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Plutarque

philosophe, biographe et moraliste grec de la Rome antique
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Ne pas confondre avec Plutarque d'Athènes fondateur de l'Académie néoplatonicienne d'Athènes.
Plutarque (Πλούταρχος).
Plutarch.gif

Gravure représentant Plutarque dans l'édition des Vies parallèles par Amyot (1565)

Naissance
Décès
Vers 125
-
École/tradition
Principaux intérêts
Œuvres principales
Influencé par
A influencé
Enfants
Plutarque le Jeune (d)
Lamprias (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Plutarque (en grec ancien Πλούταρχος / Ploútarkhos), né à Chéronée en Béotie vers 46 et mort vers 125, est un philosophe, biographe, moraliste, et penseur majeur de la Rome antique. Grec d'origine, il fut un des précurseurs du courant philosophique nommé le néoplatonisme et s'opposa dans ses traités de morale aux courants stoïciens et épicuriens.

Sommaire

BiographieModifier

Plutarque est né à Chéronée, petite ville à l’est de la Phocide, proche de Delphes en Grèce. Il a vécu entre 46 et 125[1] Malheureusement, les historiens ne possèdent que peu d’informations sur sa vie, seules la Souda (Xe siècle) et une note d’Eusèbe de Césarée y font référence. Les témoignages les plus importants restent ceux que l’écrivain a glissés lui-même dans son œuvre. Plutarque affirme être le fils d'une riche famille de terriens de la lignée des Opheltiades (descendante du mythique roi thessalien Opheltias). Il a au moins deux frères, Lamprias, qui est son aîné, et Timon, pour qui il professe une affection particulière[2]. Il est envoyé en 65 à l’école platonicienne d’Athènes, où Ammonios d'Athènes lui apprend les sciences et la philosophie[3]. Il obtient la citoyenneté athénienne. Il fait un voyage à Delphes, avec Ammonios et Néron, ensuite un autre à Alexandrie. Chargé d'une première mission à Corinthe, il se rend pour la première fois à Rome, où il enseigne le grec et la philosophie morale sous les règnes de Vespasien et, en 79, de Titus. Il se marie à une compatriote, Timoxena, dont il a quatre enfants puis s'installe à Chéronée, où il ouvre certainement une école. Il écrit Sur la fortune d'Alexandre, les Vies de Galba et d'Othon. Il séjourne de nouveau à Rome en 88, plus longuement en 92. Il est nommé prêtre d'Apollon à Delphes, probablement autour de 85 et occupe cette fonction jusqu'à sa mort[4]. Il acquiert la citoyenneté romaine et adopte le gentilice Mestrius, en hommage à son ami Florus. Vers 100-102, il commence l'immense cycle de ses Vies parallèles. Il revient ensuite à Chéronée où il se partage entre l’écriture de son œuvre et la vie publique (il organisait les fêtes religieuses). Il meurt vers 125. Le lieu de sa mort n'est pas connu ; il est peut-être mort à Chéronée où il avait passé la fin de sa vie[5].

Auteur très fécond de plusieurs traités de morale, de philosophie, de théologie, de politique, érudit doué d’une connaissance encyclopédique, il étudie dans ses biographies la vertu à travers ses personnages de héros et adopte une position qui n’est pas celle de l’historien. Plutarque adhère aux faits qu’il présente, il imprègne son récit. C’est un moraliste et un observateur platonicien, à la fois l'ennemi des stoïciens et des épicuriens[6].

En outre, l'objectif de Plutarque est à chaque fois de dégager le portrait moral plutôt que de rapporter les événements politiques de l'époque : il se considère lui-même plus comme un moraliste que comme un historien[7]. D'où le traitement détaillé qu'il consacre à son personnage. Même si Plutarque déforme la vérité, il est en général aussi fiable que ses sources, et parfois d'une grande valeur. Il ne montre aucun parti pris dans son traitement des Grecs et des Romains, aucune flatterie pour le pouvoir de Rome, alors dominant, ni de vanité pour la gloire passée de sa propre nation. Il croyait dans la coexistence du gouvernant romain et de l'éducateur grec.

ŒuvreModifier

 
Une page des Vies parallèles imprimée à Rome en 1470, collection de l'Université de Leeds.

Les Vies parallèles, les Œuvres moralesModifier

Toutes les œuvres de Plutarque sont écrites en grec ancien ; en effet l'hellénophilie est alors importante chez les élites romaines. Les Vies parallèles des hommes illustres (en grec Βίοι Παράλληλοι / Bíoi Parállêloi) rassemblent cinquante biographies, dont 46 sont présentées par paire, comparant des Grecs et des Romains célèbres[8] (par exemple Thésée et Romulus, Alexandre le Grand et César, Démosthène et Cicéron). À la fin de chaque doublet, la plupart du temps, un bref texte (σύγκρισις / súnkrisis) compare les deux personnages. Nous avons perdu la première paire, consacrée à Épaminondas et Scipion l'Africain. Parmi les biographies séparées figurent celle d'Artaxerxès II, Aratos de Sicyone, et les huit biographies de Césars, d'Auguste à Vitellius. On date l'écriture de ces biographies entre 100 et 110. Les Œuvres morales sont plus de 230 traités consacrés à des sujets nombreux et variés. Seuls 79 nous sont parvenus : De la curiosité, De la tranquillité de l'âme, Des vertus morales, Du démon de Socrate, De la face qui paraît sur la Lune, Sur Isis et Osiris

Selon J. Humbert et H. Berguin, les Vies parallèles sont une illustration et le couronnement des Œuvres Morales, ses héros étant traités comme des modèles de vertu que Plutarque se propose et invite ses lecteurs à suivre. De plus, les Vies sont ponctuées de disgressions morales. Il considère parfois que son héros a tort de faire ceci et explique pourquoi.

Les Vies parallèles sont l'œuvre la plus connue de Plutarque. Elles étaient admirées de Montaigne comme du Grand Condé ; Corneille pour le Sertorius, et Shakespeare y ont puisé des sujets de tragédie. Un autre grand lecteur des Vies parallèles fut Rousseau, qu'elles accompagnèrent jusqu'à la fin de sa vie. Ludwig Van Beethoven s'en inspira également pour la composition de sa 3e symphonie, surnommée « héroïque ».

La philosophie de Plutarque est assez éclectique bien qu'il se réclame plus de Platon.

Plutarque a aussi écrit des Dialogues pythiques et des Propos de table (aussi nommés par transcription Symposiaques), imités de Platon. Le nom de « Pseudo-Plutarque » est un nom conventionnel donné aux auteurs inconnus d'un certain nombre de pseudépigraphes attribués à Plutarque.

Physique[9]Modifier

Dans les dialogues De la face qui paraît sur la Lune et Sur les sanctuaires dont les oracles ont cessé des Œuvres morales, Plutarque expose une physique originale. L’observation de l’aspect irrégulier de la Lune le conduit à affirmer : « La Lune est une terre céleste »[10] qui réfléchit les rayons du Soleil. Il abandonne la notion de différence entre monde sub-lunaire et monde supra-lunaire parfait d’Aristote. Tous les astres sont le centre d’un monde : « Chacun des mondes a une terre et une mer »[11] et le mouvement des graves d’un monde va vers le centre de ce monde. Il préfigure la mécanique newtonienne quand il écrit : « La lune n’est pas entraînée vers la Terre par son poids car ce poids est repoussé et détruit par la force de rotation »[12].

InfluencesModifier

Les écrits de Plutarque eurent une énorme influence sur la littérature européenne, notamment française et anglaise. On a longuement débattu pour savoir si le biographe philosophe visait dans ses biographies à l'analyse des vertus plus qu'à l'acculturation gréco-romaine mais ses écrits, ses choix politiques et son comportement social montrent qu'il s'inscrit à la rencontre de deux mondes, dans la conscience que l'héritage hellène est lié à l'action de Rome[13].

La traduction en français des Vies parallèles par Jacques Amyot au milieu du XVIe siècle, constamment rééditée jusqu'à aujourd'hui, a renforcé sa diffusion et a fait de Plutarque un passeur de l'Antiquité à l'époque moderne ; c'est aussi un monument de la littérature française en prose[14]. En 1579, l'Anglais Thomas North en donne une traduction[15] qui servira de source à certaines tragédies historiques de William Shakespeare, notamment Jules César, Antoine et Cléopâtre, Coriolan ou Timon d'Athènes. Parmi ses admirateurs anglophones figurent aussi Ben Jonson, Sir Francis Bacon, John Milton, John Dryden, et plus tard Robert Browning. Les œuvres de Rabelais, d'Érasme, de La Boétie, les Essais de Montaigne, plus tard l'œuvre de Jean-Jacques Rousseau et de Joseph de Maistre sont profondément inspirés de ses Œuvres morales et des Vies Parallèles. Cotton Mather, Alexander Hamilton, Ralph Waldo Emerson et les transcendantalistes américains ont été très influencés par les Œuvres morales. Par ailleurs, dans les romans de Maurice Leblanc, les Vies parallèles sont le livre de chevet du héros Arsène Lupin, ce qui est révélateur des ambitions tant du personnage principal que de son auteur.

La phrase célèbre de Montaigne : « Une tête bien faite vaut mieux qu'une tête bien pleine. » est une reformulation d'une citation de Plutarque : « L'intelligence n'est pas comparable à un vase qu'il faille remplir mais à un foyer qu'il faut allumer ; ce dont elle a besoin, c'est d'élan vers la recherche et de désir de la vérité. »

L'influence de Plutarque connaît un regain au XXe siècle, avec la reprise à contre-pied des Vies par Michel Foucault : « La Vie des hommes infâmes » dans Les Cahiers du chemin[16] ou, en 1984, Pierre Michon qui publie Vies minuscules, empruntant certaines méthodes à Plutarque[17].

