Eucharistie

L'un des trois sacrements de l'initiation chrétienne

L'eucharistie /ø.ka.ʁis.ti/[1] Écouter (du grec ancien εὐχαριστία / eukharistía, « action de grâce ») est un sacrement chrétien. Elle occupe une place centrale dans la doctrine et la vie religieuse de la plupart des confessions chrétiennes. Alors que les catholiques parlent d'eucharistie, le terme de Sainte-Cène est généralement utilisé par les protestants pour désigner le même rite.

Triptyque La Cène de Dirk Bouts

L'origine de ce rite est commun à toutes les dénominations chrétiennes : selon le Nouveau Testament, particulièrement la Première épître aux Corinthiens et les Évangiles synoptiques, il fut institué par Jésus-Christ, qui, la veille de sa Passion, distribua du pain et du vin aux apôtres en leur disant : « Ceci est mon corps... Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang... Faites ceci en mémoire de moi. »

Les catholiques et les orthodoxes décrivent l’Eucharistie comme une véritable « actualisation », non sanglante, du sacrifice du Christ en vue du salut, par le ministère du prêtre. De leur côté, les protestants s'y refusent, considérant que cela diminue la dignité du sacrifice de la Croix[2],[3] et affirmant que le texte biblique ne soutient pas la théorie de la transsubstantiation enseignée par l'Église catholique. Les luthériens emploient le terme de consubstantiation. Chez les chrétiens évangéliques, on parle d'un mémorial du sacrifice de Jésus-Christ et d'une annonce de son retour. Les conceptions protestantes sont en écart parfois très net avec celle du catholicisme.

Dans le catholicisme, l'Eucharistie est célébrée au cours de la messe et constitue le point culminant de la liturgie car elle présente plusieurs dimensions : action de grâce et louange adressées à Dieu le Père, mémorial de la Passion, de la mort et de la résurrection de Jésus qui se donne en sacrifice pour le salut des hommes, célébration de la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie, ressuscité et vivant, par la puissance du Saint-Esprit, et partage des éléments eucharistiques — le pain et le vin — qui dans la célébration deviennent le corps et le sang du Christ, offert en sacrifice sur la croix et ressuscité.

TerminologieModifier

 
Fra Angelico, La Communion des apôtres, musée San Marco.

À l'eucharistie on donne divers noms, par exemple « le repas du Seigneur, la fraction du pain, la Sainte-Cène, la Cène, la Divine Liturgie[4].

Le terme le plus ancien est celui de « fraction du pain », employé plusieurs fois dans le Nouveau Testament, en Luc-Actes, soit comme substantif (Luc 24:35 ; Actes 2:42), , soit comme verbe (Luc 24:30 et Actes 2:46 ; 20:7 ; 11 ; 27:35). Des allusions à la fraction du pain comme repas eucharistique se trouvent aussi dans d'autres sources néotestamentaires, comme I Co. 11, 24. Dans ces passages, le repas et l'eucharistie ne semblent pas différer : le repas précédé de la fraction du pain devait être suivi des bénédictions habituelles de la Birkat ha-mazon juive, auxquelles les chrétiens ajoutaient une coloration christologique.

La pratique du Seder, repas rituel juif, est entendue dans un sens chrétien, comme un renvoi à la Cène[5].

L’eucharistie est aussi communément appelée « communion » au corps du Christ[6].

Elle porte également le nom de « Saint-Sacrement », car elle est le sacrement par excellence, et ce terme est employé, par métonymie, pour désigner le pain et le vin consacrés qui deviennent respectivement le corps et le sang du Christ et qui s'applique particulièrement aux hosties consacrées conservées dans le tabernacle ou exposées à l'adoration eucharistique des fidèles dans un ostensoir[7].

HistoireModifier

Origines et fondements bibliquesModifier

 
Représentation de la Cène, icône ukrainienne du XVIIIe siècle, Musée national d'art d'Ukraine.

