Hôtel des Invalides

monument du XVIIe siècle situé dans le 7e arrondissement de Paris

L'hôtel des Invalides est un monument parisien, situé dans le 7e arrondissement, dont la construction est ordonnée par Louis XIV par l'édit royal du [2], pour accueillir les invalides de ses armées. Demeuré fidèle à cette mission, il abrite également la cathédrale Saint-Louis des Invalides, plusieurs musées et une nécropole militaire avec notamment le tombeau de Napoléon Ier. Siège de hautes autorités militaires comme le gouverneur militaire de Paris, il rassemble aussi nombre d'organismes dédiés à la mémoire des anciens combattants et au soutien des soldats blessés.

Cet immense complexe architectural, conçu par Libéral Bruand et Jules Hardouin-Mansart, est un des chefs-d’œuvre les plus importants de l'architecture classique française.

Ce site est desservi par les stations de métro Invalides, Varenne et La Tour-Maubourg. Avant 1860, il était situé dans le 10e arrondissement « ancien » d'où l'enregistrement du décès des militaires dans l'« état civil reconstitué » de la capitale qu'on peut trouver dans différentes bases de données.

Histoire du bâtimentModifier

Création durant le règne de Louis XIVModifier

 
Louis XIV visitant les Invalides en 1706, peinture de Pierre-Denis Martin.
 
Vue générale de la façade nord depuis l'esplanade des Invalides.

Le roi Louis XIV souhaitait, comme ses prédécesseurs Henri II, Henri III[3], Henri IV[4], assurer aide et assistance aux soldats invalides de ses armées ; pour que « ceux qui ont exposé leur vie et prodigué leur sang pour la défense de la monarchie (…) passent le reste de leurs jours dans la tranquillité », dit l'édit royal du . Néanmoins, au-delà du geste humanitaire, Louis XIV a aussi des desseins parfaitement politiques. Ces invalides, issus pour la plupart de la guerre de Trente Ans, font mauvaise figure, traînant sur le pont Neuf, souvent mêlés aux rixes de rues, et la population se plaint de ce comportement. Le roi reloge les invalides dans certaines abbayes en les imposant comme oblats, contribuant ainsi à renforcer les rangs du clergé, mais militaires comme religieux fuient cette solution, les premiers refusant une vie aussi stricte que celle de la vie monacale et devenant mendiants, valets, voleurs, commensaux de maladreries ou de couvents. De plus, Louis XIV ne cachant plus ses projets de conquête, il doit redorer l'image de son armée auprès de la population, mais aussi sa propre image aux yeux de ses soldats[5].

En 1659, après le traité des Pyrénées, Louis XIV reprend l'idée de Richelieu qui avait fait transformer en 1634 le château de Bicêtre en un établissement pour l'entretien des soldats invalides (la « commanderie Saint-Louis »). Le projet ne se concrétise que onze ans plus tard lorsque le roi crée, par ordonnance royale du , l'hôtel des Invalides destiné aux militaires âgés, blessés ou inaptes à la guerre. Louis XIV y précise ses intentions ainsi : « Nous avons estimé qu'il n'était pas moins digne de notre pitié que de notre justice, de tirer hors de la misère et de la mendicité les pauvres Officiers et Soldats de nos Troupes, qui ayant vieilli dans le service, ou qui dans les guerres passées ayant été estropiés, étaient non seulement hors d'état de continuer à Nous en rendre, mais aussi de rien faire pour pouvoir vivre et subsister ; et qu'il était bien raisonnable que ceux qui ont exposé librement leur vie et prodigué leur sang pour la défense et le soutien de cette Monarchie […] jouissent du repos qu'ils ont assuré et passent le reste de leur jours en tranquillité »[6].

L'établissement, qui répond aux fonctions d'hôpital, d'hospice, de caserne et de couvent est exempté d'impôts et administré par un gouverneur. Les soldats sont entretenus par des fonds prélevés sur les revenus des prieurés et des abbayes[7].

L'emplacement retenu est la plaine de Grenelle, dans le quartier du Gros Caillou, alors faubourg de Paris. Louvois, secrétaire d'État français de la Guerre, confie les travaux des bâtiments principaux (logements, infirmerie, réfectoire) à Libéral Bruant, architecte du roi, qui avait déjà réalisé l'hospice de la Salpêtrière. Son projet, sélectionné par Louis XIV parmi huit, propose quatre corps de logis et cours centrés autour d'une cour royale. Il reprend ainsi le plan de l'Escurial, le palais monastère de Philippe II d'Espagne, près de Madrid, mais s'inspire aussi des hôpitaux de l'époque (la Salpêtrière, l'hospice des Incurables).

Les travaux débutent en mars 1671, la première pierre est posée le de la même année et tous les bâtiments, à l'exception de l'église et de l'infirmerie, sont achevés en février 1674, ce qui peut être qualifié de rapide grâce à l'aide que lui apportent Louvois et ses intendants, les trois frères Camus. En octobre 1674, Louis XIV inaugure l'hôtel, qui ouvre ses portes aux premiers pensionnaires. La face arrière de la grande cour est cependant détruite, moins d'un an après son achèvement, pour laisser place aux fondations du grand dôme. Les matériaux de construction, notamment la pierre de craie, sont débarqués au niveau d'un port aménagé sur la Seine au niveau du futur pont Alexandre-III[8].

 
Les plans de Jules Hardouin-Mansart prévoyaient aussi une vaste esplanade avec une monumentale colonnade pour mettre en valeur le dôme au sud, mais elles ne furent jamais réalisées.

L'église royale, initialement prévue par Bruant, bute sur la construction. Louvois, qui y voit l'occasion de mettre à l'écart l'un des protégés de son rival, Colbert, détourne Bruant vers d'autres travaux de ponts et chaussées et confie l'ouvrage à partir de mars 1676 à Jules Hardouin-Mansart qui travaille également aux pavillons d'entrée et aux infirmeries. La construction de l'édifice religieux est ralentie par les restrictions étouffantes de Colbert et dure ainsi près de trente ans. Après sa mort, en 1683, Louvois le remplace au ministère, quadruple la mise initiale de cent mille livres que Colbert avait alloué à la construction du dôme, se fait très présent sur le chantier et n'hésite pas à harceler les fournisseurs en pierre retardataires tel que Carel. Le , Hardouin-Mansart remet les clefs du Dôme au Roi-Soleil.

