Liberté de la presse

liberté fondamentale découlant des libertés d'opinion et d'expression

La liberté de la presse est l'un des principes fondamentaux des systèmes démocratiques qui repose sur la liberté d'opinion et la liberté d'expression.

La liberté de la presse, caricature de Johann Michael Voltz, 1819.

Ainsi, l'article 11 de la Déclaration française des droits de l'homme et du citoyen de 1789 dispose : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. » L'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme aussi dispose la protection de la liberté de la presse.

Histoire de la liberté de la presseModifier

En Grande-Bretagne, le Licensing Act de 1662 qui restreint la liberté de la presse n'est pas renouvelé lors de la Glorieuse Révolution britannique en 1695[1].

Au tout début de la Révolution française, le roi Louis XVI se montre favorable à la liberté de la presse lors de la Séance royale du 23 juin 1789 des états-généraux[2]. L'article 11 de la Déclaration française des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 a pour conséquence la parution de centaines de journaux pendant les trois premières années de la Révolution française (500 périodiques en France dont 330 à Paris). La presse libre ou subventionnée s'autocensure sous la Terreur et disparaît lors du coup d'État du 18 fructidor an V en 1797[3].

Sous le Consulat et le Premier Empire, cette liberté est étouffée. Ainsi en 1811, quatre journaux surveillés paraissent à Paris tandis qu'en province, un seul journal est autorisé par département. Elle connaît une fluctuation sous la Restauration (charte constitutionnelle du 4 juin 1814, lois de Serre de 1819) et est rétablie lors des Trois Glorieuses. Sous la monarchie de Juillet, le Ministre de l'Intérieur Adolphe Thiers prépare les lois promulguées en septembre 1835 et qui censurent la presse pour limiter la propagande républicaine. La Loi sur la presse du 9 septembre 1835, considérée par les historiens comme une atteinte importante à la Liberté de la presse, vise à empêcher les discussions sur le roi, la dynastie, la monarchie constitutionnelle. Sont désormais passibles de très lourdes peines l'adhésion publique à toute autre forme de gouvernement, et le cautionnement exigé des gérants de journaux et écrits périodiques est fixé à un niveau très élevé.

 
Caricature relative à la loi sur la presse de 1850 par Cham (1819-1879), publiée par le journal satirique Le Charivari (3 avril 1850)

Sous la Deuxième République, les lois du , du et du réduisent la liberté de la presse. La presse reste sous étroite surveillance sous le Second Empire[réf. nécessaire].

Ainsi, jusqu'à l'avènement de la Troisième République, tous les régimes, même quand ils proclament la liberté d'expression, cherchent à mettre la presse en tutelle par des dispositions d'ordre fiscal, financier, administratif, législatif ou judiciaire. Les gouvernements successifs oscillent entre indulgence et sévérité, soumettant la presse à un régime préventif (autorisation préalable, déclaration obligatoire, droit de timbre, dépôt d'un cautionnement, censure) ou répressif[réf. nécessaire].

La Troisième République consacre la liberté de la presse avec la loi du 29 juillet 1881 qui connaît son âge d'or à cette période. Le régime de Vichy dénature cette loi[4].

Grands principes du droit de la presseModifier

InternationalModifier

La liberté de la presse est considérée par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) comme une composante de la liberté d'expression (article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme).

La protection des sources d'information des journalistes, sans exceptions ni restrictions, est considérée comme « l'une des pierres angulaires de la liberté de la presse »[5]. Souvent confondue avec le secret professionnel, qui était son appellation initiale dans les chartes de déontologie, elle s'en distingue pourtant fondamentalement et n'est pas assurée de manière uniforme dans tous les pays industrialisés.

SuisseModifier

En Suisse, la Constitution fédérale prévoit que « la liberté de la presse, de la radio et de la télévision, ainsi que des autres formes de diffusion de productions et d’informations ressortissant aux télécommunications publiques est garantie. La censure est interdite. Le secret de rédaction est garanti » (article 17)[6].

Nature des atteintes à la liberté de la presseModifier

Les atteintes à la liberté de la presse se manifestent :

  • d'autre part, l'entrave au métier de journaliste, notamment :
    • l'assassinat de journalistes,
    • l'emprisonnement de journalistes,
    • l'enlèvement de journalistes,
    • l'agression de journalistes,
    • les menaces de journalistes.