Le dernier repas de Jésus, appelé la Cène, est mentionné dans les trois Évangiles synoptiques : Matthieu, Marc et Luc. Il est également présent dans la Première épître aux Corinthiens[8],[9],[10]. C'est pendant ce repas que Jésus institue l'Eucharistie : en prenant du pain il dit : « Ceci est mon corps »; en prenant la coupe il dit : « Ceci est la coupe de mon sang »; et il demande à ses disciples de faire cela en sa mémoire. De son côté, l'Évangile selon Jean, qui mentionne ce repas (Jn 13,2.23), ne fait allusion qu'ailleurs à la célébration eucharistique des chrétiens de l'Église primitive, particulièrement dans le chapitre 6 où un discours de Jésus sur le pain de la vie est rapporté, mais aussi dans d'autres passages[11].

Ainsi, dans la tradition chrétienne, l'eucharistie fut instituée par Jésus-Christ le soir du Jeudi saint au cours d'un repas qui, selon les synoptiques, était un repas pascal, mais qui, selon l'Évangile de Jean, fut célébré le jour avant la fête juive de Pessa'h[12],[13],[14].

Autres originesModifier

Pour Étienne Nodet et J. Taylor, l'origine du baptême et de l'Eucharistie « se rattache aux Esséniens, chez qui le baptême sanctionne un parcours d'initiation, et dont le geste communautaire essentiel est un repas eschatologique où dominent le pain et le vin, mais en quantité symbolique[15]. » Cependant Simon Claude Mimouni estime que l'hypothèse tendant à voir dans l'essénisme l'origine idéologique du christianisme — reprise par certains chercheurs dont Nodet et Taylor — « ne mérite guère d'être prise en considération » car, selon lui, « elle ne repose sur aucune source »[16].

Aspects théologiques et sacramentelsModifier

 
Célébration de l'Eucharistie (messe chrismale du Jeudi saint) en la basilique Saint-Jean-de-Latran

Dans la doctrine catholique, la célébration eucharistique superpose trois aspects de la vie spirituelle. Le caractère propre de la messe réside dans l’actualisation du sacrifice du Christ accomplie par un prêtre valablement ordonné. C’est par la messe que l’Église répond à l’ordre du Christ, « faites ceci en mémoire de moi », et rend manifestement présente dans le monde la présence éternelle de ce sacrifice. Le cadre général est celui d’un moment de prière collective, comme le sont les offices de la liturgie des heures. À ce titre, l’assemblée prie et chante, et entend lectures et commentaires. Enfin, la messe est l’occasion d’administrer aux fidèles qui y assistent un sacrement, le sacrement de communion. C’est au sens strict ce sacrement que désigne le mot « eucharistie ».

Mémorial du sacrifice du ChristModifier

Cette liturgie a pour finalité de manifester, concrètement et dans l’instant présent, la présence éternelle du sacrifice du Christ. La messe, en tant que célébration liturgique, peut se définir comme étant la participation de l’Église au sacrifice rédempteur de la nouvelle et éternelle Alliance, que le Christ offre à son père, dans la consécration du pain en son corps et du vin en son sang.

Pour les catholiques, l’eucharistie est le mémorial de la Pâque du Christ, l’actualisation et l’offrande sacramentelle de son sacrifice, dans la liturgie de l’Église qui est son Corps[17]. La Pâque du Christ, et celle-ci devient présente le sacrifice que le Christ a offert une fois pour toutes sur la Croix demeure toujours actuel[18].

L’eucharistie est donc un sacrifice parce qu’elle représente (rend présent) le sacrifice de la croix, parce qu’elle en est le mémorial et parce qu’elle en applique le fruit[19]. Le prêtre et la victime du sacrifice sont un seul et même Christ, avec cette différence que l’eucharistie est offerte de manière non sanglante[20].

