Ouvrir le menu principal

Jean-Pierre Vernant

historien français
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Vernant.
Jean-Pierre Vernant
Jean-Pierre Vernant (Aubervilliers 2006).jpg
Jean-Pierre Vernant en 2006.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 93 ans)
SèvresVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Fratrie
Jacques Vernant (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
Domaine
Anthropologie de la Grèce antique
Mythologie
Parti politique
Membre de
Maître
Influencé par
Distinctions
Œuvres principales
L'Univers, les Dieux, les Hommes

Jean-Pierre Vernant, né le à Provins (Seine-et-Marne) et mort le à Sèvres (Hauts-de-Seine), est un historien et anthropologue français, spécialiste de la Grèce antique, plus particulièrement de ses mythes, qui a été directeur d'études à l'École pratique des hautes études puis professeur au Collège de France[1].

Dans le domaine des études grecques, il fait partie, avec notamment Pierre Vidal-Naquet et Marcel Detienne, d'un courant influencé par les méthodes de l'anthropologie structurale.

Jean-Pierre Vernant (en tant que « colonel Berthier ») a été nommé Compagnon de la Libération en 1946.

Sommaire

BiographieModifier

EnfanceModifier

Jean-Pierre Vernant naît dans une famille de tradition anticléricale et dreyfusarde[2] Son père Jean, agrégé de philosophie, avait renoncé à une carrière universitaire pour devenir directeur du journal républicain et anticlérical Le Briard, fondé par son propre père à Provins à la fin du XIXe siècle[3].

Jean-Pierre Vernant ne l'a pas connu car il est mort au front en 1915. Sa mère meurt alors qu'il n'a que huit ans et il est élevé avec ses cousins[4]. Il a un frère, Jacques[3].

Études supérieuresModifier

Orphelin de guerre et pupille de la nation, il fait ses études à Paris au lycée Carnot, puis l'hypokhâgne à Louis-le-Grand.

Durant ses études à la Sorbonne, il est membre des Jeunesses communistes et se bat au Quartier latin contre les Camelots du roi. Il y côtoie certains de ses condisciples comme Pierre Hervé ou Valentin Feldman.

Comme son frère (Jacques), il fait des études de philosophie : son frère est reçu premier à l'agrégation en 1935[5] et lui-même est reçu premier en 1937 ; ce cas est unique dans l'histoire de l'agrégation.

Il fait alors son service militaire au 6e régiment des chasseurs alpins[3], où il se trouve au moment de la déclaration de guerre (septembre 1939) ; sergent-chef dans l'infanterie, il passe par l'École des officiers de réserve et devient aspirant, puis est démobilisé[6] après l'armistice (juin 1940).

Il est alors nommé professeur de philosophie au lycée Pierre-de-Fermat à Toulouse. Aujourd'hui, la salle de conférence du lycée porte son nom.

La RésistanceModifier

A Toulouse, il fait mieux connaissance avec Ignace Meyerson, inventeur de la psychologie historique, dont il avait suivi les cours en Sorbonne avant guerre. Il devient son disciple et, comme lui, décide de s'engager dans la Résistance[3].

En février 1942, il entre dans la Résistance, rejoignant le réseau Libération-Sud, fondé par Emmanuel d'Astier de la Vigerie. Il est nommé responsable départemental de l'Armée secrète en novembre 1942.

Au moment du débarquement de Normandie (6 juin 1944), il passe au maquis ; il est alors le « colonel Berthier », commandant des Forces françaises de l'intérieur de Haute-Garonne[7] ; organise la libération de Toulouse (19 août) sous les ordres du colonel Ravanel, chef régional des FFI. Après l'accident de moto de celui-ci (septembre 1944), Jean-Pierre Vernant devient chef régional. Parmi ses subordonnés se trouvent les frères Angel qui libèrent André Malraux.

Carrière universitaireModifier

En 1946, il est nommé professeur au lycée Jacques-Decour à Paris.

En 1948, il entre au CNRS. En 1957, il devient directeur d'études à la VIe section (Sciences économiques et sociales), dirigée par Fernand Braudel, de l'École pratique des hautes études, où il reste jusqu'en 1975. À partir de 1960, il a pour auditeurs Pierre Vidal-Naquet et Marcel Detienne, avec lesquels il a collaboré pour certains ouvrages.

