Le paysan est une personne qui vit en zone rurale et a une activité agricole (culture, élevage) qui lui permet de vivre. Des termes modernes pour le désigner sont agriculteur ou exploitant agricole.

Étymologie et terminologieModifier

 
Un paysan prépare son champ pour les semis, au Malawi, en 2009.

Le terme « paysan » provient du latin « pagensis », qui signifiait « du canton, du village » et qui s'était transformé pour donner au XIIe siècle le mot « païsant »[1] — il existe déjà en 1155 et désigne alors la « personne qui habite le pays, autochtone »[2]. Son sens évolue et il désigne également « la personne qui habite la campagne et cultive la terre », depuis le XIIIe siècle, mais a aussi une valeur péjorative par rapport à d'autres termes synonymes[2]. Estelle Deléage souligne que le mot « paysan » comporte donc deux aspects : l'un positif lorsqu'il réfère au lien avec un terroir, l'autre négatif lorsqu'il est rabaissant pour une personne[2]. En France, à la fin du XXe siècle et au début du XIXe siècle, ce terme est souvent remplacé par celui d'« agriculteur » ou l'expression « exploitant agricole »[1] ; d'autres termes sont proches, comme cultivateur, éleveur ou fermier[3],[4]. Le terme a parfois eu des connotations péjoratives mais il est de nouveau valorisé[4].

Un paysan ou une paysanne est une personne vivant à la campagne et qui mène un travail agricole qui lui permet de vivre (culture, élevage…)[1].

L'expression « monde paysan » désigne de nos jours le groupe des personnes vivant de leur activité agricole[1].

Au début du XXIe siècle, certains agriculteurs se qualifient de « paysans » en se référant à l'idée d'une personne effectuant une agriculture différente de celle, manufacturière, qui s'est développée depuis le milieu du XXe siècle et qui engendre différents problèmes environnementaux et sanitaires et voit diminuer le nombre des agriculteurs[2]. Selon Estelle Deléage, si la fin de l'agriculture traditionnelle est annoncée dans les pays du Nord depuis les années 1960-1970, ce ne sera pas forcément le cas dans l'avenir[2]. Ces paysans œuvrent selon des conceptions différentes de l'agriculture productiviste et sont, selon Estelle Deléage, « probablement plus "modernes" que les agriculteurs qui persistent à être des entrepreneurs agricoles » sur certains aspects, dont celle de la considération d'un patrimoine commun à transmettre aux générations à venir[2].

HistoireModifier

 
Les Aïnous supposés descendre des populations Jomon avaient en gros conservé leur mode de vie néolithique à la fin du XIXe siècle (reconstitution d'intérieur)

Si l'on considère qu'un paysan est une personne attachée à un pays sur lequel elle organise par son travail sa subsistance[1], on peut alors constater que l'histoire des paysans a pu commencer avant le néolithique proprement dit (caractérisé par la domestication des espèces) dès que l'homme se sédentarise. Cette phase, que l'on ne sait pas très bien nommer, est appelée selon les auteurs proto-agriculture, cueillette intensive (Intensive gathering (en)), agriculture pré-domestique ou encore Révolution à spectre étendu (Broad spectrum revolution (en)) selon Kent Flannery[5] . Ces chasseurs-cueilleurs sédentarisés ou en cours de sédentarisation se rencontrent ainsi au Zarzien et au Natoufien lors de la phase pré-néolithique du Proche-Orient ou lors de la période Jomon au Japon. À ces époques au Proche-Orient, les cueilleurs collectent des espèces de plus en plus diverses (céréales, légumineuses, fruits secs, figues); ils savent les conserver et moudre les grains. On peut alors parler de cueilleurs-paysans[6].

Depuis la préhistoire le paysan sédentaire a cependant souvent été opposé au chasseur-cueilleur nomade ou à l'éleveur nomade[7]. Depuis le début des grandes civilisations, il faut aussi distinguer les paysans sans terres et sans droits de leurs propriétaires ou patrons dont certains sont aussi de petits paysans mais d'autres de grands seigneurs latifundiaires avec tous les intermédiaires possibles.

NéolithiqueModifier

AntiquitéModifier

 
Travaux paysans dans l’Égypte antique, fac-similé d'une fresque de la tombe de Sennedjem, sous la XIXe dynastie égyptienne.