ConsécrationModifier

Les Évangiles synoptiques rapportent le récit d'Institution. Au sein de plusieurs confessions religieuses, dont l'Église catholique, ce récit est prononcé par le prêtre ou le pasteur lors de toute célébration eucharistique. Ce récit est composé des paroles suivantes :

La nuit même où il fut livré, il prit le pain, et en rendant grâce il le bénit, il le rompit et le donna à ses disciples, en disant : « Prenez, et mangez-en tous : ceci est mon corps livré pour vous. »
De même, à la fin du repas, il prit la coupe (le Saint Calice), et en rendant grâce il la bénit, et la donna à ses disciples, en disant : « Prenez, et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Vous ferez cela, en mémoire de moi. »

Dans la messe catholique, l’actualisation du sacrifice se traduit par la consécration du pain et du vin, qui deviennent le corps et le sang du Christ ; cette transformation porte le terme de transsubstantiation (le pain et le vin changent de substance tout en conservant leurs caractéristiques physiques ou « espèces »). Sur le plan liturgique, la messe trouve son accomplissement dans le mémorial eucharistique et la prière d’épiclèse, son sommet dans la doxologie finale accompagnée de l’élévation, et sa conclusion dans la communion sacramentelle du prêtre aux deux espèces, de sorte que, par cette dernière, l’Église reçoive la communication du Saint-Esprit en vue de l’édification de son unité par la rémission des péchés. Selon l'Église catholique, la présence eucharistique du Christ commence au moment de la consécration et dure aussi longtemps que les espèces eucharistiques subsistent. Le Christ est tout entier présent dans chacune des espèces et tout entier dans chacune de leurs parties, de sorte que la fraction du pain ne divise pas le Christ[21].

Toutefois, le récit de l'Institution est absent dans le rite de l'Église assyrienne d'Orient lorsque est fait usage de l'anaphore d'Addaï et Mari[22] ou dans les rites décrits dans la Didaché[23] et dans la Première Apologie de Justin[23].

CommunionModifier

 
L'Eucharistie par Pietro Antonio Novelli (1779) : distribution de la communion en dehors de la messe, comme cela se faisait souvent avant le concile Vatican II.

Le sacrement de l'eucharistie est appelé aussi communion[24], parce que les fidèles sont conviés à partager le corps et le sang du Christ sous la forme du pain et du vin. Il ne peut y avoir de messe sans communion, puisque le prêtre communie nécessairement, mais la communion des fidèles n’est pas obligatoire. Inversement, la communion est possible en dehors de la messe (par exemple, pour les malades), mais les espèces sont nécessairement consacrées au cours d’une messe.

Dans l'Église catholique, seuls ceux qui sont en état de grâce, c'est-à-dire sans aucun péché mortel, peuvent recevoir l'eucharistie[25].Cette doctrine se fonde sur 1 Co 11:27-29: "Celui qui a conscience d’avoir commis un péché mortel ne doit pas recevoir la Sainte Communion, même s’il éprouve une grande contrition, sans avoir préalablement reçu l’absolution sacramentelle"[26].

On distingue la communion de l'eucharistie : l'expression de « ministre de l'eucharistie » ne peut être attribuée qu'au prêtre, mais le diacre et même des laïcs peuvent être des « ministres extraordinaires de la sainte communion »[27].

L'eucharistie est un sacrement, autrement dit le signe visible d’une réalité spirituelle : l’effet que la Passion du Christ a produit dans le monde, le sacrement de l’eucharistie le produit dans l’homme. L’eucharistie nourrit et fait grandir chez le fidèle suffisamment disposé les « vertus théologales », c’est-à-dire celles dont la croissance ne dépend pas de l’action de l’homme, mais de l’œuvre de Dieu : la foi, l’espérance et la charité.

