Ouvrir le menu principal

Madame de Sévigné

écrivain française
Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne une épistolière. Pour le chocolatier, voir La Marquise de Sévigné. Pour les autres homonymes, voir Sévigné.
Marie de Rabutin-Chantal
Madame de Sévigné
Description de cette image, également commentée ci-après
La marquise de Sévigné vers 1665 par Claude Lefèbvre.
Nom de naissance Marie de Rabutin-Chantal
Naissance
Paris, Drapeau du royaume de France Royaume de France
Décès (à 70 ans)
Grignan, Drapeau du royaume de France Royaume de France
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture français
Mouvement classicisme
préciosité

Marie de Rabutin-Chantal, connue comme la marquise[n. 1] ou, plus simplement, Madame de Sévigné, est une épistolière française, née le à Paris, paroisse Saint-Paul[1], et morte le au château de Grignan (Drôme).

BiographieModifier

Origines et familleModifier

 
Hôtel Coulanges à Paris.


Fille de Celse-Bénigne de Rabutin (1596-1627), baron de Chantal, et de Marie de Coulanges (1603-1633), son épouse, elle naît à l'hôtel Coulanges, domicile de ses grands-parents maternels, Philippe Ier de Coulanges (1565-1636) et Marie née de Bèze (1576-1634), au n° 1 bis de la place Royale (actuellement entre le 1 bis place des Vosges et le 11 bis, rue de Birague) en plein cœur de la capitale[2], où demeurent alors ses parents. Baptisée le lendemain, 6 février à l'église Saint-Paul de Paris, son extrait de naissance révélé qu'elle a pour parrain Charles Le Normand[3], seigneur de Beaumont, « maître de camp d'un vieux régiment, gouverneur de La Fère et premier maître d'hôtel du Roi » et pour marraine sa grand-mère « dame Marie de Bèze, femme de messire Philippe de Coulanges, conseiller du Roi en ses conseils d'État et privé. »[4], On donne à l'enfant le prénom de sa grand-mère (et marraine), Marie.

Celse-Bénigne de Rabutin de Chantal est tué en 1627 au siège de La Rochelle, sous les ordres du marquis de Toiras[5], laissant Marie de Coulanges veuve et la petite Marie orpheline de père à l'âge d'un an. Six ans plus tard, elle perd aussi sa mère.

Marie de Rabutin de Chantal vit néanmoins une jeunesse choyée et heureuse, d’abord auprès de ses grands-parents maternels, qui l'élèvent jusqu'à sa onzième année, puis, après la mort de Philippe de Coulanges, en 1636, chez l'aîné de ses oncles maternels, Philippe II de Coulanges (1595-1659). Celui-ci est le père de Philippe-Emmanuel Coulanges (1633-1716), futur « chansonnier », jeune cousin germain inséparable de Marie de Rabutin. Il épousera en 1659 Marie-Angélique du Gué de Bagnols (1641-1723), également connue comme épistolière de renom sous son nom de femme mariée Marie-Angélique de Coulanges.

Un autre oncle, frère benjamin de sa mère, l'abbé Christophe de Coulanges (v. 1607-1687), dit « le Bien bon », sera son ami paternel et l'administrateur de ses biens. La future Madame de Sévigné doit à sa solide éducation, en partie guidée par l'oncle Christophe, une connaissance parfaite de l’italien et assez bonne du latin et de l'espagnol.

Quant à sa grand-mère paternelle, Jeanne Frémyot, baronne de Chantal (1572-1641), veuve en 1610, elle avait pris le voile et fondé l'ordre de la Visitation et un grand nombre de couvents tant en France que dans les pays limitrophes (Lorraine et Barrois) sous la direction spirituelle de l'évêque de Genève François de Sales. Elle mourut de la variole[6] en 1641, après un entretien avec la reine Anne d'Autriche.

Le 28 février 1687, Roger de Bussy-Rabutin écrivait : « J'ai cherché nos Rabutin, je les ai trouvés fort bons et fort anciens ». Deux ans plus tôt, le 22 juillet 1685, la marquise avait écrit à son cousin Bussy : « Ce commencement de maison me plaît fort. On n'en voit point la source et la première personne qui se présente est un fort seigneur, il y a plus de 500 ans, des plus considérables de son pays, dont nous découvrons la trace jusqu'à nous. Il y a peu de gens qui peuvent trouver une si belle tête. ». Madame de Sévigné évoquait Mayeul de Rabutin, qui possédait au XIIe siècle en Charolais le premier fief connu des Rabutin, ainsi que le fief de Montessus, situé à proximité[7].

Sa devise était : « Le froid me chasse » avec pour emblème « l'hirondelle »[8].

MariageModifier

Le , âgée de dix-huit ans, elle épouse Henri de Sévigné (1623-1651), de vieille et bonne noblesse bretonne[9], possédant le fief de Sévigné[10]. Le mariage est célébré en l'église Saint-Gervais de Paris. Selon Roger Duchêne, les Sévigné n'ont pas de titre de noblesse, mais ont fini par sacrifier à l'usage en se faisant appeler barons[11]. C'est Henri qui, le premier, adopte le titre de marquis[n. 2]. En l'épousant, Marie devient donc marquise « par approximation bien plus que par usurpation[12] ».

Elle devient veuve à vingt-cinq ans, le , quand son époux est tué lors d’un duel avec François Amanieu, seigneur d'Ambleville, chevalier d'Albret, pour les beaux yeux de Mme de Gondran, sa maîtresse. Il est inhumé à Paris, rue Saint-Antoine, dans l'église du couvent des Filles de la Visitation Sainte-Marie (de nos jours Temple du Marais).