En , Can Dündar éditorialiste du quotidien Cumhuriyet et lauréat du Prix Reporters sans frontières[7] est emprisonné dans les geôles turques pour des révélations sur des livraisons d’armes aux rebelles syriens[8]. Fin Can Dündar rédige le texte intitulé À l’Humanité[9] dans lequel il expose les principales raisons d'atteinte à la liberté de la presse dans le monde.

Situation dans le mondeModifier

Classement mondial selon Reporters sans frontièresModifier

 
« Presse libre, peuple libre », pancarte au Musée de la presse du Minnesota

Chaque année, l'ONG Reporters sans frontières établit une liste des pays du point de vue de leur liberté de la presse. Le classement mondial de la liberté de la presse est fondé sur les réponses aux enquêtes envoyées aux journalistes membres d'organisations partenaires de RSF, aussi bien qu'aux spécialistes de la question : les chercheurs, les juristes et les activistes des droits de l'homme. L'enquête porte sur des attaques directes faites aux journalistes et aux mass-média aussi bien que d'autres sources indirectes de pression contre la presse libre, comme la pression sur les journalistes par des lobbies. RSF note que le classement se préoccupe seulement de la liberté de presse et ne mesure pas la qualité du journalisme ni l'autocensure.

Le classement de RSF varie chaque année, en 2010 il établit les pays où la presse est la plus libre comme étant la Suède, la Finlande, les Pays-Bas et la Norvège, et range l'Iran, le Turkménistan, la Corée du Nord, et l'Érythrée aux dernières places. Les États-Unis et la France gravitent autour de la 40e place en 2014[10].

D'après le classement mondial de la liberté de la presse de RSF de 2014, l'Asie orientale, le Moyen-Orient et le nord-ouest de l'Afrique seraient les pires régions du monde pour la liberté de la presse et d'après le rapport, le facteur aggravant est la présence d'un conflit, comme l'attestent la chute de l'Égypte, de la Syrie, du Mali et de la République centrafricaine. Par ailleurs, les violences internes et les actes terroristes minent certains pays comme le Mexique, l'Irak, l'Iran, la Somalie, la République démocratique du Congo ou le Nigeria[10].

La recrudescence des violences pousse l'Assemblée générale des Nations unies à adopter en la première résolution sur la sécurité des journalistes et sur la création de la Journée internationale contre l'impunité des crimes contre les journalistes (célébrée le )[11].

« prédateurs de liberté de la presse »Modifier

L'association établit également une liste des « prédateurs de liberté de la presse », qu'elle met au point chaque année[12]. En 2006 ce sont cinq nouveaux noms qui augmentent la liste, cette année : le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, les groupes armés tamouls du Sri Lanka, le chef des paramilitaires colombiens Diego Fernando Murillo Bejarano, et le chef de guérilla colombien Raul Reyes.

