roi ne pouvait mesurer plus de 1,65 m. Cette déduction est aujourd’hui contestée car cette armure a pu être fabriquée selon un standard moyen de l’époque[334]. En effet, il s'agit d'un présent honorifique qui n'était pas destiné à être porté, si ce n’est dans les tableaux peints à sujet antique. Certains témoignages confirment que le roi était d’une belle prestance ; ce qui laisse supposer que, pour son temps, il a au moins une taille moyenne et une silhouette bien proportionnée. Madame de Motteville raconte, par exemple, que lors de l’entrevue sur l’île des Faisans en , entre les jeunes promis, présentés par les deux partis français et espagnols, que l’Infante Reine « le regardait avec des yeux tout-à-fait intéressés par sa bonne mine, parce que sa belle taille le faisait dépasser les deux ministres [Mazarin, d’un côté et don Louis de Haro, de l’autre] de toute la tête »[335]. Enfin, un témoin, François-Joseph de Lagrange-Chancel, maître d’hôtel de la Princesse Palatine, belle-sœur du roi, avance une mesure précise : « Cinq pieds, huit pouces de hauteur », soit 1,84 m[336].

Santé

Si Louis XIV eut un règne d’une longueur exceptionnelle, il a été toute sa vie d’une santé déficiente. Aussi est-il suivi quotidiennement par un médecin : Jacques Cousinot de 1643 à 1646, François Vautier en 1647, Antoine Vallot de 1648 à 1671, Antoine d'Aquin de 1672 à 1693, enfin Guy-Crescent Fagon jusqu'à la mort du roi. Tous ont abondamment recours des saignées, à des purgations et à des lavements aux clystères — le roi aurait reçu plus de 5 000 lavements en 50 ans[337]. Par ailleurs, comme l'expliquent des notes sanitaires, il eut de nombreux ennuis peu « royaux »[338]. Ainsi, il arrive à Louis d'avoir fort mauvaise haleine à cause de ses ennuis dentaires, apparus en 1676 selon le journal de son dentiste Dubois ; il arrive alors à ses maîtresses de placer un mouchoir parfumé devant leur nez[339]). Par ailleurs, en 1685, alors qu'on lui arrache un des nombreux chicots de son maxillaire gauche, une partie de son palais est arrachée, provoquant une « communication bucco-nasale »[340].

La lecture du journal de santé du roi Louis XIV, minutieusement entretenu par ses médecins successifs, est édifiante : il se passe peu de jours sans que le souverain soit l’objet d’une purgation, d’un lavement, d’un emplâtre, d’une pommade ou d’une saignée[341]. On y trouve entre autres consignés :

  • petite vérole en 1647 ;
  • troubles gastriques et dysenteries, indispositions chroniques chez ce monarque, réputé gros mangeur ;
  • tumeurs : téton droit cautérisé en janvier 1653 ;
  • gonorrhée : tenue secrète, cette maladie le tenaille régulièrement depuis mai 1655, époque de ses premières liaisons ;
  • vapeurs et douleurs dorsales fréquentes : certaines (novembre 1647) attribuées à une attaque de syphilis ; avec pustules sur tout le visage et d’autres parties du corps, suivie d'un début de « gangrène » des orteils ;
  • langueurs et fièvres variées: la fièvre typhoïde de juin 1658 lui fait perdre ses cheveux et le condamne à porter des perruques toute sa vie;
  • maux de dents : en 1685, toute sa dentition supérieure côté gauche est « arrachée » avec le voile du palais qui sera cautérisé plusieurs fois aux pointes de feu (les liquides lui ressortent parfois par le nez) ;
  • fistule anale : cette malformation handicapante lui fera finalement subir une opération expérimentale la plus douloureuse qui soit (par le chirurgien Félix) en novembre 1686 (voir Fistule anale de Louis XIV) ;
  • ennuis urinaires, accompagnés de probables calculs (mictions accompagnées de « pelotons de sable ») ;
  • goutte : des attaques insupportables au pied droit et à la cheville gauche le tiennent longtemps immobilisé ou gênent sa marche — ses dernières années tiendront du supplice.

Maîtresses et favorites

 
Isabelle de Ludres représentée en Marie-Madeleine.

Louis XIV a eu de très nombreuses maîtresses, parmi lesquelles se détachent Louise de La Vallière, Athénaïs de Montespan, Marie-Élisabeth de Ludres, Marie Angélique de Fontanges, Madame de Maintenon (qu'il épouse secrètement après la mort de la Reine, sans doute dans la nuit du 9 au , en présence du Père de La Chaise qui donne la bénédiction nuptiale)[342].

Le roi adolescent fait à 18 ans la rencontre d'une nièce du cardinal Mazarin, Marie Mancini. S'ensuit entre eux une grande passion, contrariée par le puissant cardinal, oncle de la jeune fille, parrain du roi, Premier ministre du royaume et prince de l'Église. Conscient des intérêts de la France et des siens, le primat préfère faire épouser au roi sa pupille, l'infante d'Espagne[343]. En 1670, Jean Racine s'inspire de l'histoire du roi et de Marie Mancini pour écrire Bérénice.

