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Paul Deschanel

10e président de la Troisième République française
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Paul Deschanel
Illustration.
Paul Deschanel en 1920.
Fonctions
Sénateur français

(1 an, 3 mois et 18 jours)
Élection
Circonscription Eure-et-Loir
Groupe politique Union républicaine
Prédécesseur Louis Vinet
Successeur Henri Villette-Gaté
Président de la République

(7 mois et 3 jours)
Élection 17 janvier 1920
Président du Conseil Alexandre Millerand
Prédécesseur Raymond Poincaré
Successeur Alexandre Millerand
Président de la Chambre des députés

(7 ans, 8 mois et 18 jours)
Législature Xe, XIe, XIIe (Troisième République)
Prédécesseur Henri Brisson
Successeur Raoul Péret

(3 ans, 11 mois et 29 jours)
Législature VIIe (Troisième République)
Prédécesseur Henri Brisson
Successeur Léon Bourgeois
Député

(34 ans, 4 mois et 14 jours)
Élection 18 octobre 1885
Réélection 22 septembre 1889
20 août 1893
8 mai 1898
27 avril 1902
6 mai 1906
24 avril 1910
26 avril 1914
16 novembre 1919
Circonscription Eure-et-Loir
Législature IVe, Ve, VIe, VIIe, VIIIe, IXe, Xe, XIe, XIIe (Troisième République)
Groupe politique Union républicaine
Républicains progressistes
Union démocratique
Gauche démocratique
Républicains de gauche
Biographie
Nom de naissance Paul Eugène Louis Deschanel
Date de naissance
Lieu de naissance Schaerbeek (Belgique)
Date de décès (à 67 ans)
Lieu de décès Paris 16e (France)
Nature du décès Pleurésie
Sépulture Cimetière du Montparnasse
Nationalité Française
Parti politique ARD, PRD, PRDS
Père Émile Deschanel
Conjoint Germaine Brice de Vièle
Enfants Trois, dont Jean Deschanel
Diplômé de Faculté des lettres de Paris
Faculté de droit de Paris
Profession Haut fonctionnaire
Journaliste
Écrivain
Religion Catholicisme

Signature de Paul Deschanel

Paul Deschanel
Présidents de la Chambre des députés
Présidents de la République française

Paul Deschanel, né le à Schaerbeek (Bruxelles) et mort le à Paris, est un homme d'État français. Il est président de la République du au .

Il naît pendant l'exil en Belgique de son père, Émile Deschanel, écrivain et homme politique opposé à Napoléon III. En 1876, à 21 ans, après une formation universitaire en lettres et en droit, il devient collaborateur du ministre Émile de Marcère et du président du Conseil Jules Simon. Entre 1877 et 1881, il est sous-préfet à Dreux, Brest puis Meaux.

Constamment élu député d’Eure-et-Loir à partir de 1885, il exerce la fonction de président de la Chambre des députés de 1898 à 1902 et de 1912 à 1920.

Lors de réunion préparatoire du groupe républicain en vue de l’élection présidentielle de , il tient en échec le favori du scrutin, Georges Clemenceau, « père la Victoire » de la Grande Guerre. Celui-ci s’étant retiré, Paul Deschanel est élu avec le plus grand nombre de voix jamais obtenu sous la Troisième République. Victime d'une dépression consécutive à son élection et du syndrome d'Elpénor, il fait une chute de train en . Son état ne s'améliorant pas, il est l'objet de rumeurs infondées et démissionne sept mois après son investiture.

En 1921, à la suite d'une brève période de convalescence, il est élu sénateur et président de la commission des Affaires étrangères du Sénat. Il meurt l'année suivante, à 67 ans.

Homme de lettres, auteur de plusieurs ouvrages sur les questions sociales, Paul Deschanel entre à l'Académie française en 1899.

Situation personnelleModifier

OriginesModifier

 
Émile Deschanel, père de Paul Deschanel.
 
Plaque sur la maison natale de Paul Deschanel, rue de Brabant (Schaerbeek, Bruxelles).

Son père, Émile Deschanel (1819-1904), issu dans un milieu modeste, professeur de littérature et écrivain à Paris, est contraint de s'exiler en Belgique à la suite du coup d'État de 1851, en raison de son engagement républicain. Lors de l'une de ses conférences de littérature, auxquelles assistent notamment Victor Hugo, Edgar Quinet et Alexandre Dumas, il rencontre, puis épouse en 1854, Adèle Feignaux (1827-1907), une Liégeoise ayant un père belge et une mère anglaise[1],[2].

De cette union naît Paul Eugène Louis Deschanel, le , dans une maison sise rue de Brabant, à Schaerbeek, une commune de Bruxelles. Edgar Quinet présente l'enfant, dont le parrain est Victor Hugo, comme « le premier-né de la proscription »[1]. Dans ses écrits, Émile Deschanel affirme que son fils « donne à votre esprit la patience nécessaire pour attendre que le triomphe de l'iniquité ait son terme et que le droit soit rétabli »[3]. Celui-ci passe ses quatre premières années entouré de familles françaises patriotes mais appréciant leur terre d'exil[1].

Enfance et formationModifier

À la suite de l'amnistie promulguée par Napoléon III en 1859, la famille Deschanel s'installe à Paris, au 34 rue de Penthièvre. Enfant, passionné par le dessin, la lecture et l'écriture (notamment de poèmes), Paul Deschanel voue un culte à ses parents malgré l'exigence dont fait preuve son père dans son éducation[1].

À partir de 1863, il étudie au collège Sainte-Barbe-des-Champs (Fontenay-aux-Roses) puis au lycée impérial Louis-le-Grand et au lycée Bonaparte. Ses professeurs le jugent intelligent mais indiscipliné et espiègle. En classe de quatrième, il change d'attitude et obtient de bons résultats scolaires, notamment en français, latin et grec. En 1870, en raison du siège de Paris, la famille quitte Paris pour quelques mois, marquée par une défaite qu’elle attribue à l’incompétence de Napoléon III, tout en souhaitant une poursuite des combats contre la Prusse[4].