Les deux espècesModifier

Dans les liturgies d'Occident (et contrairement aux liturgies orientales, qu'elles soient catholiques ou orthodoxes), l’hostie qui est consacrée est un pain fait de farine de blé sans levain. Aussi, les hosties se conservent bien et prennent peu d’espace. Depuis plusieurs siècles, l’Église catholique utilise du vin blanc, le vin rouge risquant de tacher les linges blancs[28].

La communion est valable sous l’une ou l’autre des espèces, ou sous les deux, et peut toujours être effectuée sous chacune de ces trois formes. Concrètement, pour des raisons pratiques, la communion se limite usuellement au pain, sous forme d’hostie. La communion au sang du Christ, sous forme de vin, est plus compliquée et soulève des questions d’hygiène (boire avec le calice les uns après les autres). Il existe aussi la communion par « intinction », pour laquelle le prêtre trempe une partie de l'hostie dans le « précieux sang » et dépose aussitôt cette hostie sur la langue du communiant. La communion sous l'« espèce » (sous la forme, l'apparence) du vin est rétablie pour les fidèles dans certaines cérémonies à caractère particulièrement exceptionnel (mariage, confirmation, etc.).

Après la communion, le prêtre doit finir le vin consacré, et procéder à une purification des récipients vides pour en éliminer les traces de matière consacrée. S’il reste des hosties, elles peuvent être placées dans un ciboire recouvert enfermé dans le tabernacle. Excepté dans une petite boîte (la custode réalisée généralement dans un métal précieux) spéciale pour la communion des malades ou le Saint-Sacrement destiné à l’adoration, il est rigoureusement prohibé de faire sortir une hostie consacrée de l’église où elle se trouve. Si le prêtre ne peut placer les hosties consacrées dans le tabernacle, il faut qu’il les consomme (ou les fasse consommer à des fidèles).

Transsubstantiation, consubstantiation, présence spirituelleModifier

 
Exposition du Saint-Sacrement à la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg lors de la Fête-Dieu le 2 juin 2013.

Lisant les paroles de l'institution à la lumière du discours du pain de vie, les catholiques et les orthodoxes professent la présence réelle du Christ, en son corps et son sang, sous les apparences (« espèces ») du pain et du vin, la transsubstantiation.

Les luthériens parlent de consubstantiation, ce qui implique la présence corporelle du Christ dans le sacrement. Cette présence corporelle est rendue possible par la descente du corps glorifié dans les éléments mais n'implique pas de transformation des espèces en chair et en sang[29]. Par ailleurs, Luther rejette l'idée d'un sacrifice inhérent à l'Eucharistie qui est pour lui une action de grâce, un acte joyeux et reconnaissant où le pain et le vin ne portent pas la présence du Christ[30].

Les réformés estiment avec Calvin que cette notion de présence corporelle constitue « une grande erreur de l’Église catholique […], une confusion grave entre le signe et la chose signifiée », qui « trahit un manque de foi » : « parce que l'on ne croyait plus au miracle de la foi saisissant le Christ et la réalité spirituelle, on a voulu le faire descendre dans les éléments de la sainte Cène, de façon magique et matérielle. On a cherché à toucher le Christ, ne pouvant monter au Ciel pour l'atteindre. […] On s'est arrêté à l'élément corruptible : on en a fait une idole[29]. Pourtant Calvin affirme, comme les catholiques et les luthériens, l'union réelle et substantielle du croyant avec le Christ lors de l'Eucharistie. Il affirme la présence réelle de Jésus de manière spirituelle dans l'assemblée lors de la Cène : « Si le Christ est présent réellement au milieu de nous, par sa vertu divine, il devient véritablement fondement et substance de la sainte Cène. Et c'est là tout ce qui fait la valeur du repas eucharistique. Si l’Église chrétienne a conservé, comme un trésor, au travers des siècles, la Cène du Seigneur, si celle-ci reste, malgré toutes les déformations dont elle a été l'objet, le centre du culte, c'est qu'elle apporte aux croyants une nourriture efficace et qu'elle est pour eux une raison de vie nouvelle[29]. »

De manière plus radicale, Zwingli, et aujourd'hui une bonne partie des évangéliques, considèrent que le sacrifice du Christ a eu lieu une fois pour toutes et que l'eucharistie n'en est que le mémorial[31].