En dépit de l'accueil « distant » du « monde officiel des hellénistes », il est soutenu par l'activité éditoriale de François Maspero, qui publie en 1965 Mythe et pensée chez les Grecs, dans la collection de Pierre Vidal-Naquet "Textes à l'appui". Puis, c'est le comparatiste Georges Dumézil qui lui commande un court essai pour la collection des PUF "Mythes et religions" qui deviendra Les Origines de la pensée grecque (1962)[3].

Convaincu par la nécessité du comparatisme, il participe, en 1964 à la fondation du Centre de recherches comparées sur les sociétés anciennes, qui sera appelé plus tard Centre Louis Gernet, composé essentiellement d'hellénistes et de quelques latinistes[2].

Il est ensuite élu professeur au Collège de France.

Jean-Pierre Vernant est mort le 9 janvier 2007 à son domicile de Sèvres (Hauts-de-Seine).

Engagements de l'après-guerreModifier

Après la guerre, il reste au sein du Parti communiste français ; il le quittera seulement en 1969.

En 1960, il signe le Manifeste des 121 en faveur de l'insoumission à la guerre d'Algérie.

En , il fait partie des 34 signataires de la déclaration rédigée par Léon Poliakov et Pierre Vidal-Naquet pour démonter la rhétorique négationniste de Robert Faurisson[8].

Membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence, il soutient, depuis sa création en 2001, le fonds associatif Non-Violence XXI[4].

Le 23 octobre 2006, dans le cadre des « Lundis du Collège de France », Jean-Pierre Vernant a donné une conférence sur l'Odyssée au lycée Le Corbusier d'Aubervilliers[9], c'est-à-dire un établissement classé en ZEP.

Apport à l'histoire de la Grèce antiqueModifier

Influencé par Louis Gernet, il se tourne vers l'anthropologie de la Grèce antique[3].

Dès les années 1970, lui, Pierre Vidal-Naquet et Marcel Detienne sont considérés, à l'origine par leurs collègues hellénistes américains, comme formant une « École de Paris »[10], courant dont les travaux s'inspirent de l'anthropologie structurale, initiée dans le domaine de l'ethnologie par Claude Lévi-Strauss. Cette influence est explicite dès la parution en 1960 de l'article « Le mythe hésiodique des races. Essai d'analyse structurale »[11]. D'une façon générale, cette école accorde de l'importance aux représentations (façons de penser) pour la compréhension de certains faits historiques, mais on lui a reproché, surtout en Italie, d'avoir négligé les faits historiques et l'aspect littéraire et individuel des auteurs, jusqu'au point d'avoir manipulé le texte, notamment en abusant des catégories de la polysémie et de l'ambiguïté[12].

Stella Georgoudi considère que Jean-Pierre Vernant « a ouvert une brèche dans l’univers souvent clos et conservateur de la recherche sur le monde antique. D’article en article, d’un ouvrage à l’autre, il renouvelle, voire révolutionne, l’approche de la Grèce ancienne, en privilégiant une démarche pluridisciplinaire, en faisant appel non seulement à la philosophie, la psychologie historique et à l’anthropologie sociale, mais aussi à la philologie, à l’histoire ou à l’iconographie. »[2] Dans ses écrits, Vernant s'interroge sur la manière dont l'homme grec ancien, s'est construit et transformé dans ses façons d’agir et de penser. La religion tient une place considérable dans ses travaux et en particulier les mythes grecs[2].

Il s'est souvent exprimé sur ce qu'il y a de commun mais aussi de différent entre les Grecs et l'Occident moderne, notamment en ce qui concerne la pratique de la démocratie[13].