Après l’armistice, Paul Deschanel reprend ses études. Il obtient le baccalauréat ès lettres en , à 16 ans, et une licence ès lettres quelques mois plus tard. En 1873, il effectue son service militaire comme engagé volontaire dans l’infanterie à Paris. Il étudie ensuite à l’École libre des sciences politiques et à la faculté de droit de Paris, obtenant un baccalauréat universitaire en droit en et une licence en droit en [4].

Carrière professionnelleModifier

Se montrant hésitant sur ses ambitions professionnelles, il envisage de se lancer dans la littérature et la politique sur le modèle de son père. Adolescent et jeune adulte, il rédige ainsi une comédie (1872)[a], puis deux chroniques qui sont publiées dans la presse nationale : une sur Rabelais dans La Revue politique et littéraire (1875), une autre sur Diderot et Edgar Quinet dans Le Journal des débats politiques et littéraires (1877)[5].

À l’issue des élections législatives de 1876, son père est élu député républicain à Courbevoie[6]. Le mois suivant, souhaitant rendre une faveur au nouveau parlementaire, le républicain modéré Émile de Marcère, sous-secrétaire d'État à l'Intérieur du gouvernement Jules Dufaure, embauche Paul Deschanel comme secrétaire ; deux mois plus tard, Émile de Marcère devient ministre de l’Intérieur et le maintient à son poste. En , le jeune homme est nommé secrétaire particulier du nouveau président du Conseil, Jules Simon[5].

Dans un contexte d’instabilité institutionnelle, les républicains installent de nouveaux fonctionnaires dans tout le pays pour renforcer le régime en place. Le , Émile de Marcère, redevenu ministre de l’Intérieur, nomme Paul Deschanel sous-préfet dans l'arrondissement de Dreux (Eure-et-Loir)[7]. Sa nomination fait figure d'exception pour un homme de son âge (22 ans) et ayant une formation en lettres et en droit. Dans ce fief conservateur, Paul Deschanel adopte une approche modérée, cherchant à convaincre ses adversaires plutôt qu’à les combattre et à les critiquer. Il gagne rapidement en popularité, ce qui lui attire l’animosité de plusieurs élus, notamment du député radical local, Ferdinand Gatineau, qui obtient d’Émile de Marcère sa mutation[5].

Le , Paul Deschanel est ainsi nommé secrétaire général de la préfecture de Melun (Seine-et-Marne) ; ce nouveau poste lui paraît excessivement administratif, sans visibilité et trop peu politique. Il assure cependant les fonctions du préfet, tombé malade. Le , il est nommé sous-préfet de l'arrondissement de Brest (Finistère). Il reçoit un accueil mitigé dans ce territoire de sensibilité monarchiste, voit ses décisions régulièrement contestées et son tempérament conciliant faire l’objet de critiques. Le , il devient sous-préfet de l'arrondissement de Meaux (Seine-et-Marne), ce qui lui permet de se rapprocher de Paris. Souhaitant devenir député, il donne rapidement sa démission pour se présenter aux élections législatives de 1881[8].

Il enseigne à l’École supérieure de journalisme de Paris, aux Hautes Études internationales et politiques (HEIP) de 1908 à 1918[9] et préside à partir de 1910 le Collège libre des sciences sociales[10],[11].

Vie privée et familialeModifier

En 1901, il épouse Germaine Brice de Vièle. Le couple a trois enfants : Renée-Antoinette (1902-1977), Jean (1904-1963, homme politique) et Louis-Paul (1909-1939, mort pour la France)[12].

Parcours politiqueModifier

DébutsModifier

Lors de la guerre franco-allemande de 1870, comme son père, Paul Deschanel est opposé à Napoléon III et souhaite un retour rapide de l'Alsace-Moselle dans le giron français[1].

Collaborateur d’Émile de Marcère et de Jules Simon, il suit de près la crise du 16 mai 1877 et s’affiche séduit par l’approche modérée des deux hommes politiques[5].

En 1881, à 26 ans, il quitte le corps préfectoral de Meaux pour afin de mener campagne aux élections législatives dans l'arrondissement de Dreux. Il se présente pour l'Union républicaine face à son principal détracteur lorsqu'il était sous-préfet, le député sortant radical, Ferdinand Gatineau, qui cible le discours modéré de Paul Deschanel en le qualifiant de clérical. Au premier tour d'une campagne particulièrement violente, Paul Deschanel réunit 46 % des voix et Ferdinand Gatineau est réélu[13]. Après cet échec, il n'entend pas redevenir sous-préfet et se consacre à l'écriture, rédigeant des articles[b] et deux ouvrages sur la politique coloniale : La Question du Tonkin (1883) et La Politique française en Océanie à propos du canal de Panama (1884)[14]. Il étudie également en 1885, pendant quelques mois, à l'université de Heidelberg, où il relève à la fois le manque de créativité et l'esprit rigoureux des Allemands[c].

Implantation en Eure-et-LoirModifier

 
Paul Deschanel.

Briguant à nouveau un mandat de député à l'occasion des élections législatives de 1885, il bénéficie de la mort de Ferdinand Gatineau, qui s'activait pour l'écarter, et de l'instauration du scrutin de liste majoritaire départemental, qui favorise les courants politiques plutôt que les hommes. Le camp républicain d'Eure-et-Loir — qui se présente uni, à la différence de beaucoup d'autres départements — appelle à davantage d'équilibre entre les prélèvements sur la propriété immobilière et mobilière, à un protectionnisme en matière industrielle et agricole, ainsi qu'au renforcement de l'assistance publique. Contrairement au programme législatif de Paul Deschanel de 1881, il est proposé une réduction de la durée du service militaire et la suppression du volontariat.

Il est élu député au second tour par 59 % des votants, devenant député du département au côté de trois autres républicains. Sous la IIIe République, seuls 17 % des députés sont élus pour la première fois à moins de 34 ans ; pendant la IVe législature, Paul Doumer, Alexandre Millerand et Stephen Pichon comptent également parmi cette tranche d’âge[17]. Le , il effectue sa première intervention dans l’hémicycle pour dénoncer l'absence de droits de douane sur les produits agricoles étrangers, invoquant l'égalité de traitement avec les produits industriels. Très applaudi, son discours a été préparé avec l'ancien chef du gouvernement rallié à l'Empire Émile Ollivier, qui le considère comme l'héritier de son libéralisme modéré. Les années suivantes, il prend notamment la parole sur la politique française en Orient[16].