Débats théologiquesModifier

Moyen ÂgeModifier

La question de la « présence réelle » du corps et du sang du Christ est soulevée dès le Moyen Âge. Les réalistes, qui défendent cette idée (comme Paschase Radbert dans son De partu Virginis) se voient opposer les résistances des symbolistes (comme Ratramne de Corbie).

Le débat se durcit au XIe siècle. Bérenger de Tours affirme, en se référant à saint Augustin, qu’une présence « intellectuelle » s’ajoute au pain et au vin sans se substituer à eux[32]. Il trouve l’opposition de théologiens comme Lanfranc de Pavie (vers 1010-1089) et Hildebert de Lavardin (1056-1133)[33], qui défendent l’idée d’un changement de substance : la « transsubstantiation » telle qu’on l’appelle à partir du XIIe siècle.

Au IVe concile de Latran (1215), la présence réelle est pour la première fois proclamée lors d'un concile, sous la forme du dogme de la transsubstantiation, en employant le terme aristotélicien de substance. Thomas d'Aquin précise le dogme dans sa Somme Théologique.

Au XIIIe siècle naît la fête du « Corps du Christ » ou « Saint-Sacrement ». L’office en est composé par Thomas d'Aquin, et alors seulement est généralisée la pratique d’élever l'hostie et le calice pour les montrer aux fidèles. Cette place croissante se traduit aussi dans les hérésies, par l’excès (hosties magiques) comme par la contestation (pétrobusiens, cathares, lollards, hussites).

RéformeModifier

Le concile de Trente a réaffirmé pour l’Église catholique le dogme de la transsubstantiation, en réaction contre les thèses protestantes qui étaient discutées à cette époque. Ce concile précise :

« Dans le très saint sacrement de l’Eucharistie sont « contenus vraiment, réellement et substantiellement le Corps et le Sang conjointement avec l’âme et la divinité de notre Seigneur Jésus-Christ, et, par conséquent, le Christ tout entier »[34]

Au moment de la Réforme protestante, l’aspect sacrificiel de la messe a été rejeté par certains réformateurs. Le dogme a été contesté et la célébration dominicale a pris un sens plus ou moins différent dans les diverses confessions protestantes. D’autres, comme Laurentius Petri (Suède) et Thomas Cranmer (Angleterre) l’ont bien conservé et enseigné.

Les luthériens ont gardé l’essentiel de la liturgie catholique mais ont redéfini le dogme[35], parlant de consubstantiation (sous l’apparence du pain et du vin, il y a simultanément la réalité du corps du Christ et du pain, respectivement du sang du Christ et du vin).

À la suite de Zwingli notamment, les premiers réformés ont contesté plus radicalement la messe, l’Eucharistie, n’y voyant qu’un geste symbolique ; dès lors, la lecture et l’explication de la Parole de Dieu (la Bible) prit une place beaucoup plus centrale dans la célébration dominicale. La « Sainte Cène » (du grec κοινός / koinos, « commun », d’où : repas pris en commun ou du latin cena, repas du soir) n’est pas célébrée tous les jours, ni même tous les dimanches.

Jean Calvin, pour sa part, et les Églises réformées et évangéliques qui le suivent, confessent dans le sacrement la présence réelle du Christ qui le préside, mais sur un mode spirituel (par l’action du Saint-Esprit) et non pas matériel. Les Églises réformées, de nos jours, ont augmenté la fréquence de la célébration de la Cène et certaines tendent vers une célébration hebdomadaire.

Les Églises héritières de la Réforme protestante affirment généralement l'historicité de leur position, s'appuyant sur Béranger de Tours ou Ratramne de Corbie[36].

