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Humanisme

courant culturel et philosophique
Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne le courant de pensée général. Pour le mouvement philosophique de la période de la Renaissance européenne, voir Humanisme de la Renaissance. Pour les autres significations, voir Humanisme (homonymie).
Quatre philosophes humanistes pensionnés par les Médicis : Marsile Ficin, Cristoforo Landino, Ange Politien et Démétrios Chalcondyle (fresque de Domenico Ghirlandaio).

Créé au XIXe siècle[1], le mot humanisme désigne un courant culturel européen, trouvant ses origines en Italie, principalement en Toscane à la fin du XIVe siècle, et qui s'est développé pendant la Renaissance[2]. Renouant avec la civilisation gréco-romaine, les intellectuels de l'époque manifestent un vif appétit de savoir (philologie notamment). Considérant que l’être humain est en possession de capacités intellectuelles potentiellement illimitées, ils considèrent la quête du savoir et la maîtrise des diverses disciplines comme nécessaires au bon usage de ces facultés. Ils prônent la vulgarisation de tous les savoirs, y compris religieux ; la parole divine doit être accessible à toute personne, quelles que soient ses origines ou sa langue (traduction de la Bible par Jacques Lefèvre d'Étaples en 1523).

Ainsi, cet humanisme vise à diffuser plus clairement le patrimoine culturel. L’individu, correctement instruit, reste libre et pleinement responsable de ses actes dans la croyance de son choix. Les notions de liberté ou libre arbitre, de tolérance, d’indépendance, d’ouverture et de curiosité sont, de ce fait, indissociables de la théorie humaniste classique.

Par extension, on définit comme « humaniste » toute pensée qui met au premier plan de ses préoccupations le développement des qualités essentielles de l'être humain. Un vaste ensemble de philosophies portant sur l'éthique affirme la dignité et la valeur de tous les individus, du fait de la capacité à déterminer le bien et le mal par le recours à des qualités humaines universelles, en particulier la rationalité[3],[4]. L'humanisme implique un engagement à la recherche de la vérité et de la moralité par l'intermédiaire des moyens humains, en particulier les sciences, en solidarité avec l'humanité. En mettant l'accent sur la capacité d'auto-détermination, l'humanisme rejette la validité des justifications transcendantes de l'époque (alors éloignée des questions phénoménologiques du XXe siècle), jugées comme une dépendance à l'égard du surnaturel et de la croyance, tels certains textes présentés comme d'origine divine. Les humanistes développent une morale universelle fondée sur la communauté de la condition humaine[5]. L'humanisme est une composante d'une variété de systèmes philosophiques plus spécifiques et de plusieurs écoles de pensée religieuse.

L’humanisme est avant tout un terme de l’histoire de la philosophie renvoyant à la Renaissance, et plus particulièrement à des figures telles qu'Erasme, Michel de Montaigne ou encore Budé, lesquels ont remis à l’honneur à la fois la littérature de l’Antiquité gréco-latine et la réflexion personnelle.

Sommaire

Origines de l'humanismeModifier

L'humanisme plonge ses racines dans l'Antiquité gréco-romaine[6]. Il n'a pu émerger au XIVe siècle qu'après que les moines du Moyen Age, depuis le XIe siècle, aient étudié la scolastique, une discipline conciliant l'apport de la philosophie grecque (particulièrement l'enseignement d'Aristote et des péripatéticiens) avec la théologie chrétienne héritée des Pères de l'Église et d'Anselme.

Les textes de l'Antiquité ont été transmis par plusieurs canaux :

  • les manuscrits latins ont été conservés pendant tout le Moyen Âge dans les bibliothèques des monastères. Ils étaient recopiés par les moines dans des scriptoria lorsqu'ils existaient, ou dans les cellules des moines. Les premiers humanistes, au XVe siècle, allaient chercher les manuscrits dans les monastères[7] ;
  • les manuscrits grecs ont été dans certains cas transmis par l'intermédiaire des Arabes en version arabe au cours de la Renaissance du XIIe siècle, et traduits de l'arabe vers le latin dans des ateliers comme celui de Tolède[8] ;
  • d'autres manuscrits grecs ont été traduits directement du grec par des traducteurs qui possédaient encore cette langue au cours de la Renaissance du XIIe siècle, comme Jacques de Venise, Burgondio de Pise, ou Henri Aristippe à Palerme[9] ;
  • d'autres manuscrits grecs ont été acquis par des échanges entre Orient et Occident, soit lors de voyages de lettrés occidentaux qui sont allés à Constantinople apprendre la langue grecque et en ont ramené des manuscrits, soit par des lettrés byzantins qui sont venus en Occident avec des manuscrits, avant ou plus souvent après la chute de Constantinople en 1453[10].

