Homme au masque de fer

L'un des prisonniers les plus fameux de l'histoire française

L’homme au masque de fer est l'un des prisonniers les plus fameux de l'histoire française. Le mystère entourant son existence, ainsi que les différents films et romans dont il a fait l'objet, n'ont cessé d'alimenter les imaginations.

Homme au masque de fer
Image dans Infobox.
L'homme au masque de fer, gravure anonyme, 1789.
Selon l'affirmation contenue dans la légende de cette gravure — qui relève vraisemblablement de la propagande révolutionnaire — l'Homme au masque de fer ne serait autre que Louis de Bourbon, comte de Vermandois, fils illégitime de Louis XIV[note 1].
Biographie
Décès
Nom dans la langue maternelle
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Activité

Le point de départ de l'affaire est la mort, le à la Bastille, au terme d'une longue captivité, d'un prisonnier dont nul ne connaissait le nom ni le motif de l'incarcération. Il aurait été enterré dans le cimetière de l'église Saint-Paul sous le nom de Marchiali, bien que d'autres sources indiquent les noms de Marchioly, ou Marchialy et avec une fausse indication d'âge[1]. Sur cette base, l'histoire a été considérablement amplifiée, la légende y a ajouté force détails, et la politique s'en est emparée, l'homme au masque de fer devenant, sous la plume de Voltaire, un symbole de l'absolutisme monarchique[2].

Les Archives nationales de France ont mis sur leur site web officiel les données relatives à une très importante découverte : les inventaires des biens et des papiers du geôlier de l’homme au masque de fer (l’un fait à la Bastille en 1708, l’autre fait en la citadelle de l’île Sainte-Marguerite en 1691, à proximité du prisonnier masqué, dont le notaire décrit la première cellule). Ces documents (64 et 68 pages), qui avaient été cherchés sans succès depuis plus d’un siècle, et que l’on croyait perdus, n’ont été découverts qu’en 2015, au sein des 100 millions de documents du Minutier central des notaires[3],[4].

Les faits historiquesModifier

 
Mémoires secrets pour servir à l'histoire de Perse, 1745.

Une mention qui ait été faite du prisonnier au masque de fer se trouve dans un petit livre anonyme : Mémoires secrets pour servir à l'histoire de Perse (Amsterdam, 1745, in-12), qui n'est qu'une satire des intrigues politiques et galantes de la cour de Louis XIV, sous des noms persans. On y raconte une visite du régent à un prisonnier d'État masqué. Ce prisonnier, transféré de la citadelle d'Ormus (îles Sainte-Marguerite) dans celle d'Ispahan (la Bastille), n'est autre que le comte de Vermandois, fils de Louis XIV et Louise de La Vallière, incarcéré pour avoir donné un soufflet au dauphin, et qu'on avait fait passer pour mort de la peste. « Le commandant de la citadelle d'Ormus, disent ces Mémoires, traitait son prisonnier avec le plus profond respect ; il le servait lui-même et prenait les plats à la porte de l'appartement des mains des cuisiniers, dont aucun n'avait jamais vu le visage de Giafer (le comte de Vermandois). Le prince s'avisa un jour de graver son nom sur le dos d'une assiette avec la pointe d'un couteau. Un esclave, entre les mains de qui tomba cette assiette, crut faire sa cour en la portant au commandant, et se flatta d'en être récompensé ; mais ce malheureux fut trompé dans son espérance, et l'on s'en défit sur-le-champ, afin d'ensevelir avec lui un secret d'une si grande importance. Giafer resta plusieurs années dans la citadelle d'Ormus. On ne la lui fit quitter, pour le transférer dans celle d'Is-pahan, que lorsque Cha-Abbas (Louis XIV), en reconnaissance de la fidélité du commandant, lui donna le gouvernement de celle d'Is-pahan qui vint à vaquer. On prenait la précaution, autant à Ormus qu'à Ispahan, de faire mettre un masque au prince lorsque, pour cause de maladie ou pour tout autre sujet, on était obligé de l'exposer à la vue. Plusieurs personnes dignes de foi ont affirmé avoir vu plus d'une fois ce prisonnier masqué, et ont rapporté qu'il tutoyait le gouverneur qui, au contraire, lui rendait des respects infinis. »[5]