Le couple a deux enfants :

GénéalogieModifier

Christophe
de Rabutin-Chantal
(1563-1601)
 
Jeanne-Françoise
Frémyot de Rabutin

(sainte Jeanne de Chantal)
(1572-1641)
 
 
 
 
 
 
 
Philippe Ier
de Coulanges
(1565-1636)
 
Marie
de Bèze
(1576-1634)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Celse-Bénigne
de Rabutin-Chantal

(1596-1627)
 
Marie
de Coulanges
(1603-1633)
 
Philippe II
de Coulanges
(1595-1659)
 
Marie Le Fèvre
d'Ormesson
(1606-1654)
 
François Le Hardy
de la Trousse
(v. 1606-1638)
 
Henriette
de Coulanges
(1606-1672)
 
Christophe
de Coulanges

(v. 1607-1687)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Henri
de Sévigné
(1623-1651)
 
Marie
de Rabutin-Chantal

(1626-1696)
 
Pierre
de La Mousse
(né en 1617)
 
Philippe-Emmanuel
de Coulanges

(1633-1716)
 
Marie-Angélique
du Gué de Bagnols

(1641-1723)
 
Philippe Auguste
Le Hardy de La Trousse
(1635-1691)
 
Marguerite
de
La Fond
 
Suzanne
de La Trousse,
Mlle de Méri
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
François Adhémar
de Monteil de Grignan

(1632-1714)
 
Françoise Marguerite
de Sévigné

(1646-1705)
 
Charles
de Sévigné
(1648-1713)
 
Jeanne Marguerite
de Bréhant de Mauron
(1659-1737)
 
 
Pour la famille du comte de Grignan, voir François Adhémar de Monteil de Grignan, section « Famille ».

ŒuvreModifier

Jeu de lettres et de masques: Madame de Sévigné, maître épistolièreModifier

Que ce soit dans le théâtre ou le roman, en passant par le mémoire et la lettre, toute la littérature du XVIIe siècle explore un nouveau territoire du moi dans la foulée d’un mouvement individualiste qui voit les Belles-Lettres étendre leur activité jusque dans la sphère privée[13]. L’œuvre de Madame de Sévigné n’échappe pas au développement d’une subjectivité propre à son époque. L’épistolière se prête au jeu d’images de la société et enfile différents masques au gré des lettres qu’elle rédige principalement à l’intention de sa fille, la comtesse de Grignan, mais aussi à son cousin, le comte de Bussy.

Construction d'un ethosModifier

L’auto-représentativité donne le ton à la correspondance de Sévigné. Le cas de cette dernière coïncide avec l’émergence d’un sujet féminin dans un contexte de modernisation esthétique et affective[14]. Les lettres de la marquise sont marquées d’une profonde humilité avec laquelle elle se dépeint. À son cousin, Madame de Sévigné se fond en excuses pour les « torts » dont l’accuse Bussy-Rabutin (notamment par rapport à son manque d’assiduité épistolaire) et se décrit comme un être irrationnel et inintelligible, y compris vis-à-vis d’elle-même[15]. Dans une lettre à sa fille, l’épistolière dresse un portrait fort modeste de sa personne, alors qu’elle raconte à la comtesse de Grignan le déroulement d’une soirée au théâtre à laquelle le roi a assisté :

La mesure de l’approbation qu’on donne à cette pièce, c’est celle du goût et de l’attention. J’en fus charmée, et le maréchal aussi, qui sortit de sa place pour aller dire au Roi combien il était content, et qu’il était auprès d’une dame qui était bien digne d’avoir vu Esther. Le Roi vint vers nos places, et après avoir tourné, il s’adressa à moi, et me dit : « Madame, je suis assuré que vous avez été contente ». Moi, sans m’étonner, je répondis : « Sire, je suis charmée ; ce que je sens est au-dessus des paroles ». […]  Et puis je vis Sa Majesté s’en alla, et me laissa l’objet de l’envie. Comme il n’y avait quasi que moi de nouvelle venue, il eut quelque plaisir de voir mes sincères admirations sans bruit et sans éclat. […]  Je vis le soir Monsieur le Chevalier. Je lui contai tout naïvement mes petites prospérités, […] il en fut content, et voilà qui est fait. Je suis assurée qu’il ne m’a point trouvé, dans la suite, ni une sotte vanité, ni un transport de bourgeoisie; demandez-lui. (Sévigné, 21 février 1689)

La représentation de soi dans ce passage, où la franchise, la noblesse et le naturel priment, contribue à l’élaboration d’un mythe de l’épistolière, que celle-ci alimente au fil des lettres[16]. Malgré une pudique réticence à parler de soi aux vues des normes et tabous de la sociabilité, Madame de Sévigné se permet toutefois de le faire dans sa correspondance pour combler l’absence de sa fille. L’épistolière reconnaît la nécessité de se donner à voir, de se laisser aller aux confidences, de manière à donner l’illusion d’une présence et d’alimenter l’imagination de sa lectrice[17]. La marquise ne lésine dès lors pas sur les détails :

Je fus hier dîner chez la princesse ; j’y laissai la bonne Marboeuf. Voici comme votre mère était habillée : une bonne robe de chambre bien chaude, que vous avez refusée, quoique fort jolie, et cette jupe violette, or et argent, que j’appelai sottement un jupon, avec une belle coiffure de toutes cornettes de chambres négligées. J’étais en vérité fort bien. […] Dites-moi un mot de vos habits, car il faut fixer ses pensées et donner des images. (Sévigné, 29 novembre 1684)

Madame de Sévigné construit dès lors un ethos qui traverse tout son discours en projetant une image détaillée de soi pour se plier à l’art de plaire, pour communiquer ses états d’âme et pour faire tomber la distance qui la sépare de sa destinataire.

Réflexions méta-épistolairesModifier

Par bienséance, les femmes qui écrivent au XVIIe siècle ne doivent pas paraître travailler leur style[18]. Celle qui ne se réclame pas d’une formation technique fait pourtant de l’écriture sa quotidienne passion—et préoccupation[19]. La qualité de la communication occupe une place prépondérante dans l’esprit de Madame de Sévigné et cette dernière est toujours heureuse de savoir que son style épistolaire plait à sa fille[20]. Elle développe une forte attitude auctoriale et thématise l’écriture, transmettant à la comtesse de Grignan, telle une maîtresse à son élève, un certain nombre de qualités que l’épistolière met elle-même en pratique dans ses lettres : la tendresse, la simplicité, la vérité, la force, l’originalité, l’agrément, la vivacité et l’harmonie de la composition[21]. L’implication constante de l’épistolière dans sa propre écriture souligne bien le processus discursif de la réflexion chez Madame de Sévigné, fidèle à son style qu’elle définit comme étranger à la formulation traditionnelle du discours d’autorité : « mon style », écrit-elle, « n’est pas laconique », précisant ailleurs qu’elle rendrait ses propos « asiatique » si elle voulait[22]. La marquise a par ailleurs la conviction d’être rebelle dans sa pratique épistolaire, ne puisant son inspiration que dans le naturel et la vie[23]. Elle critique virulemment sa plume qu’elle juge par moments « négligée », ses lettres « écrites d’un trait » et son style « ajusté », qualifiant sa correspondance de « rapsodies », « bonnes à brûler », d’« ennuyeuses prôneries » et de « monstrueuses écritures »[24]. Madame de Sévigné pousse toutefois la réflexion sur l’acte d’écrire à son paroxysme dans une lettre désarmante qu’elle adresse, incrédule face aux compliments qu'elle reçoit, à sa fille : « Est-il possible, ma fille, que j’écrive bien ? »[25].

