Marc Aurèle

empereur et philosophe stoïcien romain
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Marc Aurèle
Empereur romain
Image illustrative de l’article Marc Aurèle
Buste de Marc Aurèle cuirassé exposé au musée Saint-Raymond de Toulouse (Inv. Ra 61 b).
Règne

(19 ans et 9 jours)
Période Antonins
Précédé par Antonin le Pieux
Co-empereur Lucius Aurelius Verus (de 161 à 169)
Usurpé par Avidius Cassius (175)
Suivi de Commode
Biographie
Nom de naissance Marcus Catilius Severus
Naissance
à Rome, Italie
Décès (à 58 ans)
à Vindobona, Pannonie
Inhumation Mausolée d'Hadrien
Père Marcus Annius Verus
Mère Domitia Lucilla
Fratrie Annia Cornificia Faustina
Épouse Faustine la Jeune
Descendance (1) Commode
(2) Faustina
(3) Annia Lucilla
(3) Gemellus Lucillæ
(4) Fadilla
(5) Cornificia
(6) Sabina
(7) Annius Verus
Empereur romain

Marc Aurèle est un empereur, philosophe et écrivain romain né le à Rome et mort le à Sirmione selon Tertullien ou à Vindobona. Sur les instructions de l'empereur Hadrien, il est adopté en 138 par son futur beau-père et oncle Antonin le Pieux qui le nomme héritier du trône impérial.

Marc Aurèle est empereur de 161 jusqu'à sa mort, survenue pour cause de maladie. Jusqu'en 169, il maintient la co-régence de l'empire avec Lucius Aurelius Verus, son frère adoptif et gendre, également adopté par Antonin. À partir de 177, à la mort de Lucius Verus, il associe son fils Commode au trône. Il est considéré par l'historiographie traditionnelle comme un souverain éclairé, le cinquième des bons empereurs mentionnés par Edward Gibbon. Son règne est cependant assombri par les conflits de la guerre romano-parthique et des guerres marcomanes, la famine et la peste. La colonne et la statue équestre de Marc Aurèle à Rome célèbrent ses victoires militaires.

On se souvient également de Marc Aurèle comme d'un important philosophe stoïcien, auteur de Pensées pour moi-même (en grec ancien Τὰ εἰς ἑαυτόν).

SourcesModifier

Les principales sources décrivant la vie et le règne de Marc Aurèle sont fragmentées et souvent peu fiables. Le groupe de sources le plus important, les biographies contenues dans Histoire Auguste, prétendent avoir été écrites par un groupe d'auteurs au début du IVe siècle après J.-C., mais on pense qu'elles ont en fait été écrites par un seul auteur (appelé ici « le biographe ») à partir de 395 environ[1]. Les biographies ultérieures et les biographies des empereurs subordonnés et des usurpateurs ne sont pas fiables, mais les biographies antérieures, dérivées principalement de sources antérieures aujourd'hui perdues (Marius Maximus ou Ignotus), sont beaucoup plus précises[2]. Pour la vie et le règne de Marc Aurèle, les biographies d'Hadrien, d'Antonin le Pieux, de Marc et de Lucius Aurelius Verus sont largement fiables, mais celles de Lucius Aelius et d'Avidius Cassius ne le sont pas[3].

Un ensemble de correspondance entre le précepteur de Marc Aurèle, Fronton, et divers fonctionnaires Antonins survit dans une série de manuscrits disparates, couvrant la période allant de 138 à 166 environ[4],[5]. Pensées pour moi-même de Marc Aurèle offre une fenêtre sur sa vie intérieure, mais elles sont largement indatables et font peu de références spécifiques aux affaires du monde[6]. La principale source narrative de cette période est Dion Cassius, un sénateur grec de Nicée en Bithynie qui a écrit l'histoire de Rome depuis sa fondation jusqu'en 229 en quatre-vingts livres. Dion est essentiel pour l'histoire militaire de la période, mais ses préjugés sénatoriaux et sa forte opposition à l'expansion impériale obscurcissent sa perspective[7]. D'autres sources littéraires fournissent des détails spécifiques : les écrits du médecin Claude Galien sur les habitudes de l'élite Antonine, les oraisons d'Aelius Aristide sur le tempérament de l'époque, et les constitutions conservées dans le Digeste et le Code de Justinien sur l'œuvre juridique de Marc Aurèle. Des inscriptions et des pièces de monnaie complètent les sources littéraires[8].

BiographieModifier

Origines familialesModifier

 
Portraits des parents de Marc Aurèle, Marcus Annius Verus et Domitia Lucilla Minor, imaginés par Guillaume Rouillé dans Promptuarium iconum insigniorum en 1553.

La famille du père de Marc Aurèle, Marcus Annius Verus III, est d'origine romaine[9]. La gens Annius est d'origine italienne, avec des allégations de descendance de Numa Pompilius. Une branche de ce clan est établie depuis longtemps à Ucubi (Colonia Claritas Iulia Ucubi, aujourd'hui Espejo), une petite ville de la province de Bétique située au sud-est de Cordoue[10],[11],[12],[13]. Cette branche des Aurelii basée en Espagne romaine, les Annii Veri, s'impose à Rome à la fin du Ier siècle apr. J.-C. L'arrière-grand-père de Marc Aurèle, Marcus Annius Verus I, est sénateur et, selon l’Histoire Auguste, ancien préteur ; son grand-père Marcus Annius Verus II est fait patricien en 73 ou 74[14],[15],[16]. Par sa grand-mère paternelle Rupilia, Marc Aurèle est membre de la dynastie des Antonins ; la nièce sororale de l'empereur Trajan, Salonia Matidia, est la mère de Rupilia et de sa demi-sœur, Sabina, la femme d'Hadrien[17],[18],[note 1].

La mère de Marc Aurèle, Domitia Lucilla Minor (également connue sous le nom de Domitia Calvilla), est la fille du patricien romain P. Calvisius Tullus et hérite d'une grande fortune de ses parents et grands-parents[note 2]. Elle est ainsi propriétaire de grandes briqueteries dans la banlieue de Rome, une entreprise rentable à une époque où la ville est en plein expansion, et de Horti Domitia Calvillae (ou Lucillae), une villa sur la colline du Cælius à Rome[23],[24].

NomsModifier

Le nom de naissance de Marc Aurèle est supposé être « Marcus Annius Verus », mais certaines sources lui attribuent ce nom à la mort de son père et à son adoption officieuse par son grand-père, à sa majorité ou au moment de son mariage[25],[26],[27],[28],[29]. Il est peut-être connu sous le nom de « Marcus Annius Catilius Severus », à la naissance ou à un moment de sa jeunesse, ou « Marcus Catilius Severus Annius Verus »[27],[28],[30],[31]. Lors de son adoption par Antonin le Pieux comme héritier du trône, il est connu sous le nom de « Marcus Aelius Aurelius Verus Caesar » et, lors de son ascension, il est « Marcus Aurelius Antoninus Augustus » jusqu'à sa mort[32]. Épiphane de Salamine, dans sa chronologie des empereurs romains, l'appelle « Marcus Aurelius Verus »[33].

Jeunesse et premières fonctions politiquesModifier

Enfance et jeunesseModifier

 
Marc Aurèle jeune (Musées du Capitole, Rome)

Marc Aurèle naît à Rome de Lucille et Vero le , selon le calendrier romain, le sixième jour avant les calendes de mai, année du deuxième consulat de son grand-père Marcus Annius Verus, correspondant à l'année 874 de la fondation de Rome[34]. Sa sœur cadette, Annia Cornificia Faustina, est probablement née en 122 ou 123[35]. Son père est mort jeune, probablement en 124, alors qu'il est préteur et que Marc Aurèle n'a que trois ans[36],[note 3]. Bien qu'il l'ait à peine connu, Marc Aurèle écrit dans ses Pensées pour moi-même qu'il a appris « la modestie et la virilité » du souvenir de son père et de sa réputation posthume. Lucilla ne s'est jamais remariée[35],[36].

La mère de Marc Aurèle, conformément à la coutume des nobilitas, passe peu de temps avec son fils, le confiant aux soins des servantes[37],[38],[39]. Néanmoins, Marc Aurèle attribue à sa mère « l'enseignement de la piété religieuse, de la simplicité dans l'alimentation et de la manière d'éviter les voies des riches »[40]. Dans ses lettres, Marc Aurèle fait de fréquentes et affectueuses références à sa mère, lui exprimant sa gratitude : « bien que ma mère ait été condamnée à mourir jeune, elle a passé ses dernières années avec moi »[41],[42].

Après la mort de son père, Marc Aurèle va vivre chez son grand-père paternel Marcus Annius Verus, mais Lucius Catilius Severus, décrit comme « l'arrière-grand-père maternel » de Marc Aurèle (probablement le beau-père ou le père adoptif de Lucilla), participe également à son éducation. Marc Aurèle grandit dans la maison de ses parents, sur le Cælius, où il est né, dans un quartier dont il se souvient affectueusement comme « mon Cælius »[43],[44],[45].

C'est alors une zone exclusive, avec peu de bâtiments publics et de nombreuses domus nobles, dont le palais de son grand-père, adjacent au Latran, où Marc Aurèle aurait passé la plus grande partie de son enfance. Marc Aurèle est reconnaissant à son grand-père de lui avoir appris à « se tenir à l'écart de la mauvaise humeur », mais il est également reconnaissant pour les événements qui l'ont empêché de vivre dans la même maison que la concubine de son grand-père, prise par celui-ci après la mort de sa femme, Rupilia Faustina[46],[47]. Selon l'archéologue Anthony Birley, cette femme ou quelqu'un de sa suite aurait pu être une tentation pour le jeune Marc Aurèle[42],[46].