Etudiant la dette intellectuelle du courant humaniste à l'Antiquité grecque, l'historien Thomas Golsenne, la relativise, faisant remarquer qu'un lieu commun confère à la célèbre citation "L'homme est la mesure de toute chose" (attribuée à Protagoras) un rôle décisif. Or d'une part on ne connait ce philosophe qu'indirectement, par un texte de Platon, mais bon nombre de manuels scolaires laissent entendre que cette formule aurait été dans toutes les têtes pensantes de la Renaissance, ce qui n'est nullement le cas[11].

Au début de la Renaissance, l'invention de l'imprimerie a permis de fournir une solution de substitution à la copie manuelle des manuscrits par les moines dans les monastères, et des bibliothèques se sont constituées en dehors des monastères.

Les clercs ont joué un grand rôle dans cette transmission. Au XIIIe siècle, les intellectuels chrétiens privilégiaient les auteurs qui s'accordaient avec le christianisme, comme ce fut le cas de saint Thomas d'Aquin, qui a réconcilié la philosophie d'Aristote avec le christianisme. Au XVe siècle, des papes comme Nicolas V (surnommé le « pape de l'humanisme ») et Sixte IV, qui ont respectivement fondé et enrichi la Bibliothèque vaticane, ont joué un grand rôle dans le développement de l'humanisme[10]. Cependant, les auteurs grecs n'avaient pas toujours la préoccupation de la volonté divine : dans l'Antiquité grecque, Protagoras, affirmant que « L'Homme est la mesure de toute chose », illustre le scepticisme antique à l'égard des divinités. Démocrite, avec son explication, de même plus tard qu'Épicure, n'a pas besoin de dieux pour établir son éthique ; en 431 av. J.-C., le stratège d'Athènes, Périclès, pour honorer les guerriers morts au combat lors de la Guerre du Péloponnèse, prononce une oraison funèbre dans laquelle il ne fait aucune référence aux dieux[12].

Du Moyen-Age à la RenaissanceModifier

Article détaillé : Humanisme de la Renaissance.

Humanisme et philosophieModifier

D’un point de vue général, l’humanisme est une doctrine morale reconnaissant à l’humain la valeur suprême, elle s’oppose ainsi tant au fanatisme religieux qu’à l’étatisme politique (qui voudrait sacrifier l’individu à la raison d’État). Son principe de morale est celui de la tolérance; sa philosophie propre défend l’idée d’un progrès de la civilisation vers une forme idéale de l’humanité, où l'homme serait à la fois libre, grâce au progrès technique, à l’égard des contingences de la nature et libre à l’égard des autres hommes (société sans classes, sans luttes) grâce à une constitution mondiale (Emmanuel Kant et la paix perpétuelle). Quelle que soit la variante philosophique de l’humanisme (métaphysique, politique, épistémologique, etc.) , elles ont toutes en commun d’accorder à l’homme une dignité absolue, qui ne saurait être dépassée (par Dieu ou par l’État par exemple).

Dans l'acception actuelle, l'humanisme s'inspire de cette définition philosophique. On parle, par exemple, de l'humanisme « militant » de Voltaire, ou du contestataire et engagé Paul Henri Dietrich, baron d'Holbach.

Depuis Montaigne, l'humanisme, ainsi conçu, a été un des éléments les plus constants de la pensée française.

  • Sens courant donné à l'humanisme: L'humanisme pratique ou moral consistait à s'imposer, vis-à-vis de tout être humain, des devoirs et des interdits éthiques : ne pas tuer, ne pas torturer, ne pas opprimer, ne pas asservir, ne pas violer, ne pas voler, ne pas humilier… Fondé sur le respect et la justice, cet humanisme-là revient donc à respecter les droits fondamentaux de l'être-humain. C'est dans ce sens qu'André Comte-Sponville s'exprime : « L'homme n'est pas mort : ni comme espèce, ni comme idée, ni comme idéal. Mais il est mortel ; et c'est une raison de plus pour le défendre ». (Présentations de la philosophie)

Un courant humaniste en émergence depuis les années 69 est désigné sous l'appellation d'« humanisme environnemental », ou d'« écologie humaniste », développant une philosophie de l'évolution (voir humanisme évolutif).

Bien que les formes dominantes de l'humanisme soient agnostiques (et typiquement rejettent l'existence du surnaturel), toutes les formes d'humanisme ne sont pas dans ce cas. Dans les pays anglo-saxons, le terme désigne le rejet de croyances basées uniquement sur des dogmes, sur des « révélations » et intuitions, sur la mystique ou ayant recours au surnaturel, sans évidences vérifiables.

C'est un courant philosophique qui énonce la primauté de l'humain et des lois tout à fait naturelles sur les pré-croyances religieuses et la croyance en un (ou plusieurs) être(s) divin(s) surnaturel(s). On retrouve dans les organisations humanistes des athées, des agnostiques, des libre penseurs, des sceptiques ainsi que des croyants, qui affirment que l'éthique peut et doit exister sans qu'intervienne le fait religieux (justice immanente et Jugement Dernier).

Le sens contemporain du terme français, qui n'a pas vraiment varié depuis le XVIIIe siècle, est assez voisin de ce sens anglophone. D'autre part, le terme français d'humanisme au XVIIIe siècle a une connotation plus athée que le terme humaniste au XVIe siècle.

Humanisme et moralitéModifier

L’humanisme est porteur de valeurs universelles. Il s’oppose, en particulier, au relativisme moral. Pour certains humanistes athées, il existe des principes moraux qui aident l’humanité à survivre et à prospérer et qui font avancer la civilisation, et il y en a d’autres qui peuvent la faire régresser vers la stagnation et même vers la barbarie. Pour d'autres, est moral ce qui est moral, comme tuer en cas de légitime défense, l'amoralité étant de toute façon propre à l'espèce humaine... Le Dr Rodrigue Tremblay a fait valoir que les principes moraux humanistes — lesquels remontent aux philosophes des Lumières (XVIIe siècle et XVIIIe siècle) — ont un attrait universel par leur logique et leur efficacité et ils transcendent toutes les cultures. En effet, selon Tremblay, (voir Le Code pour une éthique globale, 2009), on peut définir le bien et le mal a priori et empiriquement selon qu’un principe moral accroit ou non le bonheur du plus grand nombre. L’éthique humaniste se situe dans la tradition du conséquentialisme de Jérémie Bentham et de l'utilitarisme de John Stuart Mill[précision nécessaire].

Fondé en 1969 par l'Argentin Mario Rodriguez Cobos, le Mouvement Humaniste promeut la solidarité, la non-violence active, la non-discrimination, l'autogestion... En France, ce mouvement, dénommé Parti humaniste, a été cité dans le Rapport parlementaire sur les sectes de décembre 1995[13].

À titre d’exemple, voler et le non-respect de la propriété empêchent l’économie de bien fonctionner et appauvrit le plus grand nombre. La séparation des Églises et de l'État garantit la liberté de conscience du plus grand nombre. Les guerres impériales de conquête perturbent la paix et l’harmonie entre les peuples et sont facteurs de meurtres et de misères. La démocratie consacre la dignité et la valeur intrinsèque de chaque être humain et lui permet de partager le pouvoir, etc.

CritiquesModifier

Depuis les milieux chrétiens ou leur sillageModifier

Depuis la Renaissance, la principale critique à l'encontre de l'humanisme provient du milieu chrétien et prend la forme d'une dénonciation du scepticisme, du relativisme moral et surtout - à terme - de l'athéisme.

Dès le XVe siècle, des philosophes liés au développement de la kabbale et de l'ésotérisme provoquent des controverses de la part de la papauté, qui les accuse d'hérésie. Est ainsi visé Jean Pic de la Mirandole, emprisonné en 1486 pour avoir écrit De la dignité de L'homme.

De nombreuses critiques sont émises par l'Église catholique, non plus seulement par le Vatican mais par des religieux réputés pour leur intellectualisme. C'est notamment le cas au XVIIe siècle du Français Marin Mersenne, auteur en 1624 de L'Impiété des déistes, athées et libertins de ce temps et célèbre pour avoir dénoncé une secte philosophique ayant accueilli le Pic de la Mirandole, Cornelius Agrippa et l'ingénieur siennois Francesco di Giorgio Martini.

La critique de l'humanisme par l'Église catholique prend un relief nouveau au XVIe siècle avec la Réforme protestante, lorsque celle-ci s'autorise l'exégèse biblique.

Au XXe siècle, bon nombre de théologiens catholiques voient dans l'humanisme l'exaltation du libre arbitre jusqu'à l'excès. Ainsi Henri de Lubac, qui le décrit comme une forme nouvelle de pélagianisme, "une religion privée de grâce". Selon lui, l'orgueil constitue la cause principale non seulement de l'athéisme mais de l'humanisme dans son ensemble.[14].

En 1973, le penseur protestant Jacques Ellul se livre lui aussi à une critique en règle de l'humanisme. Au delà d'une simple doctrine philosophique, il y voit "ce qui est passé dans les convictions des hommes de notre société, qui constitue l'arrière-plan de leurs opinions" et peut "être résumé ainsi":

« L'homme est la mesure de toute chose. On ne mesure plus rien par rapport à un absolu ou par rapport à une révélation ou une transcendance. Tout doit être ramené à l'homme. Tout est donc relatif, comme lui-même. Il est à la fois le juge et le critère. Il est laissé seul pour juger et décider. Il ne peut se fonder que sur ce qu'il fait. Il n'y a pas de recours, il n'y a pas de pardon. Il est seul sur la Terre, il est donc responsable, et lui seul, de tout ce qui s'y passe. »

— Jacques Ellul, Les nouveaux possédés, 1973; deuxième édition : Les mille et une nuit, 2003, pp. 45-46

Ellul précise alors que s'il en est ainsi, c'est que "l'homme moderne" se considère comme "autonome", "raisonnable" et "naturellement bon" et que c'est parce qu'il s'attribue lui-même ces qualificatifs que ceux-ci, a fortiori, sont biaisés[15].

En dehors du christianisme stricto sensu mais dans le sillage du moralisme qui en est issu, l'humanisme est fréquemment dénoncé comme relevant de l'ethnocentrisme, via notamment la promotion d'une vision du monde universaliste et progressiste, imposée par la civilisation occidentale aux pays du Tiers Monde et de nature à légitimer le colonialisme (toutefois, certains intellectuels issus des nations jadis colonisées, notamment Aimé Césaire, n'entendent pas, dans leur dénonciation du colonialisme[16], faire le procès de l'humanisme[17]).

Selon l'Allemand Peter Sloterdijk, l'humanisme est une catégorie dépassée : elle valait du temps où il était pertinent de placer l'homme au centre de toute conception du monde. Or ce temps n'est plus : la puissance de la technique a en effet atteint un tel seuil qu'elle rend obsolète la question de savoir "qui est l'homme ?" Celui-ci déjouant toujours plus sa dépendance à la nature, il se fabrique lui-même (anthropotechnie) dans son environnement tandis qu'à petite échelle, il modèle également celui-ci[18].

En 2003, le philosophe britannique John Gray analyse l'humanisme et le progressisme comme des phénomènes religieux. Estimant que la moralité est purement illusoire, l'humanité n'est à ses yeux qu'une espèce animale ayant réussi à justifier la conquête des autres au détriment de l'environnement et au risque de sa propre survie[19],[20].

Hors des milieux chrétiensModifier

En 1946, dans sa « lettre sur l'humanisme » adressée à Jean Beaufret, Martin Heidegger estime que ceux qui se considèrent en général comme humanistes n'abordent pas ce qui fait l'essence de l'humain et se contentent de le décrire comme un animal rationnel.

La même année, Jean-Paul Sartre prononce à la Sorbonne une conférence intitulée "L’existentialisme est un humanisme", fondée sur l'idée que la liberté humaine doit être considérée comme au-dessus de toute autre considération mais aussi sur un paradoxe : du fait que l'homme n'a plus à répondre de ses actes devant Dieu mais uniquement devant lui-même, il est “condamné” à être libre. Répondant plus ou moins directement à Sartre en 1963, le philosophe Louis Althusser publie deux articles intitulés « Marxisme et humanisme » et « Note complémentaire sur l’humanisme réel », qui déclenchent une polémique dans le milieu philosophique, à laquelle Althusser répond quatre ans plus tard par une nouvel article titré « La querelle de l’humanisme »[21]. Il défend l'idée que, si l'humanisme consiste à lutter contre les aliénations et que le concept d'aliénation est non scientifique, l'humanisme n'est alors rien d'autre qu'une idéologie. Partant du fait que Marx, dans sa jeunesse, a construit sa vision du monde sur des présupposés hérités de l'humanisme (dignité, cupidité...) mais qu'il a ensuite considéré la société sous l'angle des rapports de production et qu'il avait alors raison de faire ainsi, Althusser estime, pour s'en réjouir, que le marxisme est un « antihumanisme théorique ».

En 2007, le philosophe Pierre-André Taguieff qualifie les valeurs humanistes de prométhéennes. Selon lui, en encourageant des pratiques telles que l'eugénisme, l'humanisme contribue à déresponsabiliser humain [22].

Avenir de l'humanismeModifier

Alors que s'est développé dans les années 1970 l'antihumanisme (en) (position philosophique que l'on retrouve dans le marxisme, la psychanalyse et le structuralisme et qui considère que l'idée de nature humaine est une illusion idéologique) et qu'émerge le concept de « post-humain », certains auteurs s'interrogent sur l'avenir de l'humanisme au XXIe siècle.

Selon Jean-Paul Baquiast, « on peut penser que le posthumanisme poursuivra les mêmes buts que l'humanisme actuel, mais avec un référentiel de valeurs qui devra être adapté, car les obstacles à surmonter et les buts à atteindre auront eux aussi changé »[23].

Paul Baquiast précise que si « le premier humanisme a été l’affirmation de l’individu arraché à ses chaines d’appartenances sociale et religieuses, l’humanisme de demain sera peut-être celui de l’ouverture aux réseaux d’échanges et aux chaînes de solidarité, ainsi qu’une plus grande communion avec ce qui n’est pas humain au sein de la nature comme, un jour peut-être, au sein du monde de l’artificiel »[24].

Dès lors, faut-il remplacer le terme « humanisme » par celui de « posthumanisme » ? Refusant pour sa part le « fantasme du posthumanisme » et sa fascination pour l'intelligence artificielle dans lesquels il ne voit qu'« un antihumanisme de plus »", Hervé Fisher préfère parler d'« hyperhumanisme » : « L’hyperhumanisme, ce pourrait être aussi ce renforcement de notre conscience et de notre volonté de choisir notre avenir, de donner un sens humain à l’Univers en assumant les risques de la technoscience, les risques de notre liberté nouvelle, et en construisant une éthique collective capable d’assurer notre sécurité et notre progrès sur la base non plus de la lutte entre les individus et les peuples, mais de la solidarité (des liens) entre les hommes et d’un sens plus élevé de nos responsabilités »[25].

SymboleModifier

L’homme de Vitruve, le très célèbre dessin de Léonard de Vinci représentant les proportions du corps humain (croquis d'un homme à quatre bras et quatre jambes inscrit dans un cercle et un carré), est le symbole de l’humanisme.

Liste d'humanistes par époquesModifier

1. XIVe siècle 
Pétrarque (1304-1374)
Boccace (1313-1375)
Coluccio Salutati (1331-1406)
Benvenuto da Imola (1338-1390)
Geoffrey Chaucer (Londres vers 13431400)
2. XVe siècle 
Poggio Bracciolini (1380-1459)
Guarino Veronese (1374-1460)
Leonardo Bruni (1370-1444)
Jan Van Eyck ( vers 1390 - vers 1441)
François Philelphe (1398- 1481)
Nicolas de Cues (1401-1464)
Lorenzo Valla (1407-1457)
Giovanni Pontano (1426-1503)
Giulio Pomponio Leto (1428-1497)
Guillaume Fichet (1433- vers 1480 ou 1490)
Marsile Ficin (1433-1499)
Léonard de Vinci (1452- 1519)
Johannes Reuchlin (1455-1522)
Jean Pic de la Mirandole (1463-1494)
Leon Baptiste Alberti (1404-1472)
Bartolomé de las Casas (1474-1566)
3. XVIe siècle 
Jacques Lefèvre d'Étaples (v. 1450-1537)
Érasme (v. 1466-1536)
Guillaume Budé (1467-1540)
Machiavel (1469 - 1527)
Michel-Ange Buonarroti (1475-1564)
Thomas More (1478-1535)
Beatus Rhenanus (1485-1547)
Georgius Macropédius (1487-1558)
Guillaume Du Bellay(1491-1543)
Juan Luis Vivès (1492-1540)
François Rabelais (1494-1553)
Étienne Dolet (1509-1546)
Sébastien Castellion (1515-1563)
Joachim Du Bellay (1522-1560)
Louise Labé (1524-1566)
Pierre de Ronsard (1524-1585)
Étienne de La Boétie (1530-1563)
Michel de Montaigne (1533-1592)
Giordano Bruno (1548-1600)
Blaise de Vigenère (1523-1596)
Isaac Casaubon (1559-1614)
Ambroise Paré (1510-1590)
4. XVIIe siècle 
Galilée (1564-1642)
Tommaso Campanella (1568-1639)
Nicolas-Claude Fabri de Peiresc (1580-1637)
Thomas Hobbes (1588-1679)
Pierre Gassendi (1592-1655)
Jean Meslier (1664-1729)
5. XVIIIe siècle 
Giambattista Vico (1668-1744)
Montesquieu (1689-1755)
Paul Henri Dietrich, baron d'Holbach (1723-1789)
Emmanuel Kant (1724-1804)
Nicolas de Condorcet (1743-1794)
Thomas Jefferson (1743-1826)
Jeremy Bentham (1748-1832)
Olympe de Gouges (1748-1793)
Jean-Baptiste-Gaspard d'Ansse de Villoison (1750-1805)
William Blake (1757-1827)
Gracchus Babeuf (1760-1797)
Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1778-1831)
6. XIXe siècle 
Henri Beyle (1783-1842)
Victor Hugo (1802-1885)
Ludwig Feuerbach (1804-1872)
Alexis de Tocqueville (1805-1859)
John Stuart Mill (1806-1873)
Giuseppe Mazzini (1808-1872)
Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865)
Henri Dunant (1828-1910)
Léon Tolstoï (1828-1910)
Émile Zola (1840-1902)
Ludwik Lejzer Zamenhof (1859-1917)
7. XXe siècle 
Bertrand Russell (1872-1970)
Thomas Mann (1875-1955)
Carl Gustav Jung (1875-1961)
Albert Schweitzer (1875-1965)
Albert Einstein (1879-1955)
Stefan Zweig (1881-1942)
Mohandas Karamchand Gandhi (1869-1948)
Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944)
Erich Fromm (1900-1980)
Théodore Monod (1902-2000)
Marguerite Yourcenar (1903-1987)
Sœur Emmanuelle (1908-2008)
René Etiemble (1909-2002)
Anjezë Gonxhe Bojaxhiu (dite Mère Teresa 1910-1997)
Henri Grouès (dit l'Abbé Pierre) (1912-2007)
Albert Camus (1913-1960)
Marudu Gopalan Ramachandran (1917-1987)
Stéphane Hessel (1917-2013)
Isaac Asimov (1920-1992)
Gilbert Simondon (1924-1989)
Albert Jacquard (1925-2013)
Martin Luther King Jr (1929-1968)
Pierre Bourdieu (1930- 2002)
Marc Fumaroli (1932-)
Jean Ziegler (1934-)
Bernard Assiniwi (1935-2000)
Mario Rodríguez Cobos (1938-2010)
Richard Stallman (1953-)
Alexis Danan (1890-1979)

Notes et référencesModifier

  1. Jean-Claude Margolin, Les humanistes et l'Antiquité grecque. CNRS, 1989
  2. Humanisme Encyclopédie Larousse 2015 lire en ligne
  3. Compact Oxford English Dictionary, Oxford University Press,  :

    « humanism. 1 a rationalistic system of thought attaching prime importance to human rather than divine or supernatural matters. 2 a Renaissance cultural movement which turned away from medieval scholastic-ism and revived interest in ancient Greek and Roman thought. »

  4. (en) Collins Concise Dictionary, HarperCollins,  :

    « The rejection of religion in favour of a belief in the advancement of humanity by its own efforts. »

  5. (en) « Definitions of humanism (subsection) », Institute for Humanist Studies (consulté le 11 août 2008)
  6. Bernard Quilliet, La tradition humaniste, Fayard
  7. Bernard Quilliet, La tradition humaniste, Fayard, chapitre IV, V et VI
  8. Bernard Quilliet, La tradition humaniste, Fayard, chapitre V sur les pré-Renaissances
  9. Bernard Quilliet, La tradition humaniste, Fayard, chapitre V sur les prérenaissances
  10. a et b Bernard Quilliet, La tradition humaniste, Fayard, chapitre VI
  11. Thomas Golsenne « L’homme est la mesure de toutes choses » (ou comment l’humanisme de la Renaissance est fondé sur deux malentendus) in Adam et l'Astragale. Essais d'anthropologie et d'histoire sur les limites de l'humain, ouvrage collectif, éditions de la MSH, 2009; pp. 223-262.
  12. (fr) Thucydide, livre II
  13. Rapport au nom de la Commission d'enquête sur les sectes, no 2468, Assemblée nationale (France)
  14. Henri de Lubac, Le Drame de l'humanisme athée, 1944
  15. Jacques Ellul, Les nouveaux possédés, 1973; deuxième édition : Les mille et une nuit, 2003, pp. 45-50.
  16. Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Présence Africaine, 1955. Réédition : 2000.
  17. "Le colonialisme n'était pas un humanisme", La cène littéraire, 2 juin 2016
  18. La critique de l’humanisme de Peter Sloterdijk par Dominic Dessèches, Association humaniste du Québec, conférence tenue le 22 février 2010
  19. John Gray, Straw Dogs: Thoughts on Humans and Other Animals, 2002
  20. Brice Couturier, "Une charge contre l'humanisme", France Culture, 16 juillet 2013
  21. Louis Althusser, « La querelle de l’humanisme » (1967), Ecrits philosophiques et politiques, tome 2 (Stock, 1995-1997); réédition : Le Livre de Poche, collection Essais, 2001
  22. « La philosophie dans le laboratoire », Le Monde, 15 juin 2007
  23. Jean-Paul Baquiast, Ce monde qui vient : sciences, matérialisme et posthumanisme au XXIe siècle, L'Harmattan, 2014
  24. Paul Baquiast, préface de Jean-Paul Baquiast, Ce monde qui vient: sciences, matérialisme et posthumanisme au XXIe siècle, L'Harmattan, 2014
  25. Hervé Fisher : L’hyperhumanisme contre le posthumanisme

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

  • Guy Vallancien, Homo Artificialis. Plaidoyer pour un humanisme numérique, Michalon, 2017
  • Luc Daudonnet et Max Memmi, Pour un nouvel humanisme, L'harmattan, 2016
  • Gilbert Hottois, Le transhumanisme est-il un humanisme ? Académie Royale de Belgique, 2014
  • Jackie Boisselier, L'humanisme, une religion ? Vérone éditions, 2014
  • Abdennour Bidar, Histoire de l'humanisme en Occident, Armand Colin, 2014
  • Milad Doueihi, Pour un humanisme numérique: l'amitié, l'oubli, les réseaux, l'intelligence, Format Kindle, 2012
  • Olivier Mathian, L'humanisme, Ellipses, 2011
  • Pierre Magnard, Questions à l'humanisme, Cerf, 2011
  • Caroline Trotot , L'Humanisme et la Renaissance : Anthologie, Flammarion, 2009
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Articles connexesModifier

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