C'est Voltaire qui va lancer la légende en consacrant à l'« homme au masque de fer » une partie du chapitre XXV du Siècle de Louis XIV publié en 1751. Affirmant que le personnage a été arrêté en 1661, année de la mort de Mazarin, il est le premier à mentionner le détail, propre à exciter l'imagination, du « masque dont la mentonnière avait des ressorts d'acier qui lui laissaient la liberté de manger avec le masque sur le visage » en ajoutant : « On avait ordre de le tuer s'il se découvrait. » Il affirme également que le prisonnier était traité avec des égards extraordinaires, qu'on faisait de la musique dans sa cellule et que « son plus grand goût était pour le linge d'une finesse extraordinaire et pour les dentelles. » En 1752, la réédition du Siècle de Louis XIV ajoute l'anecdote de l'assiette d'argent sur laquelle le prisonnier inscrit son nom et qu'il lance par la fenêtre de la prison ; retrouvée par un pêcheur illettré, ce dernier l'aurait rapportée au gouverneur qui lui aurait dit, après s'être assuré qu'il n'avait pu déchiffrer l'inscription : « Allez, vous êtes bien heureux de ne pas savoir lire. »

Trente-quatre ans de détentionModifier

 
Acte d'écrou de l'homme au masque de fer. Extrait du registre des entrées et sorties de la Bastille en date du 18 septembre 1698.

En 1769, dans son Traité des différentes sortes de preuves qui servent à établir la vérité dans l'histoire, le père Griffet (1698-1771) donnait les précisions suivantes :

« Le souvenir du prisonnier masqué s'était conservé parmi les officiers, soldats et domestiques de cette prison, et nombre de témoins oculaires l'avaient vu passer dans la cour pour se rendre à la messe. Dès qu'il fut mort, on avait brûlé généralement tout ce qui était à son usage comme linge, habits, matelas, couvertures ; on avait regratté et blanchi les murailles de sa chambre, changé les carreaux et fait disparaître les traces de son séjour, de peur qu'il n'eût caché quelques billets ou quelque marque qui eût fait connaître son nom. »

Plus d'une cinquantaine d'hypothèses ont été formulées, prétendant livrer l'identité du mystérieux détenu. Certains ont suggéré qu'il s'agissait du duc de Beaufort, cousin germain de Louis XIV, un prince bouillonnant qui participa à plusieurs conspirations contre Richelieu et Mazarin, et qui fut l'un des chefs de la Fronde, avant de se réconcilier avec la monarchie. Pendant longtemps toutefois, trois autres théories ont tenu le haut du pavé. La première voit dans l'homme au masque de fer Nicolas Fouquet, le surintendant des finances, tombé en disgrâce pour avoir osé défier le Roi-Soleil par sa richesse et ses prévarications. Une deuxième hypothèse séduisante concerne le comte Ercole Mattioli, un juriste ambitieux devenu secrétaire d'État du duc de Mantoue. L'hypothèse la plus célèbre reste celle d'un supposé frère clandestin du roi, avancée par Voltaire au XVIIIe siècle. Bien qu'aucune preuve historique ne vienne l'étayer, elle s'appuie sur des faits réels[6].

 
La ville de Pignerol.
 
Le fort d'Exilles, plan-relief de 1695 (échelle 1/600e). Ce fort a été détruit vers 1800 ; la version actuelle du fort, différente, a été construite entre 1818 et 1829.
 
Prison du masque de fer sur l'île Sainte-Marguerite.

Interrogations autour du port du masqueModifier

Des scientifiques ont par ailleurs expliqué qu'il n'a pas pu porter ce masque constamment pour la bonne et simple raison qu'il aurait entraîné des maladies, comme une septicémie[7].

