Protectionnisme

Le protectionnisme est une politique économique interventionniste menée par un État ou un groupe d'États, consistant à protéger ses producteurs contre la concurrence des producteurs étrangers. Les buts peuvent être le maintien de l'emploi dans certains secteurs d'activité, la diminution du déficit commercial, ou la défense du niveau de vie. Les mesures protectionnistes consistent essentiellement à freiner les importations (barrières douanières, normes contraignantes, freins administratifs...), encourager les exportations (subventions diverses, incitations fiscales, dévaluation, dumping comme le « protectionnisme offensif »), privilégier les entreprises nationales dans les appels d'offres de marchés publics, ou empêcher les investisseurs étrangers de prendre le contrôle d'entreprises nationales.

Des Institutions internationales comme le GATT puis l'OMC ont été créées pour abaisser les barrières protectionnistes et en limiter autant que possible l'usage.

La très grande majorité des économistes affirme que le protectionnisme a un impact négatif sur la croissance économique et le niveau de développement, tandis que le libre-échange a un impact positif sur la croissance et le niveau de richesses. D'autres économistes estiment que, même si l'absence de protectionnisme est souhaitable entre pays ayant le même niveau de vie, le protectionisme devient indispensable lorsque les différences de salaires entre pays sont trop importantes. Le libre-échange entraîne alors délocalisations et chômage.

La plupart des pays pratiquent une certaine forme de protectionnisme en appliquant des mesures tarifaires ou non-tarifaires comme les quotas, les subventions aux exportations, les normes techniques ou sanitaire ou les mesures favorisant les entreprises nationales[1]. Parmi les pays les plus protectionnistes, on peut citer notamment la Russie, l'Inde ou la Chine[2],[3],[4],[5],[6],[7], les Etats-Unis[8].

En 2019, selon le rapport de la Commission européenne sur les barrières commercial, la Chine reste le champion du protectionnisme en dépit de son attachement proclamé au multilatéralisme et est à l'origine du plus grand nombre des nouvelles restrictions apparues cette année, avec 38 mesures de fermeture de son marché, devant la Russie (31 mesures), l'Indonésie (25) et les États-Unis (24)[9].

DéfinitionModifier

Selon Jean-Luc Gréau, économiste et ancien expert du MEDEF, « contrairement au libéralisme, le protectionnisme n'est pas une idéologie. Mais il s'agit de politiques de protection commerciale ». Ces protections permettent de protéger les entreprises locales de la concurrence étrangère par des mesures tarifaires comme les droits de douane, ou des mesures non tarifaires comme les quotas, les normes, les subventions à l'exportation[10].

Le protectionnisme s'oppose au libre-échange.

Conséquences et justifications du protectionnismeModifier

Aspects positifsModifier

Les activités économiques protégées peuvent s'abstraire au moins en partie des pressions et contraintes de toutes natures en provenance du contexte concurrentiel. Elles bénéficient de ce fait d'une plus grande liberté de manœuvre et d'une plus grande certitude concernant leur rentabilité et développement futur .

  • Le protectionnisme apparaît comme le moyen nécessaire pour protéger en particulier les activités ou industries naissantes : L'économiste Friedrich List au XIXe siècle a défendu les bienfaits d'un « protectionnisme éducateur ». Selon l'économiste Gaël Giraud, lors des révolutions industrielles du XVIIIe et XIXe siècles, ni l’Angleterre, ni l’Allemagne, ni la France, les États-Unis ou le Japon n’ont eu besoin de débouchés extérieurs pour leur décollage économique. Et si l'Europe voulait effectuer « une nouvelle révolution industrielle », une « transition verte » pour protéger le climat, cela exigerait « des investissements de long terme pharaoniques ». Et l'économiste estime que « la pression de la concurrence internationale rend difficilement envisageables de tels investissements ». Il propose de rétablir des protections douanières « par étapes »[11].
  • Les partisans du protectionnisme[10] et les États (même libéraux) ayant recours au protectionnisme (États-Unis, Japon, Angleterre du XVe au XVIIIe siècle) invoquent une concurrence déloyale ou des pratiques de dumping.
- « Dumping environnemental » lorsque la réglementation environnementale est moins contraignante qu'ailleurs. C'est, en partie, pour cela que de nombreuses entreprises occidentales implantent leurs activités polluantes dans les pays émergents, où elles bénéficient de législations plus tolérantes, et donc de coûts moindre[12].
- « Dumping fiscal » qui consiste, pour un État, à imposer faiblement (c'est-à-dire plus faiblement que ce que font les autres pays) les sociétés et les personnes présentes sur son territoire. Exemples : Le taux d'imposition des entreprises est de zéro en Estonie et de 12 % en Irlande. En 2006, la moyenne du taux d'imposition des entreprises dans les pays de l'OCDE était de 28,6 %. Les paradis fiscaux profitent de leurs politiques de dumping fiscal[13].
- « Dumping social » lorsqu'un gouvernement réduit (ou supprime) les cotisations sociales (ce qui à terme fragilise la protection sociale des travailleurs), ou bien que les autorités d'un pays conservent des normes sociales très basses (par exemple, en Chine, la réglementation du travail est moins contraignante pour les employeurs que des réglementations en vigueur ailleurs)[13].
  • Certains États - en position conjoncturelle ou structurelle fortement défavorable - revendiquent clairement le protectionnisme pour limiter les effets de la mondialisation : délocalisation, tassement des salaires.

Selon l'économiste Jacques Sapir, l'ouverture d'une économie à la concurrence internationale ne peut produire d'effets positifs que si cette concurrence est « juste », c'est-à-dire si elle ne s'accompagne pas de dumping social, environnemental ou fiscal[10]. L'économiste Pascal de Lima note que l'Union européenne applique des droits de douane sur les produits importés en provenance de l'extérieur « pour défendre ses intérêts économiques », mais il estime qu'elle le fait de façon illogique, « se protégeant mal [...], ouvrant les frontières là où le risque économique est plus grand », notamment vis-à-vis de la Chine ou d'autres pays ayant des niveaux de vie beaucoup plus faibles[14].

L'économiste Maurice Allais affirme que le protectionnisme entre pays à salaires comparables n'est pas souhaitable en général, mais qu'il devient absolument nécessaire entre des pays ayant des niveaux de vie très différents. Il estime notamment que l'ouverture vis-à-vis de la Chine est une folie, mais critique aussi le libéralisme intra-européen : selon lui, les différences de coûts de fabrication entre la France et certains pays d'Europe, « cinq ou dix fois moindres – si ce n’est des écarts plus importants encore », constitue une situation de concurrence « non viable ». Il considère que cette libéralisation du commerce conduit au chômage, dont les causes seraient d'une « simplicité folle » : le chômage découle des délocalisations, elles-mêmes engendrées par de trop grandes différences de salaires. La solution est donc pour lui évidente : « rétablir une légitime protection »[15].

Pour Dani Rodrik, le libre-échange serait une situation optimale si tous les pays étaient au même stade de développement, mais comme ce n'est pas le cas, il voit le protectionnisme comme un moyen de lisser les chocs liés aux mutations économiques[16].

Jacques Sapir critique l'argument « décisif » des opposants au protectionnisme : ceux-ci pointent du doigt que des productions locales sont plus chères que des productions importées, que le surcoût de ces productions locales pèseraient à la baisse sur la consommation des ménages, ce qui causerait des pertes d'emploi. Selon Jacques Sapir, cet argument ne tient pas compte du fait que les travailleurs supplémentaires engagés par les entreprises relocalisées verront eux leur pouvoir d'achat augmenter. Jacques Sapir estime par exemple que des mesures de protectionnisme qui aboutiraient à une production supplémentaire de 500 000 voitures en France provoqueraient un surcoût à l'achat par les ménages français d'environ 500 millions d'euros. Mais il estime que l'augmentation de la production et des ventes de voitures en France s'accompagnerait d'une embauche de 7 000 ouvriers, d'une augmentation de la production des sous-traitants du secteur automobile, d'une augmentation de la consommation d'électricité, qui impliquerait que 2,2 milliards d'euros soit injectés dans l'économie française. Il conclut à un « accroissement net de 1 700 millions d’euros de monnaie injectée dans l’économie française »[17].

L'économiste Gaël Giraud propose la mise en place d'un « protectionnisme européen raisonné ». La première étape consiste à instaurer des barrières douanières qui pénalisent les importations des pays qui ne respectent pas les recommandations de l'Organisation internationale du travail, les accords de Kyoto, et permettent aux entreprises « de contourner l’impôt dû ailleurs ». Ces nouveaux droits de douane permettraient de créer un fonds souverain européen mis au service de la « transition vers une industrie verte ». Cette transition impliquerait une baisse de la productivité, le transfert de nombreuses activités à la campagne, un réaménagement du territoire, etc, qui pourraient être une ressource d'emplois. Selon lui, le protectionnisme ne provoquerait pas forcément une hausse du coût de la vie par hausse du prix des produits importés. Il estime en effet que, en situation de libre échange, ce que gagnent les consommateurs en achetant des produits importés peu chers est perdu par l'ensemble des salariés en termes de compression de salaires[11].