L'enseignement de Marc Aurèle se fait à domicile, conformément aux tendances aristocratiques de l'époque[48]. Un de ses professeurs, Diognète, s'avère particulièrement influent, introduisant Marc Aurèle à une vision philosophique de la vie et lui apprenant l'usage de la raison[49]. En , sur ordre de Diognète (identifié par certains comme le destinataire de Épître à Diognète), Marc commence à pratiquer les habitudes des philosophes et à utiliser leurs vêtements, comme la tunique rêche grecque[49],[50].

D'autres tutores, Trosio Apro, Tuticio Proculo et le grammairien Alexandre de Cotyaion, décrit comme le principal érudit homérique de son temps, poursuivent sa formation entre 132 et 133. Marc Aurèle doit à Alexandre sa formation dans le style littéraire, visible dans de nombreux passages de Pensées pour moi-même[51],[52].

La succession d'HadrienModifier

 
Buste d'Hadrien, empereur romain de 117 à 138, conservé aux musées du Capitole à Rome.

Fin 136, Hadrien, en convalescence dans sa villa de Tivoli après avoir risqué de mourir d'une hémorragie, choisit Lucius Aelius comme successeur, l'adoptant contre la volonté de ses proches[53],[54]. Bien que ses motifs ne soient pas certains, il semble que le but d'Hadrien soit l'accession de Marc Aurèle au trône sur le long terme. Cependant, la santé de Lucius Aelius est mauvaise, au point que, lors d'une cérémonie marquant son accession à la succession d'Hadrien, il est trop faible pour lever seul un grand bouclier[54],[55]. Après un bref stationnement sur la frontière du Danube, Lucius Aelius retourne à Rome pour s'adresser au sénat le premier jour de l'année 138. La nuit précédant le discours, il tombe malade et meurt d'une hémorragie plus tard dans la journée[56],[57],[58].

Hadrien désigne un nouveau successeur le . Le choix tombe sur Antonin le Pieux, le gendre de Marcus Annius Verus, qui, le lendemain après avoir été soigneusement examiné, est accepté par le Sénat et adopté sous le nom de Titus Aelius Caesar Antoninus[59]. À son tour, conformément aux dispositions de ces mêmes princeps, Antonin adopte Marc Aurèle, alors âgé de dix-sept ans, et le jeune Lucius Aurelius Verus, fils du défunt Lucius Aelius[60]. À partir de ce moment, Marc change de nom pour devenir « Marcus Elius Aurelius Verus » et Lucius prend le nom « Lucius Elius Aurelius Commodus ». Marc Aurèle aurait accueilli la nouvelle qu'Hadrien était devenu son grand-père adoptif avec tristesse. Ce n'est qu'à contrecœur qu'il quitte la maison de sa mère sur le Caelius pour la maison privée d'Hadrien[61],[62].

Peu de temps après, Hadrien demande au Sénat d'exempter Marc Aurèle de la loi qui exige que le candidat à la fonction de questeur ait 25 ans. Le Sénat donne son accord et il devient d'abord questeur en 139, puis reçoit l'« imperium proconsulare maius » en 139 ou 140 et le consulat en 140, alors qu'il n'a que dix-huit ans[63],[64]. Cette adoption facilite le chemin de son ascension sociale : il est susceptible de devenir d'abord responsable des questions monétaires impériales et plus tard tribun militaire dans une légion. Marc Aurèle aurait probablement préféré voyager et approfondir ses études. Son biographe atteste que son caractère est resté inchangé : il a toujours fait preuve du même respect des relations que lorsqu'il était un citoyen ordinaire et il était aussi économe et attentif à ses biens que lorsqu'il vivait dans une maison privée[65].

La santé d'Hadrien s'aggrave au point qu'il fait une tentative de suicide, empêchée par son successeur Antonin[66],[67],[68]. L'empereur, gravement malade, quitte Rome pour sa résidence d'été, une villa à Baïes, une station balnéaire de la côte de Campanie. Sa condition ne s'y améliore pas, et il arrête de suivre le régime préconisé par ses médecins. Il fait alors appelle à Antonin, qui est présent à ses côtés lorsqu'il meurt d'un œdème pulmonaire le [69]. La succession est pacifique et stable : Antonin maintient les candidats d'Hadrien en fonction et apaise le sénat en respectant ses privilèges et en commuant les peines de mort des hommes accusés dans les derniers jours d'Hadrien[70],[71]. Pour son comportement, respectueux de l'ordre sénatorial et des nouvelles règles, Antonin reçoit l'appellatif « le Pieux »[29],[72],[71].

Héritier d'Antonin le PieuxModifier

 
Buste d'Antonin le Pieux, empereur romain de 138 à 161, conservé à la glyptothèque de Munich.

Immédiatement après la mort d'Hadrien, Antonin s'adresse à Marc Aurèle pour lui demander de modifier les modalités de son mariage. Marc Aurèle accepte, et ses fiançailles avec Ceionia Fabia sont annulées. Il se fiance à Faustine la Jeune, la fille d'Antonin, ce qui annule les fiançailles entre cette dernière et le frère de Ceionia, Lucius Commodus[73],[74]. Marc Aurèle est nommé consul en 140 avec Antonin comme collègue, et est nommé seviri, l'un des six commandants des chevaliers, lors de la parade annuelle de l'ordre le . En tant qu'héritier présomptif, Marc Aurèle devint princeps iuventutis, chef de l'ordre équestre. Il prend alors le nom de « Marcus Aelius Aurelius Verus Caesar », nom dont Marc Aurèle se méfie : « Veille à ne pas tomber au nombre des Césars, à ne pas t’empreindre de leur couleur, comme cela s’est vu »[75],[76],[77],[78]. À la demande du sénat, Marc Aurèle rejoint tous les collèges sacerdotaux (pontifes, augures, quindecemviri sacris faciundis, épulons, etc.[79],[80]) ; cependant, les preuves directes de l'appartenance ne sont disponibles que pour les Frères Arvales[81],[82].

Antonin exige que Marc Aurèle réside dans la maison de Tibère, le palais impérial du Palatin, et prenne les habitudes de sa nouvelle station, la aulicum fastigium ou « apparat de la cour », contre les objections de Marc Aurèle, qui doit lutter pour concilier la vie de la cour avec ses aspirations philosophiques[79],[80]. Il se dit que c'est un objectif réalisable mais somme toute difficile : « En quelque endroit qu’on vive, on y peut toujours vivre bien ; si c’est à la cour que l’on vit, on peut vivre bien et se bien conduire même dans une cour »[83]. Il se critique d'ailleurs lui-même dans Pensées pour moi-même pour s'être plaint « contre la vie qu’on mène à la cour » devant de la compagnie[80],[84].

En tant que questeur, Marc Aurèle semble jouer un rôle administratif secondaire. Il est chargé de lire les lettres impériales au sénat en l'absence d'Antonin, et plus généralement d'être une sorte de secrétaire particulier des sénateurs[85]. Ses fonctions de consul sont, au contraire, plus importantes, puisqu'il préside les réunions qui jouent un rôle important dans le fonctionnement administratif du corps de l'État. Il se sent alors absorbé par le travail de bureau et s'en plaint à son tuteur, Marcus Cornelius Fronto : « Je suis tellement essoufflé d'avoir dicté près de trente lettres »[85],[86]. Selon son biographe, c'était une façon de l'entraîner à gouverner l'État[87],[88]. Il a également l'occasion d'exercer ses capacités oratoires en faisant des discours devant les sénateurs de l'assemblée, une formation essentielle pour un empereur[89].

Le , Marc Aurèle est nommé consul une deuxième fois. Dans une lettre, Fronton lui demande de dormir suffisamment « pour que vous puissiez entrer au Sénat avec de belles couleurs et lire votre discours d'une voix forte »[89]. Marc Aurèle s'est en effet plaint d'une maladie dans une lettre précédente : « En ce qui concerne ma force, je commence à la retrouver, et il n'y a aucune trace de la douleur dans ma poitrine. Mais cet ulcère [...] [note 4], je suis traité et je fais attention à ne rien faire qui puisse le gêner »[90]. Marc Aurèle, qui n'a jamais été particulièrement sain ni fort, est félicité par Dion Cassius, qui écrit sur ses dernières années, le louant pour son comportement consciencieux malgré ses diverses maladies[89],[91].

 
Sesterce d'Antonin le Pieux, datés entre 140 et 144, célébrant l'union de Marc Aurèle avec Faustine la Jeune. Au-dessus des jeunes mariés se trouvent Antonin et Faustine l'Ancienne portant une statue de Concorde.

En , Marc Aurèle épouse Faustine, âgée de 14 ans, comme prévu depuis 138[92]. Selon le droit romain, pour que le mariage ait lieu, Antonin doit libérer officiellement l'un des deux enfants de son autorité paternelle ; sinon Marc Aurèle, en tant que fils adoptif d'Antonin, aurait épousé sa sœur. On ne sait pas grand-chose de la cérémonie, mais le biographe la qualifie de « remarquable »[92],[93]. Des pièces de monnaie sont émises avec les têtes du couple, et Antoninus, en tant que Pontifex maximus, aurait officié. Dans ses lettres survivantes, Marc Aurèle ne fait aucune référence apparente à son mariage, qui a duré 31 ans, et se contente de quelques références à Faustine[92].