Antiquité chinoiseModifier

Antiquité méditerranéenneModifier

Moyen Age en EuropeModifier

En ce qui concerne les révoltes, jacqueries et guerres de paysans, le Moyen Âge européen en connaît plusieurs. Par exemple, la Révolte normande de 996 a lieu dans le Duché de Normandie. En 1358, en pleine guerre de cent ans, la Grande Jacquerie a lieu dans les campagnes françaises d'Île-de-France, de Picardie, de Champagne, d'Artois et de Normandie. En 1381, l'Angleterre connaît la Révolte des paysans. De 1437 à 1438, la Principauté de Transylvanie connaît la Révolte de Bobâlna ; en 1514, une autre grande jacquerie aura lieu en Transylvanie, menée par György Dózsa.

Renaissance en EuropeModifier

 
Octobre, extrait du Brevarium Grimani, fol. 11v (Flamand), vers 1510.
 
Paysans allemands avec l'enseigne de la Bundschuh cernant un chevalier (gravure de 1539)

En Allemagne, au début du XVIe siècle, la guerre des Paysans est un soulèvement paysan qui a lieu dans plusieurs régions[3]. Leurs revendications sont consignées dans le manifeste des Douze Articles (). Ces revendications sont fort proches de celles des paysans français à la veille de la Révolution. Tous les soulèvements paysans de l'époque finissent par être écrasés par les Nobles[1] avec le soutien des Princes et des Églises et donnent lieu à des répressions féroces[8].

XVIIe siècleModifier

XVIIIe siècleModifier

XIXe siècleModifier

XXe siècleModifier

 
Battage de céréales, au Japon (XXe siècle ?).

Durant le développement de l'agriculture moderniste, les paysans sont vus comme archaïques et devant moderniser leur activité, sous peine de disparaître ; apparaît une dissociation entre l'identité de paysan et celle d'agriculteur[9].

XXIe siècleModifier

En 2005, les pays en cours d'industrialisation ont souvent une agriculture qui est pratiquée par une majorité de paysans, tandis que les pays industrialisés ont une agriculture à caractère « industriel » et des territoires aux activités diverses[9]. Des chercheurs scientifiques, tels Bill Reimer et David R. Dávila-Villers, décrivent trois types de mondes ruraux, concernant tous les pays : celui des entrepreneurs, celui des agriculteurs familiaux et de la paysannerie à la base de l'économie rurale traditionnelle, et celui des paysans qui peinent à vivre de leurs activités et qui sont souvent oubliés des stratégies de développement concernant les personnes les plus pauvres[9]. Cette même année 2005, il y a 2,5 milliards de paysans parmi les 6,4 milliards d'humains dans le monde, soit 39 % d'entre eux[10]. Parmi les paysans, environ 1,3 milliard sont des « actifs agricoles »[10]. Parmi l'intégralité des humains, environ 1,2 milliard d'entre eux vivent avec moins de 1 dollar par jour, seuil sous lequel il est considéré qu'une personne est en situation de « pauvreté extrême », et les trois-quarts de celles-ci vivent en zone rurale[10]. Le chercheur Yves Dupont souligne qu'il y a aussi 500 millions de paysans « sans terre » et de très nombreuses personnes issues des mondes ruraux sont amenées à migrer[10].

Situation dans le mondeModifier

En 2018, l'Organisation des Nations unies (ONU) déclare que si les paysans sont à la base de l'alimentation des humains, ils rencontrent souvent des problèmes quant à leurs droits, par exemple à cause de politiques ou de relations économiques qui sont en leur défaveur[11]. De plus, leur activité est soumise au climat et à l'évolution du milieu local, ce qui va les fragiliser davantage avec les destructions environnementales dues aux hommes et les changements que va provoquer le réchauffement climatique en cours[11],[10]. Parmi les paysans et autres personnes vivant en zone rurale, il y a souvent des inégalités hommes-femmes, ces dernières étant souvent discriminées en ce qui concerne notamment le droit à la terre, son accès, son utilisation et son contrôle, en plus de recevoir des rémunérations moindres que leurs homologues masculins, autant de facteurs qui les rendent vulnérables[11].

La Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, a aussi rappelé que les paysans et les autres personnes travaillant en zone rurale contribuent à préserver la culture, l'environnement, les moyens de se nourrir et de vivre et les traditions des humains, et qu'il faut donc en tenir compte dans le cadre de l'Agenda 2030 pour le développement durable[11].

Droits des paysans dans le mondeModifier

La Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales a été adoptée en par l'Assemblée générale des Nations unies : elle proclame une série de droits humains spécifiques aux paysans[12],[13],[11].