Classement 2021Modifier

Rang

2021

Rang

2017

Pays[13] Situation
1 1   Norvège Très bonne
2 3   Finlande
3 2   Suède
4 4   Danemark
5 6   Costa Rica
6 5   Pays-Bas
7 8   Jamaïque
8 13   Nouvelle-Zélande
9 18   Portugal
10 7   Suisse
11 9   Belgique
12 14   Irlande
13 16   Allemagne Bonne
14 22   Canada
15 12   Estonie
16 10   Islande
17 11   Autriche
18 25   Uruguay
19 20   Suriname
20 15   Luxembourg
21 21   Samoa
22 28   Lettonie
23 32   Liechtenstein
24 24   Namibie
25 19   Australie
26 30   Chypre (République de / pays reconnu par l'ONU)
27 27   Cap-Vert
28 36   Lituanie
29 29   Espagne
30 26   Ghana
31 34   Trinité-et-Tobago
32 31   Afrique du Sud
33 40   Royaume-Uni
34 39   France
35 17   Slovaquie
36 37   Slovénie
37 42   Burkina Faso
38 48   Botswana
39 35   Andorre
40 23   République tchèque
41 52   Italie
42 63   Corée du Sud
43 45   Taïwan (non reconnu par l'ONU)
44 43   États-Unis
45 OECO
46 49   Tonga
47 51   Papouasie-Nouvelle-Guinée
48 46   Roumanie
49 58   Sénégal Problèmes sensibles
50 59   République dominicaine
51 60   Guyana
52 86   Seychelles
53 41   Belize
54 33   Chili
55 67   Fidji
56 74   Croatie
57 57   Madagascar
58 65   Bosnie-Herzégovine
59 61   Niger
60 64   Géorgie
61 56   Maurice
62 70   Malawi
63 79   Arménie
64 54   Pologne
65 84  Bhoutan
66 81   Côte d'Ivoire
67 72   Japon
68 69   Mongolie
69 50   Argentine
70 88   Grèce
71 98   Timor-Oriental
72 117   Maldives
73 97   Tunisie
74 86   Togo
75 84   Sierra Leone
76 75   République turque de Chypre du Nord (non reconnu par l'ONU)
77 96   Panama
78 82   Kosovo
79 89   Kirghizistan
80 73   Hong Kong (province chinoise)
81 47   Malte
82 62   Salvador
83 76   Albanie
84 44   Comores
85 143   Gambie
86 91   Israël
87 53   Haïti
88 68   Lesotho
89 80   Moldavie
90 111   Macédoine du Nord
91 90   Pérou
92 71   Hongrie
93 66   Serbie
94 55   Mauritanie
95 77   Guinée-Bissau
96 105   Équateur
97 94   Liberia
98 102   Ukraine
99 116   Mali
100 110   Paraguay
101 150   Éthiopie
102 95   Kenya
103 125   Angola
104 106   Monténégro
105 104   Koweït
106 100   Népal
107 99   Liban
108 93   Mozambique Difficile
109 101   Guinée
110 107   Bolivie
111 103   Brésil
112 109   Bulgarie
113 124   Indonésie
114 78   Bénin
115 114   Zambie
116 118   Guatemala
117 108   Gabon
118 115   Congo-Brazzaville
119 144   Malaisie
120 122   Nigeria
121 92   Nicaragua
122 120   Afghanistan
123 121   Tchad
124 83   Tanzanie
125 112   Ouganda
126 113   République centrafricaine
127 141   Sri Lanka
128 123   Qatar
129 138   Jordanie
130 128   Zimbabwe
131 119   Émirats arabes unis
132 135   Palestine
133 126   Oman
134 129   Colombie
135 130   Cameroun
136 133   Maroc /   Sahara occidental
137 142   Thaïlande
138 127   Philippines
139 145   Soudan du Sud
140 131   Birmanie
141 152   Eswatini (ex-Swaziland)
142 136   Inde
143 147   Mexique
144 132   Cambodge
145 139   Pakistan
146 134   Algérie
147 160   Burundi
148 137   Vénézuela
149 154   République démocratique du Congo
150 148   Russie
151 140   Honduras
152 146   Bangladesh
153 155   Turquie
154 156   Brunei
155 157   Kazakhstan
156 159   Rwanda
157 169   Ouzbékistan
158 153   Biélorussie
159 174   Soudan
160 151   Singapour Très grave
161 167   Somalie
162 149   Tadjikistan
163 158   Irak
164 171   Guinée équatoriale
165 163   Libye
166 161   Égypte
167 162   Azerbaïdjan
168 164   Bahreïn
169 166   Yémen
170 168   Arabie saoudite
171 173   Cuba
172 170   Laos
173 177   Syrie
174 165   Iran
175 175   Viêt Nam
176 172   Djibouti
177 176   Chine
178 178   Turkménistan
179 180   Corée du Nord
180 179   Érythrée
Rang

2021

Rang

2017

Pays Situation

AmériqueModifier

MexiqueModifier

Au Mexique, 36 journalistes ont été assassinés entre 2011 et 2016 et 496 agressés dans la seule année 2016. Le pays est selon RSF le troisième plus dangereux au monde pour les journalistes après l'Afghanistan et la Syrie[réf. souhaitée].

HondurasModifier

Entre 2008 et 2017, 62 journalistes, photographes cadreurs et propriétaires de médias alternatifs, critiquant généralement les autorités au pouvoir, ont été assassinés[réf. souhaitée].

