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Élection présidentielle française de janvier 1920

Élection présidentielle française de janvier 1920
Président de la République française
Corps électoral et résultats
Votants 888
Votes blancs et nuls 20
Paul Deschanel 01.jpg Paul Deschanel – PRDS
Voix 734
84,6 %
Président
Sortant Élu
Raymond Poincaré
PRD
Paul Deschanel
PRDS

L'élection présidentielle française du voit la victoire de Paul Deschanel. Le président du Conseil, Georges Clemenceau, se retire après le vote préparatoire des républicains du . Seul candidat désigné, Paul Deschanel est élu avec le plus grand nombre de voix obtenus sous la IIIe République.

ContexteModifier

Alors que le président sortant, Raymond Poincaré, refuse de se représenter, l'élection semble promise au président du Conseil, Georges Clemenceau. Auréolé de la victoire de 1918, celui-ci accepte que des amis soumettent sa candidature à la présidence de la République alors qu’il y était initialement réticent.

Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu pour « le Tigre ». Il commet la faute de narguer Aristide Briand, dont il n'avait guère apprécié la conduite de la Première Guerre mondiale, en assurant que ce dernier « va battre la semelle pendant sept ans devant l'Élysée ». Ses nombreux ennemis, à gauche comme à droite, s'accordent alors pour soutenir la candidature de son adversaire, le président de la Chambre des députés, le modéré Paul Deschanel.

Socialiste indépendant, Aristide Briand s'attache à convaincre la droite catholique du danger que poserait le « père la Victoire », anticlérical notoire, à la présidence de la France : au vu de l'âge avancé de celui-ci, il estime que sa présidence constituerait de « superbes obsèques civiles »[1]. Par ailleurs, Clemenceau est hostile au rétablissement des relations diplomatiques avec le Vatican, ce qui fait craindre à la droite catholique la remise en cause du Concordat en Alsace-Lorraine[2]. Briand va jusqu'à rencontrer Mgr Ceretti, représentant officieux du Vatican à Paris, pour qu'il soutienne la candidature de Paul Deschanel[2].

La SFIO, pour sa part, n'apprécie guère le « premier flic de France », dont le nom reste attaché à la répression énergique des grèves, notamment celle de Draveil-Villeneuve-Saint-Georges, en 1908. Enfin, bien qu'appartenant au même bord politique, certains radicaux ne lui pardonnent pas de s'acharner sur Louis Malvy et Joseph Caillaux, traduits en Haute Cour pour pacifisme durant la guerre[3].

DéroulementModifier

Vote préparatoireModifier

Selon la tradition républicaine, le a lieu un vote préparatoire, au sein du groupe républicain, à l'Assemblée nationale. À la surprise générale, Paul Deschanel, candidat pour la quatrième fois en 20 ans, devance de neuf voix son adversaire de toujours — ils s'étaient affrontés en duel à l'épée lors de l'affaire de Panama : 408 voix se portent sur Paul Deschanel contre 399 pour Clemenceau[2]. Si la droite catholique n'est pas invitée à ce vote préparatoire, puisqu'elle n'appartient pas au camp républicain, elle est néanmoins représentée par une partie des républicains de centre droit. De l'autre côté, les socialistes de la SFIO sont bien présents, en tant que représentants de gauche du camp républicain.

Amer, Georges Clemenceau retire à ses amis, parmi lesquels Georges Wormser, l'autorisation de poser sa candidature, et prévient le président du Sénat, Léon Bourgeois, que s'il était élu, il refuserait la charge. D’après Michel Winock, cet échec est attribuable aux intrigues d'Aristide Briand[4], tandis que Thierry Billard l’explique par son refus de « faire campagne pour se laisser porter à l'Élysée », ce qui constituait selon lui une « erreur de tactique »[5].

Vote de l'Assemblée nationaleModifier

 
Élection du 17 janvier 1920 à l’hémicycle de Versailles.

Le , peu avant le vote de l'Assemblée nationale, le groupe socialiste décide à quatre voix de majorité de soutenir la candidature de Paul Deschanel plutôt que de présenter celle de Jules Guesde[6]. L'important groupe de l'Entente républicaine démocratique fait de même[6].

La séance est présidée par le président du Sénat, Léon Bourgeois. Alors que Paul Deschanel s'abstient, plusieurs députés — parmi lesquels Paul Painlevé et Ferdinand Buisson — ne peuvent prendre part au vote car leur élection aux législatives de 1919, n'a pas encore été validée[6].

Seul candidat désigné, Paul Deschanel remporte l'élection avec 734 voix sur 868 suffrages exprimés. Il s'agit du plus grand nombre de voix jamais obtenu par un candidat à la présidence sous la IIIe République[5],[7]. Les autres personnalités ayant obtenu des suffrages ne sont pas mentionnées au procès-verbal de la séance[6].

RésultatsModifier

Unique tour
Voix %
Inscrits 100,00
Votants 888
   suffrages exprimés 868 97,75
   suffrages blancs ou nuls 20 2,25
Candidat
Parti politique
Voix % des
exprimés
Paul Deschanel
PRDS
734 84,56
Charles Jonnart (non candidat)
PRDS
54 6,22
Georges Clemenceau (non candidat)
PRRRS
53 6,11
Raymond Poincaré (non candidat)
PRDS
8 0,92
Autres 19 2,19
Source : Le Petit Journal du 18 janvier 1920

SuitesModifier

Le lendemain de l'élection, le , Georges Clemenceau présente la démission de son gouvernement[2]. Le président de la République sortant, Raymond Poincaré, nomme Alexandre Millerand à la présidence du Conseil. Raoul Péret succède à Paul Deschanel à la présidence de la Chambre des députés.

À 78 ans, Georges Clemenceau décide de quitter la vie politique. Aux États-Unis, le New York World écrit : « La défaite de Clemenceau ne fait pas honneur à la France », tandis que le Premier ministre britannique, David Lloyd George, déclare en privé : « Cette fois, ce sont les Français qui ont brûlé Jeanne d'Arc ! »[2].

Paul Deschanel prend ses fonctions un mois après le scrutin, le . Il démissionne sept mois plus tard en raison de problèmes de santé, ce qui provoque la tenue d'une nouvelle élection.

Notes et référencesModifier

  1. Michel Winock, Clemenceau, éd. Perrin, 2007, p. 494-496.
  2. a b c d et e Michel Winock, Clemenceau, éd. Perrin, 2007, p. 495.
  3. Christian Delporte, La IIIe République de Poincaré à Paul Reynaud, Pygmalion 1998, p. 37.
  4. Michel Winock, Clemenceau, Perrin, « Librairie académique », 2007.
  5. a et b Thierry Billard, Paul Deschanel, éditions Pierre Belfond, Paris, 1991, 298 p., (ISBN 2-7144-2638-7), page 223.
  6. a b c et d https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k622503x/f1.image.texteImage
  7. « Majorités d'autrefois », Le Figaro,‎ , p. 6 (lire en ligne).