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Article principal : Légion d'honneur.

Grand collier
de la Légion d'honneur
Image illustrative de l’article Grand collier de la Légion d'honneur
Grand collier de la Légion d’honneur - 1953

Type Distinction statutaire de la Légion d'honneur
Décerné pour Président de la République française
Statut Toujours décerné
Importance

Le grand collier de la Légion d'honneur est une décoration française. Distinction initialement non statutaire de la Légion d'honneur créée par Napoléon Ier, oubliée sous la Restauration et la monarchie de Juillet, le grand collier est depuis le Second Empire le signe distinctif du grand maître de l'ordre : le chef de l'État.

Sommaire

HistoriqueModifier

Dominique-Vivant Denon proposa à Napoléon Ier, le 5 prairial an XII (), un modèle de collier destiné aux grands officiers ou à l'ornement des armoiries impériales, formé d’une alternance d’enseignes romaines – vexilla en latin – surmontées d'une aigle, et de trophées évoquant les disciplines d’excellence des membres de la Légion d'honneur. Ce collier en entourant l'écu fut intégré au blason de l’Empire diffusé dès et fut repris dans la version définitive du contre-sceau de l’État fixée par décret le 16 pluviôse an XIII (5 février 1805).

Sans qu'aucun décret ne soit venu l'officialiser, le grand collier, imaginé par Dominique-Vivant Denon et réalisé par l’orfèvre Martin-Guillaume Biennais, apparut pour la première fois le lors de la cérémonie du sacre de Napoléon Ier à Notre-Dame-de-Paris[1]. De ce collier d'or émaillé formé de 16 aigles attachées ensemble par de doubles anneaux d'or, il n'existe plus que la description par son fabricant, l'orfèvre, et des représentations iconographiques. Il fut certainement fondu pour fabriquer un collier d'un modèle différent.

De fait, dès le début de 1805, l'Empereur commanda à Biennais la réalisation d'un collier dit du « second type », composé de seize médaillons symbolisant les disciplines d'excellence des membres de la Légion d'honneur, et de seize aigles symbolisant les cohortes, unités territoriales administratives de l'institution, le tout bordé d'une double chaînette alternant abeilles et étoiles, éléments majeurs de la symbolique napoléonienne.

Il n’était pas statutaire : Sa Majesté impériale et royale fit fabriquer plusieurs exemplaires de ce bijou et le distribua à son bon vouloir aux princes et grands dignitaires de l'Empire français. Sa symbolique illustrait les activités d’excellence de la Nation.

Napoléon se fit également réaliser au début de 1805 par le joaillier Marguerite un collier du second modèle garni de diamants. Démonté sous la Restauration, il ne reste plus de ce bijou que le mémoire de fourniture et des représentations iconographiques, dont la plus célèbre est le portrait de Napoléon Ier sur le trône impérial peint par Dominique Ingres.

 
Calque de Martin-Guillaume Biennais en vue de la réalisation du grand collier de Cambacérès (1805).

Appelé à être décoré du grand collier, Cambacérès demanda à Biennais de lui fabriquer sa décoration. Biennais exécuta un calque (voir ci-contre) conservé aujourd'hui à l'université Kokagakuin au Japon. Le 10 février, l'empereur lui remit sa décoration au cours d'une cérémonie officielle au palais des Tuileries, où fut également promu le prince Borghèse.

Tombé en désuétude sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, le collier réapparut sous le Second Empire. En 1852, Napoléon III reprit l'usage du grand collier de la Légion d'honneur (modèle second type du Premier Empire) ainsi que des regalia de son oncle.

En 1881, alors que la IIIe République, en place depuis le , organisait ses fastes, l'idée d'un collier de la Légion d'honneur, attribut du grand maître à porter sur l'habit (le frac), se fit jour. Le dessin original d'un nouveau collier, dérivé du « 2e modèle Empire » fut approuvé par le président Grévy. L'exécution du projet fut confiée à la maison Lemoine et Fils. Chaque médaillon du bijou porte au revers le nom d'un président de la IIIe République, de Adolphe Thiers à Charles de Gaulle (comme chef du Gouvernement provisoire de la République française). Le dernier président à l'avoir reçu est Vincent Auriol, en 1947, première année de son mandat. Son nom n'y fut pas gravé, tous les maillons étant occupés. Ce collier fut remplacé en 1953.

En 1953, à l’initiative du Musée de la Légion d'honneur, la maison Arthus-Bertrand, « fournisseur attitré de la Grande chancellerie et successeur de la Maison Le Moyne », réalisa un nouveau collier sur des dessins du ferronnier d'art Raymond Subes et de l'architecte et décorateur André Arbus.

Il fallut attendre le Code de la Légion d'honneur de 1962 pour le voir cité officiellement par un texte comme insigne du grand maître.

