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François Hollande

7e président de la cinquième République Française

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne la biographie de la personne. Pour sa présidence, voir présidence de François Hollande.

François Hollande
Illustration.
François Hollande en 2015.
Fonctions
Président de la République française

(4 ans, 11 mois et 29 jours)
Élection 6 mai 2012
Premier ministre Jean-Marc Ayrault
Manuel Valls
Bernard Cazeneuve
Prédécesseur Nicolas Sarkozy
Successeur Emmanuel Macron
Président du conseil général de la Corrèze

(4 ans, 1 mois et 21 jours)
Prédécesseur Jean-Pierre Dupont
Successeur Gérard Bonnet
Premier secrétaire du Parti socialiste

(10 ans, 11 mois et 30 jours)
Élection 23 novembre 1997
Réélection 18 mai 2003
Prédécesseur Lionel Jospin
Successeur Martine Aubry
Maire de Tulle

(6 ans, 11 mois et 27 jours)
Prédécesseur Raymond-Max Aubert
Successeur Bernard Combes
Député européen

(4 mois et 27 jours)
Élection 13 juin 1999
Législature 5e
Groupe politique PSE
Député français

(14 ans, 11 mois et 2 jours)
Élection 1er juin 1997
Réélection 16 juin 2002
17 juin 2007
Circonscription 1re de la Corrèze
Législature XIe, XIIe et XIIIe
Groupe politique SOC puis SRC
Prédécesseur Lucien Renaudie
Successeur Sophie Dessus

(4 ans, 9 mois et 9 jours)
Élection 12 juin 1988
Circonscription 1re de la Corrèze
Législature IXe
Groupe politique SOC
Prédécesseur Circonscription créée
Successeur Raymond-Max Aubert
Biographie
Nom de naissance François Gérard Georges Nicolas Hollande
Date de naissance (64 ans)
Lieu de naissance Rouen (Seine-Inférieure, France)
Nationalité Française
Parti politique Parti socialiste[n 1]
Conjoint Ségolène Royal (1978-2007)
Valérie Trierweiler (2007-2014)
Julie Gayet (depuis 2014)
Diplômé de Université Paris-II
HEC Paris
IEP de Paris
ENA
Profession Haut fonctionnaire
Avocat

Signature de François Hollande

Blason tulle.svg Armoiries république française.svg
Maires de Tulle
Présidents de la République française

François Hollande [fʁɑ̃swa ʔɔlɑ̃d][n 2] Écouter, né le à Rouen, est un haut fonctionnaire et homme d'État français, président de la République du au .

Magistrat à la Cour des comptes et brièvement avocat, il est élu pour la première fois député en 1988. Il exerce la fonction de premier secrétaire du Parti socialiste (PS) de 1997 à 2008, pendant la troisième cohabitation puis dans l'opposition. Au niveau local, il est maire de Tulle de 2001 à 2008 et président du conseil général de Corrèze de 2008 à 2012.

Désigné candidat du PS à l'élection présidentielle de 2012 à l'issue d'une primaire, il est élu chef de l'État face au président sortant, Nicolas Sarkozy, avec 51,6 % des suffrages exprimés au second tour. Sa présidence est marquée par une augmentation de la fiscalité puis par un virage social-libéral, par la loi sur le mariage homosexuel, par la tenue de la Conférence de Paris sur le climat, par des interventions militaires (au Mali, en Centrafrique et au Moyen-Orient), par la crise migratoire en Europe et par l'institution d'un état d'urgence à la suite de plusieurs attentats islamistes en France.

Confronté à de très faibles intentions de vote et au risque d'échec à une primaire, il renonce à se porter candidat à un second mandat, ce qui constitue une première sous la Cinquième République. Il se tient en retrait lors de l'élection de 2017, n'apportant pas son soutien au candidat du Parti socialiste, Benoît Hamon. Après sa présidence, il ne siège pas au Conseil constitutionnel — dont il est membre de droit et à vie — et n'occupe pas de mandat ou fonction de premier plan.

Sommaire

Éléments personnels

Famille et vie privée

Article détaillé : Famille de François Hollande.

François Gérard Georges Nicolas Hollande naît le à Rouen[1]. Il est le fils cadet de Georges Gustave Hollande, catholique[2], né le à Cognac, médecin ORL, candidat malheureux sur une liste d'extrême droite aux élections municipales de Rouen en 1959 et de Bois-Guillaume en 1965[3]. Sa mère, Nicole Frédérique Marguerite Tribert, catholique de gauche[3],[4], née le à Vigneux-sur-Seine et morte le à Cannes[5], était assistante sociale et figurait en 2008, en dernière position, sur la liste du Parti socialiste pour l'élection municipale de Cannes[6]. François Hollande a reçu une éducation religieuse catholique, qu'il considère comme « une bonne expérience », mais se définit lui-même comme « non-croyant » n'ayant « aucune pratique religieuse » et ayant sa « propre philosophie de la vie »[7],[8].

Il a un frère aîné, Philippe Hollande (1952-2017), artiste et musicien de jazz[9],[10]. Il est aussi cousin issu de germain de la journaliste Hélène Pilichowski[11],[12].

 
François Hollande et Ségolène Royal lors de la campagne présidentielle de 2007.

À la fin des années 1970, il fait la connaissance de Ségolène Royal, également de la promotion Voltaire (1980) de l'ENA. Il se lie avec elle au cours d'un stage effectué dans une cité HLM de banlieue, « La Noé », à Chanteloup-les-Vignes[13]. Le couple forme une union libre et a quatre enfants : Thomas (1984), qui est avocat, Clémence (1986), interne en hépato-gastro-entérologie à Paris, Julien (1987), cinéaste, et Flora (1992), étudiante en psychologie[14]. Leur séparation est annoncée au soir du second tour des élections législatives de 2007[15].

En 2010, François Hollande officialise sa relation avec la journaliste Valérie Trierweiler, née Massonneau[16],[17], qui était sa compagne depuis le milieu des années 2000[18],[19],[20],[21] ; cette relation était restée cachée pendant la campagne de Ségolène Royal[22],[23], durant laquelle celle-ci avait réaffirmé la bonne entente au sein de son couple, jusqu'à évoquer l'éventualité d'un mariage[24].

Le , le magazine Closer évoque la possible relation de François Hollande avec l'actrice Julie Gayet, publiant des photos à l'appui de ses affirmations[25]. Cette information est reprise par la presse internationale, mais aussi, fait inédit, par les médias français[26],[27]. Le , François Hollande, s’exprimant à titre personnel, annonce « la fin de sa vie commune » avec Valérie Trierweiler[28],[29],[30].

Leur relation n'étant toutefois pas officialisée, Julie Gayet n'est donc pas considérée comme étant la compagne du président de façon formelle et n'apparaît pas à ses côtés en public de manière officielle. Ils effectuent leur première apparition publique le , à l'occasion de la cérémonie d'hommage à Johnny Hallyday[31].

Jeunesse et études

Il passe son enfance à Rouen, puis, à partir de 1958, à Bois-Guillaume[32], ville résidentielle sur les hauteurs de Rouen, dans un quartier aisé. Il est élève au pensionnat Jean-Baptiste-de-La-Salle de Rouen. Au premier trimestre 1968, son père, favorable à l’Algérie française[33] et mal vu du fait de sa proximité avec Jean-Louis Tixier-Vignancour et l’OAS[34], vend sa clinique, ses appartements du Clos du Hamel, la maison de Bois-Guillaume, et déménage avec sa famille à Neuilly-sur-Seine, où il se lance dans l’immobilier[3].

Élève au lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine, François Hollande obtient en 1971 son baccalauréat avec la mention « assez bien »[35],[36].

Il est diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris[37] (section Service public) et licencié en droit (université Panthéon-Assas) en 1974[38]. Il milite alors à l’UNEF-Renouveau, proche du Parti communiste français[3]. François Hollande intègre HEC Paris[39] sans passer par une classe préparatoire[40] et en sort diplômé en 1975[41].

En 1976, il est réformé du service militaire à cause de sa myopie lors de ses « trois jours » au fort de Vincennes. Admis à l'ENA, il obtient de repasser la visite médicale, à l'issue de laquelle il est déclaré apte[42]. Lors de ses classes en tant qu'élève officier de réserve à Coëtquidan, en , il est dans la même chambrée que Jean-Pierre Jouyet, Michel Sapin, Henri de Castries et Jean-Michel Lambert, puis il rejoint l’École d’application du génie (EAG) à Angers, avant d’être affecté au 71e régiment du Génie, à Oissel[13],[42]. François Hollande finit son service militaire de 12 mois avec le grade de lieutenant de réserve[43].

Il est élève de l’ENA[n 3] dans la promotion Voltaire[33] (janvier 1978 - mai 1980). Il y rencontre Ségolène Royal. En 1978, il effectue son stage de première année à l'ENA à l'ambassade de France en Algérie[44].

Carrière professionnelle

Sorti 8e (voie administration générale)[45] de l'ENA en 1980, il choisit d'être auditeur à la Cour des comptes[38]. Il est également chargé de cours à l'IEP de Paris, où il donne des cours d'économie aux étudiants de troisième année jusqu'en 1991[46]. En 1984, suivant les promotions automatiques applicables aux anciens élèves de l'ENA, il devient conseiller référendaire à la Cour des comptes[38].

