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Quim Torra

homme politique et écrivain espagnol, président de la Généralité de Catalogne

Quim Torra
Illustration.
Quim Torra en .
Fonctions
Président de la généralité de Catalogne
En fonction depuis le
(5 mois et 6 jours)
Élection
Gouvernement Torra
Législature XIIe
Coalition JuntsxCat-ERC
Prédécesseur Carles Puigdemont
(indirectement)[N 1]
Député au Parlement de Catalogne
En fonction depuis le
(9 mois et 5 jours)
Élection
Circonscription Barcelone
Législature XIIe
Groupe politique JuntsxCat
Président d'Òmnium Cultural

(4 mois et 28 jours)
Prédécesseur Muriel Casals
Successeur Jordi Cuixart
Biographie
Nom de naissance Joaquim Torra i Pla
Date de naissance (55 ans)
Lieu de naissance Blanes (Espagne)
Nationalité espagnole
Parti politique indépendant
Diplômé de UAB
Profession avocat
éditeur
écrivain

Signature de Quim Torra

Quim Torra
Présidents de la généralité de Catalogne

Joaquim Torra i Pla, dit Quim Torra, né le à Blanes, est un avocat, éditeur, écrivain et homme politique espagnol, actuel président de la généralité de Catalogne.

Avocat formé à l'université autonome de Barcelone (UAB), il est recruté en par les assurances suisses Winterthur et y travaille 20 ans.

Il revient ensuite en Catalogne et fonde la maison d'édition A Contra Vent en . Il organise en les commémorations du tricentenaire du siège de Barcelone et exerce en la présidence par intérim d'Òmnium Cultural.

En , il est élu député au Parlement de Catalogne pour la coalition Ensemble pour la Catalogne, puis investi président de la généralité le après un discours à forte tonalité indépendantiste. Il est assermenté trois jours plus tard.

Sommaire

Enfance et familleModifier

Quim Torra naît en à Blanes, une petite ville de la comarque de La Selva, dans le sud de la province de Gérone. Son père — Joaquim Torra — est ingénieur industriel. La majeure partie de sa famille vit à Santa Coloma de Farners[1].

Il est marié à Carola Miró, enseignante née en à Barcelone. Ils résident à Sant Gervasi, à l'ouest de la capitale de la Catalogne, et ont trois enfants. Ils se sont rencontrés au cours de leurs études universitaires — bien qu'ils aient été élevés sans le savoir par les mêmes jésuites — par l'intermédiaire d'une amie commune[2].

Vie professionnelleModifier

Quim Torra obtient une licence en droit à l'université autonome de Barcelone (UAB) en . Il devient alors avocat au barreau de Barcelone[3].

En , il est recruté comme avocat de la société suisse Winterthur assurances. Il s'installe en Suisse en pour exercer les fonctions de directeur. Il quitte l'entreprise deux ans plus tard, en [1],[3].

 
Quim Torra reçoit le prix Carles Rahola de l'essai en .

Revenu en Catalogne, il se consacre alors à l'écriture d'articles et essais politiques[4]. En , il fonde grâce à ses indemnités de licenciement la maison d'édition A Contra Vent. La société se spécialise dans la récupération et la publication des écrits de journalistes catalans pendant la Seconde République et l'exil sous le franquisme. Cette expérience professionnelle lui permet d'être remarqué dans les milieux catalanistes[5]. Il se rapproche ainsi de l'Union démocratique de Catalogne (UDC ou Unió), nouant des liens avec le secteur souverainiste du parti[6],[7].

Il reçoit en le prix Carles-Rahola de l'essai — un des prix littéraires de Gérone remis par la fondation Prudenci-Bertrana — pour son ouvrage Viatge involuntari a la Catalunya impossible[1]. Il rejoint cette même année le parti indépendantiste de gauche Reagrupament — né d'une scission de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) — de manière très brève[8].

Il est choisi en comme directeur de la société publique locale d'aménagement barcelonaise Foment de Ciutat Vella[3].

Figure de l'indépendantismeModifier

À la mairie de BarceloneModifier

Avec l'avocat Jordi Cortada, Quim Torra présente en une requête auprès de la Cour européenne des droits de l'homme contre la décision d'inconstitutionnalité partielle du statut d'autonomie de la Catalogne de 2006 adoptée par le Tribunal constitutionnel espagnol. Cette requête est rejetée l'année suivante[4].

Dans la perspective des élections législatives anticipées du , le président d'ERC Oriol Junqueras lui propose d'être tête de liste dans la circonscription électorale de Gérone. Bien qu'il ait accepté, sa candidature est rejetée par la direction provinciale du parti[9].