Encore le port d'un masque n'est-il véritablement avéré qu'en 1698, lors du transfert à la Bastille : il est mentionné dans le registre de Du Junca (voir ci-dessus) ainsi que dans un récit (publié dans l’Année littéraire le ) de l'étape de Saint-Mars dans son château de Palteau, faite par son petit-neveu :

« En 1698, écrit M. de Palteau, M. de Saint-Mars passa du gouvernement des Isles Sainte-Marguerite à celui de la Bastille. En venant en prendre possession, il séjourna avec son prisonnier à sa terre de Palteau. L'homme au masque arriva dans une litière qui précédait celle de M. de Saint-Mars ; ils étoient accompagnés de plusieurs gens à cheval. Les paysans allèrent au-devant de leur seigneur ; M. de Saint-Mars mangea avec son prisonnier, qui avait le dos opposé aux croisées de la salle à manger qui donnent sur la cour ; les paysans que j'ai interrogés ne purent voir s'il mangeait avec son masque ; mais ils observèrent très bien que M. de Saint-Mars, qui était à table vis-à-vis de lui, avoit deux pistolets à côté de son assiette. Ils n'avaient pour les servir qu'un seul valet-de-chambre, qui allait chercher les plats qu'on lui apportait dans l'anti-chambre, fermant soigneusement sur lui la porte de la salle à manger. Lorsque le prisonnier traversait la cour, il avoit toujours son masque noir sur le visage ; les paysans remarquèrent qu'on lui voyait les dents et les lèvres, qu'il était grand et avait les cheveux blancs. M. de Saint-Mars coucha dans un lit qu'on lui avait dressé auprès de celui de l'homme au masque. »

Qui connaissait le secret du masque de fer après 1703 ?Modifier

Selon Émile Laloy, auteur du livre Le Masque de fer : Jacques Stuart de la Cloche, l'Abbe Prignani ; Roux de Marsilly (1913), Louis XV est le dernier roi connaissant ce secret :

« Louis XV est le dernier roi auquel la légende attribue la connaissance de ce grand secret : Louis XVI l'ignorait complètement ; son premier ministre, Malesherbes, fit faire des recherches dans les archives de la Bastille pour l'élucider ; Chevalier, major de cette prison, en envoya le 19 novembre 1775 le résultat au ministre : il n'avait rien trouvé au-delà de ce qu'on savait déjà.

D'après une tradition communiquée par Mme d'Abrantès à Paul Lacroix, Napoléon aurait désiré vivement connaître le secret de l'énigme. Il ordonna des recherches qui restèrent sans résultat ; ce fut en vain que pendant plusieurs années le secrétaire de M. de Talleyrand fureta dans les archives des Affaires étrangères et que M. le duc de Bassano appliqua toutes les lumières de son esprit judicieux à éclaircir les abords de ce ténébreux mystère historique. »

Selon l'historien Emmanuel Pénicaut dans sa biographie de Michel Chamillart (Faveur et pouvoir au tournant du Grand Siècle : Michel Chamillart, ministre et secrétaire d'Etat de la guerre de Louis XIV), « une tradition familiale veut que le secret ait été transmis de père en fils dans la famille Chamillart jusqu'à la mort du dernier porteur du nom, Lionel Chamillart, en 1926. »

Les interprétationsModifier

Un frère jumeau de Louis XIVModifier

La thèse de Voltaire, progressivement complétée et dévoilée, des éditions successives du Siècle de Louis XIV et de son Supplément (1751, 1752, 1753) à la Suite de l'Essai sur l'Histoire générale (1763) et aux Questions sur l'Encyclopédie (1770 et 1771) est que l'homme au masque de fer aurait été un frère jumeau de Louis XIV et, pour ajouter encore au piment de l'histoire, un frère aîné[8].

