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Pedro Sánchez

Président du gouvernement d'Espagne
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Sánchez et Pedro Sánchez (homonymie).
Sánchez Pérez-Castejón est un nom espagnol. Le premier nom de famille, paternel, est Sánchez ; le second, maternel, souvent omis, est Pérez-Castejón.
Pedro Sánchez
Illustration.
Pedro Sánchez en 2018.
Fonctions
Président du gouvernement d'Espagne
En fonction depuis le
(22 jours)
Monarque Felipe VI
Gouvernement Sánchez
Législature XIIe
Coalition PSOE-PSC
Prédécesseur Mariano Rajoy
Secrétaire général du Parti socialiste ouvrier espagnol
En fonction depuis le
(1 an et 6 jours)
Élection
Président Cristina Narbona
Prédécesseur Javier Fernández (intérim)
Lui-même

(2 ans, 2 mois et 5 jours)
Élection
Président Micaela Navarro
Prédécesseur Alfredo Pérez Rubalcaba
Successeur Javier Fernández (intérim)
Lui-même
Député aux Cortes Generales

(3 ans, 9 mois et 14 jours)
Élection
Réélection
Circonscription Madrid
Législature Xe, XIe, XIIe
Groupe politique Socialiste
Prédécesseur Cristina Narbona
Successeur Carlota Merchán

(2 ans et 12 jours)
Élection
Circonscription Madrid
Législature IXe
Groupe politique Socialiste
Prédécesseur Pedro Solbes
Biographie
Nom de naissance Pedro Sánchez
Pérez-Castejón
Date de naissance (46 ans)
Lieu de naissance Madrid (Espagne)
Parti politique PSOE
Diplômé de Université complutense
de Madrid

Université Camilo José Cela
Profession Universitaire
Économiste
Résidence Palais de la Moncloa

Signature de Pedro Sánchez

Pedro Sánchez
Présidents du gouvernement d'Espagne

Pedro Sánchez Pérez-Castejón (prononcé en espagnol /pe.ˈðɾo ˈsan.t͡ʃeθ ˈpe.ɾeθ kas.te.ˈxon/), né le à Madrid, est un homme d'État espagnol membre du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Il est président du gouvernement depuis le .

Formé en économie à l'université complutense de Madrid, il travaille comme assistant parlementaire au Parlement européen à partir de . Il rejoint en l'équipe du numéro deux du PSOE, José Blanco. Il se présente aux élections municipales à Madrid en , mais il doit attendre pour entrer au conseil municipal.

Il est réélu en , puis devient en député, à la faveur de la démission de Pedro Solbes. Il occupe alors des fonctions de second plan. Il échoue à conserver son siège en , mais le retrouve en après que Cristina Narbona a quitté le Congrès.

À l'occasion des primaires du PSOE pour son congrès extraordinaire de , il est élu secrétaire général avec plus de 48 % des voix. Après que les socialistes ont réalisé aux élections de leur pire score depuis , il tente sans succès de se faire investir président du gouvernement avec le soutien de Ciudadanos.

En conséquence des échecs socialistes aux élections législatives anticipées, en Galice et au Pays basque à l'été , il est mis en minorité par les cadres du PSOE. Il démissionne du secrétariat général, puis de son mandat de député afin de ne pas s'abstenir lors du vote de confiance de Mariano Rajoy. À l'occasion des primaires du 39e congrès socialiste, il est réélu secrétaire général face à Susana Díaz avec 50,3 % des voix.

Il est assermenté président du gouvernement en 2018, après avoir fait voter une motion de censure contre Mariano Rajoy puis forme le cabinet le plus féminisé de l'histoire.

Sommaire

Études et engagement politiqueModifier

Un économiste porté sur l'internationalModifier

En , alors qu'il obtient sa licence de sciences économiques et de l'entreprise à l'université complutense de Madrid, il adhère au Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et aux Jeunesses socialistes d'Espagne (JSE). Résidant dans le quartier de Tetuán à Madrid, il y fonde la section des JSE et en devient le secrétaire général[1].

Il suit un master de politique économique de l'Union européenne à l'université libre de Bruxelles, puis de direction publique à l'Institut des études supérieures de l'entreprise (IESE) et enfin un diplôme d'études avancées en études européennes à la Complutense. Il rejoint alors New York, où il travaille comme consultant. Il fait en la rencontre de Carlos Westendorp, ambassadeur espagnol aux Nations unies et ancien ministre des Affaires étrangères[1].

Il quitte les États-Unis en pour devenir collaborateur de la députée européenne Bárbara Dührkop. Recommandé par l'ancien président du Parlement européen Enrique Barón, il vient renforcer l'équipe de Dührkop en prévision du débat budgétaire. Il fait notamment la connaissance d'Óscar López[2]. Il devient ensuite le chef de cabinet de Westendorp, désormais Haut Représentant international en Bosnie-Herzégovine. Sa maîtrise de la langue anglaise est alors remarquée, puisqu'il parle avec un niveau quasi-bilingue et que seul Westendorp s'exprime mieux que lui[3].

Premier mandat électif à MadridModifier

Il participe en tant que délégué au XXXVe congrès fédéral du PSOE en , qui voit le rénovateur José Luis Rodríguez Zapatero élu secrétaire général. Le nouveau secrétaire à l'Organisation José Blanco en fait l'un de ses collaborateurs les plus proches avec Óscar López et Antonio Hernando. Chaque membre du trio a un surnom et Sánchez hérite du sobriquet de « Le beau » (en espagnol : El Guapo)[4].

Aux élections municipales du à Madrid, il est intégré en 23e position à la liste que mène Trinidad Jiménez. Celle-ci n'emporte que 21 élus, mais en il fait finalement son entrée au conseil municipal à la faveur de deux démissions. Il devient ensuite un proche de Jiménez[4].

Il travaille l'année suivante avec Blanco sur la campagne d'Emilio Pérez Touriño et du Parti des socialistes de Galice-PSOE (PSdeG-PSOE) aux élections régionales, qui déboucheront sur l'alternance et l'arrivée de Pérez Touriño au pouvoir[5].

Un universitaire au CongrèsModifier

Il est réélu conseiller municipal d'opposition dans la capitale en 2007, puis figure sur la liste du PSOE pour les élections législatives du 12 mars 2008 en 21e position dans la circonscription de Madrid. Les socialistes n'emportent toutefois que 15 sièges. Il prend alors un poste de professeur de structure économique et histoire de la pensée économique à l'université privée Camilo José Cela, à Madrid.

Il entre finalement au Congrès des députés en , à la suite de la démission de l'ancien ministre Pedro Solbes. Il est désigné porte-parole adjoint des députés socialistes à la commission parlementaire de la Politique territoriale. En 2010, il mène campagne pour Trinidad Jiménez, finalement battue par Tomás Gómez, lors des primaires internes au Parti socialiste de Madrid-PSOE (PSM-PSOE). La même année, les journalistes de la presse parlementaire lui décernent le titre de « député révélation »[4].

Aux élections législatives anticipées du 20 novembre 2011, il occupe la onzième place de la liste du PSOE dans la Communauté de Madrid, mais seuls les dix premiers sont élus. Il passe alors dans le privé, partageant ses activités entre l'université et un poste de consultant. Devenu docteur de sciences économiques et de l'entreprise en 2012, il revient au Congrès en , en remplacement de Cristina Narbona.

Premier mandat de secrétaire général du PSOE (2014-2016)Modifier

Candidat et vainqueur inattenduModifier

Il est le coordonnateur de la conférence politique promue par le secrétaire général du PSOE Alfredo Pérez Rubalcaba en . Du fait de son rôle, il parcourt les sections socialistes dans tout le pays pour organiser le travail d'amendement, jetant les bases de son réseau de contacts[6]. Une partie des cadres dirigeants voit alors en lui la figure montante de la nouvelle génération, le jugeant mieux préparé qu'Eduardo Madina du fait de son parcours professionnel[7]. Son nom réapparaît ensuite au début de l'année comme le « dauphin » de Rubalcaba — après la prise de distance de Patxi López — dans la perspective des primaires ouvertes pour désigner le chef de file électoral du parti[8].

 
Eduardo Madina est largement défait lors du vote militant.

