Chanoine

membre du clergé attaché au service d'une église

Un chanoine (du nom latin médiéval canonicus de même sens, lui-même issu de l'adjectif du latin classique canonicus : « relatif à une règle, régulier » ; et du grec ancien κανών (kanôn), règle) est un clerc (voire laïc) appartenant à un chapitre ou à une congrégation, et consacré à la prière liturgique au chœur (chanter la gloire de Dieu en plain-chant monodique fait partie intégrante de la liturgie), à la prédication, au secours des pauvres, ainsi qu'à la direction du chœur professionnel (le « bas-chœur ») conjointement à une fonction d'enseignement dans le but de pouvoir diriger le chœur d'enfants (la maîtrise). Cette fonction de maître de musique, même lorsque celui-ci devient chanoine, installe généralement son bénéficiaire à un rang inférieur dans la hiérarchie canoniale, etc. Il s'agit à l'origine d'un clerc séculier doté d'une règle canonique (règle d'Aix) analogue à celle de saint Benoît et détenteur d'une prébende. Bien que cette règle s'inspire de la tradition apostolique de renoncement, elle permet aux chanoines de posséder des biens privés, ce qui les distingue des moines[1].

Chanoine portant l'aumusse.

Progressivement, la très grande variété des intitulés des dignités et des offices selon les chapitres (différents selon leur fondateur, la richesse de leur patrimoine) a donné naissance à différentes catégories de chanoines qu'il est difficile de sérier. Au haut Moyen Âge, le mot peut désigner certains membres du personnel laïc des églises. Aujourd'hui, il existe des chanoines ecclésiastiques (séculiers ou réguliers), des chanoines laïcs et des femmes religieuses régulières (chanoinesses).

Histoire de la vie canonialeModifier

OrigineModifier

L'historiographie ecclésiastique voit dans le mode de vie des Apôtres rassemblés autour du Christ, l'exemple fondateur de la vie canoniale. On y rattache en effet les principes de la vie communautaire, consacrée à Dieu, mais assurant également la propagation de la foi et les secours spirituels.

 
Chanoine agenouillé (Normandie).

Les persécutions que les chrétiens subirent dans les trois premiers siècles, empêchèrent en beaucoup de lieux les clercs de vivre en commun : mais ils mettaient au moins leurs biens en communauté. La distinction que l'on fit en 324 des églises cathédrales d'avec les églises particulières, peut cependant être regardée comme le véritable commencement des collèges et communautés de clercs appelés « chanoines ». On voit dans saint Basile et dans saint Cyrille, que l'on se servait du nom de « chanoine » et de « chanoinesse » dans l'église d'Orient. Ces noms furent usités plus tard en Occident[2].

Le nom de « chanoine » apparut en Occident au IVe siècle, désignant les clercs que saint Augustin, évêque d'Hippone, avait rassemblés autour de lui en leur proposant une règle de vie commune.

La distinction d'un corps des chanoines par rapport au reste du clergé pourrait remonter à saint Chrodegang, évêque de Metz et auteur en 763 d'une règle de vie communautaire (la Regula vitae communis) inspirée de la règle de saint Augustin. Selon cette règle, les membres du clergé vivant en commun sous le toit épiscopal n'ont pas à faire vœu de pauvreté mais doivent respecter un certain nombre d'obligations, telles que le travail manuel et la confession deux fois par an. Les évêques de Lyon Leidrade puis Agobard introduisent dans la capitale des Gaules la réforme canoniale voulue par Charlemagne. Cette réforme est renouvelée et diffusée par Louis le Pieux au concile d'Aix-la-Chapelle en 816 (règle d'Aix)[3].

Il était également précisé qu'ils devaient entendre deux fois par jour un chapitre (latin capitulum) de la règle de leur fondateur. Le terme aurait ensuite changé de sens pour désigner la réunion du conseil de l'évêque avec les clercs qui l'assistent : le chapitre canonial. Les chanoines prirent alors une part de plus en plus importante à l'administration de l'église épiscopale.

Les chanoines au Moyen ÂgeModifier

À l'époque carolingienneModifier

Dès la période carolingienne, la vie canonique (latin vita canonica) devint un objet de préoccupation des conciles, notamment afin d'éviter l'enrichissement personnel des chanoines et d'assurer le respect de la règle.