Magistrat de la Cour des comptes, François Hollande dispose d'une équivalence (au CAPA)[47] lui permettant d'exercer la profession d'avocat. Il travaille pendant quelques mois, à partir de 1997, dans le cabinet de son ami Jean-Pierre Mignard[48], activité qui n'est pas mentionnée dans sa biographie officielle[49].

Le journaliste d'investigation Yvan Stefanovitch souligne que « durant les neuf ans, où François Hollande était censé travailler à plein temps à la Cour (de 1980 à 1983, de 1985 à 1986 et de 1993 à 1996), il a multiplié les activités politiques. […] Comme il l'a reconnu lui-même à la télévision en 1989, puis devant témoins en 1985 et 1986, il était un conseiller très intermittent à la Cour des comptes. En réalité, il y était si absolument débordé qu'on ne lui donnait aucune mission ! Ce jeune magistrat s'investissait en politique à un point tel que cela lui aurait interdit d'avoir une profession pour en vivre… Conclusion : sans être absolument débordé à la Cour des comptes, François Hollande n'aurait pas été une des étoiles montantes du PS au milieu des années 1990 »[50].

À sa demande, un arrêté du Premier ministre, en date du , lui permet de faire valoir ses droits à la retraite en tant que conseiller référendaire à la Cour des comptes à compter du 15 mai suivant[51].

Carrière politique

Débuts

En 1974, il préside la section de l'UNEF à l'Institut d'études politiques de Paris. Il entre à HEC Paris, et y préside le comité de soutien à la candidature de François Mitterrand[52]. Il adhère au Parti socialiste en 1979[53].

À la suite de l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République, en 1981, François Hollande devient chargé de mission pour l'Élysée, à l'époque où le nouveau pouvoir entame sa politique de relance par la demande (relance keynésienne) et de nationalisations. Jean-Luc Mélenchon dit de cette période que François Hollande était alors « déjà le plus à droite » au sein du cabinet de Mitterrand[54]. Lors des élections législatives de juin 1981, François Hollande est désigné comme candidat socialiste contre Jacques Chirac dans la troisième circonscription de la Corrèze, après le refus de Jacques Delors. Durant la campagne, il se rend à un meeting de son concurrent, à Neuvic, et l'interpelle sur le fait qu'il n'a pas répondu à sa demande écrite de débat. Avec 26 % des voix, contre 23 % au candidat communiste Christian Audouin, il lui manque 350 voix pour mettre en ballottage Jacques Chirac, qui l'emporte dès le premier tour[55].

De 1983 à 1984, il est le directeur de cabinet des deux porte-parole successifs du troisième gouvernement de Pierre Mauroy : Max Gallo et Roland Dumas. Il participe alors à une manipulation politique : à l'instigation de François Mitterrand, Jacques Attali demande à l'éditeur Fayard de publier un pamphlet contre la droite. La tâche est confiée au journaliste André Bercoff qui, sous le pseudonyme de « Caton » (un soi-disant dirigeant de la droite), publie un livre intitulé De la reconquête. François Hollande apportera à André Bercoff des éléments chiffrés pour la rédaction du livre, et se verra confier, par le journaliste lui-même, la promotion du livre : se faisant passer pour Caton, le faux dirigeant de la droite[56], François Hollande accorde alors plusieurs entretiens téléphoniques et radiodiffusés[57]. La même année, il échoue aux élections municipales, mais devient conseiller municipal d'Ussel (en Corrèze).

Claude Allègre l'enrôle dans l'équipe d'« experts » dont s'entoure Lionel Jospin après la défaite du Parti socialiste aux élections législatives de 1986[58]. Aux élections législatives de 1988, qui font suite à la réélection de François Mitterrand, il se présente une nouvelle fois en Corrèze, mais change de circonscription. Avec près de 53 % des suffrages exprimés, il est élu député dans la première circonscription de la Corrèze. À l'Assemblée nationale, il devient secrétaire de la Commission des Finances et du Plan et rapporteur du budget de la Défense[38].

Au Parti socialiste, il lance avec Jean-Yves Le Drian, Jean-Pierre Mignard et Jean-Michel Gaillard, les « transcourants », rebaptisés ultérieurement « Démocratie 2000 »[38]. En 1985, il publie, aux côtés de Jean-Pierre Jouyet, Michel Sapin, Jean-Michel Gaillard et Jean-Pierre Mignard et sous le pseudonyme de Jean-François Trans (pour transcourants), un livre intitulé La Gauche bouge, qui appelle à la fondation d'un parti démocrate à l'américaine sur les bases d'un « consensus stratégique entre [le PS] et les courants démocratiques du pays, au-delà du clivage gauche-droite »[59],[60]. Les auteurs se présentent comme des « libéraux de gauche » et dénoncent les « rhumatismes de la vieille gauche »[61]. En 1985-1986, il vante la « modernisation de nos marchés financiers » et juge incontestée la nécessité « de transférer une part des charges de l’entreprise sur les ménages, afin de favoriser l’investissement », et de davantage « de flexibilité »[61]. Dans le même temps, il donne un cours d'économie à l'Institut d'études politiques de Paris en tandem avec Pierre Moscovici, enseignant d'après Ariane Chemin, « la désinflation compétitive, les vertus de l'ouverture des marchés et les bienfaits du réalisme économique »[62]. En 1991, il souligne cependant que l'économie de l'offre a perdu « une large part de son lustre »[63].

Lors du congrès de Rennes de 1990, il soutient la motion Mauroy-Mermaz-Jospin au congrès de Rennes[38]. En 1993, il perd son mandat de député en étant battu par Raymond-Max Aubert (RPR) ; il reconnaîtra avoir délaissé ses électeurs pour ses activités nationales[64]. Il prend ensuite la présidence du club « Témoin » de Jacques Delors, qu'il conserve jusqu'en 1997, et préside la communauté de communes de Tulle à partir de 1993. Lors des élections municipales de 1995, la gauche perd Tulle et Raymond-Max Aubert en devient le maire.

Président du Conseil national consultatif des personnes handicapées en [38], il devient secrétaire national du Parti socialiste chargé des questions économiques en . En 1995, après la renonciation de Jacques Delors, dont il soutenait la candidature à l'élection présidentielle, il se rapproche de Lionel Jospin, qui fait de lui un des porte-parole de sa campagne présidentielle. Après sa défaite face à Jacques Chirac, Lionel Jospin nomme François Hollande, en , porte-parole du PS[38]. Selon Serge Raffy, le premier secrétaire du PS cherche alors un homme qui « apaise, apporte sérénité et concorde » pour sortir des conflits suscités par la succession de François Mitterrand[65].

En 1996, François Hollande participe au programme Young Leaders organisé par la French-American Foundation[66], une fondation franco-américaine fondée en 1976 sous l'égide des présidents Valéry Giscard d'Estaing et Gerald Ford dans le but de « renforcer les liens entre les deux pays en encourageant la rencontre et l’échange entre futurs leaders français et américains ».

Élu local

En 1989, François Hollande quitte la ville d'Ussel, où il est conseiller municipal d'opposition depuis six ans, pour se présenter à Tulle. Il devient adjoint au maire de Tulle, le communiste Jean Combasteil. Il est président de la communauté de communes Tulle et Cœur de Corrèze de 1993 à 1995.

Il est conseiller régional du Limousin en mars 1992 et de mars 1998 à avril 2001.

En 2001, il est élu maire de Tulle par le nouveau conseil municipal, la liste qu'il conduisait l'ayant emporté avec 53,1 % des voix au premier tour des élections municipales[67]. À ce poste, il lance notamment une politique du sport qui a permis l'amélioration des équipements sportifs existants et la création d'équipements nouveaux : ainsi, la réhabilitation en 2002 d'infrastructures de la ville tels que le gymnase Victor-Hugo ou la plaine de jeux, l'ouverture d'un centre aquarécréatif et d'un boulodrome couvert en 2003, la création d'un skatepark en et la réhabilitation du Centre culturel et sportif l'année suivante illustrent la volonté de la nouvelle municipalité de promouvoir l'activité sportive.

La liste qu'il conduit l'emporte à l'élection municipale de 2008 à Tulle, avec 72,2 % des suffrages exprimés au premier tour[68]. En application de la loi sur le non-cumul des mandats, il démissionne de son mandat de conseiller municipal de Tulle, l'un de ses proches, Bernard Combes, lui succédant en tant que maire.

Dans le même temps, il est élu conseiller général de la Corrèze dans le canton de Vigeois, le , avec 54,8 % des suffrages exprimés au premier tour, face au candidat UMP et maire de Vigeois, Albert Chassaing. Il succède, le 20 mars suivant, à Jean-Pierre Dupont à la présidence du conseil général de la Corrèze, détenue par la droite depuis 1970. À ce poste, il lance notamment l'opération « ordicollège » (financement d'ordinateurs portables pour tous les élèves et enseignants de la 5e à la 3e à partir de 2008 ; ce dispositif évolue en 2010, avec des IPad fournis aux élèves entrants en 6e)[69]. Sa gestion des finances du département, entre 2008 et 2012, est parfois critiquée par ses opposants[70],[71]. En réponse à cette accusation, la porte-parole de campagne de François Hollande, Delphine Batho, souligne que la droite, qui était à la tête du département entre 2001 et 2008, aurait cumulé une dette de 300 millions d'euros[72],[73].