Il appartient au conseil permanent de l'Assemblée nationale catalane (ANC) depuis . Il devient en directeur d'El Born Centre Cultural de Barcelone — un espace consacré à l'histoire de la ville durant la Guerre de Succession d'Espagne — sur décision du maire Xavier Trias. Il organise ainsi les commémorations du tricentenaire du siège de Barcelone de [10].

Peu après l'arrivée au pouvoir d'Ada Colau, il est relevé de ses fonctions par le nouveau commissaire à la Mémoire historique de la mairie, Xavier Domènech, qui considère que ses travaux relèvent d'un projet idéologique et non historique[11]. Il est alors nommé directeur de la revue Revista de Catalunya en .

Président par intérim d'ÒmniumModifier

 
Quim Torra avec Muriel Casals et Jordi Cuixart lors de l'assemblée générale d'Òmnium Cultural en .

En suivant, il est porté à la présidence d'Òmnium Cultural en remplacement de Muriel Casals, candidate aux élections parlementaires. Pour ce scrutin, il porte l'idée d'une candidature citoyenne, excluant les partis. Cette proposition reçoit l'aval de l'ensemble du mouvement indépendantiste mais l'opposition d'Artur Mas conduit à la solution hybride de la liste Ensemble pour le oui[9]. Il exerce la présidence d'Òmnium à titre provisoire, puisque Jordi Cuixart lui succède dès le mois de suivant.

Le nouveau président de la généralité Carles Puigdemont le désigne en comme directeur du Centre d'études des thèmes contemporains (CETC), un laboratoire d'idées rattaché au gouvernement catalan. Il participe en à la tentative de Liz Castro de prendre la présidence de l'ANC au détriment de Jordi Sànchez — perçu comme trop proche d'Artur Mas — mais celui-ci est finalement réélu. Il est relevé de la direction du CETC dans le cadre de l'application de l'article 155 de la Constitution[10].

Président de la généralitéModifier

Député au Parlement de CatalogneModifier

Lors des élections au Parlement de Catalogne du , Quim Torra est élu député de la circonscription de Barcelone, en 11e position sur la liste de la coalition indépendantiste Ensemble pour la Catalogne (JuntsxCat) de Carles Puigdemont. Il préside la commission du Statut des députés.

Candidature devant le ParlementModifier

Le choix de Carles PuigdemontModifier

Le , après avoir dû renoncer à sa propre candidature, Puigdemont indique que Quim Torra est le candidat de la coalition à la présidence de la généralité[12],[13]. Perçu comme extrêmement loyal aux thèses de Puigdemont, son nom était déjà évoqué depuis plusieurs semaines, notamment comme un représentant du courant de JuntsxCat le plus éloigné du Parti démocrate européen catalan (PDeCAT)[10]. À l'inverse des trois précédents candidats à l'investiture (Puigdemont, Sànchez et Jordi Turull), il n'est pas mis en cause par la justice dans la procédure pénale concernant la déclaration d'indépendance de la Catalogne[14]. Cette absence de contraintes judiciaires, propre à rassurer le gouvernement espagnol, s'accompagne d'un profil d'indépendantiste radical, à même de séduire la gauche radicale de la Candidature d'unité populaire (CUP)[15].

La possible présidence de Torra est cependant perçue comme transitoire. Ainsi, en accord avec une condition posée par Puigdemont, il ne pourra pas utiliser le bureau du président au Palau de la Generalitat. Toutes les décisions importantes seront validées par l'ancien président, retenu en Allemagne, par l'intermédiaire d'Elsa Artadi, pressentie comme future conseillère à la Présidence[15].

ControverseModifier

À peine quelques heures après sa désignation, la presse révèle des messages qualifiés de racistes postés par Torra sur le réseau social Twitter. Publiés sur un compte désactivé depuis, il y affirmait que « Évidemment, nous vivons sous occupation espagnole depuis  » ou « Les Espagnols savent seulement piller ». Il attaque également ses adversaires politiques, déclarant que « Entendre Albert Rivera parler de moralité, c'est comme entendre les Espagnols parler de démocratie » ou « [Les socialistes], pauvres, parlent l'espagnol comme les Espagnols »[16],[17],[18].

Les médias publient ensuite plusieurs articles, dont il a été l'auteur entre et . Il qualifie en les Espagnols de « bêtes », de « charognards » ou encore de « hyènes ». En , il juge que « la race du socialiste catalan — qui a compté pendant la République avec un troupeau considérable — est entrée dans un processus de décadence inéluctable par le mélange avec la race du socialiste espagnol ». Il s'attaque en à la déléguée du gouvernement María Llanos de Luna en estimant que « ne pas vouloir parler la langue du pays, c'est le déracinement, la provincialisation, la volonté persistante de ne pas vouloir assumer l'identité d'où on vit. [...] Quand on décide de ne pas parler en catalan, on décide de tourner le dos à la Catalogne »[19].