Ainsi, la réflexivité dans la correspondance de Madame de Sévigné se déploie de deux manières intimement liées l’une à l’autre, à savoir un reflet de soi et un reflet du texte. De cet effet miroir très commun au XVIIe siècle, l’épistolière se présente comme un être multiple qui se réinvente continuellement et façonne son texte en fonction du destinataire et des besoins de la pratique, entre langage convenu et parole singulière[26].

Passion maternelle : la force créatrice de Madame de SévignéModifier

Au fil des lettres qu'elle destine à sa fille, une corrélation entre maternité et écriture se dessine : la coexistence de la figure de la mère et celle de la femme de lettres s'entremêle et donne naissance à Madame de Sévigné en tant qu'épistolière. La passion d'une mère pour sa fille, la comtesse de Grignan, signe le début d'une correspondance marquée par l'intensité du désir d'entretenir cette relation en dépit de la distance et des circonstances qui les séparent.

Françoise Marguerite de Sévigné1 naquit le 10 octobre 1646 : à l'époque, il était rare qu'une mère s'attache à son nourrisson puisque leur espérance de vie était très précoce ; or dans sa lettre du 23 décembre 1671, Madame de Sévigné parle de son rôle de mère à sa fille et du ressenti des craintes, des inquiétudes, des prévoyances, des tendresses, qui mettent le cœur en presse […. et ] le trouble que cela jette sur toute la vie. L'enfant ne mourra pas et deviendra une jeune fille adulée dans les ballets[27]. Elle a dix-sept ans lorsqu'elle se fait repérer dans un ballet de cour (le « Ballet des Arts », crée fin janvier 1663). Mlle de Sévigné continuera de danser dans les ballets sous l’œil attentif de sa mère : en mai 1664, elles sont toutes deux invitées à Versailles pour une fête de plusieurs jours organisée par Molière. Grâce aux charmes et au talent de sa fille, Madame de Sévigné peut paraître à la cour du roi : le lien affectif qui relie les deux femmes donne à la mère la sécurité de pouvoir se présenter et vivre en société grâce au physique de la plus jolie fille de France (mot de Bussy[28]). Or le départ de Paris le 4 février 1671 de la Comtesse de Grignan signe pour la mère le début d'une dépendance affective, physique et sociale. Avec une première lettre le 6 février 1671, Madame de Sévigné débute l'écriture afin d'exprimer tous les sentiments qu'elle éprouve à l'égard de sa fille.

Dès lors, Madame de Sévigné a dû trouver un équilibre sentimental et affectif qui tient compte de l'opposition des caractères et des différences de statut social entre elles ; chaque lettre a sa propre essence dans la mesure où elle reflète les circonstances de vie des deux femmes. Les lettres de Madame de Sévigné favorisent l'écriture du quotidien, de l'ordinaire, de la routine, pour être au plus près de la vérité du moment[29] : dans chaque lettre, l’épistolière s'attache à peindre ses élans d'amour envers sa fille et la vie quotidienne rythmée par les rencontres, les mariages, les salons, les querelles, les sentiments … comme en témoigne la lettre du 20 février 1671. Madame de Sévigné évoque  son extraordinaire envie de savoir de [ses] nouvelles. […] Je me dévore, en un mot ; j'ai une impatience qui trouble mon repos mais aussi l'incendie de la maison de Guitaut : c'étaient des cris, c'était une confusion, c'étaient des bruits épouvantables, des poutres et des solives qui tombaient et d'autres nouvelles encore (le mariage annulé de Monsieur de Ventadour, le déroulement d'un repas chez Monsieur du Mans...) pour enfin conclure sa lettre par d'affectueuses salutations :  Mais toujours vous dire que je vous aime, que je ne songe qu'à vous, que je ne suis occupée que de ce qui vous touche, que vous êtes le charme de ma vie, que jamais personne n'a été aimée si chèrement que vous... . Un dialogue se construit entre la mère et sa fille fondé sur l'alternance entre les nouvelles de la vie et de la Cour et des démonstrations d'amour passionnelles ; ainsi, un tel projet d'écriture permet de sortir la maternité de l'espace privé tout en illustrant son caractère intime[29]. Madame de Sévigné vit, selon les mots d'Adrienne Rich, une maternité-expérience dans la mesure où elle a établi une relation entre son pouvoir reproducteur et son enfant[29].

Ce lien passionnelle fait apparaître Madame de Sévigné dans l'écriture comme une mère dolente qui fonde son dialogue sur des élans d’amour. Grâce à l’espace épistolaire, Madame de Sévigné ravage[30] sa fille dans la mesure où l'écriture devient le théâtre des remous de l'amour possessif maternel qui doit céder sa place à l'acceptation des désirs sexuels de Madame de Grignan. Il y a une apparition torturante de la haine sourde présente dans l'amour exclusif entre mère et fille. Il révèle l'impossible harmonie de cet amour qui se heurte sur l'impossible activité sexuelle[31]. Cette cession est un arrachement qui laisse la mère blessée à jamais et seule dans son amour platonique comme l'atteste la lettre du 23 août 1671 :  Vous savez comme je suis à vous, et que l'amour maternel y a moins de part que l'inclination. Cette force intérieure naturelle guide la mère vers des désirs incestueux, une folie maternelle selon le mot d'André Green[32], est à l’œuvre. Cette folie se tourne vers un horizon excessif et persistant et va s'inscrire profondément dans la relation de Madame de Sévigné envers sa fille. Néanmoins, elle va être le déclencheur d'une force créatrice épistolaire : le sacrifice de la séparation des deux femmes va nourrir une blessure qui permettra la naissance du langage. Une nouvelle grossesse a débuté : La maternité n'est pas incompatible avec cette exploration, puisqu'il s'agit sans doute de la même fécondité, l'une symbolique, l'autre physique, mais le dévouement que demande cette exploration a souvent des exigences terribles qui se heurtent à celles que l'on attend d'une mère[33]. L'épistolière passionnée, avec le geste sacrificiel de l'écriture, expose une nécessité intérieure d'écrire en réponse au traumatisme de la séparation. Madame de Sévigné invente un langage pour traduire l'intraduisible, pour faire entendre l’innommable[34] : avec ses missives, elle est alors un temps soit peu à l'abri grâce à la création d'un monde, d'un réel, via l'intermédiaire de l'écriture, où elle est de nouveau réunie à sa fille.

