Ouvrir le menu principal

Le progressisme est la volonté d'instaurer ou d'imposer[1] un progrès social par des réformes ou par la violence[2],[3],[4],[5],[6] en opposition au conservatisme. En tant que philosophie, le progressisme se base sur le progrès social et l'idée que les avancées en matière de science, technologie, développement économique et l'organisation sociale sont vitaux à l'amélioration de la condition humaine.

Sommaire

Idée de progressismeModifier

Une pensée est qualifiée de progressiste, par exemple, lorsqu'elle conçoit le présent comme un progrès par rapport à une époque passée jugée plus primaire, plus difficile, ou encore plus ignorante. Toutefois, la pensée progressiste ne conçoit pas nécessairement le présent comme un progrès, mais elle peut au contraire dénigrer le présent, et réclamer une amélioration en prônant des valeurs dites « modernes ». Mais non pas « moderne » forcément dans le sens futuriste (ou nouvelles) mais différentes. Un retour à des valeurs passées (ou dont on imagine l'existence) peut être considéré comme moderne, progressiste, tant qu'elles changent les précédentes.

L'idée de progrès est liée, sur le plan philosophique, à une tendance profonde des Lumières qui pensaient pouvoir transformer le monde à partir de la diffusion de connaissance dotant les êtres humains des moyens intellectuels nécessaires à la mise en cause et à la transformation de la société d'Ancien Régime. À la perfectibilité de l'humanité s'ajoute vers 1800 l'idée de l'accélération du progrès scientifique et technique au début de la première révolution industrielle. Le progrès désigne surtout les groupes qui veulent briser les structures politiques et mentales héritées de l'Ancien Régime sans pour autant se prononcer pour une politique sociale audacieuse, la liberté d'entreprendre primant la redistribution autoritaire des richesses. Le progrès du socialisme dans les pays industrialisés entraîne une évolution de la notion vers une prise en compte de la nécessité de surmonter la misère et d'offrir à toutes les couches de la société des conditions de vie dignes de la richesse produite par les nouveaux moyens techniques.

Sans être abandonnée par ceux qui l'avaient portée, à savoir les libéraux, y compris les libéraux de droite, la notion devient le trait d'union de toutes les forces qui soutiennent l'URSS stalinienne, surtout après 1945. À l'ère de la division entre deux blocs, à l'époque de la guerre froide, le camp communiste se définit par « progressiste » par opposition au camp américain « réactionnaire », « colonialiste » ou « néocolonialiste », soumis à des « forces obscures ». L'expression avait déjà été employée avant la deuxième guerre mondiale, par exemple par Nikita Krouchtchev qui parle en 1937 de Staline comme du « phare et guide de l'humanité progressiste »[7],[8]. L'expression devint commune après 1945 : ainsi, en 1949 au moment du 70e anniversaire de Staline, Malenkov parlait du dictateur comme d'un « guide de l'humanité progressiste (« Tovarishch Stalin - vozhdʹ progressivnogo chelovechestva »)[9],[10]. » Les communistes occidentaux ainsi que les compagnons de route du communisme après 1945 font partie du camp progressiste. Il y eut incontestablement, à l'Est comme à l'Ouest une « culture progressiste », englobant les productions artistiques et intellectuelles qui pensaient contribuer au progrès, qu’il s’agisse d’une avant-garde artistique, d'une volonté de redécouvrir et de mieux diffuser la culture populaire, notamment dans le domaine de la musique, mais aussi d’une forme d’expression en expansion (musique pop, bande dessinée) ou d’une réflexion plus théorique sur le travail, la technique, l’être humain en tant qu’individu et être social[11]. Cette confusion entre le stalinisme et le progressisme s'atténuant après la mort du dictateur et la déstalinisation, l'expression a pu survivre. En France, dans les années 1970, l'idée selon laquelle la peine de mort devait être abolie relevait d'une pensée progressiste, par opposition à l'idée selon laquelle elle devait être maintenue, qui relevait d'une pensée conservatrice. De même, toute réforme n'est pas nécessairement progressiste, celle-ci pouvant de fait favoriser un retour en arrière et être réactionnaire.

La conception politique commune contemporaine du progressisme dans la culture du monde occidental est issue des vastes mutations sociales induites par l'industrialisation du monde occidental à la fin du XIXe siècle. Les progressistes du début du XXe siècle ont estimé que le progrès était étouffé par la vaste inégalité économique entre les riches et les pauvres; capitalisme de laissez-faire minimalement réglementé avec des sociétés monopolistiques; et un conflit intense et souvent violent entre travailleurs et capitalistes, affirmant ainsi que des mesures étaient nécessaires pour résoudre ces problèmes. [12] Le progressisme du début du XXe siècle était également lié à l'eugénisme [13],[14],[15] et au mouvement de tempérance[16]. Les progressistes contemporains promeuvent des politiques publiques qui, à leur avis, mèneront à un changement social positif.

Progressisme en AllemagneModifier

Le Parti progressiste allemand (Deutsche Fortschrittspartei) fondé en 1861, est de centre-gauche. Il est le premier parti allemand à dimension nationale[17].

Progressisme en FranceModifier

Depuis la IIIe République, la notion est mobilisée par des familles politiques très éloignées les unes des autres, englobant de façon apparemment surprenante les libéraux-conservateurs les plus forcenés et les staliniens les plus convaincus. Par exemple des députés à tendance conservatrice fondèrent en 1889 le groupe parlementaire des « Républicains Progressistes ».

L'historien Maurice Agulhon, a montré que les Républicains modérés de la IIIe République se réclament constamment de cette idée de progrès [18]

À la suite de son départ du Parti communiste, dont il fut dix ans le secrétaire général puis le président, Robert Hue crée en 2009 le Mouvement des progressistes (MdP), qui n'est pas un parti politique au sens classique mais un mouvement résolu à réactualiser le processus historique d'émancipation humaine initié par la Révolution française. Le MdP présente Sébastien Nadot comme candidat à la candidature à l'élection présidentielle qui promeut trois idées : le "progrès social", le filtre de l'environnement dans toute décision publique et le citoyen acteur décisionnel[19].

La mise en cause d'un progrès linéaire et souvent considéré comme une idéologie néfaste pour l'environnement[réf. nécessaire] n'a cependant pas empêché une partie de la gauche française de se définir u début du XXIe siècle comme union des « forces de progrès »[20]. Certains penseurs portent une analyse approfondie des rapports entre progrès et abandon de la lutte contre le système capitaliste à gauche et évoquent la nécessité de remettre en cause le progrès en tant que valeur suprême pour sa participation à l’avènement de l’ère individualiste, au démantèlement de certaines solidarités : on retrouve ici l’importance de l’individu au coeur d’une certaine philosophie des Lumières.[21]

Avant et après l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République Française, La République En Marche se revendique en tant que parti politique « progressiste », suivant la ligne progressiste des partis radicaux et du centre se voulant héritiers de Léon Gambetta tout en épousant entièrement le libéralisme[22]. Selon le politologue Jérôme Sainte-Marie, ce choix est fait « l’idée de dépasser le clivage gauche-droite pour s’inscrire dans un axe perpendiculaire à celui-ci, qui est l’opposition entre les progressistes et les nationalistes, assimilés aux réactionnaires », en alliant le libéralisme culturel de la gauche au libéralisme économique de la droite [23].

Progressisme aux États-UnisModifier

Article connexe : Ère progressiste.

Aux États-Unis à la fin du XIXe siècle, le mouvement progressiste est un mouvement politique et social qui a changé la société américaine, et auquel appartenaient par exemple les présidents Theodore Roosevelt (1901-1909), Woodrow Wilson (1913-1921). Il est né de la société civile dans un premier temps, des travailleurs sociaux, des journalistes qui dénoncent à la fois la corruption (les « muckrackers ») et les conditions des ouvriers et des immigrés, des associations de femmes qui jouèrent un rôle très actif comme l'a montré l'historienne américaine Théda Skocpol : le Congrès national des mères ou la Fédération générale des clubs de femmes[24]Source insuffisante .

Il influence encore Franklin Delano Roosevelt (1933-1945), John Fitzgerald Kennedy (1961-1963) et Lyndon B. Johnson (1963-1969).

Dans sa campagne des primaires américaines démocrates de la présidentielle de 2016, Bernie Sanders se réclame du progressisme.