RéactionsModifier

ERC apporte « soutien et confiance » à Quim Torra. Il en va de même pour le PDeCAT, qui indique se trouver « à ses côtés pour rendre effectif ce que les Catalans ont décidé » lors des élections parlementaires. À l'inverse, la CUP ne communique aucune réaction[20]. L'Assemblée nationale catalane se montre pour sa part extrêmement critique : elle considère que ne pas investir Puigdemont constitue « une erreur » et annonce être aux côtés de Torra « tant qu'il mettra en application le mandat du référendum d'indépendance »[21]. La CUP indique finalement le qu'une réunion du conseil politique se tiendra 48 heures plus tard pour étudier la demande de certains militants de modifier la décision d'abstention du groupe parlementaire lors du vote d'investiture[22]. Parallèlement, le parti Démocrates de Catalogne (DC), associé à ERC, lance le même jour une consultation de ses adhérents après que le secrétaire général du parti Toni Castellà avait fait savoir que son soutien au nouveau candidat n'était pas automatique[23]. Castellà annonce le que 23,5 % des militants de DC ont pris part au vote et que 88,5 % des votants — soit 491 personnes — valident le vote du parti en faveur de Torra[24].

Sa désignation est critiquée par Ciutadans (Cs), qui dénonce « un autre candidat désigné discrétionnairement à la dernière minute pour sa fidélité à Puigdemont et au processus indépendantiste ». Le Parti des socialistes de Catalogne (PSC) explique que le profil de Torra ne permet pas que leur confiance lui soit accordée, précise qu'il sera « attentif à ses propositions et ses décisions » et juge que le bloc indépendantiste a choisi une personne très sectaire[25]. Le président du gouvernement Mariano Rajoy rappelle que « quel que soit le candidat proposé, il a l'obligation de respecter la loi et être en conditions d'exercer ses responsabilités de président de la généralité »[26]. Il ajoute par la suite que « L'article 155 n'est déjà plus un article de la Constitution, c'est un précédent et un processus qui restera pour le futur, si c'est nécessaire »[27].

Premières déclarationsModifier

Dans un entretien à la chaîne publique régionale TV3 le , Quim Torra regrette d'être jugé sur la base de ses anciens tweets et non sur sa carrière, ajoutant qu'il présente ses excuses « si quelqu'un les a reçus comme une insulte, car ce n'était pas [son] intention »[28].

Il annonce qu'une de ses premières mesures sera de lancer un « plan de choc » pour enquêter sur les conséquences de l'application de l'article 155 de la Constitution, nommer un commissaire pour étudier ces conséquences et mettre en œuvre au besoin un « plan de restauration ». Pour lui, le nouveau gouvernement doit servir « de porte-voix pour pouvoir dénoncer la répression, continuer d'avancer dans le processus indépendantiste et de construction de la République ». Il précise qu'il se conformera « à ce que le Parlement décide » et qu'il a l'intention d'accomplir « le mandat issu du référendum d'indépendance » en cherchant à rétablir « les lois suspendues par le Tribunal constitutionnel »[29].

Il qualifie la situation politique catalane de « crise humanitaire », qu'il justifie en invoquant « des gens en prison et en exil ». Il explique que son action s'appuiera sur trois sources distinctes. De prime abord, « l'espace extérieur », soit l'entourage de Puigdemont et du gouvernement autonome déchu en  ; ensuite, les institutions de la communauté autonome ; enfin, la mobilisation citoyenne. Il affirme vouloir installer un grand ruban jaune — symbole du soutien aux personnalités emprisonnées — sur la façade du Palau de la Generalitat et mettre l'accent sur « l'internationalisation » de la situation politique en Catalogne[30].

Débat parlementaireModifier

Le président du Parlement, Roger Torrent, fixe la séance d'investiture au samedi à midi[31]. Les députés du Parti populaire catalan (PPC) saisissent alors le Tribunal constitutionnel afin que celui-ci interdise en urgence la délégation de vote accordée à Puigdemont et Toni Comín. Le , la juridiction avait en effet admis un recours contre cette délégation mais avait refusé de la suspendre. Une annulation postérieure à l'investiture potentielle de Torra rendrait celle-ci nulle de plein droit car obtenue par des votes illicites[32].

Il débute son discours en indiquant qu'il ne devrait pas être face aux députés, considérant que Carles Puigdemont « est notre président » et que son but est de former un gouvernement « loyal au mandat issu du référendum d'indépendance du  ». Il juge que la nouvelle étape qui s'ouvrira avec son investiture sera « exceptionnelle » et « transitoire ». Pour lui, « rien ne sera normal jusqu'à ce que nous ayons récupéré nos institutions et notre démocratie ». Après avoir indiqué que le gouvernement espagnol n'aura plus aucune raison — après son investiture — de maintenir l'application de l'article 155 de la Constitution, il ajoute que les indépendantistes n'auront « aucune excuse pour ne pas travailler sans relâche à l'établissement de la République ». Il précise cependant que son projet aura toujours comme priorités « le dialogue, l'accord et l'entente » Il s'adresse ensuite directement au roi Felipe VI. Rappelant au monarque qu'en tant que prince des Asturies, il avait affirmé que « la Catalogne sera ce que les Catalans veulent », il l'interpelle : « il y a des prisonniers politiques, des exilés et des mis en examen. Nous avons voté le et le et le résultat n'est pas respecté. Non, Sire, il ne l'est pas. ». Il offre ensuite une « main tendue pour parler sans conditions » à Rajoy, puis critique le silence de Jean-Claude Juncker, estimant que « la Catalogne mérite une médiation » européenne et qu'il est honteux qu'il y ait des « prisonniers politiques » au sein de l'Union européenne. Il promet ensuite de lancer un « processus constituant » qui cherchera la « participation maximale des institutions et des citoyens », invitant les Catalans à « imaginer le pays dans lequel ils veulent vivre », ce qu'il qualifie d'« opportunité unique ». Il souhaite alors que le projet issu du processus conduise à « une proposition de Constitution de la république de Catalogne ». Il annonce enfin qu'il a l'intention de retirer la plainte de la généralité — déposée en vertu de l'application de l'article 155 — contre Artur Mas concernant le vote sur l'avenir politique de la Catalogne de 2014 et qu'il « rétablira, consolidera et augmentera » le réseau des délégations du gouvernement catalan à l'étranger pour « promouvoir une politique extérieure active qui donne une voix propre à la Catalogne » et poursuivre l'« internationalisation du cas catalan »[33].

À l'issue du vote, il reçoit 66 voix pour et 65 contre, tandis que les quatre députés de la CUP s'abstiennent. La majorité requise étant de 68 voix, un nouveau scrutin à la majorité simple est annoncé pour le [34]. La réunion stratégique de la CUP — organisée à Cervera le lendemain du vote — se conclut par une décision de confirmer la position d'abstention lors du second vote. Cela garantit donc l'investiture de Torra à la majorité simple[35].

Avant le second tour de vote, il présente de nouveau ses excuses pour ses propos controversés. Il dit ainsi regretter « les tweets sortis de leur contexte » et que ceux-ci « aient pu offenser quelqu'un, en aucune manière ce n'était [son] intention de blesser qui que ce soit ». Il conclut en promettant que « cela ne reproduira pas »[36].

Au pouvoirModifier

InvestitureModifier

 
Quim Torra pose avec Roger Torrent, les anciens présidents de la généralité et du Parlement après son investiture.

Le Quim Torra est donc élu 131e président de la généralité de Catalogne par 66 voix pour, 65 contre et 4 abstentions, 199 jours après la suspension de l'autonomie et 145 jours après les élections parlementaires. Sa prise de fonctions doit alors intervenir sous cinq jours et après que le roi et le président du gouvernement auront signé le décret de nomination, qui doit être publié au Journal officiel de la généralité (DOGC). À l'issue du vote, il remercie Puigdemont, s'engageant à ce qu'il soit investi dans le plus proche avenir. Après s'être adressé à ERC en promettant de travailler au « même objectif : construire la République », il proclame : « Vive la Catalogne libre ! » (en catalan : « Visca Catalunya lliure! »)[37].

Critiques pour ses propos polémiquesModifier

La maire de Barcelone Ada Colau exprime son « profond refus démocratique » de l'investiture de Torra en raison de ses écrits polémiques, qui « déprécient les gens selon qu'ils se sentent Espagnols ou Catalans ». Pour elle, ces messages « sont un danger pour la cohésion sociale et une insulte envers des millions de Catalans »[38].

L'association SOS Racismo exprime son refus « du discours auquel Quim Torra a eu recours de manière répétée. Un discours dangereux, irresponsable et inacceptable, basé sur les préjugés. Un discours encore plus grave quand il est utilisé depuis une position de pouvoir », tout en demandant à ce que la lutte antiraciste ne soit pas instrumentalisée politiquement[39]. Le président du Parti de l'Alliance des libéraux et des démocrates pour l'Europe (ALDE) — dont fait partie le PDeCAT qui soutient Torra — Hans van Baalen juge la « la rhétorique séparatiste et raciste » du nouveau président « en contradiction avec la Constitution espagnole et la volonté de la majorité du peuple catalan », concluant que « c'est le temps du dialogue et de la conciliation, non de la provocation et la confrontation »[40].

Une volonté de rétablissement pré-article 155Modifier

Il annonce que l'une de ses premières décisions sera d'envisager la réinstallation de Josep Lluís Trapero dans ses fonctions de commandant des Mossos d'Esquadra. Toujours titulaire de son rang de commissaire principal, il est assigné depuis le à de simples fonctions administratives du fait de sa destitution par Juan Ignacio Zoido et mis en examen pour sédition pour ses actes durant l'opération Anubis et le référendum d'indépendance du [41]. Au début du mois de , Trapero rejette cette proposition, estimant qu'elle ne sera bonne ni pour la police catalane ni pour sa situation judiciaire[42].

D'une manière plus large, il souhaite rétablir dans leurs fonctions toutes les personnes qui en ont été relevées par le gouvernement central, y compris les conseillers de la généralité en détention provisoire ou désormais installés à l'étranger, à qui il a par ailleurs l'intention de rendre visite. Toutefois, la quasi-totalité des anciens conseillers membres ou proposés par ERC — Oriol Junqueras, Raül Romeva, Carles Mundó, Meritxell Serret et Dolors Bassa — rejettent cette proposition, préférant ainsi que leurs successeurs « aient les mains libres pour la nouvelle étape ». Toni Comín est le seul à ne pas se prononcer[43].

Appel au dialogueModifier

Dès le lendemain de son investiture, il s'envole pour Berlin afin de s'entretenir avec Puigdemont. Lors d'une déclaration postérieure à leur rencontre, Quim Torra appelle Mariano Rajoy à ouvrir le dialogue entre les autorités espagnoles et les institutions catalanes. Estimant que le conflit ne peut « être résolu dans les tribunaux », il souhaite « débuter des conversations dans le respect mutuel pour [y] trouver une solution politique ». L'ancien président ajoute que les indépendantistes ont « ouvert une période de désescalade, maintenant la balle est dans le camp du gouvernement espagnol »[44].

Le chef de l'exécutif espagnol répond qu'il recevra « le président de la généralité si celui-ci le demande », considérant qu'« il est positif qu'il y ait une réunion » et que le dialogue avec Puigdemont « n'était pas facile ». Il précise que ces échanges doivent se tenir « dans le cadre de la loi »[45]. Le député de la Candidature d'unité populaire Vidal Aragonés critique pour sa part la main tendue de Torra, en rappelant que « le principal objectif pour la CUP n'est pas le dialogue avec l'État espagnol. Pour le futur gouvernement, le principal objectif doit être l’exercice du droit à l'autodétermination »[46].

Entrée en fonctionModifier

Prestation de sermentModifier
 
Quim Torra prête serment au Palau de la Generalitat aux côtés de Roger Torrent.

Le Journal officiel de la généralité publie le le décret de nomination de Quim Torra, signé la veille par le roi et le président du gouvernement espagnol. La cérémonie de prise de fonction, organisée au Palau de la Generalitat, est supervisée par l'exécutif central puisque l'article 155 reste en vigueur jusqu'à son assermentation. À l'instar de Puigdemont en , le futur chef de l'exécutif catalan entend prêter serment de fidélité « au peuple catalan » plutôt qu'à la Constitution et au statut d'autonomie[47]. Alors qu'elle était attendue pour le jour même, la cérémonie est finalement convoquée le . À l'inverse de celle de Puigdemont, qui avait rassemblé 400 invités, la prise de fonction de Torra est annoncée comme un temps bref, sobre et sans convives[48].

Le gouvernement espagnol fait finalement savoir qu'il ne sera pas représenté lors de sa prise de fonction, dénonçant que « la généralité a voulu imposer le niveau de la délégation, ce qui n'a pas été accepté ». Il considère en outre que le format retenu « dégrade la dignité de l'institution elle-même ». Seuls seront donc présents la famille du président de la généralité et le président du Parlement[49]. Les autorités catalanes n'autorisent d'ailleurs qu'une présence limitée de la presse, réduite aux médias publics TV3, Catalunya Ràdio, et aux agences ACN, EFE et Europa Press. Tandis que la généralité évoque « une restriction des espaces disponibles » et se justifie en indiquant que les trois agences de presse fourniront aux médias absents les images et le son leur permettant de couvrir l'information, les chaînes Telecinco, Antena 3 et l'ordre des journalistes de Catalogne dénoncent cette décision[50].

Devant Roger Torrent et le secrétaire du gouvernement catalan Victor Cullell, qui a lu le décret de nomination, il prête en fin de matinée le même serment que Puigdemont : « Je jure de remplir loyalement mes obligations de président de la généralité, avec fidélité envers le peuple de Catalogne représenté par le Parlement ». La cérémonie dure seulement cinq minutes et se tient dans l'antichambre du bureau présidentiel, au lieu de l'habituel salon Sant Jordi. Contrairement à la tradition, il ne revêt pas la médaille présidentielle, qui est normalement remise au nouveau titulaire de la fonction par son prédécesseur et qui a simplement été exposée sur le bureau présent dans la pièce. Il arbore en revanche le ruban jaune, symbole de solidarité avec les dirigeants indépendantistes incarcérés[51].

Formation du gouvernementModifier
 
Quim Torra signe le décret de nomination de son gouvernement, qui sera bloqué quelques heures plus tard.
Article connexe : Gouvernement Torra.

Il signe le le décret de nomination des 13 conseillers de son gouvernement. Le nouveau chef de file d'ERC Pere Aragonès devient ainsi vice-président de la généralité, conseiller à l'Économie et aux Finances, tandis que la bras droit de Puigdemont Elsa Artadi est désignée conseillère aux Entreprises et à la Connaissance, porte-parole du gouvernement. Il intègre également deux personnalités des présidences socialistes de la Catalogne, Josep Bargalló — ancien conseiller en chef du gouvernement de Pasqual Maragall — comme conseiller à l'Enseignement et Ernest Maragall, désormais membre d'ERC, ex-conseiller à l'Enseignement et désigné conseiller à l'Action extérieure. Torra rétablit dans leurs fonctions quatre personnalités destituées en et poursuivis par la justice : le conseiller à l'Intérieur Jordi Turull et le conseiller au Territoire Josep Rull, placés en détention provisoire, le conseiller à la Santé Toni Comín et le conseiller à la Culture Lluís Puig, installés en Belgique[52].

Du fait de la présence dans cette liste de quatre mis en cause par la justice espagnole, Rajoy annonce — après s'être mis d'accord avec Pedro Sánchez et Albert Rivera — que son gouvernement n'autorisera pas la publication du décret au Journal officiel de la généralité. Il bloque ainsi la possibilité des conseillers d'entrer en fonction, reportant de facto la levée de l'article 155 dans la mesure où celle-ci est conditionnée à la prise de poste des membres du gouvernement de la généralité. Il dénonce une « provocation » du président de la généralité, qu'il accuse de maintenir une situation de « confrontation »[53]. Quim Torra défend pour sa part que « le principe de rétablissement est un principe essentiel », estimant que « tous ces candidats ont leurs droits politiques intacts, ils peuvent être conseillers de la généralité »[54].

Selon Joan Queralt, professeur des universités en droit pénal de l'université de Barcelone cité par TV3, cette publication n'est qu'une simple formalité administrative, aussi le gouvernement espagnol ne peut la bloquer. Il peut en revanche contester par la suite la nomination des conseillers en justice[55]. Alors que Rull et Turull annoncent une plainte pour prévarication, le Parti nationaliste basque (EAJ/PNV) rappelle que la fin de la suspension de l'autonomie est un préalable à son vote en faveur du projet de loi de finances pour [56].

 
Photo de famille du gouvernement Torra le .

Contrairement à ses prétentions initiales, il n'organise pas le la cérémonie d'assermentation des conseillers de son gouvernement et la reporte sine die, tout en confirmant sa volonté d'inclure dans son équipe Rull, Turull, Puig et Comín. Il annonce en revanche saisir la commission juridique consultative, un organe de la généralité analogue au Conseil d'État espagnol, pour qu'elle contrôle la légalité du blocage décidé par le gouvernement Rajoy. Le porte-parole parlementaire d'Ensemble pour la Catalogne Eduard Pujol insiste sur le fait que « le gouvernement de la généralité est choisi par son président, Quim Torra, et non Mariano Rajoy » et qu'ils continuent de défendre « les droits de ceux qui peuvent être conseillers car leurs droits politiques sont intacts »[57].

Le , après avis du corps supérieur des avocats de l'État, le secrétaire d'État aux Administrations territoriales Roberto Bermúdez de Castro informe Torra que la nomination des quatre mis en cause « n'est pas viable juridiquement, qu'ainsi la publication [du décret de nomination] ne peut être autorisée »[58]. Le président de la généralité signe le soir même un nouveau décret de nomination dans lequel Rull est remplacé par Damià Calvet, Turull par Elsa Artadi (elle-même remplacée par Àngels Chacón puisqu'elle était destinée à une autre fonction), Puig par Laurà Borràs et Comín par Alba Vergès[59]. La prise de fonction du gouvernement est alors programmée pour la fin de la semaine[60].

Liens avec les autorités de l'ÉtatModifier

Appel au roiModifier
 
Le roi Felipe VI, le président du gouvernement Pedro Sánchez et Quim Torra le aux XVIIIes Jeux méditerranéens.

Il indique devant le Parlement le avoir adressé une lettre au roi Felipe VI, cosignée par Artur Mas et Carles Puigdemont. Ce courrier demande au souverain de « faire un geste » pour réparer les blessures causées — selon les dirigeants indépendantistes — par l'allocution du monarque le surlendemain du référendum d'indépendance. À la fin de la missive, le président de la généralité demande à Felipe VI à ce que tous deux puissent échanger en marge de l'ouverture des Jeux méditerranéens à Tarragone. Il écrit ainsi que « nous devons parler. Je dois pouvoir vous expliquer tout ce que nous avons rédigé dans notre courrier. C'est pour moi un devoir moral. C'est pourquoi je suis convaincu que vous voudrez bien trouver un moment lors de votre visite en Catalogne pour le faire et nous voir »[61]. Après avoir envisagé de boycotter la cérémonie d'ouverture, comme le suggérait Puigdemont, Torra décide finalement de s'y rendre, aux côtés du monarque et du nouveau président du gouvernement Pedro Sánchez. Sa posture est critiquée par son propre camp, Eduard Pujol lui intimant de « cesser de pleurnicher en demandant un geste au roi », alors que la mouvance indépendantiste semble vouloir faire du souverain son nouvel adversaire après le renversement de Mariano Rajoy[62].

Dialogue avec SánchezModifier
 
Quim Torra rencontre Pedro Sánchez au palais de la Moncloa le .

Dans la perspective de la rencontre entre Torra et Sánchez le à Madrid, le conseil exécutif décide le de relancer plusieurs instances de dialogue bilatérales entre les deux gouvernements : la commission bilatérale entre l'État et la généralité, la commission des Affaires économiques et financières, la commission des Infrastructures et la commission des Transferts de compétences. Cette décision — présentée par Elsa Artadi comme « la forme la plus adéquate » de poursuivre au niveau sectoriel les discussions engagées au plus haut niveau politique — est perçue comme un geste clair de détente des indépendantistes au pouvoir vis-à-vis des autorités espagnoles[63]. Le lendemain, la ministre de la Politique territoriale Meritxell Batet affirme devant une commission du Congrès des députés que « chacun des présidents [de communauté autonome] a le droit d'exprimer tout ce qui lui paraît opportun », sous-entendant que Torra pourra évoquer le référendum d'autodétermination avec Sánchez, tout en rappelant que « l'obligation [du gouvernement espagnol] est de défendre la Constitution »[64].

À la suite de la décision du conseil des ministres du de déposer un recours en inconstitutionnalité contre une résolution parlementaire réaffirmant l'objectif d'atteindre l'indépendance de la Catalogne, Torra qualifie cette réaction de l'exécutif de « mauvaise nouvelle ». Il estime que « le peuple catalan a gagné le droit à l'autodétermination », reprochant au gouvernement Sánchez de voir le problème « à partir de la prison constitutionnelle espagnole » et faisant appel au droit international. Il souligne toutefois « la bonne prédisposition » de l'exécutif central à se réunir et négocier « après autant de temps »[65].

Au cours de sa rencontre avec Sánchez au palais de la Moncloa, Torra évoque le droit à l'autodétermination, affirmant que « 80 % des Catalans [y] sont favorables », mais le président du gouvernement refuse de donner suite. À la suite de leurs entretiens, le président de la généralité met en valeur « la reconnaissance mutuelle des projets qu'ont les gouvernements de l'Espagne et de la généralité » et explique que « nous sommes d'accord qu'il [la volonté d'indépendance] s'agit d'un problème commun qui doit avoir une solution politique ». Il salue « la relation bilatérale rétablie et que la prochaine réunion se déroulera à Barcelone ». Il a reçu du chef de l'exécutif espagnol l'assurance que la commission bilatérale — en sommeil depuis  — se réunira de nouveau et que le gouvernement a l'intention de retirer des recours en inconstitutionnalité interjetés contre des lois catalanes par Rajoy, comme celles sur le revenu de base, sur la pauvreté énergétique et sur la santé universelle[66],[67]. Trois jours plus tard, son vice-président Pere Aragonès et la vice-présidente du gouvernement espagnol Carmen Calvo doivent se rencontrer à leur tour à Madrid[68].

Le contenu des échanges et les décisions adoptées sont vertement critiqués par l'indépendantisme radical. Les Comités de défense de la République (CDR) réclament sa démission et la CUP l'accuse de vouloir « fermer par le haut ce que le peuple a ouvert par le bas lors du référendum d'indépendance ». Affirmant qu'il a assisté à « deux monologues » pour « engager la désescalade », le porte-parole parlementaire de la CUP Vidal Aragonés affirme que Torra ne pourra pas compter sur son parti dans cette direction. Les CDR affirment que « nous n'en sommes pas arrivés là pour jeter l'éponge. Nous n'accepterons ni accord, ni changement de cap ». À l'inverse, le chef de file de Catalogne en commun Xavier Domènech et le premier secrétaire du PSC Miquel Iceta se félicitent de cette rencontre, le premier saluant le début d'une « nouvelle étape » et le second affirmant que « l'objectif de [l'indépendance] ne doit pas empêcher de dialoguer et trouver des accords sur d'autres sujets ». Pour le porte-parole d'ERC Sargi Sabrià, il est « surprenant » que le gouvernement espagnol refuse de reconnaître le droit à l'autodétermination mais c'est une bonne chose qu'un espace de dialogue ait été rétabli[69].

En trois mois, les autorités espagnoles et catalanes tiennent une trentaine de rencontres, dont une dizaine de réunions techniques. Le gouvernement central décide notamment de verser en quatre ans 1,459 milliard d'euros au gouvernement autonome — en paiement du retard d'investissement estimé par la généralité à 7,6 milliards d'euros — et le ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska approuve l'intégration des Mossos d'Esquadra au Centre du renseignement contre le terrorisme et le crime organisé (Citco), une demande ancienne et répété des autorités de Catalogne[70].

Ultimatum avortéModifier

Le , à l'occasion du débat de politique générale au Parlement de Catalogne, Quim Torra menace directement de bloquer l'action gouvernementale espagnole. Après avoir célébré le premier anniversaire du référendum d'indépendance et jugé que « la patience des Catalans n'est pas infinie », il appelle Pedro Sánchez à proposer d'ici le mois de une proposition pour « un référendum légal, contraignant et reconnu internationalement », faute de quoi « l'indépendantisme catalan ne pourra [lui] garantir la stabilité au Congrès des députés »[71]. Dès le lendemain, il propose une réunion au président du gouvernement « dans les prochaines semaines à la généralité » afin de parler de tout : « de votre projet pour la Catalogne, ainsi que de l'exercice du droit à l'autodétermination »[72].

Alors que la porte-parole du gouvernement central Isabel Celaá rappelle que la proposition des autorités espagnoles est « autonomie interne, vivre-ensemble et dialogue » et certainement pas l'indépendance[73], Torra se trouve rapidement isolé au sein du camp indépendantiste. Si la Gauche républicaine de Catalogne approuve l'idée de chercher des solutions, elle refuse toute forme de pression calendaire. Le président du groupe ERC Sergi Sabrià appelle ainsi à « moins de gesticulations et plus de stratégie ». Quant au Parti démocrate européen catalan, sa vice-présidente Míriam Nogueras affirme que « nous ferons à Madrid ce que nous demande le gouvernement catalan » mais d'autres dirigeants soulignent leur surprise quant à l'ultimatum du président de la généralité[74]. Finalement, la Gauche républicaine et Ensemble pour la Catalogne déposent une résolution appelant à la tenue d'une consultation populaire contraignante, mais sans poser de conditions ni de délais[75].

ŒuvresModifier

  • Girona encisa (2005), avec Ramon Creus
  • Ganivetades Suïsses (2007)
  • Periodisme? Permetin! La vida i els articles d'Eugeni Xammar (2008), biographie d'Eugeni Xammar
  • El Bibliobús de la Llibertat (2008), avec Miquel Joseph i Mayol et Jaume Ciurana.
  • Viatge involuntari a la Catalunya impossible (2010), Prix Carles Rahola de l'essai
  • Honorables. Cartes a la pàtria perduda (2011).
  • Un bohemi al cabaret del món. Vida de Manuel Fontdevila, un senyor de Granollers (A Contravent, Barcelone, 2013) ISBN 978-84-15720-11-9

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Soraya Sáenz de Santamaría est chargée d'exercer les compétences par délégation du président du gouvernement Mariano Rajoy durant la suspension de l'autonomie.

RéférencesModifier

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Voir aussiModifier