La réforme grégorienneModifier

Durant la réforme grégorienne, diverses réformes sont entreprises par les souverains pontifes, comme Nicolas II (en 1059), Alexandre II (en 1063, créant les chanoines réguliers, et excluant les laïcs de ces sortes de communautés). L'attrait prioritaire de la prébende, qui fait recruter les chanoines auprès de la haute bourgeoisie et de la noblesse locale, les cas nombreux de concubinage[4] et l'abandon de tout service paroissial sont les causes de tentatives éparses de redressement, dès l'an mil, puis d'une reprise en main venue de Rome, au cours du XIe siècle, dans la mouvance de cette réforme[5].

Dès la première moitié de ce siècle, de nombreux chapitres en Europe entreprennent d'eux-mêmes de reprendre une vie commune en respectant la règle de Saint Augustin. Les régions les plus gagnées par ce premier élan sont la Provence, la Toscane, la Lombardie et le Latium[6]. Dans la seconde moitié du siècle, de nombreuses autres régions d'Europe s'engagent dans cette voie[7]. Toutefois, de nombreuses communautés résistent à cette réforme et ne reprennent pas de vie commune ou s'engagent dans la pauvreté, tel le chapitre cathédral de Lyon par exemple[8].

Du XIIe siècle à la fin du Moyen ÂgeModifier

D'autres rappels à la règle sont faits par Innocent II (et le concile du Latran, en 1139), ou encore Benoît XII (en 1339).

À l'époque moderneModifier

La séparation des menses qui a entraîné l'autonomie croissante des chapitres, est à l'origine de nombreux conflits entre les chanoines et les évêques : droits de préséance et de juridiction capitulaire et épiscopale, problèmes relatifs aux dignités et aux bénéfices, aux répartitions des offrandes, des profits liés à la vente de cire (due à la récupération des cierges, chandelles et luminaires qui brûlent dans les chapelles). Les chanoines sont ainsi en procès continuels avec les évêques, ce qui impose régulièrement le recours à l'arbitrage d'une autorité ecclésiastique extérieure (le pape lorsque ces procès concernent des diocèses importants)[9],[10].

Depuis le XIXe siècle jusqu'à nos joursModifier

Les chanoines relèvent dans le Droit canonique de la section consacrée aux chapitres de chanoines. Le Code de 1917 en traitait aux canons 391-422, livre II, 1re partie, section 1, titre 8, chapitre 5e, soit 31 canons ; le nouveau Code de 1983 en traite aux canons 503-510[11], au livre II, 2e partie, section 2, titre 3, chapitre 4, soit 7 canons seulement. La réduction drastique des canons les concernant marque la disparition de leur puissance, leur rôle étant désormais de facto honorifique.

Les différentes appellations des chanoinesModifier

Le droit canonique et les statuts capitulaires ont distingué ou distinguent de nombreuses catégories de chanoines :

Selon la fonction capitulaireModifier

  • prévôt, doyen ou primicier : président du chapitre.
  • proto-chanoine : c'est le titre du premier des chanoines, qui a préséance sur tous les autres chanoines.
  • chanoine pointeur : celui qui marque les chanoines absents et ceux qui arrivent alors que l'office a déjà commencé.
  • chanoines de stallo : occupent les stalles hautes (plus dignes) des églises.
  • chanoines de terra : occupent les stalles basses (moins dignes) des églises.
  • chanoine-curé ou vicaire du chapitre : est chargé de la charge curiale (notamment des fidèles) de l'église du chapitre.
  • chanoine pénitencier : est habilité à absoudre des sanctions au for interne.
  • chanoine théologal : est chargé de l'enseignement et de la prédication.
  • chanoine coûtre, etc.
  • chanoines coadjuteurs.

Selon le droit de voteModifier

  • chanoines capitulants ou participants : ceux qui ont voix délibérative dans l'assemblée du chapitre.
  • chanoines surnuméraires.

Selon la prébende reçueModifier

  • chanoines prébendés : ceux qui reçoivent un traitement.
  • chanoines expectants : ceux qui, en attendant une prébende, avaient le titre et la dignité de chanoines, voix au chapitre, et une place au chœur.
  • chanoines majeurs : ceux qui ont les grandes prébendes d'une église.
  • chanoines mineurs : ceux qui ne possèdent que les moindres prébendes.
  • chanoine semi-prébendé : celui qui n'a qu'une demi-prébende.
  • chanoine tertiaire (tertiarius ou tortrier) : celui qui ne touchait que la troisième partie des fruits d'une prébende.
  • chanoines jubilaires : ceux qui desservent leurs prébendes depuis cinquante ans.