Hostile au général Boulanger, qui est selon lui un arriviste enclin à la dictature, il vote pour les textes visant à réduire son influence et à le poursuivre en justice, bien qu'il se dise opposé aux mesures d'exception. Avec le rétablissement du scrutin d'arrondissement aux élections législatives de 1889, Paul Deschanel brigue un second mandat dans la deuxième circonscription d'Eure-et-Loir, dans l'arrondissement de Nogent-le-Rotrou sur un programme anti-boulangiste. Il l'emporte à l'issue du premier tour, avec 84 % des votants[18]. Dès lors, il s'impose comme la principale figure d'Eure-et-Loir et se voit élu député à sept autres reprises, parfois sans adversaire et systématiquement dès le premier tour : il l'emporte ainsi par 89 % des votants en 1893[19], 84 % en 1898[20], 90 % en 1902[21], 77 % en 1906[22], 68 % en 1910[21], 92 % en 1914[23] et 82 % en 1919 (cette dernière élection ayant lieu au scrutin de liste)[21].

Considéré comme le « grenier à céréales de la France », le département d'Eure-et-Loir commence à connaître une forte crise agricole dès les débuts de Paul Deschanel à la Chambre, en raison notamment de la production américaine et russe[16]. Cette situation provoque un exode rural pour Chartres dont est particulièrement victime l'arrondissement de Nogent-le-Rotrou, qui était déjà le moins peuplé d'Eure-et-Loir.

Élu en 1895 conseiller général d'Eure-et-Loir, il est réélu sans interruption jusqu'en 1919.

Ascension au niveau nationalModifier

Paul Deschanel se distingue en accusant le radical Georges Clemenceau d'être mouillé par le scandale du Panama, ce qui conduit Clemenceau à le provoquer dans son journal, La Justice, événement qui se termine en duel à l'épée. Deschanel recule à deux reprises plus loin que la ligne autorisée, et se fait toucher.

Président de la Chambre des députésModifier

Élu président de la Chambre des députés en 1898, il est battu quatre ans plus tard, en 1902, par Léon Bourgeois. Il retrouve cette fonction de président de la Chambre en 1912, et la conserve jusqu'à son élection à la présidence de la République, en 1920.

Ses premiers pas se font sous l'influence majeure de son père. Sa nomination en tant que sous-préfet est directement liée à l'action politique passée de son père. On constate également qu'il prolonge les idées de ce dernier et que son idéologie est fortement empreinte des convictions paternelles. On retrouve dans le programme de son père toutes les racines de sa carrière politique à venir : amnistie pleine et entière, liberté de réunion, liberté d'association, de conscience, séparation de l'Église et de l'État, instruction gratuite, laïque et obligatoire, réforme des impôts pour favoriser les libres associations des travailleurs, leur légitime accès au capital et à la propriété. Symbole de cette influence, au jour de son élection en tant que président de la République, Paul Deschanel fait déposer par son fils une palme devant le buste de son père au Collège de France. Il a aussi hérité de son père, victime de l'Empire, la conviction du danger pour un pays de tout régime qui n'est pas démocratique.

Président de la RépubliqueModifier

 
Paul Deschanel.

ÉlectionModifier

Ayant depuis longtemps manifesté l'intention d'accéder à la magistrature suprême, Paul Deschanel remporte le vote préparatoire de l'élection présidentielle le  : avec l'appui de la droite catholique, il devance le président du Conseil, Georges Clemenceau, qui se retire aussitôt. Le lendemain, seul candidat désigné, Paul Deschanel est élu président de la République avec 734 voix, soit le plus grand nombre de voix jamais obtenu par un candidat à la présidence sous la Troisième République[24],[25].

Incident du trainModifier

Dès le mois d'avril 1920, Paul Deschanel présente des signes qui inquiètent son entourage, mais sur lesquels la presse reste discrète. À Nice, lors d'un banquet, il déclame avec une attitude théâtrale le couplet de rigueur sur la ville qui l'accueille ; applaudi, il le bisse. Quelques jours plus tard, à Menton, la foule lui lance des fleurs ; il les ramasse dans la boue et les renvoie, accompagnées de baisers[26],[27].

Au cours d'un voyage en train à destination de Montbrison, le , vers 23 h 15, s'étant penché par la fenêtre de son compartiment alors qu'il éprouve une sensation d'étouffement, Paul Deschanel chute accidentellement de la voiture[28],[29]. Le convoi circule alors à relativement faible allure (50 km/h) dans une zone de travaux à Mignerette (dans le Loiret, à une douzaine de kilomètres au nord-ouest de Montargis).

Ensanglanté – en dépit du caractère bénin de ses blessures – et vêtu de son seul pyjama, Paul Deschanel rencontre André Radeau, ouvrier cheminot qui surveille la zone de travaux, auquel il se présente comme étant le président de la République. L'image des hommes publics étant à l'époque encore peu diffusée dans la population, le cheminot se montre sceptique, mais le conduit néanmoins jusqu'à une maison de garde-barrière toute proche, où le blessé est soigné et mis au lit. Le garde-barrière, Gustave Dariot, impressionné par la dignité du blessé et la cohérence de ses explications, part pendant ce temps prévenir la gendarmerie de Corbeilles. La femme du garde-barrière aurait dit à des journalistes : « J'avais bien vu que c'était un monsieur : il avait les pieds propres. »[30]

La lenteur des communications entre les divers échelons fait que, malgré les faibles distances, le sous-préfet de Montargis, M. Lesueur, n'est prévenu par télégramme que vers 5 heures du matin. L'incident commence à avoir un retentissement certain lorsque l'on s'aperçoit, avant l'arrivée du train en gare de Roanne, vers 7 heures du matin, que le président de la République a disparu. La suite présidentielle (menée par Théodore Steeg, alors ministre de l'Intérieur) attendant sur le quai de la gare ne reste pas longtemps sans nouvelles. Une dépêche, envoyée par la gare de Montargis à celle de Saint-Germain-des-Fossés, dont le contenu explique succinctement le déroulement des événements survenus dans la nuit, lui est rapidement transmise.