Louvois fut particulièrement attaché aux Invalides et souhaita y reposer à sa mort. Il fut bien inhumé dans l'église le mais ses restes n'y demeurèrent que sept ans : le , son cercueil quitte l'hôtel des Invalides et fut inhumé dans l'église du couvent des Capucines, qu'il avait fait construire au débouché de la place Vendôme. On soupçonne Madame de Maintenon, épouse morganatique du roi et vieille adversaire de Louvois, d'avoir fait retarder la construction de son mausolée car le roi n'avait pas libéré les crédits à cet effet. Louvois reste néanmoins présent aux Invalides par un joli jeu de mots : parmi les décorations d'armes sur une lucarne, l'une nous présente, étrangement, un animal sortant des hautes herbes fixant la cour. En effet, d'ici le « loup voit »[9].

 
En 1756 par Pérau.

Le lieu devint alors une véritable promenade pour les Parisiens, se mêlant à la population militaire. Les cérémonies qui s'y dérouleront attireront là encore de nombreux spectateurs. Les Invalides resteront pour la monarchie l'objet de Louis XIV. Louis XV ne s'y rendra pas, et Louis XVI qu'à de rares occasions durant lesquelles il salua toujours la performance de cette institution. Autre invité illustre de l'époque monarchique, le tsar Pierre Ier de Russie s'y rendra en avril 1717.

Fin de la royautéModifier

 
Le , par Jean-Baptiste Lallemand.
 
Prise des armes aux Invalides, (musée de la Révolution française).

Lundi , à la nuit tombée, les barricades se lèvent dans Paris. Le baron Pierre-Victor de Besenval, lieutenant général des armées du roi et colonel du régiment des gardes suisses, est chargé de la protection de la ville, mais celui-ci, face à la menace, s'est retranché avec ses troupes dans son camp installé au champ de Mars. La foule s'arme de bâtons et petit à petit pille le couvent Saint-Lazare. Le gouverneur Charles François de Virot de Sombreuil, chargé des Invalides, sait que ce climat s'est propagé dans les propres rangs de son institution. Les réformes impopulaires du comte de Saint-Germain, ministre de la Guerre de Louis XVI, ont mis à dos le gouverneur royaliste et son état major. Parmi les invalides eux-mêmes, la proximité avec les loges maçonniques et la cohabitation avec les soldats français rescapés du corps expéditionnaire de La Fayette durant la révolution américaine, entraînent un élan de sympathie pour le mouvement révolutionnaire.

Le lendemain, , à sept heures du matin, le Comité permanent des électeurs, siégeant à l'hôtel de ville, envoie Ethis de Corny, procureur du Roi, pour réclamer les armes stockées aux Invalides. Celui-ci arrive à neuf heures, avec son escorte armée. Le gouverneur, ne disposant que de sa garde et d'une compagnie d'artilleurs, refuse de livrer les armes sans ordres formels du roi. Déjà la veille au soir, Sombreuil avait reçu la demande de fournir les armes au peuple. Il avait alors compris l'intérêt de ce stock pour la foule et avait employé 20 invalides pour retirer les chiens des fusils et ainsi les rendre inutilisables. Mais ceux-ci prirent du retard, sûrement pour soutenir l'action révolutionnaire, et l'idée fut abandonnée. Sombreuil explique alors à Ethis de Corny qu'un courrier est parti pour Versailles, et lui demande d'attendre la réponse. Néanmoins la foule qui se masse autour des Invalides refuse la demande et se lance à l'assaut du bâtiment. L'ordre est donné aux artilleurs de faire feu sur la foule mais pas un seul tir ne se fera entendre. Les invalides eux-mêmes ouvrent les grilles. La prise des Invalides permettra à la foule de récupérer 32 000 fusils et 27 canons qui serviront à la prise de la Bastille.

Le , Sombreuil ne peut calmer ses hommes. Il donne alors sa démission, qui sera refusée par le roi, qui lui demande d'attendre que l'Assemblée prenne une décision quant au sort de l'institution. Le dossier sera examiné bien plus tard en 1791 par la Constituante, chargeant Edmond Louis Alexis Dubois-Crancé du dossier, celui-ci étant déjà chargé du dossier de la réorganisation de l'armée. Celui-ci souhaite la fermeture de l'hôtel pour faire des économies et augmenter la solde des 30 000 soldats invalides répartis dans tout le pays. Les malades seraient alors répartis dans les 83 « hospices de la Patrie » que la Constituante cherche à créer. Le bâtiment serait revendu à la Mairie de Paris qui pourrait alors le réutiliser comme prison. Le projet est débattu, les invalides eux-mêmes sont divisés, l'abbé Jean-Sifrein Maury est l'un des plus grands détracteurs de l'idée d'une fermeture d'un établissement qu'il juge être « un exemple pour toute l'Europe ».

Le [10], la Constituante tranche le maintien de l'édifice et de son statut, mais sous le nouveau titre d'« hôtel national des militaires invalides » qui sera à la charge d'un comité électif du département de Paris. Ce nouveau statut sera contesté par une partie du personnel (entre autres le héros de la prise de la Bastille, Cordier, et la responsable de l'infirmerie, la veuve Piat), et sera finalement supprimé le puis remplacé par une Agence révolutionnaire, composée de Jacobins. Ceux-ci feront arrêter Sombreuil, qui sera guillotiné à tort avec son fils Stanislas, le . Depuis, l'hôtel avait déjà été maintes fois pillé, les emblèmes royaux et symboles religieux martelés, les cours rebaptisées (la cour Royale devient celle de la République, celle de l'Infirmerie en celle de l'Humanité, celle du Gouverneur en celle des sans-culottes…). Les quatre vertus qui ornaient le lanternon du dôme seront d'ailleurs saisies, fondues, pour devenir des balles. Le symbole de Louis XIV subit ainsi les foudres de la Révolution. Néanmoins, avec la déclaration de guerre contre l'Autriche du , le gouvernement révolutionnaire n'hésita plus à se tourner vers ses anciens soldats, les emblèmes ennemis sont présentés aux Invalides, des hommes à poigne sont enfin nommés à la tête de l'institution pour la redresser, tel que Louis-Adrien Brice de Montigny épaulé de l'adjudant-général Dumesnil et du général de division Jean-François Berruyer. Avec le temps, l'institution retrouve ses marques. Mais c'est un nom qui viendra unir les pensionnaires. Les blessés de la campagne d'Italie ne parlent déjà que de lui : le jeune général Napoléon Bonaparte.

Le tournant napoléonienModifier

 
Première distribution des décorations de la Légion d'honneur dans l'église des Invalides, le , Jean-Baptiste Debret (1768–1848), 1812, musée de l'Histoire de France (Versailles).

