République de Gênes

ancien État européen, 1005–1797
République de Gênes
(it) Repubblica di Genova

Début du XIe siècle – 1797
1814 – 1815
(~ 800 ans)

Drapeau
Drapeau
Blason
Armoiries (it)
Devise Respublica superiorem non recognoscens (latin)
(La république qui ne reconnaît aucune supériorité)
Description de cette image, également commentée ci-après
L'expansion de Gênes.
Informations générales
Statut République maritime oligarchique[1]
Capitale Gênes
Langue italien
génois (utilisé oralement)
latin
Religion Catholicisme
Monnaie Genovino et Lire génoise (en)
Démographie
Population ~ 600 000 vers le XVIe siècle
Superficie
Superficie 14 000 km2
Histoire et événements
XIe siècle Gênes et Pise chassent les Maures de Corse et de Sardaigne
1261 Traité de Nymphaeon
1284 Bataille de la Meloria : Gênes reprend la suprématie maritime à Pise, ainsi que la Corse et la Sardaigne
1315 Création de la Gazarie
1320 Perte de la Sardaigne
1768 Révolution corse et vente de la Corse à la France
1797 Naissance de la République ligurienne sous la contrainte française
1814-1815 Éphémère restauration de la république
Doges
(1er) 1339-1362 Simone Boccanegra
(Der) 1795-1797 Giacomo Maria Brignole
1814-1815 Girolamo Serra (it)

Entités précédentes :

La république de Gênes est l'une des grandes républiques maritimes (ou thalassocraties) italiennes durant près de huit siècles, du milieu du XIe siècle à 1797, après l'abdication du dernier doge de Gênes, Giacomo Maria Brignole. Elle connut deux apogées, de 1284 à 1381, puis au XVIe siècle, parfois appelé « le siècle des Génois »[2].

À la fin du Moyen Âge, la république de Gênes est une puissance commerciale majeure en mer Méditerranée et en mer Noire, tandis qu'entre les XVIe et XVIIe siècles, elle est l'une des principales places financières d'Europe[3].

L'Office de Saint Georges, fondé en 1407 à Gênes, est la plus ancienne banque de dépôt d'État connue au monde et a joué un rôle important dans la prospérité de la ville à compter du milieu du XVe siècle[4].

« Sérénissime » comme Venise dès 1339, Gênes a aussi été appelée par ses citoyens, soucieux de se distinguer de leurs rivaux, la « Superbe République » (superba repubblica en italien), d'après le surnom donné par Pétrarque en 1358, « Gênes la Superbe ».

HistoireModifier

La lutte pour le contrôle de la mer TyrrhénienneModifier

Après avoir fait partie de l’Italie byzantine, Gênes devient indépendante et entreprend à la fin du Xe siècle, avec Pise, de chasser les Maures de Corse et de Sardaigne. Pendant deux siècles, les deux cités vont ensuite se disputer avec acharnement les deux îles et de manière plus générale, le contrôle de la mer Tyrrhénienne[5].

Dans un premier temps, Pise a l'avantage. Gênes et Pise, au gré des changements brusques de la politique romaine, se partagent les îles entre leurs différents évêchés. Les Génois sont fermement implantés dans le Nord de la Sardaigne, l'extrême Sud Corse, avec Bonifacio, en Balagne, avec Calvi qu'ils fondent au XIIIe siècle, et dans le cap Corse, avec Bastia. Ils possèdent en outre l'île de Capraia en face de Bastia. Les Pisans possèdent le reste des îles.

Gênes s’affirme aussi progressivement comme une commune libre, qui émerge de la compagna, c'est-à-dire « une union, d'abord conventionnelle, puis quasi obligatoire pour certaines personnes, en vue de la défense d'intérêts surtout publics »[6]. La classe dirigeante qui était groupée dans la compagna initiale était une aristocratie d'origine autant féodale que commerçante. Le centre de la cité est divisé en huit districts et palais ornés de portiques pour mieux délimiter les différents quartiers placés sous la protection de familles dominantes.