Marcel Pagnol, s'appuyant notamment sur les circonstances de la naissance de Louis XIV, affirme que le Masque de fer serait bien un jumeau mais né en second, soit le cadet, et qui aurait été dissimulé pour éviter toute contestation sur le titulaire du trône[9]. Or, selon Marcel Pagnol, juste après la naissance du futur Louis XIV, Louis XIII entraîne toute la cour à la chapelle du château de Saint-Germain pour célébrer en grande pompe un Te Deum[10].

À l'appui également de la thèse d'un jumeau de Louis XIV, l'examen attentif de la généalogie des rois de France fait apparaître de multiples naissances gémellaires, tant chez les Capétiens, que les Valois, les Bourbons et enfin les Orléans[11].

Nicolas FouquetModifier

Selon Pierre-Jacques Arrèse (1970)[12], reprenant une thèse de Paul Lacroix (1836), le Masque de fer ne serait autre que le surintendant Nicolas Fouquet, incarcéré à Pignerol en 1665. Se sont ralliés à cette thèse l'écrivain Jean Markale (1989) [13], l'historien de Pignerol Mauro Maria Perrot (1998)[14], et Madeleine Tiollais (2000)[15].

Le lieutenant-général de BulondeModifier

En 1890, un commandant, qui étudiait les campagnes de Catinat, confia au commandant Étienne Bazeries, expert en cryptanalyse pour l'armée française un ensemble de papiers chiffrés. Après trois années d'effort, le chiffre se révélant particulièrement rebelle face aux techniques modernes de déchiffrement, Bazeries affirma avoir « cassé » le code et trouvé, dans une lettre de Louvois à Catinat datée du , la clé de l'énigme du Masque de fer. Le chiffre en question est parfois appelé « Grand Chiffre de Louis XIV » ou, plus simplement, Grand Chiffre[16].

Selon lui, la missive se traduisait ainsi : « Il n'est pas nécessaire que je vous explique avec quel déplaisir Sa Majesté a appris le désordre avec lequel contre votre ordre et sans nécessité Monsieur de Bulonde a pris le parti de lever le siège de Coni puisque Sa Majesté en connaissant mieux que personne les conséquences connait aussi combien est grand le préjudice que l'on recevra de n'avoir pas pris cette place dont il faudra tâcher de se rendre maître pendant l'hiver. Elle désire que vous fassiez arrêter Monsieur de Bulonde et le fassiez conduire à la citadelle de Pignerol où Sa Majesté veut qu'il soit gardé enfermé pendant la nuit dans une chambre de ladite citadelle et le jour ayant la liberté de se promener sur les remparts avec un 330 309 »[16].

Selon lui, le fameux prisonnier aurait donc été Vivien l'Abbé de Bulonde, lieutenant-général de l'armée française. Les faits rapportés sur Bulonde et son insubordination à Coni (en italien Cuneo) sont véridiques. Reste à savoir pourquoi chiffrer un tel ordre, alors que Bulonde était coupable de désobéissance ? Pourquoi le garder au secret, alors que le motif de son arrestation était parfaitement légitime ? Des historiens démontrèrent au demeurant que Bulonde était encore vivant en 1708, cinq ans après la mort du Masque de fer. Des experts militaires du chiffre, sans entrer dans la polémique au sujet du prisonnier, saluèrent le travail de cryptologue de Bazeries[17].

Henri II de GuiseModifier

Camille Bartoli (1977) identifie le masque de fer à Henri II de Guise, Don Juan, aventurier, qui n'hésitait pas devant un duel ou une expédition militaire et rivalisait avec le Roi Soleil par sa démesure et sa splendeur.

MolièreModifier

Dans son livre Molière à Bordeaux vers 1647 et en 1656 avec des considérations nouvelles sur ses fins dernières à Paris en 1673... ou peut-être en 1703, l'écrivain Anatole Loquin émet l'hypothèse invraisemblable que l'homme au masque de fer était en réalité Molière qui ne serait pas mort à la suite de la représentation du Malade imaginaire mais aurait été arrêté à la demande des jésuites qui ne lui avaient pas pardonné Tartuffe[18].