Renommé hôtel national des militaires invalides[11], il est menacé de disparition, mais le jeune général n'a jamais cessé d'entretenir avec les Invalides un rapport étroit. C'était pour lui, à ses débuts, une manière de se légitimer, de gagner le cœur des soldats. C'est ainsi que le , l'anniversaire de la fondation de la République, menée par le Premier consul, se tiendra aux Invalides, durant lequel, le discours prononcé par son frère, Lucien Bonaparte, fera vibrer la corde nationale des vieux soldats. À l'annonce de l'explosion de la bombe le lors de la visite de Bonaparte à l'opéra, complot mené par Cadoudal, les Invalides adressent immédiatement leur soutien et leurs vœux d'avenir. Avec l'annonce du senatus-consulte du , proclamant l'Empire, les vieux révolutionnaires s'inquiètent.

Alors, Napoléon ruse, il décale l'anniversaire de la prise de la Bastille au lendemain, un dimanche, jour de repos. La ruse tient au fait qu'en même temps, il prépare une cérémonie nouvelle qui, elle aussi, prendra place aux Invalides. Ainsi, le eut lieu en la chapelle des Invalides une fastueuse cérémonie officielle : la toute première remise de médailles de la Légion d'honneur par Napoléon aux officiers méritants.

La cérémonie est réglée au millimètre. Joséphine, ses belles-sœurs et ses dames d'honneur devancent Bonaparte qui quitte les Tuileries à midi sur un cheval richement harnaché. Il est escorté de ses maréchaux, aides de camp, colonels, généraux de sa garde et grands officiers, ainsi qu'une interminable haie de soldats, l'accompagnant jusqu'à l'entrée du dôme. Le nouveau gouverneur des Invalides, le général-sénateur Sérurier, ainsi que le cardinal De Belloy viennent à sa rencontre, Napoléon s'installe sur le trône installé dans le chœur. Depuis l'inauguration de Louis XIV en 1706, on n'avait connu pareille gloire pour le monument. Hauts militaires, Clergé et grands savants se disputent les meilleures places, alors que les élèves de Polytechnique et les invalides, installés sur des gradins, assistent à tout ce beau spectacle.

 
Napoléon Ier visitant l'infirmerie des Invalides, , Alexandre Veron-Bellecourt, 1809, musée de l'Histoire de France (Versailles).
Il est accompagné des maréchaux Berthier, Duroc, Murat, Sérurier (gouverneur de Invalides), et du médecin des Invalides, Jean François Coste.

Après les discours vient le moment des décorations. Napoléon lui-même reçoit la Légion d'honneur des mains de son petit-fils et neveu, le prince Louis, mais celui-ci le détache de son habit et préfère alors décorer le cardinal Giovanni Battista Caprara. Le noble geste attire la sympathie de la foule. Napoléon, qui a à ses pieds deux bassins, l'un contenant les légions en or pour les grands officiers, commandants et officiers, l'autre d'argent pour les chevaliers, commence la distribution en épinglant les croix à la poitrine de chacun. On y retrouve de brillants militaires, Kellermann, Oudinot, Suchet, Marmont… mais aussi les cardinaux comme Belloy ou Fesch, des scientifiques comme Monge, fondateur de Polytechnique, le chimiste Berthollet, les astronomes Lalande, Cassini ou Méchain, le chirurgien Pelletan, le savant apothicaire Parmentier, ancien employé des Invalides, et bien d'autres peintres, musiciens, botanistes, cuisiniers… À chacun d'eux il touche un mot, sur leurs blessures, leurs travaux, leurs souvenirs communs… Après la cérémonie, le Te Deum de Pierre Desvignes retentit dans le chœur de la chapelle impériale alors que Napoléon repart avec le grand-maître des cérémonies, M. De Ségur, et le grand chambellan Talleyrand.

Si son frère, Lucien Bonaparte, rêve d'une grande nécropole militaire, Napoléon lui, écarte les projets, n'étant pas suffisamment grandiose pour rivaliser avec l'œuvre de Louis XIV. Il préfère s'occuper du fonctionnement de l'Institution, ainsi que de sa réputation. Il efface tous les mauvais traitements qu'avait infligés la Révolution française, avec la dégradation des statues, et ainsi il demande à Pierre Cartellier la reconstitution de la statue équestre de Louis XIV, sur le haut relief de la porte d'honneur, sculptée par Nicolas Coustou.

L'Empereur y place le en grande pompe l'épée du roi de Prusse Frédéric II de Prusse, acquise à la suite de sa victoire le à la bataille de Potsdam.

Napoléon se rendra à plusieurs reprises écouter les récriminations de ses anciens compagnons d'armes. Le , il concède à l'hôtel un budget de 6 millions de francs de l'époque. C'est pour les Invalides un véritable âge d'or que ce Premier Empire.

De la mort de Napoléon à nos joursModifier

 
Le Napoléon Ier en petit caporal de Charles Émile Seurre, avec son bicorne et sa redingote grise ouverte sur son uniforme des chasseurs de la Garde, main gauche glissée dans le gilet et lunette télescopique dans la main droite, les boulets à ses pieds rappelant qu'il a été artilleur[12]. Cour d'honneur de l'hôtel des Invalides.

En 1814, les Invalides sont rebaptisés « hôtel royal des Invalides », mais dans le cœur des militaires bonapartistes ils restent le lieu emblématique de leur héros. Avec la chute de Charles X et l'avènement de Louis-Philippe Ier, les bonapartistes sont libres d'afficher leur fidélité et la question du retour des cendres peut être posée. Victor Hugo et Alexandre Dumas réclament ce retour. Finalement, c'est Adolphe Thiers qui, à l'Assemblée, parvient à faire basculer le débat. Le retour des cendres lui semble un beau symbole du retour d'une France puissante. Si Louis-Philippe Ier reste réticent, son fils le duc d'Orléans est enthousiaste. Le , jour de la saint Louis-Philippe, celui-ci accepte la requête d'Adolphe Thiers. Charles de Rémusat, ministre de l'Intérieur, demande alors à l'Assemblée, un crédit d'un million de francs pour financer le retour des restes et la construction d'un tombeau dont l'emplacement est déjà désigné : les Invalides, déjà choisies par Napoléon lui-même. Lorsque le deuxième million réclamé à l'Assemblée est refusé, la presse se déchaîne : les royalistes y voient un affront, les républicains une somme colossale, les bonapartistes une dépense naturelle. Le prince de Joinville est chargé du transfert à bord de La Belle Poule et de La Favorite le de Toulon, revenant le à Cherbourg. Mais coup de théâtre entre deux, le gouvernement Adolphe Thiers vient de chuter et celui-ci est remplacé par le maréchal Soult qui charge François Guizot des Affaires étrangères, et ainsi donc du rapatriement. Or celui-ci est un fervent adversaire de Thiers ainsi qu'un anti-bonapartiste. Joinville se retrouve alors bloqué à Cherbourg, attendant des ordres qui n'arrivent pas. Si le chantier avance à grands pas sous la houlette des maîtres d'œuvre Henri Labrouste et Louis Visconti, la cérémonie, elle, n'est pas prête. Néanmoins, la Dorade peut enfin remonter la Seine pour accoster à Courbevoie au cri de « Vive l'Empereur ! ».

