Élisabeth de France (1602-1644)

femme de Philippe IV d'Espagne
Élisabeth de France
Description de cette image, également commentée ci-après
Élisabeth de France vers 1625, par Vélasquez.

Titres

Reine consort d'Espagne, de Naples et de Sicile


(23 ans, 6 mois et 5 jours)

Prédécesseur Marguerite d'Autriche-Styrie
Successeur Marie-Anne d'Autriche

Reine consort de Portugal


(19 ans et 8 mois)

Prédécesseur Marguerite d'Autriche-Styrie
Successeur Louise-Françoise de Guzmán
Biographie
Titulature Fille de France
Reine d'Espagne
Reine de Naples
Reine de Sicile
Reine de Portugal
Duchesse de Bourgogne
Duchesse de Milan
Duchesse de Brabant
Duchesse de Luxembourg
Duchesse de Limbourg
Comtesse de Flandre
Comtesse palatine de Bourgogne
Dynastie Maison de Bourbon
Naissance
Fontainebleau (Royaume de France)
Décès (à 41 ans)
Madrid (Espagne)
Sépulture Escurial
Père Henri IV de France
Mère Marie de Médicis
Conjoint Philippe IV d'Espagne
Enfants Marie-Marguerite d'Espagne
Marguerite-Marie-Catherine d'Espagne
Marie-Eugénie d'Espagne
Isabelle-Marie-Thérèse d'Espagne
Balthazar-Charles d'Espagne
François-Ferdinand d'Espagne
Marie-Anne-Antoinette d'Espagne
Marie-Thérèse d'Espagne
Un enfant mort-né
Résidence Alcázar royal de Madrid
Religion Catholicisme

Description de cette image, également commentée ci-après

Élisabeth de France, également appelée Élisabeth de Bourbon ou Isabelle de Bourbon ( à Fontainebleau - à Madrid), fut reine d'Espagne, du Portugal, de Sicile et de Naples, duchesse de Bourgogne, de Milan, de Brabant, de Luxembourg et de Limbourg, comtesse de Flandre, de Hainaut et comtesse palatine de Bourgogne.

FamilleModifier

Elle est la fille d'Henri IV et de Marie de Médicis.

Par son père elle est petite-fille de Antoine de Bourbon et de Jeanne d'Albret.

Par sa mère elle est petite-fille de François Ier de Médicis et de Jeanne d'Autriche.

Elle a comme frères et sœurs légitimes Louis XIII, Christine de France, Monsieur d'Orléans, Gaston de France et Henriette-Marie de France.

Premières annéesModifier

JeunesseModifier

 
Elisabeth durant sa jeunesse en France

Élisabeth, appelée par le titre honorifique Madame Royale est baptisée dans la religion catholique le même jour que son frère Louis et sa sœur Christine, avec pour marraine l'infante Isabelle-Claire-Eugénie d'Autriche, fille de Philippe II d'Espagne, gouvernante des Pays-Bas mais elle ne reçoit pas de parrain.

Sa mère aurait montré sa cruelle indifférence envers elle, car elle avait cru la prophétie d'une religieuse qui lui avait assuré qu'elle donnerait naissance à trois fils.

Peu de temps après sa naissance, elle a été promise à Philippe-Emmanuel, prince du Piémont, fils aîné et héritier de Charles-Emmanuel Ier de Savoie et de Catherine-Michelle d'Autriche, sœur de la marraine d'Elisabeth. Cependant, le mariage n'a jamais eu lieu, puisque Philippe-Emmanuel est décédé en 1605.

Les premières années de Madame Royale se passent sous la tutelle de la gouvernante royale Françoise de Montglat, dans le château de Saint-Germain-en-Laye, un endroit calme à l'écart de la cour parisienne où elle partage éducation et jeux avec ses frères et sœurs légitimes.

Lorsque son père, le roi Henri IV fut assassiné par Ravaillac devant le palais du Louvre le 14 mai 1610, son frère le Dauphin (avec qui Elisabeth avait une relation très étroite), lui succéda sur le trône en tant que roi Louis XIII de France, sous la régence de sa mère, Marie de Médicis.