Pour Friedrich List, le protectionnisme peut avoir un rôle « éducateur » : en isolant un pays du marché mondial, il donne le temps nécessaire à l'accumulation d'un capital industriel hautement productif. Joseph Stiglitz développe une analyse similaire, mais concernant le capital humain : il faut du temps pour former des salariés à haut niveau de compétences[16].

D'après l’économiste coréen Ha-joon Chang, le protectionnisme a fait la démonstration de son efficacité dans l'histoire. Pendant les années 1960 et 1970, quand il existait bien davantage de protections et autres régulations, le revenu par tête dans les pays développés croissait d’environ 3 % par an, contre 2,3 % au cours des décennies 1980 et 1990. En Amérique latine, cette croissance est devenue pratiquement nulle : 0,6 %, contre 3,1 % de 1960 à 1980. Au Proche-Orient et en Afrique du Nord, elle est tombée de 2,5 % à - 0,2 %, et en Afrique subsaharienne de 2 % à - 0,7 %[18]. Selon Le Figaro, « les économistes » estiment que « le libéralisme a fait faillite » lors de la crise de 2008. Pour l'économiste Jean-Luc Gréau, interrogé en 2017 par Le Figaro, les emplois industriels disparaissent dans les pays anglo-saxons « depuis 30 ans », et les « inégalités prospèrent », ce qui explique les critiques contre les traités de libre-échange. Selon cet économiste, la tentation du protectionnisme s'est déjà concrétisée lors d'élections au Royaume-Uni et aux États-Unis, avec le Brexit et l'élection de Trump[10].

Selon Henry Charles Carey, il s'agit de créer ou de développer les industries par le protectionnisme, afin de protéger ses matières premières de l'export, pour empêcher l'esclavagisme par le manque d'industries[19],[20],[Si 1], en produisant alors plus de nourriture de meilleure qualité, parce que les industries permettent de favoriser l'imagination humaine par l'économie de travail[21],[Si 2]. Ainsi le salarié devient un producteur[22],[Si 3].

Aspects négatifsModifier

La plupart des économistes affirment que le protectionnisme a un impact négatif sur la croissance économique et le niveau de développement, tandis que le libre-échange a un impact positif sur la croissance et le niveau de richesses[23],[24],[25].

Une enquête réalisée en 1990 indique que 90% des économistes américains estiment que les quotas et tarifs douaniers ont réduit la moyenne de niveau de vie des américains[23]. En 2009 l'American Institute for Economic Research (en) publie le résultat d'un questionnaire envoyé à cent membres de l'American Economic Association, tous titulaires d'un doctorat en économie. 83 % estiment que les États-Unis devraient supprimer les droits de douane restant, ainsi que les autres barrières protectrices. 10 % sont contre[26]. En avril 2017, vingt-cinq prix Nobel d'économie signent une tribune dans laquelle on peut lire : « Les politiques isolationnistes et protectionnistes et les dévaluations compétitives, toutes menées au détriment des autres pays, sont de dangereux moyens d'essayer de générer de la croissance. » En janvier 2018, le FMI écrit : « La plupart des économistes conviennent qu'une augmentation des obstacles au commerce réduirait la production globale et pèserait sur la prospérité. »[16],[27]

Selon l'économiste Daniel Cohen, « le protectionnisme aggraverait la crise » et constitue un danger dans la mesure où si un pays A met en place un protectionnisme à l'import sur un bien d'un pays B, ce pays B peut en retour mettre en place un protectionnisme sur un bien provenant du pays A. Le protectionnisme induit alors un cercle vicieux. L'exemple du bœuf aux hormones américain et du fromage européen illustre ce mécanisme. En effet, depuis 1989, l'Union européenne a mis en place un protectionnisme sur le bœuf aux hormones d'origine américaine, en retour les États-Unis ont mis en place un protectionnisme sur les fromages européens. Daniel Cohen estime cependant qu'il ne faut pas pratiquer un « libre-échangisme vulgaire ». Il faut, selon lui, « protéger les pays qui appliquent les règles édictées par le Bureau international du travail pour les travailleurs contre ceux qui ne les respectent pas », et il conseille de protéger également les pays qui voudraient lutter contre le réchauffement climatique[28].

Pour l'économiste Paul-Jacques Lehmann, le protectionnisme ralentit les progrès économiques des pays qui le mettent en place. Selon lui, soustraire des producteurs locaux à la concurrence étrangère conduit ces producteurs à relâcher leurs efforts pour améliorer la qualité de leurs produits et accroître leur productivité, et, surtout, cela mène à une hausse de leurs prix : ainsi les consommateurs sont « les grands perdants du protectionnisme ». La hausse des prix est d’autant plus importante que les pays étrangers ne manquent pas de mettre des mesures de rétorsion : notamment ils peuvent réduire leurs importations du pays qui fait du protectionnisme, ce pays voyant alors une baisse de ses exportations. Et le prix des matières premières importées par le pays protégé peut augmenter. Selon Paul-Jacques Lehmann, la mise en place de la protection conduit à la dépréciation de la valeur de la monnaie nationale car l’attractivité et la notoriété du pays diminuent. Cela mène à un augmentation des prix des biens que le pays est obligé de se procurer à l’étranger parce qu’il ne les produit pas lui–même[29].

Selon Gregory Mankiw la quasi unanimité des économistes américains sont favorables au libre-échange. Selon lui, les politiciens ont des réticences avec le libre-échange car il détruit des emplois nationaux, mais les économistes répondent que le plein emploi reste possible en faisant travailler les américains dans des industries dans lesquelles les États-Unis ont un avantage par rapport aux autres nations. Le commerce international peut être « gagnant gagnant »[30]. Alan Blinder estime que le libre-échange accroît la richesse des États-Unis et qu'il y a dans la population américaine plus de gagnants que de perdants. Mais, selon lui, les perdants, qui sont ceux qui travaillaient dans des industries non compétitives, ne sont pas aidés comme ils le devraient. Il donne comme exemple les employés âgés, pour lesquels la transition vers un autre métier est difficile[31].

Pour l'économiste William Poole (en), il est très important de comprendre que le protectionnisme, en renchérissant le prix des importations, permet de sauver les emplois de quelques industries spécifiques, mais détruit nécessairement des emplois dans d'autres industries qui dépendent des importations, ou bien dans des industries exportatrices. Il faut tenir compte aussi bien des emplois perdus indirectement en raison des restrictions commerciales qu'à ceux perdus en raison de l'évolution des structures commerciales[23]. L'économiste Stephen P. Magee (International Trade and Distorsions in Factors Market 1976) estime que les avantages du libre-échange l'emportent sur les pertes jusqu'à 100 pour 1[24].

Selon l'économiste Donald J. Boudreaux (en), qui estime que le libre-échange accroît la prospérité des Américains, « le libre-échange fonctionne avec d'autres processus du marché pour déplacer les travailleurs et les ressources vers des utilisations plus productives, permettant aux industries plus efficaces de prospérer. Il en résulte des salaires plus élevés, des investissements dans des domaines tels que les infrastructures et une économie plus dynamique qui continue de créer de nouveaux emplois et de nouvelles opportunités ». Au contraire, le protectionnisme tente de protéger des emplois, qui disparaîtraient dans un marché ouvert, au détriment d'industries innovantes. Selon lui, ce qui impacte essentiellement les travailleurs n'est pas dû au libre-échange mais l'innovation : par exemple, les applications sur les téléphones mobiles ont remplacé une très grande variété de produits, les calculatrices, radios, réveils, magnétophones, tensiomètres, lampes torches, etc[32].

Selon le journaliste économique français Éric Le Boucher, « le protectionnisme n'est pas une solution contre la chute des emplois industriels », estimant qu'il a fait perdre 2 millions d'emplois en France dans les trente dernières années[33]. Contrairement au régime de libre-échange, Il fait baisser la variété des produits offerts à la consommation et empêche le pays d'acquérir son importance commerciale selon le principe d'avantage comparatif, car les agents économiques ne sont pas incités - en l'absence de pression concurrentielle - à développer au maximum leurs points forts de production.

Selon Johan Norberg (Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste 2004), seuls les pays pratiquant le protectionnisme ou subissant une dictature politique n'ont pas profité de l'amélioration du revenu moyen des habitants de la planète au cours des dernières décennies. Les 20 % les plus pauvres du monde ont vu ce revenu plus que doubler depuis 1965. Et 3 milliards de personnes sont sorties de la pauvreté au cours du dernier demi-siècle[34],[35].

D'après l'économiste Lee Branstetter, le protectionnisme mis en place par les États-Unis dans les années 1980 vis-à-vis du Japon a été incapable de rétablir l'équilibre de la balance commerciale entre les deux pays[36].