Aujourd'hui, la présentation de ce collier par le grand chancelier de l'ordre, actuellement le général d'armée Benoît Puga, marque symboliquement la première étape de la cérémonie d'investiture du président élu qui se déroule après la passation des pouvoirs.

Lors de la cérémonie d'investiture, le président de la République acquiert la qualité de grand maître par le grand chancelier de l'Ordre qui prononce :

« Monsieur le président de la République, nous vous reconnaissons comme grand maître de l'ordre national de la Légion d'honneur. »

Jusqu'à Georges Pompidou, les présidents de la République portèrent le collier sur l'habit. Depuis, Valéry Giscard d'Estaing simplifia le cérémonial. Le collier n'est plus porté : il est présenté sur un coussin rouge par le grand chancelier au président de la République. Le collier est ensuite déposé au musée de la Légion d'honneur, où il est conservé. Procès-verbal est dressé.

Quatre exemplaires sont visibles au musée de la Légion d'honneur : celui du maréchal Berthier (« modèle Premier Empire 2e type ») donné par le prince de La Tour d'Auvergne-Lauraguais en 1962, celui donné à l'État par le prince Napoléon en 1979 (« modèle Premier Empire 2e type »), celui de la IIIe République, datant de 1881 et enfin le collier « modèle 1953 » utilisé lors de la cérémonie d'investiture. De son côté le musée de l’Armée conserve le collier de Napoléon donné par Joseph Bonaparte aux Invalides en 1843[2].

AttributionsModifier

Sous le Premier EmpireModifier

Selon les usages de l'Ancien Régime (ordre de Saint-Michel, ordre du Saint-Esprit, etc.) le port du collier était réservé à une élite et non au seul grand maître.

L'Empereur attribua une quinzaine de colliers : il fut offert au roi de Rome, aux princes français de la famille impériale (Joseph, Louis, Jérôme et au cardinal Fesch, oncle de l'Empereur). Les princes adoptifs ou par alliance le reçurent également : Eugène de Beauharnais, Joachim Murat, Camille Borghèse et Félix Baciocchi. Les seuls autres bénéficiaires furent les grands dignitaires de l'Empire français Cambacérès, Lebrun, ainsi que Talleyrand et Berthier.

Depuis 1852Modifier

Le grand collier est depuis le Second Empire uniquement réservé au chef de l'État (empereur, puis président de la République), grand maître de l'ordre. Il est modifié et modernisé au cours des IIIe, IVe et Ve Républiques.

DescriptionModifier

Les colliers de NapoléonModifier

Le dessin dû à Galy (qui ne fut jamais réalisé), présentait en ligne descendante seize vexilla portant en chiffres romains les numéros des seize cohortes de la Légion séparés par des insignes scientifiques, artistiques, culturels ou militaires symbolisant les activités de la France.

Il y en eut, sous le Premier Empire, sans tenir compte de variantes en soi minimes, deux types essentiellement différents dont le premier servit incontestablement lors du sacre (voir les tableaux de Napoléon en costume du sacre par Robert Lefèvre et le baron Gérard). Par la suite, les princes de la famille impériale, Cambacérès et Talleyrand firent frapper les mêmes colliers dans le bronze. Aucun de ces colliers ne subsiste.

Premier type : L'orfèvre Martin-Guillaume Biennais le décrivait ainsi : « Il est composé de seize grands aigles les ailles ouvertes, et tenant dans leurs serres un foudre, ayant suspendues à leurs cous, la croix d’honneur en or émaillé avec les numéros des cohortes. Les dits aigles sont attachés ensemble par de doubles anneaux d’or et se réunissent au milieu à une couronne de laurier au milieu de laquelle est la lettre N surmontée d’une couronne impériale, et au bas desquels est suspendue la grande croix d’honneur émaillée et ciselée avec le portrait de S. M. l’Empereur d’un côté et de l’autre un aigle impérial posé sur un foudre le tout en or et ciselé […]. »
Nous connaissons, par des tableaux, la même version de ce modèle enrichie de diamants :

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Deuxième type : Les aigles en ligne descendante, comme on peut les admirer sur le collier qui repose dans la crypte des Invalides, les attributs des Lettres, Sciences et Arts, placés à l'intérieur d'un médaillon détouré dont la couronne de lauriers est émaillée au naturel, sont reliés entre eux par des aigles au vol abaissé empiétant un foudre. Ils sont cravatés de rouge avec une étoile émaillée de blanc portant au centre les numéros des seize cohortes. Comme précédemment, les aigles ont la tête tournée vers l'intérieur du collier, donc tantôt normales tantôt contournées. Leur chaîne est bordée à l'intérieur comme à l'extérieur par de petites étoiles à cinq rais entourées d'un anneau, alternant avec des médaillons oblongs qui présentent en relief un autre symbole impérial : l'abeille. Le motif central est constitué par un vaste « N » entouré de deux couronnes de palmes et de lauriers concentriques, avec en bout une grande étoile surmontée d'une couronne à aigles contournées.

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Le collier de la IIIe RépubliqueModifier

À porter sur l'habit, le bijou comprend 16 médaillons illustrant les activités de la Nation, alternant avec seize monogrammes « HP » stylisés. Chaque médaillon porte au revers le nom d'un président de la IIIe République.

  1. Adolphe Thiers (le ) ;
  2. Patrice de Mac Mahon (le ) ;
  3. Jules Grévy (le ) ;
  4. Jules Grévy (le ) ;
  5. Sadi Carnot (le ) ;
  6. Jean Casimir-Perier (le ) ;
  7. Félix Faure (le ) ;
  8. Émile Loubet (le ) ;
  9. Armand Fallières (le ) ;
  10. Raymond Poincaré (le ) ;
  11. Paul Deschanel (le ) ;
  12. Alexandre Millerand (le ) ;
  13. Gaston Doumergue (le ) ;
  14. Paul Doumer (le ) ;
  15. Albert Lebrun (le ) ;
  16. Albert Lebrun (le ).

Le collier de 1953Modifier

 
Le grand collier actuel, forgé en 1953.


Le collier actuel est en or massif travaillé en partie en surface mate, partie en surface brillante. Il est composé de seize maillons (en souvenir des seize cohortes de la Légion), de forme rectangulaire, en or formant une chaîne. Les médaillons symbolisent les activités de la Nation, adaptées aux temps modernes. Le motif central de la chaîne est constitué par le monogramme « HP » (Honneur et Patrie, devise de l'ordre). À ce motif est suspendue par une bélière de feuilles de chêne et de laurier la croix de grand-maître, similaire à celle de grand-croix mais d'un diamètre supérieur, 81 mm. L'ensemble pèse 950 grammes.

Chaque médaillon porte les attributs des symboles de l'ordre et activités de la Nation, de gauche à droite en partant de la croix :

  1. Infanterie (deux fusils croisés) ;
  2. Marine (une ancre) ;
  3. Cavalerie (une tête de cheval) ;
  4. Industrie et Commerce (le dieu Mercure) ;
  5. Connaissance du Monde (une mappemonde sur un livre) ;
  6. Musique et Peinture (une lyre et une palette) ;
  7. Sciences (une chouette) ;
  8. Architecture et Sculpture (une colonne) ;
  9. Œuvres sociales (une main posée sur la tête d'un enfant) ;
  10. Littérature (un livre et une plume) ;
  11. Médecine et Chirurgie (un caducée) ;
  12. Agriculture (une faucille et un épi) ;
  13. Union Française (deux mains serrées) ;
  14. Télécommunications (un radar) ;
  15. Aviation (un oiseau) ;
  16. Artillerie (une grenade).

Au revers, on retrouve gravés les noms des grands maîtres avec les dates de prise et cessation de fonction. Le douzième maillon, au dos duquel fut le nom de François Hollande (gravure pour la première fois au laser à l'occasion de son investiture[3]), représente les blindés alors que le maillon de Nicolas Sarkozy concerne la marine, les deux maillons de Jacques Chirac, l'artillerie et l'infanterie, ceux de François Mitterrand, les télécommunications et l'aviation ou ceux de Charles de Gaulle la littérature et la médecine. L'attribution de ces symboles à chaque président se fait non par choix de l'intéressé mais selon l'ordre de disposition des maillons.

Le collier actuel, créé au début de la IVe République, a été porté, puis simplement présenté sur un coussin, par les présidents de la République française qui se sont succédé après la Seconde Guerre mondiale lors de leur investiture (excepté pour Vincent Auriol) :

  1. Vincent Auriol (le ) ;
  2. René Coty (le ) ;
  3. Charles de Gaulle (le ) ;
  4. Charles de Gaulle (le ) ;
  5. Georges Pompidou (le ) ;
  6. Valéry Giscard d'Estaing (le ) ;
  7. François Mitterrand (le ) ;
  8. François Mitterrand (le ) ;
  9. Jacques Chirac (le ) ;
  10. Jacques Chirac (le ) ;
  11. Nicolas Sarkozy (le ) ;
  12. François Hollande (le ) ;
  13. Emmanuel Macron (le ).

Il reste donc encore trois maillons vierges. Si le quinquennat reste la norme, le collier doit pouvoir être utilisé jusqu'en 2032.