Après la lourde défaite des socialistes aux élections européennes du 25 mai 2014, Pérez Rubalcaba annonce un congrès extraordinaire, renonce à se succéder et organise une élection consultative de son remplaçant par les militants. Sánchez se déclare candidat le suivant et commence à recueillir les parrainages militants. À la date limite du , il présente 41 338 soutiens, contre 25 238 pour Madina — perçu comme le favori — et 9 912 pour le challenger José Antonio Pérez Tapias. Il domine dans 13 fédérations socialistes, l'Andalousie, l'Aragon, la Castille-La Manche, la Castille-et-León, la Communauté valencienne, la Galice, la Communauté de Madrid, la Navarre, le Pays basque, La Rioja, les îles Baléares, les Canaries et Ceuta, soit toutes celles dont le dirigeant avait appelé à une candidature de la présidente de la Junte d'Andalousie Susana Díaz. Dans la fédération andalouse, il totalise plus de 14 000 appuis, soit le quintuple de Madina[9].

Lors du vote du , il reçoit 48,73 % des suffrages exprimés, contre 36,14 % à Madina et 15,13 % à Pérez Tapias. Le taux de participation atteint 67 %, alors que 39 % des militants avaient accordé leur parrainage à l'un des trois candidats. Sur les 62 411 voix qui se portent sur sa candidature, Sánchez en totalise 20 381 en Andalousie, où il l'emporte comme dans dix autres fédérations. Par rapport au recueil des parrainages, la Castille-et-León, la Navarre et Ceuta lui font défaut, mais il devance Edu Madina dans la Région de Murcie. Le soir même, il propose à ses deux concurrents d'intégrer sa future commission exécutive, sans obtenir de réponse immédiate[10].

Confirmation par acclamationModifier

Son élection est confirmée par acclamation le 26 juillet, par les délégués au congrès fédéral extraordinaire réuni à Madrid sous la présidence de Susana Díaz. Lors de son discours d'investiture, il affirme que le PSOE est « le parti du changement », « le meilleur instrument pour faire progresser le pays », « la gauche qui change l'Espagne », ajoutant souhaiter un parti ouvert, dans lequel il sera « peu au siège national et beaucoup sur les territoires, avec la base militante »[11]. Ses deux concurrents lors du vote interne regrettent cependant l'absence d'unité dans la constitution de la commission exécutive fédérale, Madina expliquant qu'il n'a jamais réussi à le joindre par téléphone, tandis que les socialistes des Asturies critiquent l'absence du président Javier Fernández – seul chef de gouvernement régional socialiste avec Díaz en Andalousie – de tout poste à responsabilité, alors qu'il était président jusqu'à présent du conseil territorial, qui réunit les principaux cadres régionaux du parti[12].

Une direction fédérale largement approuvéeModifier

 
Micaela Navarro, première femme à présider le PSOE.

Le lendemain, la composition de la commission exécutive fédérale (CEF) est annoncée : Micaela Navarro devient ainsi la première femme présidente du parti, tandis que César Luena prend le poste stratégique de secrétaire à l'Organisation. Le secrétaire général du PSPV-PSOE Ximo Puig et l'ancien lehendakari Patxi López occupent des postes politiques de premier plan, Javier Fernández prenant la présidence du conseil pour la transition industrielle et énergétique[13]. Renouvelée à 85 %, composée de 20 femmes et 18 hommes, elle marque également une rupture générationnelle puisque 40 % de ses membres sont âgés de 30 à 40 ans[14].

La liste pour le comité fédéral comprend, quant à elle, des figures du parti, à savoir les trois principaux cadres de l'ère Rubalcaba, José Antonio Griñán, Elena Valenciano, Óscar López, ainsi qu'une vingtaine des membres de l'exécutif sortant, Eduardo Madina et José Antonio Pérez Tapias, les porte-parole parlementaires Soraya Rodríguez et Marcelino Iglesias, l'ancienne ministre de la Santé retirée de la politique Leire Pajín, l'ancien président d'Andalousie Manuel Chaves et l'ancien président du Parlement européen Josep Borrell[15].

La liste de la CEF est approuvée par 86,1 % des suffrages exprimés, tandis que celle du comité fédéral fait mieux avec un total de 87,4 %. Bien que des tensions aient eu lieu, la plupart des cadres socialistes considèrent que leur parti est bien plus uni qu'il ne l'était à l'issue du 38e congrès fédéral, organisé à Séville en [16].

Élections de 2015Modifier

Candidat du roi à la présidenceModifier

 
Le roi Felipe VI désigne Sánchez candidat à la présidence du gouvernement après un mois et demi de blocage.

À l'issue des élections générales du 20 décembre 2015, le PSOE obtient 90 sièges sur 350 au Congrès des députés et 47 sur 208 au Sénat, arrivant en deuxième position derrière le Parti populaire (123 sièges au Congrès, 124 sièges au Sénat). La majorité absolue (176 sièges) n'étant atteinte par aucun parti au Congrès des députés, des tractations s'opèrent pour former des alliances.

Le président de la Généralité de Catalogne Artur Mas et le porte-parole parlementaire de la Convergence démocratique de Catalogne (CDC) tentent alors de constituer une alliance entre les socialistes et Podemos en vue de remplacer Mariano Rajoy, estimant que le maintien du Parti populaire au gouvernement amenait au pire pour la Catalogne. Toutefois, l'opération échoue après plusieurs réunions entre les dirigeants des deux partis, qui constatent leurs désaccords[17].

Après 1 mois et 13 jours de blocage politique et deux séries de consultations avec les partis représentés aux Cortes, le roi Felipe VI charge le Pedro Sánchez de former le nouveau gouvernement. Ce dernier accepte, après que le président du gouvernement sortant Rajoy s'est trouvé incapable de réunir les soutiens nécessaires. C'est la première fois qu'un candidat à l'investiture n'est pas issu du plus important groupe parlementaire. S'engageant à constituer un « gouvernement progressiste et réformiste », il explique que « le changement n'est pas le patrimoine d'un parti ou d'un chef, mais de millions de citoyens. Tous les Espagnols doivent pouvoir opter pour le changement. Le changement sera pour tous, ou ne sera pas ». Il précise qu'il ne négociera ni avec le Parti populaire, ni avec les partis favorables à l'indépendance de la Catalogne[18].

Il compose dès le lendemain une équipe de négociations. Elle comprend six personnes, quatre hommes et deux femmes. En font partie deux « vétérans de poids » du socialisme espagnol, le député José Enrique Serrano — ancien directeur de cabinet de González et Zapatero — et l'ancien conseiller à l'Intérieur du gouvernement basque Rodolfo Ares. L'ancien ministre des Administrations publiques Jordi Sevilla, le porte-parole parlementaire Antonio Hernando, la coordonnatrice du programme électoral Meritxell Batet et la secrétaire au Bien-être social du PSOE María Luisa Carcedo en sont également membres[19].

Accord avec CiudadanosModifier

À l'occasion du comité fédéral du PSOE qui se tient le , il annonce que tout accord de coalition signé par les socialistes ferait l'objet d'une ratification par les militants. Il prend ainsi de court les poids lourds du parti comme Susana Díaz, Javier Fernández ou Felipe González, qui s'opposent fortement à tout accord avec Podemos. Il déclare ne pas vouloir « être président du gouvernement à n'importe quel prix » mais qu'il n'est pas non plus « disposé à ce que les Espagnols paient le prix de quatre années de plus de droite à la tête des institutions ». Il indique que « le PSOE tendra la main à la gauche et à la droite, sans affrontements. Avec des politiques, des programmes, pas des postes »[20].

 
Le président de Ciudadanos Albert Rivera signe un pacte d'investiture à Sánchez qui reprend des éléments-clés de leurs programmes électoraux.