Selon The Economist, en 1843, la Grande-Bretagne a taxé les importations de maïs, moins cher que le maïs anglais, pour protéger ce qui a permis de protéger ses agriculteurs locaux, mais a renchérit le coût du pain pour la population anglaise, et rendant la faim plus répandue[37].

Selon Nicolas Baverez, en 1930, la décision du président Herbert Hoover de ne pas mettre son veto à la loi Hawley-Smoot qui augmentait les droits de douane de 38 à 59 % en moyenne sur plus de 20 000 produits fut « une magistrale erreur » qui amplifia la crise. Le protectionnisme et les dévaluations compétitives transformèrent « la récession américaine en déflation mondiale et provoqua l'effondrement des trois quarts des échanges et des paiements mondiaux en une décennie »[38].

Situation d'urgence et Clause de sauvegardeModifier

Lorsqu'un pays considère qu'une de ses productions est gravement menacée, la mise en œuvre de la « clause de sauvegarde » vise à limiter les importations (soit en les interdisant, soit en les taxant fortement) durant une période donnée[13].

Exemple : Fin 2008, l'Inde a décidé de taxer fortement les importations d'acier[13]

L'histoire du protectionnismeModifier

Dans l'histoire de la pensée économique, le libre-échange a longtemps été la règle, et le protectionnisme était perçu comme étant une anomalie nuisible au bon développement de l'économie.

Toutes les grandes périodes d'accroissement des échanges ont conduit à des pratiques protectionnistes de formes variables. Ce fut le cas de la vague d'échanges suscitée par les grandes découvertes des XVe et XVIe siècles, de celle qui se développa au XIXe siècle jusqu'à la Grande Dépression et la première guerre mondiale[39].

Les mercantilistesModifier

À partir du XVIe siècle, les pensées économiques vont justifier la légitimité du protectionnisme.

Selon les auteurs mercantilistes, la richesse d'un pays dépend positivement du stock de métaux précieux qu'il possède. La quête de ces ressources, provenant des nouveaux territoires découverts, est comparable à une véritable guerre. Le commerce est considéré comme un jeu à somme nulle : celui qui importe métaux précieux gagne, et celui qui les exporte perd. Les États vont donc mettre en place des mesures afin à la fois de capter le maximum de ressources minières provenant du nouveau monde, afin d'en exporter le minimum, car si l'État exporte ses richesses, il les perd même contre toute autre compensation. L'État interdit l'exportation de monnaie du pays ainsi que les métaux précieux (or, argent...), et essaye de faciliter au maximum ses importations (par l'intégration des marchés nationaux par exemple).

Le protectionnisme dans la Richesse des NationsModifier

Dans son ouvrage maître, Adam Smith justifie le libre-échange, en développant l'idée que, contrairement à ce qu'affirmaient les mercantilistes, le commerce est synonyme de paix et d'enrichissement mutuel. Toutefois, Smith n'est pas contre l'idée d'instaurer des droits de douane, pour deux cas bien spécifiques : en cas de présence d'industries stratégiques pour la défense nationale et en réaction à des taxations opérées par des pays sur les exportations nationales. Le protectionnisme est donc selon Smith une mesure exceptionnelle, mais qui, en règle générale, nuit au bon fonctionnement de l'économie.

Protectionnisme et libre-échange à l'Époque contemporaineModifier

Selon l'historien économiste Paul Bairoch, avant les années 1840, « le protectionnisme est la règle, le libre-échangisme l'exception » : le décollage industriel de la Grande-Bretagne et de la France au début du XIXe siècle bénéficie de fortes barrières douanières, le Zollverein de la Prusse est une union douanière allemande[40]. Aux États-Unis c'est Henry Charles Carey qui promeut le protectionnisme dans les partis politiques américains et dans le monde.

D'après l'historien de l’économie Charles Kindleberger, l’abrogation en Grande-Bretagne des lois sur le blé dans les années 1840 était motivée par un « impérialisme libre-échangiste » destiné à « stopper les progrès de l’industrialisation du continent en y élargissant le marché des produits agricoles et des matières premières. C’est aussi l’argumentation soutenue à l’époque les principaux porte-parole de l’Anti-Corn Law League.

Pour l’économiste allemand Friedrich List, « les prêches britanniques en faveur du libre-échange faisaient penser à celui qui, parvenu au sommet d’un édifice, renvoie l’échelle à terre d’un coup de pied afin d’empêcher les autres de le rejoindre »[18].

L’économiste Gaël Giraud souligne que « Des années 1890 à 1914, tous les pays industrialisés à l’exception de la Grande-Bretagne ont poursuivi des politiques commerciales d’inspiration protectionniste, Cela n’a nullement empêché cette période de connaître une expansion très soutenue du commerce international (5 % de croissance annuelle), au point que les historiens la décrivent comme la “première mondialisation”[41].  »

À la suite de la première guerre mondiale, dans un contexte économique très difficile, et alors que le chômage frappait 17 % de la population active, le Parlement britannique vota en 1921 le Safeguarding of Industries Act, qui fixait à 33 % les droits de douane sur de nombreux produits manufacturés menacés par la concurrence étrangère.

Le protectionnisme se développe suite à la crise de l'économie mondiale au lendemain du krach de Wall Street, en octobre 1929. En 1930, la loi Smoot-Hawley aux États-Unis fixe un droit moyen de 40 % sur tous les produits importés.

En 1947, un accord international est négocié concernant les tarifs douaniers et le commerce (General agreement on tariffs and trade, GATT), qui aboutit en 1995 à la création de l'OMC, dont le rôle est d'arbitrer les relations commerciales tout en limitant le protectionnisme[42].

Depuis la fin des années 1940, l'extension du libre-échange n'a pas totalement éliminé les pratiques protectionnistes[40].

Les « droits de douane », c'est-à-dire les taxes à l'entrée sur les produits importés, ont été démantelés depuis les années 1990, sous l'égide de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Mais le protectionnisme est revenu par d'autres moyens: manipulations du taux de change, subventions à la production, non-respect de la propriété intellectuelle, normes plus ou moins contestables, etc[43].

Depuis les années 2010, on assiste à un retournement de tendance, des mesures protectionnistes sont prises, en Argentine, au Brésil, en Russie et aux États-Unis..., le Sénat américain a voté une loi autorisant le département du commerce à appliquer des taxes compensatoires sur les importations chinoises afin de sanctionner des pratiques jugées déloyales[43].

Quelques mesures utilisées dans le cadre du protectionnismeModifier

Le protectionnisme peut recourir à plusieurs mesures ; on distingue les mesures tarifaires des mesures non tarifaires.

Droits de douaneModifier

Imposer des droits de douane consiste à taxer les produits importés afin d'augmenter leur prix, et ainsi de diminuer la quantité achetée par les consommateurs.
Exemples :

  • En janvier 2009, les États-Unis ont triplé les droits de douane qu'ils appliquent sur le roquefort, tout en portant à 100 % les droits de douane sur d'autres produits européens (chocolats, jus de fruit, légumes, fruits, chewing-gums...)[44].
  • En décembre 2008, l'Inde a augmenté ses droits de douane sur le soja, le fer et l'acier; pour les porter à 20 %[44].

Taxes aux frontièresModifier

Une Taxe carbone aux frontières peut-être decidée pour les produits faisant l’objet de flux internationaux[45]. Sa tarification dépendrait de la quantité de CO2 que le produit importé a nécessité pour sa production en dehors du territoire.

Plusieurs pays européens, dont la France et l’Union Européenne, envisagent ou ont déjà inscrit dans la loi la neutralité climatique d’ici à 2050.

La mise en place d’un prix du carbone à l’émission sur un territoire donné doit alors s’accompagner de mécanismes de compensation aux frontières.

Les efforts entrepris par ce biais pour la relocalisation des sites industriels auront à leur tour un effet positif sur l’empreinte carbone européenne.

L'Europe envisage la mise en œuvre d’ajustement carbone aux frontières de l’Union Européenne afin d'éviter le transfert des émissions vers des concurrents extra-européens et des sites de production relocalisés à l’étranger.

Ces mesures doivent éviter un risque de non-conformité avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce si elles étaient mal conçues.

Mesures dites non tarifairesModifier

Procédures de dédouanementModifier

Il s'agit d'alourdir les procédures administratives pour les importations (obligation de remplir des documents administratifs compliqués, longue période de blocage en douane, etc.)[13].
Exemple : En 1982, la France a mis en place ce système pour réduire les importations de magnétoscopes en provenance du Japon. Ces derniers devaient être dédouanés à Poitiers[13].

Normes techniques ou sanitairesModifier

Ces normes correspondent à un cahier des charges (types de traitements autorisés -ou obligatoires- pour les produits agricoles, etc.) qu'un produit doit remplir pour pouvoir être vendu dans un pays. Exemple : L'Union européenne interdit les importations de bœuf aux hormones[13].