La vie des institutions de la commune est dominée par les rivalités entre quatre grandes familles, qui résident chacune dans de véritables quartiers fortifiés, avec leurs églises et sanctuaires, leur palais et leurs tours : les Fieschi, les Grimaldi, les Doria et les Spinola (paroisse San Luca), renforcés par leurs guerres contre les seigneurs de la côte ligurienne[6]. De 1052 à 1190, les consuls, remplaçant les comtes de la maison d'Este, dirigent Gênes. Au fil du XIIe siècle, la guerre civile apparaît comme presque permanente entre les diverses factions[6]. Cette situation aboutit à la mise en place à la tête de l'État d'un podestat étranger, en 1190, comme arbitre entre les partis[6].

L'empire commercialModifier

 
Le genovino Ianua de 1252.

Durant le Moyen Âge tardif, aux XIIe et XIIIe siècles, Gênes connaît une période de prospérité grâce à son grand commerce (soie, épices, or, pierres précieuses, alun).

Les croisades apportent à Gênes une immense prospérité car elle est sollicitée pour fournir le transport des troupes chrétiennes outre-mer. Les marins génois prennent une part considérable dans la prise de Saint-Jean-d'Acre en 1191. Sa participation à la première croisade en 1097-1110 lui vaut des privilèges commerciaux notables, ainsi que des possessions dans les nouveaux États croisés du Proche-Orient, avec lesquels le commerce génois s'avère florissant[5].

En 1261, par le traité de Nymphaeon, les Génois obtiennent du basileus Michel VIII des avantages commerciaux considérables et l'autorisation d'établir un comptoir dans le quartier de Galata, de l'autre côté de la Corne d'Or. Bien vite, ce dernier attire plus de navires que Constantinople elle-même et la mer Noire devient le domaine réservé des Génois. Ceux-ci s'assurent aussi le contrôle des bouches du Danube (port de Licostomo (en)) et du Nistre (port de Montecastro), remontant ces fleuves et ouvrant sur leurs rives des comptoirs secondaires, respectivement jusqu'à San Giorgio et Policromia. Cette domination sans partage malgré les tentatives de Venise et de l'empire de Trébizonde s'achève en 1475, dans un contexte de luttes pour la principauté de Théodoros, quand les troupes ottomanes s'emparent de Caffa.

Entre 1190 et 1270, la république est dirigée par des podestats puis, jusqu'en 1339, par une alternance de capitaines du peuple et de podestats.

La domination militaireModifier

 
Forteresse génoise à Soudak.

Le , Gênes écrase la flotte de Pise lors de la plus grande bataille navale du Moyen Âge, la bataille de la Meloria, qui voit s'affronter près de l'îlot dit de la Meloria les 88 galères d'Oberto Doria et les 103 galères de Pise commandées par le podestat vénitien Alberto Morosini. La victoire est totale pour Gênes. Pise connaît en revanche une défaite catastrophique avec 5 000 tués, 9 000 prisonniers, 7 galères coulées et 29 capturées. Pise perd son indépendance et sa puissance[7].

Gênes détruit ensuite en 1285 le port de Pise, Porto Pisano, et récupère alors, outre le port de Livourne, les droits de Pise sur la Corse et sur la Sardaigne. Ces droits lui sont très vite contestés par la papauté et le roi d'Aragon, investi roi de Corse et de Sardaigne. La Sardaigne est abandonnée en 1320 aux Aragonais, mais la Corse reste génoise après une longue confrontation avec l'Aragon. Dans les années 1350, le doge de Gênes, Jean da Murta, avait reçu la soumission du peuple de Corse. Désormais, Gênes par l'intermédiaire d'offices financiers (la Maona jusqu'en 1453 puis l’Office de Saint Georges jusqu'en 1561) va s'efforcer de briser la noblesse insulaire.

La république de Gênes a, au XIVe siècle, un véritable empire maritime en mer Méditerranée et mer Noire, incluant la Corse, alors son « grenier à blé », des îles grecques (Lesbos, Chios, Ikaria et Samos), des comptoirs en Anatolie (Galata, Phocée, Scalanova, Amastris et Sinope), en Crimée (Cherson, Cembalos, Halopsis, Yalta, Soudak, Caffa et Kertch formant la Gazarie), autour des bouches du Danube (San Giorgio, Barilla, Caladda, Izmaïl, Licostomo, Eraclea aujourd'hui en ruines et Constanza), et ailleurs en mer Noire (Montecastro et Policromia en Moldavie, Matrida, Taman et Tana dans le khanat de la Horde d'or autour de la mer d'Azov)[8].

C'est ainsi une nef génoise qui rapporte involontairement de Crimée la peste noire en 1348[9] en Europe.

De la fin du XIIIe au XVe siècle, la flotte génoise compte près de 40 000 hommes.

La rivalité avec VeniseModifier

 
Gênes en 1493.

L'empire maritime génois a pour principal concurrent celui de Venise, dominant en mer Égée, sur les marchés de Constantinople et de Trébizonde, à Chypre ; de leur côté, les Vénitiens veulent chasser les Génois de leurs possessions de Syrie. Gênes se rapproche de Byzance (traité de Nymphaeon) tandis que Venise se rapproche de Pise. Les deux cités préparent le conflit depuis 1286 et plus particulièrement en 1294.

Au printemps 1294, les navires vénitiens attaquent les colonies génoises de Chypre à Famagouste puis, le , la flotte vénitienne met la voile vers la Cilicie. Elle rencontre les Génois sur la côte arménienne et, cette fois, la bataille est désastreuse pour Venise. Elle perd 25 navires, un nombre important de combattants dont son général Marco Basagio[5].

Face à la défaite, la ville réagit en donnant ordre à tous ses armateurs d'entreprendre une guerre de course, tandis que la cité reconstruit une nouvelle flotte de 65 galères.

Gênes, triomphante face à Pise et à Venise, est alors à l'apogée de sa puissance militaire. Cependant, si elle n'a rien à craindre de Pise, en proie aux luttes de factions, Venise est toujours parfaitement capable de s'opposer à nouveau à elle ; dès l'année suivante, les deux cités s'affrontent dans une série de coups de main, jusqu'à ce que Gênes batte à nouveau Venise, le , devant Curzola, bataille remportée par Lamba Doria, frère d'Oberto Doria, vainqueur de Pise à la Meloria. Le nouveau type de galère génoise, dite à la sensile, est largement responsable de la victoire. Le bilan est terrible pour Venise : 18 navires coulés, 66 navires brûlés par les Génois qui ne peuvent les remorquer à Gênes, 7 400 prisonniers dont Marco Polo, qui rédige ses récits de voyage, le Devisement du monde, alors qu’il est en prison à Gênes.

Une médiation du pape et de Charles d'Anjou amène les deux cités à signer la paix de Milan en 1299, faisant planer sur Gênes, toujours en proie aux luttes entre factions, l'ombre des Visconti.

Une troisième guerre éclate, de 1350 à 1355, émaillée de victoires incertaines de part et d'autre, jusqu'à ce que les deux puissances signent une paix temporaire à Byzance, en 1355, puis qu'elles concluent des accords commerciaux en 1361. De 1372 à 1378, une nouvelle période de tensions amène successivement une défaite vénitienne devant Pola en 1374, puis de Gênes près du cap d'Anzio en 1378. L'année suivante voit Gênes s'imposer mais, en 1379, commence entre les deux villes la guerre de Chioggia, s'achevant par la défaite génoise en 1380, Venise assurant sa souveraineté sur la Méditerranée orientale. La paix de Turin de 1381 voit Venise reprendre possession de tous ses privilèges à Constantinople et même se faire reconnaître le droit de commercer librement en mer Noire. Durant cette guerre, Venise n’a dû son salut qu'à la mort du général génois, Pietro Doria, tué lors de la bataille finale, et au retour opportun de Vettor Pisani et de son escadre. Pour sauver leur patrie, les Vénitiens font de lourds sacrifices, aussi bien financiers qu’humains, ce qui entraîne de profondes et irréversibles modifications de leurs institutions.

Le dogat populaireModifier

 
Carte de l'Italie en 1402.
  • République de Gênes

Gênes connaît de graves troubles politiques, déchirée de l'intérieur par les luttes fratricides des différentes factions (patriciens contre plébéiens, guelfes contre gibelins, Adorno contre Fregoso ou Campofregoso) et avivés par les différentes puissances étrangères, Visconti, France, puis Espagne.