Selon la résidenceModifier

  • chanoines-cardinaux : incardinati : clercs qui non seulement observaient la règle et la vie commune, mais qui étaient attachés (incardinés) à une certaine église, de même que les curés le sont à une paroisse.
  • chanoines claustrales : résidents auprès du cloître de l'église principale du chapitre.
  • chanoines mansionnaires ou résidents : ceux qui desservent en personne leur église, à la différence des chanoines forains.
  • chanoines forenses ou forains : ne résident pas dans leur église et se font remplacer par un vicaire.
  • chanoines obedientiales : résident dans les obédiences ou succursales dépendant d'une église principale.

Selon le statut ecclésialModifier

  • chanoines-moines : étaient les mêmes que les chanoines-réguliers : on en parle dans la vie de Grégoire IV et dans un vieux pontifical de saint Prudence, évêque de Troyes.
  • chanoines réguliers (voir ci-dessous)
  • chanoines séculiers (voir ci-dessous)

Selon l'ordre reçuModifier

  • chanoine in minoribus : celui qui n'a reçu que les Ordres mineurs (ostiariat, lectorat, exorcistat, acolytat), n'a pas de voix au chapitre et ne jouit pas de certains honneurs.
  • chanoines domicillares ou chanoines-damoiseaux (ou domiciliaires) : nom que l'on donnait autrefois dans quelques églises aux jeunes chanoines qui n'étaient pas encore dans les ordres sacrés (que sont les sous-diaconat, diaconat et presbytérat).
  • chanoines laïcs : pour la plupart, non-clercs nommés de manière honoraire voire héréditaire. Il y a cependant quelques exemples singuliers de chanoines titulaires qui sont laïcs, et même mariés. À Tirlemont en Flandre, il y avait une église collégiale de chanoines fondée par un comte de Barlemont, qui devaient être mariés : ils portaient l'habit ecclésiastique mais n'étaient pas engagés dans les ordres.

Selon les privilèges liturgiquesModifier

  • chanoines mitrés : ceux qui, par un privilège accordé par les papes, ont le droit de porter la mitre au choeur. Par exemple :
    • les chanoines de la cathédrale et des quatre collégiales de Lyon ;
    • ceux de la cathédrale de Lucques (depuis Grégoire IX) ;
    • ceux de la cathédrale de Milan (depuis Pie XI, ancien archevêque de la ville).

Pour des motifs honorifiquesModifier

  • chanoines ad effectum : dignitaires auxquels le pape confère le titre de chanoine sans prébende.
  • chanoines honoraires : titre accordé à des ecclésiastiques qui ne résident pas auprès de la cathédrale et n'exercent pas de fonction effective dans le conseil de l'évêque ou le chapitre d'une église donnée. Voir aussi 'chanoines d'honneur'. Les chanoines honoraires au sein de l'Église catholique romaine peuvent encore être nommés après le Concile Vatican II. Aussi, les chapelains de l'Ordre souverain militaire de Malte qui jouissent, en outre, des privilèges prélatices sont aussi, de fait, avec l'Ordre équestre du Saint-Sépulcre, chanoines titulaires ou honoraires de leur Ordre et ont droit au titre honorifique de « Chanoine » et « Monseigneur » en plus de la robe de chœur, qui comprend la mozette (noir avec passepoil violet pour Malte et blanc avec une croix de Jérusalem rouge pour le Saint-Sépulcre.
  • chanoines d'honneur : titre honorifique sans réalité canonique, accordé autrefois en France par un évêque à d'autres ecclésiastiques. Certains chapitres distinguent en chanoines honoraires les simples prêtres et chanoines d'honneur les évêques et prélats.

Selon des critères de naissance ou de fonctionModifier

  • chanoines nobles : membre des chapitres qui doivent appartenir à la noblesse. L'on parle normalement de chapitres nobles.
  • chanoines héréditaires : laïcs auxquels des églises cathédrales ou collégiales ont donné le titre et les honneurs de chanoine honoraire (les rois de France par exemple).
  • chanoines honoraires-nés : clercs ou laïcs étant, par leur dignité (ex officio), chanoines honoraires de certaines églises, quoique leur dignité soit étrangère au chapitre.