Avec le président de Ciudadanos Albert Rivera, ils présentent le un accord d'investiture. Les socialistes acceptent notamment de supprimer les députations provinciales au profit de conseils des maires, tandis que les libéraux renoncent à leur projet de contrat de travail unique pour trois types de contrats : de formation, à durée indéterminée, et à durée déterminée. Ce dernier ferait l'objet de droits progressifs à l'indemnisation en cas de licenciement, selon la durée du contrat. Alors que le PSOE voulait accroître la pression fiscale et Ciudadanos la diminuer, les deux approuvent de maintenir le niveau de l'impôt sur le revenu, limiter les exemptions des grandes entreprises et baisser la taxe sur la valeur ajoutée sur les produits culturels. Le salaire minimum augmenterait de 1 %, les immigrants retrouveraient leur carte universelle permettant d'accéder à la santé publique, le congé parental serait porté de 18 à 26 semaines. Les deux partis approuvent l'adoption d'une loi de liberté religieuse, pour fixer un statut commun de droits et devoirs de la pratique religieuse, et la révision des accords avec le Saint-Siège. Enfin, le pacte entre les socialistes et les libéraux envisage un moratoire sur la fracturation hydraulique et la fermeture des centrales nucléaires en fonction depuis plus de 40 ans[21]. L'accord est ratifié par les militants socialistes à peine trois jours plus tard, par 79 % de votes favorables pour un taux de participation de 51 %[22].

Échec à l'investitureModifier

Le , lors du premier vote pour l'investiture du président du gouvernement, sa candidature n'obtient que 130 voix favorables, celles du PSOE et de Ciudadanos, contre 219 voix défavorables et une abstention[23]. Lors du second vote organisé le , il échoue de nouveau avec 131 voix favorables et 219 défavorables, la seule députée de la Coalition canarienne — Ana Oramas — lui ayant alors donné son appui[24]. C'est la première fois depuis l'entrée en vigueur de la Constitution de 1978 qu'un candidat n'obtient pas l'investiture du Congrès.

Élections de 2016Modifier

 
« Un oui pour le changement », slogan de campagne du PSOE aux élections du .

Alors que la tenue de nouvelles élections apparaît inévitable, le la députée de Barcelone, ancienne ministre de la Défense, Carme Chacón et la députée de Madrid, ancienne membre d'UPyD, Irene Lozano (es), font savoir qu'elles ne postuleront pas à ce nouveau scrutin[25],[26]. Il précise deux jours plus tard qu'Eduardo Madina sera confirmé à la septième place de la liste dans la circonscription de Madrid — où le PSOE n'a obtenu que six élus en  — et ce malgré les pressions de Susana Díaz[27].

Le , jour de la dissolution des Cortes par le roi, il présente la composition de son comité électoral. Le poste de coordonnateur revient au secrétaire à l'Organisation César Luena, les fonctions de porte-parole sont confiées à Antonio Hernando et Meritxell Batet est coordonnatrice du programme. Le chef de file socialiste constitue également un « gouvernement fantôme » et adopte une stratégie de campagne « de style présidentiel »[28].

Le soir du scrutin, le PSOE confirme sa deuxième position avec un total de 85 députés. Au cours des semaines qui suivent, il défend sa position des « trois non » : refus de soutenir l'investiture de Mariano Rajoy (par un vote favorable ou l'abstention), renoncement à postuler à la présidence du gouvernement et rejet de nouvelles élections anticipées. Le , après que Rajoy a échoué à obtenir l'investiture du Congrès, il demande à la commission exécutive socialiste de l'autoriser à négocier son investiture avec les « forces de changement », Podemos et Ciudadanos, avec qui il cumulerait 189 suffrages mais qui lui adressent une fin de non-recevoir[29].

Crise post-électorale et démissionModifier

Un congrès critiqué par les dirigeants territoriauxModifier

 
La présidente des îles Baléares Francina Armengol est la seule soutien de Sánchez parmi les « barons » territoriaux.

Au lendemain de la déroute historique des socialistes au cours des élections autonomiques en Galice et au Pays basque le , il convoque la commission exécutive fédérale et, après cinq heures de débat, annonce qu'il réunira le comité fédéral le afin que soit convoqué le 39e congrès fédéral du PSOE. Celui-ci se déroulera en deux phases : élection du secrétaire général par les militants le et tenue du congrès au début du mois de [30]. Cette décision est vertement critiquée par plusieurs « barons » du PSOE comme le président d'Estrémadure Guillermo Fernández Vara, le président de la Généralité valencienne Ximo Puig, mais aussi la fédération d'Andalousie dirigée par Susana Díaz et l'ancien président du gouvernement José Luis Rodríguez Zapatero[31].

Il bénéficie alors de l'appui de huit des seize fédérations du parti et du PSC, mais d'une seule présidente de communauté autonome, Francina Armengol, présidente des îles Baléares[32]. Toutefois, une réunion du groupe parlementaire au Congrès, à laquelle il ne participe pas, est l'occasion, pour une majorité des intervenants, de remettre en cause son choix de convoquer le congrès du parti, la critique étant menée par les députés d'Andalousie[33].

Démission de la moitié de la commission exécutiveModifier

Finalement, au soir du , 17 membres de la commission exécutive fédérale du PSOE présentent leur démission, dont la présidente du parti Micaela Navarro, l'ancienne ministre de la Défense Carme Chacón et les présidents de Castille-La Manche Emiliano García-Page et de la Généralité valencienne[34]. S'opposant avec les démissionnaires sur l'interprétation des statuts quant au maintien en fonction de la direction du parti, le secrétaire à l'Organisation César Luena indique que les membres restants de la commission exécutive se réuniront le lendemain afin d'inscrire à l'ordre du jour du comité fédéral du la convocation d'un congrès fédéral extraordinaire, conformément aux dispositions prévues par les statuts du PSOE[35].

À la suite de la réunion de l'exécutif du , la réunion du comité fédéral est confirmée et un calendrier pour le congrès extraordinaire dévoilé, qui maintient la date du scrutin pour l'élection du secrétaire général, mais avance la réunion des délégués à la moitié du mois de [36]. Dans la matinée, la présidente du bureau du comité fédéral Verónica Pérez (es) s'était présentée au siège du PSOE à Madrid en s'affirmant « unique autorité qui existe dans [le parti] » et appelant à une réunion de la commission fédérale d'éthique et des garanties, tout en reconnaissant qu'elle n'avait pas la compétence pour convoquer cet organe[37]. Dans la journée, il reçoit le soutien de Josep Borrell, Jordi Sevilla, Pere Navarro, José Antonio Pérez Tapias, et les critiques de Felipe González, José María Barreda, Abel Caballero, Joaquín Leguina[38].

Le , après quatre jours de silence, Pedro Sánchez intervient devant les médias et laisse entendre qu'il remettra sa démission si le comité fédéral du lendemain décide que les députés doivent s'abstenir pour permettre l'investiture de Mariano Rajoy[39]. Plus tôt dans la journée, la commission exécutive fédérale s'était déclarée « par intérim » (en espagnol : en funciones) et avait demandé aux militants de ne pas rejoindre le siège de la rue Ferraz le , tandis que trois des cinq membres de la commission des garanties avaient remis un rapport, sans avoir été mandatés pour le faire, qui estime la direction « dissoute » et juge nécessaire la formation d'une direction provisoire (en espagnol : comisión gestora)[40]. Il déclare être la cible d'une campagne de pressions orchestrée par Felipe González, El País et le groupe Prisa (auquel appartient El País)[41].

Départ du secrétariat du PSOE puis du CongrèsModifier

 
Le président de la principauté des Asturies Javier Fernández prend la tête de la direction provisoire.

Le lendemain , il remet sa démission après 12 heures de débats et de tensions au sein du comité fédéral qui rejette finalement par 132 voix contre 107 sa proposition de congrès fédéral extraordinaire[42]. Les « barons du parti » s'accordent alors pour la formation d'une direction provisoire présidée par Javier Fernández[43].

Le lundi suivant, le , il annonce qu'il conserve son siège de député. Il occupe désormais le siège 1 401 situé sur la quatrième file, juste devant Eduardo Madina qu'il avait battu lors des primaires de 2014. Son ancien siège, celui de chef de l'opposition, est repris par le porte-parole du groupe parlementaire socialiste Antonio Hernando et ceux de la première file par l'ensemble de la direction du groupe parlementaire[44].