En 1339, Simone Boccanegra est acclamé premier doge de Gênes. Le doge, élu à vie, doit être plébéien et appartenir à la faction gibeline. On appelle cette période le dogat populaire. Mais aucun doge ne peut rester durablement en place et chaque coup d'État entraîne la perte de l'indépendance dans un mouvement irréversible de décomposition.

En 1390, en réaction à la perte de ses positions commerciales en Tunisie au profit de Venise, Gênes organise une expédition militaire qu'elle présente comme une nouvelle croisade pour venger les chrétiens des méfaits de la piraterie des Barbaresques. Elle obtient l'assistance d'un corps de seigneurs franco-anglais, dont Louis II de Bourbon, qui prend le commandement de l'expédition et met le siège devant Mahdia.

Le conflit avec Venise reprend sporadiquement et une nouvelle défaite génoise amène un nouveau traité en 1404. Gênes n'est alors plus en mesure de s'imposer. Elle est à nouveau battue en 1431.

Mais le grand adversaire de la cité n'est plus Venise, au XVe siècle, mais l'Aragon qui lui dispute la Sardaigne (perdue dès 1320) et la Corse, et plus largement, la domination de la Méditerranée occidentale. Mais le , Alphonse V d'Aragon est vaincu et fait prisonnier par les Génois à la bataille de Ponza.

Toutefois, la république reste étranglée entre de puissants rivaux. Et finalement, elle se résout à se placer sous la protection de la France qui nomme le comme nouveau gouverneur Jean II de Lorraine, duc de Calabre. Toutefois, Gênes se rebelle le . À partir du , c'est le duc de Milan, François Sforza (1401-1466) qui impose son protectorat sur la république jusqu'au . Par la suite, Milan parvient à nouveau à imposer son protectorat du au .

L'intervention en Italie de Louis XII permet à la France de rétablir sa tutelle du jusqu'au . Une brève reconquête a lieu par les Français en 1527. La population de la ville est alors tombée à 40 000 habitants.

La réforme dorienne de 1528 et le dogat biennalModifier

Andrea Doria, en 1528, maître de la Méditerranée pour le compte de Charles Quint, réorganise la cité. Il force les gouverneurs Adorno et Fregoso, les deux principales familles qui se disputent le pouvoir[6], à changer de nom et transforme les institutions. La commune de Gênes devient une république comme Venise. Il proclame la formation d'un unique corps civique et abolit les factions. Le but est de faire cesser les rivalités entre les familles, et à cette fin la réforme prévoit de généraliser le système des alberghi et de la rendre obligatoire. L'albergo prend une autre signification car les grandes familles de la noblesse génoise sont sommées de s'agréger en 28 alberghi qui vont être les seuls à pouvoir exercer les charges du gouvernement. Ces nouvelles entités ne sont plus des rassemblements de familles volontaires mais des divisions politiques de droit public[10].

Les anciennes institutions cèdent donc la place à une république oligarchique ou aristocratique puisque le gouvernement est placé entre les mains des nobles (près de 800 patriciens), répartis en 28 alberghi, les factions qui rassemblent les grandes familles de la noblesse génoise telles que les Doria, Grimaldi, Fieschi, Spinola, Giustiniani, Pallavicino[11],[12] ou encore Sauli, de Ferrari, Brignole Sale, Lomellino (it), Balbi, Durazzo, Pareto, Cybo. Les nobles ou patriciens sont tous les hommes âgés de plus de 18 ans dont la famille a exercé des charges politiques avant la révolte populaire de 1506.

Parmi eux, quatre cents nobles sont tirés au sort et forment le grand conseil, renouvelé par quart tous les ans. Le petit conseil, ou Sénat, compte cent membres (« excellences ») qui sont tirés au sort parmi les membres du grand conseil. Un doge de la république, deux procurateurs et des gouverneurs, qui forment la seigneurie et qui détient le pouvoir exécutif, sont tous élus pour deux ans. Organe très puissant de contrôle des institutions, le Syndicato, est créé. Il est composé entre autres de deux censeurs et tous les anciens doges en sont membres de droit.

Le , les nouvelles lois abolissent les alberghi : les familles nobles reprennent leur nom original. Sont reconnues « nobles » les familles inscrites au Liber aureus nobilitatis Janue, vite qualifié de Libro d'oro (livre d'or), demandé par Andrea Doria en 1528[13]. Des descendants de petits marchands ou d'artisans qui avaient joué un rôle au sein de l'Etat y côtoient ceux d'hommes qui ont joué un rôle historique considérable[14]. Cette situation va durer deux cents ans.

Le doge est de rang royal, il lui est interdit de sortir de la cité pendant son mandat de deux ans, non renouvelable avant dix années. En tout état de cause, on élit généralement des hommes fort âgés, et seul Giacomo Maria Brignole sera élu deux fois, en 1779 et 1795, il sera le tout dernier doge de la république[15].

Gênes perd l'île de Chios, habitée par près de 40 000 Génois en 1566. Tabarka (Tunisie) en 1744, la Corse en 1768 (vendue à la France).

Le « siècle génois »Modifier

« L'or naît aux Indes occidentales, meurt en Espagne, est enseveli à Gênes... »

— Francisco de Quevedo (revue Archéologia, no 256, p. 64).

Le siècle qui s'étend de 1550 à 1650, qui est un siècle d'alliance avec l'Espagne, est parfois nommé « le siècle des Génois ». Les Génois sont les principaux banquiers de la couronne d'Espagne, jusqu'à la banqueroute de Philippe II, et cette alliance va perdurer jusqu'en 1684 et le bombardement de la ville par la flotte française.

En 1575 et 1576, se déroule la guerre civile génoise. Au début de la république, la succession de « nouveaux nobles » (tels les Sauli, Brignole) et d'« anciens nobles » (tel les Doria, Grimaldi, Spinola, Centurione (it)) fut respectée mais les « anciens nobles » accaparèrent rapidement le pouvoir. Les « nouveaux nobles » s'enrichirent considérablement en commerçant le coton et la soie tandis que les « anciens nobles » s'adonnaient à la finance. Après cette crise, anciens et nouveaux nobles se virent égaux et les alberghi disparurent.

La république devient sérénissime en 1596.

En 1637, le doge Giovanni Francesco Brignole (it) offre la souveraineté de ses États à la Vierge Marie.

Au XVIIe siècle, la république soutient deux guerres victorieuses contre la Savoie[5].

À cette époque, Gênes est une cité qui mérite à nouveau son surnom « la Superbe », voire l'Orgueilleuse. Les grands peintres comme Van Dick ou Rubens font les portraits de son riche patriciat. Avec ses palais à huit étages, elle est la « New York » du Moyen Âge. La Strada nuova, seule rue droite de la ville dont madame de Staël disait qu'elle était « la rue des rois et la reine des rues », abrite les plus somptueux palais (Palazzo Rosso des Brignole-Sale, Palazzo Bianco des Grimaldi).

La population croît rapidement et s'élève à 140 000 habitants en 1630, nécessitant la construction de la plus impressionnante muraille d'Italie, le nouveau mur s'étirant sur 12 km et protégeant la cité de tous côtés. Il est édifié entre 1626 et 1639.

Matteo Senarega (doge de 1595 à 1597) écrit, dans le Discorso sopra la Città e la Repubblica di Genova :

« Elle ne rentre dans aucun des trois bons gouvernements, ni aucun des trois mauvais, présentés par Aristote ; mais c'en est plutôt un mélange ; ce n'est pas une démocratie, puisque le peuple ne la gouverne pas ; ce n'est pas une aristocratie, puisque tous les recensés (ascritti), c'est-à-dire les optimates, y gouvernent ; on ne dira pas non plus que c'est une anarchie car la justice y est sévère à l'égard du peuple. »

Les conjurations de Vacheron et de Della TorreModifier

Le riche plébéien Vacheron, avec l'aide de la Savoie, tenta en 1628 d'assassiner tous les patriciens afin de permettre une invasion victorieuse de Gênes par la Savoie. Mais il est découvert et exécuté avec ses complices.

Quelques années plus tard, Raphaël della Torre veut faire sauter la salle du Conseil à l'aide d'une machine infernale. Il meurt en fuite, assassiné d'un coup de poignard à Venise[16].

Le déclinModifier

 
Réparation faite à Louis XIV par le doge de Gênes dans la galerie des Glaces de Versailles (par Claude Guy Hallé, château de Versailles).