Premier secrétaire du Parti socialiste

 
François Hollande en 2005.

Après la victoire de la gauche plurielle aux élections législatives de 1997, François Hollande retrouve son siège de député (avec 54,52 % des suffrages exprimés au deuxième tour face à Raymond-Max Aubert), et Lionel Jospin est nommé Premier ministre. Ce dernier le choisit pour lui succéder au poste de premier secrétaire du parti, en . Il est élu contre Jean-Luc Mélenchon lors du congrès de Brest. À ce poste, il conseille notamment à Lionel Jospin de ne pas réformer le système de retraites avant l'échéance présidentielle de 2002[74].

Lors des élections européennes de 1999, François Hollande mène la liste PS/PRG/MDC, qui arrive en tête avec 21,95 % des suffrages devant la liste RPF menée par Charles Pasqua et Philippe de Villiers (13,05 %) et la liste RPR/DL menée par Nicolas Sarkozy (12,82 %). Il siège au Parlement européen jusqu'au , date à laquelle il renonce à son mandat[75]. Il devient cette même année vice-président de l'Internationale socialiste.

Après le retrait de Lionel Jospin de la vie politique à la suite de son échec à la présidentielle le , François Hollande est réélu député le , avec 52,92 % des suffrages exprimés au second tour[76].

Philippe Marlière relève que lors du congrès de Dijon de 2003, « François Hollande théorisa la notion de « réformisme de gauche », une timide ouverture vers une « blairisation doctrinale » : dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit »[77]. Réélu avec 61,5 % des voix, il est « assis sur une alliance avec les barons socialistes des « Bouches-du-Nord » (en jargon socialiste, la contraction de Bouches-du-Rhône et du Nord-Pas-de-Calais, les trois plus grosses fédérations qui ont longtemps représenté à elles seules un tiers des militants du PS) qui le rend indéboulonnable »[78].

Lors de la campagne des élections régionales et cantonales de 2004, il fait un tour de France des régions alors que, des personnalités socialistes de premier plan, seule Ségolène Royal s'est engagée dans la course pour une présidence de région (Poitou-Charentes)[58]. Le Parti socialiste remporte 24 des 26 régions françaises et les deux tiers des cantons renouvelables (51 des 100 départements ont ainsi un président de gauche), à un moment où la popularité du 2e gouvernement Raffarin est au plus bas. En juin suivant, le PS obtient 28,9 % des suffrages aux élections européennes, un record pour ce scrutin.

Toujours en 2004, il prend position pour le « oui » à la Constitution européenne et s'oppose ainsi au numéro deux du parti, Laurent Fabius. Contrairement à ce qu'il avait promis à ce dernier[79], il décide d'organiser un référendum interne au PS sur la question : le 1er décembre, les militants votent « oui » à 59 %. Il remplace alors plusieurs des partisans du « non » au secrétariat national par des promoteurs du « oui », dont un certain nombre de ministres de Lionel Jospin : Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn, Jack Lang, etc. Il sort finalement affaibli du référendum du 29 mai 2005, qu'il avait souhaité « pour rassembler le parti derrière lui et marginaliser ses rivaux directs (Laurent Fabius et Lionel Jospin) »[77] ; en effet, une majorité de Français et de sympathisants socialistes votent « non ». Le PS est, dès lors, vu par les médias comme durablement divisé entre partisans du « oui » et partisans du « non », emmenés par Laurent Fabius, à qui François Hollande retire son poste de numéro deux du parti. Philippe Marlière estime qu'en « voulant créer le vide autour de lui par le biais d’un vote au parfum plébiscitaire » et en « bouscula[nt] volontairement les équilibres internes de ce parti qui, depuis Épinay, avaient reposé sur la synthèse des sensibilités diverses », il « renforça encore davantage la nature présidentialiste du PS »[77]. La victoire du « non » compromet ainsi son ambition de se présenter à l'élection présidentielle de 2007[77].

Au congrès du Mans de 2005, la motion dont il est le premier signataire (aux côtés de Martine Aubry, Jack Lang, Dominique Strauss-Kahn, Ségolène Royal, Julien Dray et Bertrand Delanoë) obtient 53,6 % des suffrages exprimés lors du vote des militants, une majorité moins confortable que celles obtenues précédemment (84 % en 1997, 73 % en 2000, 61 % en 2003). Voulant mettre fin à un an de discussions et de querelles, François Hollande choisit de proposer une synthèse aux courants minoritaires, qui l'acceptent. Le , seul candidat, il est réélu premier secrétaire du PS, avec 76,96 %. Il est alors considéré par ses détracteurs comme l'homme de la « synthèse molle », « fuyant l'affrontement pour au final ne rien décider »[80],[81].

Il se rend en juin 2006 à l’ambassade des États-Unis en France avec Pierre Moscovici afin d'y regretter la « vigueur » de l’opposition du président Jacques Chirac à l’invasion de l’Irak[82].

En 2006, devant la montée des intentions de vote en faveur de sa compagne Ségolène Royal, il renonce à se présenter à l'élection présidentielle de 2007[83], pour laquelle il a contribué à l'élaboration du programme socialiste[84]. Après avoir gagné la primaire organisée par le PS, Ségolène Royal est finalement battue par Nicolas Sarkozy au second tour de l'élection présidentielle. L'annonce de leur rupture par Ségolène Royal, le soir du second tour des élections législatives de 2007, est, pour Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, une manière pour cette dernière d'afficher son indépendance et de se positionner pour prendre la tête du PS : « C'est donc à la fois l'histoire d'un conflit conjugal et d'une rupture et l'histoire d'une compétition politique dans laquelle Ségolène Royal cherche à sortir vainqueur ». Les deux journalistes indiquent que des « conflits graves » les ont opposé dès fin 2005, poussant leurs proches à « choisir politiquement leur camp »[85]. Ces tensions expliquent en partie le soutien réservé du PS à Ségolène Royal durant la campagne et des déclarations de François Hollande mettant en difficulté sa compagne[85],[24].

Le , François Hollande est réélu député dans la première circonscription de la Corrèze au second tour, avec 60,25 % des suffrages exprimés[86]. D'après un classement effectué en 2010 par lesinfos.com, conduit par Bernard de La Villardière, il occupe la 411e place des députés les plus actifs[87].

Le , à la suite du congrès de Reims, Martine Aubry lui succède au poste de premier secrétaire du Parti socialiste. Il n'était pas candidat à sa propre succession, mais avait soutenu la candidature de Bertrand Delanoë[79].

Élection présidentielle de 2012

Primaire socialiste

 
Logotype utilisé par François Hollande dans le cadre de sa campagne présidentielle.

Dans les mois qui suivent son départ de la direction du Parti socialiste, François Hollande lance les associations Répondre à gauche[n 4] et Démocratie 2012[n 5]. Il se déclare candidat à la primaire présidentielle socialiste de 2011 le [88],[89]. Apparaissant comme un rival de Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI et favori des sondages, il fait part de sa volonté de devenir un « président normal »[90],[91]. Après l'empêchement de Dominique Strauss-Kahn, accusé d'agression sexuelle à New York, François Hollande devient le favori de la primaire[92].

Durant la campagne, il est notamment critiqué pour son bilan à la tête du Parti socialiste et son manque d'expérience ministérielle[93]. En pleine crise de la dette dans la zone euro, il se prononce en faveur du retour du déficit public à 3 % du PIB en 2013 — après l'avoir dans un premier temps qualifié d'« illusion » — et propose une loi organique sur la réduction des déficits[94],[95],[96],[97]. Il appelle par ailleurs à « une réforme fiscale ample consistant à imposer le même barème à tous les revenus, ceux du travail comme ceux du capital ». Plusieurs de ses propositions font l'objet de critiques aussi bien à droite que de la part de sa principale concurrente, Martine Aubry (contrat de génération, abandon de la règle du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite et création de 60 000 postes dans l'Éducation nationale, etc.)[98],[99],[100].

Le , François Hollande arrive en tête de la primaire avec 39,2 % des voix. Entre les deux tours, les quatre candidats éliminés au premier tour, Manuel Valls, Jean-Michel Baylet, Ségolène Royal et Arnaud Montebourg, lui apportent leur soutien. Le , il l'emporte avec 56,6 % des suffrages, devenant ainsi le candidat du Parti socialiste et du Parti radical de gauche à l'élection présidentielle de 2012[101]. Lors du discours consécutif à sa désignation, il déclare : « C'est le rêve français que je veux réenchanter, celui qui a permis à des générations, durant toute la République, de croire à l'égalité et au progrès »[102].

Campagne présidentielle

 
François Hollande en .

Sa campagne est organisée par Pierre Moscovici et Stéphane Le Foll[103],[104]. Ses débuts sont marqués par les difficultés entourant l'élaboration de l'accord programmatique et électoral entre le Parti socialiste et Europe Écologie Les Verts, notamment en ce qui concerne une éventuelle sortie du nucléaire[105],[n 6]. Il est en outre accusé de manquer d'autorité et de cultiver l'ambiguïté de son programme[106],[107].

Le , il présente ses 60 engagements de campagne, qui prévoient notamment la séparation des activités de crédit et d'investissement des banques, la fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG, le plafonnement des niches fiscales, la construction de 500 000 logements par an (dont 150 000 sociaux), le recrutement de 60 000 professeurs supplémenaires, la mise en place d'un contrat de génération (qui permettrait à un salarié expérimenté d'être le tuteur d'un jeune embauché en contrepartie d'exonérations de cotisations sociales), la création de 150 000 emplois aidés, le lancement d'une banque publique d'investissement, la réduction de 75 à 50 % de la part du nucléaire dans la production électrique d'ici 2025 et le retrait des troupes françaises d'Afghanistan avant la fin de l'année 2012[108],[109]. En tablant sur une croissance de 2,5 % pendant le quinquennat, il évalue le coût total de ses promesses à 20 milliards d'euros et les hausses d'impôts nécessaires à 29 milliards d'euros[110],[n 7]. Par la suite, dans un contexte d'augmentation des intentions de vote en faveur du candidat de gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, il promet d'instaurer un taux d'imposition de 75 % pour la part des revenus des ménages dépassant un million d'euros par an[n 8],[111].

Lors du premier tour de scrutin, avec 28,6 % des voix, François Hollande arrive devant le président de la République sortant, Nicolas Sarkozy (27,2 %)[112]. Entre les deux tours, il bénéficie du ralliement de Jean-Luc Mélenchon et d'Eva Joly ; le centriste François Bayrou surprend en annonçant qu'il votera pour François Hollande « à titre personnel »[113],[114],[115]. La CGT et le Syndicat de la magistrature appellent également à voter en sa faveur[116]. Après un débat télévisé marqué par son anaphore « Moi président de la République, François Hollande est élu au second tour avec 51,64 % des suffrages exprimés[117]. Alors que les sondages donnaient François Hollande victorieux avec une avance de cinq à sept points sur son adversaire, il s'agit de la deuxième élection présidentielle la plus serrée de l'histoire de la Cinquième République, après celle de 1974[118].

Présidence de la République

Article détaillé : Présidence de François Hollande.
 
Nicolas Sarkozy et François Hollande lors de la passation de pouvoirs, le au palais de l'Élysée.

François Hollande participe aux commémorations de la fin de la Seconde Guerre mondiale le , aux côtés de Nicolas Sarkozy, à la suite de l'invitation de ce dernier[119]. Le 10 mai, le Conseil constitutionnel proclame les résultats officiels de l'élection présidentielle. La passation des pouvoirs a lieu le [120]. François Hollande devient alors le 24e président de la République française et le 7e président de la Ve République, ainsi que le 67e coprince français d'Andorre[121]. Il est par ailleurs le second président socialiste de la Cinquième République. Le même jour, il rend hommage à Jules Ferry et Marie Curie devant leur monument respectif et assiste à la réception rituelle à l'hôtel de ville de Paris[122]. Son cabinet est nommé le même jour[123].

François Hollande nomme alors Jean-Marc Ayrault comme Premier ministre. Le lendemain, celui-ci constitue un gouvernement de trente-quatre ministres (dix-sept hommes et dix-sept femmes). C'est le premier gouvernement dans l'histoire de la République française à respecter une stricte parité[124]. Lors du premier conseil des ministres, le 17 mai 2012, François Hollande, Jean-Marc Ayrault ainsi que l'ensemble des ministres, baissent leurs salaires de 30 %, en réponse aux promesses faites durant la campagne présidentielle. De même, ils signent une « charte de déontologie », qui leur interdit le cumul des mandats. Ils promettent également de « se garder de tout conflit d'intérêts »[125].

Afin de mettre en œuvre sa politique, il bénéficie du soutien de la gauche, qui est majoritaire à l'Assemblée nationale, au Sénat, dans les régions, dans les conseils généraux et dans la plupart des communes[126].

Politique économique et sociale

La politique fiscale de François Hollande conduit à une baisse de pouvoir d'achat et à un « ras-le-bol fiscal » au sein de la population française[127],[128],[129],[130],[131],[132],[133],[134]. En dépit des promesses de campagne de François Hollande, les classes moyennes sont fortement touchées par l'augmentation de la fiscalité[135],[136]. Ainsi, 840 000 foyers deviennent imposables en 2013 dans le cadre de l'impôt sur le revenu[137]. La TVA intermédiaire augmente de 7 à 10 %[127]. Avec le mouvement des Bonnets rouges, qui a lieu en 2013 dans des régions traditionnellement socialistes, l'écotaxe est abandonnée[138].

 
Évolution du chômage (toutes catégories confondues) sous le quinquennat de François Hollande, selon Pôle emploi.

En , il promet d'inverser la courbe du chômage d'ici à la fin 2013[139],[140]. Or, entre 2012 et 2017, l'augmentation des chômeurs toutes catégories confondues dépasse le million. Au total, malgré une légère inflexion à la fin de sa présidence, 5,5 millions sont recencés comme demandeurs d’emplois[141],[142],[143],[144],[145].

Fin 2012, sa promesse de taxer à 75 % les revenus dépassant un million d'euros par personne est censurée par le Conseil constitutionnel pour motif de non-respect du principe du quotient familial (« méconnaissance de l'égalité devant les charges publiques »)[146],[147]. La taxe est au cœur de vastes débats médiatiques, avivés par l'expatriation fiscale de personnalités comme Gérard Depardieu ou Bernard Arnault[148],[149]. Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, invite alors Paris à s'interroger sur sa politique fiscale[150]. Le gouvernement annonce finalement la suppression au de cette taxe, qui aurait au total rapporté 420 millions d’euros et réduit l'attractivité économique de la France[151],[152].

Le début de l'année 2014 est analysé par la majorité des commentateurs et politiques comme un réel « virage social-libéral » dans la politique économique de François Hollande[153]. Après avoir fait voter la hausse du taux normal de TVA de 19,6 % à 20 % — contrairement à ses engagements de campagne —, François Hollande se prononce pour un allègement des cotisations patronales en échange de créations d'emplois[154]. Cette proposition surprend au sein de la majorité et suscite les critiques des syndicats de salariés et de la gauche radicale, qui dénoncent une mesure en faveur du patronat[155]. Cette orientation libérale est corroborée par la nomination d'Emmanuel Macron au ministère de l'Économie, en août 2014[156].

En 2016, François Hollande se présente à la fois comme un socialiste et un social-démocrate non libéral, et dit admettre une politique de l'offre « dans certaines circonstances »[n 9],[157]. Selon Laurent de Boissieu, « le social-libéralisme ne constitue […] pas une rupture doctrinale chez lui, mais plutôt un retour aux sources. Même s’il les avait mises entre parenthèses lorsqu’il était premier secrétaire du PS (de 1997 à 2008) puis durant la campagne présidentielle de 2012, il s’agit en effet les convictions profondes de cet ancien proche de Jacques Delors »[158]. Alors que François Hollande avait présenté durant son meeting emblématique du Bourget de 2012 « le monde de la finance » comme son « véritable adversaire », le ministre Michel Sapin déclare voir dans la finance une « amie », ce qui est perçu comme une « volte-face » de l'exécutif[159],[160],[161].

Particulièrement soutenue par Manuel Valls et Emmanuel Macron, la ministre du Travail, Myriam El Khomri, porte en 2016 la « loi travail », qui vise à réformer le code du travail. Ce projet bénéficie du soutien des syndicats d'employeurs, mais suscite des manifestations importantes durant le printemps 2016. Face à la contestation d'une partie de la gauche, de certaines organisations étudiantes et de l'ensemble des syndicats de salariés, François Hollande revient sur une partie des propositions envisagées[162],[163]. Il confie alors aux journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme qu’il défend l’inversion de la hiérarchie des normes depuis 2011, mais sans être « précis pour ne pas heurter »[164]. La réforme est adoptée en août 2016[165].

La fin du quinquennat est marquée par une détérioration des résultats économiques du pays. Le déficit commercial dépasse en 2016 les 48 milliards d'euros alors que l'Allemagne connaît la même année un excédent record de 252,6 milliards d'euros, le total des déficits cumulés du commerce extérieur durant ces cinq ans atteignant 281 milliards d'euros[166],[167],[168],[169]. Dans le même temps, les dépenses publiques continuent de progresser, en particulier du fait de la hausse de la masse salariale dans la fonction publique[170]. En , la Cour des comptes publie un audit jugé sévère pour la présidence François Hollande[171]. La Cour chiffre à 3,2 % du PIB le déficit prévu pour 2017 alors que le gouvernement Cazeneuve avait prévu 2,8 %[172]. Selon la juridiction financière, l'exécutif a volontairement publié des « prévisions insincères » en surestimant des recettes et en sous-budgétisant des dépenses pour un gain total de neuf milliards d'euros[172].

Sujets de société

Le début de son mandat est notamment marqué par la prolongation de la trêve hivernale pour l'hébergement des sans-abri[173], la revalorisation de 25 % de l'allocation de rentrée scolaire pour la rentrée 2012[174] et par un retour partiel à la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler à 18 ou 19 ans[175]. Le gouvernement doit faire face à un dégel des prix de gaz[176] et accuse l'ancienne majorité d'avoir repoussé l'annonce de plusieurs plans sociaux à l'après-campagne présidentielle[177].