Les paysans ou la paysannerie dans les artsModifier

LittératureModifier

Avant le XIXe siècle et dès l'Antiquité, les ouvrages concernant les paysans sont soit des traités d'agriculture, soit des ouvrages poétiques présentant la vie des paysans sous un jour idyllique. Le plus célèbre est sans doute les Bucoliques de Virgile (datant de -37). Même des écrivains connaissant très bien la vie des paysans comme Restif de la Bretonne (1734-1806) n'échappent pas à ce travers (La Vie de mon père)[14]. Cette situation ne change que vers 1850.

En FranceModifier

Au fil des siècles, des ouvrages célèbres mettent en scène des paysans, tels Le Paysan parvenu (1735) de Marivaux, Les Paysans (1844), d'Honoré de Balzac, plusieurs romans ou nouvelles de George Sand, La Terre (1887) d'Émile Zola, Le Paysan de Paris (1926) de Louis Aragon, ou Regain (1930) de Jean Giono.

À partir de la fin du XIXe siècle, apparaissent les écrivains dits régionalistes attachés à un terroir. Une partie de l'œuvre de George Sand peut être considérée comme précurseur en ce domaine, avec notamment La Mare au diable (1846), François le Champi ou (1848) La Petite Fadette (1849). Le roman Jacquou le Croquant (1896) d'Eugène Le Roy obtient un succès considérable. Des œuvres mettant en scène des paysans ailleurs dans le monde ont pu influencer ce courant ; on pourrait citer Tess d'Urberville (1891) de Thomas Hardy, des passages saisissants dans Anna Karénine de Léon Tolstoï sur les paysans russes et Maria Chapdelaine (1913) de Louis Hémon, situé au Québec.

 
Buste d'Émile Guillaumin à Ygrande.

Le premier écrivain-paysan français[15] à produire une œuvre remarquable est sans doute Émile Guillaumin avec La vie d'un simple (1904), racontant la vie d'un paysan du Bourbonnais. En 1920, Ernest Pérochon (Les Gardiennes, Les Creux de maisons), instituteur fils de petits paysans, du Bocage bressuirais obtient le Prix Goncourt pour Nêne. Le succès de la littérature de terroir ne se démentira plus ensuite.

En SuisseModifier

Ramuz : Aline (1905)

En AutricheModifier

Peter Rosegger : Jakob der Letzte (1887)

Au QuébecModifier

En AllemagneModifier

Au Royaume-UniModifier

John Clare : Poems Descriptive of Rural Life and Scenery (1820)

En RussieModifier

Nombre d'autres auteurs russes ou soviétiques ont écrit sur les paysans, dont Lidia Seïfoullina, Vsevolod Ivanov, Isaac Babel, Dmitri Fourmanov, Mikhail Cholokhov[16]. La collectivisation en Union soviétique a aussi été prise en compte par des auteurs, dont Nikolai Kotchine, Kouzma Gorbounov, Ivan Makarov, Vassili Koudachev, Fedor Panferov[16].

PeintureModifier

 
Famille de paysans dans un intérieur, par Louis Le Nain, vers 12.
 
La famille de la laitière, par Louis Le Nain, années 1640.

Différents artistes peintres ont réalisé des œuvres prenant pour thème le paysan ou la paysannerie. Il en est ainsi de Louis Le Nain[1] (1593-1648) dans les années 1630-1640.

Cinéma et télévisionModifier

Plusieurs films de fiction font apparaître des paysans, comme La Terre (1969, Égypte) de Youssef Chahine, Maudite pluie ! (2011, Inde) de Satish Manwar, Holy Field Holy War (2014, Pologne) de Lech Kowalski, Bella e perduta (2015, Italie) de Pietro Marcello, Les Gardiennes (2017, France) de Xavier Beauvois, ou Petit Paysan (2017, France) d'Hubert Charuel[17],[18]. Dans l'ancienne Union soviétique, des réalisateurs tels Alexandre Dovjenko, Boris Barnet ou Sergueï Eisenstein ont aussi fait des « films paysans »[18]. Selon Raphaël Nieuwjaer, le cinéma français s'est particulièrement intéressé aux paysans, davantage que d'autres pays, au travers de fictions mais aussi de documentaires[18]. Certains de ces films traitent en particulier des conditions de vie de certains paysans : c'est le cas des Raisins de la colère (1940, États-Unis) de John Ford (d'après le roman de John Steinbeck), L'Hiver dernier (2011, Belgique, France, Suisse) de John Shank, Promised Land (2013, États-Unis) de Gus Van Sant, Petit paysan, ou Au nom de la terre (2019, France) d'Édouard Bergeon[19],[20].