Autres catégoriesModifier

  • chanoine ad sucurrendum : titre que l'on donnait à ceux qui se sont fait agréger en qualité de chanoine à l'article de la mort, pour avoir part aux prières du chapitre.

Aujourd'hui, l'on distingue principalement :

  • les chanoines séculiers, qui sont généralement des clercs attachés à un chapitre, cathédral ou collégial, ou, plus rarement, des clercs membres d'une congrégation de chanoines séculiers, qui ne prononcents pas de vœux religieux ;
  • les chanoines réguliers, qui sont des clercs vivant en communauté, faisant des vœux religieux et suivant une règle monastique ;
  • les chanoines laïcs ;
  • les chanoinesses, qui sont, de nos jours, des religieuses.

Les chanoines séculiersModifier

Les chapitres de chanoinesModifier

 
Vitrail de saint Chrodegang de Metz

Le terme de chanoine séculier désigne, le plus souvent, un clerc séculier, membres d'un chapitre de chanoines attaché à une église et « auquel il revient d'accomplir les fonctions liturgiques plus solennelles dans l'église cathédrale ou collégiale […] » (can. 503, CIC/1983[12]).

Les chanoines se consacrent, principalement, au chant choral de l'office divin. Ils appartiennent à un collège appelé chapitre, collégial ou cathédral, selon que l'église où il officie est collégiale ou cathédrale, et dont les activités sont réglées par des statuts, sous l'autorité d'un doyen, prévôt ou primicier. La particularité du gouvernement de ces chapitres est d'être collégial, le doyen n'étant qu'un primus inter pares présidant et représentant le chapitre. Les chanoines ne prononcent pas de vœux religieux et restent, de ce fait, propriétaire de leurs biens.

C'est semble-t-il à partir du XIIIe siècle que, insensiblement, le terme canonicus est réservé aux clercs — ou au moins à certains des clercs — des églises cathédrales et des églises collégiales. Les chanoines forment alors le chapitre tel que nous le connaissons aujourd'hui.

Les chanoines peuvent être de simples clercs, mais sont de nos jours quasiment tous prêtres (can. 509 § 2[13]). Les églises cathédrales possèdent ordinairement un chapitre de chanoines (beaucoup n'en ont plus aujourd'hui, le can. 508 § 2 ne le rendant plus obligatoire[14]), dont les membres composaient jadis le conseil de l'évêque ; avant le code de droit canonique de 1983, les fonctions curiales de la cathédrale leur appartenaient à tous collegialiter (collectivement) et étaient exercées en pratique par l'un d'eux — le vicaire-curé ou capitulaire — au nom du chapitre. Désormais les chapitres sont séparés des paroisses (can. 510 § 3[15]).

Le titre de chanoine est, depuis le XIXe siècle, conféré à titre de retraite ou surtout de récompense, et exclusivement « à des prêtres remarquables par leur doctrine et l'intégrité de leur vie, et qui ont exercé le ministère de façon méritoire » (can. 509 § 2[13]).

Dans la cité de Liège[16], les écolâtres étaient des chanoines qui avaient des responsabilités de contrôles, plus ou moins étendues selon les époques, des écoles élémentaires. Y furent écolâtres au XVIIe siècle : Christophe Blocquerie, Nicolas Rave, Gilles de Bocholtz, Jacques de Chocquier, Laurent de Méan, Jean-Ferdinand de Méan et Jean-Pierre Burman.


Les congrégations de chanoines séculiersModifier

 
Chanoine séculier de la congrégation de Saint-Jean l'Évangéliste

Le terme de chanoine séculier désigne, également, un clerc séculier qui, sans avoir prononcé de vœux religieux, vit en communauté et exerce un apostolat, selon les constitutions d'une congrégation.

Les congrégations de chanoines séculiers sont nées au XVe siècle, de la volonté de faire revivre la vie communautaire des séculiers[17].