Le , après les élections législatives, à l'issue desquelles le Parti socialiste obtient seul une majorité absolue, Jean-Marc Ayrault lui remet, selon la tradition, la démission de son gouvernement ; François Hollande le charge alors de former un deuxième gouvernement. Quelques portefeuilles à la marge sont redistribués pour ménager les sensibilités, et deux ministères supplémentaires apparaissent[178].

Mariage homosexuel

 
Manifestants reprochant à François Hollande ses réserves sur l'ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe.

Le , le Parlement est saisi d'un projet de loi visant à légaliser le mariage et l'adoption pour les couples de même sexe, en vertu de l'« engagement 31 » des promesses de campagne de François Hollande, qui s'estime convaincu qu'il s'agit d'un « progrès pour l'égalité »[179]. Il s'écoule un peu plus de six mois entre la présentation du projet en Conseil des ministres et la publication au Journal officiel, faisant de ce texte de loi l'un des plus longuement débattus au Parlement, avec cent dix heures de débat[180]. L'adoption de ce texte fait de la France le 14e pays à autoriser le mariage homosexuel et constitue, selon l'agence de presse Reuters, l'une des réformes sociales les plus importantes depuis l'abolition de la peine de mort en 1981[181],[182],[n 10].

Cette loi, qui connaît une opposition plus forte en France que dans d'autres pays européens et qui fait encore l'objet d'une contestation dans les mois qui suivent son adoption[n 11], est définitivement adoptée le , puis validée par le Conseil constitutionnel et promulguée le [183]. Pendant ce débat, des personnalités de droite hostiles au texte accusent François Hollande de diviser le pays et de ne pas rechercher la concertation, tandis qu'une partie de la gauche s'étonne de ses propos sur la « liberté de conscience » des maires qui refuseraient de célébrer des mariages entre personnes du même sexe, expression sur laquelle il revient finalement[184],[185]. Le , le Conseil constitutionnel répond négativement à une question prioritaire de constitutionnalité demandant l'usage de la liberté de conscience pour les officiers d'état civil concernant le mariage.

Célébrations

Fin 2012, la majorité de gauche au Parlement adopte une proposition de loi très controversée consacrant le 19 mars 1962, jour du cessez-le-feu en Algérie, comme journée nationale du souvenir « des victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie »[186]. Fait unique pour un chef de l'État français, François Hollande prévoit de participer aux commémorations du 19 mars 2016. Cette date est contestée par de nombreux historiens et anciens combattants ; François Mitterrand lui-même avait indiqué qui il fallait « choisir n'importe quelle date sauf le 19 mars »[187]. Les associations de pieds-noirs et harkis plaidaient pour le 5 décembre, relevant le fait que les sept mois qui ont suivi le cessez-le-feu ont vu plus de morts (principalement pieds-noirs et harkis) que les six années précédentes ; pour Thierry Rolando, président national du cercle algérianiste, François Hollande ne reconnaît « qu'une seule souffrance, celle des Algériens », et « jette un voile d'ombre sur les drames des harkis et des Français d'Algérie », notamment sur le massacre d'Oran, le plus sanglant du conflit[187].

Attentats islamistes

 
François Hollande s'exprimant après la profanation du cimetière juif de Sarre-Union (2015).

Entre 2015 et 2017, la France connaît une vague d'attentats inédite et particulièrement meurtrière[188].

À la suite de l'attentat contre Charlie Hebdo survenu le , François Hollande décrète une journée de deuil national[189],[190]. Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 ayant fait 130 morts, il convoque le Congrès. Le 16 novembre, il y annonce une révision de la Constitution en vue d'instituer un état intermédiaire permettant « la prise de mesures exceptionnelles pour une certaine durée sans recourir à l’état d’urgence et sans compromettre l’exercice des libertés publiques »[191] et des moyens supplémentaires pour la police et la Justice justifiant que « le pacte de sécurité l'emporte sur le pacte de stabilité » budgétaire européen[191].

Après les attentats de novembre 2015, il propose d'étendre la déchéance de nationalité aux binationaux nés en France condamnés pour terrorisme. Des études d'opinion indiquent que cette proposition est massivement approuvée par l'opinion publique, en particulier à l'extrême droite et à droite[192]. Mais elle soulève les interrogations d'une grande partie de classe politique, qui estime qu'il s'agit d'une mesure inutile et visant à faire diversion[193]. Elle suscite en particulier l'opposition de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, qui quitte le gouvernement le 27 janvier 2016[194]. De nombreux élus socialistes[195] et écologistes[196] s'opposent également à cette réforme constitutionnelle, de laquelle est finalement retirée la référence aux binationaux, ce qui provoque les critiques de la droite[197]. Faute de majorité en raison de l'opposition d'une partie des parlementaires de la majorité mais également au sein de la droite, et en particulier de François Fillon et de ses proches, il renonce à son idée de convoquer le Congrès pour faire adopter le projet de révision constitutionnelle[198],[199]. Les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme écrivent à ce propos : « François Hollande s'est clairement piégé lui-même avec la déchéance de nationalité, un bug qu’il faut attribuer à l’attentat du Bataclan, en partie, qui l'a profondément heurté. Il nous a dit ensuite qu’il pensait que la France était sur le point de basculer, et qu’il devait donner des gages à la droite »[200].

Lors de son allocution du , François Hollande annonce la levée de l'état d'urgence pour le 26 juillet, estimant que celui-ci « ne peut être prolongé éternellement »[201]. L'état d'urgence avait précédemment été reconduit deux fois, contre l'avis d'une partie de la gauche[202]. Mais dès le lendemain, après l'attentat de Nice, il annonce la prolongation pour plusieurs mois de l’état d’urgence[203]. Le consensus national s'effrite alors, la gestion par l'exécutif de la sécurité en France faisant l'objet de critiques grandissantes[204].

Politique européenne

 
François Hollande et le Premier ministre grec, Antónis Samarás, le 25 août 2012, au palais de l'Élysée.

Sur le plan européen, il se prononce pour la ratification du pacte budgétaire européen signé par Nicolas Sarkozy et renonce à transmettre à ses partenaires européens un mémorandum détaillé proposant un pacte de croissance dans le but de compléter le traité de stabilité et réorienter la construction européenne vers la croissance. Il obtient néanmoins la mise en place de quelques mesures de croissance en Europe, même si celles-ci sont considérées comme assez faibles[205].

Ses relations avec Angela Merkel sont si tendues que, dès octobre 2012, le Spiegel s'interroge sur la pérennité de l'alliance franco-allemande ; il note également que si son prédécesseur Nicolas Sarkozy pouvait également avoir des divergences avec la chancelière, ils parvenaient à se mettre d'accord sur une position commune avant un sommet européen, alors que les relations sont devenues bien plus conflictuelles avec François Hollande[206]. Angela Merkel s’inquiète aussi que le PS français puisse soutenir le SPD allemand lors des élections allemandes de 2013 après qu'elle a pour sa part pris position pour Nicolas Sarkozy lors des élections françaises de 2012[206]. La coopération franco-allemande s'améliore ensuite, avec la décision d'un plan commun pour l'emploi des jeunes officialisé après le sommet franco-allemand de mai 2013[207]. François Hollande et Angela Merkel s'accordent sur un mécanisme de taxe sur les transactions financières, qu'ils cherchent à imposer aux autres pays européens avant les élections européennes de 2014[208].

Au cours de l'année 2015, il est fortement impliqué en soutien au gouvernement grec d'Aléxis Tsípras dans les négociations autour de crise de la dette publique grecque afin de maintenir ce pays dans la zone euro[209]. Ce soutien renforce les dissensions au sein du couple franco-allemand[210]. En octobre 2015, lors d'une visite officielle en Grèce, il est accueilli par Aléxis Tsípras — qui souligne l'importance de son rôle dans l'accord du 13 juillet —, et fait l'objet d'une ovation debout du Parlement grec ; il plaide pour une réflexion européenne sur le service de la dette grecque avec un rééchelonnement des intérêts[211].

Dans le cadre de la campagne sur le référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne, il lance plusieurs avertissements au Royaume-Uni en cas de vote favorable à la sortie du pays de l'UE, notamment sur l'augmentation du nombre de migrants en provenance de Calais[212]. Après le choix du Brexit, François Hollande change d'avis sur les délais de sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne et ne parvient pas, avec Angela Merkel, à définir un nouveau projet pour l'Union[204],[213].

Politique internationale

Le jour de son investiture, il effectue sa première visite à l'étranger en se rendant à Berlin pour rencontrer la chancelière allemande, Angela Merkel[214]. Le 18 mai, il se rend à Washington pour un entretien bilatéral avec Barack Obama, le président des États-Unis. Les sujets évoqués sont notamment la situation économique de la zone euro et le retrait des forces combattantes françaises d'Afghanistan[215]. François Hollande participe le lendemain au sommet du G8 à Camp David[216], puis il se rend au 25e sommet de l'OTAN à Chicago[217] les 20 et 21 mai[218].