BibliographieModifier

Détail des éditions de PlutarqueModifier

 
Moralia, 1531
  • Une édition en grec in octavo des Moralia de Plutarque de Chersonèse avec préface et index en latin est éditée et publiée à Bâle en 1572 par Guillaume Xylander[18].
  • Vies parallèles / Vies des hommes illustres (éditions)
  • Œuvres morales, Tomes I - XV, Les Belles Lettres, 1989-2012.
  • Vie d'Antoine, Les Belles Lettres, 2015
  • Sur les délais de la justice divine, Les Belles Lettres, 2010
  • Erotikos. Dialogue sur l'amour, Les Belles Lettres, 2008
  • Sur les oracles de la Pythie, Les Belles Lettres, 2007

Pseudo-PlutarqueModifier

Dans son Répertoire des sources philosophiques antiques (consulté en octobre 2011), Martine Vidoni (CNRS) note, à propos des divers Pseudo-Plutarque : « Seule la commodité permet d'accorder à des auteurs différents la paternité d'ouvrages aussi divers que : De musica, Placita philosophorum, De fluviis, Vita Homeri. »

  • Sur les opinions des philosophes (Placita philosophorum, Peri areskontôn sunagogê, vers 150)[19]. Attribué à Aétius, un doxographe (distinct d'Aétius le médecin).
  • Vie d'Homère (vers 150), in Œuvres mêlées de Plutarque, 1801-1805, t. XXIII, trad. E. Clavier[20].

Études sur PlutarqueModifier

  • Daniel Babut, Plutarque et le stoïcisme, Paris, Presses universitaires de France, 1969 (thèse).
  • Jacques Boulogne, Plutarque. Un aristocrate grec sous l'occupation, Presses universitaires de Lille, 1994.
  • Jacques Boulogne, Plutarque dans le miroir d'Épicure, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Philosophie », 2003.
  • Robert Flacelière, Sagesse de Plutarque, PUF, 1964.
  • Jean Sirinelli, Plutarque de Chéronée, Fayard, 2000, 524 p.

DictionnairesModifier

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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Textes en ligneModifier

Articles en ligneModifier

Notes et référencesModifier

  1. Voir notamment l'article de Pascal Payen, « Plutarque par lui-même », dans le Dictionnaire Plutarque publié à la suite des Vies parallèles de l'édition Gallimard (réf. ci-dessous).
  2. Plutarque (traduit par Robert Flacelière), Vies, Belles-Lettres, , p. 10.
  3. Plutarque (traduit par François Hartog), Vies parallèles, Éditions Gallimard, , p. 2060.
  4. Voir Pascal Payen, « Delphes », Dictionnaire Plutarque.
  5. Howatson (dir., 1993), article « Plutarque ».
  6. Commentaires sur De la vertu et du vice (en grec ancien Περὶ ἀρετῆς καὶ κακίας) tiré des Œuvres morales de Plutarque, par Paul Chemla (Arléa, 2011, page 69)
  7. Emmanuel Laurentin, La Fabrique de l'histoire, 30 août 2011
  8. L'édition la plus récente de ces Vies parallèles est publiée sous la direction de François Hartog chez Gallimard, Collection Quarto, 2001, 2292 pages.
  9. Pierre Duhem, Le système du Monde, 1re partie, chap. XIII, 13.
  10. De la face qui paraît sur la Lune, chap 18.
  11. Sur les sanctuaires dont les oracles ont cessé (XVII).
  12. De la face qui paraît sur la Lune (VI).
  13. Plutarque (traduit par François Hartog), Vies parallèles, Éditions Gallimard, , p. 1949.
  14. Voir notamment Marc Fumaroli, in Exercices de lecture, Paris, Gallimard, 2005.
  15. François Laroque, Alain Morvan, Frédéric Regard, Histoire de la littérature anglaise, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Premier Cycle », (ISBN 2130481426), p. 2.
  16. Voir Didier Éribon, Michel Foucault et ses contemporains, Fayard, 1994 (ISBN 9782213593364), p. 265 : « Les Anciens aimaient à mettre en parallèle les vies des hommes illustres ; on écoutait parler à travers les siècles ces ombres exemplaires. Les parallèles, je sais, sont faites pour se rejoindre à l'infni. Imaginons-en d'autres qui, indéfiniment, divergent.... Ce serait comme l'envers de Plutarque : des vies à ce point parallèles que nul ne peut plus les rejoindre. »
  17. Laurent Demanze, « Les Illustres et les minuscules : Pierre Michon, lecteur de Plutarque », dans Anne-Marie Monluçon, Agathe Salha et Brigitte Ferrato-Combe (dir.), Fictions biographiques XIXe-XXIe siècles, Presses universitaires du Mirail, Toulouse, 2007, p. 235-246.
  18. Notice de l'édition sur le Catalogue général de la Bibliothèque nationale de France. Page consultée le 7 août 2013.
  19. Plutarque, Œuvres morales, t. XII.2, traité 23, Les Belles Lettres, 1993, 474 p.
  20. lire en ligne