Télétravail

Le télétravail est l'un des modes émergents de travail.

Le télétravail est une activité professionnelle effectuée en tout ou partie à distance du lieu où le résultat du travail est attendu. Il s'oppose au travail sur site, à savoir le travail effectué dans les locaux de son employeur. Le télétravail peut s'effectuer depuis le domicile, un télécentre, un bureau satellite ou de manière nomade (lieux de travail différents selon l'activité à réaliser), dans le cadre du travail salarié, mais aussi depuis des espaces de travail partagés (coworking), dans le cadre du télétravail indépendant. Son développement a été permis par les technologies de l'information (Internet, téléphonie mobile, fax, etc.)[1], les TIC (technologies de l'information et de la communication) notamment – dans certains métiers – l'ADSL[2] puis le « haut-débit » permis par la fibre optique. Le « télétravail nomade » a été encouragé par la mondialisation économique[3].

Le ministère de l'Économie français définit le télétravail comme une forme d'organisation du travail dans laquelle un travail qui aurait également pu être exécuté dans les locaux de l'employeur est effectué par un salarié hors de ces locaux de façon volontaire[4].

HistoireModifier

Promu dès les années 1970 (via le téléphone et surtout le fax), dont en France par les pouvoirs publics français qui y voyaient un mode d'aménagement du territoire[5], c'est en 1972 que le terme « telework » apparaît pour la première fois dans un article du Washington Post signé par le journaliste Jack Schiff et, à la même époque, Jack Nilles, considéré comme le père du télétravail lance ses premiers travaux sur ce qu’il baptisa, en 1975, le « telecommuting »[6].

Alors que se développaient la mondialisation économique et le flux tendu, ainsi que l'ordinateur personnel, Il est ensuite devenu pour les entreprises un des outils de délocalisation et/ou d'externalisation du travail ; pour réduire les coûts et pour augmenter la « mobilité du travail » comme nouvelle pratique de management et coordination[5]. La commission européenne promeut le télétravail au travers de livres blanc et vert (le rapport Bangemann), faisant du télétravail un moyen de soutenir le développement de la société de l'information voulue par les édiles de Bruxelles[7].

Dans les années 2000, il devient un véritable projet organisationnel s'inscrivant dans une stratégie d'entreprise mais sa pratique manque de régulations (politique, légale, sociale, organisationnelles)[8]. Concentré dans certains secteurs d'activités (informatique, conseil) jusque dans les années 2005, ses avantages[9] et inconvénients[9] restaient discutés[10].

Malgré une réglementation plus adaptée (Accord cadre européen du 16/7/2002, Conventions collectives de travail et autres lois ou recommandations dans les états membres de l'UE), une partie du télétravail est aujourd’hui pratiqué de manière informelle. En 2015, 17 % de la population active européenne pratiquait le télétravail à domicile et mobile[11].

Des dispositions législatives favorables à la pratique du télétravail, notamment à domicile, existent dans de nombreux pays, toutefois le télétravail (à domicile ou en télécentre) demeure une pratique minoritaire[12].

TypologieModifier

Dans le langage courant le télétravail est souvent réduit au télétravail à domicile. Mais de nombreuses typologies, établies notamment par le monde de la recherche, rendent compte de la diversité de cette forme de travail[12].

Lieux de télétravailModifier

  • à domicile : le lieu de résidence du télétravailleur (une pièce réservée ou non...)
  • hors domicile : un lieu tiers de confiance professionnel (télécentres, EPN, coworking...), un lieu non professionnel (hôtel, café, chambre meublée, studio...)
  • nomade : bus, tram, métro, RER, train, avion, bateau...