Récipiendaires du collier de 1953
Activité de la Nation Symboles Président Année
Maillon 1[4] Infanterie deux fusils croisés Jacques Chirac 2002
Maillon 2 Marine une ancre Nicolas Sarkozy 2007
Maillon 3 Cavalerie une tête de cheval François Hollande 2012
Maillon 4 Industrie et Commerce le dieu Mercure Emmanuel Macron 2017
Maillon 5 Connaissance du Monde une mappemonde sur un livre
Maillon 6 Musique et Peinture une lyre et une palette
Maillon 7 Sciences une chouette
Maillon 8 Architecture et Sculpture une colonne Vincent Auriol 1947
Maillon 9 Œuvres sociales une main posée sur la tête d'un enfant René Coty 1954
Maillon 10 Littérature un livre et une plume Charles de Gaulle 1959
Maillon 11 Médecine et Chirurgie un caducée Charles de Gaulle 1966
Maillon 12 Agriculture une faucille et un épi Georges Pompidou 1969
Maillon 13 Union française deux mains serrées Valéry Giscard d'Estaing 1974
Maillon 14 Télécommunications un radar François Mitterrand 1981
Maillon 15 Aviation un oiseau François Mitterrand 1988
Maillon 16 Artillerie une grenade Jacques Chirac 1995

Récipiendaires du grand collierModifier

Nom Portrait Armoiries
Napoléon Ier,
Grand-maître
et fondateur de l'ordre, empereur des Français...
   
...et roi d'Italie  
Napoléon II
empereur des Français,
roi de Rome,
duc de Reichstadt
   
Joseph Bonaparte
roi de Naples puis
roi d'Espagne
 
Le grand collier de la Légion d'honneur n'apparaissait pas sur les armoiries de Joseph Bonaparte
Louis Bonaparte
roi de Hollande
 
Jérôme Bonaparte
roi de Westphalie
   
Joseph Fesch
cardinal, Grand aumônier de l'Empire
 [5]  
Eugène de Beauharnais
Prince français
Vice-roi d'Italie
Prince de Venise
Grand-duc de Francfort
Duc de Leuchtenberg
Prince d'Eichstätt
   
Joachim Murat
roi de Naples
   
Camille Borghèse    
Félix Baciocchi    
Jean-Jacques-Régis de Cambacérès    
Charles-François Lebrun    
Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord    
Louis-Alexandre Berthier    
En 1852, Napoléon III « s'appropria » le grand collier de la Légion d'honneur ainsi que les regalia de son oncle.
Napoléon III
président de la République française,
empereur des Français
 
 
 


Depuis 1881, le grand collier est le signe distinctif des grands maîtres de l'ordre de la Légion d'honneur.

Grand Maître Date de nomination comme
Grand maître de
l'ordre de la Légion d'honneur
Jules Grévy [6]
Sadi Carnot
Jean Casimir-Perier
Félix Faure
Émile Loubet
Armand Fallières
Raymond Poincaré
Paul Deschanel
Alexandre Millerand
Gaston Doumergue
Paul Doumer
Albert Lebrun
Philippe Pétain
Vincent Auriol
René Coty
Charles de Gaulle
Georges Pompidou
Valéry Giscard d'Estaing
François Mitterrand
Jacques Chirac
Nicolas Sarkozy
François Hollande
Emmanuel Macron

Notes et référencesModifier

  1. Lors de la cérémonie, ce fut le maréchal Bernadotte qui apporta le grand collier à son souverain.
    Source 
    Nicole Gotteri, Grands dignitaires, ministres et grands officiers du Premier Empire : autographes et notices biographiques, Nouvelles Editions Latines, , 264 p. (lire en ligne)
  2. Notice du collier de Napoléon au musée de l'Armée
  3. Audrey Morel, « Le grand collier du président gravé du nom d'Hollande », sur lefigaro.fr,
  4. Dans le sens horaire en commençant par le motif central de la chaîne Honneur et Patrie.
  5. Les statuts de l'ordre précisent que les personnalités ecclésiastiques doivent porter l'ordre en sautoir.
  6. Décoré du grand collier en 1881.

BibliographieModifier

  • (sous la direction de) Anne de Chefdebien, Grands colliers, l'orfèvrerie au service d'un idéal, Châtellerault, Musée national de la Légion d'honneur et des ordres de chevalerie, , 126 p. (ISBN 2-910575-00-4), p. 23-45
  • François Frédéric Steenackers, Histoire des ordres de chevalerie et des distinctions honorifiques en France, Librairie internationale, , 375 p. (lire en ligne) ;
  • Jean Daniel, La Légion d’honneur, édition A. Bonne ;
  • Jean Rollet, Revue du Souvenir napoléonien no 268, pages 13 à 18, 1973 ;
  • Anne de Chefdebien, Bertrand Galimard Flavigny, La Légion d'honneur, un ordre au service de la Nation, Découvertes Gallimard,

Liens externesModifier

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