Mariage avec Philippe IV d'EspagneModifier

 
L'échange des deux princesses de France et d'Espagne sur la Bidassoa à Hendaye, le ,
tableau de Pierre Paul Rubens faisant partie du Cycle de Marie de Médicis, v. 1622-1625

Symbole d'une alliance avec l'Espagne non souhaitée par son père mais désirée par sa mère Marie de Médicis, princesse italienne dont la mère était une Habsbourg, par les Concini, favoris de sa mère, et par le parti dévot français, elle est "échangée" contre l'infante espagnole Anne d'Autriche qui quitte son Espagne natale pour épouser Louis XIII, frère d’Élisabeth.

Elisabeth et son frère rencontrent pour la première fois leurs conjoints respectifs le 25 novembre 1615 sur l'île des faisans dans la rivière Bidassoa qui sépare la France et l'Espagne entre la ville française d'Hendaye et la ville espagnole de Fontarrabie. En Espagne, le nom français d'Elisabeth a pris la forme espagnole d'Isabel. La cérémonie religieuse a eu lieu dans la cathédrale Sainte-Marie de Burgos. Au moment de son mariage, Elisabeth, 13 ans, est devenue la nouvelle princesse des Asturies.

Ce mariage a suivi une tradition de cimenter des alliances militaires et politiques entre les puissances catholiques de France et d'Espagne avec des mariages royaux. La tradition remonte à 1559 avec le mariage du roi Philippe II (roi d'Espagne) avec la princesse française Élisabeth de France (1545-1568) , fille du roi Henri II, dans le cadre de la Paix du Cateau-Cambrésis.

Princesse des AsturiesModifier

En raison du jeune âge de Philippe IV qui n'a que dix ans, on tient tout d'abord Élisabeth à l'écart de la cour et de son époux. Mais la maladie de Philippe III change la donne. Le mariage est alors enfin consommé et Élisabeth est très rapidement enceinte. A la mort de Phillipe III d'Espagne, le 31 mars 1621, Elisabeth devient officiellement reine d'Espagne.

Reine d'EspagneModifier

Début du règneModifier

 
Elisabeth de France en 1620 par Rodrigo de Villandrando

Philippe IV et Élisabeth sont couronnés en . Elisabeth devient la deuxième reine d'Espagne française depuis Élisabeth de France (1545-1568), fille d'Henri II et femme de Philippe II d'Espagne. Mais les festivités sont gâchées par la naissance prématurée d'une petite fille qui ne survivra pas, Marie-Marguerite.

Philippe IV avait diverses maîtresses qui lui donnaient plusieurs enfants illégitimes. Il a laissé les affaires du gouvernement en grande partie au compte d'Olivares, Gaspar de Guzmán, qui, cependant, n'était pas à la hauteur des conditions politiques de l'époque.

Dans ses premières années en tant que reine, Elisabeth a fait peu d'apparition politique et s'est plutôt livrée à ses intérêts pour la poésie, l'art et, surtout, le théâtre. Elle est considérée comme une grande patronne de la littérature espagnole à son âge d'or.

Elisabeth elle-même a fait l'objet de rumeurs sur ses relations avec le célèbre poète Juan de Tassis y Peralta, qui était son gentilhomme d'honneur. Le 14 mai 1622, lorsqu'un incendie se déclare il emmène la reine en lieu sûr, ce qui a amené encore plus de soupçons sur leur relation. Le poète se fait alors mystérieusement assassiner. La responsabilité de sa mort a été partagée entre Philippe IV et Olivares (premier ministre et favori du roi).

Régences et chute d'OlivaresModifier

 
Elisabeth de France par Velasquez (Musée del Prado, 1634-35)

Elle a été nommée régente d'Espagne durant la révolte catalane. Avant 1640, la reine ne semble pas avoir eu beaucoup d'influence sur les affaires de l'État, qui étaient en grande partie confiées à Olivares. Elisabeth ne s'entendait pas avec ce dernier, qui l'empêchait d'exercer une influence politique et il a dit, quand elle a présenté une opinion politique au roi, que les prêtres existaient pour prier ainsi que les reines existaient pour donner naissance.