Plus tard, le roi fait aménager des escaliers secrets dans Versailles pour rejoindre ses différentes maîtresses[344]. Ces liaisons irritent la compagnie du Saint-Sacrement, un parti de dévots. Bossuet, comme Madame de Maintenon, tentent de ramener le roi à plus de vertu.

Louis XIV, s'il aime les femmes, est conscient qu'il doit d'abord veiller aux affaires de l'État. Il note dans ses mémoires « il faut que le temps que nous donnons à nos amours ne soit jamais pris au préjudice de nos affaires »[345]. Il a une certaine méfiance vis-à-vis de l'influence que les femmes peuvent exercer sur lui. C'est ainsi qu'il refuse un bénéfice à une personne soutenue par Mme de Maintenon en disant « je ne veux absolument pas qu'elle s'en mêle »[346].

On dénombre au moins quinze favorites et maîtresses supposées du roi avant son mariage avec Madame de Maintenon :

À propos des maîtresses du roi, Voltaire remarque dans Le Siècle de Louis XIV : « C'est une chose très remarquable que le public, qui lui pardonna toutes ses maîtresses, ne lui pardonna pas son confesseur ». Par là, il fait allusion au dernier confesseur du roi, Michel Le Tellier (jésuite), auquel une chanson satirique attribue la bulle Unigenitu[353].

Famille

Ascendance

Descendance

Article détaillé : Descendance de Louis XIV.

Louis XIV a de nombreux enfants légitimes et illégitimes.

De sa femme, Marie-Thérèse d'Autriche, le roi a six enfants (3 filles et 3 garçons) dont un seul, Louis de France, le « Grand Dauphin », survécut à l'enfance :

Nom Naissance Décès
Louis de France, fils de France, le Grand Dauphin
Anne-Élisabeth de France, fille de France
Marie-Anne de France, fille de France
Marie-Thérèse de France, fille de France, la Petite Madame
Philippe-Charles de France, fils de France, duc d'Anjou
Louis-François de France, fils de France, duc d'Anjou

De ses deux principales maîtresses, il eut 10 enfants légitimés dont 5 seulement survécurent à l'enfance[n 12] :

De l'union du roi avec Louise de La Vallière naissent :

De Madame de Montespan naissent :

En 1679, l'affaire des poisons consomme la disgrâce dans laquelle Madame de Montespan, ex-favorite du roi était tombée quelques mois auparavant.

Le roi aurait eu d'autres enfants mais qu'il n'a pas reconnus, telle Louise de Maisonblanche (1676-1718), avec Claude de Vin des Œillets.