ReligionModifier

Les lectures religieuses de la marquise ont nourri son badinage au même titre que sa spiritualité, car notre épistolière garde en général une attitude libre face à la religion. En effet, on remarque de sa part une désacralisation du langage religieux. Ainsi par exemple, elle exprime ses sentiments à sa fille dans une formule qui rappelle celle du canon de la messe : « Nous vous aimons en vous, et pour vous, et par vous ». Elle se sert du lexique augustinien pour des situations profanes : « Je suis épouvantée de la prédestination de ce M. Desbrosses », « prédestination » étant synonyme de destinée. La marquise utilise également le lexique qui opposait jansénistes et Jésuites sur la grâce donnée par Dieu pour réaliser un plaisant jeu de mots : « M. Nicole est tout divin. Vraiment, il faut bien qu’il s’aide de la grâce suffisante, qui ne suffit pas, mais pour moi, elle me suffit, car c’est la grâce efficace en paroles couvertes ».

Certaines de ses images mêlent des passages bibliques et des représentations romanesques. Par exemple elle taquine Mme de Grignan dans la perspective que l’enfant dont elle va bientôt accoucher soit une fille : « Je vous aiderai à l’exposer sur le Rhône dans un petit panier de jonc, et puis elle abordera dans quelque royaume où sa beauté sera le sujet d’un roman ». Elle emprunte des images de l’Évangile : « Mon royaume commence à n’être plus de ce monde » (Jean, XVIII, XXXVI), ou encore elle parodie l’imploration biblique « Ayez pitié de moi ». Elle écrit à sa fille : « M. de La Rochefoucauld vous mande qu’il y a un certain apôtre qui court après sa côte » en faisant allusion à la côte d’Ève. La marquise se moque de la dévotion des princesses de Conti et de Longueville en les appelant « les Mères de l’Église », ainsi que de l’impuissance passagère de son fils Charles : « J’étais ravie qu’il fût puni par où il avait péché ».

Des nombreuses tournures de la marquise à l’adresse de sa fille ont fait voir à certains exégètes une sorte « d’amour-passion » comme « La bise de Grignan […] me fait mal à votre poitrine » ; « Mon Dieu, ma bonne, que votre ventre me pèse » pendant la grossesse de sa fille, ou encore : « Il doit faire chaud à Aix, […] j’en étouffe ». On doit y voir plutôt une parodie du lexique des mystiques, lesquels assumaient la souffrance d’autrui.

Toujours dans les exemples, Mme de Sévigné emprunte souvent le vocabulaire de la morale chrétienne et le substitue à des propos tout à fait profanes : « J’ai acheté pour me faire une robe de chambre une étoffe comme votre dernière jupe. Elle est admirable. Il y a un peu de vert, mais le violet domine, en un mot, j’ai succombé. On voulait me la faire doubler de couleur de feu, mais j’ai trouvé que cela avait l’air d’une impénitence finale. Le dessus est la pure fragilité, mais le dessous eût été une volonté déterminée qui m’a paru contre les bonnes mœurs, je me suis jetée dans le taffetas blanc ».

L’art épistolaire de la marquise trouve un parfait exemple dans ces considérations frivoles, comme l’achat d’une étoffe, où elle fait intervenir un vocabulaire religieux qu’elle maîtrise à la perfection dans le but de provoquer par contraste un effet comique. Les exemples à citer seraient nombreux. Ils démontrent la désinvolture de la marquise dans le domaine de la religion.

Mme de Sévigné aimait tout particulièrement les auteurs et la pensée des jansénistes. On ne peut alors que savourer l'étonnant écart entre ses mots et sa foi religieuse. La liberté qu'elle prend dans l'écriture ne permet en rien de statuer sur la profondeur ou la nature de ses convictions. Tout au plus peut-on faire le relevé de ses lectures, Les Provinciales de Pascal notamment, qu'elle appelle « Les petites lettres », et considérer l'esprit de ceux qu'elle comptait parmi ses amis, comme La Rochefoucauld.

Sociabilité des lettres : Madame de Sévigné, épistolière mondaineModifier

Madame de Sévigné passait beaucoup de temps dans les différentes sociétés de Paris qu’elle affectionnait, mais elle recevait également fréquemment ses amis et ses connaissances chez elle. Ses sociétés favorites, qu’elle fréquentait le plus souvent, étaient celles du duc de La Rochefoucauld et de Madame de Lafayette ; elle y passait souvent ses soirées[35]. Ses lettres notées “du faubourg” provenaient de la demeure de Madame de Lafayette, alors que celles “du cabinet” ont été écrites chez le duc de La Rochefoucauld. Madame de Sévigné affectionnait particulièrement le fait que, dans la société de ses deux amis, on adorait sa fille. Ce n’était qu’entre amis qu’elle se permettait de louanger autant Madame de Grignan, de parler abondamment de ses lettres, etc., et elle était très flattée lorsque ses amis, en retour, parlaient en bien d’elle et prenait de ses nouvelles[35]. “Je ne finirais point de vous dire les amitiés de M. de La Rochefoucauld, combien il aime à parler de vous, à me faire lire quelquefois des endroits de vos lettres. C’est l’homme le plus aimable que j’aie jamais vu!” (Lettre du 16 mai 1672). Madame de Sévigné rassurait sa fille à plusieurs reprises qu’elle ne s'humiliait pas lorsqu’elle la louangeait : “il ne faut pas que vous croyiez que je sois ridicule, je connais mes gens, je sais le temps et le lieu, --- il me souvient encore comme il faut vivre pour n’être pas pesante” (Lettre du 23 mars 1672).

