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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Marchandise (homonymie).
Un étalage de marché, couvert de fruits et légumes.
Fétichisme de la marchandise : sur le marché l'échange social des différents travaux est masqué par l'achat des différentes marchandises au moyen de l'argent .

Le fétichisme de la marchandise est la théorie développée par Karl Marx dans le chapitre premier de son ouvrage Le Capital, selon laquelle la marchandise aurait la faculté mystérieuse de posséder une valeur par elle-même.

Cette théorie repose sur son analyse de la notion économique de la valeur ; elle fait comprendre la place qu'occupe la marchandise dans notre vie et comment par son fonctionnement, le système capitaliste dérobe son fondement à notre compréhension .

Sommaire

Une illusion économiqueModifier

Le livre I du Capital comporte huit sections qui examinent les divers aspects de la production dans la société capitaliste (monnaie, salaire, plus-value, etc.). Le chapitre I de la première section intitulée "La marchandise et la monnaie", commence par une analyse de la marchandise qui montre qu'elle n'est pas un objet simple : c'est un produit complexe qui possède à la fois une utilité ("valeur d'usage") et une valeur ("valeur d'échange"). C'est la théorie de la valeur de Marx qui établit que la valeur d'échange (qui se manifeste à nous sous la forme du prix de la marchandise) est créée et déterminée par le travail humain et mesurée par la durée du travail humain ("travail général moyen" ou "travail abstrait") qui a été nécessaire à sa production[1]. C'est à la fin de ce chapitre que Marx étudie "Le caractère fétiche de la marchandise et son secret". Dans cette dernière partie, il montre que la valeur d'échange n'apparaît pas pour ce qu'elle est, à savoir le résultat du travail social, mais qu'elle semble être une qualité propre à la chose elle-même. Cette reîfication qui masque la réalité du travail social est le résultat de l'échange économique[2].

La faculté du travail humain de créer de la valeur (et pas seulement de l'utilité) est un caractère social, puisqu'il est lié au mode de production marchand (mode de production qui n'a pas toujours existé comme le montre cette dernière partie du ch.I) ; mais le fait d'en prendre conscience " ne dissipe point la fantasmagorie qui fait apparaître le caractère social du travail comme un caractère des choses, des produits eux-mêmes"[3]. Comme le dit Ali Bayar: "Les rapports de production entre les hommes prennent la forme de rapports entre les marchandises"[4].

Cette occultation de la réalité (ce n'est pas le travail qui donne de la valeur aux choses mais ce sont les choses qui ont une valeur en elles-mêmes) ressemble à ce qui se passe dans la religion " où les produits du cerveau humain ont l'aspect d'êtres indépendants doués de corps particuliers en communication avec les hommes et entre eux". Ce sont les hommes qui créent les dieux mais ils ne s'en rendent pas compte. C'est pourquoi Marx parle de fétichisme, forme de religion animiste dans laquelle on attribue un caractère sacré à certains objets. Cette notion de fétichisme permet de comprendre selon Antoine Artous que "les rapports sociaux capitalistes ne se donnent pas pour ce qu'ils sont - à savoir des rapports d'exploitation"; il y a là une "opacité spécifique" qui consiste "à chosifier un rapport social"[5].

Le fétichisme de la marchandise est révélateur d'un phénomène social plus profond par lequel, dans la production capitaliste, la production économique échappe au contrôle des producteurs : elle suit ses propres lois qu'on appelle les lois du marché. Ces lois imposent leurs conséquences indépendamment de notre volonté : recherche permanente d'une rentabilité accrue du capital ; inégalité de répartition des richesses et crises économiques périodiques : "Les humains regardent les marchandises qu'ils ont créées et leurs interactions (les prix, le marché, les crises, etc.)comme des divinités qui les gouvernent"[6].

Le mécanisme de l'illusionModifier

Dans la société capitaliste, la production se fait en vue de l'échange, mais dans des unités de production séparées et en concurrence les unes contre les autres. La production est dirigée directement par les producteurs marchands isolés, et non par la société. La société ne règle pas directement l’activité de travail de ses membres, elle ne prescrit pas ce qui doit être produit et en quelle quantité. Les liens sociaux entre les unités de production se font uniquement par l'intermédiaire de la marchandise, lorsque celle-ci est mise sur le marché. Ce n'est qu'une fois qu'ils ont mis leurs marchandises sur le marché que les producteurs privés peuvent savoir si leur produit correspond aux exigences sociales, et si leur mode de production particulier correspond au mode de production social. Le marché opère donc une régulation de la production sociale, mais exclusivement par l'échange des marchandises[7].