En 1684, le doge de Gênes (Francesco Maria Imperiale Lercari) commet l'erreur de défier Louis XIV en fournissant des galères à l'Espagne, ennemie de la France. Au même moment, il traite avec désinvolture l'ambassadeur français François Pidou, chevalier de Saint-Olon. Sur ordre du roi, le marquis de Seignelay, intendant de la marine, accompagné du lieutenant-général des armées navales Abraham Duquesne, organise en mai 1684 une expédition punitive et opère un violent bombardement naval sur la ville. Le doge doit venir s'humilier à Versailles en mai 1685. Le doge se rend devant le roi, en août, avec un vêtement de velours, action publicitaire adroite qui détermine le début d'une période de grande exportation de velours de Gênes vers la France. Pendant la visite, le roi, montrant au doge le nouveau palais royal de Versailles, lui demande quelle est la chose qui l'a le plus étonné pendant sa visite. Le doge répond d'une formule lapidaire caractéristique du sarcasme génois : « Mi chi » (« Moi ici »).

Le gouvernement génois se limite désormais à assurer la sécurité et à prélever l'impôt tandis que la haute classe dirigeante s'adonne au grand commerce et à la finance. Le blé acheté en grande quantité et à bas prix au royaume de Naples suffit à approvisionner la cité qui ainsi ne pense pas à mettre en valeur la Corse où elle construit tout de mêmes routes, forts et ponts. La maîtrise de la Corse est nécessaire à la survie de Gênes, car toute nation possédant l'île serait en mesure d'exercer le blocus de la métropole.

Durant le XVIIIe siècle, la république a à mener plusieurs violentes guerres contre le royaume de Savoie. Lors de la guerre de Succession d'Autriche, les armées génoises tout juste réorganisées et portées à 10 000 hommes par le général en chef, Gian Francesco II Brignole Sale, souffrent des défaites de la France. Gênes est dès lors occupée.

En 1747, Gênes se révolte contre l'occupant autrichien, menée par un enfant nommé Balilla.

En 1768, par le traité de Versailles, Gênes cède à titre provisoire à la France sa souveraineté sur l'île de Corse qui s'est émancipée depuis 1755, formant une république indépendante sous le commandement de Pascal Paoli. Il faut ensuite au royaume de France une guerre qui dure un an pour prendre le contrôle de l'île et éliminer la république corse.

En 1795, Giacomo Maria Brignole est élu, pour la seconde fois (après 1779) doge de Gênes et s’avère en être le dernier.

La République ligurienneModifier

 
Ambroise Louis Garneray, Vue de Gênes (aquatinte, vers 1810).

En 1797, les armées de la République française avancent en Italie et un comité jacobin proclame une République ligurienne à Gênes, renversant ainsi l'ancienne république au profit d'une « république sœur ». Les aristocrates génois, dont le dernier doge Giacomo Maria Brignole, continuent la lutte en se disséminant dans l'Italie du Nord. Les Génois attachés à leur république aristocratique acceptent d'abord mal ce nouvel État calqué sur le modèle français. En 1800, Gênes se donne un doge pour cinq ans, puis à vie en 1802, comme en France, en la personne d'un membre de la famille Durazzo. En 1805, la république est annexée à l'Empire français. La république continue d'exister moralement malgré l'occupation française et au congrès de Vienne en 1814-1815, Antonio Brignole Sale défend vigoureusement mais sans succès l'indépendance de la Ligurie ; il a été le dernier ministre de l'antique république et avait poursuivi une brillante carrière commencée aux côtés de Napoléon Ier, comme ministre et maire de Gênes.

Les régimes de la républiqueModifier

Avant 1339Modifier

Le dogatModifier

Girolamo Luigi Durazzo (1739-1809) est parfois considéré comme le dernier doge de Gênes de 1802 à 1805 mais c'est abusif car il ne fut pas « doge de la république de Gênes » (fonction existante de 1339 à 1797) mais « doge de la République ligurienne » de 1802 à 1805, fonction qu'il fut le seul à avoir jamais occupée.