Les séries télévisées elles aussi s'emparent du monde paysan, comme Le Champ Dolent, le roman de la Terre, (2002, Belgique, France), Jeux d'influence (2019, France) de Jean-Xavier de Lestrade et Antoine Lacombiez[19].

Différents films documentaires traitent de la vie paysanne, comme Farrebique (1947) et Biquefarre (1983) de Georges Rouquier, la trilogie Profils paysans (2001-2008) de Raymond Depardon, Les fils de la terre (2012) d'Édouard Bergeon ou Les vaches n'auront plus de nom (2019) d'Hubert Charuel[18].

Notes et référencesModifier

  1. a b c d e f et g Académie française, « Paysan, paysanne », 9e édition du dictionnaire (actuelle en 2021), sur Dictionnaire de l'Académie française (consulté le )
  2. a b c d e et f Estelle Deléage, « Les paysans dans la modernité », Revue Française de Socio-Économie, vol. 9, no 1,‎ , p. 117 (ISSN 1966-6608 et 2104-3833, DOI 10.3917/rfse.009.0117, lire en ligne, consulté le )
  3. a et b « Définition de Paysan », sur www.cnrtl.fr (consulté le )
  4. a et b N. S.-L., « Les Paysans », Études, vol. tome 410,‎ , p. 663-672 (lire en ligne)
  5. Kent Flannery, Origins and Ecological Effects of Early Domestication in Iran and the Near East," The Domestication and Exploitation of Plants and Animals ", Peter J. Ucko and G.W. Dimbleby (Chicago: Aldine Publishing Co., , p. 73-100
  6. Natalie D. Munro et Leore Grosman, The forager-farmer in the southern Levant (circa 20000-8500) dans Assaf Yasur-Landau, Eric H. Cline et Yorke Rowan (dir.), The social archaeology of the Levant ; From prehistory to the Present, Cambridge, Cambridge University Press, 2018, p. 47-66
  7. Mette Bovin, « Nomades « sauvages » et paysans « civilisés» : WoDaaBe et Kanuri au Borno », Journal des Africanistes,‎ , p. 53-74 (lire en ligne)
  8. Georges,. Bischoff, La Guerre des paysans l'Alsace et la révolution du Bundschuh, 1493-1525, La Nuée Bleue, dl 2010 (ISBN 978-2-7165-0755-4 et 2-7165-0755-4, OCLC 690503007, lire en ligne)
  9. a b et c Estelle Deléage, « Paysans malgré tout ! », Ecologie & politique, vol. N°31, no 2,‎ , p. 13 (ISSN 1166-3030 et 2118-3147, DOI 10.3917/ecopo.031.0013, lire en ligne, consulté le )
  10. a b c d et e Yves Dupont, « Pourquoi faut-il pleurer les paysans ? », Ecologie & politique, vol. N°31, no 2,‎ , p. 25 (ISSN 1166-3030 et 2118-3147, DOI 10.3917/ecopo.031.0025, lire en ligne, consulté le )
  11. a b c d et e Organisation des Nations unies (ONU), « L'ONU se félicite de l'adoption de la Déclaration sur les droits des paysans », sur ONU Info, (consulté le )
  12. Chloé Maurel (historienne spécialiste de l'ONU), « Une « Déclaration sur les droits des paysans » adoptée à l’ONU », sur L'Humanité, (consulté le )
  13. ONU Info, « L'ONU se félicite de l'adoption de la Déclaration sur les droits des paysans », sur ONU Info, (consulté le )
  14. Jean-Louis Quéreillahc, « LITTERATURE PAYSANNE et PENSEE RURALE », sur écrivains paysans
  15. N'oublions pas Robert Burns, le Barde de l'Écosse
  16. a b c et d Vsevolod Sourganov, « Le paysan dans le roman soviétique », sur Le Monde diplomatique, (consulté le )
  17. Michel Bezbakh, « Du hors-champ plein les champs : dix (bons) films sur le monde paysan », sur Télérama, (consulté le )
  18. a b c et d Raphaël Nieuwjaer, « Panorama du cinéma paysan », sur Revue Études - Culture contemporaine, (consulté le )
  19. a et b Cathy Lafon, « Des "Raisins de la colère" à "Petit paysan" : quand le cinéma s’engage pour les agriculteurs », sur Sud-Ouest (France), (consulté le )
  20. Laurence Houot, « "Au nom de la terre", premier film déchirant d'Edouard Bergeon, fils de paysan, sur le monde agricole », sur Franceinfo, (consulté le )

AnnexesModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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