À partir de 1871, sous la troisième République, l'hôtel se dote très tôt d'une fonction muséographique : musée d'artillerie en 1872 et musée historique des armées en 1896, réunis en musée de l'armée en 1905. En 1896, il n'y a qu'une quarantaine d'invalides dans l'hôtel[11].

 
Monument aux morts inauguré en 1925, en face de la place Vauban.

Différents décors ont eu une existence temporaire : outre la statue d'Eugène de Beauharnais installée entre 1870 et 1970 dans l'avant-cour du côté de l'Esplanade, les chars du Maréchal Leclerc, l'avion de Guynemer et bien d'autres témoins de l'histoire militaire du XXe siècle, on peut citer notamment les grandes fresques du peintre Bénédict Masson représentant des scènes de l'histoire de France depuis les origines, commencées sous le second Empire et jamais achevées. Restaurées en 1913, elles ont définitivement été effacées par les restaurations de la fin du XXe siècle.

La statue en pied de Napoléon dans la cour d'honneur a connu des vicissitudes : commandée par Louis-Philippe au sculpteur Charles Émile Seurre pour être installée au sommet de la colonne Vendôme en 1833, elle est remplacée sous Napoléon III par une statue jugée plus digne représentant Napoléon dans la toge de César. C'est cette statue qui sera abattue par la Commune de Paris. En attendant, la statue de Seurre est installée au rond-point de Courbevoie[13], situé dans l'axe historique de l'Ouest parisien. À la chute du Second Empire, elle est déboulonnée par les Parisiens, qui croient la rumeur selon laquelle les Prussiens veulent l'attacher par le cou et la traîner le long des rues de la capitale. Devant être transférée aux Invalides pour échapper aux Prussiens en 1870 et à la Commune en 1871, elle est placée sur une barge de la Seine, mais elle tombe à l'eau (accident ? Jetée intentionnellement ?). Une rumeur prétendit que la tête en bronze se sépara du corps lors de la chute et que la tête actuelle ne serait pas l'originale. Elle est repêchée en 1876 et placée dans les réserves des Invalides. Restaurée, à l'initiative de la Société des amis du musée de l'Armée, elle trouve le sa place actuelle aux Invalides[14]. Elle est remplacée à Courbevoie par le groupe sculpté La Défense de Paris, inauguré en 1883.

L'hôtel des Invalides accueille une centaine de grands invalides de guerre des armées françaises. L'administration chargée de cette mission est l'Institution nationale des invalides. C'est aussi resté le lieu parisien emblématique de l'armée française, et de ce fait la cour d'honneur de l'hôtel des Invalides est un cadre privilégié pour de nombreuses cérémonies militaires.

Le samedi , le pape Benoît XVI célébra une messe sur l'esplanade des Invalides devant 260 000 personnes dans le cadre de son voyage apostolique en France.

La double égliseModifier

L'église Saint-Louis-des-Invalides se composait de deux espaces contigus qui partageaient initialement le même sanctuaire :

  • Le dôme des Invalides, aujourd'hui désacralisé, chapelle à l'usage exclusif de la famille royale, puis panthéon militaire ;
  • l'église des soldats, aujourd'hui cathédrale Saint-Louis-des-Invalides, construite pour les pensionnaires des Invalides, déclarée « cathédrale » du diocèse aux armées françaises en 1986[15].

Ces deux espaces sont séparés par une verrière conçue par l'architecte Alphonse-Nicolas Crépinet en 1873 et achevée en 1876[16].

Le dôme des InvalidesModifier

 
Le dôme des Invalides.
 
Robert Bénard, Pavé sous le dôme des Invalides, gravure pour L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, volume 4.

Le plan général de l’édifice au sol, par Jules Hardouin-Mansart, est simple : une croix grecque inscrite dans un plan carré. Chacune des façades extérieures est composée de deux ordres superposés, soulignés par un porche surmonté d’un fronton triangulaire. Elle est couronnée d'un dôme culminant à 90 mètres[17] surmonté d'un lanternon portant la hauteur total à 107 mètres (351 pieds).

Le dôme est posé sur un haut tambour à deux étages ornés de hautes fenêtres. C’est à ce niveau que la très grande rigueur « classique » de l’architecture évolue sensiblement : les formes se compliquent plus l'on s’élève en hauteur, d'une architecture à structure carrée au sol surmontée de frontons triangulaires, on passe insensiblement à des formes complexes où les courbes dominent peu à peu en s'élevant : tambour, volutes, dôme, oculi… Le premier étage du tambour est entouré de contreforts qui supportent la double coupole en pierre à l'intérieur. Ces contreforts, inspirés de ceux de Saint-Pierre de Rome, sont intercalés avec de hautes fenêtres aux linteaux courbés, ils sont chacun ornés de deux colonnes géminées comme pour les entrefenêtres où il n'y a pas de contreforts. Ces contreforts, au nombre de huit, ne sont pas disposés régulièrement aux points cardinaux de l’édifice mais regroupés par deux car les piliers sur lesquels ils reposent sont situés à l'intérieur de l'édifice, en paires, aux quatre coins de la croisée, c'est-à-dire de biais aux faces externes du monument. Des petites volutes typiquement baroques complètent ces contreforts à la base du deuxième étage du tambour, comme à l'église Notre-Dame du Val-de-Grâce et à l’image de la Salute de Venise.

Le dôme de couverture proprement dit, de forme ovoïde, entouré de pots à feu, est fait d'une couverture de plomb sur une solide charpente en bois de chêne. Il est constitué de douze compartiments dorés et décorés de trophées dans lesquels se dissimulent des lucarnes. Enfin, le dôme de couverture est surmonté d’un haut lanternon élancé, entièrement doré, qui n'est pas sans rappeler des formes gothiques. C’est un pavillon carré, posé de biais à la façade, dont les colonnes d'angle, ornées de statues, encadrent un obélisque effilé terminé d’une croix. La construction de ce dôme a été achevée en 1708, 27 ans après la pose de la première pierre.