Ancien espace soviétiqueModifier

RussieModifier

Avec les assassinats d'Anna Politkovskaïa et d'Anatoli Voronined de l'agence de presse Itar-Tass en , l'indépendance des médias russes est mise en doute lorsque l'on sait que les deux principales chaînes de télévision publique (ORT et RTR) sont contrôlées par le gouvernement. Selon Marie Mendras, au moins la moitié des journaux télévisés de ces chaînes est dédiée aux faits et gestes du président Poutine[14]. Depuis 2003-2004, Moscou a resserré son emprise sur les chaînes de télévision privées telles que NTV. Après la prise d'otages de Beslan en 2004, les Izvestia avaient publié plusieurs photographies de la tragédie et le rédacteur en chef avait été renvoyé immédiatement.

En , le journaliste Ivan Golounov est arrêté pour trafic de drogue, dans ce que de nombreux journalistes dénoncent comme un coup monté[15]. Il est finalement libéré après avoir reçu un soutien sans précédent de la société civile et de nombreux journalistes russes[16], et toutes les charges à son encontre sont levées. Cet évènement est exceptionnel par sa résonance médiatique dans le pays, y compris auprès de médias pro-gouvernementaux[17]. Cependant, plusieurs journalistes et défenseurs de la liberté de la presse en Russie restent emprisonnés, dans des affaires n'ayant pas eu le même écho dans la société civile[18].

Seuls l'internet, les radios et la presse moscovites (Novaïa Gazeta, Kommersant, Radio Echo de Moscou ou Radio Liberté) échappent aujourd'hui à la mainmise du pouvoir. Cependant, seulement 20 à 30 % de la population russe a accès au web[14].

Le 4 mars 2022, Vladimir Poutine signe une loi votée par la Douma limitant fortement la liberté d'expression et l'accès à l'information[19]. La loi prévoit jusqu'à 15 ans de prison pour quiconque publiera des informations mensongères sur le conflit en Ukraine[19]. Elle concerne les particuliers ainsi que les médias russes et étrangers[19]. Par exemple, le média indépendant russe Znak a fermé son site[19]. L'ONG Reporter sans frontières estime que le dirigeant russe est « clairement en train de mettre son pays sous cloche »[19]. Le classement de RSF place la Russie à la 150e place sur 180 États pour la liberté de la presse[19]. Le réseau social Facebook est également bloqué par les autorités russes depuis le 4 mars 2022[19].

BiélorussieModifier

Dzmitry Zavadski est probablement mort assassiné en 2000.

Union européenneModifier

En , un débat a animé le parlement concernant la liberté d'information. Ce débat a été conclu par la Commissaire Reding qui a indiqué qu'une législation européenne sur le pluralisme des médias était subordonnée à sa nécessité pour résoudre des problèmes liés au marché intérieur[20].

GrèceModifier

En Grèce, la liberté de la presse est attaqué depuis que les conservateurs ont, en 2019, repris le pouvoir. Des journalistes sont placés sur écoute, convoqués au tribunal et une journaliste étrangère a été contrainte de quitter le pays à la suite de nombreuses menaces.

Une défiance envers la presse s'est répandue dans le pays.

Kyriákos Mitsotákis, premier ministre depuis 2019, a rapidement officiellement pris le contrôle de la télévision nationale et de l'agence de presse nationale[21].

En avril 2019, le journaliste spécialiste des affaires criminelles Giorgos Karaïvaz est assassiné devant son domicile[22].

Un rapport alarmant publié début 2022 par le Centre européen pour la liberté des médias et la presse en coordination avec Reporters sans frontières, la Fédération européenne des journalistes, Media Freedom Rapid Response, dénonce les attaques contre la liberté de la presse dans le pays[23].

FranceModifier

Situation généraleModifier
 
Évolution de la liberté de la presse en Europe, 2002-2010, Reporters sans frontières[24].

La jurisprudence de la Loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 retient parmi les termes juridiques le principe de bonne foi journalistique, à condition de réunir quatre critères, dont la qualité de l'enquête et l'absence d'animosité personnelle. Elle condamne systématiquement le directeur de publication lorsque la faiblesse de l'enquête, et donc des moyens accordés aux journalistes, est la cause de la diffamation. Les journalistes ne sont pas contrôlés par une instance propre à leur profession, qui pourrait édicter des règles et leur infliger des sanctions, en cas de faute. Le code du travail, avec la loi Cressard leur accorde cependant des droits protecteurs tandis qu'une partie de la déontologie est reprise dans la convention collective nationale de travail des journalistes, les syndicats de journalistes réclamant l'annexion de la charte de Munich dans sa version entière.