Le principal argument pour Anatole Loquin est que la première biographie concernant Molière date de 1705 soit deux ans après la mort du masque de fer. Il s'agit de La Vie de M. de Molière (1705) par Grimarest. Ainsi Louis XIV aurait attendu que Molière soit réellement mort en 1703 (et non en 1673) pour autoriser la publication d'une biographie de celui-ci. Mais cette thèse est peu probable, les circonstances de la mort de Molière en 1673 n'ayant jamais été remises en cause, et ayant eu lieu devant de nombreux témoins qui n'ont aucune chance d'avoir été acquis à la cause des Jansénistes. Cela ferait également mourir Molière à plus de quatre-vingts ans, alors que son état de santé était ouvertement précaire en 1673, trente ans avant la mort du masque de fer.

Le cas Molière est aussi la thèse défendue par Marcel Diamant-Berger dans C'était l'homme au masque de fer, publié en 1971.

D’ArtagnanModifier

Pour l'historien anglais Roger MacDonald (The Man in the Iron Mask, 2005) le masque de fer serait le mousquetaire d’Artagnan. Blessé à Maastricht en 1673, il aurait été envoyé à Pignerol, le masque de fer lui permettant de ne pas être reconnu par les mousquetaires qui gardaient les prisons.

La preuve serait la qualité du livre Mémoires de M. d'Artagnan écrit par Gatien de Courtilz de Sandras (1644-1712). Celui-ci a passé neuf ans à la Bastille entre 1702 et 1711. Selon Roger MacDonald, d’Artagnan aurait lui-même inspiré ce livre ce qui prouverait qu'il était avec Courtilz de Sandras à la Bastille. Mais le cas échéant né entre 1611 et 1615 il serait mort entre 88 et 92 ans et aurait survécu dans un tel inconfort trente ans à ses blessures.

Un amant de la reineModifier

P.-M. Dijol a émis en 1978 la thèse suivante : Marie-Thérèse d'Autriche (1638-1683) aurait eu une fille adultérine avec un esclave noir, le nain Nabo. Cette fille serait la Mauresse de Moret, une bénédictine qui eut sur le tard la conviction d'être de sang royal, tant elle reçut pendant des années la visite de membres de la famille royale. Saint-Simon parle dans ses mémoires de la Mauresse de Moret, ne donne pas d'explication de ces royales visites mais elles étaient fréquentes à cette époque dans les couvents proches du Louvre[19].

Le nain Nabo a ensuite disparu de la cour royale. P.-M. Dijol en fait le masque de fer[20].

Un noble ou un personnage importantModifier

  • Marcel Pagnol a soutenu que Dauger était un frère jumeau de Louis XIV. Il serait donc né en 1638, et aurait conspiré contre Louis XIV aux côtés d’un certain Roux de Marcilly, puis arrêté en 1669 à la suite de l'exécution de Roux, qui aurait dénoncé son complice sous la torture[9]. Pour Pagnol, Dauger se trouvait en Angleterre pendant la première partie de sa vie et se faisait appeler James de La Cloche[21]. Ce ne serait qu'une fois débarqué en France, à Calais, qu'il aurait été arrêté.
  • Selon Jean-Paul Desprat (Le Secret des Bourbons, 1991) et Hubert Monteilhet (Au royaume des ombres, 2003), le prétendu Dauger aurait été en fait François de Vendôme, duc de Beaufort, capturé (et non tué) au siège de Candie en 1669, puis secrètement livré par les Turcs à la demande de Louis XIV. Le duc, de sang royal par Henri IV, aurait en 1637 pallié l'incapacité de Louis XIII à donner un héritier au trône de France, et aurait été le véritable père de Louis XIV. Mis au courant après la mort de sa mère Anne d'Autriche, le Roi Soleil aurait ainsi fait mettre son probable géniteur au secret afin d'étouffer le scandale et d'éviter toute contestation quant à sa légitimité, tout en n'osant se résoudre à un éventuel parricide. Beaufort, très connu et fort populaire, aurait été tenu au port du masque afin d'éviter qu'on le reconnaisse et que la fable de sa mort devant Candie s'effondre. L'usage du nom de « Dauger » serait un habile écran de fumée mis en place par Louvois afin de brouiller les pistes.