La chute du train semble être due à une forme de somnambulisme, causée par plusieurs facteurs (hypnotique, chaleur du compartiment), mais aussi au mode d'ouverture particulier des fenêtres à guillotine qui permit le basculement du président lorsqu'il souhaita respirer de l’air frais[28]. La survenue du « syndrome d'Elpénor », provoquée par la prise de calmants pour dormir, pourrait ainsi avoir créé un état de semi-conscience maladive lors d'un réveil incomplet[31].

 
Paul Deschanel.

L'épisode du train donne évidemment lieu dans la presse à de nombreuses caricatures, souvent cruelles, et excite la verve des chansonniers. Mais plusieurs personnes critiquent la manière, démesurée voire mensongère, de présenter l'incident, qui frappe les esprits en raison de la notoriété de sa victime. Un riverain des lieux de l'accident obtiendra, plusieurs décennies plus tard, que soit apposée une stèle commémorative de l'incident, très sobre et sans aucun élément de caricature, à proximité du passage à niveau et de l'ancienne maison de garde-barrière où avait été conduit Paul Deschanel après sa chute[32].

En revanche, d'autres prétendus incidents — comme une baignade avec les canards dans les bassins du parc de l'Élysée, l'apposition par le président de signatures mentionnant Napoléon ou Vercingétorix, ou encore la signature de sa lettre de démission par sa femme — ne sont attestés par aucune source sérieuse et seraient plutôt le fruit de médisances d'adversaires politiques. En particulier, les signatures officielles se faisaient toujours devant témoin et il n'existe aucune trace administrative de signatures fantaisistes.

Poursuite de sa maladieModifier

Paul Deschanel serait en fait victime, non pas de surmenage, mais de dépression[33], prenant conscience qu'en tant que chef de l'État sous la IIIe République, il n'a en réalité que bien peu de pouvoirs, chacune de ses déceptions renforçant l'avertissement que Raymond Poincaré lui avait adressé[34]. Les pouvoirs étaient en effet concentrés dans les mains du président du Conseil. Il était également sujet à des crises d'angoisse, liées notamment aux contraintes de sa présidence.

En effet, « Sa conception de la politique est oratoire […] il tient ses discours pour des actes puisque le verbe guide l'action »[35]. Il exposait sa conception de la présidence en ces termes : « Le président choisit les ministres et les préside. Il peut les prendre dans les Chambres ou hors des Chambres. Il participe à la confection des lois. Il a le droit de message et le droit de véto, un véto suspensif, moins fort que celui du président américain qui en fait avec tant de succès un usage si fréquent… », ce qui correspond bien aux lois des 25 février et  ; mais il ajoutait encore : « C'est donc une hérésie constitutionnelle de considérer le président de la République comme un rouage inerte »[36]. Or, « dès le premier Conseil des ministres il est déçu, sa parole étant accueillie avec indifférence, ses avis sont tout simplement ignorés »[34].

DémissionModifier

Si Paul Deschanel retarde sa démission, ce n'est que sous la pression de son entourage et de ses alliés politiques. Mais son état de santé ne s’améliorant pas, le chef de l’État charge Millerand d’annoncer sa démission au Conseil des ministres le [37].

Il quitte l'Élysée le suivant, après avoir renouvelé son offre de démission, présentée une première fois après l'incident du train et sur laquelle Alexandre Millerand, président du Conseil, l'avait convaincu de revenir[38]. Dans le message envoyé à l'Assemblée nationale, lu à la Chambre par Raoul Péret et au Sénat par Léon Bourgeois, Paul Deschanel indique :

« Mon état de santé ne me permet plus d'assumer les hautes fonctions dont votre confiance m’avait investi lors de la réunion de l'Assemblée nationale du dernier. L'obligation absolue qui m’est imposée de prendre un repos complet me fait un devoir de ne pas tarder plus longtemps à vous annoncer la décision à laquelle j’ai dû me résoudre. Elle m’est infiniment douloureuse, et c’est avec un déchirement profond que je renonce à la noble tâche dont vous m’aviez jugé digne. […] À l’instant où je me retire, j’ose émettre le vœu que les représentants de la nation, dont la concorde patriotique fut le puissant auxiliaire de la victoire, maintiennent dans la paix leur union, pour la grandeur et la prospérité de cette France adorée, au service de laquelle j’avais voué ma vie et qui aura ma dernière pensée[39]. »

Devant les préparatifs de réunion de l’Assemblée nationale en vue de l’élection d'un nouveau président, le quotidien royaliste L'Action française déplore la rapidité du régime démocratique à enterrer les vivants, seule comptant « la place à prendre »[40]. Alexandre Millerand succède à Paul Deschanel le [41],[42].

Retour comme sénateurModifier

Après avoir remis sa démission à Alexandre Millerand, il part se reposer au sanatorium de Rueil[43]. Son état s'améliore rapidement et il quitte Rueil trois mois plus tard. Il siège de nouveau à l'Académie des sciences morales et politiques et envisage un retour à la vie publique.

Le , il est élu sénateur dans l'Eure-et-Loir dès le premier tour de scrutin, par 360 voix sur 715 votants. Il devient, en , président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, lorsque Raymond Poincaré, qui occupait le poste depuis son propre départ de la présidence de la République, est nommé président du Conseil.

Il prépare alors un discours, jugé « explosif » par le journaliste Pierre-Barthélemy Gheusi, sur les questions internationales et institutionnelles ; il y dénonce notamment la position française, l'attitude de l'Angleterre et, sur le plan intérieur, la prédominance du chef du gouvernement dans la vie politique française. Sur proposition du président du Sénat, son intervention est repoussée de plusieurs semaines[44].

Mort et obsèquesModifier

Opéré d'un abcès pulmonaire et atteint d'une pleurésie, il ne peut prononcer son discours. Il meurt le , à l'âge de 67 ans. Ses obsèques se tiennent le suivant en l'église Saint-Honoré-d'Eylau, en présence notamment du président du Conseil, Raymond Poincaré. Il est enterré dans un caveau familial (où repose son père Émile Deschanel, professeur au Collège de France), au cimetière du Montparnasse, dans la 14e division, en bordure de l'avenue du Nord.

