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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Création.

Premier récit de la création
Épisode du Livre de la Genèse
Image illustrative de l’article Création (Bible)
Universum,
Une représentation colorisée de la gravure sur bois de Flammarion, inspirée de la cosmogonie biblique

Titre original מעשה בראשית Maassè Bereshit
Localisation Genèse 1-1:2-3
Parasha Bereshit
Personnages Dieu et l’Adam

Le premier récit de la création (hébreu : מעשה בראשית maassè Bereshit) inaugure le livre de la Genèse, premier du corpus de la Bible.

D’après ce récit, une entité dénommée Elohim en hébreu et Deus en latin, crée les cieux et la terre, les ordonnant progressivement pour y installer l’Adam, un mâle et une femelle qu’il a créés à son image afin de régenter sa création.

La version biblique du récit originel affirme la création ex nihilo, et s’oppose frontalement aux doctrines aristotéliciennes du monde éternel et incréé. Elle repose en outre sur une optique résolument monothéiste qui fonde la pensée religieuse du judaïsme et du christianisme, informant de ce fait la conception du monde par l’Occident jusqu’à l’ère moderne. La révolution scientifique, prélude à l’étude scientifique du développement de l’univers, semble infirmer tout ou partie de ses données ; d’aucuns décident alors d’ignorer les découvertes de la science ou ses conclusions, donnant naissance à diverses écoles professant le créationnisme. L’évolution de l’exégèse biblique au XIXe siècle donne lieu à un autre débat entre les lecteurs « traditionalistes » de la Bible — qui tiennent le chapitre pour historiquement avéré et preuve concrète de la révélation divine car il n’aurait jamais pu être connu des hommes autrement — et les « modernes » qui n’y voient qu’un recueil de contes, constitué par les Israélites en réponse aux mythes mésopotamiens.

Récit biblique selon le texte massorétiqueModifier

D’après le texte hébraïque tel qu’il a été transmis par l’école massorétique de Tibériade, Dieu crée les cieux et la terre, et la terre est tohu et bohu, ténèbre sur le tehom, et souffle divin à la face des eaux. Il suscite alors la lumière et, voyant qu’elle est bonne, l’appelle jour tandis que la ténèbre est appelée nuit, « et ce fut soir et ce fut matin, jour un » (Gn 1:1-5).

Dieu suscite ensuite un espace (raqia) pour séparer les eaux qui seront au-dessus de lui des eaux qui seront en-dessous ; il le nomme « cieux, et ce fut soir et ce fut matin, second jour » (Gn 1:6-8).

Dieu dit aux eaux sous les cieux de se réunir en un endroit afin que le sol apparaisse ; le sol est appelé « terre » tandis que le conglomérat d’eaux est appelé « mers », et Dieu voit que c’est bon. Il dit alors à la terre de se couvrir d’herbes engendrant une semence, d’un arbre à fruit faisant un fruit selon son espèce et dans lequel est sa semence ; ce fut fait: la terre fait sortir des herbes engendrant une semence selon son espèce, et un arbre faisant un fruit dans lequel est sa semence selon son espèce. Dieu vit que c’était bien, « et ce fut soir et ce fut matin, troisième jour » (Gn 1:9-13).

Dieu suscite des luminaires dans l’espace des cieux afin de distinguer entre le jour et la nuit et de signaler les moments fixés, les jours et les années, et d’éclairer la terre. Il en fut ainsi: Dieu fit les deux grands luminaires, le grand luminaire pour régir le jour, le petit luminaire pour régir la nuit, et les étoiles ; il les placa dans l’espace des cieux pour éclairer la terre, pour régler le jour et la nuit, et pour distinguer la lumière des ténèbres. Dieu vit que c’était bien, « et ce fut soir et ce fut matin, quatrième jour » (Gn 1:14-19).

 
Le Premier Jour de la création, Chronique de Nuremberg, 1493.

BibleModifier

Avec la Genèse, Dieu agit comme un créateur du monde à partir du chaos, en plaçant l'homme au sommet de son œuvre ; avec les psaumes, Dieu agit plutôt comme un géographe, ordonnant et réordonnant le monde, maintenant une relation directe avec tous les êtres et les choses, sans déléguer forcément à l'homme une place prépondérante. Dans le monde catholique la première approche donnera l'idée que l'homme, reflet de la volonté de Dieu, doit domestiquer la nature, avec comme exemple les cloîtres ; la seconde, que l'homme, sous la volonté de Dieu, participe à la nature, avec comme exemple les rogations[1].

JudaïsmeModifier

Tradition chrétienneModifier

 
La Création du monde, baptistère de Padoue.

OrigèneModifier

Origène a écrit des homélies sur la Genèse. Il connaissait le prophète Ézéchiel et, d'autre part, il a repris la tradition juive d'interprétation des Saintes Écritures selon quatre sens, pour la lecture des textes sacrés. Considéré comme le fondateur de l’exégèse biblique, il rejetait une interprétation au premier degré des textes bibliques : « Quel est l'homme de sens qui croira jamais que, le premier, le second et le troisième jours, le soir et le matin purent avoir lieu sans soleil, sans lune et sans étoiles, et que le jour, qui est nommé le premier, ait pu se produire lorsque le ciel n'était pas encore ? Qui serait assez stupide pour s'imaginer que Dieu a planté, à la manière d'un agriculteur, un jardin à Éden, dans un certain pays de l'Orient, et qu'il a placé là un arbre de vie tombant sous le sens, tel que celui qui en goûterait avec les dents du corps recevrait la vie ? À quoi bon en dire davantage lorsque chacun, s'il n'est dénué de sens, peut facilement relever une multitude de choses semblables que l'Écriture raconte comme si elles étaient réellement arrivées et qui, à les prendre textuellement, n'ont guère eu de réalité »[2].

Augustin d'HipponeModifier

« La création et le temps » font l'objet de la partie XI des Confessions de Saint Augustin.
Saint Augustin voit dans les créatures deux natures possibles : l'essence et la substance.

François d'AssiseModifier

François d'Assise faisait des sermons aux oiseaux, et il aimait les animaux en général. Il a composé le Cantique des créatures. Il a été nommé par Jean-Paul II patron céleste de l'écologie en 1979[3].

Thomas d'AquinModifier

L'affirmation de la création est au centre de la pensée de saint Thomas d'Aquin. Dieu et la création font l'objet de la Somme théologique, prima pars (1266-1268).

Renaissance et période moderneModifier

À la Renaissance, la Kabbale juive eut un équivalent chrétien : la Kabbale chrétienne. Celle-ci, considérée comme « ésotérique » par certains chrétiens, fut violemment critiquée par Marin Mersenne (correspondant de Descartes) dans Questions sur la Genèse.

Luther trouve dans la lecture faite par saint Paul de la vie d'Abraham une réponse à ses questions : c'est par la foi que l'homme devient juste, plus que par le strict respect de la loi.[réf. nécessaire]

Créateur et créatureModifier

Le créateur[4]

La Parole de Dieu et son Souffle sont à l'origine de la vie de toute créature (Gn 1. 2 ; Gn 2. 7 ; Ps 33. 6 ; Ps 104. 30 ; Qo 3. 20-21 ; Ez 37. 10)[5].

« Au Saint Esprit, il convient de régner, de sanctifier et d'animer la Création, car il est Dieu consubstantiel au Père et au Fils (...). À lui revient le pouvoir sur la vie, car étant Dieu, il garde la création dans le Père par le Fils.[6]»

La créature

Elle diffère du créateur par son existence par rapport à son essence.

En théologie, il est admis qu'en Dieu (créateur), l'essence et l'existence sont une seule et même chose ; Dieu est de par sa propre essence. En revanche, l'essence de l'homme n'implique pas l'existence. L'homme est donc un existant qui tient son être d'autre chose.

C'est cette relation de dépendance qui fonde le lien religieux de la créature à son créateur.

IconographieModifier

 
Michel-Ange, « Dieu crée la Terre, la Lune et le Soleil ».

L'épisode biblique de la Création qui apparaît dans la Genèse a donné lieu à des œuvres célèbres de la peinture et de la sculpture occidentale, notamment le plafond de la Chapelle Sixtine de Michel-Ange.

Notes et référencesModifier

  1. Lire les rapports entre humains, nature et divin dans l'exemple du catholicisme
  2. Origène, cité par Lucien Febvre, Le Problème de l'incroyance au XVIe siècle, Paris, Éditions Albin Michel, , p. 181
  3. Roland Bonenfant, ordre des frères mineurs, « François d’Assise, un saint ami des bêtes », sur le site www.franciscain.org
  4. Catéchisme de l'Église catholique, pages 68 à 76, numéros 279 à 324.
  5. Catéchisme de l'Église catholique, page 156, no 703.
  6. Liturgie byzantine, tropaire des matines des dimanches du second mode. Cité dans le catéchisme de l'Église catholique.

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

Sources primairesModifier

Versions du Pentateuque et ses traductionsModifier
Massora
  • (he)/(fr) Méchon Mamré et Sefarim, « La Genèse Chapitre 1-2 - בְּרֵאשִׁית א-ב », dans La Bible bilingue Hébreu-Français,‎ (lire en ligne)


Sources anciennesModifier

  • Augustin d'Hippone, Les Confessions, texte annoté par Étienne Kern, Paris Flammarion, 2008.
  • Jean Philopon, De la création du monde, texte traduit et annoté par Marie-Claude Rosset et Christian Bouchet, Paris, Migne, 2004.
  • Luther, Commentaire sur la Genèse, t. 17, Genève, Labor et Fides, 1983.
  • Origène, Homélies sur la Genèse, texte introduit par Henri de Lubac et traduit et annoté par Louis Doutreleau, Paris, Cerf, 1944 (rééd. 2003).
  • Thomas d'Aquin, Somme théologique. Questions 44-49, La Création, texte annoté par Antonin-Dalmace Sertillanges, Paris, Desclée, 1927.
  • Thomas d'Aquin, Somme théologique. Questions 90-102, Les origines de l'Homme, texte annoté par Henri-Dominique Gardeil, Paris, Cerf, 1998.

BibliographieModifier

  • André Beauchamp, Devant la Création, Paris, Fides, 1997.
  • Catherine Chalier, La Nuit, le Jour : au diapason de la création, Le Seuil, 2009, 249 p. (ISBN 978-2-02-098447-8), prix des écrivains croyants, 2010
  • Raphaël Draï, Abraham, ou la recréation du monde, Paris, Fayard, 2006.
  • Alexandre Ganoczy, Homme créateur, Dieu créateur, Paris, Cerf, 1979.
  • Alexandre Ganoczy, Dieu, l'homme et la nature, Paris, Cerf, 1995.
  • Pierre-Marie Hombert, La création chez les Pères de l'Église, Collège des Bernardins, Parole et Silence, 2015.
  • Jean-Paul II, Le Créateur du ciel et de la terre, Catéchèse sur le Credo II, Cerf, 1988, 278 p.
  • Jürgen Moltmann, Dieu dans la Création, Traité écologique de la Création, Paris, Cerf, 1988.
  • Fabien Revol, Le temps de la Création, Paris, Cerf, 2015.
  • Christoph Schönborn (dir.), Création et évolution : une journée de réflexion avec Benoît XVI, Paris, Parole et Silence, 2007.
  • Jean-Marie Vernier, Théologie et métaphysique de la Création chez Saint Thomas d'Aquin, Paris, Pierre Téqui, coll. « Croire et savoir », 1995.