Il a été redoré en 1807, 1830, 1839, 1937 et pour la dernière fois en 1989, nécessitant 12 kilos d’or à cette occasion[18].

À l'intérieur, sous le dôme de couverture en charpente, deux coupoles en pierre de taille sont ornées de fresques qui représentent, d'une part, les figures de plusieurs saints peintes par Jean Jouvenet et, d'autre part, une immense composition de Charles de la FosseSaint Louis, drapé de son manteau royal d'hermine à fleurs de lys, remet son épée à Jésus-Christ, entouré d'anges musiciens.

Depuis 1861, sous le dôme et les coupoles, repose les cendres de l'empereur Napoléon Ier dans six cercueils successifs à l'intérieur d'un sarcophage de quartzite rouge, dans une crypte à ciel ouvert creusée à cet effet au centre de l'édifice.

ChapellesModifier

Au rez-de-chaussée, les chapelles d'angle sont dédiées à quatre pères de l'Église (Saint-Grégoire, Saint-Augustin, Saint-Jérôme et Saint-Ambroise), les deux médianes à la Vierge et Sainte-Thérèse. Elles sont décorées de peintures réalisées par Pierre Dulin, Louis de Boullogne, Bon Boullogne, Noël Coypel et Michel Corneille.

Images du dômeModifier

La cathédrale Saint-Louis-des-InvalidesModifier

Elle a été construite à partir de 1676 par Jules Hardouin-Mansart, après la conception par Libéral Bruant, l'architecte de l'hôtel des Invalides.

Depuis le 21 juillet 1986, la cathédrale est le siège de l'évêque du diocèse aux Armées françaises. Le chœur de la cathédrale Saint-Louis est le seul de toutes les cathédrales qui soit, en permanence, orné de drapeaux français.

L'hôtel des Invalides et l'urbanisme parisienModifier

 
Le pont Alexandre-III a été construit dans l'axe de l’hôtel des Invalides.
 
Les Invalides sous Louis XIV, vue depuis le nord.

Le dôme doré des Invalides constitue un des points de repère du paysage parisien.

Sous Louis XIV, les Invalides étaient situés hors Paris, en rase campagne, entourés de champs et de prairies. À l'origine, l'entrée principale des Invalides se faisait par la Chapelle royale (le dôme), au sud. Un grand parvis avec colonnade était prévu pour accueillir en grande pompe le roi et sa cour venant de Versailles en empruntant de larges allées rayonnantes bordées d'arbres. Paris s'étendant, les Invalides se sont retrouvés au cœur de la ville et l'urbanisation a intégré ces anciennes avenues royales pour en faire le tissu urbain du 7e arrondissement, notamment l'avenue de Breteuil mais aussi l'avenue de Ségur, l'avenue de Villars, l'avenue de Tourville, le boulevard des Invalides et le boulevard de La Tour-Maubourg. L'avenue de Lowendal quant à elle a été ajoutée plus tard.

Depuis l'origine, le parvis nord de l’hôtel se prolonge jusqu'à la Seine par une large esplanade publique: l'esplanade des Invalides. Les ambassades d'Autriche et de Finlande, la gare des Invalides et l'hôtel du ministre des Affaires étrangères la longe. Deux espaces cimentés aux extrémités nord servent de terrain de jeu aux patineurs à roulettes. Comme le Champ-de-Mars et le jardin des Tuileries, l'esplanade des Invalides est un des rares grands espaces libres de construction à l'intérieur de Paris. Au bout de cette esplanade, qui accueillit l'Exposition universelle de 1900, le pont Alexandre-III a été construit sur la Seine dans l'axe de l’hôtel des Invalides et de son dôme pour les mettre en valeur dans la perceptive d'une avenue triomphale. Ce pont, le plus luxueux de Paris, mène outre-Seine au Petit Palais et au Grand Palais construits le long de cet axe.

L’hôtel a la mission de garder les emblèmes et trophées de la France. À ce titre, les canons pris à l'ennemi sont exposés en trophée le long des douves, face à l'esplanade des Invalides. Jusqu'au début du XXe siècle, ils tiraient des salves d'honneur pour marquer les grandes manifestations publiques.

L'hôpital militaire des InvalidesModifier

 
La cour d'honneur de l’hôtel des Invalides (ces bâtiments sont aujourd'hui occupés par le musée de l'Armée).

Les soldats invalides n'accédaient aux Invalides qu'après dix années de service dans l'Armée, puis porté à vingt en 1710 et à dix-huit ans à partir de 1729, soit trois engagements[19]. La charge était remise au gouverneur de l'hôtel, car le lieu était considéré à la fois comme un bâtiment religieux, mais à l'organisation militaire, de vérifier les différents dossiers de candidature. Ainsi les protestants, les marins et les malades des écrouelles furent refusés à l'époque de Louis XIV. Religieuse donc, par le refus des protestants à partir de 1685[20], mais aussi par la formation de quarante jours que chaque soldat recevait à son arrivée par les prêtres. Cette instruction religieuse fut souvent descendue à quinze jours pour les officiers. Une différence que l'on retrouve dans le logement. Par deux ou trois, les officiers ont le droit à une chambre chauffée. Pour les soldats, des dortoirs de cinq ou six lits. La qualité des couvertures et la forme des lits en sont d'autres preuves. Au XVIIe siècle, on compte 343 chambres de soldats et 41 chambres d'officiers, pour un total de 2140 lits[21].

La vie quotidienne y est agréable, ils se promènent librement, allant dans l'un des huit chauffoirs dont deux étaient considérés comme « fumeurs ». Si les femmes sont interdites, les soldats mariés pourront découcher deux fois par semaine. Interdiction de boire ou manger dans les chambres, et interdiction à toute forme de commerce sous peine d'exclusion. Les premiers invalides rescapés de la guerre de Trente Ans sont admis dès la fin des travaux en 1674. L'institution saturée dès 1676, les invalides pouvaient loger à l'extérieur de l'hôtel via leurs soldes. Louis XIV n'hésitait pas à distribuer des terrains à ses soldats sur lesquels ils pouvaient faire bâtir leur maison. Néanmoins, entre 1676 et 1690, le bâtiment accueille 6 000 invalides, nourris copieusement, et bénéficiant de bonnes règles d'hygiène et d'un service luxueux d'infirmerie. En effet, celui-ci comprendra 300 lits individuels à l'époque de Louis XIV, véritable luxe à l'époque. Les soins sont assurés par trente « sœurs grises » (Filles de la charité), un médecin, un apothicaire, dont le plus célèbre fut sans doute Antoine Parmentier au XVIIIe siècle, et un chirurgien.

Deux fois par jour, médecin et chirurgien font la tournée des lits, cahier d'ordonnances à la main. Béquilles et jambes de bois sont distribuées le jeudi. La nuit, deux sœurs veillent sur les malades. Le lieu reste sous la coupelle religieuse. Douze prêtres de la congrégation de la Mission de Saint-Lazare se chargent des offices : prières quotidiennes au roi, pour sa famille et la « prospérité des armes ». Matin et soir, les invalides suivent la prière, ainsi que les vêpres les dimanches et jours de fêtes.

Les invalides travaillent néanmoins encore au service de l'État. Les plus valides sont envoyés en détachement (comme à Dieppe, Lisieux, Honfleur, Saint-Malo…), dès 1690, alors que d'autres restent à Paris pour confectionner des uniformes, des bas, des souliers ou même des tapisseries dans les manufactures installées à l'hôtel. L'une de ces manufactures, objet de toutes les fiertés, l'atelier de calligraphie et d'enluminures, travaille même pour Versailles. Une discipline de fer règne sous Louis XIV aux Invalides. Pas de retardataires acceptés lorsque les grilles se ferment au son du tambour militaire le soir. Un système de récompense enrichit les délateurs sur les mœurs mauvaises des invalides. En cas de faute : privation de vin, retenues, prison, expulsion ou « cheval de bois » (le soldat est assis sur un cheval d'arçon, dans l'avant-cour de l'hôtel et subit les moqueries de ses compagnons…) sont possibles.

À la suite de la loi du visant à combattre l'alcoolisme, notamment dans l'armée, le gouverneur des Invalides écrit au ministre de la Guerre Ernest Courtot de Cissey, qui est derrière ce texte, pour lui indiquer qu'il sera « dans l'obligation de faire envoyer de l'Hôtel les vieillards ayant versé leur sang pour leur pays » et obtient de lui une exemption pour les pensionnaires des Invalides[22].

En 1918, l'hôpital connaît un afflux de blessés.

En 1940, les pensionnaires sont évacués dans l'Orne avant de revenir définitivement en . En 1942, un réseau de résistance prend domicile au pied du Dôme, permettant l'évasion d'aviateurs alliés[11].

Après la guerre, l'Institut accueille de nombreux blessés puis ceux des guerres d'Indochine et d'Algérie puis ceux des opérations extérieures (OPEX) et les victimes d'accidents au service de la France[11].

Dans les années 1970, le Ministère aux Anciens combattants décide la réfection et l'humanisation des locaux qui servent de lieu de vie à ceux qui ont servi le pays dans les ordres militaires, cette charge est confiée à l'entreprise alsacienne UA5, fondée par Jean Apprill et Pierre Gebhart, les travaux ont été dirigés par leur associé Jean-Paul Meyer. L'inauguration a été faite le par le président de la République Valéry Giscard d'Estaing et le gouverneur militaire de Paris, accompagnés de différents secrétaires d'État[23].

Depuis la loi du , l'Institut national des Invalides est un établissement public administratif.

De fait, l'hôpital est encore en activité, il dispose de 13 places en hôpital de jour. Il est ouvert à tous (pas seulement aux militaires) comme le sont tous les hopitaux militaires (Legouest (Metz), Bégin (Saint-Mandé), Percy (Clamart), Clermont-Tonnerre (Brest), Desgenettes (Lyon), Robert-Picqué (Villenave-d'Ornon), Laveran (Marseille) et Sainte-Anne (Toulon))[24],[25].

Le panthéon militaireModifier

 
Le sarcophage de Napoléon Ier en quartzite rouge.
 
Expédition du procès-verbal de la translation des restes mortels de l’empereur Napoléon Ier dans le sarcophage du tombeau construit dans l’église de l’hôtel des Invalides. Don de Napoléon III. , archives nationales de France.

Plusieurs hommes de guerre français reposent aux Invalides.

Ainsi, pour les périodes monarchique et révolutionnaire : le maréchal de France Henri de La Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, le cœur du maréchal Sébastien Le Prestre de Vauban, le cœur de Théophile Malo Corret de La Tour d'Auvergne, héros des guerres de la Révolution, le général François Séverin Marceau et Claude Joseph Rouget de Lisle, l'auteur de La Marseillaise.

La dépouille de Napoléon Ier, décédé en 1821 à l'île Sainte-Hélène, fut placée provisoirement — le tombeau commandé à Louis Visconti par Louis-Philippe n'étant alors pas achevé — dans la chapelle Saint-Jérôme le , sous la monarchie de Juillet dont les dirigeants cherchaient à rassembler les partisans de l'empereur défunt (dans le même temps, était en effet achevé l'arc de triomphe de l'Étoile).

Son corps (dans plusieurs cercueils successifs) ne fut placé que le , en présence de la famille impériale et de quelques dignitaires, dans un monumental sarcophage, ni dans la « très belle pierre proche du marbre » bretonne trouvée et proposée au gouvernement par le minéralogiste Paul Émile de La Fruglaye (petit-fils du célèbre Louis-René Caradeuc de La Chalotais) — qui finalement, y fit tailler son propre tombeau dans la chapelle de son château de Keranroux[26] —, ni dans du porphyre de Russie, comme il est souvent dit, mais dans du quartzite rouge de Finlande ou « grès métamorphique » extrait d'une carrière de Carélie appartenant au tsar Nicolas Ier de Russie[27], reposant sur un socle en granit vert des Vosges[28], l'ensemble étant placé dans une crypte ouverte de forme circulaire pratiquée au centre de la chapelle Saint-Louis, sous le dôme. La pierre tombale originelle de Napoléon Ier rapatriée en 1840 de l'île de Sainte-Hélène se situe elle à proximité, dans la cour de Nîmes, un jardin longeant l'église Saint-Louis-des-Invalides.

Le , les « cendres » ou plutôt le cercueil de son fils unique, dit le « roi de Rome » Napoléon II ou « l'Aiglon », y furent transportées de Vienne pour y être placées dans une chapelle du dôme des invalides[29], sur proposition d'Adolf Hitler conseillé par Otto Abetz et en présence de Fernand de Brinon pour le Gouvernement de Vichy (Paris étant à l'époque en zone occupée).

Y reposent également les dépouilles de ses frères Joseph et Jérôme Bonaparte ainsi que le cœur de la reine de Westphalie, épouse de ce dernier, et d'autres membres de la famille Bonaparte.

Plusieurs commandants en chef de la Première et Seconde Guerre mondiale ont été également inhumés aux Invalides : les maréchaux de France Ferdinand Foch, Hubert Lyautey, Philippe Leclerc de Hauteclocque, Alphonse Juin, les généraux Robert Nivelle, Charles Mangin, Pierre Auguste Roques et Henri Giraud, les amiraux Boué de Lapeyrère et Gauchet.

Les gouverneurs de l'hôtel des Invalides, qui reste une place militaire, le sont également ; l'amiral Émile Guépratte, le général Louis Ernest de Maud'huy sont enterrés dans le caveau qui leur est réservé.

À défaut de leur dépouille, plusieurs grands personnages militaires français ont seulement leur cœur inhumé aux Invalides.

Personnalités reposant dans l'égliseModifier

À ce jour, le tombeau impérial est entouré[30], dans les chapelles, par :

Les cœurs posés sur des cippes en marbre dans la crypteModifier

Les corps d’autres grands militaires reposant dans la crypte[31]Modifier

Gouverneurs des InvalidesModifier

Tous les gouverneurs des Invalides y ont leurs sépultures, à l'exception de Charles François de Virot de Sombreuil, remplacé par sa fille Marie-Maurille de Sombreuil.

Geneviève Alexandrine Framboisier de Bauney de Sainte-Honorine épouse de Guillaume Marie de Gilibert de Merliac, lieutenant colonel major de l'hôtel des Invalides de 1767 à 1793, y a également sa sépulture.

Hommage nationalModifier

L'hôtel des Invalides, en tant que Panthéon militaire, est le lieu de ceux qui sont morts pour la nation. Depuis le retour des cendres de Napoléon aux Invalides en 1840[32], l'hommage national se déroule, le plus souvent, dans la cour d'honneur de l'hôtel des Invalides. Bien qu'il s'agisse habituellement d'un hommage rendu aux soldats tués dans les combats, de nombreuses personnalités civiles y ont été honorées après leur mort.

Cette distinction officielle a également lieu pour les victimes du terrorisme, comme celles des attentats du 13 novembre 2015 (première fois qu'un hommage national est rendu à des civils anonymes), Xavier Jugelé et le caporal Albéric Riveta en 2017 ou Arnaud Beltrame en 2018. En revanche, les familles des victimes des attentats de janvier 2015 en France n’ont pas voulu d’une cérémonie militaire, l'hommage ayant lieu à l’Élysée, à huis clos, loin des caméras[33].

La cérémonie d'hommage national a lieu dans la cour d'honneur des Invalides. D'un côté de cette cour sont alignés, au garde-à-vous, des détachements des trois armées et la musique, de l'autre côté les civils. La cérémonie, présidée par le président de la République, comprend traditionnellement les phases suivantes : les honneurs militaires puis la revue des troupes par le président de la République (qui est également chef des armées), l'arrivée du cercueil recouvert du drapeau national, une prise de parole de proches, l'éloge funèbre prononcé par le chef d'État, les honneurs funèbres militaires, le départ du cercueil et les honneurs aux drapeaux[34],[35].

Hommages de personnalitésModifier

Les muséesModifier

  • Dôme des Invalides
  • Église Saint-Louis-des-Invalides
  • Musée de l'Armée
  • Musée des Plans-Reliefs
  • Musée de l'Ordre de la Libération
  • Institution nationale des Invalides
  • Gouverneur des Invalides
  • Gouverneur militaire de Paris
  • Chancellerie de l'ordre de la Libération
  • Office national des anciens combattants et victimes de guerre
  1. Cour d'honneur
  2. Cour d'Angoulème
  3. Cour d'Austerlitz
  4. Cour de la Victoire
  5. Cour de la Valeur
  6. Cour de Mars
  7. Cour de Toulon
  8. Cour de Nismes
  9. Cour de Metz
  10. Cour de l'Infirmerie
  1. Cour d'Oran
  2. Cour de la Paix
  3. Cour d'Arles
  4. Cour d'Alger
  5. Cour Saint-Louis
  6. Cour Saint-Joseph
  7. Cour Saint-Jacques

Le musée des Plans-reliefsModifier

Dès 1777, la galerie royale des plans-reliefs avait quitté le palais du Louvre pour les Invalides ; elle s'y trouve toujours, au musée des Plans-reliefs.

Le musée de l'ArméeModifier

 
Alignement des canons à l'entrée.

Elle y est rejointe en 1871 par le musée de l'Artillerie, dont les pièces ornent les cours et promenades du palais.

Pour conserver la trace des traditions de l'armée, ses trophées et les objets de la vie quotidienne des soldats, un musée historique de l'Armée est créé en 1896. Il fusionne avec celui de l'artillerie en 1905 pour former le musée de l'Armée.

Une section regroupe les armes et armures anciennes placées sous vitrines. Une autre, sur trois étages, retrace l'histoire des guerres de 1870, 1914-1918 et 1939-1945 avec de nombreux objets et documents d'époque.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle les Invalides cachèrent un réseau de résistance en 1942, le musée s'est agrandi du musée de l'ordre de la Libération et du musée d'histoire contemporaine (fermé en 2021, les collections étant transférées à Nanterre au sein du nouveau bâtiment de La Contemporaine).

L'historial Charles-de-Gaulle est un espace multimédia de 2 500 m2 en sous-sol, inauguré le , qui retrace la vie et l’œuvre du général de Gaulle par l'image et le son, principalement avec des documents audiovisuels.

AdministrationModifier

L'hôtel des Invalides a été dirigé par des gouverneurs (1670-1792), un conseil général d'administration (1793-1796), des commandants (1796-1803), de nouveau des gouverneurs (1803-1871), encore des commandants (1871-1941) et enfin de nouveau des gouverneurs depuis 1941.

Les Invalides hébergent également le secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale et le cabinet du gouverneur militaire de Paris.

GalerieModifier

CultureModifier

  • L'hôtel des Invalides fut le sujet d'un documentaire de commande réalisé par Georges Franju en 1951. Le documentaire glissant tout au long du film vers la critique et la dénonciation de la guerre et de ses conséquences, l'armée le refusa.
  • La fin du film Les Aventures de Rabbi Jacob se déroule dans la cour de l'hôtel des Invalides.
  • La fin du Guignolo se déroule dans la cour de l'hôtel des Invalides. Le dôme n'a pas encore été redoré.