Autres normes professionnellesModifier

Les statuts des professions "protégées" et autres réglementations / normes faisant barrière à l'accès à ces activités, présentées comme apportant des garanties de compétence et rigueur aux utilisateurs, sont des domaines où le corporatisme tend à rejoindre le protectionnisme.

Dans le même ordre d'idées se situe la protection des monopoles de certaines entreprises et institutions publiques.

QuotasModifier

Ils visent à limiter la quantité de produits importés.

Exemples :

  • pour la période allant du 15 décembre 2008 au 31 décembre 2010, l'Indonésie a mis en place des « licences d'importations » sur cinq cents produits (électronique, jouets, textiles, certaines denrées alimentaires)[44].
  • quotas de l'Union européenne sur l'acier ukrainien (supprimés en mai 2008)[13].
  • un accord multifibre établissait une limite (pour chaque pays et chaque produit) des textiles qui pouvaient être importés dans l'Union européenne. Lorsqu'il fut supprimé en 2005, on a assisté à une forte hausse des importations de textile provenant de Chine, au détriment de celles en provenance de la Tunisie et du Maroc[13].

Lois limitant les investissements étrangersModifier

Les autorités d'un pays peuvent chercher à protéger certaines activités (considérées comme stratégiques) contre les prises de participation par des investisseurs étrangers.

Exemples :

  • En 2009, La loi sur investissement Canada (LIC) a subi un certain nombre de modifications importantes prenant effet dès mars 2009. Notamment, La LIC vise notamment à encourager les non-Canadiens à investir au Canada puisque cela contribue à la croissance économique et à la création d’emplois[46].
  • En avril 2008, l'Allemagne a adopté une loi qui rend nécessaire une autorisation pour « tout investissement supérieur à 25 % du capital d'une entreprise dans le domaine des "infrastructures stratégiques" et dès lors que l'"intérêt national" est en jeu »[44].
  • En avril 2008, la Russie a adopté une loi qui rend nécessaire une autorisation pour « tout investissement supérieur à 25 % du capital des entreprises de quarante-deux "secteurs stratégiques" (nucléaire, pétrole, mines, pêche, édition...) »[44].
  • Depuis octobre 2007, une loi promulguée aux États-Unis instaure que « tout achat ou implantation d'entreprise par des fonds étrangers peut être interdit dès lors qu'il "met en cause la sécurité nationale" »[44].
  • En 2006, les États-Unis ont interdit que P&O (société propriétaire des ports de Baltimore, Philadelphie et New York) soit rachetée par une entreprise de Dubaï[13].
  • Le 30 décembre 2005, la France a décrété qu'une autorisation serait désormais nécessaire « pour tout investissement touchant à l' "intérêt national" dans onze secteurs : défense, produits chimiques, technologies "duales" (pouvant servir au militaire comme au civil), etc. »[44].
  • En 2005, les États-Unis ont interdit que la compagnie pétrolière américaine Unocal soit rachetée par le groupe chinois Cnooc[13].

Manipulation du taux de changeModifier

Une monnaie se dévalue, ou subit une dévaluation, lorsque son taux de change se déprécie par rapport à une monnaie de référence, ou un panier de monnaies. Un gouvernement peut intervenir sur le marché des changes en « vendant de la monnaie » pour abaisser la valeur de sa devise. Cela rend les produits moins chers à l'exportation, mais diminue le pouvoir d'achat en augmentant le prix des produits importés (Condition de Marshall-Lerner).

Ainsi, la Chine est accusée de maintenir sa monnaie (le yuan) à un niveau artificiellement bas. Tandis que les États-Unis sont accusés de laisser le cours de leur monnaie baisser afin de favoriser le dollar au détriment de l'euro[13].

Passation de marchés publicsModifier

Un pays peut instituer dans les politiques de passation des marchés publics une préférence pour les produits fabriqués localement (ou pour les services des entreprises locales).

Exemple : Les États-Unis ont instauré une clause « acheter américain » (Buy American Act) pour leurs marchés publics[47].

SubventionsModifier

Subventions aux acheteursModifier

Elles consistent à accorder des facilités financières aux clients (crédits bonifiés, déductions d'impôts, etc.).

Exemple : Début 2009, les autorités françaises ont décidé de débloquer 5 milliards d'euros pour les futurs acheteurs d'Airbus[13].

Exemple : Le gouvernement fédéral du Canada a instauré en janvier 2009 un plan qui permet aux acheteurs d’une première résidence de déduire jusqu’à 5 000 $ de coûts (tant pour les frais juridiques que de mutation) de leurs revenus imposables pour l’année d’achat[48].

Subventions aux producteursModifier

Elles visent à donner un avantage (soit sous forme de prêts bonifiés, soit sous forme de dons) aux producteurs nationaux.

Exemple : En 2008 et 2009, les États-Unis et la France ont accordé des aides à leurs constructeurs automobiles[49],[50].

Exemple : Depuis 2007, les agriculteurs québécois ont reçu environ 1,1 milliard de dollars par année des différents programmes gouvernementaux fédéraux et provinciaux[51].

Protectionnisme par pays ou unions représentatifsModifier

États-UnisModifier

Marchés publicsModifier

Depuis les années 1930, les États-Unis adoptent une politique systématique consistant à interdire dans les marchés publics les produits qui ne sont pas fabriqués aux États-Unis. Il existe aussi des subventions. Les lois sont :

Voir : Passation des marchés de l'administration américaine : aide-mémoire des liens relatifs aux obstacles les plus fréquents

En 1989, le groupe Bull a acheté le constructeur de micro-ordinateurs Zenith Data Systems, dans l'espoir d'acquérir le marché des micro-ordinateurs de l'administration américaine, méconnaissant totalement la législation américaine sur les achats publics. Le gouvernement fédéral américain a évidemment répliqué en faisant appel à un autre fournisseur. Cette erreur stratégique a entraîné de lourdes pertes financières pour Bull, qui ont dû être négociées par Bernard Pache auprès de l'Union européenne. Les subventions sont aujourd'hui interdites par l'Union européenne.

Les États-Unis se sont opposés au développement du supersonique Concorde en appliquant des normes sur le bruit (il est vrai que le Concorde était un avion très bruyant).

Advocacy policyModifier

Depuis la fin des années 1980, les États-Unis ont élargi cette politique à des actions plus offensives de soutien cohérent des entreprises américaines à l'exportation. Cette politique est appelée « advocacy policy ». Elle s'appuie sur une organisation spécialisée, l'« advocacy center »[52], et sur l'utilisation de techniques informatiques sophistiquées, en Network Centric (réseau centré) .

Dans la vision des stratèges américains, le monde se répartit en trois zones : les États-Unis conçoivent, l'Asie produit, et l'Europe consomme.

Aujourd'hui les États-Unis cherchent à imposer des normes internationales dans le domaine des technologies de l'information.

Par exemple, la spécification technique ebXML tend à s'imposer dans le monde comme un standard de commerce électronique.

Mesures de rétorsionModifier

La section 301 de la loi américaine générale de 1988 sur le commerce et la compétitivité permet à l'Administration américaine de prendre dans des délais très brefs toute mesure de rétorsion à l'égard des partenaires commerciaux dont les pratiques seraient jugées déloyales.

En 2000, le président George W. Bush met en place des mesures protectionnistes sur les importations d'acier pour satisfaire les demandes des grandes entreprises du secteur dont la productivité était insuffisante. Les effets a posteriori semblent avoir été négatifs puisque, si les mesures ont sauvé 3 500 emplois, elles en ont détruit entre 12 000 et 43 000 chez les entreprises qui consomment de l'acier[53].

Le 1er mars 2018, le président des Etats-Unis annonce qu'il va taxer les importations d’acier et d’aluminium à hauteur respectivement de 25 % et de 10 %. Donald Trump déclare vouloir défendre une industrie sidérurgique américaine «décimée par des décennies de commerce inéquitable»[54],[55].

En 2019, Donald Trump fait passer de 10 % à 25 % les droits de douane supplémentaires sur environ 5 700 produits représentant 200 milliards de dollars (178 milliards d’euros) de biens chinois importés. Une procédure d’augmentation des tarifs douaniers sur la quasi-totalité des produits chinois devait par ailleurs être lancée. Une décision prise par Donald Trump pour maintenir la pression sur la Chine dans le cadre d'une guerre commerciale qui semble bien engagée entre les États-Unis et la Chine[56].

ChineModifier

En 2010, en Chine, le protectionnisme gagne du terrain. Le premier ministre, Wen Jiabao, sans s'afficher protectionniste, fait passer le message de n'acheter de préférence que des produits fabriqués en Chine[57]. Les produits bas de gamme ne sont pas les seuls concernés : il faut y ajouter les trains à grande vitesse, les technologies vertes, les nouvelles technologie fruits de la montée en gamme de l'économie chinoise. La Chine engrange un excédent commercial de plus de 20 milliards de dollars pour le troisième mois d'affilée.

Les marchés publics chinois ont toujours été fermés aux étrangers, sauf quand il s'agit d'obtenir des hautes technologies. Pékin n'a pas signé l'accord de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) portant sur les appels d'offres gouvernementaux. Ainsi, en 2009, dans le cadre du plan de relance du gouvernement chinois, les travaux portant sur les infrastructures du pays peuvent être réservés aux entreprises chinoises[58].

Au cours de l'année 2018, l’excédent commercial chinois n’a fait que continuer à battre des records. Xi Jinping a promis une nouvelle fois d’ouvrir davantage le marché chinois aux importations[59].

La Chine poursuit sa conquête des marchés extérieurs mais elle privilégie plus encore son marché intérieur. Elle a identifié les filières stratégiques dont elle veut contrôler les chaînes de valeur et les technologies dont elle veut s’assurer une maîtrise complète[60].

En 2019, une « guerre commerciale » se confirme. À la suite des décisions du président américain de taxer des produits chinois importés, la Chine annonce une augmentation de ses droits de douane sur des produits américains représentant 60 milliards de dollars d’importations annuelles. Les tarifs douaniers seront relevés à 10 %, 20 %, voire jusqu’à 25 % sur un ensemble de marchandises américaines déjà taxées, annonce le Bureau de la commission tarifaire du gouvernement chinois[56].

JaponModifier

Parti de zéro, suite à la fin catastrophique de la deuxième guerre mondiale, la forte croissance du Japon, les progrès dans les chaînes de valeurs, et les percées technologiques sont principalement attribués à la présence initiale d'un capital humain important, à la coopération entre l'État (MITI puis METI) et les entreprises qui sont protégées avant de devenir compétitives.

La croissance est permise par un contrôle de capitaux. Le gouvernement fait voter en 1949 la Loi sur les échanges internationaux et le contrôle du commerce international, qui contraint les entreprises japonaises à déposer leurs gains en monnaies étrangères dans des comptes spéciaux auprès de la Banque centrale, permettant de stabiliser le yen et de lui faire garder sa compétitivité[61].

Les importations sont régies par la loi sur les échanges extérieurs et le contrôle du commerce international qui était explicitement protectionniste jusqu’en 1980. Les formalités de dédouanement sont régies par 3 lois japonaises : la Loi sur les droits de douane, la Loi sur les tarifs douaniers et la Loi sur les mesures provisoires concernant les droits de douanes[62].

Après la seconde guerre mondiale, le Japon met aussi en œuvre des moyens de protectionnisme indirects.

Durant les années 1980 1990, les Japonais utilisent des normes drastiques pour protéger leur secteur automobile. Par exemple, les voitures étrangères sont refusées pour une taille excessive de rétroviseur[63].

L'exportation des consoles de jeux vidéos a été facilité par les aides diverses de l’État Japonais afin de s'imposer sur le marché mondial. Les consoles étaient vendues beaucoup moins chères à l'étranger qu'au Japon créant un certain paradoxe[63].

L'un des tarifs douaniers les plus élevés du monde est celui que pratique le Japon sur le riz étranger, taxé à 800 %[64].

Le Japon est néanmoins très inséré dans le commerce international, il est le quatrième pays exportateur et le sixième pays importateur au monde et multiplie les accords de libre-échange[65],[66],[67],.

Corée du SudModifier

Après la guerre, la république de Corée a connu une croissance économique rapide faisant d'un pays du tiers-monde un des Quatre dragons asiatiques.

Trois phases peuvent être distinguées dans le développement économique entre 1953 et 1980[18]:

  • une phase de substitution aux importations, entre 1953 et 1961
  • un développement extraverti basé sur l'essor des exportations (1961-1973)
  • enfin, la mise en place d'industries lourdes (1973-1980)

La Corée du Sud a suivi une politique économique protectionniste. La plupart des produits d'importation sont interdits, le système financier est nationalisé, des plans quinquennaux sont adoptés, l’État n'emprunte que très peu et les investissements étrangers ne sont pas favorisés.

Le fer de lance de la politique gouvernementale fut la création des chaebol ; ces conglomérats familiaux (Hyundai, Samsung, LG Group, etc) bénéficièrent de subventions publiques, de protection face à la concurrence internationale, des terrains mis à leur disposition, d'une faible fiscalité et de normes spécifiques.

Ce décollage économique protectionniste se déroule dans des conditions politiques et sociales très difficiles pour une grande partie de la population.

Par la suite, la Corée du Sud a diminué son protectionnisme. Notamment, en adhérant à l'OMC, elle a baissé ses tarifs douaniers[68]. En 2016, elle fait cependant toujours partie des pays les plus protectionnistes du G20. Ainsi, cette année là, la Corée du Sud a appliqué un taux moyen de droits de douane de 13,9% aux importations de ses partenaires de l'OMC. À titre de comparaison, le taux appliqué par l'Australie est alors de 2,5%[69].

Union européenneModifier

La politique agricole commune a longtemps consisté en versement de subventions agricoles. Cette politique a favorisé l'agriculture intensive, ce qui a eu des conséquences dommageables sur le plan du développement durable.

Les relations économiques entre l'Union européenne et les États-Unis ont fait l'objet d'un rapport d'information à l'Assemblée nationale en France en 1999[70]. Il souligne les directions qui devraient orienter les politiques suivies: son modèle social, une stratégie industrielle élargie aux secteurs de pointe, ainsi qu'une politique commerciale fondée sur le principe de réciprocité.

Les traités de l'Union européenne stipulent que les appels d'offre gouvernementaux sont ouverts à toutes les entreprises, sans discrimination concernant la nationalité de ces entreprises. Mais il n'y a pas toujours réciprocité : ce type de règle de l'OMC concernant l’accord sur l'ouverture et la transparence des marchés publics n’était en 2016 signé que par les vingt-huit membres de l’UE et dix-huit autres pays[71].

Selon l'ancien député Bernard Carayon, qui a lancé la politique publique d'intelligence économique en France en 2005, l'Union européenne ne pratique presque pas le protectionnisme en matière de marchés publics : pour ce type de marchés (1 000 milliards d'euros par an), le taux d'ouverture européen est de 90 %, alors qu'il n'est que de 32 % aux États-Unis, de 28 % au Japon, et de 0 % dans les « pays émergés »[72].

À la suite de la crise du Covid-19, la commission européenne d’Ursula von der Leyen (en fonction à partir du 1er décembre 2019) incite en 2020 les États membres à défendre leur sécurité et leur souveraineté économiques. L’Allemagne, l’Italie et l’Espagne adoptent des mesures de protection de leurs entreprises. Le très libéral Royaume-Uni prépare un projet de loi en ce sens. La France en dispose déjà : elle s'est donnée un droit de contrôle sur les investissements étrangers lorsque ceux-ci représentent une acquisition importante des parts d'une entreprise française[73].

Selon un éditorial du Monde de 2017, l’Europe libre-échangiste prend conscience des effets dévastateurs du libre-échange dans certains secteurs. Devant la réticence des peuples, l'Europe reconnaît leur volonté d’avoir leur mot à dire, par un droit de veto, sur la conclusion de tout nouvel accord commercial entre l’UE et un pays tiers. De tels accords ne peuvent pas « être conclus par l’UE seule ». Négociés par la Commission, ils devront, pour entrer en application, être validés non seulement par le Conseil (les gouvernants européens) et le Parlement de Strasbourg, mais aussi par les Parlements des États membres[74].

Relativisant le point de vue précédent, l'Accord de libre-échange entre le Japon et l'Union européenne exclut la question de la protection des investissements[75] et des règlements des conflits, ce qui permet de ne pas induire une ratification par chaque parlement des pays européens.

FranceModifier

L’État français dispose d'un droit de regard, et peut refuser des prises de participation dans certaines entreprises risquant de faire basculer le contrôle et les décisions vers des investisseurs etrangers. Il porte sur les secteurs jugés «stratégiques», qui n’ont cessé de s’étendre depuis 2005, puis par le «décret Montebourg» de 2014, complété depuis cette date, pris peu après le rachat d’Alstom Énergie par l’américain General Electric, les domaines concernés sont la défense, les technologies de l’information, l’énergie, les télécommunications, l’agroalimentaire, l’aérospatial, les transports, l’eau, le médical[73],[76].

La France n'est pas un pays protectionniste. Depuis 2016, l’Hexagone est devenu l’un des pays les plus attractifs du monde. Au premier semestre 2019, il se classait au troisième rang pour l’accueil des investissements directs étranger (surtout par le biais des rachats d’entreprises), derrière les États-Unis et la Chine, soulignait l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), à la fin 2019[73].

Selon Mathieu Plane, économiste à l'OFCE « l'essentiel des échanges commerciaux des pays membres se font au sein de l'Union européenne.... La Chine ne représente que 8 % des importations françaises. De fait, les principaux concurrents et partenaires de la France, ce sont les autres pays de l'UE, qui représentent environ 60 % de nos échanges commerciaux – Allemagne en tête, avec 17 %. ». La France comme les autres pays d'Europe n'ont pas intérêt à prendre des mesures protectionnistes contre la Chine dans les secteurs à faible valeur ajoutée[42].

