Élections générales espagnoles de novembre 2019

élections présumées en Espagne en 2019

Élections générales espagnoles de novembre 2019
350 sièges du Congrès des députés
(Majorité absolue : 176 sièges)
208 sièges (sur 265) du Sénat
Type d’élection Élection législative
Durée de campagne du au
Corps électoral et résultats
Population 46 934 632
Inscrits 37 001 379
Votants 24 507 715
66,23 %  −5,5
Votes exprimés 24 258 228
Votes nuls 249 487
Pedro Sánchez 2019 (portrait crop).jpg Parti socialiste – Pedro Sánchez
Voix 6 792 199
28,00 %
 −0,7
Députés élus 120  −3
Sénateurs élus 93  −30
Pablo Casado 2019e (cropped).jpg Parti populaire – Pablo Casado
Voix 5 047 040
20,81 %
 +4,1
Députés élus 89  +23
Sénateurs élus 83  +28
Santiago Abascal-2018.jpg Vox – Santiago Abascal
Voix 3 656 979
15,08 %
 +4,8
Députés élus 52  +28
Sénateurs élus 2  +2
Pablo Iglesias Ahora Madrid 2015 - 05 (cropped).jpg Podemos – Pablo Iglesias
Voix 3 119 364
12,86 %
 −1,5
Députés élus 35  −7
Sénateurs élus 0  0
Albert Rivera 2016a (cropped 2).jpg Ciudadanos – Albert Rivera
Voix 1 650 318
6,80 %
 −9,1
Députés élus 10  −47
Sénateurs élus 0  −5
Congrès des députés
Diagramme
Sénat
Diagramme2
Président du gouvernement
Sortant Élu
Pedro Sánchez
PSOE
Pedro Sánchez
PSOE
resultados.10noviembre2019.es

Les élections générales espagnoles de (en espagnol : Elecciones generales de España de noviembre de 2019, désignées sous le numéronyme 10-N) se tiennent le dimanche afin d'élire les 350 députés et 208 des 265 sénateurs de la XIVe législature des Cortes Generales.

Ce scrutin est convoqué par le roi Felipe VI cinq mois après le précédent scrutin, à la suite de l'incapacité du Congrès à investir un nouveau président du gouvernement à la fin du mois de juillet, en raison des désaccords entre le Parti socialiste et Unidas Podemos sur la formation ou non d'un gouvernement de coalition. Ces élections sont par conséquent anticipées de trois ans et demi par rapport au terme naturel de la XIIIe législature et constituent la deuxième répétition électorale de l'histoire post-franquiste après celle de 2016.

La courte campagne électorale est notamment marquée par des tensions politiques et sociales en Catalogne liées à la condamnation pénale d'anciens dirigeants territoriaux pour avoir organisé en 2017 un référendum interdit sur l'indépendance, et l'exhumation de la dépouille de Francisco Franco de son mausolée du Valle de los Caídos, engagement pris par le président du gouvernement Pedro Sánchez lors de son accession au pouvoir.

Alors que la participation recule, le Parti socialiste de Sánchez confirme sa position de premier parti du pays mais perd sa majorité absolue au Sénat. Avec plus de 15 % des voix, la formation d'extrême droite Vox devient la troisième force politique du pays derrière le Parti populaire, qui progresse tout en réalisant le deuxième plus mauvais résultat de son histoire. Ciudadanos, qui occupait précédemment la troisième place, perd les quatre cinquièmes de sa représentation parlementaire au Congrès, entraînant le retrait de son président Albert Rivera. Le scrutin voit une poussée des partis nationalistes territoriaux et régionalistes, qui occupent un septième du Congrès, plus de la moitié d'entre eux étant par ailleurs favorables à l'indépendance de leur territoire.

Moins de deux jours après le scrutin, le PSOE et Unidas Podemos annoncent la conclusion d'un accord de principe pour former un gouvernement de coalition. Le pacte de coalition est signé sept semaines plus tard, ainsi que plusieurs accords d'investiture avec les nationalistes basques, la gauche indépendantiste catalane et plusieurs petits partis territoriaux. Sánchez remporte l'investiture à la majorité simple le et forme son second gouvernement six jours plus tard.

ContexteModifier

Première victoire socialiste en 11 ansModifier

 
Pour la première fois depuis 11 ans, le PSOE obtient la majorité relative au Congrès.

Lors des élections générales anticipées du 28 avril 2019, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) de Pedro Sánchez s'impose avec 123 députés. Il est suivi par le Parti populaire (PP) de Pablo Casado, qui réalise le pire résultat de son histoire avec seulement 66 sièges, soit une division par deux de son groupe parlementaire. La troisième place revient au parti Ciudadanos d'Albert Rivera, qui remporte 57 élus et passe devant la coalition Unidas Podemos (UP) de Pablo Iglesias, qui n'obtient que 42 députés, soit la perte d'une trentaine de sièges. La cinquième place revient à Vox de Santiago Abascal, qui devient le premier parti d'extrême droite à siéger au Parlement espagnol depuis la mort de Francisco Franco avec 24 sièges. Les sièges restants reviennent aux partis nationalistes territoriaux, principalement la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), Ensemble pour la Catalogne (JxCat) et le Parti nationaliste basque (EAJ/PNV).

Le bloc de la motion de censure, qui avait porté Sánchez au pouvoir en , dispose de 198 sièges, contre 127 pour les formations s'y étant opposées. Les 25 élus restants se répartissent entre deux formations qui n'avaient pas de représentation : Vox et le Parti régionaliste de Cantabrie (PRC).

À l'ouverture de la XIIIe législature, la députée de Barcelone et ministre de la Politique territoriale Meritxell Batet est élue présidente du Congrès des députés avec 175 voix, contre 125 à sa prédécesseure Ana Pastor. En échange de son soutien à la candidate socialiste, Unidas Podemos obtient le poste de premier vice-président pour la députée de Madrid Gloria Elizo et de premier secrétaire pour le député de Barcelone Gerardo Pisarello[1].

Échec de l'investitureModifier

 
Le président du gouvernement sortant Pedro Sánchez échoue à obtenir l'investiture du Congrès en juillet.

Lors de la présentation de son programme le , Sánchez multiplie les propositions et les promesses d'actions rejoignant les revendications de Podemos, dans le but affiché de séduire les députés de la gauche radicale. Sánchez souhaite mettre en place un gouvernement minoritaire composé uniquement de membres de son parti, mais mettant en œuvre un programme de gauche qui obtiendrait le soutien de Podemos et des petit partis régionalistes, notamment catalans, lui assurant une majorité pour gouverner[2]. Les dirigeants de Podemos, qui défendent la constitution d'un gouvernement de coalition dont ils feraient partie, accusent cependant les socialistes de ne leur proposer qu'un « rôle de figuration », sans aucun ministère régalien ni portefeuille marqué à gauche, tels que le Travail, les Finances, la Transition écologique ou l'Égalité. Pablo Iglesias avertit ainsi que sans gouvernement de coalition, Pedro Sánchez ne sera « jamais président » du gouvernement[3].

Lors du premier vote le , Sánchez reçoit seulement 124 voix favorables, soit 52 de moins que le minimum constitutionnel requis, 170 voix contre et 52 abstentions, quatre parlementaires étant absents car placés en détention provisoire. Seul le Parti régionaliste de Cantabrie soutient, avec le PSOE, son maintien au pouvoir, tandis que le Parti populaire, Ciudadanos, Vox, ERC et Ensemble pour la Catalogne (JxCat) notamment, s'y opposent. En sus du Parti nationaliste basque, Unidas Podemos fait le choix de s'abstenir afin de démontrer sa bonne volonté dans la poursuite des négociations de coalition[4].

Peu avant le second vote, Podemos présente une nouvelle proposition, qui les voit renoncer à toute prétention dans les domaines des finances publiques et de la transition écologique et se limiter à trois ministères et une vice-présidence, mais elle est rejetée par le PSOE qui s'en tient à une offre de programme commun sans participation de Podemos au gouvernement[5]. Le second vote, qui ne requiert, cette fois, que la majorité relative, voit le rejet de la candidature de Sánchez, qui recueille 124 voix pour, 155 contre et 67 abstentions[6].

Blocage politiqueModifier

 
Le dirigeant de Podemos Pablo Iglesias insiste sur la formation d'un gouvernement de coalition.

L'incapacité du Congrès à investir un président du gouvernement ouvre, à partir du , un délai de deux mois à l'issue duquel de nouvelles élections seront convoquées si aucun chef de l'exécutif n'est élu dans cet intervalle[7]. Au soir du vote, Sánchez affirme qu'il « ne jette pas l'éponge » et annonce de nouveaux échanges avec le Parti populaire, Ciudadanos et Unidas Podemos pour tenter de débloquer la situation[8].

Les négociations restent au point mort presque tout au long du mois d'août. Podemos finit le 27 par proposer un accord revoyant considérablement ses prétentions à la baisse, les ministères du Travail et de la Transition écologique n'y étant plus exigés. Sánchez, rendu méfiant par les négociations infructueuses de mois de juillet, y oppose une fin de non recevoir, jugeant invivable l'existence de deux gouvernements au sein d'un même conseil des ministres, et évoquant d'« importantes différences » sur plusieurs questions régaliennes dont la Catalogne. Les socialistes s'opposent en effet au souhait de Podemos d'y organiser un référendum, préférant une réforme du statut d'autonomie[9].

Le , Sánchez réitère son intention de former un gouvernement minoritaire, sur l'exemple du Portugal, en proposant un programme commun contenant notamment l'annulation des réformes du marché du travail et des retraites de son prédécesseur Mariano Rajoy, la revalorisation des retraites et du salaire minimum — de 900 à 1125 euros mensuels —, l'augmentation des dépenses de santé et d’éducation, et le contrôle des loyers. Le coût du programme est estimé entre 30 et 36 milliards d'euros sur la durée de la législature, une dépense financée par la mise en place d'un impôt minimum de 15 % sur les entreprises qui monterait à 18 % pour les banques, la création d'une taxe sur les transactions financières, et une hausse de la fiscalité verte[10],[11]. Bien que reconnaissant des affinités avec un tel programme, Pablo Iglesias déplore « l’incapacité » selon lui de Pedro Sánchez « à comprendre qu'il doit partager les responsabilités », rejetant à nouveau tout gouvernement qui ne soit pas de coalition. Le programme économique dévoilé par le dirigeant du PSOE est vu comme un possible programme pour les éventuelles élections à venir[10]. Le 11, les deux dirigeants se rejettent à nouveau la responsabilité du blocage, tout en assurant l'un l'autre qu'un accord serait préférable à leurs yeux que de nouvelles élections[12]. Le , le PSOE rejette un nouveau compromis de Podemos, qui les aurait vu siéger au gouvernement pendant une année, puis, en cas de désaccord à l'issue de cette période d'essai, quitter le gouvernement tout en maintenant leur confiance à un gouvernement minoritaire[13].

Convocation des élections anticipéesModifier

Les 16 et , le roi Felipe VI lance de nouvelles consultations dans le but d'éviter de nouvelles élections[14]. Le , Ciudadanos propose son abstention et celle du PP lors du vote d'investiture, en échange d'une promesse de Sánchez de ne pas gracier les séparatistes catalans en cas de condamnation éventuelle, et de rompre la coalition régionale du PSOE avec les nationalistes basques de Bildu en Navarre, au profit des partis de droite, ce que Sánchez refuse[15]. Prenant acte de la situation de blocage entre les partis, le souverain ne propose aucun candidat à la présidence du gouvernement, ouvrant la voie à la convocation de nouvelles élections le suivant[16],[17]. La dissolution est officiellement prononcée le et prend effet le lendemain[18].

Mode de scrutinModifier

L'Espagne dispose d'un parlement bicaméral, les Cortes Generales, composé d'une chambre basse, le Congrès des députés (Congreso de los Diputados), et d'une chambre haute, le Sénat (Senado). Les députés comme les sénateurs sont élus pour quatre ans[19]. Le scrutin pour leur renouvellement se tient 54 jours après la publication du décret de convocation des électeurs au Bulletin officiel de l'État (BOE)[20], sauf dans le cas d'une répétition électorale : le délai de tenue du scrutin est réduit à 47 jours et la durée de la campagne officielle passe de 14 à sept jours[21].

Pour le Congrès des députésModifier

Le Congrès des députés est composé de 350 sièges pourvus au scrutin proportionnel plurinominal à listes fermées dans 52 circonscriptions correspondant aux 50 provinces du pays ainsi qu'aux villes autonomes de Ceuta et de Melilla. Le nombre de députés qui leur est alloué est variable en fonction de leur population, avec néanmoins un minimum de deux sièges par province, à l'exception des villes autonomes qui n'ont chacune en tout qu'un seul siège et pour laquelle les élections se tiennent donc de facto au scrutin uninominal majoritaire à un tour[22].

Après décompte des voix, les sièges sont répartis selon la méthode d'Hondt dans chacune des circonscriptions. Ne peuvent prétendre à la répartition des sièges que les listes ayant franchi le seuil électoral de 3 % des suffrages exprimés. Dans la pratique, ce seuil se révèle plus élevé dans les circonscriptions ayant peu de sièges à pourvoir. Il est ainsi en réalité de 25 % dans les provinces ne comptant que trois sièges. Le vote blanc est reconnu et comptabilisé comme suffrage exprimé, ce qui élève légèrement le seuil réel par rapport à un système classique où ils ne sont pas reconnus[22].

Répartition des sièges à pourvoir par circonscription[23]
Circonscriptions Députés Carte
Madrid 37  
Barcelone 32
Valence 15
Alicante et Séville 12
Málaga 11
Murcie 10
Cadix 9
Îles Baléares, La Corogne, Las Palmas et Biscaye 8
Asturies, Grenade, Pontevedra, Santa Cruz de Tenerife et Saragosse 7
Almería, Badajoz, Cordoue, Gérone, Guipuscoa, Tarragone et Tolède 6
Cantabrie, Castellón, Ciudad Real, Huelva, Jaén, Navarre et Valladolid 5
Álava, Albacete, Burgos, Cáceres, León, Lérida, Lugo, Ourense, La Rioja et Salamanque 4
Ávila, Cuenca, Guadalajara, Huesca, Palencia, Ségovie, Teruel et Zamora 3
Soria 2
Ceuta et Melilla 1

Pour le SénatModifier

 
Le palais du Sénat, siège du Sénat.

Le Sénat est composé de 265 sénateurs dont 208 élus au scrutin direct, les 57 restants étant élus par les parlements des 17 communautés autonomes.

Les sénateurs élus par la population le sont au scrutin majoritaire plurinominal dans 59 circonscriptions plurinominales correspondants aux provinces du pays et à Ceuta et Melilla, à l'exception des deux communautés autonomes archipélagiques. Les principales îles des archipels des Baléares et des Canaries sont en effet dotées de leurs propres circonscriptions. Il y a ainsi quatre sénateurs pour chacune des 47 provinces de la péninsule, trois sénateurs pour les îles de Grande Canarie, Majorque et Tenerife, deux sénateurs respectivement pour Ceuta et Melilla, et un sénateur pour les îles de Minorque, Fuerteventura, La Gomera, Ibiza-Formentera, El Hierro, Lanzarote, et La Palma.

Les assemblées législatives des communautés autonomes désignent aussi des sénateurs, à raison d'un de droit par communauté, plus un siège supplémentaire par tranche d'un million d'habitants. Le nombre est de ce fait variable en fonction de l'évolution démographique. Il était de 57 en . Ces élections indirectes ont lieu pour chaque assemblée communautaire peu après leurs renouvellements, et ne coïncident donc pas nécessairement avec les élections au scrutin populaire.

CampagneModifier

Principales forces politiquesModifier

Force politique Chef de file Idéologie Résultats en
avril 2019
Parti socialiste ouvrier espagnol
(es) Partido Socialista Obrero Español
PSOE Pedro Sánchez
Président du gouvernement
Centre gauche
Social-démocratie, progressisme
28,7 % des voix
123 députés
123 sénateurs
Parti populaire
(es) Partido Popular
PP Pablo Casado
Député de Madrid
Centre droit à droite
Libéral-conservatisme, démocratie chrétienne
16,7 % des voix
66 députés
55 sénateurs
Ciudadanos
Citoyens
Cs Albert Rivera
Député de Madrid
Centre droit à droite
Libéralisme, social-libéralisme, unionisme
15,9 % des voix
57 députés
5 sénateurs
Unidas Podemos
Unies nous pouvons
Pablo Iglesias
Député de Madrid
Gauche à gauche radicale
Socialisme, populisme de gauche, altermondialisme, républicanisme
14,3 % des voix
42 députés
0 sénateur
Vox Santiago Abascal
Député de Madrid
Droite à extrême droite
Centralisme, nationalisme espagnol, populisme de droite
10,3 % des voix
24 députés
0 sénateur
Gauche républicaine de Catalogne
(ca) Esquerra Republicana de Catalunya
ERC Gabriel Rufián
Député de Barcelone
Centre gauche à gauche
Socialisme démocratique, indépendantisme catalan, républicanisme
3,9 % des voix
15 députés
11 sénateurs
Junts per Catalunya-Junts[24]
Ensemble pour la Catalogne
Laura Borràs
Députée de Barcelone
Centre à centre droit
Libéralisme, indépendantisme catalan, républicanisme
1,9 % des voix
7 députés
2 sénateurs
Parti nationaliste basque
(es) Partido Nacionalista Vasco
(eu) Euzko Alderdi Jeltzalea
EAJ/PNV Aitor Esteban[a]
Député de Biscaye
Centre droit
Nationalisme basque, démocratie chrétienne, régionalisme
1,5 % des voix
6 députés
9 sénateurs
Más País
Plus de pays
Íñigo Errejón
Député régional de Madrid
Gauche
Écosocialisme, progressisme, féminisme
Nouveau

SondagesModifier

Le graphique ci-dessous est une synthèse des résultats des sondages réalisés depuis les élections du 28 avril 2019. La largeur du graphique correspond à la durée du mandat de quatre ans qu'aurait dû connaitre la législature issue de ces élections. La publication de sondages électoraux est interdite en Espagne à partir du jusqu'au scrutin.

 
Graphique représentant les résultats des sondages depuis les élections générales d'avril 2019.
  • PSOE
  • PP
  • C's
  • Unidas Podemos
  • Vox
  • ERC
  • JuntsxCat
  • PNV
  • PACMA
  • EH Bildu
  • Más País

Principaux événementsModifier

Création de Más PaísModifier

Le , à quelques heures de la convocation des élections, le mouvement Más Madrid, lancé au début de l'année 2019 par l'ancien numéro deux de Podemos Íñigo Errejón avec la maire de Madrid de l'époque Manuela Carmena, prend la décision de se présenter aux élections. Il ne devrait se présenter que dans les circonscriptions faisant élire plus de sept députés, vise à constituer son propre groupe parlementaire, et centrera sa campagne sur la mobilisation des électeurs de gauche déçus de la répétition électorale et tentés par l'abstention[25]. Un premier sondage publié le soir même par le journal en ligne El Español accorde au parti 5,8% d'intentions de vote au niveau national, et entre six et dix députés sur 350[26]. Le lendemain, la Coalition Compromís décide de nouer une alliance avec Más Madrid et de ne pas chercher à rétablir son ancienne collaboration électorale avec Unidas Podemos, malgré l'intervention en ce sens de la vice-présidente de la généralité valencienne Mónica Oltra[27]. Le , Íñigo Errejón confirme qu'il sera candidat aux élections générales et que son parti y présentera des candidats sous l'étiquette Más País[28].

Exhumation de FrancoModifier

 
Le Tribunal suprême autorise l'exhumation des restes de Francisco Franco du Valle de los Caídos.

Le Tribunal suprême autorise le l'exhumation de la dépouille de Francisco Franco du Valle de los Caídos[29]. La présence du corps de l'ancien dictateur au sein d'un monument religieux initialement dédié aux soldats nationalistes mort au cours de la Guerre d'Espagne puis étendu en 1958 à l'ensemble des combattants des deux camps suscite la polémique depuis plusieurs décennies, les formations politiques de gauche souhaitant l'en retirer, ce à quoi s'oppose celles de droite. Les premiers jugent ainsi inacceptable de faire du monument un mausolée du dictateur, tandis que les seconds considèrent l'initiative comme une bataille culturelle menée au détriment de la réconciliation nationale[30]. Le gouvernement de Pedro Sánchez avait fait de cette exhumation l'un des symboles de son début de mandat en , mais un recours de la famille de Franco avait gelé le projet. L'exhumation, qui a lieu le [31], est jugée susceptible d'influencer la campagne en mobilisant les électorats, notamment de gauche[32].

Détention d'indépendantistes catalansModifier

Le , la Garde civile annonce l'arrestation au nord de Barcelone de neuf militants indépendantistes catalans des Comités de défense de la République (CDR) dans le cadre de l'« opération Judas ». Elle les accuse notamment de détenir du matériel explosif et d'avoir cherché à mener des actions violentes[33]. Deux d'entre eux confirment trois jours plus tard au juge d'instruction chargé de l'affaire qu'ils ont bien fabriqué et testé des explosifs[34]. Ce même , le Parlement de Catalogne est le théâtre de vifs affrontements verbaux à ce sujet, des députés indépendantistes évoquant une attaque des institutions espagnoles tandis que le représentant de Ciudadanos accuse ces derniers de tisser des alliances avec des « terroristes » ; il est alors expulsé de l'hémicycle par le président de l'assemblée Roger Torrent[35].

Nouvelles stratégies à droiteModifier

Vox aux élections sénatorialesModifier

Le comité exécutif national de Vox adopte le une nouvelle stratégie électorale en rapport avec le Sénat. Le parti de Santiago Abascal choisit de ne présenter qu'un seul candidat par circonscription, alors que chaque électeur dispose de trois voix aux élections sénatoriales. L'objectif est de ne pas concentrer les suffrages de ses électeurs, donc de permettre à ces derniers de les distribuer entre plusieurs partis de droite afin d'empêcher le PSOE de conserver sa majorité absolue à la chambre haute. Abascal, qui affirme qu'il s'agit de permettre à tous les Espagnols de pouvoir « choisir une alternative à la dictature progressiste », revendique par ailleurs cette stratégie d'union des droites, poursuivant l'objectif « d'avoir le plus grand nombre de représentants disposés à appliquer sans peur de manière immédiate l'article 155 de la Constitution », qui permettrait de suspendre l'autonomie de la Catalogne[36].

Recentrage de CiudadanosModifier

Au cours d'un meeting organisé le , le président de Ciudadanos Albert Rivera énonce un revirement stratégique par rapport à sa campagne des élections du 28 avril en se disant prêt à travailler avec le Parti socialiste, ce qu'il excluait totalement dans le cadre du scrutin précédent. Il précise que son objectif serait de réaliser dix grandes réformes sociales et politiques, si au soir du scrutin les trois partis de la droite ne disposent pas de la majorité suffisante pour les appliquer. Il évoque notamment l'éducation, le système de santé, la natalité, le dépeuplement de l'Espagne rurale, une baisse des impôts pour les familles, une nouvelle loi électorale ou encore une suppression des privilèges de la classe politique. Interrogé sur un tel changement qui aurait pu se produire avant d'en arriver à une répétition électorale, il explique que « jusqu'ici, il existait une alternative » — en référence à l'accord jamais survenu entre le PSOE, Unidas Podemos et ERC — et qu'aujourd'hui « le principal problème de l'Espagne, c'est le blocage ». Il appelle ainsi à « parler de ce qui nous rassemble plutôt que de ce qui nous divise », ce qui est perçu par le courant favorable à une alliance avec les socialistes comme « un retour au centre » alors que le parti dévisse dans les sondages depuis plusieurs semaines[37],[38].

Condamnation des indépendantistes catalansModifier

 
Manifestation à Barcelone le 18 octobre 2019 contre la condamnation des dirigeants indépendantistes.

Le , plusieurs dirigeants catalans impliqués dans la crise indépendantiste ayant eu lieu deux ans plus tôt sont condamnés par le Tribunal suprême d'Espagne à des peines de prison fermes. Les accusés étaient jugés pour avoir organisé le référendum d'autodétermination du , que le Tribunal constitutionnel avait déclaré illégal, et pour, après avoir proclamé l'indépendance de la Catalogne, leur tentative le suivant d'appliquer un système législatif distinct de celui organisé par la Constitution espagnole de 1978. Neuf des douze inculpés sont condamnés à des peines de prison, de 9 à 13 années, pour crime de sédition ; cinq d'entre eux sont aussi condamnés pour détournement de fonds publics. Les trois autres reçoivent une amende pour désobéissance. Le crime de rébellion, qui aurait impliqué des peines plus lourdes, n'a finalement été retenu pour aucun des accusés.

Le jugement provoque en Catalogne d'importantes manifestations, parfois violentes, notamment dans la capitale Barcelone où les manifestants cherchent à bloquer l'aéroport. Les prises de positions très fermes à l'encontre du séparatisme catalan de la part du Parti populaire et de Vox entraînent une progression de ces formations dans les sondages[39]. La tension en Catalogne, associée à une baisse sensible des intentions de vote en faveur de Ciudadanos du fait de ses louvoiements idéologiques et aux débats autour de l'exhumation de Franco, rend ainsi possible une troisième place de Vox au soir du scrutin[40].

RésultatsModifier

ParticipationModifier

Taux de participation aux élections[41]
Horaire 04/2019 11/2019 Différence
à 14 heures 41,49 % 37,83 %  −3,66
à 18 heures 60,76 % 56,85 %  −4,68
à 20 heures 75,76 % 69,87 %  −5,89
Final 71,76 % 66,23 %  −5,53

Congrès des députésModifier

Résultats définitifs des élections au Congrès des députés[42]
 
Parti ou coalition Voix % +/- Sièges +/-
Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) 5 997 533 24,72   0,28 108 / 350   3
Parti des socialistes de Catalogne (PSC) 794 666 3,28   0,39 12 / 350  
Total Parti socialiste ouvrier espagnol 6 792 199 28,00   0,67
120  /  350
  3
Parti populaire (PP) 4 917 095 20,27   4,01 87 / 350   23
Parti populaire-Forum des Asturies (PP-FORO) 129 945 0,54   0,42 2 / 350  
Total Parti populaire 5 047 040 20,81   4,12
89  /  350
  23
Vox 3 656 979 15,08   4,82
52  /  350
  28
Unidas Podemos (UP) 2 381 960 9,82   1,24 26 / 350   7
En Comú Podem-Guanyem el Canvi (ECP-Guanyem el Canvi) 549 173 2,26   0,09 7 / 350  
En Común-Unidas Podemos (EC-UP) 188 231 0,78   0,13 2 / 350  
Total coalitions et confluences Unidas Podemos 3 119 364 12,86   1,46
35  /  350
  7
Ciudadanos (Cs) 1 650 318 6,80   9,06
10  /  350
  47
Gauche républicaine de Catalogne-Sobiranistes (ERC-Sobiranistes) 874 859 3,61   0,29 13 / 350   2
Gauche républicaine du Pays valencien (ERPV) 5 875 0,02   0 / 350  
Total Gauche républicaine 880 734 3,63   0,28
13  /  350
  2
Más País-Equo 353 541 1,46 Nv 2 / 350 Nv
Més Compromís 176 287 0,73   0,07 1 / 350  
Más País 52 478 0,22 Nv 0 / 350 Nv
Más País-Chunta Aragonesista-Equo 25 196 0,10 Nv 0 / 350 Nv
Total coalitions Más País 584 306 2,41 Nv
3  /  350
Nv
Junts per Catalunya-Junts 530 225 2,19   0,28
8  /  350
  1
Parti nationaliste basque (EAJ/PNV) 379 002 1,56   0,05
6  /  350
 
Euskal Herria Bildu (EH Bildu) 277 621 1,14   0,15
5  /  350
  1
Candidature d'unité populaire-Pour la rupture (CUP-PR) 246 971 1,02 Nv
2  /  350
Nv
Parti animaliste contre la maltraitance animale (PACMA) 228 856 0,94   0,31
0  /  350
 
Coalition canarienne-Nouvelles Canaries (CCa-NC) 124 289 0,51   0,16
2  /  350
 
Bloc nationaliste galicien-Nós (BNG-Nós) 120 456 0,50   0,14
1  /  350
 
Navarra Suma (NA+) 99 078 0,41  
2  /  350
 
Parti régionaliste de Cantabrie (PRC) 68 830 0,28   0,08
1  /  350
 
Recortes Cero-Grupo Verde (RECORTES CERO-GV) 35 042 0,14   0,04
0  /  350
 
Por un Mundo más Justo (PUM+J) 27 272 0,11   0,03
0  /  350
 
Teruel Existe 19 761 0,08 Nv
1  /  350
Nv
Voix progressistes (Més–esquerra) 18 295 0,08   0,02
0  /  350
 
Andalousie par elle-même (AxSí) 14 046 0,06   0,01
0  /  350
 
Partis communistes (PCPE–PCPC–PCPA) 13 828 0,06   0,01
0  /  350
 
Parti communistes des travailleurs espagnols (PCTE) 13 029 0,05  
0  /  350
 
Geroa Bai 12 709 0,05   0,04
0  /  350
 
Autres partis[b] 80 751 0,33 -
0  /  350
 
Vote blanc 217 227 0,90   0,14
Suffrages exprimés 24 258 228 98,97
Votes nuls 249 487 1,03
Total 24 507 715 100 - 350  
Abstention 12 493 664 33,77
Inscrits / participation 37 001 379 66,23

Résultats par communauté autonomeModifier

SénatModifier

 
Résultats des élections au Sénat
Parti Élus +/-
Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) 93   30
Parti populaire (PP) 83   29
Gauche républicaine de Catalogne (ERC) 11  
Parti nationaliste basque (EAJ/PNV) 9  
Junts per Catalunya-Junts 3   1
Union du peuple navarrais (UPN) 2[d]  
Teruel Existe 2   2
Vox 2   2
Groupement socialiste gomérien (ASG) 1  
Euskal Herria Bildu (EH Bildu) 1  
Ciudadanos (Cs) 1[e]   4
Total 208  

CartogrammesModifier

Répartition des sièges de députés par circonscription
Répartition des sièges de sénateurs par circonscription

AnalyseModifier

 
Parti arrivé en tête par circonscription.

Le scrutin est marqué par une poussée de l'extrême droite, Vox arrivant en troisième position en faisant plus que doubler sa représentation, porté notamment par la tension politique et sociale en Catalogne. À l'inverse, Ciudadanos se décompose en perdant 47 de ses 57 députés sortants, payant ainsi son aller-retour entre son positionnement originellement centriste et son virage sur la droite lors des élections précédentes. Un tel effondrement n'a pas d'équivalent dans l'histoire de l'Espagne post-franquiste, à l'exception de la déroute de l'UCD en 1982. Passant nationalement de quatre millions à un million et demi de suffrages favorables, il perd plus de la moitié des voix obtenues en avril dans toutes les provinces[43],[44]. À l'inverse, le Parti populaire progresse en gagnant 22 sièges et 700 000 bulletins de vote en sa faveur, s'imposant en Galice, Cantabrie et Castille-et-León, et réduisant l'écart en sièges avec les socialistes de 57 à 32 ; un résultat cependant en demi-teinte puisqu'il s'agit du deuxième plus mauvais de l'histoire du parti et que Vox le devance en Murcie, à Ceuta et dans quatre provinces andalouses[45].

Le léger recul du Parti socialiste ouvrier espagnol marque l'échec de la stratégie du président du gouvernement Pedro Sánchez d'obtenir une majorité claire, à tout le moins de se renforcer en mobilisant les abstentionnistes et les électeurs centristes de Ciudadanos. Les socialistes perdent en effet 800 000 voix et trois députés par rapport au mois d'avril, ainsi que leur majorité absolue au Sénat[46]. Malgré le recul d'Unidas Podemos et les difficultés à s'assurer le soutien des partis nationalistes territoriaux et régionalistes, il reste néanmoins le seul capable de forger une majorité parlementaire[47],[48].

Si les électorats du Parti populaire et de Vox sont les plus fidèles, puisque 80 % de leurs votants d'avril ont de nouveau opté pour eux, un tiers de ceux de Ciudadanos font le choix de l'abstention et 30 % votent pour les deux autres partis de droite. Les transferts de voix entre le centre droit et l'extrême droite sont globalement équilibrés, chacun convainquant 10 % des électeurs de l'autre. La contre-performance du PSOE et d'Unidas Podemos s'explique également par le renoncement à se rendre aux urnes, qui concerne un électeur socialiste sur six et un écosocialiste sur cinq. Le Parti socialiste retient tout de même les trois quarts de ses votants, et Podemos les deux tiers. Si le PSOE parvient à convaincre 6 % des votants de Podemos et 4,5 % de ceux de Ciudadanos, la gauche radicale contient la fuite vers Más País, dans la mesure où seuls 6 % de ses électeurs choisissent d'abandonner Pablo Iglesias pour Íñigo Errejón[49].

Au total, 52 sièges sont occupés par des partis nationalistes territoriaux ou régionalistes. Parmi eux, 28 prônent l'indépendance du territoire où ils sont actifs, auxquels s'ajoutent les sept élus à tendance souverainiste du Parti nationaliste basque. Cette territorialisation croissante du Congrès participe à sa fragmentation, puisque 19 forces politiques y obtiennent une représentation, soit six de plus qu'en avril. Le vote en faveur de Vox repose également sur une base territoriale, car il obtient ses meilleurs résultats principalement au sud de la Communauté de Madrid, dans les régions à l'identité moins marquée et revendiquée. Cet éclatement fait également réapparaître la distorsion de la représentation proportionnelle, puisque Teruel Existe et Compromís obtiennent le même nombre de sièges alors que le premier a dix fois moins de voix que le second ; de même, Euskal Herria Bildu totalise deux fois plus d'élus que Más País avec trois fois moins de suffrages favorables[50].

ConséquencesModifier

Démission d'Albert RiveraModifier

Au lendemain du scrutin, le président de Ciudadanos Albert Rivera annonce démissionner de la direction du parti, de son mandat de député et mettre un terme à sa carrière politique. À la tête de Ciudadanos depuis 13 ans, il affirme vouloir « assumer toutes les responsabilités à la première personne », après l'échec de la formation libérale[51].

Il est suivi quelques heures plus tard par l'ancien porte-parole parlementaire du parti Juan Carlos Girauta, qui avait par ailleurs perdu son siège de député[52]. Six des dix membres de la commission permanente et six personnalités du comité exécutif se trouvent également sans mandat, dont le secrétaire général José Manuel Villegas, son bras droit Fran Hervías (es), les membres du bureau du Congrès Ignacio Prendes et Patricia Reyes, et le secrétaire général du