Notes et référencesModifier

  1. Notice no PA00088714, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. Élisabeth Belmas et Serenella Nonnis-Vigilante, La santé des populations civiles et militaires : nouvelles approches et nouvelles sources hospitalières, XVIIe – XVIIIe siècles, Villeneuve d'Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, , 311 p. (ISBN 978-2-7574-0162-0, lire en ligne), p. 52.
  3. Dès 1575, Henri III avait formé, dans la rue de Lourcine, dans l'ancien emplacement de l'« hôtel-Dieu du Patriarche », une maison royale et hospitalière pour les officiers et soldats infirmes, appelée « maison royale de la Charité chrétienne ».
  4. En 1603, Henri IV rend un nouvel édit en faveur de la maison royale de la charité chrétienne qui lui accorde une portion des revenus des hôpitaux et des maladreries.
  5. Pierre Gouhier, Les militaires, Éditions universitaires, , p. 64.
  6. Boris Bouget, Les Invalides. Le musée de l’armée. Le tombeau de Napoléon. Guide officiel, Paris, Réunion des musées nationaux-Grand Palais, , 64 p. (ISBN 978-2-71187-259-6), p. 10.
  7. Jean-Pierre Labatut, Louis XIV, roi de gloire, Imprimerie nationale, , p. 155.
  8. Anne Muratori-Philip, Histoire des Invalides, Éditions Perrin, , p. 20.
  9. François Lagrange et Jean-Pierre Reverseau, Les Invalides. L'état, la guerre, la mémoire, Éditions Gallimard, , p. 17.
  10. année à préciser, il ne peut pas s'agir de 1789
  11. a b c et d Journal de l'Union nationale des combattants, no 5, page 5.
  12. L'Artiste : journal de la littérature et des beaux-arts, Paris, (lire en ligne), p. 241.
  13. Elle est remplacée depuis par la statue de La Défense de Paris.
  14. La statue de Napoléon aux Invalides.
  15. Historique, sur le site du diocèse aux armées.
  16. Général Alexandre d'Andoque de Sériège, Saint-Louis des Invalides. La cathédrale des Armées françaises, Strasbourg, La Nuée bleue/Éditions du Quotidien et Paris, Musée de l'Armée, , 480 p. (ISBN 978-2-8099-1624-9), p. 119
  17. « Histoire de l'hôtel des Invalides : La coupole du Dôme par Charles de La Fosse », fiche du Musée de l'Armée (en ligne).
  18. François Poche et Jean-Claude Rochette, Le Dôme des Invalides. Un chef-d'œuvre restauré, Somogy, , p. 66.
  19. Alexandre Gady (dir), L'Hôtel des Invalides, Paris, éditions de l'esplanade, , 251 p. (ISBN 979-10-95551-00-3), p. 112
  20. L'édit de Fontainebleau (ou révocation de l'édit de Nantes) interdit le culte protestant en France.
  21. Alexandre Gady (dir.), L'Hôtel des Invalides, Paris, éditions de l'esplanade, 2015251 p. (ISBN 979-10-95551-00-3), p. 27
  22. Georges Gugliotta, Un officier d'état-major : le général Courtot de Cissey, réorganisateur de l'armée française (1810-1882), Montpellier, Université Montpellier-III, , 1109 p., p. 362.
  23. La documentation française, Paris, 1980.
  24. L'Hôtel national des Invalides, Ministère des Armées, 27 septembre 2015
  25. Hôpital de jour, Institution Nationale des Invalides, 27 Mars 2018
  26. Cf. Claude Frégnac, Merveilles des châteaux de Bretagne et de Vendée, Hachette-Réalités, 1970, p. 32).
  27. Musée de l'Armée, « Dôme des Invalides, tombeau de Napoléon Ier », sur www.musee-armee.fr, (consulté le ).
  28. Louis Antoine Léouzon le Duc, Le sarcophage de Napoléon en son tombeau des Invalides, , 39 p. (lire en ligne), p. 10.
  29. « Les cendres du roi de Rome ont été transportées près du tombeau de Napoléon », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  30. « Dôme des Invalides, tombeau de Napoléon Ier », sur musee-armee.fr (consulté le ).
  31. La cathédrale Saint-Louis des Invalides et la crypte des Gouverneurs.
  32. Christian Amalvi, « Hommage national : une cérémonie qui a évolué depuis les attentats de 2015 », sur franceculture.fr, .
  33. « Pourquoi l'hommage national est-il rendu aux Invalides ? », sur ouest-france.fr, .
  34. Hommage national à Simone Veil aux Invalides, présentation par le maître de cérémonie, sur youtube.com, 24 min 10 s.
  35. Pierre Breteau, « Cérémonie d’hommage au gendarme Arnaud Beltrame : qu’est-ce qu’un hommage national ? », sur lemonde.fr, .
  36. « Avant Jean-Paul Belmondo, qui a déjà reçu un hommage national aux Invalides ? », sur tf1info.fr, (consulté le ).
  37. « Cérémonie d’hommage de l’Ordre de la Libération aux 4 résistants qui vont entrer au Panthéon », sur actualites.musee-armee.fr, .
  38. « Une « cérémonie d'obsèques » pour Simone Veil mercredi aux Invalides », sur lejdd.fr, .
  39. « Aznavour en direct : « Nous sommes ici pour rendre hommage au maître de la chanson française » », sur lemonde.fr, .
  40. « Hommage national à Michel Bouquet le 27 avril aux Invalides », sur 20minutes.fr, .
  41. J.L., « Hommage funèbre à Jacques Perrin vendredi aux Invalides », sur bfmtv.com, (consulté le ).
  42. Amaury Coutansais Pervinquière, « Gisèle Halimi : un hommage national rendu aux Invalides «début 2022» », sur lefigaro.fr, (consulté le ).
  43. « Site officiel de La Nuit aux Invalides » [archive].

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • « L'Institution nationale des Invalides », dans Histoire de la médecine aux armées, tome 3 : de 1914 à nos jours, sous la direction de Pierre Lefebvre, éd. Lavauzelle, 1987, pp. 387-397.
  • Anne-Marie Grué-Gélinet, S’accrocher à une étoile - Ainsi va la vie aux Invalides, Le Cherche Midi, 2020.
  • Général Malleterre, Napoléon aux Invalides, Paris, La Renaissance du livre, 1921, 162 p.
  • Gabriel-Louis Pérau, Description historique de l'hôtel royal des Invalides par M. l'abbé Pérau […] ; avec les plans, coupes, élévations géométrales de cet édifice, et les peintures et sculptures de l'église, dessinées et gravées par le Sr Cochin ; à PARIS, Chez Guillaume Desprez, Imprimeur-Libraire ordinaire du Roi & du Clergé de France, rue St. Jacques, à S. Prosper & aux trois Vertus, MDCCLVI.
  • Georges Poisson, « Saint-Simon, le dôme des Invalides et Saint-Denis », Cahiers Saint-Simon, no 34,‎ , p. 91-104 (lire en ligne)

Liens externesModifier