Les douanes sont présentes et contrôlent les importations par voie d'eau et d'air, et obéissent à la politique douanière européenne. C'est vers l'Union et son budget que sont renvoyés l'essentiel des ressources douanières. Dans une perspective de compétitivité relative dans le cadre européen, la douane française mène une politique d'accélération du traitement en douane, allant avec une baisse des contrôles.

Mais, selon un sondage Ifop, 65 % des français sont pour un système plus avancé du protectionnisme national[77].

En France, on invoque quelquefois l'exception culturelle[78].

Développements théoriques et points de vueModifier

Le point de vue mercantilisteModifier

Chez les mercantilistes le rôle du commerce extérieur est de permettre le gain monétaire, c'est-à-dire l'afflux d'or. Dans cette optique, les mercantilistes préconisent une politique volontariste de soutien aux exportations de produit via la création de grandes compagnies de commerce et/ou de grandes manufactures. Au contraire, l'État doit tenter de freiner les importations de produits qui sont synonymes de sorties d'or.

En France l'État va même organiser la production nationale avec les manufactures de Colbert [79].

Pour Jean-Baptiste Colbert, « les compagnies de commerce sont les armées du roi, et les manufactures sont ses réserves ». L’objectif de ses « armées » est de repousser les « armées » étrangères. Ainsi pour souligner cette haine du commerce étranger, Antoine de Montchrestien[80] déclare :

« Les marchands étrangers sont comme des pompes qui tirent hors du royaume […] la pure substance de nos peuples […] ; ce sont des sangsues qui s’attachent à ce grand corps de la France, tirent son meilleur sang et s’en gorgent »

La logique mercantiliste repose sur l'idée que la richesse n'est fondée que sur le volume détenu de métaux précieux, et que dès lors, ce volume étant défini, le commerce est un jeu à somme nulle. L'enrichissement d'un État par ses exportations ne peut se faire que par l'appauvrissement d'un autre par ses importations.

D'autres tel Friedrich List[81], considèrent le protectionnisme comme nécessaire à court terme pour amorcer le développement d'une économie. Le libre-échange ne serait alors juste qu'entre pays de puissance économique comparable. Un pays, ayant une fois rattrapé le niveau des autres, pourra passer à un système de libre-échange qui reste l'objectif de long terme. Il explique :

« Le protectionnisme est notre voie, le libre-échange est notre but. »

Ce point de vue fonde son analyse sur plusieurs arguments en faveur de l'insertion internationale dont la protection est bénéfique pour les industries naissantes.

En effet, les industries dans l'enfance (industries naissantes) ne sont pas adaptées au marché international (accoutumance de la main-d’œuvre, niveau de production optimal, tarification optimale…). Pour cela, elles bénéficient d'un « temps d'adaptation » qui vont leur permettre de développer leur compétitivité c’est-à-dire de passer d'un avantage comparatif potentiel à un avantage comparatif réel (au sens de David Ricardo). Les industries naissantes vont donc se protéger de la concurrence internationale afin de développer un système productif en corrélation avec le marché mondial compte tenu de la contrainte de prix et de production extérieure. Pour que la transition soit efficace plusieurs conditions doivent être réunies : le passage d'un avantage comparatif potentiel à un avantage comparatif réel doit être réalisé, la protection doit être temporaire et l'ouverture à la concurrence doit être réalisée au moment opportun c’est-à-dire quand la firme devient compétitive (quand le prix des biens qu’elle fournit sont supérieurs à ses coûts de production =bénéfices). Cette position est critiquée par les libéraux[82].

Ceci constitue un des arguments au niveau national. D'autres arguments comme celui de l'industrie déclinante, du revenu, de l'emploi ou encore des distorsions internes expliquent la pensée mercantiliste en matière de protectionnisme.

Le protectionnisme a pour effet de diminuer le déplacement des biens dans son ensemble ce qui réduit l'empreinte écologique du transport.

Les points de vue libérauxModifier

Le concept "libéral" doit être analysé en deux branches :

Le premier a été le thème d'une déclaration du Parlement britannique en 1820 qui conduisit, en 1846, alors que les conservateurs ("Tories") étaient majoritaires, à l'abrogation du "Corn Law" (la loi sur le blé) qui protégeait les agriculteurs britanniques. Cette abrogation entraina la ruine de l'agriculture britannique, la baisse violente des prix des denrées alimentaires, la baisse des salaires et l'enrichissement de la "City", mais aussi un sous-investissements dans la recherche et la modernisation de l'industrie (F. William Engdahl, "Pétrole une guerre d'un siècle", Jean-Cyrille Godefroy, France, 2007, p. 17).

À la même époque, le "protectionnisme éducatif" favorisa la création de la Zollverein promue par la Prusse (elle disparaît lorsque l'Allemagne est unifiée en 1870), la modernisation très rapide de ses flottes commerciale et militaire, de ses industries. Le Royaume uni ne récupéra la première place qu'au prix de la défaite militaire allemande.

Les libéraux, depuis Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations d'Adam Smith (1776), ont beaucoup critiqué les théories protectionnistes des mercantilistes. Selon eux, le protectionnisme est une imposture intellectuelle qui ne sert qu'à favoriser des groupes d'intérêt aux dépens du plus grand nombre et du bien public. Lire par exemple les Sophismes économiques de Frédéric Bastiat (1845), dont le septième, la Pétition des fabricants de chandelles.

Pourquoi les libéraux sont-ils opposés au protectionnisme ?

1. Pour des raisons morales : le protectionnisme est l'expression de la loi du plus fort, celle de l'État, qui favorise arbitrairement certains producteurs aux dépens d'autres (étrangers ou non) ;

2. Pour des raisons économiques : contrairement à ce que beaucoup pensent, le protectionnisme ne profite pas aux pays qui le pratiquent. Son seul effet, résultant de la fermeture du marché, est d'augmenter les coûts des produits dans le pays protectionniste, et ceci au profit de quelques producteurs qui s'enrichissent indûment.

Le commerce international pouvant être vu dans la majorité des situations comme un accord gagnant-gagnant, la mise en place de mesures protectionnistes diminuera le bien-être global. Par exemple, la majorité des historiens économiques considèrent que la Grande Dépression a été aggravée par les mesures protectionnistes mises en place dans les années 1930, comme la loi Hawley-Smoot.

Dans les années 1980, début 1990, des économistes tels que Jagdish Bhagwati ont insisté sur les activités de recherche de rente[83] qu'induisaient les politiques protectionnistes. En effet, pour un groupe, il est très tentant d'obtenir de l'État une protection de sorte qu'il puisse soit obtenir des profits plus élevés soit éviter de se mettre au niveau de ses concurrents internationaux. D'une manière générale le protectionnisme est vu, depuis Adam Smith comme favorisant les offreurs au détriment des consommateurs. Enfin, l'alliance entre des groupes de pression forts et l'État[84] a tendance à déplacer les conflits commerciaux du champ économique vers le champ de la souveraineté étatique ce qui peut être potentiellement plus dangereux.

Pour les libéraux, alors que le libre marché est une démocratie de consommateurs, le protectionnisme consiste à faire peser sur le contribuable la protection politique de secteurs économiques défaillants. Défendre le protectionnisme, c'est cautionner la raréfaction autoritaire des marchandises et la hausse artificielle des prix. Cela revient donc à gruger le consommateur, obligé de se contenter de biens et services moins bons ou plus coûteux quand l'accès aux biens ou services qui l'intéressent lui est interdit. Selon eux, les patrons de sociétés qui demandent des aides à l'État ne sont pas de vrais entrepreneurs, mais des confiscateurs de richesses.

Comme toute intervention étatique, le protectionnisme a des effets positifs, mais qui ne concernent qu'une minorité et sont financés par l'impôt ou par les consommateurs, c'est-à-dire par des effets négatifs pesant sur les autres. La propagande étatique montrera les effets positifs (« on protège l'emploi » en achetant « national », on « sauvegarde nos industries », etc.) et dissimulera soigneusement les effets négatifs (renchérissement des biens et services, perte de qualité et de compétitivité, alourdissement de la charge fiscale).

Selon les libéraux, d'un point de vue économique, l'erreur du protectionnisme est de croire qu'il n'y a pas de relation entre importations et exportations, et qu'on peut agir sur les unes, supposées néfastes (les importations), sans conséquence sur les autres, supposées favorables (les exportations). Il n’y a pas d’exemple dans l'histoire d’un pays qui ait été ruiné par le libre échange[réf. nécessaire], alors que le protectionnisme appauvrit tout le monde, tant le pays qui l'instaure que les pays émergents auxquels on refuse ainsi le droit de se développer.