La régence d'Elisabeth reçu des critiques élogieuses et elle lui a permis de provoquer la chute d'Olivares dans le cadre d'une «conspiration de femmes» aux côtés de la duchesse de Mantoue, Ana de Guevara, María de Ágreda et sa principale dame d'honneur Luisa Manrique de Lara.

Après la chute de son favori, Philippe IV voit en son épouse sa plus proche alliée politique et lorsque le roi repartit pour le front en 1643, Elisabeth fut de nouveau nommée régente. Sa deuxième régence a également reçu de bonnes critiques et elle a été créditée par le roi pour ses efforts pour fournir des approvisionnements vitaux pour les troupes ainsi que pour ses négociations avec les banques pour financer l'armée, allant même jusqu'à vendre ses propres bijoux.[1] On disait qu'elle avait l'intention de suivre l'exemple de la reine Isabelle la Catholique et de diriger sa propre armée pour reprendre Badajoz.

DécèsModifier

Alors que la reine était au sommet de sa gloire, affaiblie par ses multiples grossesses et ses fausses couches, Elisabeth décède le en accouchant de son neuvième enfant.

Philippe VI d'Espagne fut très touché par sa mort surtout qu'il avait récemment trouvé en elle une alliée.

DescendanceModifier

 
Portrait de Marie-Thérèse d'Autriche , seul enfant survivant à l'enfance d'Elisabeth

Elle a dix-huit ans et demi quand elle commence à donner régulièrement des héritiers à Philippe IV :

  • Marie-Marguerite ( - ), née prématurée, n'a pas survécu ;
  • Marguerite-Marie-Catherine ( - ) ;
  • Marie-Eugénie ( - ) ;
  • Isabelle-Marie-Thérèse ( - ) ;
  • Balthazar-Charles ( - probablement d'une crise d'appendicite) ;
  • François-Ferdinand (mort-né en 1634) ;
  • Marie-Anne-Antoinette ( - ) ;
  • Marie-Thérèse ( - ) épouse en 1660 Louis XIV, roi de France et de Navarre (1638-1715) ;
  • un enfant mort-né ().

Il est fort probable que Philippe IV ait transmis à sa femme une maladie vénérienne qu'il aurait contractée avec une de ses maîtresses. Cette maladie pourrait expliquer certaines fausses couches, mais les mariages consanguins dont est issu Philippe IV pourraient également en être la cause. Pour les enfants mort-nés ou morts lors de leur enfance, la mortalité infantile peut être évoquée ainsi que l'incapacité des médecins de l'époque.

Élisabeth a souffert en silence de la mort de ses enfants et de ses fausses couches, et se sentait d'autant plus mal que certaines maîtresses de son mari lui donnaient des enfants viables. Sa culpabilité se ressent à travers les lettres envoyées à son frère Louis XIII et sa belle-sœur Anne d'Autriche. Elle avait toujours voulu que sa dernière fille, Marie-Thérèse, âgée de cinq ans lors de la mort de sa mère, épouse le roi Louis XIV. Ce mariage eut lieu bien que les mariés fussent doubles cousins germains.

Seule sa plus jeune fille, Marie-Thérèse, future reine de France, parvint à l'âge adulte, apportant à l'ennemi héréditaire de la Maison d'Autriche (la France dont elle est issue) des droits sur le trône et les possessions espagnoles.

AscendanceModifier

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • Frédérique Sicard, « Une reine entre ombres et lumières ou le pouvoir au féminin : le cas d’Isabelle [de] Bourbon, reine d’Espagne, première femme de Philippe IV (1603-1644) », Genre & Histoire [En ligne], vol. 4, printemps 2009, [lire en ligne]

FilmographieModifier

RéférencesModifier

  1. Joëlle Chevé, Marie-Thérèse d'Autriche, épouse de Louis XIV, Pygmalion, 560 p. (ISBN 978-2-7564-1750-9)