Le journaliste choisit librement d'accepter le code moral qui fixe les droits mais surtout les devoirs, appelée aussi charte de Munich, et qui s'inscrit dans les contraintes d'une très relative indépendance des rédactions. Le directeur de publication a en effet tout pouvoir pour modifier les articles. La Charte de Munich, rédigée en 1971, qui fixe à la profession dix devoirs fondamentaux et cinq droits, a été signée par les principaux syndicats de journalistes français.

La liberté des médias français est apparue aux yeux de certains observateurs réduite depuis l'accession au pouvoir présidentiel de Nicolas Sarkozy (en ). La Télévision suisse romande a diffusé en un documentaire traitant du pouvoir de Nicolas Sarkozy sur les médias français, usant de la peur et de sanctions pour les contrôler[25].

Un projet de réforme de cette charte, d'origine gouvernementale et mené par un groupe de dix sages, a suscité des réactions nombreuses sur Internet à l'automne 2009[26].

Depuis le en France, la liberté de la presse est reconnue et étendue aux « blogueurs » par la jurisprudence à la suite du procès Antoine Bardet, alias « Fansolo ». Après sa défaite en première instance contre Serge Grouard, maire UMP d'Orléans, confirmée en appel, la Cour de cassation lui donne raison au regard de la loi du relative à la liberté de la presse. Cette décision est une reconnaissance à l'ensemble des blogueurs la protection de ladite loi généralement réservée aux seuls médias traditionnels[27].

Les inquiétudes pour la liberté de la presse en France sont reflétées par le classement annuel établi par l'association Reporters sans frontières[24]. Celle-ci a classé la France 38e en 2011[28], 45e dans son classement 2016[29], contre 35e en 2008[30] et 31e en 2007. Le mauvais classement de la France s'explique notamment par les différentes lois présentées dans le cadre de la lutte contre le terrorisme par le gouvernement Valls et par le manque d'indépendance des médias, ceux-ci étant caractérisés par « une très forte relation entre les puissances industrielles et les propriétaires des médias, qui sont souvent les mêmes »[29]. Outre la concentration des médias aux mains d'acteurs financiers, la position de la France s'explique également par les « exactions » subies par les professionnels du secteur tel l'attentat contre Charlie Hebdo survenu en [31].

Le projet de loi relative au renseignement est étudié dès pour prévenir la menace terroriste à la suite des attentats de janvier 2015. Entrée en vigueur le , cette loi est qualifiée par ses détracteurs de liberticide, et a été déférée par 200 journalistes de la presse judiciaire à la Commission européenne des droits de l'homme.

En , l'historien de la presse Alexis Lévrier indique qu'« il est objectivement plus difficile d’exercer le métier de journaliste depuis l’élection d’Emmanuel Macron ». Les atteintes à la liberté de la presse se sont notamment manifestées avec la perquisition des locaux du journal Mediapart et la convocation de plusieurs journalistes accusés d'avoir divulgué des informations ayant trait aux ventes d'armes françaises à l'Arabie saoudite[32].

Du 17 au , l'Assemblée nationale examine la proposition de loi relative à la sécurité globale, soutenue par le gouvernement. D'après Greenpeace, si une telle loi entrait en vigueur en l’état, elle constituerait une grave atteinte au droit à l’information, au respect de la vie privée, et à la liberté de réunion pacifique, trois conditions pourtant essentielles au droit à la liberté d’expression[33]. Dans une tribune[34], nombre de journalistes et médias rappellent que « la possibilité de filmer et diffuser des images des forces de l’ordre est essentielle à l’État de droit », et que la liberté de la presse est un contre-pouvoir essentiel de la démocratie. Selon Amnesty International, cette proposition de loi conduirait la France à ne pas être en conformité avec ses engagements internationaux en matière de droits humains[35].