Formation oratoire et philosophiqueModifier

Après avoir pris la toga virilis en 136, Marc Aurèle a probablement commencé sa formation à l'oratoire[94]. Il a trois tuteurs en grec, Aninus Macer, Caninius Celer et Hérode Atticus, et un en latin, Fronton. Ces deux derniers sont les orateurs les plus estimés de leur temps, et sont probablement devenus ses tuteurs après son adoption par Antonin en 138[95],[96]. La prépondérance des tuteurs grecs indique l'importance de la langue grecque pour l'aristocratie de Rome[97],[98]. C'est l'époque de la Seconde Sophistique, une renaissance des lettres grecques. Bien qu'éduqué à Rome, dans Pensées pour moi-même, Marc Aurèle écrit ses pensées les plus intimes en grec[99].

Hérode Atticus est un personnage controversé : Athénien extrêmement riche, peut-être l'homme le plus riche d'Orient, il est prompt à la colère, et ses compatriotes athéniens lui en veulent pour sa condescendance[100]. Atticus est un adversaire invétéré du stoïcisme et des prétentions philosophiques[101],[102]. Il trouve insensé le désir des stoïciens d'avoir un « manque de sentiment » ; selon lui, ils vivraient « une vie lente et amère »[103],[104]. Malgré l'influence d'Atticus, Marc Aurèle devient plus tard un stoïcien. Il ne mentionne pas Atticus dans Pensées, bien qu'ils soient en contact à de nombreuses reprises au cours des décennies suivantes[104].

Fronton jouit quant à lui d'une très bonne réputation. Dans le monde consciemment dépassé de la littérature latine, on le considère comme le deuxième après Cicéron, peut-être même comme une alternative à celui-ci[105],[note 5]. Il ne se soucie guère d'Atticus, bien que Marc Aurèle finisse par mettre les deux hommes sur un pied d'égalité. Fronton exerce une maîtrise complète du latin, capable de retracer des expressions à travers la littérature, de produire des synonymes obscurs et de contester des irrégularités mineures dans le choix des mots[105].

Une grande partie de la correspondance entre Fronton et Marc Aurèle a survécu[108]. Les deux hommes sont très proches, utilisant un langage intime dans leurs lettres : « Adieu mon Fronton, où que tu sois, mon amour le plus doux et ma joie. Comment cela se passe-t-il entre toi et moi ? Je t'aime mais tu n'es pas là ». Marc Aurèle passe également du temps avec la femme et la fille de Fronton, toutes deux du nom de Cratia, avec qui il a des conversations légères[109]. Le jour de son anniversaire, il écrit une lettre à Fronton dans laquelle il affirme l'aimer comme il s'aime lui-même et demande aux dieux de faire en sorte que chaque mot qu'il apprenne de la littérature, il l'apprenne « des lèvres de Fronto ». Ses prières pour la santé de Fronton sont plus que conventionnelles, Fronton étant souvent malade ; parfois, il semble être un invalide presque constant, toujours souffrant - environ un quart des lettres qui ont survécues traitent des maladies de l'homme[110],[111]. Marc Aurèle demande que la douleur de Fronton soit infligée à lui-même, « de mon propre gré, avec toutes sortes de maux »[110].

Fronton ne devient jamais l'enseignant à plein temps de Marc Aurèle et poursuit sa carrière d'avocat. Une affaire notoire le met en conflit avec Atticus[112],[113]. Marc Aurèle plaide auprès de Fronton de ne pas attaquer Atticus, d'abord par « conseil », puis comme « faveur », ayant déjà demandé à Atticus de s'abstenir de porter les premiers coups. Fronton est surpris de découvrir que Marc Aurèle considère Atticus comme un ami[note 6] et admet que Marc Aurèle peut avoir raison, mais affirme néanmoins son intention de gagner l'affaire par tous les moyens nécessaires : « [L]es accusations sont effrayantes et doivent être qualifiées d'effrayantes. Celles qui se réfèrent en particulier aux coups et aux vols que je décrirai de manière à ce qu'ils sentent le fiel et la bile. Si je l'appelle un petit Grec sans éducation, cela ne signifie pas une guerre à mort »[114]. L'issue du procès n'est pas connue[115].

 
Dessin de Quintus Junius Rusticus tiré de l'édition 1825 du Crabbes Historical Dictionary.

À l'âge de vingt-cinq ans (entre et ), Marc Aurèle se désintéresse de ses études de jurisprudence et montre des signes de malaise général. Il décrit son maître à Fronton comme étant un vantard désagréable qui l'a pris à partie : « Il est facile de bailler à côté d'un juge, mais être juge est un noble travail »[116]. Marc Aurèle se lasse de ses exercices, de prendre position dans des débats qu'il juge imaginaires. Lorsqu'il critique le manque de sincérité du langage conventionnel, Fronton se met à défendre celui-ci[117]. En tout cas, l'éducation formelle de Marc Aurèle est désormais terminée. Il garde ses professeurs en bons termes, les suivant avec dévouement. Le fait d'avoir consacré tant d'efforts à ses études « a eu des effets néfastes sur sa santé », écrit son biographe Anthony Birley. C'est la seule chose que celui-ci peut reprocher à Marc Aurèle durant sa jeunesse[117],[118].

Fronton a très tôt mis en garde Marc Aurèle contre l'étude de la philosophie : « Il est préférable de ne jamais avoir touché à l'enseignement de la philosophie... que de l'avoir goûté superficiellement, avec le bord des lèvres, comme le dit le dicton ». Il dédaigne la philosophie et les philosophes, et regarde de haut les sessions de Marc Aurèle avec Apollonios de Chalcédoine et d'autres dans ce cercle[108]. Fronton émet une interprétation peu charitable de la « conversion à la philosophie » de Marc Aurèle : « À la manière des jeunes, fatigués du travail ennuyeux », Marc Aurèle s'est tourné vers la philosophie pour échapper aux exercices constants de l'entraînement oratoire[119],[99]. Marc Aurèle reste en contact étroit avec Fronton, mais ignore ses scrupules[120].

Apollonios a probablement introduit Marc Aurèle à la philosophie stoïque, mais Quintus Junius Rusticus aurait l'influence la plus forte sur le garçon[119],[121],[note 7]. Il est l'homme que Fronton a reconnu comme ayant « attiré Marc Aurèle » loin de l'oratoire[119]. Il est plus vieux que Fronton et de vingt ans plus vieux que Marc Aurèle. Petit-fils d'Arulenus Rusticus, l'un des martyrs de la tyrannie de Domitien, il est l'héritier de la tradition de « l'opposition stoïque » aux « mauvais empereurs » du Ier siècle ; le vrai successeur de Sénèque (par opposition à Fronton, le faux)[123]. Dans Pensées, Marc Aurèle remercie Rusticus de lui avoir appris à « se détourner de la rhétorique, de la composition poétique, du bel esprit ; […] à écrire des lettres simples »[124],[125].

Naissances et décès dans la familleModifier

La génération des hommes est semblable à celle des feuilles. Le vent répand les feuilles sur la terre, et la forêt germe et en produit de nouvelles, et le temps du printemps arrive. C’est ainsi que la génération des hommes naît et s’éteint[126].

Iliade vi.146, cité en partie par Marc Aurèle dans Pensées pour moi-même. Il considère ce passage comme « le dicton le plus bref et le plus familier... assez pour dissiper la tristesse et la peur »[127].

Le , Faustine donne naissance à une fille, nommée Domitia Faustine. Elle est la première de quatorze enfants (dont deux paires de jumeaux) que Faustine porte au cours des vingt-trois années suivantes[128]. Le , Antonin donne à Marc Aurèle le pouvoir de tribun et l’imperium - l'autorité sur les armées et les provinces de l'empereur. Ses pouvoirs du tribun donnent à Marc Aurèle le droit de proposer une mesure avec préemption sur le Sénat et sur Antonin lui-même, et sont renouvelés avec ceux d'Antonin le [129]. La première mention de Domitia dans les lettres de Marc Aurèle révèle sa mauvaise santé : « César à Fronton. Si les dieux le veulent, il semble que nous ayons un espoir de guérison. La diarrhée a cessé, les petits accès de fièvre ont été chassés. Mais l'émaciation est encore extrême et il y a encore pas mal de toux ». Marc Aurèle et Faustine sont très occupés par les soins de la jeune fille, mais Domitia finit par mourir en 151[130],[131].

 
Le mausolée d'Hadrien, où sont enterrés les enfants de Marc Aurèle et Faustine. Le mausolée fait partie du château Saint-Ange.

En 149, Faustine donne naissance à des jumeaux. Des pièces de monnaie contemporaines commémorent l'événement, avec des cornes d'abondance croisées sous les bustes des deux petits garçons et la légende temporum felicitas, « béatitude des temps ». Cependant, les deux jeunes ne survivent pas longtemps ; Titus Aurelius Antoninus et Tiberius Elio Aurelius, noms connus grâce à leur épitaphe, sont morts très tôt (fin 149) et sont enterrés dans le mausolée d'Hadrien[128],[132]. Avant la fin de l'année, une autre pièce de monnaie est émise : elle montre seulement une petite fille, Domitia Faustine, et un bébé garçon ; la pièce est finalement remplacée par une autre, qui montre la fille seule. Marc Aurèle écrit dans Pensées : « Un homme prie : « Comment ne pas perdre mon jeune enfant », mais vous devez prier : « Comment ne pas avoir peur de le perdre » »[133],[134].

Une autre fille naît le et est nommée Annia Aurelia Galeria Lucilla. Entre 155 et 161, probablement peu après 155, la mère de Marc Aurèle Domitia Lucilla meurt[135]. Faustine a probablement eu une autre fille, Annia Galeria Aurelia Faustina, entre 151 et 153[135]. Un nouveau fils, Tibère Aelius Antoninus, est né en 152. Une émission de pièces célèbre la fecunditati Augustae, « la fécondité d'Auguste », et présente deux filles et un enfant. Le garçon n'a pas survécu longtemps, comme en témoignent les pièces de 156, qui ne représentent que les deux filles. Il serait mort en 152, la même année que la sœur de Marc Aurèle, Cornificia[136]. Le , un autre de ses enfants au nom inconnu meurt[137]. En 159 et 160, Faustine donne naissance à des filles : Fadilla et Cornificia, nommées respectivement en hommage aux sœurs décédées de Faustine et de Marc Aurèle[137].

D'autres enfants naissent plus tard : Commode et son jumeau Titus Aurelius Fulvus Antoninus, mort jeune, en 161, Marcus Annius Verus Caesar en 162, Vibia Aurelia Sabina en 170 ou 171 et Hadrien, également mort très jeune[128],[138].

Les dernières années d'AntoninModifier

Lucius commence sa carrière politique en tant que questeur en 153 et devient consul pour l'année suivante, à vingt-cinq ans[64]. Lucius n'a pas de titres honorifiques, à l'exception de celui de « fils d'Auguste ». Lucius a une personnalité bien différente de celle de Marc Aurèle : il aime les sports de toutes sortes, mais surtout la chasse et la lutte ; il prend un plaisir évident aux jeux du cirque et aux combats de gladiateurs[note 8],[140],[136]. Il ne se marie qu'en 164. Antonin ne partage pas les mêmes intérêts : il veut garder Lucius dans sa famille, mais il n'est pas sûr de pouvoir lui donner le pouvoir[140],[141]. Comme l'indiquent les statues de cette période, Marc Aurèle commence à porter une barbe (en plus des cheveux bouclés typiques de l'époque des Antonins), poursuivant la mode commencée par Hadrien[note 9], suivie par Antonin et qui dure longtemps, remplaçant l'apparence traditionnelle de l'homme romain, complètement rasé[142],[143].

En 156, Antonin a 70 ans. Il jouit toujours d'un état de santé satisfaisant, même si il a du mal à se tenir droit sans un corset et doit commencer à grignoter du pain sec pour lui donner la force de rester éveillé pendant ses réceptions du matin. À mesure qu'Antonin vieillit, Marc Aurèle assume des tâches plus administratives, plus encore lorsqu'il devient préfet du prétoire (un bureau qui est aussi bien un secrétariat qu'une agence militaire) à la mort de Marcus Gavius Maximus en 156 ou 157[144]. En 160, Marc Aurèle et Lucius sont désignés consuls conjoints pour l'année suivante, peut-être parce qu'Antonin sent la fin de sa vie approcher[145],[146].

Selon les récits de l’Histoire Auguste, deux jours avant sa mort, l'empereur, qui se trouve dans sa propriété de Lorium, a une indigestion, vomit et est pris de fièvre. Le lendemain, le , il convoque le conseil impérial et passe tous ses pouvoirs à Marc Aurèle, ordonnant que la statue d'or de Fortuna, qui se trouve dans la chambre des empereurs, soit apportée à celui-ci. Il donne ensuite le mot de passe au tribunat de la garde, « aequanimitas », puis se retourne, comme pour s'endormir, et meurt à l'âge de 75 ans[147],[146]. Sa mort met fin au règne le plus long depuis Auguste, surpassant de quelques mois celui de Tibère[148].

RègneModifier

Accession au pouvoir impérialModifier

Après la mort d'Antonin le Pieux, Marc Aurèle est le seul héritier de l'Empire. Le sénat lui accorde le titre d'Auguste et d’Imperator, en plus de celui de Pontifex maximus, prêtre à la tête des cultes officiels de la religion romaine. Il semble que Marc Aurèle soit réticent à l'idée d'assumer le pouvoir impérial, au moins au début, puisque son biographe Anthony Birley écrit qu'il est « contraint par le Sénat à prendre en charge la Res publica »[149],[150],[note 10]. Marc Aurèle, avec sa préférence pour la vie philosophique, trouve la fonction impériale peu attrayante. Sa formation de stoïcien le pousse cependant à comprendre que c'est son devoir, et il finit par accepter ces responsabilités[150].

 
Buste de Lucius Aurelius Verus, frère adoptif de Marc Aurèle, conservé au Metropolitan Museum of Art.

Bien qu'il ne montre pas d'affection personnelle pour Hadrien dans Pensées pour moi-même, Marc Aurèle le respecte beaucoup et ressent probablement le devoir de mettre en œuvre ses plans de succession. Ainsi, même si le sénat ne veut confirmer que lui, il refuse de prendre ses fonctions sans que Lucius ne reçoive les mêmes honneurs : le sénat est finalement contraint d'accepter et accorde à Lucius Verus les titres d'Auguste et d’Imperator. Marc prend, comme titulature officielle, « empereur Caesar Marcus Aurelius Antoninus Augustus » tandis que Lucius, prenant le nom de famille de Marc Aurèle, Verus, et renonçant au nom Commodus, devient l'empereur « Caesar Lucius Aurelius Verus Augustus »[note 11]. Pour la première fois, Rome est gouvernée par deux empereurs en même temps[154],[note 12].

Malgré le statut de diarchie, Marc Aurèle dispose de plus d’auctoritas que Lucius ; Marc Aurèle a fait partie du consul une fois de plus que Lucius, il a participé au règne d'Antonin et lui seul est Pontifex Maximus, le titre ne pouvant être partagé[155]. Le public pouvait alors clairement savoir quel empereur avait le plus de pouvoir, et Lucius n'a jamais contesté cette prééminence[156]. Birley a écrit : « Verus obéissait à Marc Aurèle… comme un lieutenant obéit à un proconsul ou un gouverneur obéit à l'empereur »[156],[157].

Immédiatement après la confirmation du Sénat, les empereurs procèdent à la cérémonie d'inauguration au Castra Praetoria, le camp de la garde prétorienne. Lucius s'adresse alors aux troupes déployées, qui acclament les imperatores. Puis, comme tout nouvel empereur depuis Claude, Lucius promet aux troupes une donation spéciale[158],[159]. Celle-ci représente le double des donations reçues par le passé : 20 000 sesterces (5 000 deniers) par soldat, les officiers recevant une somme plus grande. En échange de cette donation, égale à plusieurs années de salaire, les troupes jurent allégeance aux deux empereurs et assurent leur protection[158],[160],[159],[161]. La cérémonie n'est pas entièrement nécessaire, étant donné que la passation de pouvoir est pacifique et incontestée, mais elle constitue une assurance valable contre d'éventuelles révoltes de soldats[162].

Les funérailles d'Antonin sont célébrées de façon à ce que son esprit puisse s'élever vers les dieux, comme le veut la tradition ; le corps est placé sur un bûcher. Lucius et Marc Aurèle font diviniser leur père adoptif par un sacerdoce chargé de la cérémonie, avec le consentement du Sénat[163],[164],[165]. Le temple dédié à la femme d'Antonin, Faustine l'Ancienne, devient le temple d'Antonin et Faustine[162]. Selon ses dernières volontés, la succession d'Antonin ne passe pas directement à Marc Aurèle, mais à Faustine la Jeune, alors enceinte de trois mois[note 13]. Pendant sa grossesse, elle rêve de donner naissance à deux serpents, l'un plus féroce que l'autre[168],[169]. Le , les deux jumeaux, Titus Aurelius Fulvius Antoninus et Commode, naissent à Lanuvio. Outre le fait que les jumeaux sont nés le même jour que Caligula, il semble que les présages soient favorables et que les astrologues tirent des auspices positifs pour les deux nouveaux-nés. Les naissances est célébrées sur des pièces de monnaie impériales[170].

Co-empereur avec LuciusModifier

 
Bustes de Marc Aurèle (à gauche) et Lucius Aurelius Verus, conservés au British Museum.

Immédiatement après l'accession au pouvoir, Marc Aurèle promet à Lucius sa fille de onze ans, Lucilla, bien qu'il soit officiellement son oncle[171],[172],[173]. Lors des cérémonies de commémoration de l'événement, de nouvelles dispositions sont prises pour soutenir les enfants pauvres, sur le modèle de fondations impériales antérieures[162],[174]. Marc Aurèle et Lucius se révèlent populaires auprès des romains, qui approuvent fortement leur comportement civiliste. Les empereurs autorisent la liberté d'expression, comme en témoigne le fait qu'un auteur de comédies nommé Marullus est capable de les critiquer sans subir de représailles. Comme l'écrit le biographe Birley : « les façons laxistes d'Antonin ne manquaient à personne »[175],[167],[153].

Marc Aurèle remplace un certain nombre de hauts fonctionnaires de l'empire. Sextus Caecilius Crescens Volusianus, chargé de la correspondance impériale, est remplacé par Titus Varius Clemens. Clemens est originaire de la province de Pannonie et a servi dans la guerre en Maurétanie. Récemment, il a été procureur de cinq provinces ; il est considéré adapté à une période de crise militaire[176],[177]. Lucius Volusius Maecianus, ancien tuteur de Marc Aurèle et qui est gouverneur préfectoral d'Égypte lors de la prise de pouvoir de celui-ci, est rappelé et nommé sénateur ainsi que préfet du Trésor (aerarium Saturni). Il est également nommé consul peu après[176],[178]. Le gendre de Fronton, Gaius Aufidius Victorinus, est nommé gouverneur de la Germanie supérieure[179],[180],[178].