HommagesModifier

ŒuvresModifier

 
L’individu, la mort, l’amour. paru en 1989 dans la collection Bibliothèque des Histoires de Gallimard.
  • Œuvres, Religions, Rationalités, Politique, Paris, Le Seuil, 2007.
  • Les Origines de la pensée grecque, Paris, CNRS, collection « Mythes et religions », 1962 ; 10e édition : Presses Universitaires de France, coll. « Quadrige », 2007 (ISBN 978-2-13-054565-1).
  • Mythe et pensée chez les Grecs. Etudes de psychologie historique, Paris, Éditions Maspero, 1965 ; rééd. Paris, La Découverte, 2007.
  • Mythe et société en Grèce ancienne, Paris, Éditions Maspero, 1974
  • Religion grecque, religions antiques, Paris, Éditions Maspero, 1976.
  • Religion, histoires, raisons, Paris, Éditions Maspero, 1979.
  • La Mort dans les yeux. Figures de l’autre en Grèce ancienne, Paris, Hachette, 1985.
  • L’individu, la mort, l’amour. Soi-même et l’autre en Grèce ancienne, Paris, Gallimard, 1989.
  • Mythe et religion en Grèce ancienne, Paris, Le Seuil, 1990. - rééd. 2014
  • Figures, idoles, masques, Paris, Julliard, 1990.
  • Entre mythe et politique, Paris, Le Seuil, 1996.
  • L’Univers, les dieux, les hommes. Récits grecs des origines, Paris, Le Seuil, 1999.
  • Ulysse et Persée, Paris, Bayard, collection « Parler de la Grèce avec les enfants », 2004.
  • La Traversée des frontières, Paris, Le Seuil, « La librairie du XXIe siècle », 2004, rééd. « Points Essais ».
  • Pandora, la première femme, Paris, Éditions Bayard, 2005 [reprise d'une conférence donnée à la Bibliothèque nationale de France le 6 juin 2005]
  • L'Odyssée, Paris, Bayard, « Collège de France », 2011 (ISBN 9782227483101)
Directions
  • Problèmes de la guerre en Grèce ancienne, Paris-La Haye, Mouton, 1968.
  • L’Homme grec, Paris, Le Seuil, 1993.
  • En codirection avec Gherardo Gnoli, La mort, les morts dans les sociétés anciennes, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, 1990.
  • En codirection avec Stella Georgoudi, Les Mythes grecs au figuré de l’antiquité au baroque, Paris, Gallimard, 1996.
Collaborations

Avec Pierre Vidal-Naquet

  • Mythe et tragédie en Grèce ancienne, Paris, Éditions Maspero, 1972
  • Mythe et tragédie, II, Paris, La Découverte, 1986
  • Travail et esclavage en Grèce ancienne, Bruxelles, Complexe, 1988
  • La Grèce ancienne
    • Tome I : Du mythe à la raison, Paris, Le Seuil, 1990
    • Tome II : L’espace et le temps, Paris, Le Seuil, 1991
    • Tome III : Rites de passage et transgression, Paris, Le Seuil, 1992
  • Œdipe et ses mythes, Bruxelles, Complexe, 1994

Avec Marcel Detienne

  • Les Ruses de l’intelligence. La métis des Grecs, Paris, Flammarion, 1974
  • La Cuisine du sacrifice en pays grec, Paris, Gallimard, , 336 p. (ISBN 978-2070286553)

BibliographieModifier

Notes et référencesModifier

  1. « Jean-Pierre Vernant. Biographie », sur college-de-france.fr
  2. a b c et d Stella Georgoudi, Hommage à Jean-Pierre Vernant, Kernos, 20, 2007
  3. a b c d e et f >Jean-Pierre Vernant, grand résistant et helléniste, est mort, lemonde.fr, 10 janvier 2007
  4. a et b Jean-Pierre Vernant, De la Résistance à la Grèce ancienne, Éditions de l’EHESS, , 88 p.
  5. André Chervel, « Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1950 », sur Ressources numériques en histoire de l'éducation (consulté le 19 juin 2014).
  6. Cf. notice des Compagnons de la Libération.
  7. Universalia 2008 - La politique, les connaissances, la culture en 2007
  8. Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France, Paris, Le Seuil, coll. « La Librairie du XXe siècle », , 691 p. (ISBN 2-02-035492-6), p. 237.
  9. Vidéo de cette ultime conférence, dont le texte a paru après sa mort aux éditions Bayard (voir Publications, 2011).
  10. Pierre Vidal-Naquet, Mémoires 2, pp. 332-333. Il cite les noms de Froma Zeitlin et Bernard Knox.
  11. Revue de l'histoire des religions, 1960, volume 157, pp. 21-54, à lire en ligne sur le site Persée.
  12. (it) Vincenzo Di Benedetto, La tragedia greca di Jean-Pierre Vernant, dans Belfagor 32, p. 461-468, ; voir aussi (it) Vincenzo Di Benedetto, L'ambiguo nella tragedia greca: una categoria fuorviante, dans Euripide "Medea", introd. di V. Di Benedetto, trad. di E. Cerbo, p. 62-75, Milan,
  13. Roger-Pol Droit, La compagnie des contemporains : rencontres avec des penseurs d'aujourd'hui, Odile Jacob, , p. 338
  14. « Jean-Pierre VERNANT », sur academie-francaise.fr
  15. CNRS, « Liste des médaillés d'or du CNRS », sur http://www.cnrs.fr (consulté le 11 février 2014)
  16. Jean-Pierre Vernant, La traversée des frontières, Paris, Le Seuil, , page 147.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externesModifier