TélétravailleursModifier

  • Les prestataires indépendants de services : ce sont des freelances (travailleurs indépendants qui utilisent le télétravail entrepreneurial) ou des petites entreprises proposant leurs services, généralement depuis le domicile du travailleur, mais éventuellement en mode nomade, ou alterné, voire en télécentre ;
  • Les salariés d'entreprises ou associations : ce sont des employés — le plus souvent des cadres[13] — d'entreprises ou collectivités dont l’organisation leur permet de travailler à distance, éventuellement en télécentre tout ou partie de leur temps de travail, ce qui leur permet ou demande un autre mode d'organisation du temps, non sans risque de « suractivité »[14],[15],[16],[17] ;
  • Les « nomades » : ce sont des télétravailleurs salariés ou indépendants, qui pendant leurs déplacements continuent à collaborer avec leur entreprise en accédant ponctuellement à son système d'information à distance ;

Dans tous les cas, le télétravail peut être continu ou partiel (un à trois jours par semaine par exemple)

  • Les télétravailleurs en réseau, basés sur un site d'entreprise ou associatif, dans un télécentre ou temporairement chez le client. Il opère éventuellement dans une « équipe virtuelle » ou sous le contrôle d'un manager à distance ;
  • Les entrepreneurs-salariés, via les coopérative d'activités et d'emploi, qui permettent via des outils de gestion en ligne (ERP, Groupware...) d'entreprendre tout ou partie à distance dans un cadre sécurisé avec un accompagnement individuel : les CAE ;
  • à noter : il y a 8 millions de salariés en France qui peuvent télétravailler de par la nature de leur emploi, et ce en quasi immédiateté.

Modes de télétravailModifier

 
Un espace de télétravail

Il existe trois modes de télétravail à partir des différentes formes de présence[18]:

  • la première forme est le travail à domicile. Le travail est effectué dans la résidence du travailleur[18]. Par l’ordinateur et l’Internet, le travailleur est capable de réaliser ses travaux et de communiquer des collègues chez lui sans la présence au bureau. Donc cette mode de télétravail favorise la conciliation emploi-famille. Mais elle peut aussi brouiller les frontières entre le temps personnel et le temps professionnel. Aujourd’hui, grâce au développement des technologies de l’information, les formes de travail à domicile sont plus diversifiées et modernes[19] ;
  • la deuxième forme est le travail alterné ou pendulaire[18]. Le travail est réalisé en alternance entre le bureau et la résidence du travailleur. Il s’agit que le travailleur n’a pas d’espace fixe de travail. L’entreprise prédéfinit un horaire ou un quota de présence dans l’entreprise et sauf le temps inclus dans cet horaire, le travailleur peut exécuter le travail dans un lieu extérieur à l’entreprise comme la maison ou l’espace de travail collaboratif[18] ;
  • la troisième forme est le travail dans les télécentres et les centres de proximité[18]. Il s’agit de réunir les travailleurs qui ont une grande distance à effectuer pour aller à l’entreprise, comme les travailleurs nomades dans certains endroits hors du bureau[19]. Cette forme permet de réduire le temps de transports des travailleurs nomades et améliorer leur productivité. Par ailleurs, l’espace de coworking est appliqué fréquemment dans cette forme de télétravail comme un endroit de travail. Il offre aux télétravailleurs un réseau d’échange et une possibilité de réaliser des projets collaboratifs[18].

OutilsModifier

Le télétravail est possible grâce aux technologies de l'information et de la communication (TIC), outils de communication et outils collaboratifs. Ceux ci permettent au télétravailleur de rester informé des activités de l'entreprise et de participer en temps réel aux projets en cours de la même façon que s'il travaillait au sein de l'entreprise[20] :

Une condition préalable est que le télétravailleur à domicile dispose de suffisamment d'espaces[21]. Ainsi il peut s'isoler de l'environnement ambiant, aménager son poste de télétravail(bureau, siège, écran suffisamment grand et à hauteur des yeux) et éviter les sollicitations tout en limitant le bruit généré par ses échanges téléphoniques, audio ou visio.

