Conversion forcée

persécution religieuse
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Une conversion forcée est une conversion religieuse, l'adoption d'une religion différente, réalisée sous contrainte. L'abandon forcé de toute religion, ou « conversion forcée à l'athéisme », relève du même.

Il s'agit d'une forme de persécution religieuse. Une conversion forcée peut concerner une personne seule ou un groupe de personnes, voire un peuple entier. La contrainte peut être exercée par une personne seule, un groupe politique, religieux ou un État.

La ou les personnes faisant l'objet d'une conversion forcée, qu'il s'agisse d'une conversion à une religion nouvelle ou à l'athéisme, peuvent embrasser pleinement leur nouvelle religion, ou au contraire poursuivre la pratique des rites et coutumes prétendûment abandonnés, tout en se conduisant comme de véritables convertis. Le crypto-judaïsme, le crypto-christianisme (en), le crypto-islamisme (en) ou le crypto-paganisme (en) constituent parfois des exemples historiques de ce second cas.

Conversion forcée dans le catholicismeModifier

À la suite de la Reconquista en Espagne, à la fin du XVe siècle, les Juifs et les musulmans se virent dans l'obligation de se convertir au catholicisme sous peine d'être jetés au bûcher :«  le baptême ou la mort ». Parmi ces conversos, nombreux furent ceux qui continuèrent à pratiquer leur religion en secret. Surnommés péjorativement les « marranes » (ce qui signifie « porcs »), ils furent persécutés par l'Inquisition[1].

Depuis le XIXè siècleModifier

Au XIXe siècle, l'Église catholique eut à redéfinir la validité du baptême administré sous la contrainte, ou sans l'accord de la famille, dans le cadre des affaires Montel et Mortara. Une situation analogue se présenta au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avec l'affaire Finaly.

Depuis la seconde moitié du XXe siècle, l'Église catholique ne reconnaît plus ce type de baptême. Ce sacrement n'a de valeur que s'il est choisi librement, soit par le baptisé lui-même s'il est majeur, soit à la demande des parents dans le cas d'un mineur.

Conversion forcée dans l'islamModifier

Bien que le verset coranique indique « Nulle contrainte en religion »[2], les non musulmans de pays de l'islam furent souvent obligés de se convertir pour éviter les persécutions vécues par les dhimmis, ces « protégés » soumis et souvent humiliés de l'islam[3],[4]. Ainsi l'historien égyptien Ibn al-Qifti au XIIIe siècle, qui cite Maïmonide dans son livre Ta'rij al-hukamà' indique :

« Quant à Abd al-Mu'min ibn Alï al-Qûmi, le berbère qui conquit le Maghreb, il décréta, dans le pays où il régnait, l'expulsion des juifs et des chrétiens ; il leur fixa des délais et précisa que ceux qui se convertiraient à l'Islam pourraient conserver leurs moyens de subsistance, où qu'ils résidassent. Mais ceux qui continueraient à pratiquer la religion de leur communauté devraient, soit quitter le pays avant le terme fixé, soit, passé ce délai, devenir sujets du sultan, exposés à la mort et à la perte de leurs biens. (...) Au moment de la promulgation de ce décret, ceux qui avaient peu de biens et une petite famille, partirent, mais ceux qui avaient de grandes possessions et ne voulaient pas se séparer de leur famille firent mine de se convertir à l'Islam et dissimulèrent leur condition d'infidèles »[5],[4].

Une des occurrences notables de conversion forcée à l'islam eut lieu lors des événements sanglants de Allahdad (la Justice divine) en 1839 pour plus de 400 Juifs de Mashhad, dans la région du Grand Khorasan en Iran, auxquels on ne laissa aucun choix et qui devinrent des marranes crypto-juifs pendant plus d'un siècle avant d'émigrer pour fuir une constante hostilité[6],[7],[8].

.LittératureModifier

  • Dušan T. Bataković, Histoire du peuple serbe, L'Age D'Homme, (lire en ligne)

Voir aussiModifier

Notes et référencesModifier

  1. Jean-Claude Hazera, « Isabelle de Castille, reine polémique », sur Les Echos, (consulté le 17 décembre 2019)
  2. Coran 2:256
  3. G. Bensoussan & P. Fenton, « Juifs en terres arabes - Cours n° 2/7 : Les conversions forcées des juifs à l'islam, actualité Juifs en terres arabes », sur www.akadem.org, (consulté le 17 décembre 2019) : « 1) Conversion et mise à l'écart - Situation précaire sous les Almohades 2) Face aux présomptions d'insincérité - Piété remise en cause 3) Défense des savants néo-musulmans - Musulmans fidèles et pieux 4) Algérie, Tunisie, conversions collectives et témoignages »
  4. a et b Mercedes García-Arenal, « Rapports entre les groupes dans la péninsule Ibérique. La conversion de juifs à l'islam (XIIe-XIIIe siècles) », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, vol. 63, no 1,‎ , p. 91–101 (DOI 10.3406/remmm.1992.1541, lire en ligne, consulté le 17 décembre 2019)
  5. J. Targarona Borras, Caria a losjudios del Yemen y Caria a losjudios de Montpellier, Barcelone, 1987, p. 40.
  6. (en) Daniel Tsadik, Between foreigners and Shi'is : nineteenth-century Iran and its Jewish minority, Stanford, Calif, Stanford University Press, coll. « Stanford studies in Jewish history and culture », (ISBN 978-0-804-75458-3), p. 35.
  7. Narrative of a mission to Bokhara, in the years 1843-1845, to ascertain the fate of Colonel Stoddart and Captain Conolly, page 147, London, J.W. Parker, 1845.
  8. Patai, Raphael, (1997).Jadid al-Islam : The Jewish "New Muslims" of Mashhad. Detroit : Wayne State University Press (ISBN 0-8143-2652-8)