Notes et référencesModifier

  1. « STORIA DELLA CITTA’ DI GENOVA DALLE SUE ORIGINI ALLA FINE DELLA REPUBBLICA MARINARA », sur www.giustiniani.info (consulté le 12 septembre 2020)
  2. (it) Aa.Vv. (Piero Boccardo, Clario Di Fabio (éd.)), Il secolo dei Genovesi, Milan, Electa, , 472 p. (ISBN 978-88-435-7270-0).
  3. « I Genovesi d'Oltremare i primi coloni moderni », sur giustiniani.info (consulté le 12 septembre 2020).
  4. (en) George Macesich, Issues in Money and Banking, Greenwood Publishing Group, (ISBN 978-0-275-96777-2, lire en ligne), p. 42.
  5. a b c et d « STORIA DELLA CITTA’ DI GENOVA DALLE SUE ORIGINI ALLA FINE DELLA REPUBBLICA MARINARA », sur giustiniani.info (consulté le 12 septembre 2020).
  6. a b c d et e André-É. Sayous, « Aristocratie et noblesse à Gênes », Annales d'histoire économique et sociale, vol. 9, no 46,‎ , p. 366-381.
  7. (it) « Genova, Repubblica di nell'Enciclopedia Treccani », sur treccani.it.
  8. Piero Boccardo, Clario Di Fabio (dir.), Il secolo dei genovesi, éd. Electa, Milan 1999, 472 p. (ISBN 9788843572700) ; G.I. Brătianu, Recherches sur Vicina et Cetatea-Albă, Univ. de Iaşi, 1935, 39 p. ; Octavian Iliescu, « Contributions à l'histoire des colonies génoises en Roumanie aux XIIIe – XVe siècles », Revue roumaine d'histoire, no 28 din 1989, p. 25-52, et le Codex Parisinus latinus dans Ph. Lauer, Catalogue des manuscrits latins, p. 95-6, d'après la Bibliothèque nationale, Lat. 1623, IX-X, Paris, 1940.
  9. Selon Frédérique Audouin-Rouzeau dans Les Chemins de la peste : le rat, la puce et l'homme, éditions Tallandier, collection Texto, Paris 2007 (ISBN 978-2-84734-426-4), la peste bubonique qui sévissait de façon endémique en Asie centrale, se déclare en 1334, dans la province chinoise du Hubei et se répand rapidement dans les provinces voisines : Jiangxi, Shanxi, Hunan, Guangdong, Guangxi, Henan et Suiyuan (une ancienne province disputée entre les empires mongol et chinois). De là, elle se propage chez les Tatars qui, en 1346, attaquent la ville génoise de Caffa, en Crimée, sur les bords de la mer Noire, et catapultent les cadavres des leurs par-dessus les murs pour infecter les assiégés. Le siège est levé, faute de combattants valides en nombre suffisant : Gênes et les Tatars signent une trêve ; les bateaux génois peuvent désormais quitter la ville, et disséminent la peste dans tous les ports où ils font halte : la maladie atteint Messine en (comme le décrit Michel de Piazza dans son Historia Secula ab anno 1337 ad annum 1361) et Gênes et Marseille en décembre de la même année. Venise est atteinte en . En un an, la peste se répand sur tout le pourtour méditerranéen.
  10. (en) « Andrea Doria | Genoese statesman », sur britannica.com, Encyclopedia Britannica (consulté le 12 septembre 2020).
  11. D’après Anne Edwards, The Grimaldis of Monaco, HarperCollins, (ISBN 0-00-215195-2).
  12. D’après Thomas Allison Kirk, Genoa and the sea: policy and power in an early modern maritime republic, 1559–1684, Johns Hopkins University Press, (ISBN 0-8018-8083-1), p. 25.
  13. « Notice », sur Grimaldi.org.
  14. André-É. Sayous, « Aristocratie et noblesse à Gênes », Annales d'histoire économique et sociale, vol. 9, no 46,‎ , p. 366-381.
  15. (it) « BRIGNOLE, Giacomo Maria », sur treccani.it.
  16. (fr) Amédée de Pastoret, Le Duc de Guise à Naples.

Voir aussiModifier

SourcesModifier

L'histoire de Gênes et de sa république, comme celle des autres formes de gouvernements à la tête de la cité, y compris pendant la période des doges, ont été étudiées abondamment par les historiens, depuis les récits de la fin du XIe siècle par le chroniqueur Caffaro di Rustico da Caschifellone (historien et consul de la commune) dans ses Annales (it).

Articles connexesModifier

Liens externesModifier