Titres

Louis XIV au cinéma

Notes et références

Notes

  1. C. Carretier a calculé que sur huit générations, le sang de Louis XIV avait des origines espagnoles (36 %), françaises (28 %), germanique (11 %) et italiennes (8 %), le reste étant slave, anglais, savoyard et lorrain (dans F. Bluche, Louis XIV, Paris, Fayard, p. 33).
  2. Ayant quitté en ce jour son château de Versailles, le roi, à la suite d'un gros orage, doit se replier au Louvre, où loge la reine Anne d'Autriche. Ses appartements n'étant pas préparés, il doit partager le lit de la reine.
  3. Archives départementales des Yvelines - Saint-Germain-en-Laye (B 1640-1656 ; vue 47/187 et 48/187) - Acte de baptême de Louis XIV Roy de France : Le vingt et un (avril 1643) mardy à cinq heures après midy furent supplées les ceremonies du sacrement de baptesme dans la chapelle du chasteau viel de St Germain en Laye par messire Dominique Seguier evesque de Meaux... à tres hault et tres puissant prince Monseigneur le Dauphin né du cinquième du mois de septembre mil six cent trente huit.... la marraine Madame Charlotte Marguerite de Montmorency, épouse de tres hault prince Henry de Bourbon prince du sang laquelle a donné le nom de Louys à monseigneur le Dauphin.
  4. Primi Visconti rapporte que c’est elle qui avait déniaisé le jeune roi Louis XIV, qui avait alors 16 ans : « Tout affreuse qu’elle était, le prince étant fort jeune, l’ayant trouvé seul à l’écart dans le Louvre, elle le viola, ou du moins le surprit, de sorte qu’elle obtint ce qu’elle désirait ». On prétend même que, nullement gêné, le jeune roi serait retourné plusieurs fois dans son lit. Anne d’Autriche aurait inventé ce stratagème afin de s’assurer que son fils était « propre au mariage ». Cette hypothèse est appuyée sur le fait que cette femme « issue de peu » eut l'extrême honneur de recevoir un cadeau étonnant de la reine mère qui l'aurait payée en pierres précieuses, prévues initialement pour les travaux du Louvre, avec lesquelles la Borgnesse s’est construit un hôtel particulier à Paris, aujourd’hui situé au 68, rue François-Miron, l'hôtel de Beauvais.
  5. Puis continûment, à partir de 1673. Lorsque la calvitie devient importante, il adopte une perruque complète avec différentes longueurs et bouclages selon les circonstances (chasse, messe, souper, cérémonie officielle avec notamment la « perruque in-folio » ou « à la Royale », volumineuse perruque d’apparat au gros bouclage en étage) réalisées par Jean Quentin, premier barbier du roi ou Benoît Binet, perruquier du roi. Source : Hélène Delalex, Louis XIV Pour les Nuls, First, , p. 84.
  6. Archives départementales des Yvelines - Versailles (Notre-Dame)(S 1715-1715 ; vue 61/78 ; page 54 du registre) : « L'an mil sept cent quinze le 4e de 7bre les entrailles de Tres haut, Tres puissant et Tres Excellent Prince Louïs XIV. Roi de france et de navarre, decedé le 1er du courant ont eté transportées à l'Église de Nre Dame de Paris, le 6e dud. mois le coeur a eté transferé à la maison de St. Louïs des Jesuites, à Paris ; Et le corps a eté conduit le 9e. du même mois à l'abbaïe roïalle des Benedictins de St. Denis en france en presence de nous soussigné curé de Versailles. » (signé : Huchon).
  7. Le roi descendait dans la nef les jours où il communiait. Lorsque le roi assistait à la messe du rez-de-chaussée, il prenait place sur un prie-dieu : deux rangées de suisses battaient du tambour jusqu’à ce qu’il fût agenouillé. Deux maîtres des requêtes restaient de part et d’autre du prie-Dieu, prêts à recevoir les éventuelles suppliques adressées au souverain : le principe d’un libre accès au souverain durant la manifestation publique de sa dévotion était respecté durant toute la messe.
  8. Le roi ne prenait pas le deuil en noir, mais en violet couleur du deuil de l’évêque. Au cours de la messe, le célébrant ne devait pas oublier d’accomplir au moins dix inclinations profondes en direction du souverain, que celui fut présent dans la nef ou la tribune royale. À l’offertoire, le roi était encensé de trois coups doubles immédiatement après le célébrant, c’est-à-dire avant les cardinaux, évêques et autres clercs éventuellement présents. Pendant la messe basse, deux clercs de la Chapelle agenouillés, devaient tenir des flambeaux allumés de la fin de la préface jusqu’à l’élévation incluse, une disposition prévue également pour la messe basse célébrée par un évêque. Lors des cérémonies de l’Ordre du Saint-Esprit, s’il y avait prestation de serment, le roi disposait d’un fauteuil placé sous un dais, du côté de l’Évangile, une situation qui rappelle précisément aussi celle de l’évêque officiant. Le roi disposait alors exclusivement du baldaquin, privilège en principe réservé aux évêques pour toutes les églises de leur diocèse, l’évêque officiant devant alors se contenter d’une banquette ou d’un faldistoire, comme s’il était en présence d’un prélat supérieur en dignité ou en juridiction. À Versailles, dans la chapelle définitive, le prie-Dieu du roi était placé entre les deux rangées des stalles des lazaristes, c’est-à-dire dans le chœur liturgique, lieu en principe réservé aux clercs. Cette prérogative rappelle celle de l’empereur byzantin, qui seul avait eu le droit de franchir la barrière du chancel.
  9. Le chiffre treize rappelle la cérémonie alors accomplie en souvenir du miracle datant de l’époque de Grégoire le Grand, lorsque ce Pape vit arriver un ange, sous l’apparence d’un treizième enfant, à la Cène qu’il était en train de célébrer. Les autres chefs d’État catholiques ne lavent les pieds que de douze pauvres (Maral 2012, p. 97).
  10. La prédication à la Chapelle du roi venait sanctionner une renommée montante, acquise dans les grandes paroisses parisiennes exigeantes ; cette prédication ouvrait la carrière de l’épiscopat.
  11. Les héraldistes de l'époque furent prompts à y voir un plagiat d’un ancien blason ayant appartenu à Philippe II d'Espagne qui signifiait pour la circonstance : « Suffisant à toutes les étendues », à tous les mondes, voire : à plusieurs mondes… La concision de la formule latine admet de nombreux compléments sous-entendus. On fit alors remarquer que ce roi d’Espagne possédait encore à cette époque un empire où le soleil ne se couchait jamais. On détourna donc le sens de cette devise vers la personnalité du roi qui n’en demandait pas tant. Cela lui fit tort car elle lui attribua une attitude hautaine, distante et orgueilleuse qu’il n’avait pas.
    Le philologue des langues anciennes J. Saunier (1873-1949) indique, dans son Vocabulaire latin, (1927), que le mot latin « par » a le sens premier d'« être capable », dans le sens d’être à la hauteur d’une tâche, de tenir tête à… et plures (pluribus) a le sens de « plus nombreux que » ; « plusieurs » se traduisant plutôt en latin classique par « multi, nonnulli… »
  12. Liste selon Y.M. Bercé, qui ajoute que le roi était attentif à sa progéniture extra-conjugale qu'il aimait beaucoup. Chacun fut reconnu par lettres patentes et ceux qui survécurent reçurent le nom de Bourbon, furent titrés et dotés. Cela concerne les maîtresses de longue date. Les enfants illégitimes, s'il y en eut, ont par nature une origine problématique.

Références

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  10. On dit jusqu'au XVIIe siècle inclus, Louis Quatorzième.
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