Dans la continuité de Nicolas Sarkozy, il poursuit la « dérive atlantiste » de la politique étrangère française[219],[220]. Celle-ci est même décrite comme « plus atlantiste » que celle menée par la Maison-Blanche durant le mandat de Barack Obama se rapprochant paradoxalement de la politique interventionniste menée durant l’ère Bush[221],[222]. Cette absence d'indépendance stratégique a pour corollaire la perte continue de l'influence de la France dans le monde et un bilan diplomatique jugé globalement négatif[221],[223].

Retrait d'Afghanistan

Sa promesse de campagne sur le retrait de tous les militaires d'Afghanistan se limite aux « troupes combattantes », soit 2 000 soldats[224]. Il restera alors, après le , plus de 1400 militaires[225] toujours sous commandement de l'ISAF, et dont la mission exacte demeure « floue »[226],[227]. Le , il se rend à Kaboul afin de présenter son plan de retrait aux troupes sur place[228].

Positions dans le conflit syrien
 
François Hollande avec Vladimir Poutine et Angela Merkel, le 6 février 2015.

Dans le cadre de la guerre civile syrienne, François Hollande demande le départ de Bachar el-Assad et la constitution d'un gouvernement de transition, ainsi qu'une intervention du Conseil de sécurité de l'ONU (au sein duquel la Russie et la Chine bloquent toute opération). Dans ce cadre, il n'exclut pas une intervention armée[229],[230]. Dans la continuité de Nicolas Sarkozy, il poursuit la collaboration controversée avec le Qatar, soupçonné de favoriser la prise de pouvoir d'organisations islamistes dans les pays touchés par le Printemps arabe[231],[232], tout en relançant les relations avec l'Arabie saoudite[233],[234]. Sur les dossiers iraniens, syriens, yéménites, François Hollande est en adéquation totale avec le régime de Riyad[235]. Ce soutien scrupuleux de la politique régionale de la monarchie islamique se traduit par des exportations d'armes records[235].

Fin , François Hollande attribue la responsabilité de l'utilisation d'armes chimiques dans le cadre de la guerre civile syrienne au régime de Bachar el-Assad, qu'il menace d'une intervention militaire punitive sans passer par un accord de l'ONU. Mais cette option n'est plus privilégiée après le vote négatif du Parlement britannique et la décision du président américain, Barack Obama, de finalement solliciter le Congrès sur la question. François Hollande est alors critiqué pour son côté « va-t-en-guerre », les titres de presse le présentant comme « piégé » sur la scène internationale et « seul » sur le front interne, au vu de l'opposition des Français à toute intervention militaire[236],[237],[238]. La « débâcle » de la diplomatie française est amplement commentée à l'étranger[239],[240]. Une proposition russe, émise le par Sergueï Lavrov, prévoit finalement le placement des stocks syriens d'armes chimiques sous contrôle international.

État islamique

En 2014, François Hollande indique qu'il avait décidé dès son arrivée à l'Élysée, malgré l'embargo européen, de livrer des armes lourdes aux rebelles syriens[241],[242]. Or, un risque de détournement de ces armes au profit de l'État islamique est par la suite évoqué dans les médias[243].

 
François Hollande reçu par le couple présidentiel américain, le 11 février 2014.

En août 2014, la France intègre la coalition internationale qui lance une campagne de frappes aériennes contre l'État islamique en Irak et en Syrie. Au sein de cette coalition, la France lance l'opération Chammal, en Irak le , puis en Syrie le [244],[245].

En réponse aux pires attentats terroristes que la France ait connu depuis des décennies, François Hollande annonce l'intensification des frappes de l'Armée de l'air française menées contre l'État islamique, notamment à Raqqa (le Charles de Gaulle est par ailleurs dépêché vers le Moyen-Orient pour renforcer la puissance de frappe française dans cette zone)[246]. Est également décidée une « collaboration plus étroite » avec les forces armées russes, qui bombardent également l'organisation terroriste[247]. La diplomatie française fait parallèlement adopter à l'unanimité par le Conseil de sécurité des Nations unies une résolution appelant à user de « toutes les mesures nécessaires » pour vaincre l'État Islamique, organisation reconnue comme « menace mondiale et sans précédent contre la paix et la sécurité internationales[248]. » Ces prises de position de François Hollande marquent une nette évolution par rapport à ses déclarations passées, notamment concernant son refus de toute action conjointe avec la Russie et sa volonté, exprimée en 2013, d'une intervention militaire en Syrie dans le seul but de renverser Bachar el-Assad[249].

Intervention militaire au Mali
Article connexe : Guerre du Mali.

Le , après un appel à l'aide du président malien par intérim, Dioncounda Traoré, et en invoquant un accord avec les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, il annonce une intervention militaire limitée en soutien aux Forces armées et de sécurité du Mali qui luttent sur leur territoire contre des groupes terroristes islamistes, alors que l'état d'urgence y est décrété : c'est le lancement de l'opération Serval[250]. Cette décision est saluée par une grande partie de la classe politique française[251]. François Hollande est également soutenu dans cette démarche par les pays d'Afrique de l'Ouest, le Royaume-Uni, les États-Unis, l'Allemagne et la Russie[252].

Opération en Centrafrique

Début , il lance l'opération Sangaris en République centrafricaine, dont le but est de mettre un terme à la « faillite totale de l'ordre public, l'absence de l'État de droit et les tensions interconfessionnelles » selon le mandat de l'ONU[253].

Visites internationales
 
Pays visités par François Hollande au 17 mars 2015.

À la fin de février 2016, Le Figaro dresse un bilan des 176 visites internationales de François Hollande, effectuées dans 71 pays différents, dont 26 visites d'État. Le quotidien relève que « le rythme de ces voyages s'est accéléré un peu plus chaque année » (28 en 2012, 41 en 2013, 42 en 2014, 57 en 2015). L'Allemagne est le pays le plus visité par François Hollande (12 déplacements), devant les États-Unis (8), l'Italie (7), le Royaume-Uni (7), la Pologne (5) et la Russie (5). Sous sa mandature, l'Australie et les Philippines ont accueilli la toute première visite d'État d'un président français[254].

Conformément aux usages des présidents de la Ve République, François Hollande effectue une visite au Saint-Siège le 24 janvier 2014[255]. À cette occasion, il est reçu en audience privée par le pape François ; il est ensuite reçu par le secrétaire d'État du Vatican, Mgr Pietro Parolin.

Les 27 et 28 janvier 2014, il entreprend une visite officielle en Turquie, vingt-deux ans après la dernière visite d'État d'un président français, celle de François Mitterrand en 1992, avec la volonté de relancer les relations franco-turques et la procédure d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, à laquelle son prédécesseur Nicolas Sarkozy était hostile[256],[257]. À cette occasion, il s'engage à ce que l'adhésion de la Turquie soit soumise à un référendum en France[258] et appelle Ankara à « faire son travail de mémoire » sur le génocide arménien, dont il s'est engagé à pénaliser la négation en France[259].

Il est le seul président de la Ve République à ne pas avoir été convié à rencontrer Élisabeth II, reine du Royaume-Uni, pays où il est peu apprécié[260].

Co-prince d'Andorre

Durant son mandat de président de la République française, François Hollande est ex officio l'un des deux chefs d'État de la principauté d'Andorre, micro-État indépendant voisin de la France. Ce rôle est essentiellement symbolique, mais lui permet en principe d'« arbitrer les institutions, participer aux orientations économiques du pays et agir comme représentant [d'Andorre] sur la scène internationale »[261]. Après son élection en 2012, il reçoit ainsi Antoni Martí Petit, chef du gouvernement, et Vicenç Mateu Zamora, président de l'assemblée législative, avec qui il évoque notamment la politique fiscale et les échanges commerciaux entre l'Andorre et la France[262],[263]. Il encourage d'importantes réformes fiscales visant à faire abandonner à la principauté son statut de « paradis fiscal ». En 2013, le gouvernement andorran annonce l'introduction d'un « impôt sur le revenu généralisé »[264].

François Hollande visite à nouveau l'Andorre en juin 2014, et y inaugure les nouveaux locaux du Parlement. S'exprimant devant celui-ci, puis devant la population sur la place du Peuple à Andorre-la-Vieille, il loue les réformes fiscales entreprises par le gouvernement de la principauté[265],[266].

Toute loi d'Andorre devant être signée par au moins un des coprinces, le coprince français signe souvent des lois que le coprince évêque est peu susceptible de signer. Ainsi, le 24 décembre 2014, François Hollande signe la loi instituant l'union civile pour les couples homosexuels dans la principauté[267].

Relations avec les États-Unis

Du 10 au 12 février 2014, il est en visite d'État aux États-Unis, 18 ans après celle de Jacques Chirac en 1996[268].

Il fait connaître son soutien à Hillary Clinton en vue de l'élection présidentielle américaine de 2016. Il affirme sa conviction, le 15 octobre 2016, qu'elle sera la prochaine présidente des États-Unis[269],[270]. Le mois suivant, il félicite le candidat victorieux, Donald Trump, ajoutant que l'élection de celui-ci « ouvre une période d'incertitudes » au cours de laquelle certaines positions prises par Trump au cours de sa campagne, notamment en ce qui concerne la situation au Moyen-Orient, devront être « confrontées » aux « valeurs communes » des États-Unis et de la France[271]. Donald Trump ne le convie pas à Washington, contrairement à d'autres chefs d'État[272].

Cote de popularité

Absence inédite d'état de grâce

Dès sa prise de fonctions, la cote de popularité de François Hollande est à un niveau beaucoup plus faible que celle de ses prédécesseurs (53 % selon le baromètre Ipsos-Le Point), malgré le soutien dans l'opinion aux premières mesures qu'il met en place. Les médias indiquent que c'est la première fois qu'un président de la Ve République ne bénéficie pas d'un « état de grâce »[273]. Le fait qu'il ait été élu avant tout en raison du rejet de Nicolas Sarkozy est souligné[274].

 
François Hollande représenté aux côtés d'Angela Merkel, symbolisant l'importante influence de l'Allemagne au sein de l'Union européenne.

Sa popularité connaît un premier fléchissement à la fin de l'été 2012, alors que les plans sociaux se succèdent et que les tensions culminent sur le site industriel de Florange, dont il avait promis de sauver les hauts fourneaux[275]. Sa popularité continue par la suite à décroître avec des mesures fiscales comme la fin de la défiscalisation des heures supplémentaires et la hausse des prélèvements obligatoires[275]. Le gouvernement doit renoncer à plusieurs mesures contestées (hausse des prélèvements sur les produits d'épargne, écotaxe, taxe sur les transactions financières, modulation des taux de TVA, baisse du plafond du quotient familial, taxe sur l'EBE)[276],[277],[278]. L'opposition de droite dénonce son manque de réactivité et l'absence de réformes structurelles en période de crise[279].

Dans le même temps, son action et son style (qualifié par lui-même de « normal »[280]) suscitent des critiques, y compris au sein de la gauche[279]. François Hollande réplique en opposant son mode de gouvernance à celui de Nicolas Sarkozy et en mettant en avant sa « constance »[281]. En mai 2013, L’Express expose, à partir des résultats de plusieurs sondages, cinq raisons à l'impopularité croissante du président de la République : absence de gouvernance, absence d'autorité, absence de ligne directrice, opposition d'une partie de la population au mariage homosexuel, promesses économiques non tenues[282].

Plusieurs affaires impactent négativement sa popularité, notamment l’affaire Cahuzac et l'affaire Leonarda[283],[284],[285],[286],[n 12]. À la suite des élections municipales et européennes de 2014, qui sont un échec pour la gauche, les sympathisants socialistes ne lui accordent plus majoritairement leur confiance[275]. La publication de l'ouvrage de Valérie Trierweiler, Merci pour ce moment, dans lequel François Hollande est dépeint comme un homme cynique et méprisant envers les pauvres, conforte cette baisse de popularité[287],[288],[289],[290]. Cette impopularité record sous la Ve République lors d’un premier mandat présidentiel est confirmée fin 2014 par tous les instituts de sondage, avec des taux d'opinions favorables allant de 13 à 19 %[291].

Remontée lors des attentats de 2015

Mais les attentats islamistes des 7 à 9 janvier 2015 sont à l'origine d'un mouvement d'union nationale qui voit son niveau de bonnes opinions doubler, en particulier à la suite de la marche qui rassemble de nombreux chefs d'État étrangers[292],[293],[294]. Sa popularité repart cependant à la baisse dès le mois suivant[295]. Dans le même contexte, à la suite des attentats du 13 novembre 2015, la cote de popularité de François Hollande augmente pour atteindre de 32 % à 50 % d'opinions favorables (selon les instituts de sondage ou les questions posées), une large majorité de Français jugeant son action « à la hauteur »[296],[297],[298],[n 13].

Rechute et records d'impopularité

Début 2016, sa popularité redescend à nouveau, en particulier lors des grèves et manifestations en France du printemps 2016[299],[300],[301],[302]. Il ne bénéficie pas d'un regain de popularité après l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice, contrairement aux précédents attentats, et voit sa gestion des événements critiquée[303],[304]. En septembre 2016, seuls 6 % des sondés par l'institut Ipsos et par CEVIPOF se déclarent satisfaits de son action[305]. Le mois suivant, à la suite de la publication de ses confidences dans l'essai Un président ne devrait pas dire ça..., sa cote de confiance atteint son plus bas niveau historique dans le baromètre TNS Sofres, avec seulement 11 % d'avis favorables, et selon Ipsos, avec seulement 4 % d'opinions favorables[306],[307],[308],[309].

François Hollande défend son bilan lors de l’émission Dialogues citoyens, diffusée sur France 2 le 14 avril 2016, considérant que « ça va mieux » en France, une déclaration largement reprise dans les médias et qui renforce son image d'homme déconnecté du réel[310],[311],[204]. En novembre 2016, paraît dans Le Journal du dimanche une tribune signée par des personnalités qui dénoncent un « Hollande bashing » et qui vantent le bilan de François Hollande[312]. En avril 2017, François Hollande déclare que son impopularité n'est pas tant le résultat d'une réelle détestation que du fait d'avoir été « incompris »[313] et estime qu'il laisse le pays dans un meilleur état qu'il n'était à son arrivée, ce qui suscite le scepticisme de la classe politique et de nombreux analystes[314],[315].

Décision de ne pas briguer un second mandat

 
François Hollande en septembre 2016.

Dès 2013, au vu de l'impopularité grandissante de François Hollande, l'hypothèse que Manuel Valls soit le candidat socialiste à la présidentielle de 2017 est évoquée[316],[317]. Les sondages donnent en effet François Hollande éliminé de la compétition présidentielle dès le premier tour[318],[319]. En 2016, les enquêtes d'opinion lui accordent entre 7 % et 14 % d'intentions de vote, ce qui le place en quatrième ou cinquième position du premier tour de l'élection présidentielle, une première pour un président sortant sous la Cinquième République[320],[321],[322],[323],[324],[325]. Jean-Luc Mélenchon est ainsi régulièrement placé par les sondages devant lui : pour Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop, « c’est inédit dans l’histoire de la Ve République qu’un candidat [de gauche] non socialiste menace un candidat du PS »[326]. Il est également donné battu par Arnaud Montebourg à la primaire de 2017 dans la plupart des sondages[327],[328].

Dans un livre d'entretiens publié en octobre 2016, Un président ne devrait pas dire ça..., François Hollande épingle la « lâcheté » des magistrats français, le « problème » posé par l'islam dans le pays ou encore le « manque d'éducation » des footballeurs[329]. Il y révèle également qu'il a ordonné au moins quatre homicides ciblés de terroristes, une pratique illégale selon les accords internationaux ratifiés par la France[330]. Face aux nombreuses indignations provoquées par cet ouvrage[n 14], François Hollande est contraint de regretter publiquement certains propos[331]. Une partie des parlementaires de l'opposition, constituée de 79 députés Les Républicains, dépose une proposition de résolution visant à le traduire en Haute Cour, mais celle-ci est rejetée à son premier examen[332].

Alors qu'il s'était dit « prêt à l’inventaire » sur ses 60 engagements de campagne de 2012[333],[334], il perd le soutien de nombreux parlementaires et des tensions apparaissent avec le Premier ministre, Manuel Valls, qui lui reproche sa manière d'« incarner l'autorité de l'État et d'exercer le pouvoir »[335]. Celui-ci se refuse ainsi à considérer le président sortant comme le candidat naturel du Parti socialiste et envisage la possibilité d'un affrontement avec le président, ce qui laisse augurer une crise institutionnelle[336],[337]. Dans ce contexte, François Hollande semble de plus en plus difficilement en mesure de briguer un second mandat[338],[339]. Le New York Times le décrit alors comme un « mort vivant »[340]. Malgré la dégradation de son image, il cherche à imposer sa candidature, considérant qu'il n'existe pas de « plan B », et fait travailler certains de ses conseillers sur un éventuel programme[341].

Le , il annonce ne pas être candidat à sa succession, affirmant être conscient des « risques » que sa candidature « ne rassemble pas largement » autour d'elle[342]. Ce renoncement est un fait inédit dans l'histoire de la Cinquième République[343],[344] et satisfait la quasi-totalité de la classe politique, qui critique son bilan à la tête du pays et son problème d'incarnation de la fonction présidentielle depuis 2012[345],[346].

Cependant, le journaliste Jean-Marie Colombani regrette cette décision et trouve « qu'il eut été plus digne et plus courageux de la part du chef de l’État de se confronter lui-même au jugement des Français, que son bilan « était plus que présentable » et qu'il aurait dû être défendu, mais que si l'aveu d'échec évoqué par François Fillon est juste, le président mérite tout de même d'être réhabilité »[347]. De même, en février 2017, la romancière Christine Angot publie dans le Journal du Dimanche une lettre ouverte pour demander à François Hollande de revenir sur sa décision et de se présenter à l'élection présidentielle[348]. Cependant, en dépit de rumeurs relayées par le Parisien selon lesquelles François Hollande envisagerait de se représenter et aurait réuni les parrainages nécessaires pour cela[349], François Hollande maintient sa décision de ne pas briguer un second mandat, affirmant être « à la fin de [sa] vie »[350].

Campagne présidentielle de 2017

Pendant la campagne présidentielle de 2017, François Hollande échange plusieurs fois avec le candidat du Parti socialiste, désigné à l'issue de la primaire, Benoît Hamon, mais ne lui apporte pas de soutien public[351]. Cette réticence du chef de l'État s'explique notamment par l'appartenance de Benoît Hamon aux frondeurs du quinquennat[351]. Les médias se font régulièrement l'écho des mauvaises relations entre Benoît Hamon et François Hollande, qui soutiendrait officieusement Emmanuel Macron[352],[353],[354].

En mars 2017, le candidat Les Républicains (LR), François Fillon, mis en examen pour des soupçons d'emplois fictifs, met en cause le président de la République, qui bénéficie selon lui de services d'un cabinet noir[355]. Six cadres LR (Philippe Bas, Luc Chatel, Christian Jacob, Nathalie Kosciusko-Morizet, Valérie Pécresse, Bruno Retailleau) demandent l'ouverture d'une enquête[356], mais le Parquet national financier ne donne pas suite à leur demande, jugeant les accusations « trop imprécises »[357],[n 15].

Une semaine avant le premier tour de l'élection présidentielle, François Hollande critique Jean-Luc Mélenchon, qui, d'après lui, « ne représente pas la gauche » et promet « des facilités qui quelquefois tombent dans le simplisme »[358].

Entre les deux tours, il apporte officiellement son soutien à Emmanuel Macron face à Marine Le Pen[359],[360]. Selon son proche conseiller Bernard Poignant, il a voté en faveur d'Emmanuel Macron dès le premier tour[361].

Après l'Élysée

 
François Hollande au Web Summit de novembre 2017.

Il transmet ses pouvoirs de président de la République à Emmanuel Macron le , lors d'une cérémonie au palais de l'Élysée[362]. Il se rend dans la foulée rue de Solférino, au siège du Parti socialiste (comme François Mitterrand l'avait fait en 1995), où il prononce un discours retraçant les grandes lignes de son mandat[363].

En tant qu'ancien président de la République, il est membre de droit du Conseil constitutionnel, mais annonce son intention de ne pas y siéger[364],[365]. À l'été 2017, il affirme ne pas avoir quitté la vie politique[366].

Au fil des mois, il exprime des réserves de plus en plus fortes sur l'action d'Emmanuel Macron. En août 2017, évoquant le projet de réforme du code du travail, il conseille au président de la République de ne pas « demander aux Français des sacrifices qui ne sont pas utiles » et de ne « pas flexibiliser le marché du travail au-delà de ce qu'[il a] déjà fait, au risque de créer des ruptures »[367]. En mars 2018, il appelle à la défense des Kurdes face à la Turquie[368], ce qui fait réagir le chef de l'État contre « certaines personnes qui donnent des leçons »[369],[370]. Le mois suivant, François Hollande qualifie Emmanuel Macron de « président des très riches »[371],[372].

Le , il est élu président de La France s'engage, une fondation créée en 2016 afin d'œuvrer en faveur de l'innovation sociale[373].

Entre juin 2017 et mai 2018, l'institut Kantar TNS estime sa popularité à un niveau compris entre 12 % et 16 %, loin des quelque 60 % dont il était crédité en 2012[374]. Dans ce contexte, son retour au premier plan de la vie politique est jugé compromis[375]. En mars 2018, il vote pour l'élection du premier secrétaire du PS en vue du congrès d'Aubervilliers sans se prononcer sur les candidats[376].

Détail des mandats et fonctions

 

Mandats parlementaires

Mandats locaux

Fonctions politiques

Présidence de la République

Conseil constitutionnel

Distinctions et décorations

En qualité de président de la République

Décorations officielles

 
Armoiries en tant que chevalier de l'ordre du Séraphin.

Autres distinctions

Dans les arts et la culture populaire

Publications

Ouvrages

Ouvrages collectifs

Préfaces

Notes et références

Notes

  1. Pendant sa présidence, de 2012 à 2017, François Hollande n'est plus encarté au parti et n'assiste plus à ses réunions ou événements.
  2. Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API.
  3. Selon certaines sources, François Hollande sort de l'ENA à la septième position, d'autres sources parlent de la huitième. Cf François Hollande, président de la République sur Paris Match, 6 mai 2012 ; François Hollande, la tortue et le roseau sur Le Point, 6 mai 2012 ; Biographie François Hollande sur France-Soir, consulté le 13 mai 2012 ; Hollande, l’effort tranquille Libération, 17 octobre 2011.
  4. Animée par Stéphane Le Foll
  5. Animée par Dominique Villemot et Jean-Marie Cambacérès.
  6. François Hollande intervient dans le cadre de cet accord, revendiquant le retrait du paragraphe sur la « reconversion à emploi constant » de la filière MOX, puis s'opposant à la proposition de supprimer le droit de veto de la France au Conseil de sécurité des Nations unies. Cf. « Nucléaire, droit de veto à l'ONU : Hollande fait le tri dans l'accord PS-EELV », LCI-TF1, 28 novembre 2011.
  7. Le chiffrage du programme est contesté par ses opposants et par l'Institut Montaigne, de tendance libérale, d'autant plus qu'au programme initial s'ajoutent plusieurs mesures, annoncées début mars 2012 (sur l'enseignement supérieur, le droit des femmes, le pouvoir d'achat), pour un coût supplémentaire évalué entre 2,8 et 5,2 milliards par an selon le laboratoire d'idées patronal l'Institut de l'entreprise. Cf. « Combien de milliards engagés par François Hollande en une semaine ? », BFM Business, 16 mars 2012.
  8. L'UMP diffuse alors une vidéo de janvier 2011 dans laquelle François Hollande affirme qu'« un taux confiscatoire sur une toute petite fraction des contribuables n'aura[it] aucun effet », entraînerait des délocalisations et « ne produira[it] aucune recette ». En réponse, François Hollande affirme ne s'être « jamais contredit » mais avoir réagi à « une situation nouvelle » de « rémunérations scandaleuses ». Cf. L'Obs avec AFP, « Taux « confiscatoires » : Hollande répond à l'UMP mais… », sur tempsreel.nouvelobs.com, (consulté le 28 novembre 2016).
  9. D'après L'Opinion, il se montre favorable dès 2009 à la mise en place d'une politique de l'offre. Cf. Nathalie Segaunes, « Comment François Hollande convertit ses ministres à la politique de l’offre », sur lopinion.fr, (consulté le 20 septembre 2016). Par deux fois, dont une quelques mois avant de lancer sa campagne présidentielle, François Hollande a indiqué aux Gracques qu'il privilégierait la politique de l'offre, « le redressement des comptes publics » et « la compétitivité des entreprises » ; Marie-France Etchegoin relève qu'« évidemment, il se garde bien de le dire en public ». Cf. Marie-France Etchegoin, « Conseils d'amis », Vanity Fair, no 25, juillet 2015, pages 112-117 et 149-153.
  10. Le vote de cette loi malgré une considérable opposition publique est qualifiée de « victoire significative » pour François Hollande, par le New York Times (« the passage of the law over considerable public opposition was a significant victory »). Cfr. Hollande Signs French Gay Marriage Law, New York Times, 18 mai 2013.
  11. Veilleurs, Hommen, « tour pour tous » : « Les veilleurs poursuivent leur contestation pacifique contre la loi Taubira », sur Lemonde.fr, (consulté le 10 août 2013), « Tour de France : nombreux anti-mariage-gay sur la route de la dernière étape », sur Lefigaro.fr, (consulté le 10 août 2013), « Manifestation anti-mariage-gay en marge d'une visite de Hollande », sur Lepoint.fr, (consulté le 10 août 2013), « Hollande : les raisons d'un déplacement à La Roche-sur-Yon », sur Huffingtonpost.fr, (consulté le 10 août 2013).
  12. Le Point note qu’avec cette dernière affaire, lors de laquelle il est apparu hésitant, son impopularité n’est plus seulement due aux facteurs économiques et sociaux mais aussi à sa personnalité. Cf. « Sondage BVA : l'affaire Leonarda fait plonger Hollande et décoller Valls », L'Express, 28 octobre 2013 (lire en ligne)
  13. En janvier et en décembre 2015, deux sondages le donnent un point devant Nicolas Sarkozy dans les intentions de vote au premier tour de l'élection présidentielle. Cf. Vincent Martigny, « A gauche, la fin de la synthèse sociale-démocrate », dans Pascal Perrineau (dir.), Le Vote disruptif, Paris, Presses de Sciences Po, (lire en ligne), p. 45, http://www.atlantico.fr/decryptage/quand-sapin-fait-boum-sondage-2017-qui-va-faire-trembler-droite-avant-noel-jerome-fourquet-2498970.html, http://media.rtl.fr/internal/binary/2015/0129/7776381771_les-intentions-de-vote-pour-la-presidentielle-2017.pdf?ts=1422546103966.
  14. parmi lesquelles celle du premier président de la Cour de cassation, Bertrand Louvel, qui dénonce un « problème institutionnel ». Cf. Cour de cassation verbatim audience solennelle cour de cassation du 13/10/2016
  15. François Hollande déclare : « Ma position a toujours été de défendre l'indépendance de la justice, le respect de la présomption d’innocence, et de ne jamais interférer, ce qui est très différent de mes prédécesseurs ». Cf. « François Hollande : « Il y a une dignité à respecter, je pense que François Fillon est en deçà » », France Bleu, vendredi 24 mars 2017 à 10 h 45.

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Annexes

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Bibliographie

Documentaires

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Articles connexes

Liens externes