Budgets publicitaires du secteur publicModifier

Une sorte d'omerta entourerait la question cruciale des budgets publicitaires du secteur public car il n'existe aucune étude, aucun chiffrage, ni aucune prise de parole des responsables et commentateurs sur ce sujet alors que les rédacteurs de cet Article ont soulevé clairement l'importance « des pressions financières sur la rédaction » parmi les causes principales des atteintes à la liberté de la presse. De façon officieuse cet investissement a été évalué par Marc Chernet, expert-comptable, à 2,36 milliards d'euros en 2013 en se fondant sur la liste des budgets des 100 premiers annonceurs publiée par le site de l'hebdomadaire Stratégies.

Alertes de Reporters sans frontièresModifier

Le Système B, un documentaire français, créée par l'ONG Reporters sans frontières et diffusé en , fut très médiatisé car il a appelé « l'État, le CSA, l'Autorité de la concurrence et le législateur à intervenir » et dénoncé des « pratiques représentent un véritable danger pour la liberté de la presse, mais aussi pour la démocratie »[36]. Le Système B a alerté contre la censure répétée d'enquêtes dans différents médias du groupe industriel et de services de Vincent Bolloré[37],[38],[39],[40],[36],[41],[42],[43], mais visant aussi d'autres médias, par un usage massif des poursuites judiciaires, afin de décourager au maximum les enquêtes sur « ses activités africaines », qui « représentent un tiers du chiffre d'affaires » du groupe Bolloré.

Alors que le journalisme d'investigation Jean-Baptiste Rivoire témoignait précisément sur ces procédures abusives de Vincent Bolloré, dans ce documentaire, il fait l'objet d'une procédure diligentée par une filiale du groupe du même Vincent Bolloré[44], a souligné Christophe Deloire, directeur général de Reporters sans frontières[44], qui a qualifié cette procédure de « tout à fait ironique », auprès de l'Agence France-Presse[44]. « Un immeuble nous est tombé sur la tête » a de son côté déclaré Jean-Baptiste Rivoire, rappelant les conséquences financières de telles procédures. Ses avocats[45] ont dénoncé une « procédure abusive » et « une clause bâillon »[46]

Vincent Bolloré reproche à Jean-Baptiste Rivoire dans cette procédure ses propos tenus dans ce documentaire "Le Système B"[47], dans lequel il était appelé comme témoin au même titre que dix autres journalistes français[48],[49], [44]. Il y avait dénoncé la "brutalité" de la gestion de Vincent Bolloré[50] en mentionnant que dans les sociétés de média de Bolloré: « il n'est pas question que qui ce soit résiste aux oukases de l'actionnaire, surtout pas en matière d'information parce que l'information est stratégique pour lui et il veut en faire exactement ce qu'il veut. Les journalistes sont de petits soldats »[51].

AfriqueModifier

BéninModifier

Le Bénin est le pays d'Afrique qui assurerait le mieux la liberté de la presse. Depuis quelques années déjà[Quand ?], de plus en plus de journaux, radios ou encore chaînes de télévision se créent, dans l'un des plus pauvres pays du monde. Dans la capitale économique et plus grande ville du pays, (Cotonou), avec son million d'habitants, à peu près quarante journaux quotidiens sont publiés chaque jour, peut-être le record dans le monde (bien que comble de tout, il y ait 50 % d'analphabètes). Les huit millions d'habitants du pays peuvent suivre la chaîne de télévision nationale ORTB, ainsi que le contenu de plus de 70 radios et quatre télévisions privées.

Cependant, la plupart des journalistes ont un emploi provisoire (pendant la dictature, deux tiers des journalistes avaient une aide de l'état). Seulement à peu près cinq sont rentables. Ils reçoivent un tout petit budget de l'État et très peu d'aides.

Mais depuis 2007, la liberté de presse régresse. La chaîne nationale ORTB est contrôlée par le chef de l'État Boni Yayi, dont les déplacements sont constamment mis en avant[réf. nécessaire].

BurundiModifier

Depuis la fin de la guerre civile, la presse se développe rapidement. La liberté de presse, clairement limitée pendant la phase de transition[52], est ensuite assez largement respectée[53]. Néanmoins, un certain risque existe encore à aborder des sujets tels que l'existence de groupes armés rebelles[54] ou certaines affaires de corruption[53].