Finalement, le , il annonce lors d'une conférence sa décision de quitter son siège de député. Il dit rester fidèle à ses engagements électoraux et refuse de s'abstenir lors du second scrutin du vote d'investiture de Mariano Rajoy comme l'a décidé le comité fédéral du PSOE le . Il écrit sur les réseaux sociaux sa volonté de « parcourir tous les coins de l'Espagne » et demande à la direction provisoire de fixer la date du prochain congrès du parti sans dévoiler toutefois s'il compte se présenter[45]. Il est remplacé au Congrès par Carlota Merchán.

Deuxième mandat de secrétaire général du PSOE (depuis 2017)Modifier

Candidature et projet politiqueModifier

 
La présidente de la Junte d'Andalousie Susana Díaz est la principale concurrente de Sánchez au 39e congrès.

À l'occasion d'une réunion publique le à Dos Hermanas, ville de la province de Séville dont le maire Quico Toscano est un critique de Susana Díaz, il annonce sa candidature aux primaires du 39e congrès fédéral du PSOE. Il présente alors la campagne à venir comme « un plébiscite » entre deux propositions politiques : « un parti autonome et de gauche où les militants décident, ou un parti qui s'est abstenu face à Rajoy et qui se trouve rendu nulle part ». Il estime que « ce que nous entreprenons aujourd'hui, c'est d'unir le PSOE, pour après unir la gauche et battre le Parti populaire »[46].

Il tient une semaine plus tard un meeting à Castellón de la Plana — secondé par les députés Odón Elorza et Zaida Cantera — devant 900 personnes, au cours duquel il promet que « tous les accords de gouvernement » seront soumis à ratification de la base militante. Il maintient son idée que « le 39e congrès est décisif. Il n'échappe à aucun socialiste que notre organisation est à la croisée des chemins et qu'il n'y en a que deux : celui de l'alliance avec les forces progressistes, le PSOE structurant le changement, ou celui initié par la direction provisoire, qui n'a mené nulle part le socialisme espagnol »[47]. Il fait savoir dans un entretien accordé le à Arsenio Escolar de 20 Minutos qu'il abandonnera la vie politique s'il est défait lors des primaires[48].

Il fait connaître le son projet politique, baptisé « Pour une nouvelle social-démocratie » (en espagnol : Por una nueva socialdemocracia). Sous le titre « Nous sommes socialistes » (en espagnol : Somos Socialistas), le document, présenté à Madrid devant 1 000 personnes, défend « l'unité d'action » avec les syndicats et les autres forces de gauche pour mettre en place une « alliance du progrès » qui change le « modèle économique et social néolibéral ». À cet égard, il critique la social-démocratie européenne, « incapable de proposer [un projet de société alternatif] lors des dernières décennies ». Sánchez se fait ainsi le défenseur du socialisme démocratique, dont « l'adversaire idéologique est le néolibéralisme et l'adversaire politique est le Parti populaire ». Manuel Escudero précise alors qu'il ne propose pas « un virage à gauche [mais] que les socialistes retrouvent leurs principes ». Le projet envisage aussi un premier pas vers la reconnaissance de la plurinationalité de l'État espagnol, en suggérant qu'« une réforme constitutionnelle fédérale — qui maintient que la souveraineté réside dans l'ensemble du peuple espagnol — doit perfectionner la reconnaissance du caractère plurinational de l'État, admis par l'article 2 de la Constitution »[49].

Une nette victoire face à Susana DíazModifier

 
Pedro Sánchez au soir de sa victoire aux primaires de .

Au moment du dépôt des parrainages militants le , il présente 53 117 soutiens d'adhérents, soit 6 273 de moins que Díaz. Plus de 70 % des membres du PSOE ont participé à ce processus. Dans la fédération d'Andalousie, Sánchez récolte 40 % de parrainages en moins que lors du congrès de tandis que sa principale concurrente y capte le soutien de 60 % des adhérents. Toutefois, il la devance largement au sein du Parti des socialistes de Catalogne (PSC) en recevant sept fois plus d'appuis, et s'impose également parmi les militants du Parti socialiste du Pays valencien-PSOE (PSPV-PSOE) avec 2 800 signatures de plus. En revanche, Díaz le dépasse au Parti socialiste ouvrier espagnol de la Communauté de Madrid (PSOE-M)[50],[51].

Au soir des primaires le , il est proclamé large vainqueur face à Susana Díaz et Patxi López. Il remporte ainsi plus de 50 % des suffrages exprimés, soit dix points d'avance sur Díaz. Celle-ci ne s'impose que dans sa fédération d'Andalousie, tandis que López l'emporte au Pays basque. Sánchez totalise de son côté 81 % des voix en Catalogne et l'emporte dans la Communauté de Madrid et dans la Communauté valencienne. S'exprimant depuis le siège du parti au milieu de la nuit, il déclare que « rien ne finit ce soir, tout commence au contraire. Nous allons et nous voulons créer une nouvelle organisation. Nous allons accomplir le mandat issu des urnes, faire du PSOE le parti de la gauche de ce pays, et mon engagement reste fermement le même : unir le parti »[52],[53].

Nouvelle équipe de directionModifier

 
À l'issue du 39e congrès, Pedro Sánchez tient un meeting devant les militants.

Lors du 39e congrès fédéral le suivant, il propose une commission exécutive de 49 membres dont 20 femmes : l'ancienne ministre Cristina Narbona en occupe la présidence, Adriana Lastra exerce les fonctions de vice-secrétaire générale et José Luis Ábalos prend la tête du secrétariat à l'Organisation. Deux anciennes ministres de Zapatero, Carmen Calvo et Beatriz Corredor intègrent cette équipe, qui reçoit 70,5 % de votes favorables[54]. La liste des 132 membres du comité fédéral est emmenée par Quico Toscano, maire de Dos Hermanas, tandis que de nombreux anciens dirigeants du parti tels Josep Borrell, José Blanco, César Luena ou Óscar López n'en font pas partie[55]. La composition de cet organe, dont sont également exclus Elena Valenciano, Eduardo Madina ou Soraya Rodríguez, est critiquée par plusieurs personnalités, qui pointent de manière générale « le manque d'intégration » à l'instar de Ximo Puig, du porte-parole du groupe socialiste au Sénat Vicente Álvarez Areces et celui à la Junte générale de la principauté des Asturies Fernando Lastra. À l'inverse, le premier secrétaire du Parti des socialistes de Catalogne (PSC) Miquel Iceta appelle à « oublier les étiquettes et penser au parti »[56].

Le congrès est marqué par deux débats d'importance sur les questions institutionnelles : la revendication du caractère plurinational de l'État espagnol, demandée par Sánchez et que le PSOE reconnaît pour la première fois tout en affirmant que « la souveraineté réside dans l'ensemble du peuple espagnol »[57], et l'instauration d'une République en Espagne, proposition portée par les Jeunesses socialistes, initialement adoptée en commission et finalement retirée avant son passage en séance plénière des délégués après une intervention en ce sens de Sánchez[58].

Président du gouvernementModifier

La motion de censureModifier

L'annonceModifier

 
Au pouvoir depuis , Mariano Rajoy est mis en difficulté par la condamnation du Parti populaire dans l'affaire Gürtel.

Le , quelques heures après que l'Audience nationale a condamné le Parti populaire au pouvoir dans le cadre de l'affaire Gürtel, Pedro Sánchez prend la décision de déposer une motion de censure contre Mariano Rajoy. Il convoque pour le lendemain une réunion de la commission exécutive du PSOE, après s'être préalablement assuré du soutien des principaux dirigeants du parti. Il prend notamment conseil auprès d'Adriana Lastra, de la porte-parole du groupe parlementaire Margarita Robles ou de la secrétaire à l'Égalité Carmen Calvo[59]. Plus tôt dans la journée, Podemos et ses alliés parlementaires, ainsi que les indépendantistes catalans de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) et du Parti démocrate européen catalan (PDeCAT) s'étaient engagés à voter en faveur d'une éventuelle motion de censure. Ciudadanos refuse initialement de se prononcer avant la prochaine réunion de sa direction, prévue le [60]. La motion est enregistrée dès le lendemain, avant même la réunion de la commission exécutive du PSOE, afin d'activer les différentes procédures réglementaires pour son examen[61].