Un valetModifier

  • Selon Andrew Lang (The Valet's Tragedy and Other Stories, 1903), Dauger était en réalité un certain Martin - valet du huguenot Roux de Marsilly qui fut arrêté et condamné à la roue en 1669 - qu'on aurait mis au secret parce qu'il en savait trop sur la conspiration de son maître.
  • Selon John Noone (The Man behind the Iron Mask, 1994) le masque de fer serait une manipulation de Saint-Mars. Ayant perdu dès 1681 ses deux plus importants prisonniers, le Marquis de Puyguilhem (libéré en 1681) et le surintendant Fouquet (mort en 1680), Saint-Mars va faire croire que Dauger est devenu très dangereux car, au contact de Fouquet et Puyguilhem, il aurait appris beaucoup de choses en plus de ses propres secrets.
  • Selon l'historien Jean-Christian Petitfils, le Masque de fer ne serait en fait qu'un simple valet que Saint-Mars aurait masqué afin de faire croire à ses troupes qu'il s'occupait d'un prisonnier d'importance. Cette thèse est considérée comme la plus probable par l'historien Diego Venturino[22].

Œuvres de fiction inspirées par l'histoireModifier

 
Mannequin exposé dans les caves du château de Vaux-le-Vicomte.

Depuis la première moitié du XVIIIe siècle jusqu'à la fin du XXe siècle, l'Homme au masque de fer a fait l'objet de plusieurs milliers de livres et d'articles de presse dont deux cents ouvrages ou articles de fond, trois colloques internationaux lui ont été consacrés, sans compter une vingtaine de romans, sept pièces de théâtre et seize films de cape et d'épée[23].

RomansModifier

Jeux-vidéoModifier

  • Dans le jeu-vidéo Assassin's Creed: Unity, le personnage principal récupère le masque de fer qui aurait appartenu au frère bâtard de Louis XIV, écroué. Il est gardé par une secte mystérieuse, dans une salle secrète.

PoèmesModifier

Bandes-dessinéesModifier

Pièces de théâtreModifier

  • Victor Hugo, Les Jumeaux, drame inachevé, écrit en 1839, publié posthume en 1933
  • Maurice Rostand, Le Masque de fer, pièce en 4 actes en vers, créée à Paris, théâtre Cora-Laparcerie, le

FilmographieModifier

Plusieurs films ont été basés sur l'histoire du Masque de fer, tous exploitant l'hypothèse d'un frère jumeau de Louis XIV et pour la plupart adaptés très librement du Vicomte de Bragelonne :

Deux films s'écartent toutefois de la thèse du frère jumeau de Louis XIV.

Série téléviséeModifier

La série Versailles (saison 3) présente l'homme au masque de fer comme le père naturel de Louis XIV et du duc Philippe d'Orléans.

MangasModifier

  • Dans Berserk, au cours de son incarcération d'un an, Griffith est affublé seulement de son casque en forme de tête de faucon, rappellant ainsi le fameux personnage.
  • Dans le manga One Piece, Sanji, l'un des personnages principaux, a été durant son enfance mis à l'écart de ses jumeaux par son père, le jugeant indigne de son titre de prince. Celui-ci l'a alors enfermé dans un cachot en le munissant du fameux masque de fer.

DocumentaireModifier

En 2008, un documentaire-fiction, intitulé Qui se cachait derrière l'homme au masque de fer ?, lui est consacré dans le cadre de l'émission Secrets d'Histoire[25].

BibliographieModifier

 
L'homme au masque de fer, illustration d'Alphonse de Neuville, XIXe siècle.
 
