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Traités du Cateau-Cambrésis

La paix du Cateau-Cambresis ou la réconciliation symbolique entre la France et l'Espagne.
Huile sur bois, école française, XVIe siècle, Palazzo Pubblico (Sienne).

La paix du Cateau-Cambrésis désigne les traités de paix signés les 2 et . Ils mirent un terme au conflit entre la France d'un côté, l'Espagne et le Saint-Empire romain germanique de l'autre.

Il est considéré comme le traité européen le plus important du XVIe siècle dont les accords sont restés en vigueur pendant plus d'un siècle. Il entraîne aussi une situation géopolitique nouvelle marquée par l'obligation de la France d'abandonner sa politique d'ingérence en Italie. Il marque ainsi la fin définitive des guerres d'Italie et le début de la prédominance espagnole en Europe.

Deux traités ont été signés par la France : le premier avec l'Angleterre d’Élisabeth Ire et le second avec l'Espagne de Philippe II.

Ils doivent leur nom à la commune du Cateau-Cambrésis, située à 20 km environ à l'est de Cambrai. Les discussions avaient commencé à l'abbaye de Cercamps, puis ont été achevées au château du Cateau-Cambrésis.

Premier traité (12 mars et 2 avril 1559)Modifier

Le premier traité du Cateau-Cambrésis fut conclu en deux temps, le 12 mars et le , entre les plénipotentiaires d’Henri II, roi de France, et ceux d’Élisabeth Ire, reine d'Angleterre. L'Angleterre a signé séparément : à Marie Tudor, catholique et épouse de Philippe II, a succédé le sa demi-sœur Élisabeth Ire. Une des premières manifestations de son pouvoir fut d'instituer la religion anglicane comme religion d'État, et de s'en nommer gouverneur suprême. Pour l'Espagne, il est donc évident que l'Angleterre n'est plus une alliée politique et religieuse. Élisabeth, jeune reine, par ailleurs préoccupée d'asseoir son pouvoir en Angleterre, abandonne Calais à la France, en contrepartie d'un versement de 500 000 écus. Calais avait été enlevée par surprise aux Anglais le , après un siège de seulement huit jours (Édouard III avait mis onze mois à prendre la ville en 1347) par le lieutenant-général du royaume François de Guise, revenu en toute hâte d'Italie après le désastre de Saint-Quentin, et qui, emporté par son élan, avait aussi repris Arlon et Thionville[1].

Second traité (3 avril 1559)Modifier

ParticularitésModifier

Le second traité, également appelé paix du Cateau-Cambrésis, fut négocié à l'abbaye de Cercamps (près d'Arras), et signé le entre les plénipotentiaires des rois de France et d'Espagne, Henri II et Philippe II. Il mit fin aux guerres d'Italie, et à l'épopée française dans la péninsule : c'est en 1494, soixante-cinq ans auparavant, que Charles VIII était entré à Florence. Mais ce traité est surtout notable par la longévité des accords qu'il entérine (ils seront confirmés à quelques détails près lors de la paix de Vervins en 1598, et respectés pendant près d'un siècle), autant que par l'ouverture d'une ère nouvelle en géopolitique.

Contexte politiqueModifier

Cette paix était devenue nécessaire aux deux parties épuisées financièrement, au point de risquer la banqueroute : leurs bailleurs de fonds (les banquiers d'Anvers notamment) étaient ruinés par une crise économique (1557-1559) sans précédent. La France, déjà affaiblie économiquement et saignée par les défaites de Saint-Quentin (1557) et Gravelines (1558), était de plus en proie à des troubles religieux. Le roi Henri II espérait profiter de la paix pour extirper la Réforme protestante[2]. Depuis trois ans, le protestantisme ne cessait de se développer malgré ses édits répressifs.

Mais la Réforme protestante grandissait aussi en Flandres, et même sur le sol espagnol. Philippe II d'Espagne, voulant affermir son gouvernement à Valladolid alors capitale du royaume, se préparait à y faire écraser par l'Inquisition un foyer réformé de même qu'à Séville : les autodafés allaient se succéder dans les mois à venir. L'Espagne, par ailleurs, sentait grandir sa vocation coloniale et évangélisatrice au Nouveau Monde, et cherchait à se faire de la France une alliée dans sa lutte contre la Réforme.

ClausesModifier

L'Empereur germanique Ferdinand Ier, propre oncle de Philippe II, ne fut pas représenté lors des tractations. Aussi la question des Trois-Évêchés jusque-là germaniques : Metz, Toul et Verdun, ne fut-elle pas abordée dans le traité, et ces trois places restèrent de facto à la France qui les avait conquises et occupées depuis 1552.

La France dut par contre rendre le duché de Savoie et les principales places du Piémont, le Charolais, le Bugey et la Bresse au duc de Savoie Emmanuel-Philibert, allié de l'Espagne. Elle dut aussi rendre la Corse à la république de Gênes, le marquisat de Montferrat au duc de Mantoue, et renoncer à ses prétentions sur le Milanais et sur la Franche-Comté.

Si elle devait encore libérer les places qu'elle avait occupées en Flandres, elle put cependant garder en Piémont les villes de Turin, Pignerol, Savillan, Chivas, Chieri et le marquisat de Saluces, et récupérer quelques places en Picardie : Saint-Quentin, Ham, Le Catelet.

Conséquences du traitéModifier

L'Espagne gardera dorénavant, et jusqu'au début du XVIIIe siècle, une domination assurée (soit directement soit indirectement) sur la mosaïque d'États de la péninsule italienne, hormis sur les républiques de Gênes et de Venise, et les États de Savoie et Piémont. Pour montrer que cette domination ne connaît pas d'exception, le duc d'Albe aura même obligé le pape Paul IV, allié des Français, à capituler formellement en 1557 ; les papes suivants seront les alliés obligés de l'Espagne dans la lutte contre la Réforme. Le traité du Cateau-Cambrésis, en faisant entrer l'Italie dans une longue période de stagnation économique et intellectuelle, marque l'arrêt de la Renaissance italienne.

Le traité prévoyait aussi de consolider la paix par des mariages royaux : le roi de France Henri II offrait ainsi sa fille aînée Élisabeth au roi d'Espagne Philippe II, veuf pour la deuxième fois depuis la mort de Marie Tudor. Il mariait d'autre part sa sœur, Marguerite, duchesse de Berry, au duc de Savoie Emmanuel-Philibert : la dynastie qui donnera au XIXe siècle ses premiers rois à l'Italie est ainsi confortée. Mais c'est pendant les festivités organisées pour les mariages royaux que le roi Henri II sera mortellement blessé, lors d'un tournoi : sa mort laissera la France entre les mains de Catherine de Médicis et de ses nombreux enfants, aux prises avec les guerres de religion, favorisées elles-mêmes par la démobilisation de la noblesse française à la suite des traités : les troubles intérieurs succédant aux guerres extérieures[3].

Notes et référencesModifier

  1. Récit contemporain de la prise de Thionville dans Claude de La Châtre de La Maisonfort, Mémoire sur les sièges de Calais et de Thionville, publié en 1744 par l'abbé Lenglet du Fresnoy (au début du troisième volume du Journal de Henri III), puis en 1823 et enfin dans le recueil J. A. C. Buchon, Choix de Chroniques et Mémoires sur l'histoire de France, Paris, A. Desrez, .
  2. Françoise Kermina, Jeann d'Albret, la mère passionnée d'Henri IV, éditions Perrin, 1998, p. 118.
  3. Claude Michaud, Entre croisade et révolutions, Publication de la Sorbonne, 2010.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

TextesModifier