À l'issue de la réunion de la direction du PSOE, il explique que « les motions de censure sont constructives, pour donner un gouvernement au pays. Nous convoquerons des élections, dès que possible, mais avant cela il faudra retrouver la normalité politique et institutionnelle, répondre aux urgences sociales et s'attaquer à la régénération démocratique ». Il précise que son éventuel gouvernement « appliquera et fera appliquer la Constitution » et garantira « la souveraineté nationale et l'intégrité territoriale », tout en refusant de renoncer au soutien des indépendantistes catalans[62]. Le matin même, Ciudadanos avait indiqué ne pas soutenir la motion, sauf dans l'objectif de convoquer des élections anticipées, le secrétaire général José Manuel Villegas jugeant que « la solution n'est pas l'opportunisme de Sánchez, qui semble vouloir arriver à La Moncloa par n'importe quel moyen »[63].

Sánchez s'engage ensuite à ce qu'une partie des propositions de loi bloquées par le gouvernement — grâce à un mécanisme constitutionnel lui permettant d'empêcher l'étude de tout texte d'origine parlementaire ayant une incidence sur les recettes ou dépenses publiques — soient reprises par son gouvernement en cas d'arrivée au pouvoir. Ces textes, au nombre d'une soixantaine, concernent notamment les retraites, la taxe foncière ou encore l'exhumation des fosses communes datant de la Guerre civile[64]. Il adopte toutefois une stratégie refusant toute négociation ou tractation avec les autres forces parlementaires. S'il exprime sa volonté de rencontrer les autres groupes, il a simplement l'intention de leur présenter sa motion et non de conclure des accords en vue d'obtenir leur soutien. S'il arrive à la tête du gouvernement, son objectif n'est pas d'achever la législature — en  — ou de faire voter une loi de finances pour , mais seulement de faire voter quelques mesures sociales avant de dissoudre les Cortes Generales dans un délai de 12 mois[65].

Le débatModifier

 
Aitor Esteban annonce le soutien du PNV, garantissant le succès de la motion de censure.

La présidente du Congrès des députés Ana Pastor annonce le que la motion sera débattue les et et votée dans la foulée[66].

Lors du premier jour de débat, le , Pedro Sánchez indique devant les parlementaires qu'il n'a pas l'intention de revenir sur le projet de loi de finances pour , adopté peu avant, mettant en avant la « responsabilité » et la volonté de « garantir la gouvernabilité et la stabilité du pays ». Se faisant le défenseur de la décentralisation, il refuse d'exploiter politiquement le débat territorial pour ne pas « mettre l'accent sur ce qui nous sépare ». Il affirme que son cabinet aurait l'objectif de rétablir les liens avec toutes les communautés autonomes et d'ouvrir « un dialogue entre le gouvernement de l'Espagne et le nouveau gouvernement catalan, ainsi qu'avec le gouvernement basque ». Il promet alors de former « un gouvernement socialiste, paritaire, européiste, qui garantira la stabilité budgétaire, appliquera et fera appliquer la Constitution, qui fera du dialogue sa manière de faire de la politique avec toutes les forces politiques et tous les gouvernements autonomes », s'engageant par la suite à fixer « par consensus » la date des prochaines élections générales. D'ici là, il précise que son programme sera « celui de la stabilité, de la modération, progressiste et consensuel »[67].

Plus tard dans la journée, le Parti nationaliste basque apporte son soutien à la motion, ce qui lui garantit 180 voix favorables[68]. De son côté, Rajoy exclut de démissionner, unique solution pour éviter sa destitution et pour permettre le maintien transitoire du PP au pouvoir[69].

L'adoptionModifier

 
À l'issue du vote, Pedro Sánchez reçoit les félicitations de Mariano Rajoy.

À l'issue du vote du , la motion de censure est adoptée par le Congrès. Elle recueille 180 voix favorables, 169 contre et une abstention. Pedro Sánchez est donc investi président du gouvernement d'Espagne avec le soutien de Podemos, d'Izquierda Unida (IU), de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), du Parti nationaliste basque (EAJ/PNV), du Parti démocrate européen catalan (PDeCAT), d'En Marea, de Barcelone en commun (BeC), de Compromís, d'Equo, d'Initiative pour la Catalogne Verts (ICV), d'Anova-Fraternité nationaliste, d'Euskal Herria Bildu (Bildu), d'En Comú Podem et de Nouvelles Canaries (NCa), soit 15 partis et cinq groupes parlementaires. Tandis que la Coalition canarienne (CC) fait le choix de l'abstention, le Parti populaire (PP), Ciudadanos, l'Union du peuple navarrais (UPN) et le Forum des Asturies (FAC) votent contre[70].

Peu après l'adoption de la motion, Sánchez s'entretient au téléphone avec le roi Felipe VI qui signe le même jour le décret de nomination, publié le lendemain au Bulletin officiel de l'État[71].

Pedro Sánchez prête serment au palais de la Zarzuela le , devant Felipe VI et en présence du ministre de la Justice démissionnaire Rafael Catalá, en sa qualité de grand notaire du Royaume, d'Ana Pastor, présidente du Congrès, de Pío García-Escudero, président du Sénat, de Francisco Pérez de los Cobos, président du Tribunal constitutionnel, de Carlos Lesmes, président du Tribunal suprême, et de Mariano Rajoy. Il choisit de promettre et non jurer loyauté au roi et fidélité à la Constitution. Contrairement à celles de ses prédécesseurs, la cérémonie se déroule sans Bible ni crucifix, simplement avec un exemplaire du texte constitutionnel[72].

Le renversement de Rajoy inscrit plusieurs faits inédits dans l'histoire politique espagnole. C'est la première fois depuis qu'une motion de censure est adoptée, que le président du gouvernement et le président du Congrès ne sont pas issus du même parti, que le principal groupe parlementaire siège dans l'opposition, et que le chef de l'exécutif ne détient aucun mandat parlementaire[73],[74],[75].

Au pouvoirModifier

Formation du gouvernementModifier

 
Josep Borrell est le premier à accepter d'intégrer le gouvernement Sánchez.

Le , l'ancien ministre des Travaux publics puis président du Parlement européen Josep Borrell, membre du « gouvernement fantôme » de Sánchez pour la campagne des élections de , comptant parmi ses défenseurs lors du comité fédéral du et très engagé contre les indépendantistes catalans, accepte la proposition de devenir ministre des Affaires étrangères. À l'inverse, la présidente du PSOE et ex-ministre de l'Environnement Cristina Narbona refuse d'intégrer l'exécutif[76],[77]. Ce refus peut être expliqué par le fait que Borrell et Narbona sont en couple et que cela pourrait générer une certaine « méfiance » de la part de certains socialistes[78]. En outre, José Luis Ábalos indique que sera créé un haut commissariat à la Lutte contre la pauvreté infantile, qui sera directement intégré à l'administration de la présidence du gouvernement pour marquer l'engagement personnel de Sánchez dans cette cause : 29 % des jeunes de moins de 16 ans vivent en situation de pauvreté, soit plus de deux millions de personnes[79]. À la fin de la journée, il est confirmé que Teresa Ribera, président du conseil consultatif pour la transition écologique du PSOE et ancienne secrétaire d'État au Changement climatique de Zapatero, sera ministre de l'Environnement avec un portefeuille élargi à la transition énergétique[80].

 
La haute fonctionnaire européenne Nadia Calviño prend en charge le ministère de l'Économie.

Dans la journée du et alors qu'aucune annonce officielle n'est intervenue, plusieurs autres noms sont révélés et confirmés. Ainsi, Carmen Calvo sera vice-présidente du gouvernement — unique titulaire de ce titre — et ministre de l'Égalité[81]. José Luis Ábalos est présenté comme futur ministre de l'Équipement[82] et Meritxell Batet comme prochaine ministre des Administrations territoriales[83]. Les deux ministères économiques restent séparés : la conseillère aux Finances de la Junte d'Andalousie María Jesús Montero est choisie comme ministre des Finances[84] tandis que le ministère de l'Économie est confié à la directrice générale du Budget de la Commission européenne Nadia Calviño[85]. La conseillère à la Santé de la Généralité valencienne Carmen Montón est désignée ministre de la Santé, après le refus exprimé pour ce poste par l'ancien conseiller à la Santé du gouvernement basque Rafael Bengoa[86]. Le président d'Estrémadure Guillermo Fernández Vara indique le soir même avoir reçu une offre de siéger au gouvernement — sans indiquer à quel poste — mais qu'il l'a déclinée, justifiant son refus par « le pacte éternel » passé entre lui et les Estrémègnes du fait de sa victoire aux élections de [87].

Une nouvelle série de ministres est révélée le , alors que Sánchez a prévu de rencontrer le souverain dans la soirée pour lui soumettre la liste de son gouvernement[88]. L'ancienne conseillère à l'Éducation du Pays basque Isabel Celaá se voit confier le ministère de l'Éducation[89] tandis que Magdalena Valerio, ex-conseillère au Travail de Castille-La Manche, obtient le ministère du Travail[90]. Pedro Duque, connu comme le premier astronaute espagnol, est désigné ministre de la Science[91] et la procureure Dolores Delgado, affectée à l'Audience nationale et spécialisée dans la lutte contre le terrorisme islamiste, sera ministre de la Justice[92].

Le gouvernement le plus féminisé du mondeModifier

 
Le gouvernement Sánchez comprend 65 % de femmes, un record historique et mondial.
Article détaillé : Gouvernement Sánchez.

Il présente son exécutif au complet peu après. Celui-ci réunit 17 ministres, soit quatre de plus que le gouvernement sortant. Il rétablit notamment le ministère de la Culture, en estimant qu'il « n'aurait jamais dû être supprimé ». Il fait apparaître la compétence dans la formation professionnelle dans le titre du ministère de l'Éducation tandis que le nom du ministère des Affaires étrangères fait également référence à l'Union européenne pour souligner la « vocation européiste » du cabinet. Il révèle en outre que le juge de l'Audience nationale Fernando Grande-Marlaska occupera le ministère de l'Intérieur, qu'il confie le ministère de la Défense à Margarita Robles et que l'auteur Màxim Huerta sera ministre de la Culture. Il affirme que la nouvelle équipe gouvernementale « est prête pour faire de l'Espagne un pays meilleur, avec réalisme et ambition », jugeant que « c'est un gouvernement ouvert, proposé par le PSOE mais avec l'intention de représenter la société espagnole »[93].

Ayant promis de constituer un exécutif paritaire, il nomme un total de 11 femmes et six hommes, confiant aux ministres féminines des postes-clé comme la vice-présidence du gouvernement, les ministères économiques et deux portefeuilles régaliens[94]. Rassemblant 64,7 % de femmes, le gouvernement Sánchez est le plus féminisé dans l'histoire et dans le monde. Il dépasse le record établi en par le gouvernement finlandais[95]. Lors de la cérémonie d'assermentation devant le roi, Carmen Calvo modifie à l'improviste la formule du serment en y ajoutant une référence féminine. Elle promet ainsi de maintenir le secret des délibérations du conseil des « ministras y ministros ». Elle est imitée, sans concertation préalable, par 12 de ses collègues. Seuls Dolores Delgado, qui a prêté serment avant elle, Nadia Calviño, qui bute sur le mot « délibérations » et se rattrape en lisant textuellement la formule écrite sur une feuille de papier, Josep Borrell et José Luis Ábalos utilisent le simple terme « ministros »[96].

Question territorialeModifier

 
Pedro Sánchez salue le président de la Généralité de Catalogne Quim Torra le à Tarragone.

Au cours de la première réunion du conseil des ministres, le gouvernement prend la décision de lever le contrôle exercé par le ministère des Finances sur les comptes publics de la Généralité de Catalogne : depuis huit mois, près de 300 organismes publics ne pouvaient déclencher de paiement ou signer de contrat sans disposer d'une « certification de légalité ». La porte-parole Isabel Celaá présente cet acte comme « un geste de normalité politique ». Précisant que « le droit à l'autodétermination est absolument en dehors » du programme gouvernemental, elle annonce que Sánchez a l'intention de rencontrer les 17 dirigeants des communautés autonomes, incluant de fait Quim Torra[97],[98]. Après le conseil des ministres du , Celaá précise que les réunions se feront dans l'ordre d'adoption des statuts d'autonomie : les rencontres débuteront avec le lehendakari Iñigo Urkullu puis Quim Torra, et termineront avec Ángel Garrido et Juan Vicente Herrera, ainsi que les présidents des villes autonomes Juan Jesús Vivas et Juan José Imbroda[99]. Sánchez indique également avoir l'intention de recevoir le maire de Vigo Abel Caballero, président de la Fédération espagnole des villes et provinces (FEMP), dans le cadre de ce tour de table territorial. C'est la première fois que le responsable de la FEMP reçoit un traitement égal aux chefs de gouvernement régionaux[100].

Au cours de la séance de questions au gouvernement au Sénat du , il répond à la sénatrice de la Coalition canarienne María del Mar Julios que son gouvernement n'aura pas « le temps matériel » pour réformer le système de financement des communautés autonomes d'ici la fin de la XIIe législature. Affirmant vouloir être « ambitieux mais réaliste », il promet néanmoins des améliorations dans le financement de « toutes et chacune » des autonomies espagnoles[101]. Cette déclaration, qu'il confirme au Congrès des députés le lendemain, elle est mal accueillie par les dirigeants territoriaux : Susana Díaz annonce qu'elle fera valoir lors de son entrevue avec le président du gouvernement le mandat reçu de son Parlement d'obtenir quatre milliards d'euros supplémentaires, Ximo Puig juge qu'on ne peut renoncer à changer le modèle de financement « le plus rapidement possible » car il est injuste, le président de la Junte de Galice Alberto Núñez Feijóo exige un calendrier clair et le président de la Région de Murcie Fernando López Miras souhaite que la réforme se fasse en transparence et pas dans « des réunions occultes »[102].

Relations internationalesModifier

 
L’Aquarius, refusé par les autorités italiennes, est finalement accueilli à Valence.

Le , Sánchez décide que le navire Aquarius — affrété par l'ONG SOS Méditerranée pour recueillir des migrants et attente d'un port de débarquement avec 629 personnes à bord — sera accueilli dans le port de Valence. Le bâtiment était alors en attente d'instruction des autorités italiennes après le refus du ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini de le laisser accoster. Après que les maires de Barcelone Ada Colau et de Valence Joan Ribó ont proposé de recevoir le navire, le président du gouvernement valide l'arrivée de l’Aquarius dans la capitale de la Communauté valencienne, estimant que « c'est notre obligation d'aider à éviter une catastrophe humanitaire, et d'offrir un port sûr à ces personnes, en respectant ainsi les obligations du droit international ». Josep Borrell considère alors que « [Sánchez] a rompu avec une attitude qui consistait à regarder de l'autre côté » et Magdalena Valerio juge cette décision « magnifique ». Pour le président du PP de Barcelone, cette décision pourrait créer une « appel d'air », tandis que Ciudadanos juge qu'« on ne peut pas laisser mourir en mer des centaines de personnes » mais que la question doit être réglée au niveau européen, et Podemos fait part de sa satisfaction[103]. Le bateau — précédé par deux autres de la Marina militare qui avaient pris à leur bord une partie des migrants — accoste le [104].

 
Pedro Sánchez et Emmanuel Macron discutent sur les questions migratoires le .

Souhaitant transmettre une image résolument favorable à l'intégration européenne, il fixe comme priorité de renforcer le lien entre Madrid, Paris et Berlin. Conformément à la tradition espagnole depuis 40 ans, ses premières prises de contact internationales ont été avec le Chef du gouvernement du Maroc, Saâdeddine El Othmani. Toutefois, du fait de l'absence du roi Mohammed VI et de la proximité du Conseil européen, la visite de Sánchez dans le royaume est reportée à la fin de l'été, ce qui rompt avec l'habitude de réaliser le premier déplacement à l'étranger sur l'autre rive de la Méditerranée[105].

À l'issue de sa première rencontre avec le président de la République française Emmanuel Macron le , il annonce son soutien à la proposition franco-allemande de création sur le sol européen de « centres fermés » pour accueillir les migrants et réaliser les démarches administratives. Il dit vouloir développer une « politique migratoire commune basée sur la solidarité, respectueuse des droits humains, des êtres humains qui fuient leur pays à la recherche d'un avenir meilleur », et salue « la solidarité et la responsabilité » des autorités françaises qui ont « aidé l'Espagne » lors de l'accueil de l’Aquarius[106]. Il précise le lendemain à Bruxelles qu'il considère qu'il s'agit d'une « solution européenne » et que lui et ses homologues cherchent « surtout à avoir une politique migratoire contrôlée, responsable, qui fasse face à la réalité de ce qui se passe dans l'ensemble de l'Europe » tout en respectant « les droits humains des migrants qui arrivent sur les côtes européennes »[107].

Première crise : l'affaire HuertaModifier

 
Condamné en pour fraude fiscale, Màxim Huerta démissionne après six jours de mandat.

Le , le journal El Confidencial révèle que le ministre de la Culture et des Sports Màxim Huerta a été condamné en pour fraude fiscale et a dû rembourser plus de 200 000 euros au Trésor public pour avoir perçu entre et une société afin de percevoir ses émoluments de présentateur télé et ainsi être imposé au titre de l'impôt sur les sociétés, moins élevé que l'impôt sur le revenu. Huerta remet sa démission le soir même. Il avait initialement assuré qu'il ne pas avoir l'intention de quitter ses fonctions, mais Podemos puis le Parti populaire avaient appelé à son départ, menaçant de proposer sa révocation au Congrès dans le cas contraire. Le président du gouvernement le remplace par José Guirao, ancienne figure du PSOE d'Almería et ex-directeur du musée Reina Sofía[108],[109]. Alors que la nomination de Huerta avait créé une certaine stupeur et reçu un accueil réservé du secteur culturel, la désignation de Guirao est au contraire chaudement applaudie. Le départ de Huerta est toutefois critiqué par Ángeles González-Sinde, dernière ministre de la Culture de Zapatero[110].

Dialogue avec PodemosModifier

 
Sánchez rencontre le secrétaire général de Podemos, Pablo Iglesias, en secret deux semaines après son investiture.

Il se réunit le avec le secrétaire général de Podemos Pablo Iglesias, en secret au palais de la Moncloa. Cette rencontre est destinée à ouvrir un dialogue en vue de présenter des initiatives conjointes, ce qui permettrait au gouvernement d'élargir sa base parlementaire en totalisant un soutien initial de 151 députés. Cette entrevue est perçue comme la mise en œuvre du rapprochement entre les deux partis promu par Sánchez au 39e congrès socialiste. Au lendemain de ce rendez-vous, Iglesias déclare devant le conseil citoyen de Podemos que « nous sommes disposés à appuyer et pousser ce gouvernement dans son travail, s'il décide d'avancer sur le chemin que marque les défis [auxquels la société espagnole est confrontée]. De même, nous serons obligés de ne situer dans l'opposition si ce n'est pas le cas »[111]. Le lendemain, le gouvernement annonce qu'il lève 18 vétos à l'admission de propositions de loi pour raisons budgétaires imposés par l'équipe précédente, parmi elles 16 textes soumis par Podemos concernant notamment la fermeture des centrales nucléaires, l'assistance juridique gratuite, la retraite des garde-côtes, le transfert de l'autoroute AP-9 à la Junte de Galice, la création d'une carte des services communs du service national de santé, la revalorisation des pensions de retraite ou encore l'instauration d'un statut de base des sapeurs-pompiers[112].

Programme socialModifier

Après l'affaire Huerta, l'exécutif accélère la mise en place d'un agenda social. Le conseil des ministres du approuve ainsi la distribution aux communautés autonomes de 1,4 milliard d'euros issus du plan d'État pour le logement -, lance la réinstauration de l'accès aux soins pour les migrants en situation irrégulière — supprimé en par Mariano Rajoy et partiellement rétabli par certaines régions depuis — et une étude pour faire retirer les barbelés apposés sur les barrières séparant le Maroc des enclaves Ceuta et Melilla[113],[114].

Dans un entretien accordé à El País le , il annonce sa volonté de lancer un « grand plan contre l'exploitation des travailleurs », sans entrer dans le détail. Citant l'exemple de l'engagement des Baléares, qui a mobilisé des ressources supplémentaires pour l'inspection du travail dans le secteur de l'hôtellerie, il précise que ce plan sera partagé avec les communautés autonomes. Il souhaite par ailleurs augmenter le taux maximum des cotisations retraite sur les hauts salaires et confirme sa volonté d'augmenter l'impôt sur les sociétés pour les banques afin de financer le système de retraite. Il réaffirme son objectif d'abroger la réforme du marché du travail adopté sous le gouvernement Rajoy mais constate l'absence d'une majorité parlementaire pour y parvenir. Il ajoute qu'il existe toutefois une majorité pour améliorer la protection des salariés d'entreprises prestataires et que le débat doit être ouvert au sujet sur la primauté des conventions collectives, sur l'égalité dans le travail et des salaires[115].

Nominations de second rangModifier

 
María Teresa Fernández de la Vega sera la première femme à présider le Conseil d'État.

Le cabinet procède le à une série de nominations à plusieurs postes administratifs, perçue comme une forme de correction de ses choix ministériels après l'affaire Huerta. Alors que le gouvernement comprend un certain nombre d'experts, les fonctions de second rang sont d'avantage confiées à des personnalités du PSOE. Huit membres de la commission exécutive reçoivent ainsi de nouvelles responsabilités. Par exemple la secrétaire exécutive à la Santé María Luisa Carcedo devient haute commissaire à la Lutte contre la pauvreté infantile, le secrétaire à la Transition écologique de l'économie Hugo Morán est désigné secrétaire d'État à l'Environnement et le secrétaire à l'Entreprenariat Francisco Polo prend le poste de secrétaire d'État au Numérique. Sánchez rappelle également des figures de l'ère Zapatero, comme Octavio Granado qui retrouve les fonctions de secrétaire d'État à la Sécurité sociale et Consuelo Rumí qui redevient secrétaire d'État aux Migrations. Le choix des 19 délégués du gouvernement obéit pour partie à une stratégie interne. Ainsi le délégué dans la Communauté de Madrid, au Pays basque ou en Estrémadure est nommé en lien avec la fédération régionale du parti. À l'inverse, la décision de nommer Alfonso Gómez de Celis — opposant à Susana Díaz — en Andalousie, Manuel González Ramos — seul secrétaire provincial opposé à Emiliano García-Page — en Castille-La Manche et Juan Carlos Fulgencio — proche de José Luis Ábalos — en Communauté valencienne est un geste d'opposition aux « barons socialistes » qui dirigent ces trois territoires. Par ailleurs, il désigné Pablo Zuloaga en Cantabrie et Diego Conesa en Région de Murcie afin de leur donner une projection publique avant les élections de auxquelles ils seront candidats. Le poste stratégique de délégué en Catalogne est confié à l'ancienne députée Teresa Cunillera, un choix validé par Miquel Iceta[116].

Par ailleurs, les ministres José Luis Ábalos, Margarita Robles et Meritxell Batet remettent en parallèle leurs démissions au Congrès des députés, renonçant ainsi à leur mandat de parlementaire. Bien que celui-ci soit compatible avec leurs fonctions ministérielles, ils obéissent ainsi à une demande du président du gouvernement. Cela permet au PSOE d'avoir la certitude que les 84 députés formant son groupe parlementaire seront présents à chaque vote, alors que des obligations officielles peuvent tenir les ministres éloignés de Madrid. Ils mettent ainsi en œuvre le principe de non cumul des fonctions et des rémunérations établi par les statuts de leur parti. C'est la première fois depuis qu'aucun ministre ne siège au Congrès[117],[118],[119].

La présidence du gouvernement indique le que Sánchez nommera María Teresa Fernández de la Vega présidente du Conseil d'État. Âgée de 69 ans, l'ancienne ministre de la Présidence de José Luis Rodríguez Zapatero sera la première femme à diriger l'organe de conseil du gouvernement, où elle siège depuis [120]. Peu après, l'exécutif décide de confier la présidence du Conseil supérieur des Sports (CSD) — dont le rang équivaut à celui d'un secrétaire d'État — à l'ancienne skieuse alpine María José Rienda, vainqueure de six des neufs épreuves de slalom géant lors de la coupe du monde -. Elle est alors la première femme à prendre la direction du principal organe de la politique sportive du gouvernement espagnol[121].