Les rapports de production sont fondamentalement sociaux, mais cet aspect social paraît n'être qu'une relation entre des objets, entre des marchandises. Il en résulte que la marchandise devient le support de ce rapport de production déterminé, la production marchande. La marchandise est l'objet fétiche ayant pour fonction d'assurer la coordination de la production de toute la société, et elle le fait en voilant le caractère social de la production. Les relations sociales sont remplacées par le marché d'échange des marchandises, qui semble décider de lui-même qui fait quoi, et pour qui. Les relations sociales deviennent ainsi confondues avec la marchandise, qui semble alors empreinte des pouvoirs humains, et qui devient le fétiche de ces pouvoirs. Les hommes, privés de la conscience sociale, deviennent aliénés par leur propre travail. Une conséquence directe est que le fétichisme de la marchandise jette un voile sur les questions politiques mises en jeu dans les relations sociales. Ni l'exploiteur, ni l'exploité (termes qu'emploie Marx) ne sont pleinement conscients de la position politique qu'ils occupent dans la société.

Le fétichisme de la marchandise se traduit par un double mouvement : réification des rapports sociaux et personnification des choses (notamment le capital).

Après MarxModifier

Dans son ouvrage majeur intitulé Essais sur la théorie de la valeur de Marx (1928), Isaak Roubine replace la théorie du fétichisme de la marchandise au cœur de la théorie marxiste de la valeur. L'appellation et le concept de fétichisme de la marchandise fut repris par de nombreux auteurs, qui en changèrent la signification. Par ailleurs, la théorie du fétichisme sexuel de Sigmund Freud conduisit à de nouvelles interprétations du fétichisme de la marchandise. Georg Lukács a développé son propre concept, voyant dans la réification (concept approchant le fétichisme de la marchandise) l'obstacle clé au développement de la conscience de classe. Son travail eut une certaine influence sur les philosophes Guy Debord et Jean Baudrillard.

Le concept de société du spectacle développé par Guy Debord est parallèle avec le concept de Marx. Jean Baudrillard a développé le concept pour expliquer les sentiments subjectifs qu'éprouve le consommateur envers les biens de consommation. Il s'est intéressé à la mystique culturelle qu'ajoute la publicité sur les produits qu'elle vante, et qui encourage le consommateur à les acheter dans l'illusion de s'approprier ses vertus. La notion du signe chez Baudrillard est également construite sur le modèle de Marx. D'autres comme Thorstein Veblen ont développé des théories sur les signes de puissance que peut envoyer une marchandise particulière. Voir aussi: Consommation ostentatoire.

BibliographieModifier

  • Antoine Artous, Marx et le fétichisme : le marxisme comme théorie critique, Syllepse, 2006, 205 p.
  • Anselm Jappe, Les Aventures de la marchandise, pour une nouvelle critique de la valeur, Éditions Denoël, 2003, rééd. La Découverte, 2017.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

RéférencesModifier

  1. Karl Marx. "Le Capital". Trad. J. Roy revue par l'auteur Editeur M. Lachâtre, 1872 [1] (lire en ligne)
  2. [www.palim -psao Le fétichisme de la marchandise chez Marx par Benoit Bohy-bunel] "Les hommes occultent le fait que les produits du travail dérivent d'une activité proprement humaine, tout comme ils occultent que leur idée d'un Dieu fut d'abord conçue par eux"
  3. Capital 1 Le caractère fétiche de la marchandise et son secret in Le Capital, Livre 1 t 1
  4. Ali Bayar "La théorie de Marx et le mode de production partitique. Revue d'études comparatives Est-Ouest vol.23,1992,(texte en ligne)
  5. Guillaume Collinet,"Antoine Artous, Le fétichisme chez Marx, le marxisme comme théorie critique",Variations[en ligne]8|2006,mis en ligne le 27 décembre 2012, conulté le 03 juin 2019.URL :http://journals.openedition.org/variations/525 (lire en ligne)
  6. Anselm Jappe "Les aventures de la marchandise, pour une nouvelle critique de la valeur", Editions Denoël 2003
  7. Isaac Roubine,Essais sur la théorie de la valeur de Marx