Elle entretenait avec ses deux amis des conversations à saveur littéraire. Par exemple, avec le duc de La Rochefoucauld, elle discutait de maximes, car il en était un grand adepte. Madame de Sévigné avait alors pris goût d’en composer elle-même. Elle en avait formulé quelques-unes par correspondance à sa fille et c’était devenu un sujet de conversation fréquent entre les deux femmes par la suite[35]. “Votre maxime est divine, M. de La Rochefoucauld en est jaloux ; il ne comprend pas qu’il ne l’ait pas faite ; l’arrangement des paroles en est heureux” (Lettre du 29 août 1672). De plus, chez le duc de La Rochefoucauld, ils lisaient en petit comité les fables et les contes de La Fontaine[35]. Madame de Sévigné les adorait et elle avait appris celle du singe et du chat par coeur (Lettre du 10 février 1672). Elle avait tenté à plusieurs reprises de convaincre sa fille de partager son enthousiasme pour ces fables, sans succès (Lettre du 10 février et du 6 mai 1672).

L’amitié entre les dames à cette époque est très importante, car elle permettait l’échange de services, qui était la base de la relation amicale[36]. Le lien amical qui les unissait était très puissant. Madame de Sévigné se confiait fréquemment à son amie et elle estimait particulièrement la candeur et la franchise qui teintaient leurs interactions[37]. Madame de La Fayette était donc l’amie la plus intime de Madame de Sévigné, même si elles étaient très différentes, tant au niveau de la personnalité que des connexions : La Fayette était une femme puissante politiquement, car elle avait accès aux cercles fermés de la royauté française. Elle utilisait d'ailleurs cette proximité pour servir ses amis, par exemple. Il s'agissait d'une des amies de l'épistolière qui possédait le plus de pouvoir politique [38]. Madame de La Fayette avait écrit, vers l’année 1659, un portrait très flatteur de son amie, qui avait été publié sous le nom d’un inconnu. Madame de Sévigné en avait fait mention dans une lettre envoyée à sa fille : “il vaut mieux que moi ; mais ceux qui m’eussent aimée, il y a seize ans, l’auroient pu trouver ressemblant” (lettre du 1er décembre 1675). Avec les années, on a émis l’hypothèse que La Princesse de Clèves, écrit par Madame de La Fayette, est inspirée de Madame de Sévigné[39]. Les amitiés entre les femmes auteures à cette époque étaient très significatives, car une certaine solidarité féminine naissait à force de s’encourager dans l’écriture. Malgré le fait que Madame de Sévigné était épistolière et non auteure, il est évident que de fréquenter une amie auteure comme Madame de La Fayette était très positif pour son dévouement à l’écriture ; les deux femmes partageaient un intérêt commun[40].

Écrivaine malgré elle : réception et canonisation de l'oeuvreModifier

Les lettres écrites par Madame de Sévigné à sa fille, Mme de Grignan, sont aujourd’hui un incontournable de la littérature française. Il est donc judicieux de se questionner sur l’évolution, au fil des siècles, du statut de cette correspondance initialement privée.

Publication posthumeModifier

L’œuvre recensant les lettres de la marquise à sa fille, telle que nous la connaissons aujourd’hui, a connu de nombreuses modifications au fil du temps. De son vivant, Madame de Sévigné n’avait en effet pas l’ambition de publier ses différentes correspondances.

Les lettres de Madame de Sévigné firent l’objet, en 1725 et 1726, de trois éditions. La première se compose uniquement de 28 lettres. Quelques mois plus tard, la deuxième édition est critiquée par la petite fille de la marquise, Pauline de Grignan, marquise de Simiane. Elle affirme qu’elle ignore l’origine du texte proposé et qu’une lettre au moins est mal retranscrite. La troisième édition se proclame plus sérieuse que les deux précédentes. Toutefois, ces trois éditions sont fautives, arrangées et surtout incomplètes[41].

En 1734, les descendants, désireux de remplacer les éditions dites « furtives », font publier quatre volumes. Denis-Marius Perrin, éditeur, publie 614 lettres agencées chronologiquement. Il décide également de couper plusieurs passages jugés peu intéressants. En 1754, Perrin publie une nouvelle édition composée de 722 lettres toujours coupées et cette fois, parfois modifiées[41].

En 1818, Monmerqué établit, d’après toutes les éditions précédentes, sa propre édition. En 1827, il tire, d’un manuscrit incomplet et fautif proposé par le marquis Grosbois, des Lettres inédites. En 1862, A. Régnier publie, sur base du manuscrit Grosbois, une nouvelle édition[41].

C’est en 1873 que Charles Capmas acquiert six volumes manuscrits comprenant 319 lettres copiées à la main par Amé-Nicolas de Bussy, fils de Bussy-Rabutin, cousin de la marquise de Sévigné. Ces lettres ne sont pas parfaites ; elles sont coupées et retouchées, mais le texte est de meilleure qualité que dans toutes les publications précédentes et, surtout, le style de l’épistolière est respecté[41].

L’édition de la Pléiade a principalement suivi le manuscrit Capmas jugé comme le plus fiable, et quand cela était nécessaire, la première édition Perrin[41].

C’est donc grâce aux destinataires principaux de la marquise, sa fille et son cousin, que nous pouvons encore lire les lettres de Madame de Sévigné. Sa fille a en effet pris grand soin de conserver toutes les lettres provenant de sa mère. Bussy-Rabutin, déjà de son temps, avait, dans le manuscrit de son œuvre Mémoires envoyé à Louis XIV, inséré quelques lettres de sa correspondance avec la marquise[42].

La question de l’authenticité se pose donc de manière cruciale pour ces lettres. Sur les 1 120 connues, seules 15 % proviennent des autographes, lesquels ont été presque totalement détruits après usage.

Intérêt littéraire des lettresModifier

Madame de Sévigné n’avait pas envisagé ses différentes correspondances comme pouvant former une œuvre en tant que telle. Cependant, les différentes publications des lettres démontrent un intérêt pour leur contenu.

Vivant à la cour de Louis XIV, Madame de Sévigné jouait un rôle d’intermédiaire pour sa fille partie vivre en province. Elle la renseignait sur les faits survenus à Paris. En cela, la marquise jouait un rôle de diffusion des nouvelles[42]. Les lettres permettent dès lors de pénétrer dans le monde de la société de cour, de connaitre les relations sociales de la marquise, les grandes affaires de l’époque…. Madame de Sévigné y rapporte par exemple la déchéance de Pomponne ou encore l’affaire Fouquet[43]. Il semble même parfois que la volonté d’instruire permet de justifier l’envoi d’une lettre et de ce fait le maintien du contact avec le correspondant[43]. Les lettres permettent donc de dépeindre les mœurs et les caractères des contemporains de l’épistolière, mais aussi d’informer sur la vie à la cour de Louis XIV et sur les principaux événements du règne du Roi Soleil[44].

Le style utilisé par Madame de Sévigné dans ses écrits est intéressant. La correspondance est un genre de l’intime qui permet, selon notre vision contemporaine, de dire ce que l’on veut. Toutefois, sous l’Ancien Régime, dans une société où tout est contrôlé, la lettre est elle aussi extrêmement codifiée. L’exigence du naturel est un des critères obligatoires du genre épistolaire. La marquise, par son naturel parfait, y excelle[44]. Cependant, l’exigence du naturel ne s’obtient pas sans une certaine qualité d’écriture[42] qui provient, chez Madame de Sévigné, de son talent naturel, mais également d’une bonne éducation et de nombreuses lectures[43]. Néanmoins, l’épanouissement de l’art sévignéen n’est possible que grâce à une liberté d’écriture et une égalité entre les correspondants[45]. C’est donc dans les lettres à sa fille que le talent de la marquise de Sévigné prend tout son sens. En effet, quand elle écrivait à des personnes lui étant supérieures en rang, elle devait se plier aux conventions en vigueur. Ce ne sont donc pas ces lettres qui démontrent son style vif, travaillé et clair.

Madame de Sévigné a été élevée au rang d’auteur classique et de modèle à suivre grâce à son style incomparable, à la proportion parfaite entre la pensée et la forme[44] et au mélange de raison et de sentimentalité.

La volonté de Mme de Sévigné de faire partager ses lettres à un cercle mondain, même restreint, demeure cependant fortement ambivalente. L'expérience de publicité de ses écrits est surtout associée pour elle à la situation délicate qu'elle a connue pendant le procès de Fouquet, un de ses amis, chez qui les autorités royales retrouvent un certain nombre de ses billets, créant chez elle une vive inquiétude. À de nombreuses reprises dans la Correspondance, on retrouve cette angoisse vis-à-vis d'une possible incompréhension ou des mauvaises interprétations qu'un tiers qui n'appartiendrait pas au dialogue épistolaire pourrait produire (notamment lorsque son cousin Bussy-Rabutin entend présenter au roi Louis XIV ses Mémoires dans lesquels figurent quelques lettres écrites par Mme de Sévigné). La diffusion mondaine de ses écrits est donc fortement sujette à caution, même si force est de constater que l'esprit des lettres se joint naturellement à cet univers. L’esthétique des lettres de Mme de Sévigné a une autre particularité chère aux mondains : la variété. Dans le but de ne pas ennuyer le lecteur, notre épistolière change rapidement de sujet. Ceci est surtout visible dans les lettres adressées à sa fille, car elle savait que dans une correspondance aussi importante que la leur, la manière de raconter et la variété des sujets traités étaient indispensables pour entretenir un échange dynamique et ainsi ne pas tomber dans la monotonie. Souvent ce changement se fait avec un avertissement de la marquise lorsque le sujet se prolonge : « Je ne veux pas pousser plus loin ce chapitre », « Je hais mortellement à vous parler de tout cela ; pourquoi m’en parlez-vous ? ma plume va comme une étourdie » ou encore un simple « ma basta » (« mais suffit » en italien).

 
Marquise de Sévigné à Grignan dans la Drôme.
 
Madame de Sévigné vers 1670.
 
Château de Grignan, en Drôme provençale, surnommé le "Versailles provençal".

Dans la cultureModifier

Le musée Carnavalet conserve de nombreux objets en rapport avec Mme de Sévigné, sa famille et son époque : portraits, autographes, éléments de mobilier, la pièce la plus importante étant un secrétaire en laque de Chine lui ayant appartenu, provenant du château des Rochers, qui porte les armes dites « d'alliance » des familles de Sévigné et de Rabutin.

Une médaille à l'effigie de Mme de Sévigné a été réalisée par le graveur Raymond Joly en 1976 ; un exemplaire en est conservé au musée Carnavalet (ND 0942).

Une rose (obtenteur Moreau-Robert) porte son nom[46]

Représentations cinématographiquesModifier

Dans Peau d'âne (1970) de Jacques Demy, le héraut annonce « la marquise de Rabutin-Chantal » lors de la séance d’essayage de la bague.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Cf. #Mariage en ce qui concerne la légitimité du titre.
  2. Selon certains, le titre d'Henri de Sévigné serait baron. Ainsi, apprenant le mariage d'Henri et de Marie, le généalogiste Guy Autret de Missirien écrit-il à son confrère Pierre d'Hozier : « Je me réjouis de la bonne rencontre du baron de Sévigné… » Cité par Roger Duchêne, Madame de Sévigné, op. cit., p. 90. « La jeune fille épousa un gentilhomme, le baron (qui depuis peu se faisait donner le titre de marquis) Henri de Sévigné. » Alain Viala, in Laffont, Bompiani, Le Nouveau Dictionnaire des auteurs, coll. « Bouquins », Laffont, 1994, t. III, p. 2950. « Lorsque Henri de Sévigné parut à la Cour, il ne prit pas le titre de baron, peu en usage au XVIIe siècle, et il n'eut garde de se dire chevalier banneret, qualification que les Parisiens auraient trouvée provinciale et « gothique ». Conformément à un usage très répandu dès cette époque, il s'octroya le titre de marquis. Il ne demanda point au Roi une confirmation légale qui aurait été vraisemblablement refusée. » Henri Bourde de La Rogerie, cité in « La terre patrimoniale : Sévigné » sur infobretagne.com. Madame de Sévigné, quand elle écrit à sa fille, appelle parfois son fils « le Baron » (lettre du 16 juin 1677) ; et Roger Duchêne l'explique ainsi en note : « C'est son vrai titre. Mme de Sévigné n'est marquise que par façon de dire. » Roger Duchêne, in Madame de Sévigné, Lettres choisies, op. cit., p. 339, note 14. Mais le spécialiste de madame de Sévigné va changer d'avis sur ce point : quatorze ans plus tard (en 2002), il affirme que la famille était « sans titre nobiliaire français » : Henri n'était ni baron ni marquis. Roger Duchêne, Madame de Sévigné, op. cit., p. 96.

RéférencesModifier

  1. « Extrait du registre des baptèmes [sic] de la paroisse de Saint-Paul, pour l’année 1626 » In : Jules Antoine Taschereau : Revue rétrospective, ou bibliothèque historique contenant des mémoires et documents authentiques inédits et originiaux …, Paris, H. Fournier Aîné, 1834, p. 310.
  2. Le petit livre de Paris, éd. du Chêne, Paris, 2013, p. 60.
  3. Charles Le Normand, seigneur de Beaumont, premier maître d'hôtel (en 1624), meurt en 1630.
  4. « Vendredi 6e jour, fut baptisée Marie, fille de messire Celse Bénigne de Rabutin, baron de Chantal, et de dame Marie de Coulanges, place Royale : parrain messire Charles Le Normand, seigneur de Beaumont, maître de camp d’un vieux régiment, gouverneur de La Fère et premier maître d’hôtel du Roi ; marraine, dame Marie de Bèze, femme de messire Philippe de Coulanges, conseiller du Roi en ses conseils d’État et privé. »
  5. M. Suard, Notice sur Madame de Sévigné, Paris, Librairie de Firmin Didot frères, .
  6. Donald R. Hopkins, The greatest killer : smallpox in history, Chicago et Londres, University of Chicago Press, 2002, p. 37.
  7. « Madame de Sévigné et notre département », article de Denise Ruffin paru dans la revue Images de Saône-et-Loire, juin 1996, no 105, p. 3-6.
  8. Jacques Bourgeat, Mille et un petits faits vrais, Hachette, 1966, p. 236.
  9. Voir lettre à Bussy-Rabutin du 4 décembre 1668. La famille est maintenue dans sa noblesse lors de la Réformation, le 7 novembre 1670. Roger Duchêne, in Madame de Sévigné, Lettres choisies, coll. « Folio classique », Gallimard, 1988, p. 316, note 5.
  10. Michel de Mauny, Le Château des Rochers et Madame de Sévigné, Y. Floc'h, , p. 21
  11. Roger Duchêne, Madame de Sévigné, Fayard, 2002, p. 96.
  12. « Ces désignations, ajoute Roger Duchêne, comptaient peu chez les gens de qualité du moment qu'on était reconnu de bonne et ancienne maison. Dans la noblesse d'épée, la seule ligne de partage passait entre les ducs et tous les autres. » Roger Duchêne, Madame de Sévigné, op. cit., p. 96.
  13. Hélène Merlin-Kajman, « Un nouveau XVIIe siècle », Revue d'histoire littéraire de la France, vol. 105, no 1,‎ , p. 11 (ISSN 0035-2411 et 2105-2689, DOI 10.3917/rhlf.051.0011, lire en ligne, consulté le 6 décembre 2019)
  14. Constance Cartmill (dir.), Dans les miroirs de l’écriture : La réflexivité chez les femmes écrivains d’Ancien Régime, Montréal, Département d’études françaises, coll. « Paragraphes », , 171 p. (ISBN 2-921447-10-X), « Inventions du moi à l’âge classique : Sévigné et Bussy-Rabutin », p. 123
  15. Constance Cartmill (dir.), Dans les miroirs de l’écriture : La réflexivité chez les femmes écrivains d’Ancien Régime, Montréal, Département d’études françaises, , 171 p. (ISBN 2-921447-10-X), « Inventions du moi à l’âge classique : Sévigné et Bussy-Rabutin », p. 122
  16. Constance Cartmill (dir.), Dans les miroirs de l’écriture : La réflexivité chez les femmes écrivains d’Ancien Régime, Montréal, Département d’études françaises, coll. « Paragraphes », , 171 p. (ISBN 2-921447-10-X), « Inventions du moi à l’âge classique : Sévigné et Bussy-Rabutin », p. 121
  17. Nathalie Freidel, La Conquête de l’intime, Paris, Honoré Champion, coll. « Lumière classique », , 732 p. (ISBN 978-2-7453-2005-6), p. 525-526
  18. Roger Duchêne, Écrire au temps de Mme de Sévigné : Lettres et texte littéraire, Paris, Librairie philosophique J. Vrin, coll. « Essais d'art et de philosophie », , 242 p. (ISBN 2-7116-0219-2), p. 71-72
  19. Bernard Bray, Épistoliers de l’âge classique : L’art de la correspondance chez Mme de Sévigné et quelques prédécesseurs, contemporains et héritiers, Reutlingen, Gunter Narr Verlag Tübingen, coll. « Études littéraires françaises », , 504 p. (ISBN 978-3-8233-6280-7), p. 283
  20. Bernard Bray, Épistoliers de l’âge classique : L’art de la correspondance chez Mme de Sévigné et quelques prédécesseurs, contemporains et héritiers, Reutlingen, Gunter Narr Verlag Tübingen, coll. « Études littéraires françaises », , 504 p. (ISBN 978-3-8233-6280-7), p. 286
  21. Bernard Bray, Épistoliers de l’âge classique : L’art de la correspondance chez Mme de Sévigné et quelques prédécesseurs, contemporains et héritiers, Reutlingen, Gunter Narr Verlag Tübingen, coll. « Études littéraires françaises », , 504 p. (ISBN 978-3-8233-6280-7), p. 287
  22. Isabelle Landy-Houillon (dir.), Lettre et réflexion morale : La lettre, miroir de l’âme, Paris, Klincksieck, , 195 p. (ISBN 2-252-03242-1), « Réflexion et art de plaire. Quelques modalités de fonctionnement dans les lettres de Mme de Sévigné », p. 34
  23. Odile Richard-Pauchet (dir.), La première année de correspondance entre Mme de Sévigné et Mme de Grignan, Paris, Classiques Garnier, coll. « Correspondances et mémoires », , 339 p. (ISBN 978-2-8124-0791-8), « Richesse créative et attitude auctoriale de Mme de Sévigné », p. 61
  24. Odile Richard-Pauchet (dir.), La première année de correspondance entre Mme de Sévigné et Mme de Grignan, Paris, Classiques Garniers, coll. « Correspondances et mémoires », , 339 p. (ISBN 978-2-8124-0791-8), p. 71
  25. Nathalie Freidel (dir.), Femmes, rhétorique et éloquence sous l’Ancien Régime, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, coll. « L'école du genre », , 419 p. (ISBN 978-2-86272-608-3), « “Est-il possible, ma fille, que j’écrive bien?": présence et absence de la rhétorique dans la correspondance de Mme de Sévigné », p. 218
