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Grâce (christianisme)

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Dans le christianisme, la grâce est une aide surnaturelle accordée par Dieu aux hommes pour faire leur salut, qui est le fait d'échapper à la damnation éternelle. Elle peut aussi correspondre au pardon, à l'affection, à l'amour et à la bienveillance divine. En Occident, les rapports de la grâce, qu'elle soit efficace ou suffisante, et du libre arbitre, ont été au cœur de controverses théologiques importantes. Le concept de grâce est aussi étroitement lié à l'idée de prédestination.

Sommaire

DéfinitionModifier

Dans le catholicisme, « la grâce désigne la bienveillance absolument gratuite que, de toute éternité, Dieu témoigne à l'homme en l'appelant à partager sa propre vie. C'est l'intimité avec le Dieu de Jésus-Christ donnée par le baptême et renouvelée par les sacrements. C'est par grâce que Dieu nous sauve[1]. »

Dans le protestantisme, la grâce désigne plus spécifiquement le don, immérité, du salut en Jésus-Christ. Elle entraîne la foi.

Dans le christianisme orthodoxe, « la doctrine de la grâce découle nécessairement du dogme plus général sur les énergies [divines]. « La grâce ou illumination déifiante n'est pas l'essence, mais l'énergie divine », dit Grégoire Palamas - énergie qui nous unit à Dieu, qui accomplit notre « déification ». C'est pourquoi l'énergie déifiante est souvent nommée « divinité » tout court, dans la théologie orthodoxe »[2].

On parle de grâce lorsque Dieu accorde une faveur imméritée à l'homme (par exemple, le salut par grâce), à l'inverse de la miséricorde qui se produit lorsque Dieu ne donne pas à l'homme le châtiment qu'il mérite.

La grâce de Jésus-Christ, et de son Père, transparaît dans leurs miracles.

Typologie de la grâce dans la doctrine catholiqueModifier

On distingue d'abord la grâce incréée de la grâce créée. La première est en Dieu, c'est la bonne disposition dont Dieu témoigne à l'égard de l'homme en habitant en lui. La seconde est dans la Création, elle consiste en une transformation de l'homme. Selon saint Thomas : "Il y a un certain don gratuitement donné qui est incréé, c'est le Saint Esprit" (Commentaire des Sentences, II, 26, 1)

Thomas d'Aquin[3] subdivise la grâce créée en grâce gratis data, pouvoir qu'ont certains de contribuer au salut des autres, et en grâce gratum faciens, qui consiste simplement en la sanctification d'un homme.

La grâce gratum faciens peut à son tour être habituelle, c'est-à-dire constituer une disposition stable (habitus), ou bien actuelle, c'est-à-dire relever d'une intervention ponctuelle.

Il distingue encore la grâce coopérante, dans laquelle la volonté de l'homme a l'initiative sur la grâce, de la grâce opérante, dans laquelle c'est la grâce qui initie la modification de la volonté. Dans ce dernier cas, la grâce opérante peut prendre la forme du salut de l'âme après sa mort, allant chez certains théologiens jusqu'au concept dit sola gratia, par lequel Dieu donne le salut par sa seule volonté, indépendamment des mérites.

Enfin, on parle de grâce efficace quand elle produit un acte bon, par opposition à la grâce suffisante qui nous y rend simplement aptes.

Ces différentes formes de grâce ont été utilisées de façon différenciée par les théologiens chrétiens, et peuvent avoir été à la base de violentes controverses théologiques, comme dans le cas du salut par la foi seule.

Selon le Catéchisme de l'Église catholique, la grâce est « la faveur, le secours gratuit » reçu de Dieu afin de répondre à son appel[4]. La grâce est reçue lors du baptême afin de sanctifier l'âme et de la guérir du péché[5]. La justification de l'homme vient de la grâce de Dieu[4]. Ainsi, la grâce est avant tout le don gratuit du Saint-Esprit visant la justification et la sanctification de l'homme[6]. Cependant, la grâce comprend également les dons du Saint-Esprit rendant l'homme apte à faire croître l'Église et à aider au salut des autres[6].

HistoireModifier

Les textes fondamentaux sur la grâce divine sont liés aux débuts du christianisme, religion qui enseigne la damnation ou le salut individuel. Ainsi saint Paul dans ses épîtres aux Galates et aux Romains traite abondamment du salut par les œuvres ou par la grâce. Ces textes justifient les débats ultérieurs sur ce sujet, débats qui se réfèrent tous à l'œuvre paulinienne.

En OccidentModifier

La grâce fut au cœur de débats théologiques principalement à deux époques : à la fin du IVe siècle dans le conflit entre les thèses de Pélage et d'Augustin, puis aux XVIe et XVIIe siècles. Ce débat fut l'une des principales sources de la Réforme.

Le pélagianisme minimisait le rôle de la grâce : Pélage prétendait que l'homme pouvait, par son seul libre arbitre, s'abstenir du péché, et niait en particulier la nécessité de la grâce. Contre lui, Augustin défendait la primauté du salut par la grâce. « L'homme livré à lui-même est réduit à l'impuissance par la grâce ; c'est elle qui, avec la concours de la volonté, lui permet d'accéder au bien et au salut[7]. »

La doctrine catholique fut définie au second concile d'Orange en 529.

Luther et surtout Calvin contestèrent la doctrine catholique sur ce sujet, qui laisse une place au libre arbitre de chacun, pour insister sur la prédestination, produit du salut par la seule grâce divine (Le "Sola gratia" est l'une des affirmations majeures du protestantisme).

Reprenant les thèses ultimes de saint Augustin et critiquant par exemple le molinisme, les jansénistes entendirent rétablir les notions de grâce efficace et de prédestination.

En OrientModifier

Les controverses sur la liberté et la grâce sont demeurées presque étrangères à l'Orient chrétien.

En revanche, concernant la nature de la grâce, l'enseignement de l'Église Orthodoxe s'est précisé au quatorzième siècle, lors des conciles de Constantinople de 1341, 1351 et 1368 qui confirmèrent la doctrine de Grégoire Palamas.

BibliographieModifier

  • Bernard Quilliet, L'Acharnement théologique - Histoire de la grâce en Occident - IIIè XXIè siècles, Fayard 2007

Voir aussiModifier

RéférencesModifier

  1. Définition sur le site de l'Église catholique en France.
  2. (en) Paul Ladouceur, « Introduction and translation: Vladimir Lossky, “The Doctrine of Grace in the Orthodox Church” », St Vladimir’s Theological Quarterly 58,1,‎ , p. 69-85 (lire en ligne)
  3. Somme Théologique, Ia IIae, Qu.111
  4. a et b Catéchisme de l'Église catholique, 1996
  5. Catéchisme de l'Église catholique, 1999
  6. a et b Catéchisme de l'Église catholique, 2003
  7. Théo, Droguet-Ardant/Fayard, 1789, p.326.