Eucharistie et œcuménismeModifier

Dans toutes les confessions chrétiennes, on perçoit mieux aujourd’hui le lien avec les traditions juives de reconnaissance envers les œuvres de Dieu, et particulièrement dans les bénédictions pendant le repas, notamment celle du chabbat (pain et vin). Cette origine commune et d'intenses discussions théologiques ont permis de remettre en perspective les pratiques de chacun. Un document essentiel fut publié en 1982, par la commission théologique du Conseil œcuménique des Églises (Foi et Constitution), à laquelle toutes les Églises et communautés chrétiennes participent ; le document s'intitule Baptême, Eucharistie, ministère[37].

Catholicisme et orthodoxieModifier

Catholiques et orthodoxes partagent la même doctrine au sujet de l’Eucharistie et reconnaissent mutuellement la validité de sa célébration[38] dans l’une et l’autre Église. Il y a des différences dans la liturgie (communion sous une ou sous deux espèces, etc.) et dans les formes de dévotion (processions du Saint-Sacrement : pratique courante dans le catholicisme, non dans l’orthodoxie), ainsi que dans le vocabulaire (les catholiques parlent plutôt de « sacrement », les orthodoxes de « mystère »). L’intercommunion est possible dans les cas de nécessité exprimés dans le canon 844 du droit canon de l’Église romaine.

RéformeModifier

De même chez les protestants, et malgré des divergences secondaires, les réformés et les luthériens sont, en Europe du moins, en pleine communion, et partagent sans problème l’Eucharistie et leurs pasteurs.

En revanche, le désaccord est profond entre les catholiques et orthodoxes d'une part, et les protestants d'autre part, et les termes utilisés n’ont pas toujours la même signification.

Les points de désaccordModifier

La question de la présence réelle (dans le sens où la célébration affecte la substance du pain et du vin, donc plus exactement la question de la transsubstantiation) demeure un point d’achoppement majeur, étayé par des conception divergentes de la prêtrise, avec des conséquences multiples qui rendent inconcevable pour l’Église catholique romaine l’intercommunion entre protestants d’une part et catholiques et orthodoxes de l’autre. Même si la recherche actuelle des théologiens permet d'envisager de nouvelles manières de rendre compte d'un mystère[39], on bute sur des difficultés quasi insurmontables en raison des formulations médiévales héritières de la métaphysique classique. Dans plusieurs pays, les divergences n'empêchent pas des actions communes, ainsi que des prières communes, sans célébration du sacrement de l'Eucharistie. La semaine de l'unité en janvier permet chaque année des échanges de chaire entre communautés, des moments de prière en commun, et des rapprochements.

De plus, des divergences au sujet du sacerdoce (sacerdoce ministériel réservé aux hommes ou non, qui doivent être prêtres ordonnés ou non) et de l'organisation ecclésiastique (succession apostolique) élargissent le fossé sur la question de la présidence du sacrement.

MusiqueModifier

Marc-Antoine Charpentier a célébré à de nombreuses reprises ce point culminant de la liturgie chrétienne. Vers la fin des années 1670, une Prose du Saint Sacrement H.14 pour 3 voix, 2 dessus instrumentaux, et basse continue. Il compose en outre 2 Symphonies pour un reposoir H.508, pour cordes et H.515, pour cordes et basse continue (début 1670). En 1682, il compose Pour un reposoir : Ouverture dès que la procession parait H.523, pour flûtes, cordes, et basse continue. Vers 1690, il compose un grand motet pour solistes, chœur, 2 flûtes, et basses continue, Pour le Saint Sacrement, au reposoir Oculi omnium H.346. Il compose à la même date un Motet du Saint Sacrement, pour un reposoir H.348, pour 3 voix, 2 dessus instrumentaux, et basse continue. L'Hymne du Saint Sacrement H.64, pour solistes, chœur, flûtes, cordes, et basse continue date de la fin des années 1680. Plus tard vers 1695, il met en musique Pour la seconde fois que le Saint Sacrement vient au même reposoir H.372,pour solistes, chœur, cordes, et basse continue.