En trois semaines, le gouvernement a pourvu près de 144 postes de second rang administratif, dont 86 hommes et 58 femmes, ce qui rompt avec la nette prépondérance féminine du conseil des ministres. S'il y a 16 directrices générales pour neuf directeurs, on compte en revanche dix secrétaires généraux pour trois secrétaires générales et six directrices de cabinet sur 18. Sur les 19 délégations du gouvernement, la parité est atteinte avec neuf femmes titulaires, tandis que 12 femmes sont nommées parmi les 27 secrétaires d'État. La porte-parole du gouvernement Isabel Celaá avait pourtant indiqué que lors du conseil des ministres du , Pedro Sánchez avait fait part de sa volonté de respecter l'équilibre et l'égalité hommes/femmes dans les nominations aux hautes fonctions administratives[122].

Politique de mémoire historiqueModifier

 
Francisco Franco repose dans la basilique du Valle de los Caídos.

Sánchez annonce, le , la volonté de son gouvernement de faire retirer la dépouille de Francisco Franco du mémorial du Valle de los Caídos, dans la Communauté de Madrid. Expliquant que « l'Espagne ne peut se permettre des symboles qui divisent les Espagnols », il affirme agir conformément à la volonté exprimée par le Congrès des députés : « le gouvernement doit gouverner avec le Parlement, qui en a clairement dit que la dépouille de Franco doit être exhumée, remise à sa famille, et que le Valle de los Caídos devienne un mémorial de la lutte conte le fascisme ». La résolution parlementaire — votée sans l'appui du Parti populaire et de la Gauche républicaine de Catalogne — demandait également que la dépouille de Primo de Rivera soit déplacée dans un lieu moins prééminent de l'édifice. Plus tôt dans la journée, le porte-parole du PSOE Óscar Puente considérait que « c'est le moment » de prendre cette décision, tandis que la vice-secrétaire générale du PP Andrea Levy dénonçait le « sectarisme » des socialistes[123].

La réforme de la télévision publiqueModifier

 
Le , Pedro Sánchez accorde sa première interview à la RTVE.

Le conseil des ministres du adopte un décret-loi modifiant la désignation des dirigeants de la Radiotelevisión Española (RTVE), le service public audiovisuel. Ce même jour le mandat du président de la RTVE et du conseil d'administration échoit, et les Cortes Generales n'ont pas lancé l'appel public à candidature pour les remplacer. Afin d'éviter que la RTVE se retrouve sans direction, Sánchez fait approuver par son gouvernement une modification législative en urgence, qui devra être ratifiée par les parlementaires à posteriori. Elle autorise les deux chambres à désigner à titre provisoire, jusqu'à ce qu'elles soient en mesure de le faire via l'appel public à candidature. Dans un délai de 15 jours, le Congrès devra avoir désigné six administrateurs et le Sénat quatre, par un vote à la majorité des deux tiers. En cas d'échec, la désignation se fera à la majorité absolue, tant qu'elle bénéficie du soutien de la moitié des groupes parlementaires. Si la chambre haute ne désigne pas les administrateurs qui lui sont dévolus ou seulement une partie, les vacances éventuelles seront couvertes par la chambre basse. Au cas où les Cortes ne seraient pas capable de former le conseil d'administration, le gouvernement désignera un administrateur unique. Le décret-loi fixe par ailleurs les règles de composition du comité d'experts chargé de valider les candidatures aux postes d'administrateurs, objet de dissensions entre le PP et Ciudadanos d'une part et le PSOE et Podemos d'autre part. La réforme permet au PP de proposer quatre administrateurs, le PSOE trois, Podemos deux et Ciudadanos un[124].

Peu avant le conseil des ministres, la porte-parole des députés socialistes Adriana Lastra indique que le gouvernement bénéficiera de la majorité requise pour ratifier le décret-loi au Congrès des députés, soit 176 voix au moins. Sans préciser quels groupes ou formations politiques appuient la réforme, elle annonce simplement que « il y a une majorité de députés qui comprend qu'il faut régénérer RTVE, qu'elle soit une télévision de qualité, où l'on respecte le travail des professionnels et qui offre l'information véridique à laquelle les citoyens ont droit ». Le Parti populaire et Ciudadanos font alors savoir qu'ils n'ont pas l'intention de voter en faveur du texte du gouvernement[125],[126]. Le député Ramón Moreno annonce au lendemain de l'adoption du décret-loi que le PP déposera un recours devant le Tribunal constitutionnel, estimant que ce texte retire aux chambres leurs compétences constitutionnelles et dénonçant une « quasi-prévarication »[127].

Quatre jours plus tôt, Sánchez avait appelé les Cortes Generales à procéder à la désignation du conseil d'administration, ajoutant qu'en cas d'échec « le gouvernement ne regardera pas de l'autre côté », précisant que l'exécutif devra « exhorter le Congrès à ne pas retarder ce nécessaire renouvellement ». Il avait également réaffirmé son engagement pour un service public de l'information, une télévision et une radio publiques indépendants, qui ne soient soumis au diktat d'aucun parti politique[128].

Vie privéeModifier

 
Pedro Sánchez et Begoña Gómez en .

Son père, Pedro Sánchez, a notamment été gérant de l'Institut national des arts de la scène et de la musique (INAEM) à l'époque de la ministre de la Culture Carmen Alborch. Sa mère, Magdalena Pérez-Castejón, est fonctionnaire de la Sécurité sociale[1]. Il a un frère aîné, David Sánchez, plus connu sous son nom d'artiste, David Azagra[129].

Il est marié depuis avec Begoña Gómez, originaire de Bilbao. Ils se sont rencontrés au cours d'une fête. Leur mariage civil a été officié à Madrid par Trinidad Jiménez. Le couple vit à Pozuelo de Alarcón, dans le centre de la Communauté de Madrid. Ils ont deux enfants, Ainhoa et Carlota, qu'ils indiquent avoir inscrit à l'école publique. Begoña Gómez est licenciée en marketing. Elle travaille pour une entreprise chargée de lever des fonds pour des organisations non gouvernementales (ONG). Lors de la révélation du scandale d'abus sexuels à Oxfam, le nom de Gómez est cité à tort comme directrice générale de la branche espagnole de l'ONG, alors que celle-ci n'est qu'une cliente de son entreprise[130],[131].

Notes et référencesModifier

(es) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en espagnol intitulé « Pedro Sánchez Pérez-Castejón » (voir la liste des auteurs).

  1. a, b et c (es) Clara Pinar, « La historia más desconocida de Sánchez », Tiempo de Hoy,‎ (lire en ligne).
  2. (es) Jordi Pérez Colomé, « Los padrinos del presidente », El País,‎ (lire en ligne).
  3. (es) Victoria García, « Cuando el presidente sí habla otros idiomas », Cadena SER,‎ (lire en ligne).
  4. a, b et c (es) Arsenio Escolar, « Pedro Sánchez, el cabezota que gana más batallas después de muerto que El Cid », eldiario.es,‎ (lire en ligne).
  5. (gl) « Fin de semana de campaña en Galicia das primarias do PSOE », Praza Pública,‎ (lire en ligne).
  6. (es) Antonio Ruiz Valdivia, « Guía para entender la Conferencia Política del PSOE », El Huffington Post,‎ (lire en ligne).
  7. (es) Federico Castaño, « Un sector del PSOE intenta promover a Pedro Sánchez como candidato para encarar un relevo generacional sin riesgos », Voz Populi,‎ (lire en ligne).
  8. (es) « Pedro Sánchez, el ‘tapado’ de Rubalcaba para las primarias en el PSOE », El Confidencial Digital,‎ (lire en ligne).
  9. (es) Anabel Díez, « Sánchez gana en 12 comunidades autónomas frente a seis de Madina », El País,‎ (lire en ligne).
  10. (es) Anabel Díez, « Sánchez promete la victoria al PSOE », El País,‎ (lire en ligne).
  11. (es) « El nuevo líder del PSOE: “Somos la izquierda que cambiará España” », El País,‎ (lire en ligne).
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Voir aussiModifier