Un des arguments parfois avancés par les partisans du protectionnisme est celui de la symétrie : « notre pays doit se protéger, parce que les autres pays en font autant et protègent leur marché intérieur ». C'est un non sequitur pour les libéraux : si les autres pays décident de renchérir le prix des produits importés par des mesures protectionnistes, ils sont les premiers perdants, et il n'y a aucune raison pour les imiter dans leurs erreurs. Le protectionnisme motivé par des raisons exclusivement politiques (comme le fut le Blocus continental napoléonien de 1806 à 1814) relève d'un masochisme absurde, un jeu perdant-perdant : on est prêt à s'appauvrir en espérant qu'en contrepartie cela appauvrisse également l'ennemi.

Certains libéraux assimilent le protectionnisme à une discrimination : faire du commerce avec les nationaux serait bien, tandis que faire du commerce avec les étrangers serait mal, car cela détruit des emplois nationaux.

Pour les partisans du libre-échange, l'erreur centrale du protectionnisme consiste à faire croire qu'il désavantage les étrangers et profite aux seuls nationaux, et notamment aux entreprises nationales. Or, selon eux, le protectionnisme viole non seulement les droits des consommateurs, mais aussi ceux de nombreux producteurs. Il nuit automatiquement à toutes les entreprises autres que celles qu'il privilégie en amputant le pouvoir d'achat général, et plus directement à celles qui dépendent d'approvisionnements étrangers pour maintenir leur compétitivité, ainsi qu'aux exportateurs qui ont besoin que l'étranger vende dans le pays pour avoir les moyens d'acheter des produits du pays.

Les points de vue altermondialistesModifier

Le mouvement altermondialiste s'oppose à la concurrence internationale entre les travailleurs qu'induit la baisse des tarifs douaniers entre les États (« libre échange »). C'est en ce sens que le mouvement altermondialiste a organisé la protestation contre la conférence ministérielle de l'Organisation Mondiale du Commerce à Seattle le 30 novembre 1999. À la suite de manifestations parfois violentes contre les forces de police, le sommet n'a pu se dérouler normalement. Reste que le mouvement altermondialiste est aujourd'hui traversé d'un débat entre partisans de ce que l'ancien président d'Attac Bernard Cassen a nommé des formes de « protectionnisme altruiste » et des économistes critiques du protectionnisme[85].

Certains altermondialistes reprennent les théories de l'économiste Friedrich List : les pays développés ont d'abord construit leur industrie en utilisant le protectionnisme, puis une fois leurs économies devenues largement supérieures à celles des pays du tiers monde, ils ont ouvert leurs frontières afin de bénéficier de la réciprocité, qui leur permet de prévenir l'émergence de concurrents et d'acquérir des matières premières à moindre coût. Puisque le tiers monde ne peut pas bénéficier du protectionnisme qui a permis l'émergence des économies puissantes, il est condamné à rester sous-développé.[réf. nécessaire]

D'autres altermondialistes préconisent le commerce équitable. Le commerce international n'est alors justifié qu'à la condition de satisfaire les travailleurs des pays en développement et les consommateurs des pays riches. Le commerce équitable préconise l'organisation de la production et du commerce en coopératives.

D'autres enfin préconisent la relocalisation des activités économiques.

Plusieurs altermondialistes considèrent que le protectionnisme des pays riches empêche les pays pauvres de rattraper rapidement leur retard. Ainsi, si toutes les mesures protectionnistes étaient abandonnées, la très grande majorité des industries seraient délocalisées vers les pays pauvres ce qui diminuerait fortement leur taux de chômage et leur permettrait donc d'avoir plus d'argent pour leurs systèmes d'éducation et de santé. D'ailleurs, même si la fin des mesures protectionnistes induirait temporairement une hausse du chômage dans les pays riches à cause du départ de leurs industries, il descendrait par la suite puisque la baisse des prix des produits manufacturés entrainerait une hausse du pouvoir d'achat et donc de la consommation dans le secteur des services, qui lui resterait évidemment local.[réf. nécessaire]

Ce raisonnement est d'autant plus infondé que les pays "pauvres" (telle la Côte d'Ivoire) s'entourent de hautes barrières douanières derrière lesquelles végètent quelques maigres industries de substitution. Dans ces pays où règne la démagogie ("Mes chers paysans" d'Houphouët-Boigny), les recettes publiques propres proviennent principalement de la douane, ce qui évite tout débat sur la nature et la pertinence des dépenses publiques. Allant plus loin encore, la Côte d'Ivoire perpétue les "droits de sortie" institués par le colonisateur (arrêté du 22 décembre 1897) avec l'approbation de la Banque mondiale (C. Garrier, Forêt et institutions ivoiriennes, L'Harmattan, Paris, 2007, p. 150 ; L'exploitation coloniale des forêts de Côte d'Ivoire - Une spoliation institutionnalisée, L'Harmattan, Paris, 2006, p. 174).

Le point de vue du protectionnisme européenModifier

L'Europe économique issue des traités successifs depuis la création de la CEE à Rome en 1957 a permis de faire aujourd'hui de la zone des 28 un espace économiquement unifié, très intégré, reposant sur une libre circulation des capitaux, des biens, des services et des personnes. La question est maintenant de savoir si un protectionnisme « extérieur » est possible, afin de protéger un marché intérieur de 500 millions de consommateurs.

Les défenseurs de ce projet mettent en avant le taux d'ouverture de 12 % de la zone régionale (88 % du commerce européen se fait avec un membre de l’Union), taux assez faible pour permettre des politiques économiques communes ainsi que des tarifs extérieurs plus protecteurs pour les secteurs en difficultés (délocalisations). Les États-Unis sont paradoxalement l'un des pays le plus protecteur du monde.

Les adversaires d'un tel projet mettent en avant les méfaits du protectionnisme, la remise en cause de la concurrence, le risque de repli des États sur eux-mêmes. Ainsi les États-Unis ont accusé l'Union européenne de renier la signature qu'elle a donnée au General Agreement on Tariffs and Trade (GATT) en créant un marché commun entre les États membres.

Selon eux, le marché auto-élimine les entreprises les moins rentables (cas du textile) qui se délocalisent vers des pays où la main-d'œuvre est moins chère ; les pays dits « développés » sont quant à eux voués à se spécialiser dans des secteurs innovants, à forte « matière grise », et non concurrençables - pour le moment - par les pays émergents.

Une critique plus profonde a été faite par Maurice Allais : pour réussir, une union douanière doit être cohérente, ce qui n'est pas le cas : la crise grecque et la réaction allemande montrent l'écart considérable entre ces économies. Les PECO (pays d'Europe centre et orientale), ex-démocraties populaires, ont importé dans ce qui est devenu l'Union européenne, des économies peu différentes de celles du Tiers-monde, des pratiques gouvernementales incompatibles avec la rigueur morale (un ministre radié pour avoir présentée une thèse faite de copier/coller pris sur Internet, un autre pour n'avoir pas sanctionné les militaires responsable du bombardement de civils en Afghanistan) et financière allemande. Le laisser-emprunter français est déjà hérétique face à ces rigueurs. Le libre échange que condamnent les auteurs français, est l'un des piliers du prétendu "miracle allemand", un autre étant l'implication des syndicats dans la marche des entreprises (à partir de 2 000 salariés, la moitié des administrateurs sont élus par les salariés, disposant des mêmes pouvoirs que ceux qui sont élus par les actionnaires ; on est loin de la monarchie absolue française). L'ordolibéralisme issu de la pensée de Walter Eucken, mis en œuvre depuis plus de quarante ans (initialement, par Franz Josef Strauss), n'est pas même enseigné en France. Le protectionnisme de Friedrich List est lui aussi envisageable : le financement des projets de recherche ou la mise en place de branches considérées comme naissantes et donc fragiles pourrait être étudiés. Les secteurs clés (énergie, sécurité, agriculture, écologie) ne peuvent pas être considérés comme de simples secteurs vendables au plus offrant. Peut-être faudrait-il réinsérer l'idée de protection dans certains cas précis. Aujourd'hui, le mot protectionnisme n'est plus en vogue. Il est opposé au libre-échange et par extension au terme libéralisme.

Selon les défenseurs du protectionnisme européen, ce dernier serait une voie pour créer un espace fermé où les entreprises auraient la possibilité de prendre conscience que

  1. les salaires ne sont pas seulement un coût, mais aussi la source du pouvoir d'achat et donc du chiffre d'affaires,
  2. la forte productivité des salariés européens compense fortement leur cout horaire.