Dès que la nouvelle de l'accession au trône impérial de ses élèves lui parvient, Fronton quitte sa maison à Cirta et retourne à sa résidence romaine le . Il envoie une note à l'affranchi impérial Charilas, lui demandant d'entrer en contact avec les empereurs car, dit-il plus tard, il n'avait pas osé écrire directement aux empereurs[181]. Le professeur se montre immensément fier de ses élèves. En repensant au discours qu'il a prononcé pour l'ascension au consulat en 143, il loue Marc Aurèle en ces termes : « Il y avait alors en toi une capacité naturelle extraordinaire, maintenant perfectionnée à l'excellence, le grain qui a poussé est maintenant une récolte mûre ». Lucius, en revanche, est moins estimé par Fronton, ses intérêts étant considérés d'un niveau inférieur[169].

Les débuts du règne se déroulent sans heurts, de sorte que Marc Aurèle peut se consacrer à la philosophie et à la recherche de l'affection du peuple[182],[181]. Cependant, de nouvelles préoccupations signifient la fin du Felicitas temporum proclamé par les pièces de 161[181].

À l'automne 161 ou au printemps 162[note 14], le Tibre déborde et dévaste une grande partie de Rome. De nombreux animaux se noient, laissant la ville en proie à la famine. « Marc Aurèle et Lucius font face personnellement à ces catastrophes » et les communautés italiennes touchées par la famine sont aidées, ce qui leur permet de s'approvisionner en céréales en provenance de la capitale[185],[186]. En d'autres temps de famine, les empereurs maintenaient les communautés italiennes hors des greniers romains[187].

Les enseignements de Fronton se poursuivent dans les premières années du règne de Marc Aurèle. Fronton estime que, compte tenu du rôle de Marc Aurèle, les leçons sont plus importantes aujourd'hui que jamais. Il pense que Marc Aurèle « commence à ressentir à nouveau le désir d'être éloquent, bien qu'il en ait perdu l'intérêt pendant un certain temps ». Fronton rappelle à nouveau à son élève les problèmes de compatibilité entre son rôle et ses prétentions philosophiques : « Suppose, César, que tu puisses atteindre la sagesse de Cléanthe et de Zénon de Kition, mais, contre ta volonté, pas la cape de laine du philosophe »[188].

Les débuts du règne de Marcus sont les plus heureux de la vie de Fronton : Marc Aurèle est aimé du peuple de Rome, un excellent empereur, un élève passionné, et peut-être surtout, aussi éloquent qu'on pouvait le souhaiter[189]. Marc Aurèle fait preuve d'habileté rhétorique dans son discours au Sénat après un tremblement de terre à Cyzique, et impressionne le sénat en racontant en détail la catastrophe : « soudain, l'esprit des auditeurs était plus violemment agité pendant le discours que la ville pendant le tremblement de terre ». Fronton est extrêmement satisfait[188].

Guerre romano-parthiqueModifier

L'année de son accession au trône, les Parthes envahirent les provinces orientales de l'Empire (notamment le royaume d'Arménie, protectorat romain) et l'armée romaine connut un premier désastre. Lucius Aurelius Verus fut envoyé en urgence en Orient. Mais l'essentiel de la direction des opérations fut confié à deux excellents généraux, Statius Priscus et surtout Avidius Cassius. Lucius Vérus installa sa cour à Antioche, ce qui lui valut des accusations de débauche et d'incompétence militaire. Entre 162 et 166, les Romains reprirent l'avantage et pillèrent les deux grandes villes du royaume parthe, Séleucie du Tigre et surtout la capitale Ctésiphon.

 
La Mort de Marc Aurèle par Eugène Delacroix.

Sur le plan intérieur, il accomplit une œuvre législative importante. Sous son règne les chrétiens subirent d'importantes persécutions. Ainsi en 165, Justin mourut martyr à Rome et en 177 une persécution eut lieu à Lugdunum (les martyrs de Lyon, dont Blandine).

Les deux empereurs célébrèrent leur triomphe en 166 mais le retour de l'armée romaine à Rome correspondit au déclenchement de la peste antonine, terrible épidémie qui fit de tels dégâts dans la population que certains historiens en ont fait abusivement la cause décisive de la décadence romaine (survenue deux siècles plus tard). Les conséquences sociales et économiques de cette épidémie furent cependant très graves. Le début du règne connut aussi de grandes catastrophes naturelles qui marquèrent fortement les esprits, comme les inondations du Tibre en 161 ou le tremblement de terre de Cyzique qui se produisit également en 161.

Guerres marcomanesModifier

À peine la guerre contre les Parthes est-elle terminée qu'une nouvelle menace apparaît aux frontières. Les peuples barbares installés dans les régions danubiennes, les Quades et les Marcomans, menacent directement le Nord de l'Italie. La menace est si forte que les deux empereurs se rendent personnellement sur place en 168/169 et passent l'hiver en Aquilée. En janvier 169 Lucius Aurelius Verus meurt épuisé et malade, laissant ainsi Marc Aurèle comme seul empereur. Il faut plus de cinq années (169/175) à l'empereur pour venir à bout de cette menace. Il s'appuya alors sur des généraux compétents comme son gendre Claudius Pompeianus ou encore Pertinax, le futur empereur.

C'est alors qu'une rumeur de la mort de Marc Aurèle conduit Avidius Cassius, gouverneur d'une large partie de l'Orient, à se proclamer empereur. La fidélité du gouverneur de Cappadoce, Publius Martius Verus, laisse le temps à Marc Aurèle de lever des troupes et de se préparer à marcher sur le rebelle. Mais en juillet 175 Avidius Cassus est assassiné par un de ses soldats et sa tête envoyée à Marc Aurèle. Ce dernier juge plus prudent d'effectuer malgré tout un voyage en Orient avec sa femme, qui meurt en chemin, et son fils Commode. Il visite la Cilicie, la Syrie, l'Égypte, puis s'en retourne par Smyrne et Athènes où, avec son fils, il est initié aux mystères d'Éleusis en 176.

Le à Rome ont lieu les fêtes du triomphe sur les peuples germaniques. Éphémère triomphe car dès 177 Marc Aurèle doit repartir guerroyer sur la frontière danubienne.

C'est lors d'une de ses campagnes sur le Danube, que Marc Aurèle tomba malade, en Pannonie. Il meurt le , peut-être frappé par la peste antonine à Vindobona (aujourd'hui Vienne en Autriche). L'historien Dion Cassius écrit que Marc Aurèle fut empoisonné par ses médecins sur ordre de son fils ambitieux Commode[190].

L'Empire revint alors à Commode.

DoctrineModifier

 
Aureus de Marc Aurèle. Date : 165 Description revers : Felicitas (la Félicité) drapée debout à droite, le pied droit posé sur un globe, tenant un caducée de la main droite tendue et une corne d’abondance de la main gauche. Description avers : buste lauré, drapé et cuirassé de Marc Aurèle à gauche, vu de trois quarts en arrière.

Marc Aurèle était un stoïcien, ses maîtres à penser furent principalement des représentants du Portique : Épictète, Apollonios de Chalcédoine, Sextus de Chéronée. De cet héritage il fit une philosophie pratique de la vie qu'il exposa dans son unique ouvrage Pensées pour moi-même.

À travers les douze livres qui composent les Pensées, plusieurs thèmes, souvent sous forme de maximes récurrentes. On a ainsi :

  • Toutes les choses participent d'un Tout (qu'il surnomme parfois L'Un, Dieu, Nature, Substance, Loi, Raison). Nous, les Hommes, sommes des parties de ce Tout.
  • Nous devons vivre selon la Nature, c'est-à-dire en suivant la Loi de la Nature et celle-ci procède de la Providence, donc « tout ce qui arrive est nécessaire et utile au monde universel, dont tu fais partie » (Livre II).
  • Cela veut dire aussi vivre en conformité avec la Nature de l'Homme qui est raisonnable et sociable. Il faut tendre vers ce qui est utile et bien approprié à la communauté (Livre VII)
  • La mort fait partie de la Nature, car tout change, tout se transforme, « tout, depuis l'éternité, semblablement se produit et se reproduira sous d'autres formes semblables à l'infini » (Livre IX).
  • Ce qui importe c'est le présent, « ce n'est ni le futur, ni le passé qui te sont à charge, mais toujours le présent ».

Apport philosophiqueModifier

« Réfléchis souvent à l'enchaînement de toutes choses dans le monde et à leurs rapports réciproques, elles sont pourrait-on dire entrelacées les unes aux autres et, partant, ont les unes pour les autres une mutuelle amitié, et cela en vertu de la connexion qui l'entraîne et de l'unité de la matière. »

— Marc Aurèle dans Pensées pour moi-même (VI, 38)

 
Statue équestre de Marc Aurèle, Palazzo dei Conservatori (Musei Capitolini).