L'homme au masque de fer, illustration de Charles Green, 1860.
  • Dujonca, journal secret de la Bastille
  • J. Delort, Histoire de l'Homme au masque de fer, accompagné de pièces authentiques et de fac-simile, Paris, Delaforest, 1825.
  • Paul Lacroix, L'Homme au masque de fer, Bruxelles, H. Dumont, 1836.
  • Marius Topin, L'Homme au masque de fer, Paris, Didier, 1870.
  • Émile Burgaud et commandant Bazeries, Le Masque de fer, révélation de la correspondance chiffrée de Louis XIV, étude appuyée de documents inédits des archives du dépôt de la guerre, Paris, Firmin Didot, 1893.
  • Frantz Funck-Brentano, L'Homme au masque de velours noir dit Le Masque de fer, Paris, 1894.
  • Maurice Duvivier, Le Masque de fer, Paris, Armand Colin, 1932.
  • Émile-Arthur Soudart et André Lange, Traité de cryptographie, 2e édition, 1935.
  • Georges Mongrédien, Le Masque de fer, Paris, Hachette, 1952.
  • John Laffin, Petit Code des codes secrets. Codes et chiffres, Dargaud S.A. éditeur, 1968, traduit et adapté par Roger Gheysens.
  • Pierre-Jacques Arrèse, Le Masque de Fer. L'énigme enfin résolue, Paris, Laffont, 1970.
  • Paul Gordeaux, Le Masque de fer, Paris, Éditions J'ai lu, Genève Éditions Minerva, 1970.
  • Jean-Christian Petitfils, L'Homme au masque de fer, Paris, Perrin, 1970 ;
    • Le Masque de fer, entre histoire et légende, Paris, Perrin, 2003.
  • Marcel Diamant-Berger, C'était l'homme au masque de fer, Paris, JF Éditions, 1971
  • (en) Ronald Martin, « On the Trail of the Iron Mask : The State of the Question », Proceedings of the Western Society for French History, vol. 19,‎ , p. 89-98 (lire en ligne).
  • (en) Paul Sonnino, « On the Trail of the Iron Mask : The Candidacy of Claude Imbert », Proceedings of the Western Society for French History, vol. 19,‎ , p. 99-108 (lire en ligne).
  • Marie-Madeleine Mast, Le Masque de fer, une solution révolutionnaire, Paris, Librairie Jules Tallandier, 1974.
  • Camille Bartoli, Henri II de Guise, L'homme au masque de fer — Sa vie et son secret, Éditions Tac Motifs, 1977.
  • Francis Lacassin, Passagers clandestins. 1, Paris, Union générale d'éditions, 1979.
  • Jean-Étienne Riga, Le Masque de fer : une ombre au règne du Roi-Soleil, Alleur, Marabout, coll. « Histoire et mystères », , 260 p. (ISBN 2-501-02422-2)
  • Madeleine Tiollais, Le Masque de fer. Un autre regard sur l'énigme, Cheminements, 2003.
  • Jean-Denis Bergasse, Le Masque de fer - Louis XIV, Nouveau regard, fin d'énigmes ?, Cessenon, 2008
  • Michel Vergé-Franceschi, Le Masque de fer, Paris, Fayard, 2009.
  • Nicolas Carreau, Les légendes du Masque de fer, La Librairie Vuibert, 2014, 288 p.
  • Lucien Bély, Les Secrets de Louis XIV : Mystères d'État et pouvoir absolu, Paris, Tallandier, coll. « Texto », (ISBN 979-10-210-0851-9), « Le Masque de fer », p. 422-429

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Légende : « L'Homme au Masque de Fer, ou plutôt son histoire, qui a si longtemps fixé les recherches d'une infinité d'auteurs, vient de sortir enfin du ténébreux chaos où la discrétion barbare d'intermédiaires ministériels l'avaient plongé jusqu'à présent. Des papiers trouvés à la Bastille nous apprennent que cette dénomination n'a jamais appartenu qu'à Louis de Bourbon, comte de Vermandois, fils naturel de Louis XIV, né le 2 octobre 1667, qui fut condamné à un emprisonnement perpétuel pour avoir, à l'âge de 16 ans, donné un soufflet au Dauphin. Pour envelopper ses traits d'un voile impénétrable, on lui couvrit le visage d'un masque de fer dont la mentonnière et les ressorts d'acier lui permettaient néanmoins de prendre sa subsistance. C'est en 1683 que l'on place l'époque de sa détention. Ce malheureux Prince mourut à la Bastille en 1703 après une captivité de 20 ans dans différentes prisons ».

RéférencesModifier

  1. « 19 novembre 1703 - La légende du Masque de fer - Herodote.net », sur www.herodote.net (consulté le )
  2. « L'Homme au masque de fer, mémoire historique... où l'on démontre que ce prisonnier fut une victime des Jésuites, par feu le chevalier de Taulès... suivi d'une correspondance inédite de Voltaire avec M. de Taulès sur le siècle de Louis XIV... », sur Gallica, (consulté le ).
  3. « Archives nationales de France.salle des inventaires », sur Archives nationales (consulté le )
  4. « Analyse et photographies des documents découverts », sur https://sergearoles-documents-archives.com/ (consulté le )
  5. "Le masque de fer" dans le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, tome 10, page 1304
  6. GEO Histoire de janvier 2011 p. 105 et 106
  7. Documentaire du National Géographic Dossiers secrets de l'Histoire : Le masque de fer.
  8. Deux écoles existent pour désigner l'aîné de jumeaux : le premier né, ou au contraire le second, alors réputé avoir été conçu en premier; cela pouvait en effet créer un conflit dynastique.
  9. a et b Marcel Pagnol, Le Masque de fer, Éditions de Provence, (notice BnF no FRBNF36253068)
  10. Jean Dumont, Supplément au Corps universel diplomatique du droit des gens,, t. IV, (notice BnF no FRBNF30375924, lire en ligne), p. 176
  11. Yann Kermabon, « Courrier des lecteurs », Revue Historia, octobre 1998
  12. Pierre Jacques ARRESE, Le Masque de fer, l'énigme enfin résolue (1970), Robert Laffont
  13. Jean Markale, La Bastille et l'énigme du masque de fer, 1989, Edt° Pygmallion
  14. Mauro Maria Perrot, La maschera di ferro il mistero di un voltoÉdition : Pinerolo (Italie) : Alzani , 1998[catalogue]
  15. Madeleine Tiollais, Enquête sur le prisonnier dont le nom ne se dit pas, Editions Cheminements (2000)
  16. a et b Emile Burgaud et Commandant Bazeries, Le Masque de fer. Révélation de la correspondance chiffrée de Louis XIV, Paris, Firmin-Didot, 1893
  17. Nicolas Carreau, Les légendes du Masque de fer, Paris, La Librairie Vuibert, 2014
  18. Marcel Diamant-Berger, L'homme au masque de fer, JF éditions, , p. 118
  19. Serge Bilé, La Mauresse de Moret. La religieuse au sang bleu, Pascal Galodé Editions, , 80 p.
  20. Pierre Marie Dijol, Nabo ou le Masque de fer, France-Empire, , 266 p.
  21. Marcel Pagnol, Le Secret du Masque de fer, Paris, Éditions de Provence, (notice BnF no FRBNF35320566)
  22. Diego Venturino, Jean-Christian Petitfils, Le Masque de fer. Entre histoire et légende., 2004 (compte-rendu), Dix-Huitième Siècle, Année 2005, 37, pp. 645-646
  23. Jean-Christian Petitfils, « Rumeur et secret d'État. La légende du Masque de fer », L'Histoire, no 236,‎ , p. 88
  24. GEO Histoire de janvier 2011 p. 106
  25. « Secrets d'Histoire : Qui se cachait derrière l'homme au masque de fer ? », sur Le Figaro (consulté le )

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