RéférencesModifier

  1. (en) « Progressivism? Not so fast, folks », POLITICO,‎ (lire en ligne, consulté le 4 juillet 2018)
  2. (en) Thomas C Leonard, « Retrospectives: Eugenics and Economics in the Progressive Era », Journal of Economic Perspectives, vol. 19, no 4,‎ , p. 207–224 (ISSN 0895-3309, DOI 10.1257/089533005775196642, lire en ligne, consulté le 4 juillet 2018)
  3. Freeden, Michael., Liberal languages : ideological imaginations and twentieth-century progressive thought, Princeton University Press, (ISBN 9781400826353, 1400826357 et 9780691116778, OCLC 367682423, lire en ligne)
  4. Roll-Hansen, Nils, Geneticists and the Eugenics Movement in Scandinavia, The British Journal for the History of Science, , p. 335–346
  5. David North, « Pourquoi étudier la révolution russe ? », World Socialist Web Site,‎ (lire en ligne, consulté le 4 juillet 2018)
  6. Impr. Maury-Eurolivres), Le livre noir du communisme : crimes, terreur, répression, R. Laffont, (ISBN 2221088611 et 9782221088616, OCLC 406330552, lire en ligne)
  7. Pravda, 31 janvier 1937.
  8. Nikita Sergueïevitch Khrouchtchev. Encyclopédie Larousse.
  9. Bol’šhevik, no 24, décembre 1929, p. 8-11.
  10. Jean-Christophe Romer. La guerre nucléaire de Staline à Khrouchtchev: essai sur la constitution d'une culture stratégique en URSS (1945-1965). Publications de la Sorbonne, 1991, p. 54.
  11. François Genton et Edmond Raillard. La Culture progressiste à l’époque de la guerre froide, ILCEA 16 juillet 2012.
  12. Nugent, Walter T. K., Progressivism : a very short introduction, Oxford University Press, (ISBN 9780199746552, 0199746559 et 9780199745852, OCLC 488613132, lire en ligne)
  13. (en) Thomas C Leonard, « Retrospectives: Eugenics and Economics in the Progressive Era », Journal of Economic Perspectives, vol. 19, no 4,‎ , p. 207–224 (ISSN 0895-3309, DOI 10.1257/089533005775196642, lire en ligne, consulté le 15 février 2019)
  14. Freeden, Michael., Liberal languages : ideological imaginations and twentieth-century progressive thought, Princeton University Press, (ISBN 9781400826353, 1400826357 et 9780691116778, OCLC 367682423, lire en ligne)
  15. Nils Roll-Hansen, « Geneticists and the Eugenics Movement in Scandinavia », The British Journal for the History of Science, vol. 22, no 03,‎ , p. 335 (ISSN 0007-0874 et 1474-001X, DOI 10.1017/s0007087400026194, lire en ligne, consulté le 15 février 2019)
  16. « Frontmatter », dans Prohibition and the Progressive Movement, 1900–1920, Harvard University Press (ISBN 9780674865495, lire en ligne)
  17. Karin Nipperdey et Reinhardt Seifert, « Arbeitnehmerschutzrecht », dans Arbeits- und Sozialversicherungsrecht, Gabler Verlag, (ISBN 9783409927444, lire en ligne), p. 36–44
  18. Agulhon, Maurice., La République : de Jules Ferry à François Mitterrand : 1880 à nos jours, Hachette, (ISBN 2010094638, 9782010094637 et 2010133676, OCLC 23901403, lire en ligne)
  19. Sébastien Nadot, Postface de Robert Hue, Laissez la place ! Pour une révolution progressiste, paris, Alma, , 124 p.
  20. Martine Aubry emploie cette expression le 29 septembre 2011. Voir « Mitterrand, le chemin »
  21. Michéa Jean-Claude, <<Les >>mystères de la gauche Texte imprimé de l'idéal des Lumières au triomphe du capitalisme absolu, Climats, impr. 2013 (OCLC 1010063566, lire en ligne)
  22. Maëlle Gélin, « Vous avez dit progressiste ? », sur Le Vent Se Lève, (consulté le 15 février 2019)
  23. Alexandre Lemarié, « Le progressisme parle aux gagnants de la mondialisation, peu aux milieux populaires », sur lemonde.fr, (consulté le 22 octobre 2018)
  24. Theda Skocpol, Protecting Soldiers and Mothers, 1995.

Articles connexesModifier