Marc Aurèle s'inscrit dans un « stoïcisme abouti », c'est-à-dire que l'empereur avait suffisamment intégré l'enseignement d'Épictète, Sénèque et Zénon pour prolonger avec adresse la connaissance de cette maîtrise des passions que formule l'enseignement du stoïcisme. Appliquant cette philosophie, quand il assistait aux jeux du cirque, ostensiblement il ne regardait pas le spectacle et lisait[191]. On disait de Marc Aurèle qu’il était « la philosophie (stoïcienne) assise sur un trône »[192].

La reconnaissance de l'harmonie du pneuma, de ce souffle chaud qui traverse notre être pour le mener vers le mouvement de la vie et de son équilibre avec le destin, n'implique aucun fatalisme mais demande une certaine pratique.

C'est à cet art praxis que s'exerce Marc Aurèle. C'est de lui, en effet, que nous tenons « cette matière pour la conduite », éthique en réalité très éloignée de l'aspect manichéen qu'impose souvent la morale collective, éthique proche au contraire d'un juste discernement dans nos actes : « la meilleure manière de se venger, c'est ne pas se rendre semblable à ceux qui t'ont fait mal ».

Marc Aurèle aura toujours à cœur de reconnaître au sein de la complexité des relations humaines et des formations même physiques ce que l'Homme peut apporter en termes d'équilibre autant pour lui-même que pour le monde entier. La conduite s'inscrit donc dans une dynamique qui dépasse l'être humain afin de se lier plus étroitement à l'harmonie d'un seul et même monde : « Toutes choses sont liées entre elles et d'un nœud sacré, et il n'y a presque rien qui n'ait ses relations. Tous les êtres sont coordonnés ensemble, tous concourent à l'harmonie du même monde ».

L'entendement de l'empereur philosophe vient donc promettre un certain accord entre ce qu'il nomme « le génie (ou démon) intérieur », la possibilité d'appréhender la nature par la création, et ce que la nature à son tour crée et détermine. De cette relation naît une certaine sagesse et manière de vivre, une idée de ce que peut apporter l'univers à l'individu, comme ce que l'individu peut apporter à l'univers : « Souviens-toi de la matière universelle dont tu es une si mince partie ; de la durée sans fin dont il t'a été assigné un moment si court, et comme un point ; enfin de la destinée dont tu es une part et quelle part ! ».

L'empereur philosophe confronte ses obligations politiques avec les valeurs que ses maîtres stoïciens lui ont enseignées, mais aussi avec d'autres références : l'apport philosophique de Platon, Épicure, Démocrite, Héraclite. C'est en ce sens que les textes de Marc Aurèle gardent un intérêt certain. Ils mettent effectivement en exergue une justesse éthique au sein d'une politique où l'art de décider doit toujours s'articuler à cette interrogation : veux-tu le pouvoir pour le pouvoir ou l'exercice du pouvoir ? Autrement dit, ton ambition est-elle d'obtenir la puissance, ou d'être capable à travers elle de réfléchir, dire et agir afin qu'un chemin vertueux soit tracé pour la cité ?

 
Statue de Marc Aurèle à la glyptothèque de Munich.

Loin d'être simple à mettre en pratique, cette interrogation souligne le souci d'un empereur qui, détenant le pouvoir suprême, continue à s'interroger sur ses propres motivations et intentions plus enfouies. Le fait de s'arrêter de polémiquer pour se demander si ce que l'on essaie de créer relève d'une certaine « bonté » et d'un désir d'aider, ou d'une ambition toute personnelle, conduit l'homme politique à se recentrer et marquer un temps nécessaire dans sa prise de décision.

Marc Aurèle souligne tout au long de ses écrits les plus hautes valeurs de l'être humain : Prudence, Justice, Courage et Tempérance, qui depuis Platon sont les quatre vertus principales du Philosophe, celles qui assurent la cohérence et la force de ses actions. L'originalité de son œuvre réside dans le ton personnel des Pensées pour moi-même, qui témoigne d'une attention aiguë à l'urgence de « vivre pour le bien », c'est-à-dire vivre dignement dans un monde plein de troubles, à l'urgence d'accomplir son rôle d'homme possesseur d'un « génie intérieur » : forme d'intelligence pour situer la raison et élever son jugement. La précarité de l'existence humaine, la fugacité du temps, de la mémoire, qui engloutit tous les Hommes, grands ou petits, dans l'oubli et la mort ; la petitesse de l'Homme et de la terre dans l'infini de l'univers : tels sont les grands thèmes de la philosophie de Marc Aurèle. Cette insistance si moderne n'a rien de tragique car l'Homme a sa place dans cet univers où chaque être est situé de façon ordonnée. Par son « génie intérieur », son esprit raisonnable (il ne s'agit pas encore de rationalité), l'Homme participe de ce cosmos divin. Il comprend son éternelle transformation. Cette vision élimine donc la peur de la mort qui n'est pas anéantissement mais changement, renouvellement de l'univers. Il faut donc accepter sereinement cet événement naturel. Le but de l'Homme est alors de vivre dignement le présent, de jouer son rôle qui est d'être utile au bien commun, car tous les Hommes sont liés à la Nature : « Que l'avenir ne te trouble pas car tu viendras à lui, quand il le faudra, avec la même raison que tu utilises pour les choses présentes ».

Marc Aurèle manifeste un sens très haut de sa responsabilité dans l'État, et se critique sévèrement lui-même tout en interrogeant sans cesse la finalité de l'action politique : « Prends l'habitude autant que possible, de te demander à quelle fin se rapporte cette action, que désire l'Homme qui veut agir ? » Dans tous les cas, le philosophe insiste très longuement sur l'idée que la vision du Tout, de ses éternelles transformations, élève notre âme. Prendre part à l'équilibre naturel en faisant de sa pensée un moyen pour être en harmonie avec le monde participe à notre propre équilibre. « La vision du Tout » va même au-delà de cette conception de l'équilibre, elle place l'individu dans un rapport complexe avec l'ensemble de l'univers et l'oblige à penser la multiplicité des relations entre un Homme et « la totalité de l'existence » (ce qui implique toute vie mais aussi toute durée). C'est pourquoi le destin ne nous est pas si étranger. Certes, il peut parfois nous dominer mais il n'existe pas sans ses « acteurs » et les Hommes en font partie.

Cette vision du tout élimine les fausses représentations, les passions (au sens de la souffrance), en particulier l'ambition, l'orgueil, la colère, et nous amène à être modestes, justes et bienveillants envers chaque Homme, notre égal en tant qu'être raisonnable et sociable, qu'il faut écouter en « entrant dans son âme ». L'Homme qui suit la raison en tout est « tranquille et décidé à la fois, radieux et en même temps consistant ». En ce sens, l'empereur était un précurseur du siècle des Lumières spécifiant (comme Kant) la Raison comme meilleur guide pour la compréhension et le jugement de l'être humain.

La raison humaine qui est donc « génie intérieur » de l'Homme devient cette parcelle de la finalité universelle divine qui est providence et à laquelle l'Homme doit agréer car il est, nous l'avons compris, comme une partie dans un tout particulièrement significatif. L'originalité et la modernité de la pensée de Marc Aurèle réside également dans la distinction radicale et déjà « cartésienne » (anachronisme voulu) de l'intelligence humaine, non seulement d'avec le corps, mais aussi d'avec l'âme d'essence matérielle. C'est d'ailleurs à partir de cette conception physique que l'empereur philosophe parle ensuite de ses considérations éthiques qui sont : « principe des fonctions vitales, maîtrise des passions » et « marque de l'esprit du temps ».

 
Buste de Marc Aurèle exposé au Palazzo Nuovo (Musei Capitolini).

Marc Aurèle se considère comme un « progressant », c'est-à-dire comme celui qui progresse peu à peu sur le chemin de l'ordre universel en vivant justement selon la Nature, mais aussi celui qui détient son directeur de conscience toujours confronté à la dure réalité des évènements. Par conséquent, l'exigence stoïcienne face aux décisions que l'Homme doit prendre va en progressant et ne saurait atteindre totalement la perfection mais seulement une certaine sérénité : l'ataraxie.

Ainsi le bonheur est possible dans ce qui rend la Nature contente d'elle-même, il ne dépend d'aucun bien extérieur mais d'un état d'esprit où l'individu se sent sensiblement capable d'être en paix avec lui-même et avec le monde. Il faut donc suivre son « génie intérieur » et ne considérer comme bien et mal que ce qui dépend de nous car, en réalité, l'on ne peut juger véritablement et avec justice que sa propre conduite. Ce souci éthique d'une « morale individuelle désirée » et naturellement articulée à la collectivité semble être l'apport majeur de la philosophie de Marc Aurèle.

Il est également central de rappeler l'importance d'une notion chère à l'empereur : l'harmonie, la potentialité d'adjoindre aux manifestations incertaines de l'existence individuelle ou collective, un équilibre menant à une part relative de stabilité, elle-même nous laissant la possibilité de comprendre la Nature et de réfléchir sur notre conduite. Si le philosophe stoïcien souligne l'impact de cette harmonie tout en signifiant le propre, selon lui, de la justesse éthique, ce n'est que pour asseoir davantage son interrogation plus profonde de l'universalité, de ce qui, comme il le précise souvent dans ses Pensées, est marqué par le sceau d'une intrication perpétuelle, c'est-à-dire par la présence constante du lien qui unit chaque élément à tous les autres. Marc Aurèle est un penseur de la liaison, d'une relativité de liens s'inscrivant dans l'absolu d'une unification donnant sens à nos actions.

Nombre de philosophes ont été et sont encore influencés par la vision très moderne et à la fois antique de Marc Aurèle et beaucoup ont vu en lui un apport pragmatique et avant tout une justesse dans l'affirmation et l'action, c'est-à-dire dans les deux manières de décider et de garder sa détermination.

La philosophie de Marc Aurèle n'est pas un système, et si elle n'est pas très complexe, elle demeure cependant fondamentale pour toute construction éthique.

Les grands actes politiques de Marc AurèleModifier

Entre 175 et 176 apr. J.-C., l'empereur fait un voyage à Athènes et devient protecteur de la philosophie.

Marc Aurèle donne un traitement fixe aux rhéteurs et aux philosophes, assure le recrutement des maîtres, assure au Sénat et avec les plus grands sénateurs « un conseil de réflexion pour la cité », crée quatre chaires d'enseignement pour les grandes écoles philosophiques : l'Académie platonicienne, le Lycée aristotélicien, le Jardin épicurien et le Portique stoïcien. L'empereur est déjà partisan d'une pensée pour la complémentarité des disciplines scientifiques.

L'empereur, soucieux et inquiet des questions de santé publique, fait au mieux pour empêcher la terrible progression de la peste. Également concerné par les problèmes que posent l'exclusion et l'indigence, il fonde plusieurs établissements éducatifs pour cinq mille jeunes filles pauvres et annule les dettes envers le trésor impérial.

Pour avoir favorisé le développement de la philosophie, il ne supporte pas « le fanatisme des chrétiens » et ne peut tolérer leur « fétichisme » pour le Christ. Conservateur, il les persécute, jugeant qu'ils sont une menace pour l'unité de l'Empire (ils refusent notamment de brûler de l'encens devant les statues de l'empereur et de prier par les dieux de l'Empire). Selon Marc Aurèle, le christianisme se sert des passions pour installer une morale sans lien avec la Nature, mais surtout aucunement réfléchie.

Malgré sa modestie et sa soif de réflexion, Marc Aurèle sera obligé de guerroyer à travers tout l'Empire et ne connut que quatre ans de paix sur vingt-cinq. Soucieux de sa sécurité, il renforça la garde prétorienne (la garde de l'Empereur). Il dut plusieurs fois repousser les envahisseurs et mourut à Vindobona (Vienne, Autriche) après être tombé malade lors d'un combat sur le Danube.

TitresModifier

Titres et magistraturesModifier

Titulature à sa mortModifier

À sa mort en 180 sa titulature était :

IMPERATOR•CÆSAR•MARCVS•AVRELIVS•ANTONINVS•AVGVSTVS•ARMENIACVS•MEDICVS•PARTHICVS•MAXIMVS•GERMANICVS•SARMATICVS, TRIBVNICIÆ•POTESTATIS•XXXIV, IMPERATOR•X, CONSVL•III, PATER•PATRIÆ

Marc Aurèle fut divinisé par le Sénat romain.

Étymologie : Aurelius signifie « d'or »[1]

Nom de famille romain.

ŒuvreModifier

Lors de campagnes militaires entre 170 et 180, Marc Aurèle écrit ses pensées en grec comme source d'inspiration et d'amélioration personnelle[193]. Le titre original de cette œuvre, s'il en avait un, est inconnu. Le titre Pensées pour moi-même, parfois simplement Pensées, est adopté plus tard. Pensées est considéré comme un chef-d'œuvre de littérature et de philosophie, et contient les principales maximes du stoïcisme. Il fait partie des principaux ouvrages de ce mouvement philosophique, avec le Manuel et les Entretiens d'Épictète ainsi que l'œuvre de Sénèque[194]. Le livre fait entre autres partie des lectures de la reine Christine, de Frédéric le Grand, de John Stuart Mill, de Matthew Arnold, de Johann Wolfgang von Goethe, Giacomo Leopardi, Arthur Schopenhauer, Emil Cioran, Léon Tolstoï, Simone Weil, Michel Onfray, Wen Jiabao et Bill Clinton[195],[196],[197],[198],[199],[200],[201].

On ignore dans quelle mesure les écrits de Marc Aurèle sont diffusés après sa mort. Certaines références littéraires anciennes concernant la popularité de ses préceptes sont erronées, et Julien l'Apostat, qui a pris Marc Aurèle comme modèle autant pour ses principes que pour ses actes, ne mentionne pas spécifiquement Pensées pour moi-même[202]. Les premières mentions du livre, ainsi que son premier nom connu les écrits de Marc Aurèle à lui-même, proviennent d'Aréthas de Césarée au Xe siècle et de la Souda byzantine, peut-être insérée par Aréthas lui-même. Il est publié pour la première fois en 1558 à Zurich par Guilielmus Xylander à partir d'un manuscrit perdu peu après. La plus ancienne copie manuscrite complète qui subsiste se trouve à la bibliothèque du Vatican et date du XIVe siècle[203].

Postérité et représentationsModifier

Marc Aurèle le philosopheModifier

Marc Aurèle acquiert la réputation de philosophe roi de son vivant, et ce titre lui reste après sa mort ; Dion Cassius l'appelle « le philosophe »[204],[205],[206],[207]. Ce titre est également donné par des chrétiens comme Justin de Naplouse, Athénagoras d'Athènes et Eusèbe de Césarée[206],[208],[209]. Ce dernier va jusqu'à qualifier Marc Aurèle de « plus philanthropique et philosophe » qu'Antonin et Hadrien, et l'oppose aux empereurs persécuteurs Domitien et Néron pour rendre le contraste plus marqué[206],[209]. L'historien Hérodien écrit : « Il a donné la preuve de son savoir non pas par de simples mots ou par la connaissance de doctrines philosophiques, mais par son caractère irréprochable et son mode de vie tempéré »[210]. L'écrivain britannique Iain King conclut que l'héritage de Marc Aurèle est tragique, car « la philosophie stoïque de l'empereur - qui porte sur la retenue, le devoir et le respect des autres - a été si abjectement abandonnée par la ligne impériale qu'il a oint à sa mort »[211].

Représentations artistiques antiquesModifier

La Statue équestre de Marc Aurèle à Rome est la seule statue équestre romaine qui ait survécu à l'époque moderne, peut-être parce qu'elle est identifiée à tort au Moyen Âge comme une représentation de l'empereur chrétien Constantin le Grand, évitant ainsi la destruction infligées aux statues de personnages païens. Fabriquée en bronze vers 175, elle mesure 3,5 mètres et se trouve aujourd'hui dans les musées du Capitole à Rome. La main de l'empereur est tendue dans un acte de clémence offert à l'ennemi vaincu, tandis que l'expression de son visage, fatigué par le stress de mener Rome dans des batailles presque constantes, représente peut-être une rupture avec la tradition classique de la sculpture[212].

La colonne de Marc-Aurèle, établie à Rome soit dans les dernières années de sa vie, soit après son règne et achevée en 193, a été construite pour commémorer sa victoire sur les Sarmates et les tribus germaniques en 176. Une spirale de reliefs sculptés s'enroule autour de la colonne, montrant des scènes de ses campagnes militaires. Une statue de Marc Aurèle se trouvait au sommet de la colonne mais a disparu au cours du Moyen Âge. Elle est remplacée par une statue de Saint Paul en 1589 par le pape Sixte V[213]. La colonne de Marc Aurèle et la colonne de Trajan sont souvent comparées par les érudits étant donné qu'elles sont toutes deux de style dorique, qu'elles ont un piédestal à la base, des frises sculptées représentant leurs victoires militaires respectives et une statue au sommet[214].

 
Le buste en or de Marc Aurèle exposé au musée romain d'Avenches, en Suisse.

En 1939, un buste en or de Marc Aurèle est retrouvé à Avenches, en Suisse, dans une canalisation sous la cour du sanctuaire du Cigognier. Il y aurait été placé afin de le protéger d'une menace étrangère, peut-être à l'occasion d'une invasion des Alamans. Réalisé autour de l'an 180, il a probablement servi d'imago pour les étendards romains, puis peut-être d'image de culte pour la cité romaine d'Aventicum. Il est l'un des trois derniers bustes en or d'empereur romain ayant échappé au recyclage de l'or. Le buste est exposé pour la première fois en 1996 et est conservé par le musée romain d'Avanches[215]. En 2008, une équipe d'archéologues belges et turcs exhume les restes d'une statue géante représentant l'empereur Marc Aurèle dans les thermes romains de Sagalassos, l'actuel Ağlasun (province de Burdur) dans l'Ouest de la Turquie. Entière, la statue devait mesurer 4,5 mètres. Elle est cependant retrouvée en plusieurs morceaux ; la tête, mesurant 90 centimètres, et le bras droit, tenant un globe, sont les seules membres dans un très bon état. Les jambes de la statue ont également été exhumés[216]. Le corps de la statue, selon le professeur belge Marc Waelkens en bronze, a probablement été pillé durant l'Antiquité tardive pour être réutilisé[217].

Représentations artistiques modernesModifier

Marc Aurèle est représenté deux fois au cinéma, dans La Chute de l'Empire romain d'Anthony Mann et Gladiator de Ridley Scott. Il est interprété respectivement par Alec Guinness et Richard Harris. Les deux films ont une trame similaire. En effet, Marc Aurèle y déshérite Commode au profit respectivement de Livius et Maximus, des personnages fictifs, ce qui entraîne l'assassinat de Marc Aurèle. Dans La Chute de l'Empire romain, il est empoisonné par un groupe de conspirateurs pensant bénéficier à l'accession de Commode au pouvoir, et, dans Gladiator, c'est ce dernier qui assassine Marc Aurèle par strangulation[218].

HommagesModifier

L'astéroïde (7447) Marcaurèle a été nommé en hommage à l'empereur[219].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Dion Cassius affirme que les Annii étaient des proches parents d'Hadrien, et que c'est à ces liens familiaux qu'ils devaient leur ascension au pouvoir[19],[20]. La nature précise de ces liens de parenté n'est précisée nulle part, mais on pense que Rupilia était la fille du sénateur consulaire Libo Rupilius Frugi et de Salonia Matidia, qui était également la mère (probablement par un autre mariage) de Sabine, l'épouse d'Hadrien[11],[12],[21],[22].
  2. L'héritage reçu par Domitia Lucilla Minor est détaillé dans une lettre de Pline le Jeune[23].
  3. Comme son frère Marcus Annius Libo était consul en 128 et ne pouvait guère être préteur après 126, Annius Verus a dû être préteur avant cette date, probablement en 124.
  4. Le manuscrit est corrompu à cet endroit[90].
  5. Les universitaires modernes n'offrent pas une évaluation aussi positive. Son deuxième éditeur moderne, Barthold Georg Niebuhr, le trouve stupide et frivole ; son troisième éditeur, Naber, le trouve méprisable[106]. Les historiens le voient comme « pédant et ennuyeux », ses lettres n'offrant ni l'analyse politique courante d'un Cicéron ni le reportage consciencieux d'un Pline le Jeune. Les récentes recherches prosopographiques ont réhabilité sa réputation, mais pas de beaucoup[107].
  6. Il est possible qu'à ce moment Atticus n'était pas encore le tuteur de Marc Aurèle
  7. Champlin note que l'éloge de Marc Aurèle sur Rusticus dans Pensées pour moi-même est hors de propos (il est loué immédiatement après Diogène de Tarse, qui avait initié Marc Aurèle à la philosophie), ce qui lui donne une importance particulière[122].
  8. Bien qu'une partie du récit du biographe de Lucius soit fictive (probablement pour imiter Néron, dont Lucius partagait l'anniversaire) et une autre partie mal compilée à partir d'une meilleure source biographique, les chercheurs ont accepté ces détails biographiques comme étant exacts[139].
  9. Peut-être en hommage aux philosophes grecs ou à cause d'une cicatrice[142].
  10. Pour illustrer la réticence de Marc Aurèle face à ses nouvelles responsabilités, le biographe Anthony Birley utilise le terme horror imperii, la « peur du pouvoir impérial », tiré de l’Histoire Auguste[150],[151].
  11. Ces changements de noms se sont avérés si confus que même l’Histoire Auguste, notre principale source pour l'époque, se trompe parfois[152],[153]. L'historien ecclésiastique du IVe siècle, Eusèbe de Césarée, fait preuve d'une confusion encore plus grande[153]. La croyance erronée que Lucius avait le nom de « Verus » avant de devenir empereur s'est révélée particulièrement populaire[152].
  12. Il y existe cependant de nombreux précédents. Le consulat était une double magistrature, et les empereurs précédents avaient souvent eu un lieutenant subordonné avec de nombreux bureaux impériaux (sous Antonin, le lieutenant était Marc Aurèle). De nombreux empereurs avaient prévu une succession commune dans le passé : Auguste prévoyait de laisser Caius et Lucius Caesar comme co-empereurs à sa mort ; Tibère souhaitait que Tiberius Julius Caesar Nero Gemellus et Caligula le fassent également ; Claude a laissé l'empire à Néron et Britannicus, imaginant qu'ils accepteraient un rang égal. Tous ces arrangements se sont soldés par un échec, soit par un décès prématuré (Gaius et Lucius César), soit par un meurtre judiciaire (Gemellus par Caligula et Britannicus par Néron)[152].
  13. Marc Aurèle n'avait guère besoin de la fortune de sa femme. En effet, lors de son accession, Marc Aurèle a transféré une partie de la succession de sa mère à son neveu, Marcus Ummidius Quadratus Annianus[166],[167].
  14. Comme Lucius et Marc Aurèle auraient tous deux participé activement à la récupération [183], l'inondation a dû se produire avant le départ de Lucius pour l'est en 162 ; comme elle apparaît dans le récit du biographe après la fin des funérailles d'Antonin et l'installation des empereurs dans leurs bureaux, elle ne doit pas avoir eu lieu au printemps 161. Une date en automne 161 ou au printemps 162 est probable, et, étant donné la répartition saisonnière normale des inondations du Tibre, la date la plus probable est au printemps 162[184]. Birley date l'innondation à l'automne 161[181].

RéférencesModifier

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  214. « The Columns of Trajan and Marcus Aurelius · Classics », sur omeka1.grinnell.edu (consulté le 9 juin 2020)
  215. « Marc Aurèle : L’incroyable découverte du buste en or à Avenches », Echos du musée,‎ , p. 7 (lire en ligne)
  216. « Une statue géante de l'empereur Marc Aurèle découverte en Turquie », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 9 juin 2020)
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  218. (en) Martin M. Winkler, The Fall of the Roman Empire : Film and History, John Wiley & Sons, , 288 p. (ISBN 978-1-1185-8981-6).
  219. (en) « (7447) Marcusaurelius Asteroid », sur Universe Guide (consulté le 9 juin 2020)

BibliographieModifier

Textes anciensModifier

Textes modernesModifier

En françaisModifier

Articles
  • Pierre Grimal, « Le cas Marc Aurèle », Bulletin de l’Association Guillaume Budé, no 1,‎ , p. 45-55 (lire en ligne, consulté le 6 avril 2020).
  • Hans-Georg Pflaum, « Les gendres de Marc Aurèle », Journal des savants, no 1,‎ , p. 28-41 (lire en ligne, consulté le 6 avril 2020).
  • Louis Leschi, « Domitia Lucilla, mère de Marc Aurèle », Mélanges d’Archéologie et d’Histoire, t. 52,‎ , p. 81-94 (lire en ligne, consulté le 6 avril 2020).
  • Dr. Robert Dailly et Henri Van Effenterre, « Le cas Marc-Aurèle. Essai de psychosomatique historique », Revue des Études Anciennes, t. 56,‎ , p. 347-365 (lire en ligne, consulté le 6 avril 2020).
Ouvrages
  • Ernest Renan, Marc Aurèle ou la fin du monde antique, Calmann-Lévy, .
  • W. Görlitz, Marc Aurèle, empereur et philosophe, Payot, , 272 p..
  • Pierre Grimal, Marc Aurèle, Fayard, , 452 p. (ISBN 9782213648064, lire en ligne).
  • Pierre Hadot, La citadelle intérieure, Fayard, , 386 p. (ISBN 9782213652153).
  • Annabelle Chabert et Thomas Roussot, Marc Aurèle et l'Empire romain, L'Harmattan, coll. « Ouverture philosophique », , 128 p. (ISBN 978-2747580489).
  • Pierre Dulau, Commentaire des livres II à IV des Pensées, Paris, Gallimard, coll. « Folioplus philosophie », , 137 p. (ISBN 978-2-07-035516-7).
  • Paméla Ramos, La véritable histoire de Marc Aurèle, Les Belles Lettres, , 171 p. (ISBN 9782251040042).
  • Robert Turcan, Le Temps de Marc Aurèle (121-180), Faton, , 240 p. (ISBN 978-2878441598).
  • Yves Roman, Marc Aurèle, l'empereur paradoxal, Payot, , 490 p. (ISBN 978-2-228-90863-4).
  • Pierre Vesperini, Droiture et mélancolie, Sur les écrits de Marc Aurèle, Verdier, , 186 p. (ISBN 978-2864328643).

En anglaisModifier

Articles
Ouvrages
  • (en) Alan K. Bowman, Peter Garnsey et Dominic Rathbone, The Cambridge Ancient History, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-26335-1, lire en ligne), « Hadrian to the Antonines »
  • (en) Anthony Birley, Marcus Aurelius: A Biography, Londres, Routledge, (ISBN 978-0-415-17125-0 et 978-1134695690)
  • (en) Barbara Levick, Faustina I and II: Imperial Women of the Golden Age, Oxford University Press, Incorporated, , 248 p. (ISBN 978-0-19-537941-9, lire en ligne)
  • (en) Diskin Clay, Introduction to Marcus Aurelius Meditations, Penguin Classics, (ISBN 9780140449334).
  • (en) Edward Champlin, Fronto and Antonine Rome, Harvard University Press, 185 p. (ISBN 9780674331785, lire en ligne)
  • (en) Frank McLynn, Marcus Aurelius : Warrior, Philosopher, Emperor, Londres, Bodley Head, , 722 p. (ISBN 978-0-224-07292-2).
  • (en) Frank McLynn, Marcus Aurelius : A Life, Da Capo Press, , 684 p. (ISBN 978-0-306-81830-1)
  • (en) Gregory Hays, Introduction to Marcus Aurelius Meditations, Londres, Weidenfeld and Nicholson, (ISBN 9780812968255).
  • (en) Paul Noyen, « Marcus Aurelius, the greatest practician of Stoicism », L’Antiquité classique, t. 24, no 2,‎ , p. 372-383 (lire en ligne, consulté le 6 avril 2020).

En italienModifier

  • (it) Anthony Richard Birley, Marcus Aurelio, Milan, , 464 p. (ISBN 88-18-18011-8).
  • (it) Guido Clemente, Storia Einaudi dei Greci e dei Romani, vol. XVI, Oscar Mondadori, .

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Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier