Noblesse de robe

Dans la France de l'Ancien Régime, la noblesse de robe rassemble tous les nobles qui occupent des fonctions de gouvernement, principalement dans la justice et les finances. Ces personnes doivent, notamment dans le cas des juristes, avoir fait des études universitaires et donc revêtir la robe ou toge des diplômés de l'université. Ils sont surnommés robins, hommes de robe, et le groupe noble qu'ils forment « noblesse de robe ».

Origine de l'expressionModifier

La première occurrence apparait au début du XVIIe siècle[1], vraisemblablement sous la plume d'Etienne Pasquier[2]. Elle témoigne, selon les historiens[3], de la consécration d'une division des tâches entre les robins, chargés des missions administratives ou judiciaires, et les nobles de type traditionnel, dont le prestige et la légitimité reposent sur l'exercice des fonctions militaires ou diplomatiques.

Opposition avec la noblesse d'épéeModifier

L'expression de « noblesse de robe » s'oppose à celle de « noblesse d'épée », c'est-à-dire aux nobles occupant les fonctions traditionnelles (militaires ou diplomatiques) de leur groupe social. Souvent, on rattache la noblesse de robe à la noblesse créée depuis le XVIIe siècle, et la noblesse d'épée à la noblesse d'extraction (c'est-à-dire sans trace d'anoblissement connu), mais ce rattachement est parfois abusif.

Jusqu'à la fin de l'Ancien régime, le statut symbolique des charges de la noblesse de robe fut en France toujours inférieur à celui de la noblesse d'épée[4]. L'opposition entre noblesse de robe et noblesse d'épée n'est pas toutefois tranchée et il n'est pas rare de voir le fils cadet d'un noble de robe entrer dans l'armée quand son frère aîné succède à l'office paternel. Certaines familles de robe ont réussi à s'agréger à la noblesse d'épée et en ont adopté le comportement. Le comportement du maréchal de Belle-Île, descendant du célèbre Fouquet, est à cet égard particulièrement éloquent. A contrario, on rencontre, dans les cités flamandes par exemple, des familles patriciennes ayant quitté leur état de chevalerie pour s'adonner au négoce, et anoblies formellement par l'acquisition d'offices à partir du XVIIe siècle.

Titre de noblesseModifier

Dans sa majeure partie, la noblesse de robe est constituée de descendants de personnes qui ont acquis à titre onéreux un office anoblissant dans les finances ou la justice. Ces offices, ou charges, sont en pratique transmissibles et vendables librement, même si cela n'a été officialisé qu'en 1604 par l'édit de la Paulette. Cette transmission des offices, souvent de père en fils, favorise une conscience de groupe très forte. Ainsi, les membres des parlements, l'élite de la noblesse de robe, bien que souvent nobles de longue date, revendiquent hautement leur place dans l'État face à la noblesse d'épée.

Si à l'origine la noblesse de robe est assez accessible grâce à la vénalité des offices, elle a tendance à se fermer à partir du XVIIe siècle, les descendants d'anoblis refusant l'entrée de roturiers dans leur groupe. Les créations massives d'offices effectuées par la monarchie, toujours à la recherche de rentrées d'argent, ont fait naître des protestations du côté de la noblesse de robe.

Parmi les illustres familles de la noblesse de robe subsistant de nos jours, on peut citer les familles de Montesquieu, d'Ormesson, de Nicolaï, de Maupeou, de Francqueville, de Lanafoërt, de Doat, de Sabail, etc.

Remarque connexeModifier

La noblesse de robe ne doit pas être confondue avec la noblesse de cloche qui fait référence aux anoblis et aux nobles titulaires de fonctions municipales dans certaines villes du royaume — on songe ainsi aux capitouls de Toulouse ou aux échevins de Paris.

Thèse de Lucien GoldmannModifier

Lucien Goldmann, dans le chapitre VI de son livre Le Dieu caché, chapitre intitulé « Jansénisme et noblesse de robe », défend la thèse selon laquelle le jansénisme serait l'idéologie de la noblesse de robe. René Pommier, dans son article Jansénisme et noblesse de robe ?, conteste cette thèse en donnant quatre objections fondamentales. La thèse de Lucien Goldmann est que le jansénisme est l'expression d'un mécontentement face à la monarchie centralisatrice. Face à la hausse de pouvoir des commissaires royaux au détriment des officiers (de recrutement bourgeois), ces derniers auraient pratiqué un « retrait critique du monde » de plus en plus contestataire. René Taveneaux modère la vision de Goldmann influencée par le marxisme et préfère parler de « terrain de rencontre » entre jansénisme et bourgeoisie, arguant que le bourgeois est un homme libre sous l'Ancien Régime, détaché de la hiérarchie seigneuriale, et que cette situation favorable à l'individualisme a pu, chez certains, s'associer facilement avec la morale janséniste, qui préfère l'épanouissement de la vie intérieure aux fastes de la liturgie tridentine, et une réforme morale exigeante plutôt qu'une distribution trop accessible des sacrements. L'assise essentiellement urbaine du jansénisme permet également cette rencontre entre jansénisme et bourgeoisie parlementaire.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

RéférencesModifier

  1. Rey 1998, p. 2378
  2. Cremer 1999, p. 22
  3. Jouanna 1991, p. 130
  4. Horowski 2019, p. 62

SourcesModifier

  • Albert Cremer, "La genèse de la notion de noblesse de robe", in Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 46, n°1, Janvier-mars 1999, p. 22-38.
  • Leonhard Horowski, Au cœur du palais. Pouvoir et carrières à la cour de France, 1661-1789, trad. de Serge Niémetz, Presses universitaires de Rennes/Centre de recherche du château de Versailles, Rennes/Versailles, coll. "Histoire", 2019
  • Arlette Jouanna, Des "gros et gras" aux "gens d'honneur", in Guy Chaussinand-Nogaret (dir.), Histoire des élites en France du XVIe au XXe siècle, Tallandier, coll. "Pluriel", Paris, 1991, p. 17-141.
  • Alain Rey (dir.), Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, Paris, 1998.
  • Dominique Vallaud, Dictionnaire historique, (1995).

BibliographieModifier

  • Lucien Goldmann, Le Dieu caché. Étude sur la vision tragique dans les Pensées de Pascal et dans le théâtre de Racine, Gallimard, Paris, 1955. (ISBN 978-2070295500)
  • René Pommier, Jansénisme et noblesse de robe?, in Papers on French Seventeenth Century Literature, 1995, n° 43, repris dans Études sur le dix-septième siècle, Eurédit, 2006.

Voir aussiModifier

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