Michel-Richard de Lalande compose un Motet à 2 voix pour Le Saint Sacrement S 91. Louis-Nicolas Clérambault compose autour de 1700 douze Motets pour Le Saint Sacrement, respectivement opus 66, 67, 68, 83, 84, 85, 86, 87, 106, 110, 128 er 131.

Notes et référencesModifier

  1. Prononciation en français de France standardisé retranscrite selon la norme API.
  2. Le chapitre 2 de La messe : présence du sacrifice de la Croix, de Charles Journet, est tout entier consacré à l'analyse de cette opposition.
  3. Voir aussi : Édouard Pache, La Cène selon Calvin, article de la Revue de théologie et de philosophie, 24e année (1936), cahier 101 [1].
  4. Document Baptême, Eucharistie, Ministère sur le site du Conseil œcuménique des Églises.
  5. Daniel Marguerat, Les Actes des apôtres (1-12), Labor et Fides 2007, (ISBN 978-2830912296), p. 104
  6. Charles Perrot, Jésus et l'histoire, Mame-Desclée, (lire en ligne), p. 253
  7. Robert Le Gall, Dictionnaire de Liturgie, Éditions CLD (lire en ligne), Saint-Sacrement
  8. (en) « Eucharist », sur Encyclopædia Britannica (consulté le 10 juin 2016)
  9. (en) Tyndale Bible Dictionary, Philip W. Comfort, , 1336 p. (ISBN 0-8423-7089-7)
  10. (en) Oxford Dictionary of the Christian Church, F. L. Cross, , 1800 p. (ISBN 978-0-19-280290-3, lire en ligne)
  11. (en) Francis Moloney, "A Hard Saying" : The Gospel and Culture, p. 109–130
  12. Charles Perrot, Jésus et l'histoire : JJC 11, Fleurus, , 292 p. (ISBN 978-2-7189-0783-3, lire en ligne), p. 72–73
  13. Jean Vallette, L'Evangile de Marc : Parole de puissance, message de vie. Commentaires, Éditions Olivetan, , 307 p. (ISBN 978-2-85304-069-3, lire en ligne), p. 202
  14. Jean-Marie Mayeur, Luce Pietri et André Vauchez, Histoire du Christianisme : Le nouveau peuple (des origines à 250, Fleurus, , 944 p. (ISBN 978-2-7189-0727-7, lire en ligne), p. 20
  15. Étienne Nodet et J. Taylor, Essai sur les origines du christianisme, la secte éclatée, Paris, 1998, VII, cité par François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, éd Cerf, Paris, 2001, p. 80.
  16. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère : Des prêtres aux rabbins, éd. P.u.f./Nouvelle Clio, 2012, p. 241
  17. Catéchisme de l'Église catholique #1362
  18. Catéchisme de l'Église catholique #1364
  19. Catéchisme de l'Église catholique #1366
  20. Catéchisme de l'Église catholique #1367
  21. Catéchisme de l'Église Catholique #1377
  22. Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens, « Orientations pour l'admission à l'Eucharistie entre l'Église chaldéenne et l'Église assyrienne d'Orient », 20 juillet 2001
  23. a et b Maurice Jourjon, « Justin : Le Témoignage de la Ire Apologie - Le témoignage du Dialogue avec Tryphon », in Willy Rordorf et al., « L'Eucharistie des Premiers Chrétiens, Beauchesne, 1976, p. 80
  24. Catéchisme de l'Église catholique, no 1328-32
  25. Compendium du Catéchisme de l'église catholique #291
  26. Catéchisme de l'Église Catholique #1385
  27. Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, Instruction Redemptionis Sacramentum sur certaines choses à observer et à éviter concernant la très sainte Eucharistie, 154–156
  28. Pierre-Marie Gy, Le vin rouge est-il préférable pour l’Eucharistie ?, dans : Liturgia et Unitas. Études liturgiques et œcuméniques sur l’Eucharistie et la vie liturgique en Suisse. In honorem Bruno Bürki. Ed. par M. KLÖCKENER – A. JOIN-LAMBERT. Fribourg – Genève 2001, p. 178-184.
  29. a b et c . » Édouard Pache, La Cène selon Calvin, article de la Revue de théologie et de philosophie, 24e année (1936), cahier 101 [2].
  30. « L'ecclésiologie dans le protestantisme, chapitre 15 : La Cène » par le pasteur André Gounelle.
  31. W. P. Stephens, The Theology of Huldrych Zwingli, Oxford, Clarendon Press, 1986 (ISBN 0-19-826677-4), p. 218 sq..
  32. Dominique Poirel, article « Eucharistie » du Dictionnaire du Moyen Âge, Paris, PUF, 2002
  33. Hildebert aurait été le premier à utiliser ce terme. cf Oxford Dictionary of the Christian Church (Oxford University Press, 2005 (ISBN 978-0-19-280290-3))
  34. Catéchisme de l'Église catholique, no 1374
  35. Annick Sibué, Luther et la Réforme protestante, Paris, Eyrolles, 2011, pages 123-124
  36. Guillaume Bourin, « La doctrine réformée de la Cène est-elle apparue au XVIe siècle ? », sur www.leboncombat.fr, (consulté le 5 septembre 2014)
  37. Baptême, Eucharistie, Ministère (document de Foi et constitution no 111, « texte de Lima », 15 janvier 1982
  38. http://www.sacrosanctum-concilium.org/textes/dc/1971/629/629.php
  39. Par exemple les catégories de signes et symboles, cf. Arnaud Join-Lambert, Célébrer les sacrements : action et langage prophétique, in : Précis de théologie pratique. Éd. Gilles Routhier – Marcel Viau. Bruxelles – Québec – Paris, 2e éd. augmentée, 2007 (collection Théologies pratiques) p. 551-562