Il en résulterait une réindustrialisation, et une baisse du chômage. Cette dernière serait alors à l'origine d'une hausse des salaires par le jeu de l'offre et de la demande. Ce type de théorie est défendue par plusieurs auteurs, dont Emmanuel Todd[86] (qui a depuis abandonné l'idée et penche désormais pour un protectionnisme au niveau national[87]). Ce raisonnement s'applique à la France, non à l'Allemagne qui ne subit que peu les délocalisations. Cette dernière bénéficie à l'exportation d'une image qu'elle s'est créée depuis un siècle et demi, la « qualité allemande ». C'est ainsi que pour étendre la pénétration de ses appareils photos et caméscope, Sony les dote d'optiques Zeiss ; lorsque Toyota veut mesurer l'image de fiabilité de ses voitures, il les compare avec celles de Mercedes et de BMW ; lorsque Ssangyong lance sa Musso (4x4 haut de gamme), elle la dote d'un moteur Mercedes ; le modèle de luxe Chairman est décliné en trois motorisations Mercedes.

Le point de vue nationalisteModifier

D'autres, proche du nationalisme anti-mondialiste, avancent que les pays développés seraient menacés par les pays émergents et devraient s'en protéger vu que ceux-ci auraient de meilleurs coûts de production dans certains types d'activités. De fait, ces mouvements sont l'expression d'un même mal généré par un libre-échangisme dérégulé, ou loi de la jungle, qui met en concurrence frontale, sans protection, les riches avec les pauvres, les pays développés (qui ont capitalisé une avance technologique et financière) avec les pays émergents (qui profitent de l'ouverture des frontières pour envahir les marchés et plus discrètement les pays en situation de dépendance qui malgré un déficit de leurs échanges peuvent causer du mal à certaines branches agricoles notamment des premiers).

Le point de vue localisteModifier

Pour les partisans de la relocalisation des activités humaines, le protectionnisme doit se penser de la famille à l'unité civilisationnelle : l'Europe. Le protectionnisme n'est pas conçu comme un moyen de protéger un niveau d'organisation humaine en particulier (nation, région, etc.) mais comme un moyen de recentrer l'activité économique sur son objectif premier « satisfaire au besoin de la communauté ». Les Localistes proposent d'appliquer le principe de façon souple et progressive en organisant la taxation concentrique des embauches et des ventes de biens et services. Le parti localiste Maison Commune de Laurent Ozon, seule offre politique clairement positionnée comme Localiste et Protectionniste, se réclame d'un protectionnisme localiste et pragmatique. Notons que le localisme se différencie du protectionnisme par la volonté de ne pas définir de frontière mais plutôt des échelles géographiques.

Le point de vue du juste échangeModifier

En 2010, Henri Weber, député européen (PS), donne son point de vue dans une tribune sur le journal Le Monde. Selon lui, entre le libre-échange intégral et le protectionnisme autarcique, il y a une place pour une voie efficace, celle du juste échange.

Le juste échange, c'est celui qui respecte les normes non marchandes - sanitaires, environnementales, sociales, culturelles - défendues par les agences spécialisées de l'ONU (OMS, OIT, PNUE, FAO, Unesco...) et les ONG, et s'efforce d'intégrer ces normes dans les traités commerciaux internationaux. C'est celui qui ménage des périodes de transition suffisantes, au Nord comme au Sud, pour permettre les adaptations nécessaires des systèmes productifs et des emplois, induites par l'ouverture à la concurrence, et enrayer, dans les pays développés, le processus de désindustrialisation. C'est celui qui n'hésite pas à protéger les industries naissantes au nom de la préparation de l'avenir et les activités stratégiques au nom de la défense de la souveraineté.

Forte de ses 500 millions de consommateurs, l'UE dispose d'une force de négociation considérable pour faire prévaloir les normes qu'elle aura définies pour les domaines marchands - sanitaires, environnementaux, sociaux, culturels, comme condition d'accès à son marché[88].

Controverse sur le rôle du protectionnisme lors de la Grande Dépression de 1929Modifier

Pour discréditer les mesures protectionnistes, des partisans du libre-échange proclament que les mesures protectionnistes instaurées après la Grande Dépression de 1929 auraient aggravé la crise économique[89]. Par conséquent, certains prétendent même que ces mesures protectionnistes auraient conduit à la Seconde Guerre mondiale, ainsi qu'à la montée du nazisme et du fascisme[89]. Ce parallèle fallacieux entre protectionnisme et xénophobie étant très souvent repris dans les médias[90].

Jacques Sapir réfute ces hypothèses en expliquant que « la chute du commerce international a d'autres causes que le protectionnisme »[89]. Il fait remarquer que « la production intérieure des grands pays industrialisés régresse [...] plus vite que le commerce international ne se contracte. Si cette baisse avait été la cause de la dépression que les pays ont connue, on aurait dû voir l'inverse. » De plus, « si la part des exportations de marchandises dans le produit intérieur brut (PIB) passe de 9,8 % à 6,2 % pour les grands pays industrialisés occidentaux de 1929 à 1938, elle était loin, à la veille de la crise, de se trouver à son plus haut niveau, soit les 12,9 % de 1913 »[89].

« Enfin, la chronologie des faits ne correspond pas à la thèse des libres-échangistes […] L'essentiel de la contraction du commerce se joue entre janvier 1930 et juillet 1932, soit avant la mise en place des mesures protectionnistes, voire autarciques, dans certains pays, à l'exception de celles appliquées aux États-Unis dès l'été 1930, mais aux effets très limités. En fait, ce sont les liquidités internationales qui sont la cause de la contraction du commerce. Ces liquidités s'effondrent en 1930 (-35,7 %) et 1931 (-26,7 %). Or, on voit la proportion du tonnage maritime inemployé augmenter rapidement jusqu'à la fin du premier trimestre 1932, puis baisser et se stabiliser »[91].

Jacques Sapir relève que « la contraction des crédits est une cause majeure de la contraction du commerce ». Une étude du National Bureau of Economic Research met en évidence l'influence prédominante de l'instabilité monétaire (qui entraîna la crise des liquidités internationales[92]) et de la hausse soudaine des coûts de transport dans la diminution du commerce durant les années 1930[93].

Le « taux d'ouverture » et les rétorsions commercialesModifier

Les interdépendances croissantes entre pays apparaissent comme un obstacle aux politiques protectionnistes. En effet, un pays qui protège son marché domestique s'expose à des répliques douanières de la part de ses partenaires. Ainsi, en cas d'escalade protectionniste, les emplois liés à l'export peuvent être menacés. Cet argument est fréquemment employé par les partisans du libre échange, tels Christian Jacob[94] ou Laurence Parisot[95]. Ceux-ci déclarent que 25 % des emplois français sont directement liés à l'exportation.

Néanmoins, ce chiffre semble volontairement exagéré[96]. En effet, le "taux d'ouverture", qui sert de base à l'argumentaire libre-échangiste n'est pas représentatif de la dépendance réelle d'un pays vis-à-vis de l'export. En outre, les conséquences en matière d'emploi sont très difficiles à estimer.

Notes et référencesModifier

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  85. On peut trouver un bon résumé de cette controverse dans le débat entre les économistes Jacques Sapir, partisan de mesures protectionnistes, et Michel Husson, qui n'y voit pas une solution à la crise et au chômage de masse : http://www.contretemps.eu/archives/protectionnisme-est-ce-bonne-solution
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  90. https://www.marianne.net/Francois-Ruffin-en-soldat-du-protectionnisme-universaliste_a211453.html
  91. Au 30 juin 1930, la part du tonnage maritime inemployé était de 8,6 %. Le 31 décembre 1930, elle est de 13,5 %. Le 30 juin 1931, elle s'élève à 16b % ; puis monte à 18 %, le 31 décembre 1931. Le 30 juin 1932, la proportion du tonnage maritime inemployé atteint 20,6 %, avant de baisser à 18,9 %, le 31 décembre 1932. Source : Données de la Société des Nations (SDN), Bulletin économique, 1933, Genève; cité par Jacques Sapir, Le Monde diplomatique, mars 2009, Dossier : Le protectionnisme et ses ennemis, « Ignorants ou faussaires », page 19.
  92. Or, toujours selon Jacques Sapir, « la liquidité détermine le commerce soit directement (la capacité à payer), soit indirectement (la capacité des négociants à affréter des moyens de transport) ». Cf. Le Monde diplomatique, mars 2009, Dossier : Le protectionnisme et ses ennemis, « Ignorants ou faussaires », page 19.
  93. Antoni Estevadeordal, Brian Frantz et Alan M.Taylor, « The rise and fall of world trade, 1970-1939 », National Bureau of Economic Research, Working Paper, no 9318, Canbridge, novembre 2002; cité par Jacques Sapir, Le Monde diplomatique, mars 2009, Dossier : Le protectionnisme et ses ennemis, « Ignorants ou faussaires », page 19.
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  96. Voir la vidéo de Gilles Ardinat : https://www.dailymotion.com/video/xo9mbi_video-un-salarie-francais-sur-quatre-travaille-pour-l-export-une-fausse-evidence-par-gilles-ardinat_news
  • Vezina Simon Mémoire sur Henry Charles Carey [3] :
  1. pages 62,63,64
  2. page 56
  3. pages 80,81,82,85,89

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Liens externesModifier

Articles connexesModifier


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