AvantagesModifier

Pour l'employeurModifier

  • Augmentation de la flexibilité des ressources humaines[9].
  • Réduction de l'absentéisme et des retards (Notamment en cas de bouchons, grèves, pandémies)[9].
  • Intégration des salariés handicapés et des salariés ayant des contraintes familiales importantes[9].
  • Meilleure gestion des déménagements et des transferts d'activité (limitation des licenciements liés au déménagement d'un établissement dans une autre zone géographique)[9].
  • Réduction des frais généraux et des dépenses[9](m² de locaux, équipements et infrastructures de bureau, énergie nécessaire pour chauffer, climatiser et éclairer ces locaux)[21]
  • Modernisation les processus de management[22].
  • Contribution à une meilleure conciliation des temps sociaux[22].
  • Participation au bilan carbone de l'organisation[22].
  • Gain sur les temps d'interruptions(discussions entre collègues, pauses café, autres)[21].
  • Une plus grande productivité des employés[21].

Pour le télétravailleurModifier

  • Réduction du temps de transport[21].
  • Diminution de la fatigue du aux heures passées dans les encombrements[21].
  • Économies d'argent : pouvoir d'achat renforcé.
  • Horaires de temps de travail plus souples.
  • Accroissement en autonomie et en responsabilité.
  • Limitation des nuisances sonores, notamment dans un contexte où l'open space se généralise.
  • Meilleure conciliation vie personnelle / vie professionnelle[22].
  • Accroissement de la motivation au travail
  • Dans l'idéal, une augmentation de la qualité de vie
  • Diminution de la fatigue et du stress au travail.
  • Renforcement du bien-être au travail qui entraîne une plus grande productivité au travail.
  • Prise en charge éventuelle de certains frais (abonnement internet...)[23], voire une indemnité forfaitaire[24] selon l'accord de l'employeur.

Pour les territoiresModifier

  • Le développement de l'économie résidentielle[25].
  • Un outil pour attirer de nouveaux actifs[25].
  • Un moyen de développer des nouvelles activités liées aux Technologies de l'information et de la communication (TIC) pour les territoires ruraux[25].
  • Un outil pour contribuer à la limitation des déplacements d'une partie de la population sur les territoires urbains[25].

InconvénientsModifier

Le travailleur peut se sentir isolé et moins facilement bénéficier de la dynamique de groupe d'une équipe, de l'aide des syndicats, etc. Ses droits peuvent être plus difficiles à faire respecter[9],[26]. L'apparition des webcams, des outils de visioconférence et de nouveaux outils de travail collaboratif peut pour partie limiter ces inconvénients, mais peut aussi ouvrir des dérives, avec :

  • éloignement du donneur d'ordre ou de l'employeur (autre continent ou fuseau horaire) ;
  • risque que le travail professionnel empiète fortement sur la vie privée et familiale (horaires, durée de travail, etc.) ;
  • affaiblissement des collectifs de travail et de la vie sociale[9].

Afin de réduire l'isolement, notamment avec des moyens de visiophonie ou visioconférence, certains proposent le terme visiotravail pour désigner cette variante du télétravail faisant usage de la téléphonie.

Le télétravail permet de diminuer les déplacements et donc diminuerait les émissions de gaz à effet de serre. Cependant, il peut engendrer un effet rebond se traduisant par des déplacements personnels plus importants pour s'extraire d'un ancrage urbain[27]. Il renforce les possibilités de pression sur le salarié et contribue à brouiller les limites entre-temps professionnel et temps hors-travail[28].

En France, depuis la loi Travail de 2016, les salariés français ont acquis un droit à la déconnexion. Celle-ci leurs permet de ne pas répondre aux sollicitations professionnelles, comme des e-mails, téléphones et d'être déconnectés du réseau informatique de leurs entreprises, hors de leur temps de travail. Cette loi permet de regagner du temps libre dégagé des contraintes du travail qui s'étaient renforcées avec la possibilité d'être joignable et mobilisable à tout moment[29].

Selon l'Organisation internationale du travail, il faut atténuer les pressions qu’engendre « une démarcation de plus en plus floue entre temps de travail et temps consacré à la vie privée »[30].

Finalement, les bénéfices économiques, sociaux et environnementaux du télétravail demeurent très discutés par les chercheurs[12]. En particulier lorsque le télétravail est subi et non souhaité comme ce fut le cas de nombreux salariés lors de la crise du Coronavirus. Les permanents stop and go avec la vie familiale et le travail semblent compromettre l'efficacité attendue par les employeurs[31].

EnjeuxModifier

ÉconomiqueModifier

Le télétravail :

  • permettrait de diminuer certaines dépenses de transports, (carburant, frais de parking, d'assurance, etc) pour les entreprises. Selon une étude faite auprès de 1 000 entreprises de moins de 50 salariés étude[32], 88 % des PME françaises dépenseraient jusqu'à 50 000  par an en déplacements professionnels[33]. 80 % des TPE et PME sondées feraient de la réduction et l'optimisation des coûts de fonctionnement une de leurs priorités pour rentabiliser leur activité ; 43 % des entreprises de la Construction estiment qu'existe « une part très importante dans leurs déplacements par rapport au temps de travail global » et plus de 60 % se disent intéressées par le télétravail[33] ;
  • permettrait d’accroître le niveau de vie des travailleurs salariés[34] ou indépendants qui le pratiquent. Le gain est réalisé par les économies que le télétravail procure(frais d'essence[35], gazole, entretien voiture, remplacement voiture retardé, participation éventuelle aux frais d'abonnement Internet et équipements par l'employeur)
  • peut avoir un impact positive sur développement local[36] et donc s'accompagnerait d'une diminution des coûts relatifs à l'immobilier pour les travailleurs qui choisiraient de s'éloigner des centres métropoles.

EnvironnementModifier

L'écobilan complet du télétravail n'a pas été calculé.

Le télétravail semble bénéfique pour l'environnement grâce à la diminution globale des émissions de gaz à effet de serre (GES) participant à une amélioration notable de la qualité de l’air dans de nombreux centres urbains[37],[38]. Les employés diminuent leurs consommations de carburant. C'est le premier effet apparent associé au télétravail du au moindre usage de la voiture individuelle pour aller et revenir de son travail[38]{. On estime que si une personne qui réside à 25km de son lieu de travail passe 2 jours par semaine en télétravail, elle économise 512 litres d’essence par an, soit 2 tonnes équivalent carbone en moins dans l’atmosphère[35]. L'association négaWatt, appelle de ses vœux le développement du télétravail, pour des raisons de sobriété[39]

Des études sur le sujet font ressortir des effets rebonds, pour deux raisons principales : premièrement, travailler chez soi occasionne une consommation énergétique additionnelle de son lieu d'habitation(électricité, chauffage) ; deuxièmement, loin d'être supprimés, les déplacements seraient alors plus nombreux pour un usage personnel[37].

Certains modes de télétravail (vidéoconférence ou usage intensif de serveurs) peuvent également être indirectement source d'émissions de GES[37] (voir aussi Énergie grise informatique).

Le pic pétrolier étant d'ores et déjà franchi, selon Jean-Marc Jancovici, la pandémie de Covid-19 devrait être l'occasion de se préparer au télétravail à plus grande échelle[40]. En 2017, The Shift Project, que préside Jean-Marc Jancovici, publie une étude sur la décarbonation de la mobilité dans les zones de moyenne densité de population; il s'agit peu ou prou des zones périurbaines. Il en ressort que le télétravail peut contribuer à cette décarbonation, mais que le potentiel du vélo, du covoiturage, des transports en commun et de la distribution optimisée des achats en zone périurbaine est supérieur. Par ailleurs, le télétravail mal maîtrisé pourrait entraîner un étalement urbain indésirable. Les auteurs soulignent que le télétravail peut toutefois participer à l’équilibre démographique de zones en cours de désertification[41].

Le télétravail, en permettant aux gens d’être plus éloignés de leur lieu de travail peut être un facteur d’étalement urbain[37] avec les dommages à l'environnement que constituent la déforestation, l'artificialisation des sols, le besoin d'une deuxième voiture, la multiplication de l'usage des voitures et des kilomètres parcourus.

Selon le bureau d'études français B&L évolution, pour avoir une chance de respecter l'accord de Paris sur le climat, toute personne [qui habite] à plus de 10 km de son lieu de travail et ayant un emploi télétravaillable doit télétravailler deux jours par semaine à partir de 2025. Et l'employé doit parfois accepter de renoncer à son hyper-spécialisation[42].

SocialModifier

Le découplage entre activité professionnelle et locaux d'entreprise, ainsi que le risque d'une perte des limites entre vie professionnelle, personnelle et familiale, posent de nouvelles questions, y compris pour la vulnérabilité des travailleurs face au stress au travail quand la pression de l'employeur ou du système augmente, ainsi que pour la notion d'accident du travail.

Les risques psychosociaux augmentent avec la pratique du télétravail: manque de contact et isolement provoqués par le travail à domicile, besoin de rapports de convivialité avec les collègues , perte du collectif de travail , risque de consignes personnelles irréalisables de l’employeurs[37].

Selon les chercheurs Sylvie Crepeau et Dominique Carré, Entre délocalisation et mobilité (...) en dissociant, tout en recombinant la dimension spatiale et temporelle du travail, en développant des mécanismes de délocalisation et d'organisation réflexive des relations sociales, tout en favorisant l'étirement entre implications locales (circonstances de coprésence) et interactions à distance (rapports entre présence et absence), le télétravail semble participer, au sens où l'entend Giddens, à la radicalisation de la modernité, notamment à travers deux figures : l'omniprésence et l'ubiquité[5].

Les avis diffèrent sur le télétravail : les uns y voient un avantage de conciliation emploi-famille , d’autres indiquent qu’il y a des risques d’un plus grand conflit entre famille et emploi[43]:

  • la grande majorité des télétravailleurs considèrent que ce type de travail leur permet d’avoir plus de temps avec la famille le matin et le soir, d’être plus disponibles pour répondre aux besoins de leurs enfants, pour les préparer pour la garderie ou l’école le matin et les accueillir au retour (quitte à reprendre le travail après). Plusieurs indiquent pouvoir intercaler des tâches ménagères ou de petites réparations ou courses dans leur journée de travail et se libérer ainsi plus de temps pour la fin de semaine.
  • télétravail peut engendrer un conflit travail-famille en raison de la présence de matériel de travail dans la maison et du fait que les membres de la famille peuvent interrompre le travail.(... ) Ce sont surtout les femmes qui vivent de telles difficultés de séparation entre le travail et la famille lorsqu’elles travaillent à domicile.

En FranceModifier

HistoriqueModifier

Dans les années 1990, le télétravail et les téléservices émergent parallèlement aux autoroutes de l'information[44] comme mode alternatif de travail, entre les problématiques de délocalisation et mobilité, mais concernant surtout certains services et professions ou certains salariés (handicapés). En 1993, un rapport sur ce thème est rendu au ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire et au ministre des Entreprises et du Développement économique[45]. Il est parfois présenté comme un moyen de valoriser des territoires isolés mais informatiquement désenclavés ou pouvant l'être[46],[47]. En 1998, un Guide d’information sur le télétravail est publié par la DGAFP[48].

Une association (AFTT ; Association française du télétravail et des téléactivités) est créée.

Les sociétés de services informatiques (télégestion...), souvent dotées des compétences ad hoc l'utilisent, mais encore marginalement et avec certains effets sur les relations humaines et sociales au sein de l'entreprise[49],[50]. En 2012, selon le ministère de l'Économie, 17 % des salariés pratiquaient le travail à domicile (contre 20 % en Europe du Nord). Parmi eux en France, 5 % le faisaient en 2012 sous forme de télétravail « nomade » (durant un déplacement). Les grandes entreprises favorisent plus le télétravail que les administrations : 40 % des groupes du CAC40 disposaient en 2012 d'un Accord de télétravail[33].

En 2004, la DARES évaluait à 2 % la part des salariés français pratiquant le télétravail à domicile, et à 5 % le télétravail nomade en France. En 2005, un « Accord national interprofessionnel relatif au télétravail » est signé en [51], mais dans le pays le télétravail se développe peu, et comme dans plusieurs autres pays occidentaux il semble rester « pendulaire », c'est-à-dire qu'il est exercé non à temps plein mais sur une partie de la semaine (exemple : un à deux jours en télétravail, le reste du temps travail classique depuis le bureau).

En 2012, le Ministère de l'Économie, des Finances et du Commerce extérieur évalue à 12,4 % la part des salariés de grandes entreprises françaises télétravaillant plus de 8 h par mois[52]. D'autres études évaluent à 16,7 % le nombre d'actifs pratiquant le télétravail à domicile ou de façon nomade, et à 40 % le nombre d'entreprises du CAC40 disposant d'un Accord de Télétravail[53]. Les télétravailleurs sont surtout des actifs qualifiés (cadres) du privé, exerçant dans l'informatique, le service aux entreprises, les banques et assurances.

En 2014, le télétravail en France reste associé au temps partiel ou pratiqué un à deux jours par semaine le reste du temps étant passé en entreprise[33]. Il est le plus souvent pratiqué à domicile[54] ou en mode nomade, mais des centres de coworking adaptés au télétravail, éventuellement collaboratif se développent aussi.

Divers acteurs rappellent périodiquement les risques ou limites du télétravail en termes de suractivité (surtout chez les cadres[55]) et/ou de désinsertion sociale s'il excluait le travailleur des réseaux humaines et sociaux[56].

D'autres jugent que la généralisation du travail flexible (télétravail, horaires plus souple, utilisation des technologies mobiles, location d'un bureaux ou d'une salle de réunion dans un tiers-lieu, etc.) laisse entrevoir de nombreux avantages. Ainsi, deux jours de télétravail par semaine, apportent des gains conséquents :

  • pour l’économie française dans son ensemble (gain potentiel de 9,8 milliards d'euros par an, soit 0,5 % du PIB) ;
  • pour le pouvoir d’achat et le bien-être (gain potentiel de 1,7 milliard d’euros et 247 millions d’heures par an, soit 300  et 85 heures/personne) ;
  • pour ceux – nombreux – qui souhaitent un nouveau rapport au travail ; Selon l'étude Citrix de 2014, les Français qui télé travaillent déclarent que cela leur permet de :
    • travailler à leur propre rythme (83 %)
    • assurer un meilleur équilibre de leur vie privée / vie professionnelle (81 %)
    • organiser leur journée autour d’autres engagements (81 %)
    • accomplir plus de tâches en perdant moins de temps dans les transports (76 %).

En 2016, les salariés obtiennent un droit à la déconnexion figurant dans la loi Travail. Il leur permet de ne pas répondre aux sollicitations professionnelles: droit de ne pas être connecté aux outils numériques professionnels (téléphone portable, courriels, etc.) hors des périodes de travail(temps de transport travail-domicile, congés, temps de repos, week-end, soirée, etc.). La France est le premier pays avoir intégré ce droit dans le droit du travail[57].

En 2018, 61 % des salariés français aspirent à plus de télétravail[58]. En croissance de 700 000 en 2019, ils sont 5,2 millions salariés concernés par le télétravail, suivant une étude qui dresse le portrait de ces travailleurs[59].

En 2020, selon l'Association nationale des DRH, 28 % des salariés travaillent depuis leur domicile au moins partiellement grâce au télétravail. La pandémie de Covid-19 a fait basculer le pays vers le confinement en mars 2020 et, en quelques semaines le télétravail a pu être utilisé par 40 % des salariés[60].

Soutien au télétravailModifier

Un « réseau national de télécentres » a été constitué ( à Alençon), sous l'égide de la DATAR, à la suite d'une décision du CIADT de [61] avec un appel à projets visant à créer 1 000 postes de télétravail dans 100 télécentres, surtout en zone rurale (35 projets lors de la première vague de réponses[62]).

La DGAFP a publié un guide[63] sur le télétravail, sur sa définition, sa préparation, mise en œuvre dans la fonction publique et son évaluation[64], qui encourage le télétravail, tout en alertant sur le fait que des télétravailleurs isolés sont plus vulnérables à certains stress (liés aux objectifs par exemple) et risques psychosociaux, qui peuvent être notamment limités par la constitution de réseaux de pairs et un bon accompagnement de la part de l'employeur veillant à éviter la « mise à l’écart » des télétravailleurs[65].

Projet de télétravailModifier

Pour ce faire, il vaut mieux définir un projet de télétravail avec l'ensemble des parties prenantes, direction, organisations représentatives et salariés concernés dont les fonctions le permettent[66]. Le double volontariat réversible si l'un des deux acteurs le souhaite est la règle en France (pour l'entreprise et le salarié)[33].

Par les ordonnances pour le renforcement du dialogue social[67], le gouvernement a voulu simplifler le recours au télétravail pour les entreprises et leurs salariés. Il se met en place dans l'entreprise par :

  • un simple accord avec le salarié, par tout moyen (accord oral, email, courrier…) ;
  • un accord collectif ;
  • une charte élaborée par l’employeur, après avis du comité social et économique, s’il existe.

Pour les salariés, il n'est plus nécessaire d'établir un avenant au contrat de travail, mais les conditions doivent être definies, par exemple, nombre de jours par semaines, conditions matérielles, défraiements éventuels, etc..

En tant que salarié quasi indépendant, il peut s'établir dans le cadre d'un portage salarial et figure alors dans le contrat de travail ou dans un avenant à ce contrat.

Les travailleurs indépendants sont, par définition, libres de définir leurs propres règles de télétravail.

Evolutions par paysModifier

EuropeModifier

En Europe, selon les données de l'Office statistique de l'Union européenne, 5,1 % de la population active pratiquait « régulièrement » le télétravail en 2019[68]. La France (7 %) devance l’Allemagne (5,2 %) et l’Italie (3,6 %), mais est distancée par les Pays-Bas (14,1 %), la Finlande (14,1 %), le Luxembourg (11,6 %) et l’Autriche (9,9 %). Le positionnement de chaque pays change quand on s'intéresse à la pratique « occasionnelle » du télétravail qui s'est développée dans les années 2010.

En 2020, au cours de la pandémie de Covid-19, le télétravail a été développé à chaque fois que cela était possible dans toute l'Europe{[68].

FranceModifier

Les télétravailleurs réguliers sont essentiellement des salariés qualifiés : 61 % d’entre eux sont cadres alors que ces derniers ne représentent que 17 % des salariés. Ainsi, 11,1 % des cadres et 3,2 % des professions intermédiaires déclarent pratiquer le télétravail au moins un jour par semaine, alors que cette pratique est rare chez les employés et marginale chez les ouvriers[69].

Le télétravail semble être une solution choisie par les parents avec un jeune enfant souhaitant concilier leur vie de famille et leur vie professionnelle. Il y a 23,0 % de télétravailleurs réguliers parmi les cadres appartenant à une famille monoparentale et 14,2 % parmi les cadres membres d’un couple élevant un enfant de moins de 3 ans[69].

Selon une étude de la DARES établie sur la dernière semaine du mois de mars 2020, période des prises de décisions gouvernementales concernant la pandémie de Covid-19, un quart de la population active française est passée en télétravail[68]. La proportion est plus élevée dans les secteurs de l’information et de la communication (63 %) ou de la finance et des assurances (55 %) que dans la restauration et l’hôtellerie (6 %), ou encore dans les transports (13 %).

BelgiqueModifier

La Convention collective de travail no 85 a été signée le et aménage les conditions de télétravail pour le télétravail régulier à domicile et en télécentre[70]. Le principe général est l'équité de traitement entre les télétravailleurs et les non-télétravailleurs.

Le fisc belge a clarifié le traitement fiscal du télétravail dans sa circulaire n° Ci.RH.241/616.975 (AGFisc no  2/2014)[71] du . La mise à disposition par un employeur à un employé d'une connexion et d'un abonnement internet et d'un ordinateur est considérée comme un avantage fiscal de toute nature jusqu'à un montant de 40 EUR par mois.

Royaume-UniModifier

Les nouvelles pratiques de télétravail commencent à révéler quelques signes d’un impact social plus profond. La crise de pandémie COVID-19 a obligé des milliers de salariés au Royaume-Uni à utiliser le télétravail[72]. Cela a entraîné une hausse des questions concernant leur bien-être physique, leurs évolutions relatives à la motivation au travail et plus généralement leur ressenti. Selon une étude menée en avril 2020 au Royaume-Uni par Stephen Bevan, Beth Mason, Zofia Bajorek Institute for Employment Studies (IES) qui sera poursuivie, il en ressort sur le plan physique, une augmentation significative des plaintes musculosquelettiques, une activité physique en baisse, une perte de sommeil. Sur le plan social, l'étude relève le manque d’interactions sociales, le déséquilibre entre vie professionnelle et privée, le sentiment d’isolement, des horaires de travail trop longs et irréguliers…

L'étude propose des directions à suivre pour les employeurs. Ils devraient s'assurer, des bonnes conditions de travail à domicile sûrs et ergonomiques, que les employés ne délaissent pas l'activité physique, du soutien formel et informel de l'entreprise aux employés (Rendez-vous virtuel pour le café du matin, contact régulier avec les managers et collègues, attention aux risques psychosociaux, implication des employés dans les décisions).

États-UnisModifier

En 2020, lors de la pandémie de Covid-19, Facebook annonce vouloir devenir « l'entreprise la plus en avance » sur le télétravail. Cette décision a été prise au vu de l'impossibilité d'un retour à des conditions de travail habituelles pour ses 45 000 employés au niveau mondial. 95 % du personnel s'est mis au télétravail durant cette période. 40 % des employés souhaitent opter pour le télétravail de façon permanente. Facebook pourrait aussi recruter de nouveaux télétravailleurs, sans lieu de travail liés à la firme. Les villes ciblées sont Denver (Colorado), Atlanta (Géorgie) et Dallas (Texas) où Facebook ne possède aucun bureau[73],[74]. Twitter propose la même année le télétravail à la carte pour les volontaires. Le changement d'organisation du travail, permise par le télétravail, pourrait se prolonger au-delà de la période de pandémie. Les employés pourront opter pour le travail de manière définitive si ils le souhaitent[75].

Selon Dingel et Neiman, 34 % des employés pourraient potentiellement télétravailler[76],[77].

Pays émergentsModifier

Le développement mondial de l'internet et des logiciels libres favorise aussi l'apparition d'un télétravail dans les pays en développement, pressenti dès la fin des années 1980[78].

Notes et référencesModifier

  1. L. Taskin, « Télétravail, les mythes d'une success story : Entre autonomie et contrôle », Gestion2000,‎ , p. 113-125.
  2. O. Cléach, J.L. Metzger, Rapport d’étude sur le télétravail en ADSL. France Télécom Recherche et Développement, nº RP/FTR&D/7793, Issy-les-Moulineaux, 2002.
  3. A. Beer, « L'essor du télétravail en Europe », Futuribles, no 266,‎ , p. 61–65.
  4. Ministère de l'Économie et des Finances (France), « Entreprises, ce que vous devez savoir sur le télétravail », sur economie.gouv.fr, (consulté le 17 mai 2020).
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AnnexesModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

Liens externesModifier

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