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • Roger Beraudy, Sacrifice et Eucharistie. La dimension anthropologique du sacrifice dans la célébration de l'Eucharistie, éd. du Cerf, 1997.
  • Eucharistia. Encyclopédie de l’Eucharistie. Sous la dir. de Maurice BROUARD. Paris, Cerf, 2002.
  • Arnaud Join-Lambert, Guide pour comprendre la messe, 250 p. Paris, Mame 2002.
  • Josef Andreas Jungmann, Missarum Sollemnia. Explication génétique de la messe romaine. Trad. revue et mise à jour d’après la 3e éd. allemande. Paris 1952–1956 (collection Théologie 19-21).
  • Pierre Jounel, La messe hier et aujourd’hui. Paris 1986.
  • Ghislain Lafont, Eucharistie. Le repas et la parole. Paris 2001.
  • Enrico Mazza, L’Action eucharistique. Origine, développement, interprétation. Paris, Cerf, 1999 (collection Liturgie 10).
  • René Prophète, Mémoire, Sacrifice, Présence réelle, langages eucharistiques, 276p., Ed. Profac Lyon, 2000.
  • Max Thurian, Le Mystère de l’Eucharistie. Une approche œcuménique. Paris 1981 (collection Foi chrétienne).
  • Xavier Tilliette, Philosophies eucharistiques, de Descartes à Blondel, Cerf, 180 p., 2006, prix Humboldt 2006, prix Victor-Delbos 2006 (ISBN 2-204-08079-9)
  • Maurice Vloberg, L’Eucharistie dans l’art, 2 vol, tome 1 ill. 142p., tome 2 ill. 317p., Ed. Arthaud, 1946.
  • Lee Palmer Wandel, The Eucharist in the Reformation, Cambridge University Press, 2006 (ISBN 9780521856799)

Articles connexesModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externesModifier