Prises de positionModifier

Influencé par l’engagement républicain de son père, Paul Deschanel exprime des opinions politiques dès son adolescence. Lors de la guerre franco-allemande de 1870, il déplore la tactique adoptée par Napoléon III et ses généraux, et s’oppose à toute capitulation. Dans une lettre du , il écrit : « Il ne fallait pas moins que cataclysme pour réveiller la France de sa torpeur. […] La guerre, après le débloquement de Paris, peut durer encore six mois ou un an pour reprendre l’Alsace et la Lorraine. ». Partisan du Gouvernement de la Défense nationale, il considère qu’« il n’y a que la République qui peut nous donner des hommes comme Gambetta et Trochu » et qu’« il n’y a que l’Empire qui a pu nous en donner comme Bazaine et Le Bœuf »[4].

Dès ses fonctions de sous-préfet et ses débuts en politique, il défend des positions modérées, assez éloignées de celles du programme de Belleville. Il se prononce pour une révision réduite des lois constitutionnelles de 1875, pour le rétablissement du scrutin de liste et la décentralisation[14].

Paul Deschanel publie plusieurs ouvrages sur la politique extérieure de la France, où il préconise des solutions aux conflits coloniaux du temps : La Question du Tonkin en 1883, La Politique française en Océanie à propos du canal de Panama en 1884 et Les Intérêts français dans l'Océan Pacifique en 1888. Il est l'initiateur du lobby océanien au sein du « parti colonial ».

Avec Raymond Poincaré et Louis Barthou, il est considéré comme l’artisan d'une république modérée, hostile au radicalisme et au socialisme mais tenant compte des préoccupations sociales[45].

 
Paul Deschanel au début du XXe siècle.

Extraits de discours prononcés devant la Chambre des députés (1914-1919) :

Concernant l'interventionnisme : « La vraie justice exige la liberté de tous, non pas la protection de tous. Mais quand il s'agit de pain, il faut penser à celui qui le consomme : c'est en économie politique ce que les libres-échangistes appellent une question d'humanité. Le pain contient la nourriture de l'homme, une parcelle de la puissance et de la liberté de la patrie. »

Concernant le patriotisme français : « Ce sont les préjugés français, ce sont les trop persistantes illusions, notre ignorance de l'étranger, notre inaptitude à entrer dans l'esprit des autres qui nous ont perdus. Sans doute, la vérité est parfois dure à entendre, encore plus dure à écrire, mais si elle blesse nos sentiments, elle accroît notre expérience et par là, elle sert nos intérêts ; si un certain patriotisme peut en souffrir, un patriotisme plus haut sera le gage d'un profit pour la France. »

Concernant le travail : « Le travail ranimera le sens moral que l'Empire avait presque anéanti. »

Concernant la Révolution : « La France est une démocratie dans son âme, et une monarchie dans son corps. La Révolution, c'est la volonté d'échapper à son corps. »

Concernant la décentralisation : « L'autonomie communale est la racine de toutes les libertés. »

Concernant l'injustice : « La misère n'est pas le malheur. Les déshérités, en souffrant dans leur corps, fourbissent leurs esprits. L'injustice provoque le duel : voyons d'elle ou moi, lequel sera vainqueur. »

Concernant la démocratie : « La Démocratie véritable n'est autre chose que l'ascension continuelle du peuple par l'intelligence, par le travail et par l'honneur. »

Concernant les réactionnaires : « Ils sont autocrates en ce sens qu'ils ont le dédain du suffrage universel et de la Démocratie ; ils sont mystiques en ce sens qu'ils croient au cataclysme d'où surgira le nouveau monde. Ils tournent le dos à la Liberté, à la Démocratie et à la science. Il ne faut pas être avec ceux qui ont peur, ni avec ceux qui font peur. Il ne faut pas revenir sur les libertés conquises, il faut, au contraire, les étendre. »

Concernant le syndicalisme : « Il faut répondre à cette assertion qu'en dehors du collectivisme, il n'y a pour la République, pour l'esprit humain, pour la science, que faillite ; que le parti Républicain n'a pas de programme social et pas de but défini vers lequel il puisse coordonner ses efforts. C'est à cela qu'il faut répondre. Pour cela, il faut faire du syndicat un générateur d'œuvres et d'institutions nouvelles et multiples, défendant le travail contre l'oppression et lui ouvrant un accès de plus en plus facile et de plus en plus large au capital et à la propriété. »

Concernant l'Afrique du Nord : « Peut-être un jour, sous une forme ou sous une autre, nous trouverons les soldats qui nous manquent. C'est de là, peut-être, que dans une heure de péril extrême, pourrait venir le salut. »

Concernant l'Angleterre : « Il est temps, si vous me passez le mot, de construire, au moral, un tunnel sous la Manche, afin qu'ils [le peuple français et le peuple britannique] puissent non seulement échanger leurs richesses, mais leurs idées, et mieux sortir leurs mutuelles vertus. »

Concernant les États-Unis : « Nous saisissons avec empressement, mes collègues et moi, l'occasion que vous nous offrez de remercier […] le peuple américain de ses bienfaits pour nos œuvres de toutes sortes, pour nos soldats, nos blessés, nos orphelins, nos réfugiés, nos villes dévastées. Nous rendons hommage au magnifique effort financier, militaire et économique des États-Unis et à la bravoure de vos soldats, dont le courage et l'esprit de discipline ont conquis l'admiration et l'affection de leurs compagnons d'armes. […] Leur présence à la Chambre des députés est le signe de la fraternité toujours plus étroite des nations alliées et de leurs armées. L'accord absolu des peuples, des gouvernements, des chefs et des soldats, sans réserve, sans réticence, sans arrière-pensée, voilà la condition première du succès. Une seule armée, une seule action, un seul cœur : voilà notre maxime. »

Concernant l'Allemagne : « La vérité est que les goûts pour les blessures, l'amour et l'orgueil des cicatrices sont des phénomènes essentiellement germaniques, aussi anciens que la Germanie elle-même, qu'il n'est point peut-être pas de race au monde, qui, depuis les âges les plus reculés et à travers toutes les vicissitudes de son histoire, soit restée plus identique à elle-même. »

Concernant la politique : « La politique est une chose indépendante du préjugé, de l'amour et de la haine, c'est au contraire une chose qui s'ajuste aux faits. Il faut savoir considérer tous les événements, peser toutes les chances, équilibrer tous les bénéfices. »

Concernant l'islam et la Turquie : « Si, au XVIe siècle, alors que la foi religieuse était si profonde, nos rois, nos évêques n'hésitaient pas à traiter avec les Turcs, avec ceux qu'on appelait alors les infidèles, les païens […], s'ils n'hésitaient pas à faire ce que Charles Quint appelait « l'alliance impie et monstrueuse du Croissant et des fleurs de lys » et cela afin de créer un contrepoids à la maison d'Autriche, comme Mazarin et Richelieu, tous cardinaux qu'ils étaient, soutenaient les protestants d'Allemagne pour maintenir l'équilibre de l'Europe, serait-il possible que nous, les fils de la Révolution, nous eussions moins de liberté, de largeur d'esprit que nos pères et que nous fussions incapables de nous élever un instant au-dessus des passions qui nous divisent pour sauvegarder les résultats de leur grande et habile politique […] il faut aider la Turquie à sortir plus robuste de la crise actuelle, plus capable de maintenir l'intégrité de ses possessions et développer sa prospérité économique. »

Concernant la politique extérieure : « Nous devons nous dire que le jour où la France ne reconnaîtrait plus comme le premier principe de sa politique extérieure le respect du droit, elle perdrait l'intelligence des conditions de sa grande existence dans le monde et ses raisons de vivre. »

Concernant la natalité : « Français, vous n'avez pas eu peur de la mort, auriez-vous peur de la vie ? Le sang que vous avez répandu généreusement sur les champs de bataille, n'oserez-vous plus le transmettre aux générations ? La France, par-delà les tombes cherche les berceaux : resterez-vous sourd à sa prière ? Vous avez accepté de mourir en soldats, refusez-vous de vivre en citoyens ? »

Concernant l'enfance : Paul Deschanel a été président de l'Union française pour le sauvetage de l'enfance de 1902 à 1921.

Profil et particularitésModifier

En politiqueModifier

Paul Deschanel n'a jamais changé de département d'élection, demeurant pendant plus de 30 ans l'homme fort de l'Eure-et-Loir, bien qu'il n'ait pas d'autre mandat local que celui de conseiller général. Il est élu neuf fois député dans le département, avec des scores très importants. Cette forte assise territoriale lui permet d'afficher son indépendance, de se consacrer aux questions nationales et d'exprimer des idées parfois singulières sans avoir à s'inquiéter pour sa réélection[16].

Il est président de la Chambre des députés à des moments particulièrement difficiles pour la République (lors de l’affaire Dreyfus puis durant tout la Première Guerre mondiale)[45], ce qui a pu jouer un rôle dans son affaiblissement mental à l'Élysée. Tout au long de son engagement politique, il refuse de devenir ministre afin de ne pas compromettre ses chances de devenir président de la République, qui est l’ambition de sa vie, avec celle d’intégrer l’Académie française[45].

En 2019, il est avec Valéry Giscard d'Estaing le seul président de la République française né hors du territoire français. Il est également le premier président de la République à quitter ses fonctions pour cause de maladie, alors qu’aucune disposition constitutionnelle ne l’obligeait à prendre une telle décision. D’autres chefs d’État, comme Napoléon et Napoléon III, s’étaient maintenus au pouvoir malgré un état de santé dégradé[45].

Écrivain et orateurModifier

Féru de théâtre, il songe dans sa jeunesse à devenir comédien. Il se produit dans plusieurs représentations, notamment dans Don Pasquale au château de Folembray en 1882. Il se rend dans des salons littéraires et côtoie la haute société, dont il critique dans ses écrits la froideur et la superficialité[14].

Son expérience sur scène lui permet de devenir un brillant orateur, à une époque où l'éloquence est très prisée[46]. Il perçoit l’engagement politique avant tout à travers le prisme littéraire et oratoire : il est persuadé que parler, c'est agir. Dès son premier discours dans l'hémicycle, il s'illustre par la qualité de son verbe et par son excellente diction[16]. Son collaborateur René Malliavin le présente comme attiré par « l’apothéose que la vie publique réserve parfois à l’orateur triomphant »[5].

Il puise son inspiration directement dans celle des maîtres de la Tribune d'Athènes et de Rome. Il est fasciné par Pierre-Antoine Berryer, qui se distingue dans ses discours par une absence presque complète d'ironie : respect de ses adversaires, tolérance de l'esprit, loyauté de sa nature. Selon Deschanel, « l'école de l'éloquence moderne doit conserver le caractère émouvant des anciens orateurs, dépouillé des vernis et fastidieux ornements d'une trop classique rhétorique et mêler la réalité pratique où chaque fait descend. »

Apparence et personnalitéModifier

Paul Deschanel a un visage fin et oval, des cheveux et sourcils clairs, est mince et relativement petit. Attaché à son apparence physique et à sa tenue vestimentaire, il est décrit de l’avis général comme l’un des hommes politiques les plus élégants de son époque[47]. Dans les réceptions mondaines, il est apprécié — en particulier par les femmes, à l'instar de Juliette Adam et Madame Aubernon — en raison de sa culture et de ses bonnes manières[14].

Détail des mandats et fonctionsModifier

À la présidence de la RépubliqueModifier

À la Chambre des députésModifier

Au SénatModifier

Au niveau localModifier

AutresModifier

Postérité et hommagesModifier

Dans les décennies qui suivent sa démission de l’Élysée, l’image de Paul Deschanel dans l’opinion publique reste principalement attachée à sa maladie, qualifiée à tort de folie[45].

Plusieurs voies de circulation portent son nom, notamment l’avenue Paul Deschanel dans sa ville natale de Schaerbeek et l’allée Paul-Deschanel dans le 7e arrondissement de Paris.

Un prix de thèse honorifique Paul Deschanel est décerné chaque année par la chancellerie des universités de Paris pour récompenser des travaux en droit public[48],[49].

DécorationsModifier

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Œuvres de Paul DeschanelModifier

  • La France victorieuse : paroles de guerre, Eugène Fasquelle, Paris, 1919.
  • Gambetta, Librairie Hachette, Paris, 1919, coll. Figures du passé (portrait de Gambetta en frontispice.
  • Orateurs et hommes d'État - Frédéric II - M. de Bismarck - Fox et Pitt - Lord Grey - Talleyrand - Berryer - Gladstone, Calmann Lévy, Paris, 1889, prix Marcelin Guérin.
  • Paroles françaises, Bloud et Gay, 1917.
  • L'Organisation de la démocratie, Charpentier, 1910.
  • Quatre ans de présidence, 1898-1902, Calmann levy, Paris, 1902.
  • Figures de femmes, Paperbackshop-US.
  • Les Commandements de la patrie, Charpentier.

Études et essais sur Paul DeschanelModifier

  • Émile Deschanel, Le Bien et le Mal qu'on a dit des enfants, Hetzel, , 217 p. (notice BnF no FRBNF30329212).  
  • Dir. Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français : , vol. II : Cay-Fes, Paris, Bourloton, , 640 p. (lire en ligne), p. 350-351.  
  • Jean Mélia, Paul Deschanel, Paris, Plon, Nourrit et Cie, , 240 p. (lire en ligne).
  • René Malliavin, La Politique nationale de Paul Deschanel, Paris, Champion, , 195 p. (notice BnF no FRBNF30867996).
  • Gérard Milleret, Une chute peut en cacher une autre ou l'histoire du président Paul Deschanel, Dijon, thèse de médecine (université de Bourgogne), , 152 p.
  • Thierry Billard, Paul Deschanel, Paris, Belfond, , 298 p. (lire en ligne).  
  • Nicolas Honecker, Les Voyages des chefs d'État français en Lorraine, éditions Lacour, 2006.
  • Fabienne Bock, « Paul Deschanel, président de la Chambre de 1912 à 1919 », dans Jean Garrigues (dir.), Les Présidents de l'Assemblée nationale de 1789 à nos jours, Paris, Classiques Garnier, coll. « Rencontres » (no 157), , 344 p. (ISBN 978-2-8124-5019-8, présentation en ligne), p. 217-226.
  • Patrick Hoguet, Paul Deschanel : au-delà de la chute du train, Amis du Perche, , 288 p. (ISBN 978-2900122990).

Télévision et documentaireModifier

Voir aussiModifier

Archives nationalesModifier

NotesModifier

  1. Dans son texte, intitulé À dix-sept ans, il expose sa conception de la vie en mettant en scène deux aristocrates. L'un, âgé de 17 ans et qui présente avec lui de nombreux points de ressemblance, est mesuré et rêveur, tandis que l'autre, qui a 19 ans, est plus excentrique et séducteur. Les deux jeunes hommes côtoient une femme de 26 ans qui se révèle finalement être intéressée, ce qui déçoit le cadet, résolument idéaliste, romantique, déçu par le temps qui passe et qui corrompt selon lui la pureté des êtres au niveau charnel et matériel[4].
  2. Il écrit notamment sur Talleyrand (1881), dont il défend l'action lors du congrès de Vienne, sur Charles James Fox et William Pitt (1882) et sur Frédéric II de Prusse (1883)[14].
  3. Dans sa série d'articles « Notes d’un étudiant français en Allemagne » publiés par Le Journal des débats politiques et littéraires en 1885[15], il écrit : « Le goût pour les blessures, l’amour et l’orgueil des cicatrices sont des phénomènes essentiellement germaniques. La vérité est — c’est nous honorer de le reconnaître — que nous avons affaire à un peuple sérieux, travailleur, économe, persévérant, qui, s’il n’a pas l’esprit d’invention, a, au plus haut degré, l’esprit d’assimilation, et qui, enfin, il faut dire le mot, est plus fortement outillé que nous pour la lutte économique, comme il l’était en 1870 pour la guerre[16]. »

RéférencesModifier

  Sauf indication contraire ou complémentaire, les informations mentionnées dans cet article proviennent de l'ouvrage de Thierry Billard, Paul Deschanel, Paris, Belfond, , 298 p.

  1. a b c d et e Billard 1991, p. 16-27.
  2. Paul Deschanel, « La mère du président de la Chambre fut la vaillance même », Femina, no 317,‎ , p. 184 (lire en ligne, consulté le 8 novembre 2019).
  3. Émile Deschanel, Le Bien et le Mal qu'on a dit des enfants, Hetzel, , 217 p. (notice BnF no FRBNF30329212).
  4. a b c et d Billard 1991, p. 28-31.
  5. a b c d et e Billard 1991, p. 33-38.
  6. « Élections législatives du 5 mars 1876 – communes suburbaines », Le Figaro, no 66 (année 1876),‎ , p. 1 (lire en ligne, consulté le 20 novembre 2019).
  7. Marcel Couturier et Paulette Couturier, Eure-et-Loir, aperçus sur l'administration préfectorale : hommes et événements (1800-1940), Chartres, Société archéologique d'Eure-et-Loir, , 114 p..
  8. Dir. Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français : , vol. II : Cay-Fes, Paris, Bourloton, , 640 p. (lire en ligne), p. 350-351.
  9. « Historique – ils ont enseigné à HEIP », sur heip.fr (consulté le 20 novembre 2019).
  10. « Le banquet du Collège libre des sciences sociales », Le Temps, no 21 420,‎ , p. 2 (lire en ligne, consulté le 20 novembre 2019).
  11. Édouard Montpetit, Souvenirs, vol. I : vers la vie, Montréal, L'Arbre, , 214 p., p. 119.
  12. Arlette Schweitz (dir. Jean-Marie Mayeur), Les Parlementaires de la Seine sous la Troisième République : dictionnaire biographique, vol. I, Paris, Publications de la Sorbonne, coll. « Histoire de la France aux XIXe et XXe siècles », (1re éd. 1981) (ISBN 978-2-85944-432-7, lire en ligne), p. 192-193.
  13. « Les élections – résultats complets », Le Figaro, no 235s (année 1881),‎ , p. 2 (lire en ligne, consulté le 21 novembre 2019).
  14. a b c d et e Billard 1991, p. 40-45.
  15. « Courrier des lettres : un livre de M. C. Bouglé attribué à Paul Deschanel », Le Figaro, no 23 (année 1925),‎ , p. 3-4 (lire en ligne, consulté le 22 novembre 2019).
  16. a b c d et e Billard 1991, p. 48-60.
  17. Amaury Lorin (préf. Jean-Pierre Bel), Une ascension en République : Paul Doumer (1857-1932) d'Aurillac à l'Élysée, Paris, Dalloz (premier prix de thèse du Sénat 2012), coll. « Bibliothèque parlementaire et constitutionnelle », , 601 p. (ISBN 978-2-247-12604-0, notice BnF no FRBNF43565287), p. 45.
  18. « Élections législatives du 22 septembre – Eure-et-Loir », Le Monde, no 263 (30e année),‎ , p. 3 (lire en ligne, consulté le 25 novembre 2019).
  19. « Élections législatives du 20 août – Eure-et-Loir », Le Monde, no 230 (34e année),‎ , p. 2 (lire en ligne, consulté le 2 décembre 2019).
  20. « Élections législatives du 8 mai », Le Figaro, no 129 (année 1898),‎ , p. 2 (lire en ligne, consulté le 2 décembre 2019).
  21. a b et c Dir. Jean Jolly, Dictionnaire des parlementaires français : notices biographiques sur les ministres, députés et sénateurs français de 1889 à 1940, vol. IV, Paris, Presses universitaires de France, (lire en ligne), « Paul Deschanel ».
  22. « Élections législatives du 6 mai 1906 – Eure-et-Loir », La Croix, no 7086,‎ , p. 2 (lire en ligne, consulté le 3 décembre 2019).
  23. « Résultats des élections législatives du 26 avril – Eure-et-Loir », La Croix, no 9546,‎ , p. 2 (lire en ligne, consulté le 3 décembre 2019).
  24. Thierry Billard, Paul Deschanel, éditions Pierre Belfond, Paris, 1991, 298 p., (ISBN 2-7144-2638-7), page 223.
  25. « Majorités d'autrefois », Le Figaro, 6 avril 1939, p. 6 [1].
  26. Adrien Dansette, Histoire des présidents de la République : de Louis-Napoléon-Bonaparte à Vincent Auriol, Paris, Amiot-Dumont, (lire en ligne), p. 91.
  27. Victor Battagion, Ridicules ! Les dossiers inavoués des grands personnages de l'Histoire, Paris, First, (lire en ligne), p. 76.
  28. a et b « 23 mai 1920. Le président Deschanel chute sur la voie en ouvrant la fenêtre de son compartiment », Le Point, .
  29. Renée Grimaud, 1001 secrets d'histoire de France, Prat, , 312 p. (ISBN 978-2-8104-1859-6), p. 287-288.
  30. « Paul DESCHANEL, Président de la République, tombe du train près de MONTARGIS dans le LOIRET en 1920… », Huffington post.
  31. « Syndrome d'Elpénor », sur nouvelobs.com, .
  32. Pierre Guillaume, dans ses mémoires : Mon âme à Dieu, mon corps à la patrie, mon honneur à moi (Plon, 2006), évoque les souvenirs de son père sur cet épisode. Celui-ci, le commandant Guillaume, était aide de camp de Paul Deschanel. La chute du train aurait été la conséquence d'une machination.
  33. Le diagnostic d'état dépressif a été posé par le docteur Logre. L'hypothèse d'une psychose ou d'une démence sont à écarter dans la mesure où, ni les éléments délirants, ni les symptômes de détérioration intellectuelle n'ont été confirmés par les biographes ou les historiens.
  34. a et b Psychoscopie, Regards de psychiatres sur des personnages hors du commun, Paris, 1993.
  35. Adrien Dansette, Histoire des présidents de la République, Plon, 1981, p. 82.
  36. Journal des Débats, 1889.
  37. « La crise présidentielle : la démission de M. Paul Deschanel », Le Gaulois, no 45689,‎ , p. 1 (lire en ligne, consulté le 31 juillet 2019).
  38. Jean-Louis Rizzo, Alexandre Millerand : socialiste discuté, ministre contesté et président déchu (1859-1943), Paris, L'Harmattan, coll. « Chemins de la mémoire », , 574 p. (ISBN 978-2343008592, notice BnF no FRBNF43669612), p. 373.
  39. « Le message de M. Paul Deschanel aux chambres », Le Gaulois,‎ , p. 1 (lire en ligne, consulté le 19 octobre 2019).
  40. « Revue de presse : l’élection présidentielle », L'Action française, no 263 (année 1920),‎ , p. 3 (lire en ligne, consulté le 19 octobre 2019).
  41. « Veille de Congrès : M. Millerand désigné comme candidat unique », Le Figaro,‎ , p. 1 (lire en ligne, consulté le 31 juillet 2019).
  42. « M. Millerand élu président de la République par 695 voix sur 892 votants », Le Journal, no 10204,‎ , p. 1 (lire en ligne, consulté le 31 juillet 2019).
  43. Thierry Billard, Paul Deschanel, éditions Pierre Belfond, Paris, 1991, 298 p., (ISBN 2-7144-2638-7), page 249.
  44. Thierry Billard, Paul Deschanel, éditions Pierre Belfond, Paris, 1991, 298 p., (ISBN 2-7144-2638-7), page 257.
  45. a b c d et e Billard 1991, p. 11-13.
  46. Michel Mopin (préf. Laurent Fabius), Les Grands Débats parlementaires de 1875 à nos jours, La Documentation française, , 551 p. (ISSN 0029-4004).
  47. Billard 1991.
  48. « Prix de thèse Paul Deschanel de la chancellerie des universités de Paris », sur iedu.fr (consulté le 20 novembre 2019).
  49. « Prix de la chancellerie des universités de Paris », sur sorbonne.fr, (consulté le 20 novembre 2019).
  50. Site des Archives nationales.

Liens externesModifier

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