MaliModifier

Le Mali vit une crise de la presse due aux coûts de l'analphabétisme. Dans la métropole, Bamako (deux millions d'habitants), les plus grands quotidiens ont un tirage de seulement 1 malta romain[précision nécessaire]. Aussi, la radio est la plus importante source d'informations.

Les journalistes reçoivent parfois, à la place d'un salaire régulier, un pourboire de la maison où ils sont employés.

Aussi, les quelques journalistes régulièrement payés ne se risquent pas à aborder les thèmes des problèmes sociaux, comme la crise des écoles et l'augmentation rapide des prix.

Un journaliste français est expulsé moins d'une journée après sont atterrissage à Bamako en février 2022[55].

Olivier Dubois, qui travaille pour différentes rédactions est otage dans le pays depuis avril 2021[56]. Les journalistes maliens Hamadoun Nialibouly et Moussa M'Bana Dicko sont également retenus otages, respectivement depuis 2020 et 2021[57].

ChineModifier

Xi Jinping remet en place dans les médias, les écoles et les universités chinois, un contrôle idéologique[58]. La « liberté de la presse » est un des « sept périls » mis en avant par le Parti communiste chinois dans le document numéro 9[59],[60].

En 2014, un « examen idéologique » est instauré par le Parti communiste afin de « contrôler » l'ensemble des journalistes[61]. Ces derniers doivent connaître des règles essentielles, par exemple « il est absolument interdit à des articles publiés de faire état de commentaires contredisant la ligne du parti communiste chinois ». Ou encore « la relation entre le parti et les médias est celle du dirigeant et du dirigé »[62].

Notes et référencesModifier

  1. Édouard Tillet, La constitution anglaise. Un modèle politique et institutionnel dans la France des Lumières, Presses universitaires d'Aix-Marseille, , p. 112
  2. Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Perrin, 2005, p. 670
  3. Pierre Feuerstein, Un journal des journaux. Histoire, grandeur et servitudes d'un journal de province, Éditions Créer, , p. 10
  4. Bernard Durand, Jean-Pierre Le Crom, Alessandro Somma, Le droit sous Vichy, Vittorio Klostermann, , p. 224
  5. CEDH, Financial Times LTD et autres c. Royaume-Uni (Cour EDH, 4e Sect. 15 décembre 2009, Req. no 821/03)
  6. Constitution fédérale de la Confédération suisse (Cst.) du (état le ), RS 101, art. 17.
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  41. "Le Système B." : un documentaire de Reporters sans frontières dénonce les méthodes de Vincent Bolloré" par Maxime Tellier, le 14/10/2021 sur France Culture [6]
  42. “Le Système B”, un docu choc sur la méthode Bolloré contre la liberté d’informer" par Richard Sénéjoux le 14/10/21 dans Télérama [7]
  43. "Concentration des médias : une commission et des propositions sur la table" par Aude Carasco, le 24/11/2021 dans La Croix
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  47. "Canal+ veut à nouveau faire taire Jean-baptiste Rivoire", article par Emmanuelle Walter dans "Arrêt sur images" [10].
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  50. "Bolloré attaque le journaliste Jean-Baptiste Rivoire de Off-investigation" article dans le Huffington Post du 15 decembre 2021 [13]
  51. "Vincent Bolloré attaque en justice Jean-Baptiste Rivoire, ex-journaliste de Canal+", article par Benjamin Meffre dans Pure Médias le 15 Décembre 2021
  52. Les civils dans la guerre au Burundi : Victimes au quotidien, vol. 15, Human Rights Watch, (lire en ligne), « 20 (A) ». Notons au passage que c'est à Albert Mbonerane, militant pour les droits de l'homme avant la guerre civile mais aussi ministre de la Communication du gouvernement de transition, que revient la tâche de limiter la liberté de presse.
  53. a et b Jean-François Pollet, « Être journaliste au Sud », Imagine, no 96,‎ , p. 34-37 (résumé).
  54. « Burundi: le journaliste Hassan Ruvakuki est libre », (consulté le ).
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  59. (en) Chris Buckley, « China Warns Officials Against ‘Dangerous’ Western Values », sur nytimes.com,
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  61. Dorian Malovic, Examen idéologique pour les journalistes chinois 29 avril 2014
  62. Patrick Saint-Paul, « Les journalistes chinois contraints de passer un examen d'idéologie », sur lefigaro.fr,

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier