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Alexandre Millerand

avocat et homme d'État français
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Millerand.

Alexandre Millerand
Illustration.
Portrait officiel d'Alexandre Millerand (1920).
Fonctions
Sénateur français
[a]
(12 ans, 8 mois et 9 jours)
Élection
Réélection
Circonscription Orne
Prédécesseur Robert Leneveu
Successeur Aucun (régime de Vichy)

(1 an, 9 mois et 3 jours)
Élection
Circonscription Seine
Prédécesseur Paul Magny
Successeur Amédée Dherbecourt
Président de la République

(3 ans, 8 mois et 19 jours)
Élection 23 septembre 1920
Président du Conseil Georges Leygues
Aristide Briand
Raymond Poincaré
Frédéric François-Marsal
Prédécesseur Paul Deschanel
Successeur Gaston Doumergue
Président du Conseil des ministres

(8 mois et 3 jours)
Président Raymond Poincaré
Paul Deschanel
Gouvernement Millerand I et Millerand II
Législature XIIe
Coalition Bloc national
(ARD/PRDS, FR, RI, DVD)
Prédécesseur Georges Clemenceau
Successeur Georges Leygues
Ministre des Affaires étrangères

(8 mois et 3 jours)
Président Raymond Poincaré
Paul Deschanel
Gouvernement Millerand I et Millerand II
Prédécesseur Stephen Pichon
Successeur Georges Leygues
Commissaire général de la République
à Strasbourg

(10 mois et 4 jours)
Président Raymond Poincaré
Paul Deschanel
Gouvernement Clemenceau II et Millerand I
Prédécesseur Aucun
Successeur Gabriel Alapetite
Ministre de la Guerre

(1 an, 2 mois et 3 jours)
Président Raymond Poincaré
Gouvernement Viviani II
Prédécesseur Adolphe Messimy
Successeur Joseph Gallieni

(11 mois et 29 jours)
Président Armand Fallières
Gouvernement Poincaré I
Prédécesseur Adolphe Messimy
Successeur Albert Lebrun
Ministre des Travaux publics,
des Postes et Télégraphes

(1 an, 3 mois et 10 jours)
Président Armand Fallières
Gouvernement Briand I
Prédécesseur Louis Barthou
Successeur Louis Puech
Ministre du Commerce, de l'Industrie,
des Postes et Télégraphes

(2 ans, 11 mois et 16 jours)
Président Émile Loubet
Gouvernement Waldeck-Rousseau
Prédécesseur Paul Delombre
Successeur Georges Trouillot
Député

(34 ans, 8 mois et 26 jours)
Élection 27 décembre 1885
Réélection 6 octobre 1889
20 août 1893
8 mai 1898
11 mai 1902
6 mai 1906
8 mai 1910
26 avril 1914
16 novembre 1919
Circonscription Seine
Législature IVe, Ve, VIe, VIIe, VIIIe, IXe, Xe, XIe, XIIe (IIIe République)
Conseiller municipal de Paris

(1 an, 6 mois et 27 jours)
Élection
Groupe politique Autonomie communale
Biographie
Nom de naissance Étienne Alexandre Millerand
Date de naissance
Lieu de naissance Paris (5e arrondissement)
Date de décès (à 84 ans)
Lieu de décès Versailles (Seine-et-Oise)
Nature du décès Maladie de Parkinson
Nationalité Française
Parti politique PSF (1902-1904)
PSI (1907-1911)
PRS (1911-1912)
LRN
LP
Conjoint Jeanne Levayer
Diplômé de Université de Paris
Profession Avocat
Journaliste
Religion Agnostique

Alexandre Millerand
Présidents du Conseil des ministres français
Présidents de la République française

Étienne Alexandre Millerand, né le à Paris et mort le à Versailles, est un homme d'État français. Il est président du Conseil du au , puis président de la République du au .

Avocat et journaliste au quotidien La Justice de Georges Clemenceau, il s’engage en politique au sein des radicaux. Il est élu conseiller municipal de Paris en 1884 et député de la Seine en 1885. Constamment réélu, il siège pendant 35 ans à la Chambre des députés. Durant la crise boulangiste, il s'éloigne des radicaux, maintenant sa volonté de réviser les lois constitutionnelles de 1875.

Dans les années 1890, devenu la principale figure des socialistes indépendants, il prône un socialisme réformiste. De 1899 à 1902, dans le gouvernement Waldeck-Rousseau, il est ministre du Commerce, de l'Industrie, des Postes et Télégraphes : premier ministre socialiste en France, il réglemente et réduit le temps de travail, garantit un repos hebdomadaire dans les établissements dépendants de l'État et fait voter un projet sur les retraites ouvrières. Jugé trop modéré, il est exclu du Parti socialiste français en 1904.

Nommé ministre des Travaux publics dans le premier cabinet Briand, il doit gérer les conséquences de la crue de la Seine de 1910 et une importante grève des cheminots. Il est ensuite ministre de la Guerre dans le premier gouvernement Poincaré (1912-1913) et dans le second gouvernement Viviani (1914-1915) : il revient alors sur les mesures libérales de ses prédécesseurs, soutient le général Joffre et adopte des vues résolument nationalistes, rompant ainsi définitivement avec la gauche. En 1919, nommé commissaire général de la République à Strasbourg, il administre le rattachement de l’Alsace-Lorraine à la France.

Après la victoire aux élections législatives de 1919 du Bloc national, qui regroupe les partis du centre et de droite souhaitant poursuivre l’Union sacrée, il devient président du Conseil et ministre des Affaires étrangères. Disposant d'une importante majorité parlementaire, il se montre ferme face aux grèves et à l’émergence du communisme tout en faisant voter des mesures sociales. Il gère le début de l'application du traité de Versailles, notamment la question des réparations, s’engage dans les guerres soviéto-polonaise et franco-syrienne, qui se soldent par une victoire française, et rétablit les relations avec le Vatican.

À la suite de la démission de Paul Deschanel quelques mois après son entrée en fonction, il est élu à la présidence de la République face au socialiste Gustave Delory. Défendant une application à la lettre des lois constitutionnelles, il s'implique activement dans les affaires du pays, contrairement à la pratique en vigueur sous la Troisième République, et continue d’appeler à une révision constitutionnelle visant à renforcer les pouvoirs de l’exécutif. À la suite des élections législatives de 1924, en raison de l’opposition du cartel des gauches à sa vision institutionnelle, il est contraint de quitter l’Élysée, moins de quatre ans après son élection.

Par la suite, il fonde la Ligue républicaine nationale et exerce des mandats de sénateur (de la Seine puis de l’Orne) entre 1925 et 1940. Il échoue à retrouver des fonctions de premier plan.

Sommaire

Situation personnelleModifier

OriginesModifier

Sa famille paternelle possède longtemps de nombreuses terres, mais perd son patrimoine avec la Révolution française[2]. Originaire de la petite commune de Roche-et-Raucourt (Haute-Saône), son grand-père paternel s'installe à Paris sous la Restauration[2]. Du côté maternel, sa famille a des origines juives, ce qui sera utilisé par ses adversaires antisémites pendant sa carrière politique[b],[2].

Né le au 5, boulevard de Strasbourg, alors situé dans le 5e arrondissement de Paris, Étienne Alexandre Millerand[c] est le fils de Jean-François Millerand (1826-1897), négociant en drap travaillant rue de la Jussienne (3e arrondissement), et de Mélanie Caen (née en 1835)[5]. Le couple — qui se marie en 1861 à la mairie du 10e arrondissement de Paris et reconnaît dans la foulée leur fils aîné — a deux autres enfants : Amélie, née en 1862, et Marthe, née en 1864 et morte à l'âge de six ans[2].

FormationModifier

Il suit des études secondaires au lycée de Vanves, puis au lycée Louis-le-Grand — où il est scolarisé quelques mois — ainsi qu'au lycée Henri-IV[6]. Après avoir échoué à obtenir un baccalauréat ès sciences, il devient titulaire d'un baccalauréat ès lettres en 1877[6]. Étudiant à la faculté de droit de Paris, où il côtoie notamment Raymond Poincaré, il obtient un baccalauréat universitaire en 1879 et une licence en droit en 1881[6].

De 1879 à 1880, il effectue son service militaire au 48e régiment de ligne, basé à Guingamp (Côtes-du-Nord). Il est à cette occasion décrit comme un homme d'1,70 m, aux yeux gris, aux cheveux châtains, avec un front bas, un visage ovale et un menton rond[d]. Ayant obtenu une mention très bien à l'examen de fin d'année, il sort avec le grade de sergent. Par la suite, il continue à s'impliquer dans l'armée et devient lieutenant en 1903[8].

Vie familialeModifier

En 1886, il se fiance à Laure Donnat, qui fait partie de la famille de Léon Donnat, un homme politique radical ayant succédé à Alexandre Millerand au conseil municipal de Paris. Mais cette relation ne plaît pas à l'entourage de Millerand, qui rompt finalement ses fiançailles au bout de deux semaines[9].

Il commence ensuite une liaison avec Jeanne Levayer, fille d'un marchand de bois de la Sarthe et belle-fille de l'homme politique Jehan de Bouteiller, dont Alexandre Millerand est un proche[e]. En 1889, ils emménagent ensemble[f] et Millerand obtient à sa compagne le poste de déléguée de l'Administration générale de l'Assistance publique à Paris[10]. Ils se marient le à la mairie du 9e arrondissement de Paris[12] et ont quatre enfants[13] :

Carrière professionnelleModifier

Le , un mois après avoir quitté l'université, il prête serment comme avocat auprès de la cour d'appel de Paris. L'année suivante, s'étant classé dans les douze premiers du concours d'éloquence organisé par le barreau de Paris, il devient secrétaire de la Conférence des avocats du barreau et vice-président de la Conférence Molé-Tocqueville[6]. De telles fonctions sont généralement considérées comme étant un prélude à une entrée au Parlement[14].

 
Caricature d’Alexandre Millerand lors d'une plaidoirie
(Jean Prunière, années 1920).

Avec une éloquence froide semblable à celle de Pierre Waldeck-Rousseau, il défend dans les années 1880 des mineurs, en correctionnelle et aux assises, à la suite de grèves à Montceau-les-Mines et à Decazeville ; il plaide ainsi pour Ernest Roche. Pour leur défense, il adopte une approche sociologique, insistant sur leurs difficiles conditions de vie et de travail, et obtient des verdicts relativement cléments[15]. Alors qu'il est devenu député, il continue à exercer et a pour clients les socialistes Jules Guesde, Paul Lafargue et Jean Baptiste Clément[16]. Il est aussi l'avocat de membres de l'organisation terroriste russe Narodnaïa Volia comparaissant en correctionnelle à Paris le et qui pour certains sont condamnés à trois ans de prison[g].

En parallèle, il commence en 1882 une carrière de journaliste en participant de façon intermittente à la chronique judiciaire La Justice, où l'a appelé son directeur politique, Georges Clemenceau, en raison de son opposition résolue à tout compromis avec les républicains « opportunistes ». Après l'élection de Georges Laguerre comme député, Alexandre Millerand devient le principal contributeur à la chronique judiciaire du journal, où il exprime ses convictions sociales et anticléricales[10]. Il continue d'écrire dans le quotidien jusqu'en 1889, traitant de sujets plus variés après son élection à la Chambre des députés[18]. Par la suite, il collabore à La Voix (1889), à La Petite République (1893-1898) et à La Lanterne (1898-1899)[19]. Il écrit également de façon occasionnelle dans le journal régional radical Le Petit Troyen[20].

Après une interruption lors de ses fonctions ministérielles au sein du gouvernement Waldeck-Rousseau (1899-1902), il reprend son activité d'avocat, mais se tourne vers le droit des affaires, qui lui permet de développer un nouveau réseau et de se constituer une fortune personnelle[11]. Au déclenchement de la Grande Guerre, son cabinet compte huit collaborateurs[11].

Ascension politiqueModifier

Du radicalisme au socialismeModifier

Militant et élu radical à Paris (1883-1885)Modifier

Il exprime ses premières considérations politiques en 1870, lorsqu'il s'indigne de l'acquittement de Pierre-Napoléon Bonaparte et se montre enthousiaste à la proclamation de la République. Ses plaidoiries judiciaires et ses écrits à La Justice le placent ensuite parmi les radicaux les plus à gauche. Au début des années 1880, il adhère à un mouvement radical, la Ligue républicaine pour la révision de la Constitution, dont il devient l'un des secrétaires tandis que Georges Clemenceau en est vice-président[10].

À la suite de la démission du député opportuniste Pierre Marmottan, il est secrétaire de campagne du radical Jehan de Bouteiller à l'élection législative partielle de dans le 16e arrondissement de Paris[21]. Mais le candidat radical est mis en cause dans des scandales financiers et doit faire face au second tour à une candidature dissidente, qu'Alexandre Millerand tente de décrédibiliser[22]. Jehan de Bouteiller est finalement devancé de 37 voix par le conservateur Louis Calla[22]. Cette campagne électorale permet cependant à Millerand de gagner en notoriété. Par la suite, il fait campagne pour l’autonomie communale dans différents arrondissements de Paris et préside l’Union de la jeunesse républicaine de Paris[23].

Il se porte candidat aux élections municipales de 1884 pour représenter le quartier de la Muette, dans le 16e arrondissement de Paris[24]. Dans son programme, intitulé « justice et liberté », il appelle au retour de la fonction de maire de Paris et au renforcement des services publics locaux (meilleure distribution de l'eau, extension des voies et moyens de communication, réorganisation de l'assistance publique, amélioration de l'enseignement professionnel, construction de logements sociaux)[24]. Lors du second tour de scrutin, le , il l'emporte avec 51,6 % des suffrages face au conseiller municipal conservateur sortant, Paul Léon Aclocque[25].

Benjamin du conseil municipal de Paris à 25 ans, il siège au groupe majoritaire de l'Autonomie communale, qui s'oppose au préfet de la Seine, et intègre le bureau du conseil comme secrétaire[26]. Ayant pour principal sujet d’intervention l’enseignement, il milite pour un financement public des écoles communales et pour la création d'une école primaire supérieure pour jeunes filles. Il propose également le lancement de boulangeries coopératives afin de permettre aux classes modestes d'avoir accès au pain, soutient des mesures en faveur du petit commerce et fait voter l'octroi d'une subvention de 12 000 francs à la faculté des lettres de Paris pour la création d'un cours d'histoire de la Révolution française[23]. À plusieurs reprises, ses interventions sont jugées hors du périmètre municipal par le préfet de la Seine, Eugène Poubelle[23].

Premier mandat à la Chambre (1885-1889)Modifier

 
Georges Clemenceau, dont Alexandre Millerand est un proche à ses débuts dans le journalisme et en politique.

En parallèle de son mandat de conseiller municipal, Alexandre Millerand continue à s'impliquer au niveau national, notamment avec ses éditoriaux dans La Justice. En vue des élection législatives de 1885, il décide de se présenter uniquement dans la capitale, alors que les candidatures multiples sont possibles. Candidat sur trois listes républicaines dans le département de la Seine, il se retire à l'issue du premier tour en raison des bons scores obtenus par les candidats conservateurs, et appelle à l'union des républicains[27].

Six députés élus dans plusieurs départements à la fois ayant décidé de ne pas siéger pour la Seine, des élections législatives partielles sont organisées deux mois plus tard. Conduisant une liste républicaine radicale, Alexandre Millerand arrive en tête du premier tour, puis en troisième position du second tour, le [h]. À 26 ans, il est ainsi élu député de la Seine[i] et sa liste décroche les six sièges en jeu[30]. Il démissionne alors du conseil municipal de Paris, où le radical Léon Donnat le remplace après une municipale partielle[13],[31].

À la Chambre des députés, il décide de siéger sur les bancs du groupe de l'Extrême gauche, qui est constitué de députés radicaux[32]. Il adopte des positions très clivantes et attaque les gouvernements opportunistes, qu'il accuse de collusion avec la droite[j]. Dans son premier discours de politique générale, le , il se place dans l'opposition au gouvernement présenté par Maurice Rouvier, qu'il accuse de trahir la majorité obtenue par la gauche aux législatives de 1885[35]. Jusqu'au scandale des décorations, il se montre en revanche clément envers le président de la République, Jules Grévy, pourtant partisan du ministère Rouvier[36]. Pour l'élection présidentielle de 1887, à laquelle se présente le modéré Jules Ferry, qui est sa cible privilégiée à la Chambre et dans La Justice, il se prononce pour la candidature de Charles Floquet ; après le renoncement du celui-ci, Alexandre Millerand vote finalement pour Sadi Carnot[36].

Dans la continuité de son activité d’avocat, il s'intéresse aux thématiques carcérales, critiquant la détention provisoire et plaidant pour la libération conditionnelle ainsi que pour la séparation des détenus en fonction de leur dangerosité[9]. Il vote en faveur de la « loi d'exil », qui interdit de séjour en France les membres des familles ayant régné sur le pays[37]. Partisan de la laïcisation de tous les établissements scolaires, il dépose en un amendement visant à exclure des lycées les aumôniers, pasteurs et rabbins : la Chambre rejette sa proposition par 320 voix contre 210[38]. Lors des grèves de mineurs de Vierzon, il critique « l'intervention maladroite des autorités » ayant procédé à l’arrestation de grévistes, dressant un parallèle avec la situation sous le Second Empire[39]. En , il est élu à la commission du Budget, mais ne se voit pas confier de responsabilité en raison de son ancrage à gauche[9].

Prise de distance avec les radicaux (1889-1892)Modifier

 
Le général Boulanger, dont la montée en puissance conduit Millerand à s’éloigner des radicaux.

Après l'avoir soutenu, notamment en appuyant son action au ministère de la Guerre et son projet de révision constitutionnelle, Alexandre Millerand désavoue le général Boulanger lorsque celui-ci se rapproche des bonapartistes, écrivant que « l'exaltation d'un homme est la pire des folies »[40]. Pour contrer la progression du boulangisme, il appelle à une réforme des lois constitutionnelles et vote contre le rétablissement du scrutin d'arrondissement. Il apparaît alors plus intransigeant que la plupart des radicaux, qui sont prêts à se rapprocher des opportunistes et à faire des compromis sur leur programme afin de « sauver la République »[41]. Alexandre Millerand s'oppose ainsi aux mesures réduisant la liberté de la presse[k] et à toute justice d'exception, votant contre les poursuites à l'encontre de trois députés boulangistes et s'abstenant sur celles visant le général[41]. À la fin de l’année 1887, il rejoint le petit groupe parlementaire des républicains-socialistes, nouvellement créé par des socialistes en rupture avec les radicaux, avant de revenir au groupe de l’Extrême gauche en car jugeant peu clair la position de son groupe sur le boulangisme[16].

Dans une réunion publique qu'il tient à Mâcon le , Alexandre Millerand exprime ces positions divergentes, ce qui l'éloigne de Clemenceau[41]. Le mois suivant, le député de la Seine participe au lancement d’un comité de révision républicaine défendant l'idée d'une assemblée constituante[42]. Au sujet de cette initiative, qui est perçue par plusieurs de ses alliés comme proche des positions du général Boulanger, Millerand confie qu'il souhaite « utiliser le mouvement révisionniste comme un dérivatif au boulangisme »[43]. Il quitte peu après La Justice et fonde le journal La Voix, qui paraît d’août à [44]. Alors que beaucoup de radicaux renoncent à vouloir changer les institutions, Alexandre Millerand commence à se rapprocher du mouvement républicain-socialiste[41]. Lors des élections législatives de 1889, qui se déroulent au scrutin d'arrondissement, il se présente sous l'étiquette radicale-révisionniste dans la première circonscription du 12e arrondissement de Paris (quartiers de Bercy et des Quinze-Vingts), dont l'électorat est plus populaire que celui de son ancien quartier de la Muette[45]. Au second tour de scrutin, après le retrait des autres candidats républicains, il l'emporte avec 56 % des voix face au candidat boulangiste[46].

À partir du début des années 1890, une fois la menace boulangiste écartée et après avoir sans succès tenté de prendre la tête du courant radical afin de l’orienter davantage à gauche, Alexandre Millerand s'affirme socialiste[47]. C'est la fusillade de Fourmies, qui fait neuf morts parmi des manifestants revendiquant la journée de huit heures, qui marque sa bascule dans le camp socialiste : à la suite de cette répression, il réclame sans succès une commission d'enquête parlementaire et fait campagne pour la candidature à la députation à Lille de Paul Lafargue, alors emprisonné pour avoir encouragé les ouvriers à manifester à l'issue d'un procès durant lequel Alexandre Millerand a plaidé[16],[48]. Dans le même temps, après l'échec commercial de La Voix, Alexandre Millerand rejoint La Petite République, dont il devient un des principaux rédacteurs puis le rédacteur en chef[20].

Principal dirigeant des socialistes indépendants (1892-1899)Modifier

Refusant d'adhérer à une quelconque formation politique, il prend rapidement la tête des socialistes indépendants et défend un socialisme réformiste, assez éloigné de celui prôné par les marxistes[44]. En vue des élections législatives de 1893, lors desquelles il brigue un nouveau mandat dans la première circonscription du 12e arrondissement de Paris, il n'emploie qu'une seule fois le terme « socialiste » dans sa profession de foi, ce qui conduit l'administration à le classer à nouveau parmi les candidats radicaux-socialistes[49]. À l'issue du premier tour de scrutin, il est réélu député avec 77 % des suffrages exprimés[50]. Dans l'entre-deux-tours, il donne pour consigne aux candidats socialistes étant arrivés derrière d'autres républicains de se désister pour faire barrage à la droite[49].

 
Portrait d’Alexandre Millerand publié dans la revue Les Annales politiques et littéraires (1893).

Pendant la VIe législature, il vote contre les lois scélérates et milite pour la libération du socialiste Alfred Léon Gérault-Richard, emprisonné en vertu de ces lois alors qu'il est élu député[51],[52]. Il se pose en farouche opposant du président Jean Casimir-Perier, dont il désapprouve l'activisme à l'Élysée et qu'il qualifie de « rejeton orgueilleux des grands bandits légaux qui ont détroussé nos ancêtres par l'usure »[51],[53]. En , il contribue à la chute du troisième cabinet Dupuy, qui entraîne la démission de Casimir-Perier, et vote pour le radical Henri Brisson lors de l'élection présidentielle qui suit[51]. Il se montre ensuite bienveillant à l'égard du gouvernement Bourgeois, composé uniquement de radicaux, et soutient le ministre Paul Doumer dans sa volonté d'instaurer l'impôt sur le revenu[51]. Durant la décennie, ses critiques récurrentes envers les opportunistes le conduisent à participer à plusieurs duels[l].

Avec René Viviani, il fonde en 1893 la Fédération républicaine socialiste de la Seine[m],[59]. Au côté de Jean Jaurès, il s'affirme alors comme la principale figure du socialisme en France[60]. Encouragés par leur montée en puissance électorale, les différents courants socialistes envisagent une tentative de programme commun[n],[62]. Pendant deux ans, Alexandre Millerand œuvre à leur réunification et contribue à la Chambre à la formation d'un groupe unique comptant une cinquantaine de membres[60]. Le , après les bons scores des candidats socialistes aux élections municipales, il s'exprime lors d'un grand banquet organisé à la Porte Dorée : dans ce discours, dit de Saint-Mandé, il appelle à l'union des socialistes et à l'élaboration d'un programme commun réformiste[63],[64]. Cette défense d'un socialisme républicain suscite l'inquiétude des opportunistes, qui redoutent le ralliement des classes moyennes à sa cause[60].

S'il reçoit le soutien appuyé de Jaurès, Alexandre Millerand ne fait pas l'unanimité parmi les socialistes. Jean Allemane lui reproche de se montrer sceptique sur la question de la grève générale, tandis qu'Édouard Vaillant s'oppose au retrait au second tour des candidats socialistes arrivés derrière un autre républicain[65]. Lors du congrès international socialiste des travailleurs et des chambres syndicales ouvrières de 1896, Millerand et ses partisans sont mis en minorité par la délégation française[66]. S'éloignant du collectivisme et défendant l'alliance franco-russe, il est alors soupçonné par une partie de ses alliés de vouloir séduire les classes moyennes et d’opérer un rapprochement avec les républicains situés plus à droite de l'échiquier politique[65]. Il perd progressivement l'ascendant au sein des socialistes indépendants au profit de Jaurès et n'hésite pas à afficher son hostilité à l'égard des socialistes révolutionnaires[61].

Lors des élections législatives de 1898, seul candidat dans sa circonscription parisienne, il est réélu parlementaire au premier tour avec 89 % des électeurs votants et 72 % des inscrits[67]. Avec les défaites de Jules Guesde et de Jaurès, Millerand renforce sa position à la tête du socialisme parlementaire[68],[69]. Durant la première réunion du groupe socialiste suivant les élections, il fait adopter les propositions formulées dans son discours de Saint-Mandé[68]. Il quitte dans la foulée La Petite République, considérant ne plus avoir suffisamment de liberté dans la rédaction de ses éditoriaux, et succède à Aristide Briand comme rédacteur en chef de La Lanterne, où il défend un socialisme patriotique[68]. En appelant au rassemblement des forces républicaines à partir du début de l'année 1899, Alexandre Millerand semble mettre de côté le projet d'union des socialistes afin de privilégier un dialogue avec les radicaux[70],[71].

Ministre dans le gouvernement Waldeck-Rousseau (1899-1902)Modifier

 
Alexandre Millerand
(v. 1900).

Le , après l’accord de principe du groupe socialiste de la Chambre à une participation ministérielle, il entre dans le gouvernement Waldeck-Rousseau en tant que ministre du Commerce, de l’Industrie, des Postes et Télégraphes. Il s'agit de la première nomination d'une personnalité socialiste dans un gouvernement sous la Troisième République[72]. Bien que Millerand précise que sa décision n'engage pas la responsabilité collective des socialistes, plusieurs de ses alliés considèrent cette participation à un « gouvernement bourgeois » comme contraire à la lutte des classes et dénoncent la nomination au ministère de la Guerre du général de Galliffet, surnommé « le bourreau de la Commune »[73]. Le premier congrès des organisations socialistes françaises, qui se tient en à la salle Japy, autorise cependant le principe d'une participation gouvernementale en cas de « circonstances exceptionnelles »[74].

Si le périmètre de son département ministériel inclut l'industrie, le commerce intérieur, les douanes, la marine marchande, l'enseignement technique, industriel et commercial ou les expositions[o], c’est sur la condition des travailleurs qu’Alexandre Millerand concentre son action[p]. Dans un contexte de craintes d'un accroissement des conflits sociaux, il élargit le champ de compétence de l'Office du travail[76], met en place une direction ministérielle chargée de l'assurance et de la prévoyance sociales[75], facilite l'accès des ouvriers aux postes d'inspecteurs adjoints du travail[77] ainsi que la création des conseils de prud'hommes[77]. Pour éviter des débats parlementaires à l’issue incertaine, il prend une série de décrets et circulaires, notamment pour renforcer les missions de l’inspection du travail[78] ou le champ d'application de la loi sur l'indemnisation des accidents du travail et de celle sur l'hygiène et la sécurité des travailleurs dans l'industrie[77].

Il donne son nom à la loi du , qui harmonise la durée maximale de travail en établissant le principe de dix heures par jour (contre généralement douze heures auparavant)[79]. Millerand argue du fait que « les pays où la journée de travail est la plus courte sont aussi ceux où le labeur de l'ouvrier atteint son plus haut degré de productivité »[80]. Il parvient à obtenir le soutien du Sénat, réputé favorable au patronat, et s'aliène les socialistes en raison de la non-application du texte à tous les secteurs, des modalités de son entrée en vigueur (relèvement temporaire de dix à onze heures de la journée de travail pour les enfants)[q] et de l'absence de compensation financière découlant de la diminution du temps de travail[75]. Dans son périmètre direct de compétence, le ministre du Commerce fixe à huit heures la durée de travail quotidienne dans la plupart des secteurs des postes et télégraphes et y autorise la création d'un Syndicat national des ouvriers[77]. Dans les établissements dépendants de l'État, il met en place un temps de repos hebdomadaire et crée un quota pour limiter les emplois d'étrangers[81],[82].

 
Alexandre Millerand lors de l’Exposition universelle de 1900.

Plusieurs de ses autres initiatives se soldent par des reculs ou des échecs. Si les syndicats deviennent propriétaires de la bourse du travail de Paris et que le nombre de salariés syndiqués progresse significativement entre 1899 et 1902, le projet de loi « Waldeck-Rousseau-Millerand » visant à accorder la capacité civile aux syndicats n'aboutit pas au Parlement[83],[84]. Ses « conseils locaux du travail » — composés d'autant d'employeurs que de salariés et compétents en matière d'accords syndicaux et de résolution des conflits — suscitent quant à eux l'opposition du patronat et l'indifférence des syndicats, ce qui conduira rapidement à leur tombée en désuétude[83]. En outre, l'aile modérée de la majorité le conduit à revoir à la baisse ses ambitions pour son projet de loi sur les retraites ouvrières et à abandonner celui sur l'arbitrage obligatoire de l’État en cas de grève[83]. De plus en plus nombreux au fil du temps, ses compromis continuent de l'éloigner des élus socialistes[83].

Alexandre Millerand s'implique activement dans l'affaire Dreyfus. Contributeur au journal antidreyfusard L'Éclair, il s'était pourtant d'abord montré indifférent à cette affaire, qu'il considérait comme une question bourgeoise[68]. Il a finalement rallié le camp dreyfusard à l'été 1898, en insistant davantage sur la défaillance du système judiciaire que sur le traitement réservé à l'ancien militaire[85],[73]. En , il convainc Mathieu Dreyfus, frère du condamné, de demander la grâce présidentielle plutôt que de déposer un pourvoi en révision[86]. Alors que Millerand menace de démissionner s'il n'obtient pas gain de cause, le président Émile Loubet accorde sa grâce à Alfred Dreyfus[87]. Par la suite, Mathieu Dreyfus envisagera de l'engager comme avocat de son frère[86].

Lors de la campagne pour les élections législatives de 1902, alors que les socialistes les plus à gauche lui reprochent une proximité avec le patronat et sa participation à la cérémonie de réception du tsar Nicolas II à la fin de l'année 1901, Alexandre Millerand continue à être critiqué par la droite, qui le tient pour responsable du mouvement de grèves de 1899[86],[88]. Au second tour des législatives, il parvient à être réélu face à un candidat nationaliste, mais avec 51,5 % des voix, une majorité nettement moindre que lors des précédents scrutins[89]. Le mois suivant, en , il n'est pas reconduit dans le gouvernement formé par Émile Combes, qui ne souhaite pas de personnalité socialiste dans son ministère[83].

Du socialisme au rapprochement avec le centre droitModifier

Exclusion du PSF et rapprochement des modérés (1902-1909)Modifier

Si des figures comme Jean Jaurès et Aristide Briand défendent le ministre du Commerce dans le cadre de l'alliance avec les radicaux, ce n'est pas le cas des courants marxiste et blanquiste — respectivement conduits par Jules Guesde et Édouard Vaillant —, qui rompent avec les autres socialistes et se réunissent en 1901 au sein de l'Unité socialiste révolutionnaire (USR), renommée Parti socialiste de France (PSdF) l'année suivante[90]. En , Alexandre Millerand participe avec Jaurès au lancement du Parti socialiste français (PSF), qui regroupe les partisans de la « défense républicaine » prônée par Waldeck-Rousseau[74],[90].

 
Alexandre Millerand offrant à Marianne la tête du président du Conseil, Émile Combes, sous la forme d'un œuf de Pâques (revue L’Étrille, ).

Si cette querelle autour du « ministérialisme » se termine avec la fin du gouvernement Waldeck-Rousseau, Alexandre Millerand continue de susciter la controverse en apportant son soutien à des mesures nationalistes et en s'opposant à la suppression du budget des cultes[91]. En 1903, il reçoit un blâme du PSF et échappe de peu à l'exclusion lors du congrès de Bordeaux : alors que Pierre Renaudel, Gustave Hervé et plus de la moitié des fédérations réclament son départ, l'appui de Jaurès est déterminant[91]. Pour autant, Millerand — qui est président de la commission d'Assistance et de Prévoyance sociale depuis  — continue de critiquer le gouvernement Combes pour son refus de faire voter des lois sociales, et se prononce contre un ordre du jour socialiste visant à condamner l'envoi de troupes sur des champs de grève[19]. En , malgré son ralliement au principe de la séparation des Églises et de l'État, il est exclu du PSF[92].

Il rompt avec Jaurès sur la question du soutien au ministère d'Émile Combes, dont il est un farouche adversaire, et tente dorénavant de satisfaire à la fois les salariés et le patronat : il se prononce pour l'assouplissement de la loi des dix heures et vote contre la retraite à 60 ans[93], tout en continuant à défendre les retraites ouvrières ou la capacité civile des syndicats[94]. Lors de l'élection présidentielle de 1906, il préfère Paul Doumer, soutenu par la droite, à Armand Fallières, candidat du Bloc des gauches[95]. En vue des élections législatives de 1906, la fédération socialiste de Bretagne lui propose d'être candidat à Nantes, avant de retirer son offre sur pression de Jaurès[95]. Pendant la campagne, Millerand accepte de soutenir des candidats de droite se réclamant de son nom[95]. Principalement opposé à Paul Lafargue, candidat des socialistes unifiés, il est réélu au premier tour, avec 55 % des voix, dans le 12e arrondissement de Paris[96].

Siégeant au sein du nouveau groupe parlementaire des Socialistes indépendants, il est régulièrement pressenti pour accéder à la présidence du Conseil ou tout du moins retrouver une fonction ministérielle[94]. Souhaitant le portefeuille des Affaires étrangères, il refuse d'intégrer le gouvernement Clemenceau en tant que ministre de la Justice et bascule dans l'opposition[94]. Il accède dans le même temps à la présidence de la commission du Travail de la Chambre des députés, à celle du conseil d'administration du Musée social ainsi qu'à la présidence de l’Association française pour la protection légale des travailleurs et à celle du comité Mascuraud, qui est proche du patronat[94],[11]. En 1907, il adhère au Parti socialiste indépendant (PSI), mais il s'implique peu dans le parti, trop à gauche selon lui[97].

Ministre des Travaux publics du gouvernement Briand (1909-1910)Modifier

Dans le gouvernement formé par le socialiste indépendant Aristide Briand le , il obtient le portefeuille des Travaux publics, des Postes et Télégraphes[98]. Comme au Commerce quelques années plus tôt, il procède à une réorganisation de son administration en regroupant de nombreux services du ministère en quelques directions[99]. Aux P&T, il supprime le sous-secrétariat d'État, accélère la distribution du courrier et poursuit le développement du télégraphe[99]. Sur le plan social, il contribue à rétablir un climat particulièrement dégradé, en faisant réintégrer la plupart des postiers révoqués par son prédécesseur lors des grèves du printemps 1909, et favorise une meilleure représentation des agents et ouvriers au sein des instances de direction[99]. Pour renforcer l'attractivité de la France, il décide de mettre en place l'Office national du tourisme (ONT), une mesure novatrice au niveau mondial[100].

 
Alexandre Millerand en 1910.

Chargé des Transports, il voit son action vivement contestée par Jean Jaurès, qui juge que la convention sur le rachat des chemins de fer de l'Ouest par l'administration est excessivement défavorable à cette dernière[101]. Devenu réticent aux nationalisations, Millerand se heurte aux réticences de nombreux parlementaires pour ses projets de concessions de mines de charbon et de fer à des entreprises privées[99]. Après la grande crue de la Seine de 1910, pour la prévention et la gestion de laquelle il est critiqué, il lance la construction d'ouvrages d'art afin de limiter les conséquences d'une nouvelle catastrophe de ce type[102]. Pour lutter contre le déclin de la marine marchande, il accorde aux ports de commerce un statut d'autonomie par rapport à l'État[99].

Lors des débats parlementaires sur le mode de scrutin pour les élections législatives de 1910, Aristide Briand invoque un délai insuffisant pour remplacer le scrutin d'arrondissement par le du scrutin de liste, dont le ministre des Travaux publics est un partisan historique[103],[104]. Alors que le chef du gouvernement engage sa responsabilité sur cette question, Millerand s'abstient, une situation s'étant jusqu'ici produite seulement deux fois sous la Troisième République[105]. Les tensions entre le président du Conseil et Alexandre Millerand continuent par la suite de s'accroître, notamment avec la grève d', lors de laquelle le second reproche au premier de ne pas s'être montré suffisamment ouvert aux négociations[105].

Le ministre des Travaux publics aborde les élections de 1910 dans une situation délicate : déjà affaibli par les critiques sur sa gestion de la grande crue, il est également au cœur d'un scandale après l'arrestation d'Edmond Duez, liquidateur des biens des congrégations religieuses qu'il a défendu en tant qu'avocat avec des honoraires conséquents[106]. Se représentant comme républicain-socialiste dans sa circonscription parisienne, il bénéficie après le premier tour de la décision de la SFIO de retirer son soutien à son candidat[105]. Au second tour, il l'emporte avec 48 % des voix sur le candidat nationaliste qu'il avait déjà affronté en 1902 (42 %)[107].

En , une grande grève des cheminots éclate afin que le gouvernement généralise le salaire minimum de cinq francs par jour[r]. Face à la menace d'une grève générale, le président du Conseil prononce la réquisition du personnel[109]. Le ministre des Travaux publics qualifie le mouvement de « criminel » en raison du caractère de service public du transport par voie de chemin de fer[108],[110]. Dans la foulée, voulant former un nouveau gouvernement, Aristide Briand décide de démissionner[111]. Il souhaite qu'Alexandre Millerand fasse partie de son nouveau cabinet afin de faciliter l'adoption de son projet interdisant les grèves dans les services publics, mais Millerand juge cette mesure trop radicale, préférant l'introduction de l'arbitrage obligatoire de l'État, et refuse d'être reconduit dans ses fonctions[105]. Il s'abstient lors du vote de confiance[112].

Premier ministère de la Guerre et virage conservateur (1911-1914)Modifier

Une fois sorti du gouvernement Briand, Alexandre Millerand œuvre à la formation d'un parti visant à regrouper les personnalités qui refusent de rejoindre la SFIO, le Parti radical ou l’Alliance républicaine démocratique. Ainsi, avec des figures comme Paul Painlevé, René Viviani et Alexandre Zévaès, il participe en au lancement du Parti républicain-socialiste (PRS), qui se divise entre « radicalisants » et « socialisants »[113]. Tenant d’une alliance capital-travail et de la « solidarité des classes » plutôt que de la lutte des classes, Millerand se rapproche davantage des premiers[114]. Rapidement, il prend ses distances avec le PRS, ne participant pas au premier congrès de celui-ci, en [114]. Il privilégie le groupe républicain-socialiste de la Chambre, où il continue de plaider pour le scrutin de liste au sein de la commission spéciale chargée d’étudier la réforme du mode de scrutin aux élections législatives[114].

Après la démission du ministère Caillaux, Alexandre Millerand fait son retour au gouvernement en devenant ministre de la Guerre dans le cabinet formé par Raymond Poincaré le [115]. Cette nomination est saluée par des nationalistes comme Charles Péguy, qui est un proche de Millerand depuis le début des années 1900[116]. Les principaux collaborateurs du nouveau ministre sont le général Bourdériat et, une nouvelle fois, Raoul Persil[114]. Dès son arrivée en fonction, afin d’éviter toute dualité, Millerand supprime la fonction de chef d’état-major de l’armée du général Dubail pour conserver uniquement celle de chef d’état-major général, qui est exercée par le général Joffre[117] ; cette décision est critiquée par le général Pédoya, qui voit une concentration excessive des pouvoirs dans les mains d'un seul homme[118]. Dans la lignée de son opposition au gouvernement Combes, Millerand met un terme à la pratique des « fiches »[116].

 
Article en une de L'Ouest-Éclair du .

Raymond Poincaré accorde à son ministre de la Guerre une grande liberté d'action[116]. Inquiet du renforcement du dispositif militaire allemand, Alexandre Millerand fait augmenter le budget de l’armée et renforcer les effectifs français par plusieurs moyens : relance des sociétés privées de préparation militaire, qui agissent en amont de l’incorporation, avantages financiers accordés aux militaires de la France d'outre-mer acceptant de prolonger leur engagement, etc. Le ministre juge ainsi inutile de porter le service militaire de deux à trois ans, comme le défend le député Émile Driant, mais il semble changer d'avis sur cette question à la fin de l'année 1912[119],[120]. En matière d'équipement, il s'attache à développer l'aéronautique, qu'il présente comme la cinquième arme militaire, en faisant voter la loi d'organisation du et en lançant une souscription publique[121].

Prenant le contre-pied des mesures adoptées dans les deux années précédant son arrivée au ministère, il défend les juridictions militaires, rétablit le droit de sanction de la part des sous-officiers et caporaux, durcit le régime des permissions[116],[122]. Pour lutter contre l'antimilitarisme, il étend le champ d'application du Carnet B et fait adopter la loi « Millerand-Berry » (ou « loi des exclus »), qui renforce la répression envers les détracteurs de l'armée, au grand dam des socialistes[123]. En , afin de réduire l'influence de la sphère politique dans l'armée, il publie une circulaire proscrivant l'adhésion des militaires aux syndicats ou associations loi de 1901, ce qui conduit à un affrontement avec le général André[124],[119]. Aux interrogations du président du Conseil sur un manque supposé d'intérêt accordé à Verdun, Millerand répond qu'il refuse de délaisser les autres sites de l'Est du pays[119].

La politique nationaliste qu'il mène au gouvernement continue de creuser le fossé le séparant de la gauche. Sa décision de réintégrer le colonel Paty de Clam, chargé de l’instruction préliminaire de l’affaire Dreyfus, lui vaut de nouvelles accusations d'anti-républicanisme et des appels à la démission[125]. Alors candidat à l'élection présidentielle, Raymond Poincaré lui demander sa démission le [126]. Redevenu simple député, Alexandre Millerand soutient la candidature de Raymond Poincaré à l'Élysée, critique l'évolution à gauche des radicaux et se rallie à la loi des Trois ans[127]. En vue des élections législatives de 1914, il rejoint la coalition centriste de la Fédération des gauches, dont il devient l'un des vice-présidents[128]. Millerand est réélu député dès le premier tour avec 56 % des voix face à un socialiste, mais les accords de désistement entre radicaux et socialistes permettent à la gauche de sortir victorieuse du second tour[129],[130].

Nouveau passage au ministère de la Guerre (1914-1915)Modifier

 
Alexandre Millerand vers 1914.

Le , lors de la formation du second gouvernement Viviani, peu après le début de la guerre mondiale, Alexandre Millerand fait son retour au ministère de la Guerre, alors qu'il demandait une nouvelle fois le portefeuille des Affaires étrangères[131]. Le mois suivant, dans le cadre du départ du gouvernement pour Bordeaux, son ministère s'installe dans la faculté des lettres de la ville[132]. Pour des raisons de sécurité, il y reste jusqu'en , soit un mois de plus que le reste de l'exécutif[133].

Intermédiaire entre le Grand Quartier général et le pouvoir politique, Alexandre Millerand laisse à l’armée une grande liberté d’action, se faisant essentiellement le relai de la volonté du général Joffre[134]. En privé, le président Poincaré évoque alors une « dictature militaire »[135]. En , Millerand satisfait la demande du généralissime de remplacer les conseils de guerre par des conseils de guerre spéciaux, à la composition restreinte, ne menant pas d’instruction et rendant des décisions non susceptibles de recours[s],[137]. Joffre obtient également le renforcement de la censure, qui conduit à une suspension temporaire de la parution du journal de Clemenceau, L'Homme libre[136]. Néanmoins, surtout à la fin du ministère, le généralissime doit à plusieurs reprises s'incliner, notamment durant la bataille des Dardanelles, Millerand cherchant à contrecarrer les accusations de passivité le visant[136].

 
Alexandre Millerand et le général Pétain en 1915.

Au début du conflit, alors que la France manque d'armements et de main d'œuvre, le ministre de la Guerre privilégie les armes de 75 mm, demande aux entreprises privées de fournir 100 000 obus par jour et fait rappeler des ouvriers du front pour assurer l'effort industriel[133],[138]. Mais alors que la production s'avère insuffisante et que sa gestion est remise en cause par un rapport du sénateur Raphaël Milliès-Lacroix, Alexandre Millerand refuse de prendre des sanctions contre les industriels et indique au Sénat qu'il a fallu « sacrifier la qualité » au profit de « la quantité »[133],[139]. Avec l'émergence de la guerre de tranchées, il opte pour le développement de l’armement lourd, mais ses commandes sont jugées tardives et insuffisantes[133],[140]. Si son action en matière d'organisation de l'aéronautique est également critiquée, la situation est jugée satisfaisante pour la production de fusils[133].

Alexandre Millerand se rend peu dans les zones de combat, préférant signer de nombreuses circulaires depuis Paris[136]. Pour augmenter les effectifs au front, il renforce les contrôles à l’égard des « embusqués », revoit le statut de réformé et instaure des commissions de trois médecins à la place des conseils de révision, qu'il juge trop lourds[141]. Il réduit également les délais entre l'appel d’une classe d'âge et sa mobilisation effective, et maintient en service les classes 1887 et 1888[139]. Alors que les conditions d'incorporation de la classe 1915 sur le plan logistiques lui sont reprochées, il prend des mesures en faveur des combattants (assouplissement du régime des permissions, augmentation des soldes, possibilité d'évolution sans condition d'ancienneté, etc.)[142].

 
Arrivée de Millerand au Grand Quartier général (1915).

Pendant ses premiers mois au gouvernement, il n'a pas à se justifier devant les commission parlementaires en raison de l'ajournement des chambres. Par la suite, il cherche à réduire le contrôle du Parlement, qui entend exercer ses prérogatives d'examen et de contrôle sur la quasi-totalité des questions liées aux armées[143],[144]. Des parlementaires s'insurgent que les marchés passés par le ministère de la Guerre, notamment en matière de ravitaillement, soient réalisés dans une certaine précipitation et débouchent sur des prix qu'ils jugent trop élevés[136]. Sur la question religieuse, sous la pression des socialistes et des radicaux, Millerand doit revenir sur sa décision d'autoriser les chapelles dans les hôpitaux et modérer la circulaire affectant les membres du clergé au service de santé des armées, ce qui était vu comme un traitement de faveur accordé aux ecclésiastiques[136]. Également malmené au sein du Conseil des ministres, le ministre de la Guerre se voit imposer le retour de sous-secrétaires d’État[145],[146].

Le , à la suite de la démission du ministère Viviani, Aristide Briand forme un gouvernement dont Alexandre Millerand ne fait pas partie[147]. Critiqué par des figures de gauche pour son soutien indéfectible à Joffre, le rôle du général Baquet à ses côtés, la crise des armements et son manque de transparence, Millerand voit son action saluée par la presse centriste et de droite. Dans Le Figaro, Alfred Capus écrit : « Depuis plus d'un an, M. Millerand a manié ce formidable organisme de la défense nationale avec une force, une précision, un dévouement dont tous les patriotes lui sauront éternellement gré »[148]. De son côté, Jacques Bainville suggère l’idée d’un directoire Joffre-Delcassé-Millerand[149]. Le rapport d’André Tardieu de 1917 sur l’artillerie lourde soulignera les efforts entrepris par Millerand en la matière[150].

Reste du conflit et commissariat général à Strasbourg (1915-1920)Modifier

Après sa sortie du gouvernement, tout en reprenant sa carrière d’avocat, Alexandre Millerand continue de s'investir dans le débat politique. À partir d’, il tient une série de « conférences patriotiques », dans lesquelles il défend l’Union sacrée et l’effort de guerre, soutenant les emprunts de la Défense nationale et s’attaquant au leitmotiv socialiste « la paix sans annexion ni indemnité »[142]. À la fin de l’année 1917, partisan d’un homme fort, il se prononce pour l’accession de Georges Clemenceau à la tête du gouvernement[142]. En parallèle, il est élu président du conseil d’administration du Conservatoire des arts et métiers, président de la Ligue maritime française et membre de l’Académie des sciences morales et politiques[t],[154].

En , après avoir tenté de régler la question du retour de l'Alsace-Lorraine uniquement depuis Paris, Georges Clemenceau nomme Alexandre Millerand — défenseur historique du retour de ces territoires dans le giron français — au poste de commissaire général de la République à Strasbourg[155]. Pour réorganiser les trois anciens départements sur le plan administratif, Millerand dispose d'importants pouvoirs[u]. Dès sa prise de fonction, il fait transférer le conseil supérieur d’Alsace et de Lorraine de Paris à Strasbourg et renforce en son sein le poids des représentants locaux[157]. En quelques mois, les fonctionnaires allemands sont tous contraints de quitter leur emploi[157]. Pour la population allemande, estimée à 400 000 individus, il fait procéder à une étude au cas par cas par des commissions départementales, qui autorisent certaines personnes à demander la nationalité française[158].

 
Alexandre Millerand et six autres élus du Bloc national du 2e secteur de Paris lors des législatives de 1919.

L'Alsace-Lorraine n'étant pas juridiquement considérée comme française avant l'entrée en vigueur du traité de Versailles, il instaure un régime administratif provisoire, qu'il fait rapidement prolonger en invoquant les difficultés d'harmonisation des législations[159]. Consacré par la loi du , ce statut spécial a pour objectif affiché de faire entrer l’Alsace et la Moselle dans les structures législatives françaises de façon progressive et non au moyen d'une « assimilation » pouvant susciter le rejet des populations locales[160],[161]. Le Petit Parisien souligne que le commissaire général approuve les politiques de centralisation menées par Louis XIV et Napoléon Ier mais qu’il « estime que les temps ne sont plus où de pareilles mesures s'imposent, surtout vis-à-vis de provinces qui ont fait la preuve d'un inébranlable attachement à la patrie »[156].

Ainsi, tout en cherchant à harmoniser les législations française et locale, Alexandre Millerand se montre soucieux de préserver les particularismes de l’Alsace-Lorraine[162]. Si de nombreuses normes et structures françaises font leur retour, il est décidé de maintenir le Concordat et le généreux régime local de sécurité sociale, que Millerand espère voir à terme étendu à tout le territoire[157],[159]. En matière économique, il lance un vaste plan de reconstruction des infrastructures et doit affronter d’importantes grèves dans les transports[v]. Sur le plan fiscal, la plupart des prélèvements indirects sont harmonisés, mais les taux avantageux des droits de succession et contributions directes sont conservés[157].

Pendant ses dix mois au commissariat général, il se heurte au jacobinisme de Clemenceau, notamment sur la question du Concordat, ce dernier préférant l'enregistrement des bulles pontificales par le Conseil d'État plutôt que par une institution locale[159]. Néanmoins, la gestion d'Alexandre Millerand est globalement saluée, aussi bien par les parlementaires français que par les élus alsaciens et mosellans, y compris de gauche[159]. Devenu président du Conseil en , il est remplacé dans ses fonctions par Gabriel Alapetite[163]. Quelques mois plus tard, il défendra la création d'un « conseil régional d'Alsace et de Lorraine » pour remplacer le conseil supérieur, mais l’opposition du Parlement le conduira à privilégier un simple conseil consultatif[164].

Nourrissant d’autres ambitions que la seule Alsace-Lorraine, il rejoint le Bloc national, qui se veut la continuation de l'Union sacrée, en vue des élections législatives de . Avec le découpage instauré par la nouvelle loi électorale, Alexandre Millerand se présente dans le deuxième secteur de Paris (1er, 2e, 3e, 4e, 11e, 12e, 20e arrondissements), à la tête d'une liste où figurent plusieurs personnalités de droite, dont le nationaliste Maurice Barrès en deuxième position[165]. Alors qu'il fait principalement campagne sur l'économie et sur la promesse d'un renforcement des pouvoirs de l'exécutif, il est la cible de la SFIO, qui l'accuse de cléricalisme[166],[167]. À l'issue du scrutin, dans un contexte national favorable, la liste conduite par Millerand arrive en tête avec huit élus, contre trois sièges pour la liste socialiste et un pour une liste socialiste dissidente[168]. Sous la XIIe législature, il ne siège dans aucun groupe[169].

Figure centrale du pouvoir exécutifModifier

Président du Conseil et ministre des Affaires étrangères (1920)Modifier

NominationModifier

Raymond Poincaré et Paul Deschanel, sous la présidence desquels Alexandre Millerand est président du Conseil et ministre des Affaires étrangères.

À l’issue des élections législatives de 1919, en raison de l’âge avancé de Clemenceau et de l'inexpérience d'André Tardieu, il apparaît comme le mieux placé pour former un nouveau gouvernement[169]. Le président du Conseil sortant écrit alors : « M. Millerand est certainement le représentant désigné de la majorité de la Chambre. […] C'est sa politique, ce sont les alliances qu'il a réalisées qui ont triomphé dans le pays.[169] ». Après avoir été battu à l'élection présidentielle du par Paul Deschanel, Clemenceau quitte la présidence du Conseil[170].

Sollicité par Poincaré, Alexandre Millerand forme le un cabinet dans lequel il est également ministre des Affaires étrangères. Son gouvernement est composé de 25 membres (15 ministres et 10 secrétaires d'État), dont plusieurs novices en politique, ce qui constitue une première[w]. Ne comptant aucune personnalité de premier plan, il comprend de nombreux centristes, quelques radicaux et seulement un député issu du groupe de droite ERD[x], qui est pourtant le plus important[169],[173]. Cette dernière caractéristique explique pourquoi seulement 272 députés votent l’ordre du jour gouvernemental, 331 s’abstenant et 23 se prononçant contre[174]. Mais en février, l'ERD décide de rallier le cabinet, ce qui assure à celui-ci une confortable majorité[175]. Le , conformément à l'usage, Alexandre Millerand remet sa démission au nouveau chef de l'État, Paul Deschanel, qui le reconduit aussitôt[176]. Millerand constitue alors un second gouvernement, qui a pour seule différence avec le précédent l'ajout d'un sous-secrétariat d’État aux Régions libérées[175].

Politique intérieureModifier

Dans la continuité de son action au sein du gouvernement Waldeck-Rousseau, Alexandre Millerand entend mettre l’accent sur les questions sociales. Il appelle à l’application concrète de la loi des huit heures, adoptée l’année précédente, et fait adopter des textes visant à améliorer la condition des mineurs et des ouvriers métallurgistes[177]. Contre la volonté de la droite, il met en place une de ses propositions phares, la capacité civile des syndicats, et autorise pour ceux-ci l’adhésion des femmes sans le consentement de l’époux et des moins de 16 ans sans l’autorisation des parents[178],[179]. Une autre de ses propositions, l’arbitrage obligatoire en cas de conflit du travail — qui empêche tout grève avant le prononcé de la sentence arbitrale —, suscite l’opposition de la gauche mais aussi de la droite, et n’aboutit pas avant la fin du ministère[178].

Le président du Conseil doit gérer plusieurs mouvements sociaux soutenus par la CGT, radicalisée par l’avénement du régime soviétique. En , il réprime une importante grève des cheminots (arrestations, mesures de restrictions alimentaires, réquisitions de locaux), qu’il rend impopulaire en la présentant comme un obstacle au redressement national[178],[180],[181]. Alors que de nouvelles grèves commencent au début du mois de mai, il adopte à nouveau une attitude de fermeté, massivement approuvée par la Chambre[182]. La CGT durcissant ses actions, l'exécutif fait ouvrir une information judiciaire aux fins de dissolution du syndicat et interdit la grève chez les fonctionnaires[183],[184]. Millerand refuse cependant de s’attaquer au droit syndical, réorganise le système des chemins de fer (avec une présence accrue de l’État), accorde des primes aux cheminots et fait expulser des étrangers soupçonnés d’activité révolutionnaire[182].

Sur le plan budgétaire, malgré l'apport des réparations de guerre, les dépenses induites par la reconstruction, les indemnisations et les contributions pour l'Alsace-Lorraine conduisent à un déficit réel de quelque 30 milliards de francs[185]. Pour y faire face, Alexandre Millerand milite pour des emprunts auprès des pays restés neutres pendant le conflit, mais y renonce finalement au profit d'une politique de rigueur, notamment en raison de l'instance du ministre des Finances, Frédéric François-Marsal[185]. Si quelques emprunts sont toutefois lancés, c'est surtout par l'instauration de nouveaux prélèvements que le Parlement entend restaurer l'équilibre (création d'une taxe sur le chiffre d'affaires, accroissement de l'assiette de l'impôt cédulaire sur les salaires, etc.)[185].

Dans les régions libérées, Millerand subit un déficit de popularité du fait de sa volonté initiale de revenir sur la loi du 17 avril 1919 et des lenteurs de l’action étatique[185]. Le chef du gouvernement reconnaît publiquement des défaillances, en particulier des problèmes de coordination entre le ministère des Finances et celui des Régions libérées, ainsi que des retards dans la délivrance des titres de créance aux sinistrés et dans le versement des indemnisations aux communes[177]. Dans ce contexte, il annonce le lancement de sociétés anonymes devant loger des familles ouvrières avec l’aide de l'État, accélère les procédures d'évaluation des préjudices de guerre et refuse de donner une suite favorable à la demande de François-Marsal de réduire le budget des régions libérées[185]. Dans la continuité de son action au commissariat général de la République, il gère directement avec Gabriel Alapetite les questions liées à l’Alsace-Lorraine[177].

Sur le plan institutionnel, le président du Conseil cherche à revenir à la situation d'avant guerre en supprimant le Comité de guerre, qui était doté de prérogatives législatives, ou en acceptant d'être auditionné par les commissions[175]. Il veille cependant à assurer l'indépendance du pouvoir exécutif vis-à-vis des différents groupes parlementaires — contrairement à la pratique du début des années 1900 — et menace de démission s’il n’obtient pas du Sénat le vote de trois douzièmes provisoires[186]. À plus long terme, il entend modifier les lois constitutionnelles de 1875, mais la démission de Paul Deschanel ne lui en laisse pas le temps[175].

Politique étrangèreModifier

En plus d’être à la tête du gouvernement, Alexandre Millerand assure les fonctions de ministre des Affaires étrangères[187]. Durant les conférences interalliées, qui se tiennent à l’étranger, Gustave Lhopiteau assure l'intérim à la présidence du Conseil et Auguste Isaac l’intérim aux Affaires étrangères[175].

 
Délégués des États à la conférence de San Remo () : Millerand est le troisième en partant de la droite.

Millerand considère le Royaume-Uni comme le principal allié de la France, bien que des désaccords apparaissent avec Lloyd George, qui se montre plus souple sur la question allemande[188]. Il déplore en parallèle l'isolationnisme croissant des États-Unis, qui dénoncent la prépondérance du « parti militariste » en France et refusent de lui verser des aides financières[189],[190]. Il s'entend en revanche sur de nombreux points avec la Belgique, avec laquelle la France signe une alliance militaire, et l'Italie, après le départ du président du Conseil Francesco Saverio Nitti[188]. En quête de nouveaux soutiens face à l'Allemagne et la Russie soviétique, il se rapproche de la Pologne, de la Tchécoslovaquie et de la Roumanie, mais garde ses distances avec la Hongrie[188].

L'arrivée au pouvoir de Millerand intervient au début de l'application du traité de Versailles, alors que l’Allemagne n'honore pas plusieurs de ses engagements (livraison des responsables de guerre, respect des livraisons de charbon…)[191]. Le chef du gouvernement français se heurte alors au Royaume-Uni et à l'Italie, qui entendent privilégier les capacités de paiement de l’Allemagne au respect de la lettre du traité de paix[y]. Conscient des limites de ce texte, Millerand refuse de procéder à des représailles dans les « affaires intérieures de l’Allemagne » en soutenant les mouvements séparatistes, et fait quelques concessions, ce qui lui attire l'opposition de nombreux parlementaires français, notamment André Tardieu et Louis Barthou[193],[194].

En , après le putsch de Kapp et la pénétration de forces allemandes dans la zone neutre de la Ruhr, Alexandre Millerand décide de l'occupation unilatérale de cinq villes d'Allemagne[195]. Sous la pression des alliés, il fait finalement évacuer les communes allemandes et accepte la reprise des négociations avec le Reich[194],[196]. Alors qu’une partie de sa majorité s’oppose à toute remise en cause du traité de Versailles[197],[198] et que Poincaré a démissionné de la tête de la Commission des réparations[199], Millerand participe à la conférence de Spa : il y accepte une réduction à 52 % (contre 55 % initialement) du total des réparations allemandes accordées à la France, ainsi qu'une diminution des livraisons de charbon et un allongement du délai de désarmement de l'Allemagne[200]. La Chambre adopte les accords de Spa par 356 voix, soit une centaine de moins que la majorité gouvernementale[201]. Millerand continue par la suite à prôner le dialogue, tout en menaçant d'une intervention militaire en cas de non-respect des obligations allemandes[194].

 
À l’issue de la guerre soviéto-polonaise, Alexandre Millerand — ici avec le général Piłsudski en 1921 — est considéré comme le « sauveur de la Pologne ».

Dans le cadre de la guerre civile russe, Millerand se pose en opposant résolu au communisme. Ne croyant pas à une prise du pouvoir par des partis démocratiques, il soutient les Russes blancs et déplore l’abandon d'Alexandre Koltchak par les alliés[188]. Il doit cependant composer avec Lloyd George, davantage enclin au dialogue avec Moscou, et accepte de poursuivre la reprise des négociations commerciales avec les coopératives russes tout en estimant « difficile d'aller plus loin, sous peine de se laisser entraîner à des accords équivalant à un véritable traité de commerce, qui impliquerait la reconnaissance du gouvernement bolchevik »[188]. En , il apporte une aide militaire conséquente au général Wrangel sans exiger de paiement immédiat, reconnaît le gouvernement de la Russie du Sud, mais ne va pas plus loin dans son soutien, sur les conseils du diplomate Maurice Paléologue[202],[203].

Avec le double objectif de préserver l'intégrité territoriale de la Pologne et d’affaiblir la Russie soviétique, la France s'engage dans la guerre soviéto-polonaise. À l'été 1920, des divergences surviennent avec le Royaume-Uni sur la conduite à tenir face à la perte de terrain de l'allié polonais[203]. Espérant que l'action des Russes blancs en parallèle fera tomber le régime soviétique, le président du Conseil français décide alors d'intervenir plus activement : il dispense la Pologne de paiement préalable à la délivrance d'armes et s'oppose aux conditions de paix proposées par la Russie[203]. Le « miracle de la Vistule », point de bascule de la guerre auquel participe le général Weygand, est mis au crédit d’Alexandre Millerand, présenté comme le « sauveur des Polonais »[203]. Le chef du gouvernement retire peu après la France du conflit et met en garde la Pologne contre toute tentation d’aller « au-delà de [ses] frontières ethniques » dans son avancée face à la Russie[203].

Alexandre Millerand s'engage également dans un conflit au Proche-Orient. Il critique l'accord du conclu par Clemenceau avec l'émir Fayçal sur le partage de la Syrie, le jugeant trop favorable aux nationalistes syriens[204]. À l’issue de la conférence de San Remo, il obtient le droit d'établir un protectorat sur le royaume arabe de Syrie, qui est cependant reconnu par les alliés[205]. En juillet suivant, tout en tentant d'obtenir le départ de la France de Cilicie, il lance une opération militaire en Syrie, le ministre Youssef al-Azmeh refusant de déposer les armes. En moins d'une journée, les forces françaises remportent la bataille de Khan Mayssaloun, ce qui leur permet d'entrer à Damas[206]. Le mandat français est ainsi établi dans les faits et le roi Fayçal se voit contraint à l'exil[207]. En opposition avec le haut-commissaire Gouraud, il ordonne la proclamation d'un Grand Liban et divise la Syrie en plusieurs territoires[208]. Pendant toute cette période, Millerand est conseillé par Robert de Caix et tient le Parlement à l'écart[204].

En bons termes avec les catholiques, Millerand entend restaurer les relations diplomatiques avec le Vatican pour faciliter le retour de l’Alsace-Lorraine dans le giron français — où s’applique le Concordat — et pour protéger les chrétiens d'Orient. En , souhaitant rétablir l'ambassade près le Saint-Siège, il envoie un négociateur auprès du cardinal secrétaire d'État[193]. Durant les négociations, Millerand renonce à s'opposer à l’envoi immédiat d'un nonce apostolique en France, tandis que Benoît XV semble prêt à reconnaître les associations cultuelles. Mais les concessions faites par le président du Conseil se heurtent à une vive opposition du Parti radical, tandis que le clergé français se montre hostile aux ouvertures du pape[177]. En , la Chambre des députés vote finalement la restauration de la représentation diplomatique auprès du Saint-Siège[209].

Élection présidentielle anticipéeModifier

 
Vote de l’Assemblée nationale lors de l’élection présidentielle de  :
  • Alexandre Millerand (695 voix) ;
  • Gustave Delory (69 voix) ;
  • Autres (22 voix).

Victime d'une dépression, le président Deschanel s’implique peu dans les affaires publiques et laisse une totale marge de manoeuvre à son président du Conseil[175]. En , deux mois après sa chute du train, il se voit conseiller par Alexandre Millerand de ne pas démissionner[210]. Son état empirant, le chef de l’État charge finalement Millerand d’annoncer sa démission au Conseil des ministres le [211].

Le chef du gouvernement refuse dans un premier temps de se présenter en raison de l’étroitesse des pouvoirs réduits du président de la République[210]. Sous la pression des parlementaires centristes et de droite, il finit par annoncer sa candidature le [212]. À partir du lendemain, avec l’officialisation de la démission de Deschanel, il exerce l’intérim de la présidence. Les principales réticences à son égard se cristallisent sur son souhait de renforcer les pouvoirs de l’exécutif, notamment ceux du président, alors que la pratique issue de la Constitution Grévy n’accorde qu’un rôle honorifique au chef de l’État[213].

Le , après avoir été désigné la veille candidat des groupes républicains avec près des deux tiers des suffrages, Alexandre Millerand est élu à la présidence de la République avec 695 voix (88,4 % des suffrages exprimés), face au candidat présenté par les socialistes, Gustave Delory (69 voix, 8,8 %)[214],[215]. Un nombre significatif de radicaux lui ayant préféré Raoul Péret et Léon Bourgeois lors de la réunion préparatoire s’étant rallié à sa candidature, il est élu avec le plus fort pourcentage jamais obtenu lors d'une élection présidentielle, mais avec un nombre de voix plus faible que Paul Deschanel en raison d’un nombre de bulletins blancs et nuls beaucoup plus élevé.

Président de la République (1920-1924)Modifier

Rupture avec la « Constitution Grévy »Modifier

Le nouveau chef de l’État choisit Eugène Petit, un anti-communiste avec qui il travaille depuis 1899, comme secrétaire général de la présidence, Alexandre Vignon comme secrétaire général adjoint et conseiller diplomatique, et Jacques Bompard comme chef de cabinet[210]. Pour diriger son secrétariat particulier, il nomme Jean Millerand, son fils âgé de 21 ans, ce qui lui vaut des accusations de népotisme[210]. Le général Henri Lasson est chef de la maison militaire[216].

Au lendemain de son élection et de la démission de son gouvernement, Alexandre Millerand désigne Georges Leygues à la présidence du Conseil[217]. Nommé après de courtes consultations, ce dernier reconduit aussitôt les ministres sortants et entend inscrire son action dans le sillage du cabinet précédent, ce qui donne l'impression que la réalité du pouvoir se trouve à l'Élysée[210]. En outre, dans le message qu'il fait lire aux chambres, le nouveau président ne se borgne pas à rappeler de grandes considérations et le respect des dispositions constitutionnelles comme il est de tradition depuis Grévy, mais adopte un ton plus politique : il appelle les parlementaires à choisir le moment opportun pour modifier les lois constitutionnelles, prône la poursuite des réformes sociales, défend les droits des femmes et exprime des réserves sur l'action de la Société des Nations si elle ne se joint pas à la force[218].

Afin d'excercer des prérogatives les plus larges possibles, le président Millerand invoque l'article 3 des lois constitutionnelles au détriment de la Constitution Grévy. En Conseil des ministres, il donne régulièrement son avis, en particulier sur les textes électoraux[219]. Il fait en sorte d'accéler l'adoption des mesures sociales et de la réforme sur la décentralisation administrative[219]. En revanche, il avalise quasi-systématiquement les propositions de nomination qui lui sont faites par le gouvernement sans chercher à intervenir[219].

En , après avoir passé quatre mois à conduire le gouvernement de façon relativement effacée et en conformité avec la vision du président de la République, Georges Leygues perd le soutien de l’ERD, qui souhaite un ministère plus à droite[220]. Refusant de nommer une personnalité d’envergure comme Raymond Poincaré, le chef de l’État désigne Aristide Briand comme président du Conseil, à la suite du renoncement de Raoul Péret[221],[222]. Seuls trois ministres sortants sont reconduits et le président de la République a consenti à revenir à la pratique antérieure en ayant mené de longues consultations en vue de la formation du gouvernement[220],[223].

Tensions avec les présidents du ConseilModifier

Si les rapports entre Alexandre Millerand et Aristide Briand ne sont pas mauvais, le président du Conseil n’apprécie pas plusieurs initiatives du chef de l’État lors des conférences interalliées, notamment lorsqu’il envoie des télégrammes directifs ou réunit le Conseil des ministres en son absence[224]. Ces initiatives, couplées à l’intransigeance de sa majorité sur la question allemande, conduisent le chef du gouvernement à démissionner en [224]. Pour le remplacer, Millerand revient à des consultations expéditives et se résout à appeler Raymond Poincaré, apprécié par le Bloc national en raison de son intransigeance avec l’Allemagne[224].

Alexandre Millerand et Raymond Poincaré, qui connaissent des relations difficiles depuis l’affaire Paty de Clam, sont en désaccord sur plusieurs points. Lors de la formation du cabinet, le président de la République refuse de le nommer sans lui attribuer le portefeuille des Affaires étrangères, ce que souhaitait Poincaré[224]. Contrairement à ses prédécesseurs, le président du Conseil réunit plus souvent le conseil de cabinet, auquel ne participe pas le chef de l’État, que le Conseil des ministres[225]. Il refuse également de soumettre une réforme de la Constitution, privilégie le maintien des radicaux dans la majorité afin d’éviter toute prépondérance conservatrice et critique les gestes d’ouverture envers l’Église[224]. S’ils sont d’accord sur l’occupation de la Ruhr, les deux hommes ont des visions divergentes sur la façon dont la France peut en tirer profit[225].

Le président de la République continue néanmoins à imposer certaines discussion en Conseil des ministres, où il fait régulièrement part de son avis[225]. Alors que Poincaré ne semble pas s’opposer au retour du scrutin d'arrondissement, le président Millerand indique qu’il ne signera pas une loi rétablissant ce mode de scrutin : le conflit est finalement évité à la suite du renoncement du président du Conseil à cette mesure[225]. À plusieurs reprises, le président du Conseil propose sa démission, reprochant au chef de l’État d’attaquer le ministère et de donner certaines informations à la presse[225]. Le , Alexandre Millerand refuse sa démission alors que la Haute Cour s’est déclarée incompétente pour juger des dirigeants communistes pour attentats contre la sûreté extérieure et intérieure de l’État[226]. Désavoué par la Chambre des députés sur la question du renvoi en commission des Finances du projet de réforme des pensions, le cabinet Poincaré démissionne le , à quelques semaines des élections législatives[227]. Le président de la République refuse une nouvelle fois d’accepter la démission du gouvernement et envisage de lancer un appel à la Nation, une procédure inédite[227],[228]. Il l’accepte finalement et confie à Poincaré le soin de former un nouveau gouvernement, qui est largement remanié, resserré et moins à droite que le précédent[229].

Cérémonies patriotiques et déplacementsModifier

 
Alexandre Millerand et Raymond Poincaré à l’inauguration du monument de l’amitié franco-américaine à Chaumont (1923).

Toujours partisan de l’Union sacrée et chantre du patriotisme, Alexandre Millerand est à l’origine de la tombe du Soldat inconnu, qu’il inaugure le , lors de la célébration du cinquantenaire de la République[219],[230]. Lors des cérémonies du , à l’angle de l’avenue de Marigny et de l’avenue des Champs-Élysées, le militant anarchiste Gustave Bouvet tire plusieurs coups de feu avec l’objectif d’atteindre le chef de l’État, mais il vise un mauvais véhicule[231].

Il n’effectue pas de déplacement à l’étranger, mais reçoit de nombreux dirigeants au palais de l’Élysée et effectue des déplacements en France sur des thématiques essentiellement liées à l’histoire du pays ou à la reconstruction[220]. Lors de ces visites dans les régions, il affirme sa conception du rôle du président de la République, met en garde contre le risque de non-paiement des réparations allemandes et appelle à des mesures pour la décentralisation[220].

Crise politique de 1923-1924 et démissionModifier

Le , dans un discours prononcé à Évreux, il réaffirme sa volonté de renforcer le poids du président de la République, et témoigne de son attachement à la majorité modérée sortante, s’opposant ainsi au cartel des gauches, qui regroupe les radicaux et les socialistes. C’est le début d'une crise politique qui conduira à sa démission huit mois plus tard.

Vainqueur des élections législatives de 1924, le cartel des gauches lui reproche sa prise de position hostile à son égard et appelle à sa démission. En effet, depuis la présidence Jules Grévy, la tradition voulait que le chef de l'État s'abstienne de prendre part au débat politique. C'est notamment ce qui avait conduit le président Jean Casimir-Perier à démissionner, six mois seulement après son élection.

Mais Alexandre Millerand estime que cette pratique du pouvoir est désuète et refuse de démissionner, aucun texte ne l'y obligeant par ailleurs. Il charge même un modéré, ministre des Finances du gouvernement Poincaré, Frédéric François-Marsal, de former le nouveau gouvernement. La Chambre des députés ne vote pas la confiance à celui-ci. Bien que s'étant résolu à la volonté parlementaire, Alexandre Millerand est critiqué par la gauche, qui lui reproche son souhait de réformer la Constitution et l'accuse de vouloir entraver son action législative[232]. La Chambre refuse ainsi d'investir un cabinet tant que le chef de l'État reste en fonction. Le , après plusieurs semaines de conflit, Alexandre Millerand ne souhaite pas recourir à des moyens inconstitutionnels et présente sa démission dans une lettre lue aux deux chambres.

Après l’ÉlyséeModifier

Dirigeant de l’opposition de droite et sénateur (1924-1940)Modifier

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Fondation de la Ligue républicaine nationaleModifier

 
Dessin humoristique de Gassier sur la « Ligue Millerand » (1924).

En , il fonde la Ligue républicaine nationale (LRN), qui réunit notamment le Parti républicain démocratique et social (PRDS) et la Fédération républicaine (FR). Il souhaite en faire la coalition des partis de la droite républicaine face au cartel des gauches, mais le souvenir de sa pratique du pouvoir rend réticents de nombreux modérés, qui l'accusent de vouloir établir un régime personnel et autoritaire.

Sénateur de la SeineModifier

 
Alexandre Millerand aux funérailles des membres des Jeunesses patriotes tués par des communistes lors de la fusillade de la rue Damrémont (1925).

En , il est élu sénateur dans le département de la Seine. En , Pierre Laval est élu au premier tour des sénatoriales ; Millerand obtient lui 368 voix au 1er tour, 404 au 2e tour, et se retire au 3e tour[233].

Sénateur de l’OiseModifier

Il fait son retour au Sénat comme représentant de l'Orne en , à la suite du décès de Leneveu, ayant été élu avec 536 voix sur 845 exprimés au premier tour de scrutin[234]. Le , âgé et affaibli, il ne prend pas part au vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Il reste officiellement sénateur jusqu'à sa mort.

Maladie et mort (années 1930-1943)Modifier

Il meurt le à son domicile, rue Mansart à Versailles, des suites de la maladie de Parkinson[235].

Prises de positionModifier

Évolution de son positionnement politiqueModifier

Entré en politique au sein de la frange la plus à gauche des radicaux, Alexandre Millerand mentionne régulièrement le programme de Belleville de Gambetta, notamment en matière de laïcité et institutionnelle. Dans La Justice, il publie des éditoriaux dans lesquels il affiche une hostilité à la fois envers les conservateurs et les républicains opportunistes ; en 1886, il écrit au sujet des opportunistes : « Non, ce n'est point la politique républicaine que celle des expéditions lointaines, du maintien du Concordat, du déficit budgétaire, des faveurs aux revenus financiers. Cette politique-là, ce n'est rien autre chose que la politique monarchiste continuée par monsieur Jules Ferry et ses amis[18]. »

 
Avec Jean Jaurès (photo), Alexandre Millerand est la principale figure du socialisme à la fin du XIXe siècle.

Il s’éloigne de sa famille politique d’origine avec la crise boulangiste, lorsque, afin de favoriser une alliance avec les républicains opportunistes, de nombreux radicaux se montrent prêts à faire des compromis sur leur programme — en renonçant à la révision constitutionnelle, en soutenant le scrutin d'arrondissement et en appelant à des mesures judiciaires d'exception. Alexandre Millerand refuse cette évolution et appelle à la défense des libertés fondamentales[41]. Le journal conservateur Le Gaulois écrit alors que le député de la Seine considère « que le régime actuel doit plutôt périr que de toucher à une seule des libertés qu'il a données ou même seulement promises »[236]. Dans ce contexte, Alexandre Millerand estime s'être détaché « de la masse du parti républicain pour affirmer une politique particulière » avec des personnalités comme le socialiste Basly, le radical Lanessan et le modéré Jaurès[237].

À la fin des années 1880, alors qu'il s’affiche à la fois comme hostile au boulangisme et comme partisan d'un changement constitutionnel, il rejoint le mouvement radical-socialiste. Il renforce alors ses propositions visant à garantir de meilleures conditions aux travailleurs et adhère plus généralement aux principes socialistes, notamment sous l'influence de Charles Longuet et Benoît Malon[15]. Après l'échec du général Boulanger et la fusillade de Fourmies de 1891, il intègre pleinement le courant socialiste et devient le principal dirigeant des socialistes indépendants[15]. Spécialiste du socialisme, Jean Bourdeau le décrit comme « un indépendant qui se pique fort peu de théories »[238]. Son socialisme est avant tout réformiste et républicain, et sa référence est davantage Pierre-Joseph Proudhon que Karl Marx, même s'il prône le dialogue avec les partisans de ce dernier[16]. Il parvient ainsi à faire émerger un courant d'importance entre le radicalisme, situé plus à droite, et le communisme, plus à gauche[65].

Son passage au gouvernement Waldeck-Rousseau marque sa rupture avec le camp socialiste, qui l'accuse de s'être montré trop complaisant avec les revendications patronales[86]. Après son exclusion du Parti socialiste français en 1904, il modère ses positions, s'entoure de catholiques sociaux et se rapproche du centre puis de la droite. Ses opposants expliquent cette évolution par un « embourgeoisement » dû à sa situation d'avocat d'affaires[97]. Pendant la campagne des législatives de 1906, il se proclame à nouveau républicain-socialiste[94]. Dès la fin des années 1900, il appelle à une « politique d'apaisement », prémisse à l'union nationale qu'il défendra ardemment à partir de 1920[239]. Après avoir été un membre peu actif du Parti socialiste indépendant (PSI), il co-fonde en 1911 le Parti républicain-socialiste, qui entend réunir les personnes se situant entre les socialistes et les radicaux[113].

Pour autant, il est de moins en moins perçu comme un homme de gauche. Mais si les milieux d'affaires et des journaux comme Le Temps sont bienveillants à son égard, il continue à susciter la méfiance des nationalistes et conservateurs en raison de son prétendu opportunisme[127]. C'est à partir de son action au ministère de la Guerre en 1912-1913 et de l'affaire Paty de Clam qu'il est classé parmi les républicains de droite[127]. Après la Grande Guerre, il rejoint la coalition du Bloc national, constitué autour de ses vues : anti-bolchevisme, coopération patronat/salariés, réforme constitutionnelle pour renforcer la stabilité de l'exécutif, régionalisation, apaisement sur le plan religieux, etc.[240]. En 1920, les membres de ses deux gouvernements sont, comme lui, essentiellement issus de la mouvance centriste ou sans étiquette, alors que la Fédération républicaine, de droite, n'obtient que le ministère du Commerce et de l'Industrie[169].

Une constante de son engagement politique est la préoccupation sociale, ce qui le distingue au sein de la droite des années 1910-1920[240]. Au fil du temps, il axe davantage son discours sur le patriotisme et milite pour une révision constitutionnelle qui, contrairement à ce qu'il défendait par le passé, renforcerait les pouvoirs du chef de l'État[5].

Questions économiques et socialesModifier

 
Caricature d’Alexandre Millerand, ministre du Commerce (Musée des horreurs, 1900).

Tout en affirmant son attachement à la liberté économique et à la propriété individuelle, notamment paysanne, il condamne les « excès » du libéralisme et ambitionne de mettre fin aux monopoles[7]. Il appelle à une fiscalité moins inégalitaire, notamment avec la mise en place d’un impôt progressif sur le revenu et sur les successions[9],[45]. Critique envers la finance, il écrit dans sa profession de foi pour les élections législatives de 1893 : « L'affaire de Panama a montré toutes les forces sociales de ce pays au service et sous les ordres de la haute finance […] La nation doit reprendre sur les barons de cette nouvelle féodalité cosmopolite les forteresses qu’ils lui ont ravies pour la dominer : la Banque de France, les chemins de fer, les mines »[241].

En tant que républicain-socialiste et socialiste, s'il ne refuse pas la participation des ouvriers au système capitaliste, il estime que « le salariat n'a pas plus de raison de durer éternellement que l'esclavage ou le servage » et souhaite que « la machine soit réduite à ne prendre au travailleur que sa peine, lui laissant tout son salaire »[15],[242]. Dans les années 1890, il évoque ainsi la mise en place d’une République sociale et fait mention de la lutte des classes — une théorie à laquelle il ne croit pourtant guère selon son biographe Jean-Louis Rizzo — afin de séduire les marxistes conduits par Jules Guesde[20]. Pour améliorer la situation des travailleurs, en particulier celle des « trois millions d'ouvriers agricoles qui ne possèdent pas un pouce de terre » et des « millions d'ouvriers de fabriques et d'usines », il propose la journée de huit heures, une diminution des cotisations sociales, la mise en place de caisses de retraite, l'instauration de règles plus protectrices pour les femmes et mineurs, le renforcement de la prise en compte des accidents du travail, et réclame l'amnistie des grévistes tout en désapprouvant les actions violentes et grèves générales[5],[243].

Mais il se démarque régulièrement des socialistes les plus à gauche et s'affiche réformiste à partir de 1900[91]. Dès son discours de Saint-Mandé (1896), il insiste sur le caractère progressif de la substitution de la propriété sociale à la propriété capitaliste[244],[245]. Soulignant la nécessité de tenir compte des spécificités sociales et politiques en place, il estime que l'émergence du socialisme doit se faire par l'instruction plutôt que par un appel immédiat à la révolution : il considère ainsi comme possible la mise en place d'un régime socialiste de façon progressive et dans le respect de la démocratie, notamment par le biais parlementaire[246]. Par ailleurs, il entend limiter la « propriété sociale » aux seuls secteurs de la banque, des transports par voie ferrée et des mines[60]. Contrairement à d'autres membres de son camp, il ne traite pas uniquement de la question ouvrière mais aussi des paysans et de travailleurs intellectuels, et promet aux petits propriétaires terriens qu'ils ne seront pas concernés par la collectivisation[49] : dans cette perspective, il privilégie le concept de « solidarité des classes » à celui de la lutte des classes[247],[248].

Après sa rupture avec le PSF, il continue à mettre en avant les thématiques sociales (retraites ouvrières et paysannes, système d'assurances sociales, participation des salariés aux résultats de l'entreprise, etc.), mais insiste sur la nécessité de tenir compte du principe d'équilibre budgétaire et des intérêts du patronat, affirmant qu'un pays ne peut développer la question sociale que s'il est suffisamment riche[249]. Il critique ainsi un État au rôle trop important, les grèves — notamment de fonctionnaires —, se prononce pour des dérogations à sa loi des dix heures et s'oppose à l'abaissement de l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans[93],[250]. Il juge nécessaires la concentration des entreprises, la standardisation et le taylorisme[240]. En réponse à une interpellation d'Édouard Vaillant en 1907, il prend ses distances avec la CGT en déclarant qu'il « ne donne à personne le droit de parler au nom de la classe ouvrière »[251]. Il accepte la taxation du capital sur les transmissions mais se montre hostile à l'impôt direct sur le capital, continue à accepter le principe de l'impôt sur le revenu mais sous conditions (dégrèvement des terres, absence de contrôle des déclarations fiscales)[127],[252].

À son arrivée à la présidence du Conseil, il entend faire appliquer la loi des huit heures, augmenter l’âge minimum pour travailler, accroître les pensions de retraite ou encore améliorer la condition des femmes enceintes. Durant les huit mois qu'il passe à la tête du gouvernement, s'il ne concrétise pas ces dernières mesures, il améliore sensiblement les conditions des mineurs et ouvriers, et instaure finalement la capacité civile des syndicats[178]. Il réprime les grèves soutenues par la CGT, dont il dénonce le manque de représentativité et des actions davantage politiques que professionnelles[182]. Pour redresser la situation économique après la Grande Guerre, il considère la lutte contre l'alcoolisme et une politique nataliste comme des impératifs[240].

Nationalisme et politique étrangèreModifier

 
Portrait d’Alexandre Millerand (date inconnue).

Pendant son engagement socialiste, il se distingue des marxistes en refusant d'opposer internationalisme et patriotisme[253]. Il déclare que « les socialistes français sont patriotes, profondément patriotes, patriotes de sentiment et de raison » (1893)[254] et que la patrie française est « un incomparable instrument de progrès, matériel et moral, forgé par les siècles » (1896)[255].

Il se montre à ses débuts critique envers le mode de fonctionnement de l’armée, mais approuve le principe de l’institution militaire et le service militaire pour tous, qu'il voit comme un moyen de sauvegarder l'indépendance de la France et de réunir des hommes en provenance de milieux différents[8],[256]. Après avoir été partisan de l’arbitrage international, il apparaît de plus en plus hostile au mouvement pacifiste, notamment après la crise de Tanger[116]. Au ministère de la Guerre, s’affichant en nationaliste convaincu, il condamne sans nuance l'antimilitarisme et défend la censure[257].

Durant tout son parcours politique, il est considéré comme faisant partie des politiques les plus antigermanistes[7]. Il dénonce le traité de Francfort et considère que le retour de l’Alsace-Lorraine est une revanche à laquelle les Français n'ont pas « le droit de renoncer »[258]. Au sujet des relations avec l'Empire allemand, il estime en 1893 que « ce n'est pas la France vaincue, démembrée qui peut prendre l'initiative du désarmement et se livrer, pieds et poings liés, aux appétits de ses implacables ennemis »[254]. Dix ans plus tard, il refuse de voter en faveur de propositions socialistes sur la réduction des dépenses militaires et sur le désarmement de la France au profit de l’arbitrage entre les nations, ce qui favorisera son exclusion du PSF[5].

Dans les années qui suivent, après avoir envisagé la possibilité de négociations avec l’Allemagne, il prépare la France à un nouveau conflit militaire, notamment durant son premier passage au ministère de la Guerre. À l’approche de l’armistice de 1918, il adopte une position semblable à celle du centre droit, estimant que le seul rattachement de l’Alsace-Lorraine n’est pas une mesure suffisante et appelant à « détruire le militarisme prussien »[154]. Lors de la Conférence de paix de 1919, il affiche des vues similaires à celles de Clemenceau, souhaitant le démantèlement de l’Autriche-Hongrie et approuvant avec réserves la création de la Société des Nations, dont il doute du pouvoir coercitif et regrette la perte de souveraineté des États en découlant[154]. À la tête du gouvernement, il défend dans un premier temps une application stricte du traité de Versailles[z], avant d'en accepter une vision plus souple sous la pression des alliés, qualifiant alors les traités de « textes plus lourds de promesses que de réalités »[194].

Partisan de l'alliance franco-russe, il participe en 1901, contre l’avis de beaucoup de socialistes, à la cérémonie d'accueil du tsar Nicolas II en France[91]. Régulièrement accusé de collusion avec l’Empire russe, il se voit décerner par le tsar la médaille de l’ordre de Saint-Vladimir, en [99]. Il critique fortement la révolution d’octobre 1917 et refuse de reconnaître la République socialiste fédérative soviétique de Russie, qualifiant le « bolchevisme » de « danger d'ordre général qui menace la sécurité de tous »[259]. Lors de la guerre soviéto-polonaise, il engage activement la France aux côtés de la Pologne, s’opposant aux réserves du Royaume-Uni sur le sujet et affirmant : « En ce qui concerne la Pologne, ce qui est en cause, c’est l’indépendance d'un peuple ; en ce qui concerne la Russie, ce sont les principes mêmes de la civilisation moderne »[260].

Vision institutionnelleModifier

 
Alexandre Millerand en 1921.

Il milite de façon continue pour une révision des lois constitutionnelles de 1875, qui ont d'après lui abouti à « un régime bâtard, qui a de la République le nom et de la monarchie les vices »[261]. Il déplore « l'instabilité dans le pouvoir exécutif », « des conflits et l'impuissance dans le pouvoir législatif » et « la centralisation à outrance créée par Bonaparte »[44]. À partir de la fin des années 1880, il propose la convocation d'une assemblée constituante et se prononce en faveur de la suppression du Sénat, pour le scrutin proportionnel, le référendum, la possibilité de révoquer les députés et l'élection des juges[45],[44]. Il soutient par ailleurs le droits des femmes et l'inscription des libertés fondamentales dans la Constitution, dont une cour suprême devrait s'assurer du respect[68],[240].

Jusqu'au début du XXe siècle, il estime que le président de la République doit adopter un rôle d'arbitre, écrivant durant la présidence de Jean Casimir-Perier : « Ce n'est pas au premier magistrat de la République qu'il convient d'imprimer une direction à la politique de ce pays. Son devoir, comme son honneur, est d'être le serviteur impersonnel et docile de la volonté nationale, exprimée par les représentants du peuple[262]. » Pendant la Première Guerre mondiale, il se montre critique envers les chambres et leur volonté de contrôle de l’exécutif, auquel il s’oppose régulièrement durant son second passage au ministère de la Guerre. En , déclarant que le Parlement n’a jusqu’ici rien fait pour « s’adapter à l’état de guerre », il soutient un projet autorisant le gouvernement à prendre des décrets contraires à la législation en vigueur[142].

À partir de 1919[aa], il rompt avec sa vision passée en déclarant que le chef de l’État « doit être vraiment un chef, avec les droits et les responsabilités que ce titre implique[264] » et qu’il « doit être l’homme d'une politique arrêtée et appliquée en étroite collaboration avec ses ministres[265] », puis en affirmant que son rôle est de suivre « la marche des affaires de la France »[220]. Cette vision n’entre pas en contradiction avec les lois constitutionnelles, mais se heurte à la pratique issue de la Constitution Grévy[210]. Il appelle à l’élection du président de la République par un collège plus large que le seul Parlement afin de renforcer la légitimité de celui-ci, ainsi qu’à la responsabilité du gouvernement à la fois devant le chef de l'État et les chambres[154]. Il appelle ces dernières à ne pas gêner l'action du gouvernement en se contentant d'exercer ses prérogatives d'élaboration des lois et de contrôle de l'exécutif[166]. Concernant le Sénat, il ne souhaite plus sa suppression, mais la modification de sa composition avec une part de représentants du monde professionnel[166].

Partisan d'une déconcentration et d'une décentralisation en faveur de régions restant à définir sur le plan juridiques, il prône l'instauration de « conseils régionaux » lors de la campagne pour les élections législatives de 1919. L'année suivante, à la tête du gouvernement, il tente de mettre en place un « conseil régional d'Alsace et de Lorraine », mais son projet n'aboutit pas[164]. Son action visant à préserver les particularismes de l’Alsace-Lorraine, en tant que commissaire général de la République à Strasbourg, avait déjà suscitée l'inquiétude des jacobins[159],[266].

S'il ne regrette pas en 1940 la chute de la Troisième République, qu'il estimait inadaptée au contexte de son époque, il n'exprime pas de sympathie particulière pour le régime de Vichy et critique le nazisme[267]. Dans les années 1930, Charles de Gaulle fait savoir qu'il partage les analyses de l’ancien chef de l'État sur les questions internationales et militaires[267].

Sujets de sociétéModifier

 
Composition représentant Landru, son avocat et le président Millerand, qui lui refusera la grâce (agence Meurisse, 1922).

Comme son père, il se définit comme athée, bien qu'il soit baptisé[2]. Il s'éloigne de l'Église après sa première communion, notamment après avoir lu Vie de Jésus d'Ernest Renan[7]. À l’instar de ses collègues radicaux, il adopte au début de sa carrière des positions anticléricales. Mais il modère ses positions au début des années 1900, s'opposant notamment à la suppression du budget des cultes[97]. S'il vote pour la loi de séparation des Églises et de l'État, qu'il juge plus modérée que le projet de Combes, il prône son application dans un « esprit de liberté » afin que les autorités n'aient « ni raison ni prétexte » pour renforcer l'anticléricalisme[95]. Ultérieurement, il n'hésite pas à dénoncer les « excès » de l'anticléricalisme, et refuse d’opposer science et religion[220]. Au ministère de la Guerre, il met fin aux « fiches » et autorise les officiers à appartenir à des associations cultuelles[119]. Devenu président du Conseil, il œuvre activement au rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Vatican[166].

Très impliqué sur les questions d’éducation, il approuve dans leur ensemble les lois Jules Ferry, mais reproche à celui-ci de freiner par la suite de nouvelles réformes, notamment la laïcisation des établissements secondaires, dont il est un fervent partisan[8],[268]. Hostile au baccalauréat, qui est selon lui « un entassement de matières » qui « ne prouve ni la capacité des jeunes gens qui y réussissent, ni l'ignorance de ceux qui échouent », il propose la mise en place d'un examen reposant sur les résultats de l'année[36]. Il s'oppose à la généralisation des écoles normales, estimant qu'elles forment des instituteurs n'étant pas assez ouverts sur l'extérieur[269]. Après la guerre, il prône une intensification de l'enseignement agricole et de l’apprentissage[240]. Il revient sur ses positions passées en qualifiant le monopole de l'État sur l'enseignement de « négation même des principes républicains », et dénonce le laïcisme de nombre d’instituteurs, ce qui laisse penser qu'il n'est pas hostile au rétablissement des congrégations religieuses[127],[154].

Opposé aux « expéditions lointaines », d'après lui trop coûteuses en moyens humains et budgétaires, il dénonce le développement de l'Empire colonial français, en particulier dans le contexte de tensions avec l'Allemagne[270],[271]. Il ne prône cependant pas la fin des colonies[240], se rend en Afrique française du Nord[272] et visite l’Exposition coloniale de Marseille de 1922[273].

Après avoir voté l'abolition de la peine de mort le , il utilise à plusieurs reprises son droit de grâce présidentiel tout en le refusant à plusieurs condamnés, à l'instar d'Henri Désiré Landru[219],[274].

Profil et particularitésModifier

Le parcours politique d'Alexandre Millerand se caractérise par une longévité exceptionnelle pour un homme politique français : élu parlementaire pour la première fois en 1885, il l'est toujours au début de la Seconde Guerre mondiale. Il est ainsi député pendant 35 ans et sénateur pendant 15 années[232]. Il occupe également un grand nombre de postes à responsabilité, exerçant à cinq reprises des fonctions gouvernementales ainsi que les deux principales fonctions du pouvoir exécutif. Cependant, il reste seulement quelques mois à la tête du gouvernement et sa présidence est écourtée.

 
Buste d'Alexandre Millerand par Victor Ségoffin (1908, musée du Barreau de Paris).

Alexandre Millerand est franc-maçon pendant une vingtaine d’années. C’est le , sur recommandation de Georges Laguerre, qu’il adhère à la loge L'Amitié du Grand Orient de France[275]. Il en est exclu le , après s'être éloigné des socialistes et s’être placé en opposant au gouvernement Combes, qui était activement soutenu par la franc-maçonnerie[97].

Il connaît une phase de popularité lors de ses fonctions ministérielles de 1899-1902, notamment auprès des ouvriers[267]. Durant son second passage au ministère de la Guerre, il est en revanche moins apprécié, aussi bien auprès des combattants, à qui il rend rarement visite sur le front, que du reste de la population, qui est sensible aux critiques récurrentes des parlementaires et d’une partie de la presse envers son action[5]. En tant que président du Conseil, il est à nouveau populaire, bénéficiant d'une image d’homme fort et de ses succès en Pologne et Syrie, malgré les difficultés rencontrées sur la question allemande[182].

Dans ses interventions au Parlement, il se montre froid, peu expansif, et se fait régulièrement remplacé par un sous-secrétaire d'État[142]. Ses qualités d'orateur sont cependant unanimement reconnues[276]. Il est présenté comme un « orateur moderne » dans la mesure où il force moins le ton que beaucoup d'hommes politiques de son époque. L'hebdomadaire L'Illustration relate une de ses plaidoiries en 1907 : « Lentement, sans colère, avec une impitoyable volonté, il poursuit jusqu'au bout sa tâche. Parfois, la voix rude marque un peu d'ironie brève et puis le mouvement reprend, avec une puissance machinale[11]. »

En tant que responsable politique, il est décrit comme réservé, froid et intransigeant[267]. Après avoir collaboré avec lui à La Justice, Georges Clemenceau affirme qu'il était « le travailleur le plus acharné et méthodique » de sa rédaction[8]. Un article de 1889 de la revue Société d'histoire contemporaine le présente comme un homme sincère et bienveillant qui est désavantagé par son apparence sévère et son caractère austère[45]. L'historien Max Gallo le juge moins intellectuel que l'autre grande figure du socialisme dans les années 1890, Jean Jaurès, tout en soulignant que ses traits physiques le rendent vulgaire[276]. Le journaliste Jean Ernest-Charles affirme que Jaurès est le théoricien du socialisme et Millerand le tacticien, regrettant son seul intérêt pour la politique et une certaine forme de démagogie[277].

Malgré l'importance de sa carrière, peu de biographies et travaux universitaires lui sont consacrés[267]. Lui-même avait entrepris de rédiger ses Souvenirs, mais son état de santé ne lui a pas permis de mener à bien son projet et l'ouvrage n'a pas été publié[267].

Détail des mandats et fonctionsModifier

Au sein de l'exécutifModifier

 
Marque d'Alexandre Millerand en tant que président de la République.

Au ParlementModifier

  •  : sénateur de l’Orne
  •  : sénateur de la Seine
  •  : député de la Seine

Au niveau localModifier

AutresModifier

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Publications de MillerandModifier

  • Alexandre Millerand, Le Socialisme réformiste français, Paris, G. Bellais, , 121 p. (lire en ligne).
  • Alexandre Millerand, Travail et travailleurs, Paris, Éditions Fasquelle, , 330 p. (lire en ligne).  
  • Alexandre Millerand, Politique de réalisations, Paris, Éditions Fasquelle, , 407 p. (lire en ligne).  
  • Alexandre Millerand, Pour la Défense nationale : une année au ministère de la Guerre (14 janvier 1912 – 12 janvier 1913), Paris, Éditions Fasquelle, , 420 p. (lire en ligne).  
  • Alexandre Millerand, La Guerre libératrice : conférence faite à Versailles le 22 octobre 1916, Paris, Librairie Hachette, , 27 p. (lire en ligne).
  • Alexandre Millerand, L'Effort et le devoir français, Paris, Bloud & Gay, coll. « Pages actuelles », , 38 p. (lire en ligne).  
  • Alexandre Millerand, Le Retour de l'Alsace-Lorraine à la France, Paris, Éditions Fasquelle, , 248 p. (lire en ligne).  
  • Alexandre Millerand, Deux Discours, Paris, Marcel Giard, , 49 p.  

Ouvrages et articles notables sur MillerandModifier

  • Raoul Persil, Alexandre Millerand : 1859-1943, SEFI, , 189 p. (ASIN B0017V0RT0).  
  • Leslie Derfler, « Le « cas Millerand » : une nouvelle interprétation », Revue d'histoire moderne et contemporaine, Paris, Presses universitaires de France, t. X,‎ , p. 81-104 (lire en ligne).
  • (en) Leslie Derfler, Alexandre Millerand : the socialist years, La Haye / Paris, Mouton, coll. « Issues in Contemporary Politics » (no 4), , X-326 p. (présentation en ligne).
  • Benoît Yvert, Dictionnaire des ministres (1789-1986), Perrin, , 1028 p. (ISBN 978-2262007102), p. 548.
  • (en) Marjorie Farrar, Principled Pragmatist : The Political Career of Alexandre Millerand, Berg Pub Ltd, , 432 p. (ISBN 978-0854966653).
  • Benoît Yvert, Premiers ministres et présidents du Conseil depuis 1815, Paris, Perrin, coll. « Tempus », , 916 p. (ISBN 978-2262026875).
  • Jean-Louis Rizzo, Alexandre Millerand : socialiste discuté, ministre contesté et président déchu (1859-1943), Paris, L'Harmattan, coll. « Chemins de la mémoire », , 574 p. (ISBN 978-2343008592).  
  • (en) Emmanuel Jousse, « Social change and socialist politics : Alexandre Millerand and the contradictions of French reformism, 1899–1902 », French History, Oxford University Press, vol. 31, no 3,‎ , p. 351–375 (DOI 10.1093/fh/crx034).

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. De facto, puisque durant la période de l'Occupation, le Parlement n'est pas dissous, mais le Sénat et la Chambre des députés sont « ajournés jusqu'à nouvel ordre », seul le chef de l'État pouvant les réunir. Le Parlement ne se réunit plus durant toute l'Occupation, entérinant dans les faits le caractère autoritaire du régime de Vichy[1].
  2. La Revue des questions historiques de indique : « Ce sang des aïeux n'est pas purement français et chrétien. Une sève juive s'y est mêlée. »[3].
  3. Né Étienne Alexandre Millerand, il utilise « Alexandre » comme prénom usuel[4].
  4. Il s'agit de la description fournie dans son livre militaire (archives de Paris, année 1879, matricule 2247)[7].
  5. L'épouse de Jehan de Bouteiller a deux filles issues d'une première union, dont la plus jeune est Jeanne Levayer. Celle-ci rencontre Alexandre Millerand lorsqu'il est le secrétaire de la campagne de son beau-père à l'élection législative partielle de 1883[10].
  6. Le couple Millerand vit successivement au 234 boulevard Saint-Germain (1889-1898), au 29 rue de Saint-Pétersbourg (1898-1903) et au 2 avenue de Villars (1903-v. 1930)[11].
  7. En 1890, le provocateur Arcadi Mikhaïlovich Harting, alias Abraham Landesen, qui dirigera la direction parisienne de l’Okhrana entre 1905 et 1909, avait établi au Raincy, avec Piotr Ratchkovski, un atelier de fabrication de bombes destinées à tuer Alexandre III. Lorsque les bombes furent prêtes, Harting dénonça à la police parisienne le groupe de révolutionnaires se réclamant de Narodnaïa Volia. Le but de l’opération était d’ouvrir une brèche dans le soutien dont jouissaient dans l’opinion française les révolutionnaires russes[17].
  8. Au second tour des élections législatives partielles de 1885, Alexandre Millerand obtient 159 949 voix sur 336 937 votants[28].
  9. Sous la IIIe République, seuls 17 % des députés sont élus pour la première fois à moins de 34 ans. Lors de la IVe législature (1885-1889), Paul Deschanel, Paul Doumer et Stephen Pichon font partie de la même génération qu'Alexandre Millerand[29].
  10. Au cours de l'année 1886, il s'oppose au troisième gouvernement Freycinet — qui comprend pourtant des personnalités radicales — en raison du refus du président du Conseil d'amnistier l'extrême gauche, de dénoncer le Concordat et d'écarter des personnalités modérées comme Jules Ferry ou Léon Say[33],[34].
  11. Lors des débats sur les « lois de réaction » présentées par le ministre de l'Intérieur Ernest Constans en 1889, il dénonce un retour aux pratiques en vigueur sous Charles X et Napoléon III en matière de liberté de la presse[41].
  12. Alexandre Millerand est blessé lors de duels face aux députés opportunistes Eugène Étienne (1893) et Henri Lavertujon (1898)[54],[55],[56].
  13. La Fédération républicaine socialiste de la Seine sert de socle pour le lancement en 1898 de la Fédération des socialistes indépendants de France (FSI), dont font notamment partie Millerand, Jean Jaurès et René Viviani[57],[58].
  14. Dans les années 1890, le mouvement socialiste comprend notamment le Parti ouvrier français, le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire, la Fédération des travailleurs socialistes de France et Parti socialiste révolutionnaire[61].
  15. À ce titre, il est le principal organisateur de l'Exposition universelle de 1900[5].
  16. Le portefeuille du Travail n'existant pas, la condition des travailleurs (mines et chemins de fer exceptés) revient au ministre du Commerce[75].
  17. Sur ce point de l’entrée en application progressive de la loi, Alexandre Millerand répond aux socialistes qu’il s’agit d'une mesure provisoire et que la loi de 1892 instaurant la semaine de dix heures pour les enfants n'a jamais été appliquée[75].
  18. Les grévistes souhaitent que cette mesure accordée par Alexandre Millerand aux salariés d'État travaillant à Paris soit généralisée à tous les salariés des chemins de fer[108].
  19. Compétents pour un nombre limité de délits (désertion, abandon de poste, insubordination, révolte et pillage en bande), les conseils de guerre spéciaux donneront lieu à des abus et seront supprimés après le départ de Millerand[136].
  20. Le , par 19 voix sur 29 votants, Alexandre Millerand est élu au fauteuil 5 de la section 3 (section législation, droit public et jurisprudence) de l’Académie des sciences morales et politiques[151],[152]. Il donne lecture de la notice sur la vie et l’œuvre de son prédécesseur direct, Maurice Sabatier, le [153].
  21. Il bénéficie d'une délégation permanente du président du Conseil, assiste au Conseil des ministres, a autorité sur les trois commissaires de la République (Strasbourg, Metz, Colmar), pourvoit aux emplois de la région[156].
  22. Il commande également une enquête pour le projet de grand canal d'Alsace et obtient une subvention de 27 millions de francs pour l'université de Strasbourg[157].
  23. Frédéric François-Marsal (ministre des Finances), Joseph-Honoré Ricard (ministre de l’Agriculture), Émile Ogier (ministre des Régions libérées), Coupat (sous-secrétaire d’État à l’Enseignement technique)[171].
  24. Auguste Isaac, ministre du Commerce et de l'Industrie[172].
  25. Les réticences des alliés conduisent rapidement Charles Jonnart à quitter sa fonction de délégué français de la Commission des réparations, où Alexandre Millerand fait nommer Raymond Poincaré[192].
  26. Il déclare : « Nous ne devons pas oublier que l’Allemagne a perdu la guerre. Il faut donc qu'elle s'attende à travailler davantage et à être moins riche que si elle était victorieuse.[204] »
  27. Il adopte notamment ces vues dans son discours de campagne du Bataclan (), à l’occasion de sa déclaration de candidature à l'élection présidentielle () et lors de son allocation à la foire de Lyon ()[263].

RéférencesModifier

  Sauf indication contraire ou complémentaire, les informations mentionnées dans cet article proviennent de l'ouvrage de Jean-Louis Rizzo Alexandre Millerand : socialiste discuté, ministre contesté et président déchu (1859-1943), L'Harmattan, coll. « Chemins de la mémoire », .

  1. « Acte constitutionnel no 3 du 11 juillet 1940 », sur mjp.univ-perp.fr (consulté le 8 mai 2018).
  2. a b c d et e Rizzo 2013, p. 14-15.
  3. R. L., « Histoire générale et locale : la famille Millerand de Roche », Revue des questions historiques, Paris, Plon,‎ , p. 506 (lire en ligne, consulté le 15 avril 2019).
  4. « Millerand Alexandre, ancien sénateur de la Seine puis de l'Orne », sur senat.fr (consulté le 10 mai 2019).
  5. a b c d e et f Rizzo 2013.
  6. a b c et d Rizzo 2013, p. 16.
  7. a b c et d Rizzo 2013, p. 17.
  8. a b c et d Rizzo 2013, p. 18.
  9. a b c et d Rizzo 2013, p. 28-31.
  10. a b c et d Rizzo 2013, p. 19-21.
  11. a b c d et e Rizzo 2013, p. 171-174.
  12. « Le grand destin de Jeanne », Ouest-France,‎ (lire en ligne, consulté le 21 juin 2019).
  13. a et b Sous la direction de Jean-Marie Mayeur, Les Parlementaires de la Seine sous la Troisième République : études, t. I, Paris, Publications de la Sorbonne, coll. « Histoire de la France aux XIXe et XXe siècles », , 280 p. (ISBN 978-2859444327).
  14. Nicolas Roussellier, « L'aristocratie du barreau, vivier de la République - les secrétaires de la conférence du stage », Vingtième Siècle, no 30,‎ (lire en ligne, consulté le 18 avril 2019).
  15. a b c et d Rizzo 2013, p. 53-55.
  16. a b c et d Rizzo 2013, p. 56-59.
  17. disponible sur Gallica.
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  19. a et b Justinien Raymond, « Millerand Alexandre », sur maitron-en-ligne.univ-paris1.fr, (consulté le 13 mai 2019).
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  24. a et b « Journée », La Justice, no 1559,‎ , p. 1 (lire en ligne, consulté le 24 avril 2019).
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  27. Alexandre Millerand, « Le devoir », La Justice, no 2098,‎ , p. 1 (lire en ligne, consulté le 25 avril 2019).
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  29. Amaury Lorin (préf. Jean-Pierre Bel), Une ascension en République : Paul Doumer (1857-1932) d'Aurillac à l'Élysée, Paris, Dalloz (premier prix de thèse du Sénat 2012), coll. « Bibliothèque parlementaire et constitutionnelle », , 601 p. (ISBN 978-2247126040, notice BnF no FRBNF43565287N), p. 45.
  30. « Élections législatives - Seine : résultats complets », Le Figaro,‎ , p. 2 (lire en ligne, consulté le 25 avril 2019).
  31. « Élections municipales de Paris – scrutin de ballotage du 7 février 1886 : quartier de la Muette », Le Petit Parisien, no 3391,‎ , p. 1 (lire en ligne, consulté le 25 avril 2019).
  32. « Coulisses des chambres », Le Rappel, no 5791,‎ , p. 1 (lire en ligne, consulté le 25 avril 2019).
  33. « Discours de M. Millerand », La Justice, no 2216,‎ , p. 1-2 (lire en ligne, consulté le 7 mai 2019).
  34. Alexandre Millerand, « L'interpellation d'aujourd'hui », La Justice, no 2281,‎ , p. 1 (lire en ligne, consulté le 7 mai 2019).
  35. « Discours de M. Millerand », La Justice, no 2695,‎ , p. 1-2 (lire en ligne, consulté le 8 mai 2019).
  36. a b et c Rizzo 2013, p. 32-40.
  37. « La séance », Le Figaro,‎ , p. 2 (lire en ligne, consulté le 7 mai 2019).
  38. « Chambre des députés : séance du 25 janvier », Journal des débats politiques et littéraires,‎ , p. 2 (lire en ligne, consulté le 7 mai 2019).
  39. « Compte rendu des débats de la Chambre des députés », Journal officiel de la République française,‎ , p. 1543.
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  41. a b c d e et f Rizzo 2013, p. 41-45.
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  43. « Le comité de révision républicaine », Le Gaulois, no 2475,‎ , p. 1 (lire en ligne, consulté le 9 mai 2019).
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  47. Joseph Caillaux, Mes Mémoires : Ma jeunesse orgueilleuse, 1863-1909, t. I, Paris, Plon, , p. 177.
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  54. « Nouvelles diverses de l'Intérieur », L'Est républicain, no 1637,‎ , p. 1 (lire en ligne, consulté le 10 août 2019).
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  57. Laurent de Boissieu, « Fédération des socialistes révolutionnaires indépendants de France (FSRI) », sur france-politique.fr (consulté le 21 mai 2019).
  58. Jean-Jacques Fiechter, Le Socialisme français : de l'affaire Dreyfus à la Grande Guerre, Genève, Droz, , 298 p., « De la Commune à l'affaire Dreyfus ».
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AnnexesModifier

Archives nationalesModifier

Les papiers personnels d'Alexandre Millerand sont conservés aux Archives nationales sous la cote 470AP. Cf. « Fonds d'archives : Millerand (Alexandre). 470AP. », sur siv.archives-nationales.culture.gouv.fr (consulté le 7 mai 2019).

Articles connexesModifier

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