  26. Constance Cartmill (dir.), Dans les miroirs de l’écriture : La réflexivité chez les femmes écrivains d’Ancien Régime, Montréal, Département d’études françaises, , 171 p. (ISBN 2-921447-10-X), « Inventions du moi à l’âge classique : Sévigné et Bussy-Rabutin », p. 117-118
  27. Roger Duchêne, Chère Madame de Sévigné, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard Littératures », , 112 p. (ISBN 2-07-053318-2), p. 52
  28. Roger Duchêne, Naissances d'un écrivain: Madame de Sévigné, Paris, Fayard, , 356 p. (ISBN 2-213-59649-2), p. 58
  29. a b et c Marie – Noëlle Huet, Maternité, identité, écriture : discours de mères dans la littérature des femmes de l'extrême contemporain en France, Université du Québec à Montréal (thèse de doctorat en études littéraires), 2018, 413 p.
  30. Marie - Magdeleine Lessana, Entre mère et fille: un ravage, Paris, Hachette, coll. « Pluriel », , 403 p. (ISBN 978-2-01-270533-3), p. 23 - 115
  31. Marie - Magdeleine Lessana, Entre mère et fille: un ravage, Paris, Hachette, coll. « Pluriel », , 403 p. (ISBN 978-2-01-270533-3), p. 109
  32. Sylvie Dreyfus - Asséo (dir.), Jacques André (dir.), Hélène David, Dominique Guyomard, Caroline Thompson et Mi-Kyung Yi, La folie maternelle ordinaire, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Petite bibliothèque de psychanalyse », , 129 p. (ISBN 2-13-055404-0), p. 47
  33. Anne Dufourmantelle (préf. Charlotte Casiraghi), La Femme et le Sacrifice : D'Antigone à la femme d'à côté, Paris, Denoël, coll. « Empreinte », , 364 p. (ISBN 978-2-207-14300-1), p. 335
  34. Anne Dufourmantelle (préf. Charlotte Casiraghi), La Femme et le Sacrifice : D'Antigone à la femme d'à côté, Paris, Denoël, coll. « Empreinte », , 364 p. (ISBN 978-2-207-14300-1), p. 348
  35. a b c et d Joseph Adolphe Aubenas, Histoire de Madame de Sévigné, de sa famille et de ses amis, Paris, A. Allouard Libraire,
  36. Bertrand Landry, « Service, sociabilité et maternité : les amies de Madame de Sévigné », Portail du 17e siècle,‎ (lire en ligne)
  37. Denise Mayer, Une amitié parisienne au grand siècle : Mme de La Fayette et Mme de Sévigné, 1648-1693, Paris, Biblio 17,
  38. Albert Gauvin, « Madame de La Fayette et Madame de Sévigné : deux femmes de lettres au XVIIe siècle », Les personnages féminins chez Sollers,‎ (lire en ligne)
  39. Jean Cordelier, Mme de Sévigné par elle-même, Paris, Éditions du Seuil, , 192 p.
  40. (en) Tess Cosslet, Woman to Woman : Female Friendship in Victorian Fiction, New Jersey, Humanities Pour,
  41. a b c d et e « La marquise introuvable », La Lettre de la Pléiade, no 8,‎ (lire en ligne)
  42. a b et c Bernard Bray, « Quelques aspects du système épistolaire de Mme de Sévigné », Revue d'histoire littéraire de France, nos 3/4,‎ , p. 491-505
  43. a b et c Driss Aïssaoui, « Une poétique de l'hybride : Madame de Sévigné, épistolière ou diariste? », Australian Journal of French Studies, vol. 49, no 1,‎ , p. 80-99
  44. a b et c Edouard Pilastre, Petit glossaire des lettres de Madame de Sévigné, Fontainebleau, Maurice Bourges, , 90 p.
  45. Janet Gurkin Altman, « Espace public, espace privé : la politique de la publication des lettres sous l'Ancien Régime », Revue belge de philologie et d'histoire, vol. 7, no 3,‎ , p. 607-623
  46. Madame de Sévigné.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Anne Bernet, Madame de Sévigné, mère passion, Paris, Perrin, .
  • Sonia Branca-Rosoff et Jean-Marie Fournier, Les caprices de Mme de Sévigné : une épistolière sourde aux prescriptions?, Paris, Champion, 2011.
  • Bernard Braye, Quelques aspects du système épistolaire de Mme de Sévigné, Paris, jstor, 1969.
  • Jean-Marie Bruson, L'abécédaire de Madame de Sévigné et le Grand Siècle, Paris, Flammarion, .
  • Jean Choleau, Le grand cœur de Madame de Sévigné, Paris, Vitré, Unaviez Arvor, .
  • Benedetta Craveri, L’âge de la conversation, Paris, Gallimard, .
  • Dictionnaire Louis XIV, sous la dir. de Lucien Bély, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2015, 1 405 p.
  • Roger Duchêne, Madame de Sévigné, Paris, Éditions Desclée de Brouwer, coll. « Les écrivains devant Dieu », .
  • Roger Duchêne, Madame de Sévigné ou La chance d’être femme, Paris, Fayard, .
  • Roger Duchêne, Chère Madame de Sévigné, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes », .
  • Roger Duchêne, Naissance d’un écrivain : Madame de Sévigné, Paris, Fayard, .
  • Anne Forray-Carlier et Jean-Marie Bruson, Madame de Sévigné, Paris, Paris-Musées et Flammarion, .
  • Nathalie Freidel, La conquête de l'intime : public et privé dans la Correspondance de Madame de Sévigné, Paris, Honoré Champion, .
  • Cécile Lignereux, La déformalisation du dialogue épistolaire dans les lettres de Mme de Sévigné, Littératures classiques, 2010.
  • Cécile Lignereux, A l'origine du savoir-faire épistolaire de Mme de Sévigné, Paris, Presses Universitaires de France, 2012.
  • Fritz Nies, Les lettres de Madame de Sévigné : conventions du genre et sociologie des publics, Paris, Honoré Champion,

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Sur les autres projets Wikimedia :