Parmi elles, on peut citer la congrégation de Saint-Georges in Algha (ou in Alga)[18], fondée à Venise en 1404, sous le pontificat de Boniface IX, dont était membre Laurent Justinien, et qui comprenait également une branche féminine de chanoinesses, et la congrégation de Saint-Jean-Évangéliste[18], au Portugal, fondée en 1425. Selon Maria Castro Pino, la particularité de cette congrégation est liée au type d’exercice de l’autorité qui s’y pratique, et qui suit de près, en quelque sorte, celle des Dominicains[19].

Les chanoines réguliersModifier

 
Vitrail de saint Augustin d'Hippone (église Saint-Denis, Lyon).

Les chanoines réguliers sont des clercs qui vivent en communauté et exercent un apostolat selon les principes d'une règle.

Au cours des siècles, plusieurs règles de vie ont été observées par les communautés de chanoines réguliers.

La règle de saint Augustin s'est imposée progressivement entre le XIe siècle et 1215 dans le sillage de la réforme grégorienne. Quasiment tous les réformateurs et fondateurs de communautés canoniales depuis le XIe siècle finirent par l'adopter. On parle alors de famille (et non d'ordre) des Chanoines de saint Augustin, parce que leurs établissements pouvaient se donner des constitutions particulières qui précisaient l'application de la règle (par exemple : les chanoines de Saint-Victor).

Jusqu'au XIe siècle, ils ne furent pas astreints à la mise en commun de leurs biens. Au XIe siècle, saint Pierre Damien considère que cette mise en commun est ce qui les distingue des chanoines séculiers[20].

Ils vivent dans des abbayes qui ont pu avoir la puissance et le rayonnement attachés aux établissements monastiques. Ils mènent pourtant une vie non cloîtrée, et s'investissent de missions sacerdotales ou d'enseignement, voire sont responsables de paroisses.

Actuellement, certains d'entre eux mènent une vie consacrée, généralement en prononçant les vœux religieux, à l'instar des religieux, mais ils exercent le ministère des âmes en prêchant, enseignant, et administrant les sacrements comme le clergé séculier. Contrairement aux moines, certains ne sont pas tenus à la stabilité dans leur monastère de profession.

L'ordre Teutonique, réformé en 1929, est un institut de vie consacrée qui prend place parmi les chanoines réguliers[21].

Les chanoines laïcsModifier

Les chanoines laïcs sont pour la plupart des chanoines honoraires ou héréditaires. Il y a cependant quelques exemples de chanoines titulaires qui sont laïcs, et même certains mariés : à Tirlemont en Flandre, il y eut une église collégiale de chanoines fondée par un comte de Barlemont, qui devaient être mariés ; ils portaient l'habit ecclésiastique, mais n'étaient pas engagés dans les ordres[22]. Le Code de droit canonique de 1983 permettant dans son canon 228 d'attribuer "des offices ou charges ecclésiastiques" à des fidèles laïcs, autorise théoriquement le maintien ou la nomination de chanoines laïcs[23].

Les titres de chanoines des rois de FranceModifier

Les rois de France, laïcs mais sacrés à Reims, étaient de manière successorale chanoines d'honneur de plusieurs églises, jusqu'en 1830 :

Lorsque le roi faisait son entrée dans l'une de ces églises, on lui présentait l'aumusse et le surplis[26].

Le cas particulier du canonicat d'honneur de l'archibasilique du LatranModifier

Depuis 1604, le roi de France était « premier et unique chanoine honoraire » de l'archibasilique de Saint-Jean-du-Latran, en vertu d'une fondation de Louis XI de 1482 renouvelée par Henri IV en 1604, qui en devint le premier chanoine en donnant au chapitre du Latran l'abbaye de Clairac, en Agenais (aujourd'hui département de Lot-et-Garonne).

Après la chute des Bourbons en 1830, le chapitre basilical a proposé ce titre à plusieurs chefs d'État français. Depuis 1957, le président de la République française accepte traditionnellement ce titre, que le chapitre lui offre par écrit après son élection. Plusieurs ont pris possession de leur stalle au chœur, où ils sont représentés par un chanoine français, actuellement Mgr Louis Duval-Arnould.

Les chanoinessesModifier

Les chanoinesses sont des femmes menant une vie canoniale régulière (mais non séculière, réservée aux clercs) : par exemple, les chanoinesses de Saint-Augustin, actuellement congrégation de Notre-Dame des chanoinesses de Saint-Augustin[27].

Chanoines séculiers en habit de chœurModifier

Notes et référencesModifier

  1. Jean Châtillon, Le mouvement canonial au Moyen Âge. Réforme de l'église spiritualité et culture, Brepols, , p. 11.
  2. Denis Diderot, Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences des arts et des métiers, 1782, volume 7, p. 227
  3. Michel Rubellin, Église et société chrétienne d'Agobard à Valdès, Presses Universitaires Lyon, , p. 151
  4. Les domestiques des chanoines dans les inventaires après décès montrent la présence de bonnes vivant en concubinage avec ces clercs, malgré l'interdiction du concile de Clermont à ce sujet. Cf. Michel Rouche (dir.), Mariage et sexualité au Moyen Age : accord ou crise, Presses Paris Sorbonne, , p. 173-174.
  5. Daniel Faure, Véronique Rouchon-Mouilleron, Cloîtres : jardins de prières, 2000, flammarion, p. 23.
  6. H. du Christianisme t. V, p. 152
  7. H. du Christianisme t. V, p. 153
  8. Jacques Gadille (dir.), René Fédou, Henri Hours et Bernard de Vregille, Le diocèse de Lyon, Paris, Beauchesne, coll. « Histoire des diocèses de France » (no 16), , 350 p. (ISBN 2-7010-1066-7, BNF 34728148), p. 90-92
  9. Jean-Charles Picard (dir.), Les chanoines dans la ville. Recherches sur la topographie des quartiers canoniaux en France, De Boccard, , p. 56-126.
  10. Catherine Vincent, Fiat lux. Lumière et luminaires dans la vie religieuse en Occident du XIIIe siècle au début du XVIe siècle, Cerf, , p. 178.
  11. « Les chapitres de chanoines », sur vatican.va,
  12. « Canon 503 du C.I.C./1983 », sur droitcanonique.fr,
  13. a et b « Canon 509 du C.I.C./1983 », sur droitcanonique.fr,
  14. « Canon 508 du C.I.C./1983 », sur droitcanonique.fr,
  15. « Canon 510 », sur droitcanonique.fr,
  16. Le Chapitre cathédral de Saint Lambert à Liège au XVIIe siècle (présentation en ligne).
  17. « Les chanoines séculiers », sur icrspfrance.fr (consulté le )
  18. a et b Pierre Hélyot, « Dictionnaire des ordres religieux ou Histoire des orders monastiques, religieux et militaires et des congrégations séculières de l'un et de l'autre sexe, qui ont été établies jusqu'à présent », sur books.google.fr, (consulté le )
  19. Benoît-Michel Tock, « La personne d’autorité en milieu régulier, du Moyen Âge au XVIIIe siècle, Revue de l'IFHA », sur journals.openedition.org, (consulté le )
  20. Contra clericos regulares proprietarios, PL 145, col. 479 et suiv.
  21. Annuario Pontificio 2014, Libreria Editrice Vaticana, Città del Vaticano, p. 1411 (ISBN 9788820992934)
  22. Denis Diderot, Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences des arts et des métiers, 1782, volume 7, p. 234
  23. https://www.droitcanonique.fr/codes/cic-1983-1/c-228-cic-1983-228#collapseRec
  24. Adolphe Fabre Recherches historiques sur le pèlerinage des rois de France à Notre-Dame d'Embrun, Éd. Maisonville et fils et Jourdan, 1860, p. 164
  25. Journal des Savants, 1825, p. 588.
  26. Denis Diderot, Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences des arts et des métiers, 1782, volume 7, p. 233
  27. « Congrégation Notre-Dame »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur congregation-notredame.cef.fr

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • Jean-Marie Mayeur (dir.), Charles Pietri (†) (dir.), Luce Pietri (dir.), André Vauchez (dir. et responsable du tome V) et Marc Venard (dir.), Histoire du christianisme : des origines à nos jours, t. V : Apogée de la papauté et expansion de la chrétienté (1054-1274), Paris, Desclée, , 973 p. (ISBN 2-7189-0573-5, BNF 35572364)
  • Jean-Charles Picard dir., Les chanoines dans la ville. Recherches sur la topographie des quartiers canoniaux en France, Paris, De Boccard, 1994, 424 p., ill.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier