François Truffaut

cinéaste, réalisateur, scénariste, acteur et initialement critique de cinéma français

François Truffaut, né le à Paris et mort le à Neuilly-sur-Seine, est un cinéaste français, figure majeure de la Nouvelle Vague et auteur entre 1958 et 1979 d'au moins une douzaine de comédies dramatiques largement autobiographiques regardées à travers le monde comme des œuvres ayant, dans les suites d'Abel Gance, Jean Renoir, Jean Cocteau, Roberto Rossellini, révolutionné la narration cinématographique.

François Truffaut
François truffaut.jpg
François Truffaut en 1967 à l'aéroport d'Amsterdam-Schiphol.
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Période d'activité
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Nom de naissance
François Roland Truffaut
Nationalité
Domicile
Activités
Conjointe
Madeleine Morgenstern (d) (de à )Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfant
Autres informations
Religion
Distinctions
Liste détaillée
Prix de la mise en scène ()
Bodil du meilleur film non-américain (, et )
Prix Louis-Delluc ()
National Board of Review Award du meilleur film en langue étrangère (en) ( et )
National Board of Review Award for Best Director ()
Prix NYFCC du meilleur réalisateur (en) ()
Oscar du meilleur film en langue étrangère ()
National Society of Film Critics Award du meilleur réalisateur (en) ()
New York Film Critics Circle Award for Best Film (en) ()
British Academy Film Award du meilleur film ()
British Academy Film Award du meilleur réalisateur ()
César du meilleur scénario original ou adaptation ()
César du meilleur réalisateur ()
César du meilleur film ()
David Luchino Visconti ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Films notables
Archives conservées par

Initialement critique aux Cahiers du cinéma et à Arts-Lettres-Spectacles qui laissera quatre essais sur le cinéma, il passe, dès l'âge de vingt deux ans, à l'instar de Louis Delluc de l'écriture à une carrière de scénariste et réalisateur autodidacte, illustrant le cinéma d'auteur naissant et continuant de privilégier le point de vue du spectateur. Il s'est fait acteur pour plusieurs films et a été aussi un producteur favorisant, contre un cinéma de divertissement purement commercial, la politique des auteurs espérée par Marcel L'Herbier.

BiographieModifier

L'enfance des quatre cents coupsModifier

Enfant non désiré (1932-1942)Modifier

 
Dans le Bas Montmartre encore aujourd'hui très « animé », l'entrée de l'immeuble des grands parents de François Truffaut, qui l'hébergent enfant dans un appartement plus grand et plus bourgeois que celui de leur fille.
 
Le jeune Truffaut en septième en 1943 au lycée Rollin.

François Truffaut naît le de père inconnu chez une sage femme, rue Léon-Cogniet[1]. Au terme d'une grossesse qu'elle a cachée, sa mère, Jeanine de Monferrand, secrétaire au journal L'Illustration, confie le bébé à une nourrice, à Montmorency puis à Boissy Saint Léger. La position de fille mère, dans le milieu catholique dont elle est issue, est un objet de scandale.

Le , sa mère épouse Roland Truffaut[note 1], dessinateur[2] dans un cabinet d'architecte-décorateur, qu'elle a rencontré au Club alpin, dont son père est vice président, et qui a reconnu l'enfant à l'état civil le 24 octobre précédent. Au printemps, moins de neuf mois après le mariage, elle met au monde un petit René, qui ne survit pas plus de huit semaines. Le deuil de l'enfant légitime inscrit définitivement le petit François dans la position d'enfant rejeté[3].

À l'âge de trois ans, François est retiré de chez sa nourrice mais, le plus souvent, il est confié à ses grand parents, Jean et Geneviève de Monferrand, qui habitent 21 rue Henry-Monnier[4], dans le 9e arrondissement. Ses parents habitent à quarante mètres, dans un immeuble moins bourgeois. Ils gagnent peu, même si Roland Truffaut a trouvé un emploi stable aux Éclaireurs de France, rue de la Chaussée d'Antin, où il est chargé de concevoir l'aménagement des locaux utilisés pour les activités de scoutisme, tels que des chalets. L'enfant va à l'école maternelle 12 rue Clauzel[5] puis à l'école élémentaire du lycée Rollin, où il est bien noté.

Dès 1939, le jeune François Truffaut, qui a pris goût à la lecture auprès de sa grand mère, fréquente aussi les cinémas, le soir et souvent pendant les heures de classe. Il collectionne près de trois cents dossiers constitués d'articles de journaux découpés et de photographies volées dans les cinémas[2] sur les cinéastes, Renoir, Gance, Cocteau, Vigo, Clair, Allégret, Clouzot, Autant Lara... Quand la guerre éclate, son beau père est mobilisé et il reste un an avec ses grand parents à Ty Rosen, la maison que chaque été ceux-ci louent à Binic.

En 1942, sa grand mère maternelle meurt de tuberculose. Il retrouve définitivement le deux pièces de ses parents, 33 rue de Navarin. Cinquante mètres plus haut dans la rue, au 22, dans un restaurant qui en novembre 1943 sert de cache à Mélinée Manouchian, habite un jeune homme, Charles Aznavour. Dix huit ans plus tard, il sera la vedette de Tirez sur le pianiste. Le jeudi, les Truffaut soupent avec Robert Vincendon, qui est en fait l'amant de la mère du petit François. Roland Truffaut, membre du Comité de direction du Club alpin depuis 1939, est devenu vice président de la section Paris-Chamonix. Il consacre tous ses loisirs à l'alpinisme, en particulier à la revue du Groupe de haute montagne La Montagne et Alpinisme ainsi qu'à l'intendance des refuges, raison pour laquelle il s'absente souvent.

Décrochage scolaire et école buissonnière (1943-1945)Modifier

 
Roland Lévy, au centre, en août 1930. François Truffaut ne trouvera son père biologique qu'en 1968 à la suite d'une enquête de détective.

En juin 1943, François Truffaut n'est pas admis en classe de sixième mais il est inscrit à l'examen de rattrapage. En vacances à Juvisy chez les parents de son beau père, il écrit aux siens de venir le chercher le dimanche précédant le jour de l'examen. Ils ne viennent pas[6]. Il est orienté vers le cours complémentaire de l'école communale, 5 rue Milton, mais cesse d'être appliqué. Il trouve un complice de ses premiers « 400 coups » dans le Paris sous Occupation en son voisin de classe, Robert Lachenay[2], cancre redoublant qui a un an de plus que lui et habite un grand appartement à trois pâtés de maisons de chez lui, 10 rue de Douai[7].

Le vendredi soir ou le samedi, ses parents partent habituellement à bicyclette s'entraîner à l'escalade sur les rochers de la forêt de Fontainebleau, sans lui[8] désormais. La mère de Claude Véga, autre camarade, l'héberge alors le temps du week-end[9]. La découverte du livret de famille au début de l'année 1944, un de ces jours de varappe, lui apprend la vérité sur sa naissance[2]. Fugueur, il se précipite sans payer dans les salles de cinéma de Pigalle ou de la Nouvelle Athènes avec son ami Robert Lachenay dès que ses parents s'absentent[10].

Son oncle Bernard de Montferrand participe en lien avec le maquis du Vercors à l'acheminement clandestin de courriers entre Amsterdam et Genève pour l'ORA. Il est arrêté gare de Lyon le .

À la Libération, François Truffaut a douze ans mais n'a toujours pas de chambre et continue de dormir dans le couloir. Il entre en cinquième à l'école primaire supérieure de son quartier, 35 rue Milton. En septembre 1945, il est inscrit à l'école privée Notre Dame de Lorette, 8 rue Choron, et découvre les camps de concentration nazis sur l'écran du Cinéac-Italiens. Il fait souvent l'école buissonnière, pour pouvoir s'évader par la lecture de romans classiques.

« La guerre m'a laissé indifférent et les abrutis qui la faisaient également. »

— François Truffaut le 21 mars 1949[11], à dix sept ans.

Misère adolescente de l'après guerre (1945-1947)Modifier

Entre 1945 et 1946, François Truffaut voit douze fois Le Roman d'un tricheur au cinéma Champollion. Le héros de Sacha Guitry, parricide, asocial, voleur, devient son idéal incarnant une morale qui consiste simplement à se protéger de la morale des autres.[12] Le 13 juin 1946, François Truffaut, en classe de quatrième de l'enseignement primaire supérieur, obtient son certificat d'études primaires et arrête sa scolarité.

À la fin du mois de septembre 1946, il est embauché par un grainetier[2] grossiste, 16 avenue de l'Opéra. Magasinier et homme à tout faire, il circule dans Paris entre les différents dépôts. Il reverse à ses parents les deux tiers de son salaire mais habite le plus souvent dans la chambre de bonneRobert Lachenay s'est installé quand le père de celui ci, secrétaire du Jockey Club poursuivi pour avoir participé durant l'Occupation à des activités de marché noir, a divorcé. C'est alors[13], à seize ans, qu'il connait son première amour, Geneviève S.[14] Toutes les fins de mois sont difficiles et plutôt que de solliciter leurs parents, les deux jeunes gens, privés de gaz et d'électricité, préfèrent jeûner jusqu'à trois jours. Ils se prêtent les vêtements présentables pour aller travailler à tour de rôle[15].

En octobre 1947, François Truffaut déménage ses dossiers cinématographiques dans le grand appartement de la mère de Robert Lachenay, 10 rue de Douai. C'est leur bibliothèque cinématographique. Ensemble, ils découvrent le cinéma américain et fréquentent assidûment les cinéclubs, dont Ciné Art, 33 avenue Pierre Ier de Serbie[16]. Ouvert par une association fondée en décembre 1945[17] par Armand Jean Cauliez, La Plaque tournante, Ciné Art, qui qualifie sa revue homonyme de mensuel de combat et d'initiation cinématographique[18], est, dans une démarche bien particulière, consacré à des films tirés de la vie quotidienne[19]. Gilbert Cohen-Séat, enseignant de l'IDHEC, et Jean Epstein, théoricien de la transformation de la civilisation par le cinéma, y viennent faire des présentations[20].

Première prison (1948-1949)Modifier

En mai 1948, François Truffaut démissionne de son emploi, par lassitude ou à cause d'une prime de départ. Il travaille à la librairie papeterie La Paix chez soi, à proximité de la Comédie-Française. En octobre 1948, il ouvre lui-même, malgré les avertissements bienveillants d'Henri Langlois, un cinéclub, Le Cercle Cinémane[21]. Il dispose des douze mille francs de son indemnité de licenciement. Avec Robert Lachenay, il loue à la séance une salle du boulevard Saint-Germain[2], le Cluny Palace. Dès la seconde séance, Cinémane souffre de la concurrence du cinéclub voisin, où André Bazin donne des conférences. André Bazin, chrétien de gauche proche des personnalistes, anime un Centre d'initiation cinématographique dans le cadre du programme gouvernemental de diffusion du cinéma Travail et culture, TEC[22]. En parallèle du programme de formation permanente Peuple et culture et avec l'appui de la CGT, ce sont des séances de cinéma, des achats groupés de billets et des créations de cinéclubs visant le public des ouvriers. François Truffaut va rencontrer le critique à son bureau, rue des Beaux-Arts, pour lui demander de décaler ses conférences du dimanche matin. C'est leur première rencontre.

François Truffaut publie sa première critique dans la revue Cités, que Jacques Enfer[23] vient de fonder.

Cependant Cinémane, sans existence légale, a accumulé les dettes. Le 2 décembre le beau père de François Truffaut, par un des prêteurs qui est de ses amis, découvre ces dettes et que, pour y faire face, une machine à écrire lui a été volée. En échange d'une confession écrite humiliante, il les règle sur le champ, soit un peu plus d'un mois de son salaire qu'il avait économisé pour une expédition sur le Kilimandjaro. Le samedi 4, François Truffaut et Robert Lachenay empruntent de nouveau des films pour leur séance du dimanche, s'engageant à payer cinq mille francs le lendemain. La recette est inférieure à deux mille francs. Roland Truffaut est aussitôt averti. Une violente dispute entre beau père et beau fils finit au poste, 7 rue Ballu, où l'adolescent est détenu du 7 décembre au soir jusqu'à l'aube du 10. Le 12, après deux jours de détention supplémentaires au dépôt de la Préfecture, le juge pour enfants ordonne, en vertu de la loi paternocratique c'est-à-dire à la demande du tuteur légal, de placer l'adolescent dans le Centre d'observation des mineurs délinquants, COM, de Villejuif[2].

C'est une unité de la protection judiciaire de la jeunesse conçue sous le régime de Vichy et mise en place par une ordonnance de 1945 au sein de l'hôpital psychiatrique de Villejuif. Dirigée par Raymond Clarys, elle dépend du tribunal pour enfants et adolescents de la Seine. Les mineurs y sont soumis à des évaluations normatives et sont destinés à être placés dans des fermes agricoles. Les éducateurs sont des adeptes de la baguette. C'est là qu'il est diagnostiqué à François Truffaut une syphilis, aussitôt traitée. Le jeune homme passera durant l'hiver trois fois une semaine à l'infirmerie. Au début de février, le tribunal du IXe arrondissement ordonne son placement en foyer jusqu'à sa majorité avec possibilité de travailler à l'extérieur. Le « délinquant Truffaut » tente de s'évader et passe quatre jours à l'isolement. Il est suivi en psychothérapie par Rassa Rikkers, psychologue proche de Daniel Lagache et de Pierre Mâle qui travaille dans une orientation freudienne à l'écoute du patient[24] et repère une fuite dans les mensonges répétés d'une situation familiale et sentimentale traumatisante, loin de la stigmatisation initiale de l'instable psychomoteur à tendances perverses[25].

Le cinéaste transposera les épisodes de cette enfance, où la littérature aura été une évasion salutaire, dans Les Quatre Cents Coups à travers le personnage autobiographique d'Antoine Doinel. Quand celui-ci sèche son cours de gymnastique pour lire La Recherche de l'absolu[26], c'est le jeune Truffaut grand lecteur de Balzac qui ressurgit. De même dans Baisers volés, le héros nourrit un amour de roman pour le personnage de Fabienne Tabard, jusqu'à ce que celle-ci le rappelle à une réalité moins bourgeoise et plus subversive : « Moi aussi, dit-elle, j’ai lu Le Lys dans la vallée, mais je ne suis pas Madame de Mortsauf et vous n’êtes pas Félix de Vandenesse[27]. »

Les Illusions perduesModifier

Un asocial dans le milieu du cinéma (1949)Modifier

Rassa Rikkers obtient du juge pour enfants la sortie anticipée de son patient et, après avoir consulté Robert Lachenay, convoque André Bazin, qui se souvient à peine d'un sympathique cinéphile. Le 18 mars 1949, après trois mois de maison de redressement, François Truffaut est admis au Centre d'action éducative pour jeunes gens, non mixte, de Versailles. Appelé « foyer Guynemer », c'est un internat privé abrité au sein du Centre hospitalier de Versailles, 65 rue Berthier, géré par l'Association familiale et sociale de Seine-et-Oise et animé par les Filles de la charité, qui proposent également un orphelinat et travaillent en coordination avec les lazaristes du lycée Saint-Vincent-de-Paul ainsi que la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Chaque dimanche, François Truffaut se rend chez Rassa Rikkers, rue du Pot-de-Fer, auprès de laquelle il continue sa psychothérapie.

Le jeudi, il se rend de nouveau à Paris, où il espère retrouver un travail. Ses relations avec sa mère, certes pas une marâtre mais [...] pas non plus une mère[28], sont épouvantables, quand elles existent. Elle l'« accuse » d'entretenir une relation homosexuelle[29] avec Robert Lachenay. En fait, les deux amis, s'ils ont visité des prostituées ensemble, passent leur temps en concours de colles, par exemple quel est le troisième plan de La Grande Illusion?[10]. Ils se lancent des records de séances à battre, cinquante films dans l'année 1948, puis cent, deux cents. L'aspirant critique revoit plusieurs fois les films, les analyse, scrute les moindres détails. Il compte les plans, regarde une image sans le son, puis écoute le son sans l'image.

 
À la Nuit maudite, bal costumé animé par Alexandre Astruc et Marc Doelnitz le 2 août 1949 au bord du lac Mouriscot à La Négresse durant le Festival du film maudit, François Truffaut rencontre Jean Grémillon et Claude Mauriac mais, comme ses nouveaux camarades de sa génération, se sent snobé.

André Bazin le reçoit et le recommande auprès de Jacques Becker. Il l'envoie au cinéclub Objectif 49, ouvert le 1er décembre 1948 au studio des Champs-Elysées, rencontrer les critiques qui, autour de Jean Cocteau, refusent l'embrigadement communiste de L'Écran français. Du 30 juillet au 7 août, il assiste à Biarritz au premier, et avant dernier, Festival du film maudit[30] organisé par Objectif 49. Dans les soirées festives, il est présenté à Jean Cocteau, qui lui fait mauvaise impression, à Éric Rohmer, alors professeur de français à Lakanal. La nuit dans le dortoir mis à disposition par la municipalité, il fait la connaissance de Jacques Rivette, Claude Chabrol, Charles Bitsch, Jean Douchet. La bande se soude dans un dénigrement systématique et ingrat de leurs aînés[31].

Le 13 septembre, François Truffaut est exclu du foyer Guynemer et rendu à sa famille, à cause d'une influence néfaste et d'un chahut qu'il a mené à son retour de Biarritz, provoquant des dégâts matériels que son beau père doit régler, soit, pension comprise, de nouveau l'équivalent d'un mois de salaire. Le juge pour enfants a donné son accord parce qu'André Bazin accepte de l'embaucher au poste de secrétaire de la section cinématographique de Travail et Culture[5]. La moitié de son salaire paie la chambre que son beau père, le 16 septembre, a accepté de louer pour lui au cinquième étage d'un immeuble de la rue des Martyrs, près de chez Claude Véga.

Autour de Jacques Rivette et des camarades de Biarritz, François Truffaut s'attache au groupe des jeunes cinéphiles qui se retrouvent régulièrement à la Cinémathèque et dans les cinéclubs parisiens, le mardi, au Studio Parnasse animé par Jean-Louis Chéray, le jeudi après midi au Ciné Club du Quartier latin d'Éric Rohmer, à l'Artistic, au Cinéac-Ternes, au Broadway, qui appartient à Léonide Keigel, aux Reflets. Il y a là Jean-Luc Godard, Suzanne Klochendler, Jean Gruault, Paul Gégauff, Alain Jeannel, Louis Marcorelles, Jean-José Richer, Jean-Marie Straub. Le secrétaire personnel d'André Bazin est le plus jeune. Desservi par ses outrances, il est aussi le moins écouté mais son érudition finit par lui valoir une certaine estime.

Première tentative de suicide (1950)Modifier

Quand, à la Noël 49, André Bazin prend un congé pour soigner une tuberculose dans un sanatorium des Alpes, Robert Lachenay trouve à son ami un poste d'apprentis soudeur à l'acétylène dans une usine[5] de Pontault Combault. Le samedi 19 janvier 1950, François Truffaut se rend à la Cinémathèque, 7 avenue de Messine. À la fin de la séance de seize heures, il aborde une lycéenne de son âge souvent présente et très courtisée, alors qu'elle ne pense que camaraderie. Liliane Litvin est celle qui deviendra le personnage de Colette. Elle accepte de le revoir et devient aussitôt l'obsession de François Truffaut. Dès lundi, celui-ci renonce à retourner à l'usine. Il est reçu à table par les parents de la jeune fille, 24 rue Dulong, comme d'autres. Elle ne montre que de l'indifférence. Il l'épie pendant des heures à sa porte.

Le mardi 28 février, il accompagne les parents de Liliane à un débat organisé par le Club du Faubourg au Villiers-Cinéma. Lors des séances suivantes, il prend la parole avec témérité et passion mais assurance et stupéfait les personnalités présentes. Le sénateur Marc Rucart, franc-maçon promoteur de l'abolition du bagne, est positivement impressionné par la sauvagerie de ses prises de positions anticonformistes. Ses admiratrices Louise de Vilmorin, prototype du personnage de Fabienne Tabart, et Aimée Alexandre[32], une élève de Gaston Bachelard, lui resteront des soutiens fidèles.

Le 10 mars 1950, il est émancipé par son beau père. À court d'argent, il rédige deux articles, les plus anciens qui ont été conservés, pour le Bulletin du CCQL, le cinéclub du quartier latin qu'anime tous les jeudis Éric Rohmer. Il se brouille avec Robert Lachenay, pour une histoire d'argent. En avril, lors d'un concours d'éloquence organisé par le Club du Faubourg, il est remarqué par Pierre-Jean Launay, directeur littéraire de Elle. À partir de mai, le magazine lui achète des « photos-flash » sur des vedettes du monde ou du cinéma. Le reporter en vend aussi à Ciné-Digest, Lettres du monde, France-Dimanche. Le 6 juin, il emménage dans un hôtel meublé en face de chez Liliane Litvin, qui s'en amuse en faisant visiter la chambre par ses parents. Le 4 juillet, celle-ci reçoit pour ses dix huit ans le tout Paris de la critique cinématographique. Elle connait les infidélités de François Truffaut[14]. Présent, celui ci se sent snobé. Le lendemain à onze heures, elle le découvre dans sa chambre inanimé, le poignet droit tailladé de vingt cinq coups de rasoir.

C'est en envoyé spécial de Elle qu'il participe en juillet à Biarritz au second, et dernier, Festival du film maudit, mais il est lassé de sa vie factice. Ses amours compulsives, entre femmes mariées, veuves, adolescentes et prostituées[33], ne le consolent plus de son échec auprès de Liliane Litvin.

Dépit militaire (1950-1951)Modifier

À l'automne 1950, François Truffaut découvre le Journal du voleur et L'Enfant criminel de l'ex légionnaire Jean Genet. Il en tire deux critiques, qui sont refusées par la revue Lettres du monde.

Le 29 octobre 1950, il entreprend les démarches pour devancer l'appel. Le 19 décembre, il adresse ses deux critiques à Jean Genet. Le 23 décembre, il signe un engagement de trois ans dans l'idée de se faire tuer en Indochine[2]. Les deux mois de peloton d’élèves-gradés passés au 8e bataillon du 32e régiment d'artillerie, à Wittlich, lui révèlent ses incapacités physiques ne serait ce qu'à remonter un fusil. Les manœuvres dans la boue, les gardes sous la neige, les marches forcées avec un paquetage de trente kilogrammes le guérissent de son enthousiasme initial mais il conserve son admiration pour l'armée, ses Polytechniciens, sa technique[34]. Le bruit du canon lui cause une perte auditive définitive de l'oreille droite. Il se réconforte en découvrant À la recherche du temps perdu, qui l'émerveille et qu'il relit.

Parce qu'il est volontaire pour mourir, en Indochine, il reçoit des témoignages d'estime de la part des officiers mais le 24 février 1951, plutôt tire au flanc, il termine sa formation très mal classé. Désormais brigadier, il est affecté le 10 mars à un poste de secrétariat qui lui laisse le loisir de correspondre avec Jean Genet, dont il a enfin reçu ce même mois une réponse inespérée. Lors d'une mission de transport de fusils, le camion verse. Il est puni pour négligence et hospitalisé quelques jours pour soigner ses côtes cassées à l'hôpital d'Idar-Oberstein.

De la mi-mai à la mi-juillet, il est le plus souvent en permission à Paris, où il est hébergé par Geneviève S. Il a de longues conversations avec Jean Genet, qui lui apprend à analyser ses lectures un crayon à la main[35]. Il se voit romancier plutôt que critique[36]. Petite vengeance[37], il suscite la jalousie de Liliane Litvin en l'accompagnant au cinéma. Elle l'invite à la campagne et lui demande de rompre avec Geneviève[14].

Désertion romantique (été 1951)Modifier

 
Du 3 août au 3 septembre 1951, François Truffaut est enfermé à l'hôpital militaire Villemin pour être soigné d'un nouvel accès de syphilis. C'est là que Jean Genet lui fait découvrir la Série noire, qui lui inspirera plusieurs films.

À Paris du 1er[38] au 18 juin[37], François Truffaut emploie son séjour à préparer sa désertion, s'équiper en vêtements civils, trouver un emploi et des amis pour le cacher[38]. Certains lui offrent de garder durant la basse saison leur villa à Cannes[38].

Le 13 juillet 1951, il est envoyé seul en train de Wittlich pour Fréjus, où il doit le lendemain commencer un mois de préparation militaire avant d'embarquer de Marseille pour Saïgon et intégrer le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient. Il a une aventure avec une jeune allemande durant le trajet de nuit qui le conduit de Strasbourg à Paris. Gare de l'Est, il retrouve par hasard son maître en insoumission, Jean Genet. Le 14 juillet au soir, il se trouve chez Jacques Rivette, 118 rue de Clignancourt, pour faire la fête avec Robert Lachenay, Chris Marker, Alexandre Astruc et Liliane Litvin.

Entouré par celle-ci, André et Janine Bazin, il se rend à la prévôté des Invalides le soir du samedi 28. Comme il n'a pas été absent plus de quinze jours révolus, il n'est pas encore considéré comme déserteur. Il attend quatre heures de plus, jusqu'à minuit, pour se présenter de nouveau et jouir d'être tenu pour un véritable insoumis[39]. Il est incarcéré à la prison militaire du quartier Dupleix. Submergé par l'humiliation, il obtient, seule consolation, que les menottes soient desserrées pour qu'il puisse lire les Cahiers du cinéma[40].

Internement psychiatrique (automne 1951)Modifier

 
À vingt minutes à pieds de hôpital André Curillet (de) où est interné pendant un mois François Truffaut, l'hôpital psychiatrique d'Andernach, où de 1939 à 1941 le médecin chef Johann Recktenwald (de) procédait à l'extermination des malades mentaux.

Le 12 septembre, François Truffaut est extrait de la prison militaire du quartier Dupleix et transféré en fourgon cellulaire à Kehl puis en train à Wittlich, où il est mis au cachot pour douze jours mais le 15, il est admis à l'hôpital André Curillet (de), à Andernach, pour traiter sa syphilis. Le 25, il est incarcéré à Coblence, où sont désormais regroupés les différents bataillons du 32e RA. Unique détenu d'une sinistre prison militaire gardée par quelques gendarmes détachés d'un escadron prévôtal, il lit Pascal[41]. Le 29, il s'enivre avec ses geôliers. Le lendemain matin, on le découvre le visage balafré par un rasoir qu'en infraction avec le règlement il lui a été complaisamment laissé[35].

Il simule la folie dans l'espoir d'être réformé[42] mais il éprouve une réelle souffrance morale, qui est une remise en cause personnelle[43]. Un mois plus tard, il est interné dans le service de neuropsychiatrie de l'hôpital militaire (de)[44] d'Andernach parmi une dizaine de patients souffrant de psychoses graves[43] à une époque où le traitement neuroleptique n'existe pas. Les infirmiers, des appelés, sont brutaux[45]. Les médecins ne sont pas dupes d'un simulateur de plus[46].

De retour le 27 novembre à la caserne Jeanne d'Arc (de), à Coblence, il est affecté au service de la cantine, où il a une aventure passionnée avec une jeune employée allemande, Laura. Alerté par André Bazin, qui multiplie les démarches, le sénateur Marc Rucart, qui a cerné le personnage Truffaut et deviné des souffrances remontant à l'enfance[47], obtient que celui ci, servi par le dossier rédigé deux ans et demi plus tôt par Rassa Rikkers, soit réformé pour instabilité caractérielle doublée de tendance perverse à la délinquance. Il est dégradé.

Reconstruction chez les Bazin (1952)Modifier

Dès sa libération, le 20 février 1952, François Truffaut est hébergé par les Bazin, à Bry-sur-Marne, dans une mansarde du trois pièces cuisine que ceux-ci occupent avec leur fils de deux ans et de nombreux animaux au deuxième étage d'une maison entourée d'un parc. Ponctuées de moments de bonheur familial partagé[48], les disputes interminables entre André Bazin et son hôte, qui refuse un cinéma réaliste engagé mais conçoit l'art comme une critique subversive voire une reconstruction imaginaire[49], sont si violentes que Janine Bazin ne se sent plus chez elle[50].

François Truffaut se remet difficilement. Il songe de nouveau au suicide mais avec calme et s'interroge sur son caractère[51]. Le samedi 3 mai, il invite Liliane Litvin à dormir à Bry. Elle passe la nuit dans ses bras, chastement. C'est pour lui annoncer qu'elle est enceinte et qu'elle va épouser le père de son enfant.

L'expérience de l’infamie[52] que François Truffaut vient de vivre, change définitivement son jugement sur le cinéma qu'il a admiré durant sa jeunesse. Les drames sociaux qui y sont dénoncés, dénonciations qui lui plaisait tant, lui paraissent faux, les personnages, des allégories abstraites, sans rapport avec l'expérience vécue de leurs créateurs[53], leur psychologie, caricaturale[54], les scénarios, théâtraux.

Entre écriture et cinémaModifier

Critique à l'école de Bazin (1953-1954)Modifier

François Truffaut, fort de son expérience chez Elle, envisage une carrière de journaliste de la presse généraliste. Louise de Vilmorin organise une réunion avec Françoise Giroud, qui est sur le point de lancer L'Express, et ne donne pas suite. Au début de l'année 1953, André Bazin lui trouve un poste au service cinématographique du ministère de l'Agriculture. Le contrat de quelques mois n'est pas renouvelé[5].

À partir de mars, André Bazin fait publier des critiques rédigées par François Truffaut dans les Cahiers du cinéma[5]. De plus en plus nombreuses, certaines sous pseudonymes, elles louent le cinéma américain et le tournage en extérieur naturel, si absent du cinéma français. À la fin de l'année 53, François Truffaut est embauché par la revue au poste de rédacteur. Le numéro de janvier publie un article de lui exceptionnellement long préparé depuis plus d'un an. « Une certaine tendance du cinéma français » est un texte pamphlétaire contre les cinéastes de « qualité française ». L'article vise notamment les scénaristes Jean Aurenche et Pierre Bost, et le réalisateur Claude Autant-Lara[55],[56]. Il est soutenu par Claude Mauriac mais divise la rédaction et cause un scandale d'une violence imprévue tant parmi les réalisateurs que dans le lectorat.

Au sein de la revue, François Truffaut forme avec les autres rédacteurs, Claude Chabrol, Jacques Rivette, Jacques Demy, Éric Rohmer, Jean-Luc Godard, la jeune garde autour d'un André Bazin habitué à plus d’aménité et dépassé[57]. Le plus assassin est François Truffaut, qui n'hésite pas à manipuler l'insulte personnelle[58]. Il défend le cinéma d'auteur contre le cinéma de consommation[59] avec une grande intransigeance, dogmatisme de jeunesse qu'en 1984 il confiera regretter[60]. Dans les vingt mètres carrés du 146 Champs-Élysées, l'ambiance est très libre mais avec le temps François Truffaut régente de plus en plus le travail de ses collègues.

Affirmation de soi et de ses choix (1954-1955)Modifier

André Bazin introduit son protégé auprès de Maurice Bessy, qui dirige Cinémonde, revue plus rémunératrice que les Cahiers du cinéma. François Truffaut s'y montre peu assidu et sa collaboration avec Michel Aubriant, rédacteur chargé de lui apprendre le métier, n'est pas prolongée au delà de deux piges. Il consacre en effet le temps qu'il a de disponible à réaliser un bout d'essai, Une visite, son premier film. Il conçoit un scénario, qu'il renonce à réaliser et qui deviendra À bout de souffle. Jacques Laurent remarque son style et lui ouvre les seize pages de son hebdomadaire Arts-Lettres-Spectacles, vitrine des « Hussards ». Les piges y sont payées cinq fois plus qu'aux Cahiers du cinéma et mettent François Truffaut à l'abri des privations.

À la fin de l'année 1954, il rencontre Roberto Rossellini dans le cadre de son travail. Avec Éric Rohmer, il l'invite au cinéma et s'en fait l'ami. Le cinéaste italien est en décalage avec le public habitué à un cinéma de divertissement et ne connait que des échecs commerciaux. L'année suivante, en 1955, François Truffaut réalise ses premières interviews d'Alfred Hitchcock, qui sont aussi parmi les premiers entretiens enregistrés de cinéastes amenés à s'exprimer longuement autrement qu'à travers leurs films.

Il publie, à côté d'un hommage dévot à Jean Cocteau, deux nouvelles dans la revue hussarde La Parisienne[5] de Jacques Laurent. Il est ulcéré par l'éloge moralisateur et mensonger des maisons de redressement, qu'il a connu, dressé par Jean Delannoy dans Chiens perdus sans collier[61], film sorti cette année là. Il s'en souviendra trois ans plus tard en dénonçant la maltraitance institutionnelle dans son premier long métrage, Les Quatre Cents Coups.

Roché et l'assistant de Rossellini (1956)Modifier

Après avoir été récusé par un producteur, Ralph Baum, pour assister son ami Max Ophuls, François Truffaut est embauché en 1956 comme assistant du réalisateur Roberto Rossellini, « l'homme le plus intelligent que j'aie connu », pour trois films[5] qui n'aboutissent pas[2].

Il est déjà un lecteur assidu des romans policiers traduits en français de William Irish quand Henri-Pierre Roché, qui le connaît par les Hussards de la revue La Parisienne[62], l'invite dans sa maison de Meudon. Le collectionneur et scénariste, ami d'Abel Gance, de Jean Cocteau et de Jean Renoir dont l'espoir de faire un film a été contrarié par la guerre, a remarqué un des articles[63] du critique où celui-ci parle, en termes pertinents et élogieux, de son livre Jules et Jim, premier roman alors sans succès. Le jeune homme de vingt-quatre ans est fasciné par l'écriture cinématographique de l'élève de Peter Altenberg.

De son côté, l'ex Dada, proche des surréalistes, est à la recherche d'un héritier spirituel par lequel il puisse transmettre une « morale neuve » affranchie des contraintes morales et sociales. Le romancier a commencé de tirer un scénario de son Jules et Jim et projette d'en faire autant de ses Deux Anglaises et le continent. Il cherche son cinéaste et incite le jeune homme à réaliser des films d'après ses deux romans. Truffaut s'y emploiera après la mort de l'écrivain, à partir des archives manuscrites prêtées par la veuve[64],[note 2].

Les deux hommes, à une génération d'écart, partagent la même expérience adolescente d'une amitié gémellaire fondée sur l'échange des femmes[65], avec Jo Samarin pour Roché, Robert Lachenay pour Truffaut. Pour l'un et l'autre, cette éducation sentimentale a donné lieu à un travail d'écriture[65]. L'un et l'autre ont été brièvement jetés en prison par l'armée. Une amitié exceptionnelle naît entre eux autour de l'expérience de l'enfance, des femmes, de l'écriture. Elle sera interrompue trois ans plus tard par la mort de l'écrivain.

Cette rencontre conforte l'apprenti cinéaste dans la position qu'il défend avec violence contre le cinéma français de l'époque, dans les Cahiers du cinéma, celle qui prône le cinéma d'auteur et, dans la lignée des idées d'André Bazin[2], la narration subjective qui jette un regard objectif, en usant de la profondeur de champ et du plan séquence, tout en respectant la continuité du cours de la vie. Truffaut trouve dans l'écriture impressionniste de Roché l'idéal littéraire dont il fera son propre procédé cinématographique, celui de l'ellipse jusqu'au vif essentiel tel qu'il saura l'exprimer en 1973 dans son art poétique qu'est La Nuit américaine :

« Les films sont plus harmonieux que la vie, Alphonse. Il n'y a pas d'embouteillages dans les films, il n'y a pas de temps morts. Les films avancent comme des trains, tu comprends ? Comme des trains dans la nuit. »

Cette conception de l’œuvre d'art comme une sublimation de la vie personnelle, un raccommodage voire un remontage, est plus qu'une esthétique, celle de la Nouvelle Vague[66], partagée avec celui qui dès avril 1917 promouvait au côté de Marcel Duchamp le ready-made. Elle est une morale partagée surgie des déchirements de la vie et des ratages du désir. À la suite du Ce n'est pas l'amour qui dérange la vie mais l'incertitude d'amour[67] du freudien Roché, Truffaut fera dire, comme un prolongement naturel, à un de ses personnages dans la même réplique La vie est faite de morceaux qui ne se joignent pas[68]. Jules et Jim, roman de la révolution sexuelle, restera son livre de chevet, relu au moins deux fois par an.

Producteur de cinéma (1957-1958)Modifier

François Truffaut se marie le 29 octobre 1957 avec Madeleine, fille d'Ignace Morgenstern, propriétaire de la société de distribution cinématographique Cocinor[5]. Il l'a rencontrée treize mois plus tôt à la Mostra de Venise. Il en aura deux filles, Laura, née le 22 janvier 1959, qui enseignera le français à Berkeley, et Éva, née le 28 juin 1961, qui deviendra actrice. Avec les fonds de son beau père, il se lance dans la réalisation et fonde une société de production, Les Films du Carrosse, ainsi nommée en hommage à Jean Renoir et son film Le Carrosse d'or.

Comme par un renoncement à la carrière d'écrivain, qu'il ne cessera d'envier et de célébrer à travers ses films, il adapte une nouvelle d'un autre collègue de la revue La Parisienne, le jeune Maurice Pons. Les Mistons[5], court-métrage narrant l'errance d'une bande d'adolescents qui regardent et tracassent un couple d'amoureux[69], sort en 1958.

Comme la plupart de ses camarades de la Nouvelle Vague, c'est sans expérience professionnelle que Truffaut se lance dans la réalisation. Son expérience d'assistant réalisateur de Rossellini ne l'a guère formé. L'assistant réalisateur est en effet le plus souvent cantonné à des taches subalternes et est constamment empêché de voir comment le film se fait[60]. Sa conception du métier est moins celle d'un technicien du cinématographe que celle d'un auteur, à l'instar de Cocteau, s'exprimant par images et scènes dialoguées. Selon lui, il est possible d'apprendre plus en regardant des milliers de films et en rédigeant des critiques à leur propos qu'en étant assistant d'un réalisateur. À la différence d'un Jean-Luc Godard, il ne prétend pas faire une révolution dans le cinéma et conserve une conception classique de la manière de faire des films. Il prétend surtout faire des films personnels et sincères[60].

En 1958, il est interdit de festival de Cannes, sans doute à cause des critiques virulentes qu'il a publiées.

La Nouvelle VagueModifier

Le début de la saga Doinel (1959)Modifier

 
Tournée promotionnelle en juin 1959 à Arnhem après le succès à Cannes des Quatre Cents Coups.

En 1959, Truffaut tourne Les Quatre Cents Coups. Le film avait d'abord été imaginé comme un court métrage d'une vingtaine de minutes qui se serait intitulé La Fugue d'Antoine. L'intrigue était alors centrée sur l'épisode où Antoine, après avoir fait l'école buissonnière, raconte à son instituteur que sa mère est morte et prend la fuite après que ses parents ont découvert son mensonge. Pour le scénario du long métrage, Truffaut collabore avec Marcel Moussy[60]. Il recrute Jean-Pierre Léaud dans le rôle d'Antoine Doinel après avoir passé une annonce dans le quotidien France-Soir[60].

Le film remporte le prix de la mise en scène au Festival de Cannes la même année et reçoit la reconnaissance de la critique. L'événement ouvre la porte au mouvement de la Nouvelle Vague et à sa carrière mondiale. Avec trois millions six cent mille entrées, le film connait un immense succès auprès du public[70].

Le personnage d'Antoine Doinel réapparaîtra en 1962 avec Antoine et Colette, court métrage réalisé dans le cadre du film collectif L'Amour à vingt ans. Le film montre Antoine Doinel en adolescent timide, qui aime maladroitement une jeune fille, Colette, jusqu'à ce qu'il s'aperçoive qu'elle en aime un autre[71].

Dans Baisers volés, sorti en 1968, Antoine Doinel, toujours joué par Jean-Pierre Léaud, a une vingtaine d'années. Avec Claude de Givray et Bernard Revon, François Truffaut imagine la vie du jeune homme qui rentre du service militaire, se cherche un métier, tombe romantiquement amoureux d'une jeune fille de son âge, Christine, personnage que joue Claude Jade, mais est fasciné par une femme mariée, Fabienne Tabard, jouée par Delphine Seyrig[60].

Dans Domicile conjugal, sorti en 1970, Truffaut racontera la vie conjugale du couple Antoine et Christine Doinel.

Truffaut réalisera le dernier épisode de la saga « Antoine Doinel », l'Amour en fuite en 1979. Le film, qui raconte la séparation d'Antoine et Christine, contient en flashback des scènes issues des films précédents. Truffaut exploite ici le privilège rare d'avoir pu filmer le même acteur à différents âges de la vie[60]. L'accueil par le public est mitigé.

Des succès et un échec (1960-1967)Modifier

 
François Truffaut en voyage en Finlande en 1964.

Le succès des Quatre Cents Coups en 1959 permet à Truffaut l'année suivante de venir, via Les Films du Carrosse, au secours de Jean Cocteau, à court de producteur durant le tournage du Testament d'Orphée[5]. En septembre de cette même année 1960, il signe le « Manifeste des 121 »[5]. Lancé par Jean-Paul Sartre, c'est un appel à l’insoumission des hommes du contingent engagés dans la guerre d’Algérie, un soutien aux déserteurs et aux Français arrêtés pour avoir aidé les « terroristes » du FLN. L'ex délinquant déserteur s'attend de nouveau à être jeté en prison et en privé proclame vive Castro ![72].

Après Les Quatre cents coups, Truffaut filme Charles Aznavour et Marie Dubois dans Tirez sur le pianiste, adaptation d'un roman noir de David Goodis. Il y fait le portrait d'un pianiste raté et ravagé par le doute[73]. Pour la musique, il s'adresse au compositeur Georges Delerue, élève de Darius Milhaud qui a écrit la musique de Hiroshima mon amour et écrira pour d'autres, en particulier les musiques du Mépris et de Diên Biên Phu. Entre eux naît une grande complicité, qui s'entend à l'écran et se traduira par une collaboration renouvelée.

Comme souvent dans sa carrière, Truffaut réalise un nouveau film en réaction à son film précédent. Alors que Les Quatre Cents Coups était un film très « français », Tirez sur le pianiste est plus influencé par le cinéma américain. Le film est aussi fait en réaction à sa nouvelle notoriété. Truffaut, qui vient de passer brutalement de l'ombre à la lumière avec le succès fulgurant des Quatre Cents Coups, raconte ici l'histoire d'un homme qui passe de la célébrité à l'anonymat[60]. Le succès de son précédent film a paradoxalement déçu Truffaut qui voit son film apprécié par des gens qui n'aiment pas vraiment le cinéma. En réaction, il souhaite faire un film pour cinéphiles[74]. Le résultat est un échec commercial et Truffaut cesse de soutenir les copains[65]. La rupture et les insultes l'affectent profondément[65]

 
Truffaut le 15 mars 1965, quelques mois après son divorce, à Amsterdam lors d'un festival Nouvelle Vague devant le Cinétol, où est donné Le Beau Serge de Claude Chabrol.

Son troisième film, Jules et Jim, adapté du roman homonyme d'Henri-Pierre Roché, raconte pudiquement l'histoire d'un amour à trois[75]. Le film est un nouveau grand succès. À partir de là, ses films sont vendus à l'étranger par Alain Vannier. Avec ses trois premiers longs métrages, François Truffaut s'est déjà imposé comme un grand réalisateur[76]. En 1963, Les Films du Carrosse coproduisent Mata Hari, agent H 21, et Truffaut participe à la rédaction des dialogues et du scénario[5].

Il a avec l'actrice Liliane David une liaison, dont il s'inspire en 1964 pour le film La Peau douce même si le rôle principal féminin est confié à Françoise Dorléac. Il divorce la même année de Madeleine Morgenstern. Séducteur compulsif dès le soir tombé, comme il s'est trouvé décrit dans le journal d'Henri-Pierre Roché qui lui inspirera l'idée de L'Homme qui aimait les femmes[note 3], Truffaut est en effet amoureux de toutes ses vedettes féminines[note 4] comme autant d'icônes :

« Le travail du metteur en scène consiste à faire faire de jolies choses à de jolies femmes[77]. »

La célébrité redoublée par Jules et Jim lui vaut, en 1965, d'être le sujet exclusif d'une émission de télévision, Cinéastes de notre temps[5]. L'année suivante, il réalise en Angleterre péniblement, après quatre ans de tractations, Fahrenheit 451, film de science-fiction et apologie de la littérature adapté du célèbre roman de Ray Bradbury[78] qu'il a découvert en août 1960 et dont le rôle principal a un temps été prévu pour Paul Newman ou Terence Stamp.

En avril 1967, la radio lui offre dix heures d'antenne pour un sujet de son choix. Ce sera la maltraitance des enfants, sujet tabou et seule cause pour laquelle il est prêt à s'engager. Il n'hésite pas à incriminer la même logique sociale concentrationnaire qui, avec le soutien du peuple, a conduit en temps de guerre vers des camps d'extermination des individus rendus vulnérables et se retourne en temps de paix au sein même des familles contre les enfants.

C'est en tant que producteur qui rachète in extremis les droits d'exploitation que François Truffaut sauve Au feu, les pompiers !, le film de Milos Forman, réfugié à Paris, que la censure tchécoslovaque a interdit.

Révolution personnelle et scission (1968-1970)Modifier

 
Carte d'un adhérent du Comité de défense de la Cinémathèque française signée par le trésorier, F. Truffaut.

En février 1968, Truffaut prend la défense d'Henri Langlois, que les autorités veulent démettre de ses fonctions de directeur de la cinémathèque française[79],[5]. Il se retrouve à la tête du Comité de défense de la Cinémathèque[79].

Truffaut demande au patron de l'agence Dubly, Albert Duchenne, de retrouver son père biologique[79]. L'enquête d'un détective privé lui apprend qu'il s'agit de Roland Lévy, un dentiste né à Bayonne en 1910 de Gaston Lévy et de Berthe Kahn[1]. C'est un descendant, du côté paternel, d'une famille séfarade portugaise réfugiée à Bayonne dès le XVIIe siècle, les Lévi Alvarès. Durant l'entre deux guerres, Roland Lévy poursuit des études à Paris, où il habite rue de la Tour-d'Auvergne. C'est là qu'il fréquente Janine de Montferrand, qui met au monde leur fils hors mariage. À l'arrivée des troupes allemandes, il part pour Troyes et échappe aux décrets contre les juifs. Il épouse Andrée Blum en juillet 1949. En 1954, il ouvre un cabinet dentaire dans le centre-ville de Belfort, boulevard Carnot[1]. En 1959, le couple se sépare après avoir eu deux enfants[80].

Au moment où il découvre ses origines, printemps de cette même année 1968, Truffaut fait une demande en mariage à la famille de son actrice préférée et sa cadette de seize ans, Claude Jade, « la petite fiancée du cinéma », encore mineure, qui a tourné dans Baisers volés. Il prend tardivement conscience de la différence d'âge et renonce peu de temps avant la cérémonie, prévue pour juin, fuyant un second mariage dans ses activités professionnelles et politiques liées à l'affaire Langlois[81]. La question de l'engagement politique du cinéaste lors de mai 68 est l'occasion d'une scission entre les anciens amis de la Nouvelle Vague. François Truffaut défend la position modeste d'un homme accomplissant sans hypocrisie son métier à l'adresse du spectateur plutôt qu'au service d'une cause que celui-ci n'a pas achetée avec son billet.

Il restera ami avec Claude Jade. Il la fera tourner dans Domicile conjugal en 1970 et L'Amour en fuite en 1979. La mort de sa mère le 22 août 1968 le plonge dans ses souvenirs. Il récupère les documents liés à son enfance, l'école, les lettres, la maison de redressement, et retourne à ses journaux intimes. À la fin de l'année, à la demande de Jean-Paul Sartre dont il admire tout particulièrement Réflexions sur la question juive[82], il met sa notoriété au service du journal la Cause du peuple en but à la censure pompidolienne en participant lui même à sa distribution dans la rue, non qu'il soutienne le maoïsme, bien au contraire, mais parce qu'il considère qu'il est du devoir d'un artiste de défendre la liberté d'opinion[83]

En 1969, il réalise La Sirène du Mississipi avec Catherine Deneuve et Jean-Paul Belmondo. Le public est à nouveau au rendez-vous. À partir de ce tournage, le cinéaste entretient avec sa vedette féminine, qu'il appelle Kathe, comme la blonde héroïne de Jules et Jim, une vie de couple discrète. Il réalise alors L'Enfant sauvage, le plus anthropologique de ses films[84].. La rupture avec Catherine Deneuve à la fin de l'année 1970 plonge l'homme à femmes qu'est François Truffaut dans une dépression grave[85]. Le second roman d'Henri-Pierre Roché, Deux Anglaises et le continent, est le seul livre qu'il emporte à la clinique, où il est soigné par une cure de sommeil.

Gloire interrompueModifier

Les films de la maturité (1971-1976)Modifier

En avril 1971, François Truffaut fait partie des hommes qui cosignent le paragraphe de la « déclaration des trois cent quarante trois salopes » appelant à la dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse dans lequel ceux-ci se déclarent complices d'avortements. Il a retrouvé l'œuvre d'Henri-Pierre Roché, dans laquelle la question de la liberté sexuelle et donc celle de l'IVG, subies à plusieurs reprises par Helen Hessel, sont centrales, et porte à l'écran le second roman de l'auteur, Les Deux Anglaises et le continent, qui sort en novembre en 1971. Le succès est moins grand auprès du public.

À la suite de la censure de l'une des émissions de télévision Janine Bazin et André Labarthe, Vive le cinéma, François Truffaut boycotte les Dossiers de l'écran du 5 juillet, au cours desquels il devait participer à un débat sur la liberté de penser illustré par son film Fahrenheit 451. En septembre sort Une belle fille comme moi. Il y raconte l'histoire d'un sociologue, incarné par André Dussollier, qui est fasciné par son objet d'étude, la criminelle Camille Bliss, jouée par Bernadette Lafont. À l'encontre de toute morale, Camille Bliss, pour échapper à la prison, fait accuser du meurtre de son compagnon le sociologue, qui est condamné à sa place.

Avec La Nuit américaine, François Truffaut réalise un film sur le cinéma à l'ancienne. Il y montre un film en train de se faire et incarne lui-même le rôle du réalisateur tandis que Jean-Pierre Léaud incarne l'acteur principal du film. En 1973, à l'occasion de la sortie du film, il se brouille définitivement avec Jean-Luc Godard par lettres interposées[86],[87],[88].

En 1975, il réalise L'Histoire d'Adèle H. avec Isabelle Adjani dans le rôle-titre. À quarante trois ans, il est fasciné par la comédienne de dix neuf ans qu'il a vue à la télévision jouer L'École des femmes et a obtenu de la Comédie-Française qu'elle démissionne pour son seul plaisir voyeuriste de l'admirer à travers l’œil de sa caméra, au point de créer une situation ambigüe et embarrassante[89].

Après Les Quatre Cents Coups et L'Enfant sauvage, il revient en 1976 au thème de l'enfance avec L'Argent de poche. Le film rencontre un grand succès public'.

Fasciné par le journal intime d'Henri-Pierre Roché, François Truffaut demande à Michel Fermaud de lui confier des anecdotes pour le scénario de L'Homme qui aimait les femmes. Le film sort en 1977.

Il réalise ensuite un film sur la mort, La Chambre verte, adapté du roman L'Autel des morts de l'écrivain américain Henry James. Il y incarne un personnage étrange et hanté par la mort, qui préfère la compagnie de ses amis morts à celle des vivants. Le film déroute le public

Le cinéaste populaire (1977-1982)Modifier

 
François Truffaut et Claude Jade en avril 1979, avant-première de leur troisième film L'Amour en fuite

En 1977, François Truffaut accède à la demande de Steven Spielberg de jouer dans Rencontres du troisième type le rôle du scientifique français Lacombe, qui est un personnage inspiré par l'ufologue Jacques Vallée. Spielberg est un grand passionné de la filmographie de Truffaut et veut absolument ce dernier dans son film. Comme Truffaut n'est pas parfaitement bilingue, Spielberg accepte qu'il parle en français et que les répliques soient traduites par un collègue dans la version originale.

Deux ans plus tard, en 1979 le dernier volet de la saga Doinel, L'Amour en fuite, réunit Jean-Pierre Léaud et Claude Jade, une dernière fois.

Le Dernier Métro est en 1980 un immense succès populaire, trois millions trois cent mille entrées[90]. Le film est salué par dix César.

Après cette évocation de l'engagement amoureux de Margaret Kelly contre les persécutions des Juifs durant la guerre, Truffaut revient dans La Femme d'à côté, inspiré d'un fait divers comme l'avait été Le Rouge et le noir, à une histoire intime, une relation de couple d’apparence banale, avec un parti pris de recul et de neutralité. Le personnage de Bernard montre un homme apparemment monolithique, sûr de lui, responsable, avec une vie de famille et un métier. L’apparition de Mathilde ressuscite en lui une passion ancienne dont la puissance possessive va inexorablement l'entrainer jusqu’à remettre en cause tous ses masques, familiaux, sociaux, professionnels, et en faire la victime, peut être consentante, d'un désir absolu et impossible.

L'actrice principale, Fanny Ardant, avec qui il aura une fille, sera le dernier amour de François Truffaut.

Au début des années quatre-vingt, il a le projet d'adapter avec son scénariste Jean Gruault le roman de Paul Léautaud Petit ami, récit de la tentation incestueuse entre un fils et sa mère. Le projet est finalement abandonné mais le travail avec Jean Gruault se prolonge dans l'écriture d'une saga, la Belle Époque[91], Cette période heureuse, déjà évoquée dans les deux adaptations de Roché, est représentée à travers le parcours de personnages de la France du début du XXe siècle. Le film sera réalisé par Gavin Millar en 1995 pour la télévision sous la forme d'une mini-série[note 5].

Après l'élection en 1981 à la présidence de la République de François Mitterrand, que le réalisateur avait soutenu sans ferveur, Jack Lang invite celui-ci à rencontrer le président des États-Unis, Ronald Reagan, à Yorktown. Truffaut refuse à la dernière minute en raison d'un problème de planning et provoque l'ire du ministre de la Culture[92],[93],[94].

La maladie (1983-1984)Modifier

Le sort le dernier film de François Truffaut. Vivement dimanche !, avec la même Fanny Ardant, est un nouveau succès.

 
La tombe de François Truffaut au cimetière de Montmartre.

Peu auparavant, en juillet, le cinéaste loue la maison que possède en bordure de la ville de Honfleur, en Normandie, Michel Berger, lui-même en pleine composition de la bande originale du film Rive droite, rive gauche de Philippe Labro (1984). Il doit y passer tout l'été avec Fanny Ardant, enceinte, et travailler sur ses scénarios, notamment La Petite Voleuse et Belle Époque, mais il est pris d'une attaque violente qui le conduit aux urgences : il vient d'avoir la première manifestation de sa tumeur cérébrale[92]. En septembre, il est de nouveau père, d'une petite Joséphine.

En avril 1984, il apparaît, marqué par la maladie, dans l'émission Apostrophes que Bernard Pivot lui consacre à l'occasion de la réédition, sous le titre Hitchcock/Truffaut, du livre qu'il avait publié sur son maître dix-huit ans plus tôt, en 1966.

L'intervention chirurgicale ayant été trop tardive, il meurt le à l'hôpital américain de Paris de Neuilly-sur-Seine, une trentaine d'idées de films à faire en tête[95]. Il est incinéré au cimetière du Père-Lachaise et ses cendres sont déposées au cimetière de Montmartre à Paris.

CélébrationModifier

HommagesModifier

En octobre 2014, la Cinémathèque française dédie à François Truffaut une importante exposition rétrospective.

Consécrations de lieux de publicsModifier

Plusieurs rues, divers cinémas sont baptisés François Truffaut.

Des lycées portent ce nom, à Challans (Vendée), à Beauvais (Oise) et dans le 3e arrondissement de Paris. Des collèges également, comme à Charly-sur-Marne, Strasbourg, Chef-Boutonne ou Asnières-sur-Seine.

Analyse de l'œuvreModifier

Méthodes de travailModifier

 
François Truffaut tourne en 1963 dans un décor naturel.

Comme la plupart des protagonistes de la Nouvelle Vague, François Truffaut n'aime pas les studios et a préféré tourner ses films en décors réels, à l'exception de Fahrenheit 451, son film de science-fiction[60]. Cependant, il a presque reproduit les conditions du tournage en studio pour le Dernier Métro et Vivement dimanche !.

Cinéma et littératureModifier

François Truffaut n'est pas seulement un grand cinéphile ; il est aussi un grand lecteur. Les personnages de ses films lisent souvent, comme Antoine Doinel plongé dans la lecture du Lys dans la Vallée, dans Baisers volés.

Sa correspondance, publiée en 1988 par Claude de Givray et Gilles Jacob, révèle de très nombreuses références littéraires ; il semble que l'enfant Truffaut, quand il faisait l'école buissonnière, allait voir de très nombreux films mais passait également de nombreuses heures à lire. Dans sa correspondance avec son ami d'enfance Robert Lachenay, il cite régulièrement Honoré de Balzac, Marcel Proust, Jean Giraudoux, Jacques Audiberti, Jean Genet et Georges Bernanos[74]. Il s'est lié et a correspondu avec de nombreux écrivains, dont, très tôt, Jean Cocteau, Jacques Audiberti et Jean Genet[96].

Dans son attaque contre le cinéma de « qualité à la française » publiée dans les Cahiers du cinéma en 1954, François Truffaut s'en prend notamment à la manière dont les scénaristes Jean Aurenche et Pierre Bost adaptent les grandes œuvres de la littérature française au cinéma[74].

En tant que metteur en scène, il a lui-même adapté de nombreux romans au cinéma (Tirez sur le pianiste, Jules et Jim, La Mariée était en noir, Les Deux Anglaises et le continent, La Sirène du Mississipi, Une belle fille comme moi, etc.). À l'exception des deux romans d'Henri-Pierre Roché que Truffaut considérait comme un écrivain supérieur à Jean Cocteau, qu'il admirait aussi, Truffaut n'a jamais porté à l'écran de grands classiques de la littérature française. Au contraire, la majorité de ses adaptations sont issues de la littérature anglo-saxonne, plus particulièrement, du roman noir[74].

Pour son deuxième film, Tirez sur le pianiste, Truffaut s'inspire de Down there de David Goodis. À la différence des scénaristes qu'il critiquait, il adapte un roman appartenant à un genre considéré comme mineur plutôt qu'un chef-d'œuvre de la littérature[74].

Concernant les films réalisés à partir de l'œuvre de Roché, il ne les considère pas comme des adaptations cinématographiques d'œuvres littéraires » mais comme des « hommages filmés à un écrivain qu'il admire[74].

Personnages et acteurs récurrentsModifier

Les personnages masculins de François Truffaut sont souvent isolés et renfermés sur eux-mêmes. Charlie Kohler, dans Tirez sur le pianiste, finit seul à son piano. Montag, dans Fahrenheit 451, est isolé du reste de la société. Pierre Lachenay dans La Peau douce, se retrouve aussi abandonné, par sa maîtresse comme par sa femme, laquelle ne le retrouve que pour l'assassiner. Antoine Doinel est un inadapté. C'est aussi le cas d'Alphonse dans La Nuit américaine ou de Claude dans Les Deux Anglaises et le Continent, qui se retrouve isolé à la fin du film, et de Julien Davenne dans La Chambre verte[97].

Cinéaste très attentif aux acteurs et à leurs personnages[98], François Truffaut a offert à plusieurs comédiens des rôles qui ont fait date dans leurs carrières :

Compositeurs des musiques des films de François TruffautModifier

ThématiquesModifier

« Si on regardait ses films […] avec un peu d'attention, on verrait combien ils sont sexuellement violents et explicites. »

— Catherine Deneuve[89].

L'enfance maltraitéeModifier

Truffaut a une sensibilité particulière pour les enfants. Trois de ses longs métrages sont centrés sur des personnages enfants, Les Quatre Cents Coups, L'Enfant sauvage et L'Argent de poche[99]. Les trois évoquent la maltraitance, la cruauté des adultes mais aussi la bienveillance de ceux qui savent s'adresser à l'enfant comme à eux-mêmes. Comme Roché, Truffaut plaide pour une morale éducative.

La femme fataleModifier

La relation aux femmes, l'impossible entre éros et thanatos, est le sujet central de la plupart des films de Truffaut quand il ne s'agit pas de l'enfance. Sept d'entre eux dressent le portrait d'une femme dont la victime est un héros emprisonné dans une relation pathologique. L'héroïne est folle d'amour, folle jusqu'au meurtre, dans La Peau douce, La Mariée était en noir et La Femme d'à côté. Dans La Sirène du Mississipi, c'est le héros qui est conduit par sa sirène fatale au crime passionnel. Dans Une Belle fille comme moi, l'homme, sociologue, est encore la victime de l'objet féminin, mais sujet manipulateur, qui le fascine, comme Empédocle du volcan qu'il étudie de trop près. Dans L'Histoire d'Adèle H., l'érotomanie de l'héroïne se retourne contre elle-même. Seule la grande amoureuse jouée par Fanny Ardant dans Vivement dimanche ! manipule le héros pour son salut.

Le donjuanismeModifier

« Les jambes des femmes sont comme des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie. »

— Bertrand Morane, « cavaleur » compulsif joué par Charles Denner dans L'Homme qui aimait les femmes, pathologiquement fasciné par l'objet de son désir, jusqu'à la mort.

InfluencesModifier

Truffaut revendique l'influence de Jean Renoir. Il dit avoir vu Le Carrosse d'or (1953) et La Règle du jeu (1939) une quinzaine de fois chacun[60].

C'est à Alfred Hitchcock qu'il emprunte le procédé dramatique d'une intrigue nouée autour d'une figure féminine qui fascine autant la caméra que le héros.

Il revendique également l'influence de Roberto Rossellini. Il admire notamment chez Rossellini la manière de filmer les enfants[60].

Vingt-six filmsModifier

François Truffaut dit que ces films sont à environ 20 % autobiographiques, à 20 % pris dans les journaux, à 20 % pris dans la vie des gens de son entourage et à 20 % de fiction pure[10].

FilmographieModifier

RéalisateurModifier

ActeurModifier

Cinéaste autobiographique, François Truffaut apparaît comme acteur de plusieurs de ses films. Il tient le rôle principal dans L'Enfant sauvage (1970), La Nuit américaine (1973) et La Chambre verte (1978), et apparaît en caméo dans la plupart de ses autres films.

Il dit à ce propos : « Je ne peux pas faire une chose qui soit très loin de moi, c’est vrai. J’ai besoin de m’identifier, de me dire : « j’ai été dans des circonstances comme ça ou je pourrais être dans des circonstances comme ça », j’ai besoin de ce critère tout le temps pour travailler ».

Toutefois, il interprète un des personnages principaux dans le film Rencontres du troisième type de Steven Spielberg à la demande de ce dernier qui lui voue une grande admiration.

Truffaut apparaît également dans le documentaire I'm a Stranger Here Myself (1974) de David Helpern et James C. Gutman.

Innocents: The Dreamers (The Dreamers) de Bernardo Bertolucci (2003) contient des images d'archives qui montrent Truffaut prenant la parole lors de la manifestation des réalisateurs devant la Cinémathèque Française en 1968.

ProducteurModifier

ScénaristeModifier

DialoguisteModifier

Notoriété cinématographiqueModifier

Audience à la sortieModifier

Film Année Nombre

d'entrées

Source
Les Quatre Cents Coups 1959 4 166 149 [100]
Jules et Jim 1962 1 500 000 [101]
La Sirène du Mississipi 1969 1 200 000 [102]
L'Enfant sauvage 1969 1 400 000 [103]
Domicile conjugal 1970 1 000 000 [104]
Les Deux Anglaises et le continent 1971 400 000 en France [105]
Une belle fille comme moi 1972 680 000 [106]
La Nuit américaine 1973 820 000 [107]
L'Histoire d'Adèle H. 1975 762 000 [108]
L'Argent de poche 1976 1 800 000 [109]
L'Homme qui aimait les femmes 1977 950 000 [110]
La Chambre verte 1978 150 000 [111]
L'Amour en fuite 1979 430 000 [112]
Le Dernier Métro 1980 3 393 694
La Femme d'à côté 1981 1 000 000 [113]
Vivement dimanche ! 1983 1 550 000 [114]

Prix et sélectionsModifier

Œuvre écritModifier

EssaiModifier

Recueils d'articles critiquesModifier

  • Les Films de ma vie, Flammarion, .
  • Le Plaisir des yeux, Flammarion, .
  • Chroniques d'arts-spectacles 1954-1958, Gallimard, 2019.

Scénarios et dialoguesModifier

  • Avec Marcel Moussy, Les 400 Coups, Gallimard, 1960.
  • Les Aventures d'Antoine Doinel, Mercure de France, 1970.
  • Jules et Jim, Seuil, 1971.
  • La Nuit américaine et le Journal de Fahrenheit 451, Seghers, 1974.
  • L'Argent de poche, Flammarion, 1976.
  • L'Homme qui aimait les femmes, Flammarion, 1977.
  • Avec Jean Gruault, Belle Époque, Gallimard, 1996.

NouvellesModifier

  • « Les Seins silicieux », in La Parisienne, Paris, novembre 1954.
  • « Antoine et l'Orpheline », in La Parisienne, Paris, mai 1955.

CorrespondanceModifier

Du 20 novembre au 20 décembre 1996, Marie-Paule André met en scène l'acteur Robin Renucci dans des lectures de la correspondance de Truffaut au théâtre du Rond-Point[116],[117].
  • « Correspondance de Claude Jutra et François Truffaut », Nouvelles vues,‎ 2012-2013 (lire en ligne).

ApocrypheModifier

Éva Truffaut, l'une des filles de Truffaut, déclare avoir retrouvé, en 2003, les bobines du dernier film de son père. Avec Élisabeth Butterfly[118], elle produit pour l'Atelier de Création Radiophonique de France Culture un canular radiophonique en forme d'hommage, Le Journal d'Alphonse, qui serait l'ultime épisode du cycle Doinel, avec les personnages de Christine Doinel jouée par Claude Jade et de son fils Alphonse interprété par Stanislas Merhar[119]. C'est le texte de ce pseudo journal qui est publié en 2004 par Gallimard.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • Gilles Cahoreau, François Truffaut (1932-1984), éditions Julliard, 1990
  • Dominique Fanne, L'Univers de François Truffaut (avant-propos de Jeanne Moreau), Éditions du Cerf,
  • (en) Don Allen, Truffaut, Londres, Secker & Warburg,
  • Dominique Rabourdin et François Truffaut, Truffaut par Truffaut, Paris, Société nouvelle des éditions du Chêne, coll. « Cinéma de toujours », , 227 p. (ISBN 2-85108-415-1)
    Textes et documents réunis par Dominique Rabourdin.
  • Éric Neuhoff, Lettre ouverte à François Truffaut, Albin Michel, , 155 p. (ISBN 978-2-226-03100-6)
  • Claude-Jean Philippe, François Truffaut, Seghers,
  • Anne Gillain, Le Cinéma selon François Truffaut, Flammarion,
  • Anne Gillain (préf. Jean Gruault), François Truffaut : le secret perdu, Paris, Hatier,
  • Carole Le Berre, François Truffaut, Cahiers du cinéma, coll. « Auteurs »,
  • (en) Annette Insdorf, François Truffaut, New York, Cambridge University Press, , 288 p. (ISBN 978-0-521-47808-3, lire en ligne)
  • Antoine de Baecque et Serge Toubiana, François Truffaut, Gallimard, , 1re éd.
    Biographie de référence.
  • Yannick Mouren, François Truffaut, l'art du récit, Lettres modernes/Minard, coll. « Études cinématographiques »,
  • (en) Diana Holmes (dir.) et Robert Ingram (dir.), François Truffaut (French Film Directors), Manchester, Manchester University Press, , 225 p. (ISBN 978-0-7190-4553-0)
  • Jérôme Tonnerre, Le Petit Voisin, Calmann-Lévy, , 220 p. (ISBN 978-2-7021-2945-6)
  • Arnaud Guigue, François Truffaut La culture et la vie, L'Harmattan,
  • Antoine de Baecque (dir.) et Arnaud Guigue (dir.), Le Dictionnaire Truffaut, La Martinière, , 430 p.
  • Carole Le Berre, Truffaut au travail, Cahiers du cinéma, , 322 p.
  • Dominique Auzel et Sabine Beaufils-Fievez, François Truffaut : Le cinéphile passionné, Séguier, coll. « Ciné », , 140 p. (ISBN 978-2-84049-400-3)
  • Dominique Auzel et Sabine Beaufils-Fievez, François Truffaut : L'homme-cinéma, Milan, coll. « Essentiels », , 64 p. (ISBN 978-2-7459-1440-8)
  • Cyril Neyrat, François Truffaut, Cahiers du cinéma, coll. « Grands cinéastes », , 94 p. (ISBN 978-2-86642-493-0)
  • Arturo Barcenilla Tirapu, Truffaut/París. El París de las películas de François Truffaut, Madrid, T&B editores, (ISBN 978-84-15405-79-5)
  • Philippe Lombard, Le Paris de François Truffaut, Paris, Éditions Parigramme, , 120 p. (ISBN 978-2-37395-048-9 et 2-37395-048-0)

EntretiensModifier

  • C. de Givray & F. Truffaut, Le Scénario de ma vie, début juillet 1984.
Projet d'un livre autobiographique suggéré en 1977 par Charles Ronsac pour Robert Laffont, finalement réduit à deux après midi d'entretiens enregistrés au magnétophone.
  • Aline Desjardins et François Truffaut, Aline Desjardins s'entretient avec François Truffaut, Ramsay, coll. « Ramsay Poche Cinéma », , 76 p. (ISBN 978-2-85956-596-1)
  • (en) Ronald Bergan (dir.), François Truffaut : Interviews, Oxford, University Press of Mississippi, (ISBN 978-1-934110-13-3)
  • (en) Bert Cardullo, « Alter Ego, Autobiography, and Auteurism : François Truffaut’s Last Interview », dans Action! : Interviews with Directors from Classical Hollywood to Contemporary Iran, Anthem Press, coll. « New Perspectives on World Cinema »,
    Entretien réalisé en mai 1984 à Paris dans les locaux des Films du Carrosse et réédité dans (Brody 2010).

Revue de presseModifier

Films sur François TruffautModifier

NotesModifier

  1. Ils divorceront en 1962.
  2. Denise Roché, née Renard, âgée de soixante-cinq ans à la mort de son mari.
  3. Le scénario original n'est pas tiré du journal lui-même mais d'expériences personnelles diverses montées en scénario par Michel Fermaud.
  4. Seule Isabelle Adjani, vedette de L'Histoire d'Adèle H., n'a pas sacrifié au Pygmalion.
  5. Le scénario a été publié chez Gallimard en 1996 sous le titre Belle époque.

SourcesModifier

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  2. a b c d e f g h i et j P. Bauchart, « Les 400 coups : recherche des origines », in Educiné, Académie de Strasbourg, Molsheim.
  3. Bernard de Monferrand, cité in L'Express, op. cité.
  4. de Baecque et Toubiana 1996, p. 29
  5. a b c d e f g h i j k l m et n Dominique Auzel, « Truffaut l'art d'écrire, l'art d’aimer », Séquences : La revue de cinéma, no 164,‎ , p. 26-35 (ISSN 0037-2412, lire en ligne)
  6. F. Truffaut, Lettre à son beau-père, 1959, cité in A. Moix, François Truffaut, l'insoumis, Arte, Strasbourg, 2 novembre 2014.
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  8. de Baecque et Toubiana 1996, p. 36
  9. C. Véga, cité in A. Moix, François Truffaut, l'insoumis, Arte, Strasbourg, 2 novembre 2014.
  10. a b et c « François Truffaut, une vie. », Arte.
  11. de Baecque et Toubiana 1996, p. 67
  12. F. Truffaut, « Préface. Sacha Guitry cinéaste. », in S. Guitry, Le Cinéma et moi, p. 19-20, Ramsay, Paris, 1977.
  13. de Baecque et Toubiana 1996, p. 88
  14. a b et c de Baecque et Toubiana 1996, p. 93
  15. R. Lachenay, Le Roman de François Truffaut, p. 16, Cahiers du cinéma, Paris, décembre 1984.
  16. A. Moix, François Truffaut, l'insoumis, Arte, Strasbourg, 2 novembre 2014.
  17. Armand J. Cauliez, Lettre à Jean Epstein, 24 février 1946, in Fonds Epstein, cote 420B94, Cinémathèque française, Paris.
  18. (notice BnF no FRBNF32742255).
  19. « Ciné Art », in Paris-Cinéma, Paris, 24 septembre 1946, cité in Fonds Epstein, cote 432B97, Cinémathèque française, Paris.
  20. Laurent Le Forestier, « Entre cinéisme et filmologie : Jean Epstein, la plaque tournante. », in Cinémas. Revue d'études cinématographiques., vol. 19 no 2-3, p. 127, Département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques de l'université de Montréal, Montréal 2009. https://doi.org/10.7202/037550ar DOI:10.7202/037550ar (ISSN 1181-6945).
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  22. TEC, sur data.bnf.fr.
  23. (notice BnF no FRBNF12077348).
  24. René Apellaniz & Rassa Apellaniz-Rikkers, « Étude de l’entretien clinique. A propos de l’examen psychologique des jeunes délinquants », in Rééducation. Revue française de l'Enfance Délinquante, déficiente et en danger moral., no 142-143, p. 11-62, Ministère de la justice, Paris, octobre 1962.
  25. de Baecque et Toubiana 1996, p. 66
  26. Dictionnaire des films, Larousse, 1990, p. 617 (ISBN 2035123054)
  27. Dictionnaire des films, Larousse, 1990, p. 77 (ISBN 2035123054)
  28. F. Truffaut, Lettre à son beau père, Versailles, 2 avril 1949, cité in A. de Baecque & S. Toubiana, François Truffaut, p. 69, Gallimard, Paris, 1996.
  29. J. Truffaut, Lettre à son fils, Paris, mars 1949, cité in A. de Baecque & S. Toubiana, François Truffaut, p. 69, Gallimard, Paris, 1996.
  30. Arnaud Gourmelen, « Le "festival du film maudit" et le "rendez-vous de Biarritz" Biarritz, 1949 et 1950. », 1895, revue d'histoire du cinéma., no 29, p. 105-126, AFRH, Paris, 1999 (ISSN 0769-0959), DOI:10.3406/1895.1999.1432.
  31. de Baecque et Toubiana 1996, p. 72
  32. (notice BnF no FRBNF12817244).
  33. F. Truffaut, « Ma Vie », I, inédit, 31 mai 1952, in Archives, Les Films du Carrosse, Paris, cité in A. de Baecque & S. Toubiana, François Truffaut, p. 88, Gallimard, Paris, 1996.
  34. F. Truffaut, Lettre à Robert Lachenay, Wittlich, 16 février 1951, in F. Truffaut, Correspondance, p. 83, Le livre de poche, no 9718, Paris, octobre 1993 (ISBN 978-2253064893).
  35. a et b F. Truffaut, Lettre à Robert Lachenay, Coblence, [octobre 1951], in F. Truffaut, Correspondance, p. 97, Le livre de poche, no 9718, Paris, octobre 1993 (ISBN 978-2253064893).
  36. F. Truffaut, Lettre à Robert Lachenay, Coblence, [octobre 1951], in F. Truffaut, Correspondance, p. 96, Le livre de poche, no 9718, Paris, octobre 1993 (ISBN 978-2253064893).
  37. a et b F. Truffaut, Lettre à Robert Lachenay, Paris, 8 juin 1951, in F. Truffaut, Correspondance, p. 87, Le livre de poche, no 9718, Paris, octobre 1993 (ISBN 978-2253064893).
  38. a b et c F. Truffaut, Lettre à Robert Lachenay, Wittlich, 21 juin 1951, in F. Truffaut, Correspondance, p. 68, Le livre de poche, no 9718, Paris, octobre 1993 (ISBN 978-2253064893).
  39. F. Truffaut, Lettre à Robert Lachenay, Paris, 15 août 1951, in F. Truffaut, Correspondance, p. 69, Le livre de poche, no 9718, Paris, octobre 1993 (ISBN 978-2253064893).
  40. D. Andrew, André Bazin, p. 182, Cinémathèque française, Paris, 1978.
  41. F. Truffaut, Lettre à Robert Lachenay, Coblence, [septembre 1951], in F. Truffaut, Correspondance, p. 96, Le livre de poche, no 9718, Paris, octobre 1993 (ISBN 978-2253064893).
  42. F. Truffaut, Lettre à Robert Lachenay, Coblence, [décembre 1951], in F. Truffaut, Correspondance, p. 104, Le livre de poche, no 9718, Paris, octobre 1993 (ISBN 978-2253064893).
  43. a et b F. Truffaut, « Ma Vie », II, p. 22-23, inédit, 31 mai 1952, in Archives, Les Films du Carrosse, Paris, cité in A. de Baecque & S. Toubiana, François Truffaut, p. 98, Gallimard, Paris, 1996.
  44. F. Truffaut, Lettre à Robert Lachenay, Coblence, 25 décembre 1951, in F. Truffaut, Correspondance, p. 107, Le livre de poche, no 9718, Paris, octobre 1993 (ISBN 978-2253064893).
  45. de Baecque et Toubiana 1996, p. 98
  46. F. Truffaut, Lettre à Robert Lachenay, Andernach, 7 novembre 1951, in F. Truffaut, Correspondance, p. 101, Le livre de poche, no 9718, Paris, octobre 1993 (ISBN 978-2253064893).
  47. M. Rucart, Lettre à François Truffaut, 26 décembre 1950, cité in A. de Baecque & S. Toubiana, François Truffaut, p. 79-80, Gallimard, Paris, 1996.
  48. J. Bazin, Lettre à François Truffaut, février 1965, citée in R. Lachenay, Le Roman de François Truffaut, p. 24-25, Cahiers du cinéma, Paris, décembre 1984.
  49. Eila Suleiman, « Le spectateur engagé », p. 12, Ciné Croisette, Draguignan, 2012.
  50. D. Andrew, André Bazin, p. 183-184, Cinémathèque française, Paris, 1978.
  51. F. Truffaut, Lettre à Robert Lachenay, Bry, 19 avril 1952, in F. Truffaut, Correspondance, p. 113, Le livre de poche, no 9718, Paris, octobre 1993 (ISBN 978-2253064893).
  52. F. Truffaut, « Ma Vie », II, p. 62, inédit, 31 mai 1952, in Archives, Les Films du Carrosse, Paris, cité in A. de Baecque & S. Toubiana, François Truffaut, p. 109, Gallimard, Paris, 1996.
  53. F. Truffaut, « Ma Vie », II, p. 172, inédit, 31 mai 1952, in Archives, Les Films du Carrosse, Paris, cité in A. de Baecque & S. Toubiana, François Truffaut, p. 109, Gallimard, Paris, 1996.
  54. F. Truffaut, « Ma Vie », II, p. 100-101, inédit, 31 mai 1952, in Archives, Les Films du Carrosse, Paris, cité in A. de Baecque & S. Toubiana, François Truffaut, p. 109, Gallimard, Paris, 1996.
  55. François Truffaut, « Une certaine tendance du cinéma français », Les Cahiers du cinéma, no 31,‎
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  57. Eila Suleiman, « Le spectateur engagé », p. 10, Ciné Croisette, Draguignan, 2012.
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  59. Collet 1966, p. 689
  60. a b c d e f g h i j et k Cardullo 2009
  61. F. Truffaut, Arts, Paris, 1955, cité in A. de Baecque & S. Toubiana, François Truffaut, p. 75, Gallimard, Paris, 2001.
  62. C. Fumaroni, Écritures et réécritures dans l'œuvre de François Truffaut, Ch. IV, note 2, Edizioni Esordienti, Turin, avril 2012 (ISBN 978-88-6690-038-2).
  63. François Truffaut, Arts no 559, Paris, 14-20 mars 1956.
  64. C. Fumaroni, Écritures et réécritures dans l'œuvre de François Truffaut, Ch. IV, note 8, Edizioni Esordienti, Turin, avril 2012 (ISBN 978-88-6690-038-2).
  65. a b c et d A. de Baecque, « Lachenay, l'ami dans l'ombre. », in Libération, Paris, 28 novembre 2005
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  78. Collet 1966, p. 697-698
  79. a b et c Antoine de Baecque, « François Truffaut, 36 ans, termine Baisers volés », Libération,‎ (lire en ligne, consulté le 25 février 2012)
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  115. Voir sur lemelies.net.
  116. Anne Diatkine, « Drôle et émouvante, la correspondance du cinéaste par Renucci », Libération,‎ (lire en ligne, consulté le 25 février 2012)
  117. Claire Devarrieux, « Les fées de Truffaut », Libération,‎ (lire en ligne, consulté le 25 février 2012).
  118. (notice BnF no FRBNF14400277).
  119. Voir sur franceculture.fr.

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