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Le Manifeste des 121, titré « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie », est signé par des intellectuels, universitaires et artistes et publié le dans le magazine Vérité-Liberté. Le manifeste est né dans le sillage du groupe de la rue Saint-Benoît. Il a été pensé puis rédigé par Dionys Mascolo et Maurice Blanchot. Ce traité a permis de regrouper des personnalités de divers horizons dans un esprit libertaire et plutôt orienté à gauche. Il est important pour l'histoire de la gauche et de l'extrême gauche en France.

Sommaire

Contenu du manifesteModifier

« On ne réclamait plus seulement le droit du peuple à ne plus être opprimé, mais le droit du peuple à ne plus opprimer lui-même. »

— François Maspero, Le droit à l'insoumission, le dossier des 121, Paris, François Maspero, , « Avertissement de l'éditeur »

Selon ses propres termes, le manifeste cherche à informer l’opinion française et internationale du mouvement de contestation contre la guerre d'Algérie. Les 121 y critiquent l'attitude équivoque de la France vis-à-vis du mouvement d'indépendance algérien, en appuyant le fait que la « population algérienne opprimée » ne cherche qu'à être reconnue « comme communauté indépendante ». Partant du constat de l'effondrement des empires coloniaux, ils mettent en exergue le rôle politique de l'armée dans le conflit, dénonçant notamment le militarisme et la torture, qui va « contre les institutions démocratiques ».

Le manifeste se termine sur trois propositions finales :

  • « Nous respectons et jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien. »
  • « Nous respectons et jugeons justifiée la conduite des Français qui estiment de leur devoir d'apporter aide et protection aux Algériens opprimés au nom du peuple français. »
  • « La cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres. »

Liste de signatairesModifier

La liste des 121 premiers signataires est complétée par quelques uns des 125 autres qui se sont adjoints à eux. Leurs noms sont soulignés.

PublicationModifier

Le manifeste est publié le dans Vérité-Liberté. Ce magazine est consacré à divulguer toute information interdite ou filtrée par la censure sur la guerre d'Algérie. Il est géré par Paul Thibaud. Son comité de rédaction comporte les journalistes Robert Barrat et Claude Bourdet, l'historien Pierre-Vidal-Naquet, le mathématicien Laurent Schwartz, l'écrivain Vercors et Jean-Marie Domenach de la revue Esprit[1]. Le manifeste devait aussi paraître dans le numéro d'août-septembre 1960 des Temps Modernes, mais censuré, fut remplacé par une double page blanche, suivie de la liste des signataires.

De nouveaux signataires rejoignent les premiers. Ils sont au total deux cent quarante-six[2].

La revue Routes de la paix (qui a pris plusieurs autres noms), installée en Belgique et diffusée en France, à laquelle participe le militant pacifiste belge Jean Van Lierde, réédite le manifeste[3].

RéactionsModifier

Répression des signatairesModifier

Ordonnances gouvernementales, inculpations, incarcérationsModifier

Les réactions sont d'autant plus vives que le manifeste est publié sciemment alors que se déroule le procès des porteurs de valises du Réseau Jeanson. La défense veut alors faire citer à la barre tous les signataires. Après un premier refus, le Tribunal accepte la comparution de vingt d'entre eux[4]. Quelques jours plus tard, le conseil des ministres réagit en modifiant par ordonnance certains articles du code de procédure pénale et du code de justice militaire et empêche ainsi notamment l'audition de témoins non cités avant les procès[5].

Le gouvernement publie plusieurs ordonnances qui aggravent les peines frappant la provocation à l’insoumission, à la désertion et au renvoi de livret militaire, le recel d’insoumis et les entraves aux départs des soldats. Les fonctionnaires apologistes de l’insoumission et de la désertion seront plus sévèrement réprimés[6],[7]. Le général de Gaulle, sévère pour « les serviteurs de l'État », insiste pour que les intellectuels bénéficient d’une plus large liberté de pensée et d'expression. Vingt-neuf personnes sont inculpées pour incitation de militaires à la désobéissance et provocation à l'insoumission et à la désertion[8],[9],[10],[11]. Jean-Paul Sartre et d’autres signataires réclament vainement leur propre inculpation[10]. La revue Les temps modernes est saisie. Elle contenait la liste des signataires du manifeste et d'autres articles sur la guerre d'Algérie[12]. Le journaliste Robert Barrat est incarcéré pendant 16 jours[13]. « Robert Barrat, écroué à Fresnes ! Cette geôle va-t-elle recevoir, comme il y a seize ans, les meilleurs et les plus purs ? », écrit François Mauriac dans son bloc-notes de L'Express[14]. Finalement, les inculpations tournent court.

Interdictions professionnellesModifier

Jean-Louis Bory, Pierre Vidal-Naquet[15] et d’autres professeurs sont suspendus de leurs postes[16],[17],[18]. Par arrêté signé de Pierre Messmer, ministre des armées, le professeur Laurent Schwartz est révoqué de l’École polytechnique[19],[a].

Les artistes sont évincés des théâtres subventionnés[20] et sont privés des avances sur recette cinématographiques[21]. À l'Office de radiodiffusion-télévision française les signataires se voient interdire toute collaboration au sein d'un comité de réalisation, tout rôle, interview, citation d'auteur ou compte rendu d'ouvrage[22]. En conséquence, de nombreuses émissions déjà enregistrées ou en projet sont annulées[23],[24]. En protestation, l’émission de radio Le Masque et la plume est sabordée par l'un des animateurs, Jérôme Peignot[25], et est suspendue pour six mois. Frédéric Rossif et François Chalais font de même pour l'émission Cinépanorama[26]. François Chalais commente : « Il nous devient impossible de rendre compte de l'ensemble de l'actualité cinématographique. Si Marilyn Monroe vient à Paris, je ne pourrai même pas la présenter aux téléspectateurs car elle me parlera de son prochain film tiré d'une œuvre de Sartre[27]. » Le ministre de l'Information décide alors que François Chalais doit cesser tous rapports avec la R.T.F.[28] La solidarité des réalisateurs et producteurs obtient la levée de l'interdiction[29].

Des personnalités[30] et des associations, notamment des syndicats[23],[31],[32], défendent la liberté d’expression et s’opposent aux interdictions de travail[33],[34],[35],[36].

Ce n'est qu'en 1965 que le dernier fonctionnaire signataire du manifeste est réintégré. Il s'agit de Jehan Mayoux, inspecteur primaire[37]. En 1939, il avait été insoumis et condamné à cinq ans de prison. Marie et François Mayoux, ses parents, antimilitaristes, auteurs d'une brochure pacifiste intitulée Les instituteurs syndicalistes et la guerre avaient été révoqués de l'enseignement et emprisonnés pour « propos défaitistes » pendant la Première guerre mondiale[38].

Soutien aux signatairesModifier

Le Congrès pour la liberté de la culture, qui compte parmi ses présidents d'honneur MM. Jacques Maritain, Karl Jaspers, Théodore Heuss et Léopold Sedar Senghor, déclare « inadmissibles » les mesures gouvernementales prises contre les signataires[39].

Une déclaration de solidarité avec les signataires du manifeste est approuvée par des intellectuels et artistes européens et des USA, dont Federico Fellini, Alberto Moravia et Bertrand Russell, Norman Mailer, Seán O'Casey et Max Frisch, « parce que les opinions exprimées par les protagonistes de ce mouvement soulèvent des questions de principes universellement valables[40],[26]. »

Ligue des droits de l'HommeModifier

La Ligue des droits de l'Homme a toujours, dans le passé, condamné l'insoumission. Elle a aussi toujours réclamé un statut pour les objecteurs de conscience.

« Elle constate aujourd'hui que dans les conditions actuelles de la guerre d'Algérie, l'insoumission est devenue pour certains jeunes une forme de l'objection de conscience. D'autre part la Ligue proteste contre les ordonnances les plus récentes du gouvernement et contre les poursuites engagées contre les signataires de la déclaration dite « des 121 »[41]. »

Critiques du ManifesteModifier

Manifeste des intellectuels français pour la résistance à l'abandonModifier

Le Manifeste des 121 provoqua un contre-manifeste, le Manifeste des intellectuels français pour la résistance à l'abandon, paru le 7 octobre 1960 dans les quotidiens Le Figaro et Le Monde et le 12 octobre dans l'hebdomadaire Carrefour, dénonçant l'appui apporté au FLN par les signataires du manifeste des 121 — ces « professeurs de trahison » — et défendant l'Algérie française. Il soutient l'action de la France et de l'armée en Algérie (« L'action de la France consiste, en fait comme en principe, à sauvegarder en Algérie les libertés (…) contre l'installation par la terreur d'un régime de dictature »), taxe le FLN de « minorité de rebelles fanatiques, terroristes et racistes » et dénie « aux apologistes de la désertion le droit de se poser en représentants de l'intelligence française ». Ce contre-manifeste est signé, entre autres, par le maréchal Juin et six autres membres de l'Académie française Henry Bordeaux, Pierre Gaxotte, Robert d'Harcourt, Henri Massis, André François-Poncet et Jules Romains[42].

Associations d’anciens combattantsModifier

Six mille personnes manifestent à Paris, le 1er octobre1960, à l'appel de six associations d’anciens combattants « en réponse à l'appel à l'insoumission et à la trahison »[43],[44],[13],[45].

Jean-Jacques Servan-SchreiberModifier

Jean-Jacques Servan-Schreiber est le cofondateur du magazine L'Express. Il y a défendu des positions anticolonialistes et dénoncé la torture en Algérie ce qui lui a valu des censures et des saisies. Deux ministres accusent son livre témoignage Lieutenant en Algérie[46] de démoraliser l'armée et de trahison[47]. Jean-Jacques Servan-Schreiber, dans une Lettre d’un non-déserteur, dénonce « les maîtres à penser de la gauche qui incitent leurs disciples à s’engager dans la voie de la désertion et de l’aide au FLN… Ceux qui enverront des garçons dans les cachots de la justice militaire pour déserter auront sans doute droit à nos yeux à moins d’indulgence encore que les usurpateurs du pouvoir. J’ai été clair, je l’espère[48]. »

Parti communiste françaisModifier

Depuis le début du conflit en Algérie, le Parti communiste français soutient que la participation de ses militants au contingent de cette guerre coloniale est un gage de fonctionnement plus démocratique de l’armée. En septembre 1960, L'Humanité[49] cite Maurice Thorez, secrétaire général du parti, qui, le 31 mai 1959, rappelait les principes définis par Lénine :

« Le soldat communiste part à toute guerre, même à une guerre réactionnaire pour y poursuivre la lutte contre la guerre. Il travaille là où il est placé. S'il en était autrement, nous aurions une situation telle que nous prendrions position sur des bases purement morales, d'après le caractère de l'action menée par l'armée au détriment de la liaison avec les masses. »

L'Humanité ajoute :

« Cependant - est-il besoin de le dire ? - les communistes sont pour la libération, l'acquittement ou le non-lieu des hommes et des femmes emprisonnés, traduits devant les tribunaux ou inculpés pour avoir, à leur façon, pris part à la lutte pour la paix. »

En octobre 1960, Thorez fait la même citation de Lénine[50] dont l’usage est contesté par un groupe de militants du PCF dans le premier numéro de Vérités anticolonialistes[51] en janvier 1961 :

« Maurice Thorez dénature la pensée de Lénine en l'utilisant à contre-sens. (...) Lénine polémiquait avec un courant pacifiste qui prétendait aboutir à la suppression de la guerre par le refus de porter les armes ; solution de toute évidence utopique ou purement morale ; il n'entendait certes pas exclure par avance tout propagande pour l'insoumission ou pour la désertion dans une situation donnée. Aveugle qui ne voit pas la séduction que cette propagande exerce sur la jeunesse et sa portée révolutionnaire sur les jeunes soldats d'Algérie. »

Le Mouvement jeunes communistes de France (ou Jeunesse communiste) soutient un de ses membres, Alban Liechti[52], qui a refusé de servir en Algérie, mais le mouvement recommande de ne pas l'imiter. Pourtant, Alban Liechti est le premier des Soldats du refus, une quarantaine de soldats communistes réfractaires à la guerre d'Algérie qui seront pour la plupart condamnés à deux ans de prison et parfois soumis à de graves sévices. Raymond Guyot, dirigeant du PCF, a été condamné en août 1923 à quinze jours de prison pour « provocation de militaires à la désobéissance » et, pendant son service militaire, à soixante jours de prison dont quinze de cellule pour « activité militante ». Pierre Guyot, son fils et communiste comme lui, est condamné à deux ans de prison comme réfractaire. Au lendemain de sa libération, le 12 septembre 1960, les Jeunesses communistes lancent un appel :

« C'en est assez de combattre en « pacifiant », de « pacifier » en combattant ! Nous ne voulons plus nous battre pour des phrases vides de sens[53]. »

A propos du Manifeste des 121, dans L'Humanité du 30 septembre 1960[54], le Bureau politique du Parti communiste français « tout en ayant ses propres conceptions sur les formes de lutte les plus efficaces, à savoir la lutte des masses, ne saurait admettre que la répression s'abatte sur aucun partisan de la paix en Algérie... ». Juste après le verdict du procès du Réseau Jeanson, Jean-Pierre Vigier, membre du comité central du PCF, publie dans L'Humanité du 3 octobre 1960 et contre l'avis de plusieurs dirigeants communistes, un article, unique en son genre, intitulé « Soutenir les condamnés, défendre les 121[55] » :

« Leur défense est l'affaire de tous les démocrates, de tous les républicains. (...) Malgré nos désaccords avec certains moyens choisis par les inculpés ou proposés par les 121, nous considérons que leur rappel a le mérite de contribuer au réveil de l'opinion et d'élargir le débat sur la nature de la guerre d'Algérie et les moyens d'y mettre un terme. »

Il précise :

« Le parti communiste ne peut approuver, sous quelque forme que ce soit, l'appel à l'insoumission et son organisation. On ne répond pas avec des gestes individuels de désespoir à un problème collectif qui ne peut se régler que sur le plan de la lutte des masses et d'une bataille politique groupant l'ensemble des forces démocratiques de ce pays[56]. »

Dans France nouvelle[57], hebdomadaire central du parti communiste, François Billoux écrit que l'immense masse des soldats du contingent a « pris une part active contre le coup de force des généraux félons » du 22 au 26 avril 1961. Il poursuit : « Ce fait illustre la justesse de la politique du parti ayant combattu les initiatives petites-bourgeoises du genre de celle du manifeste des 121 ou autres appelant à la désertion du véritable combat à mener. »

Après le cessez-le-feu, le comité central du Parti communiste français dénonce « la nocivité des attitudes gauchistes de certains groupements » qui « se sont refusés à tout travail de masse au sein du contingent et ont préconisé l'insoumission et la désertion[58]. »

Parti socialiste unifiéModifier

Le Parti socialiste unifié n'approuve pas l'insoumission individuelle mais soutient le refus de participer aux opérations de répression[59].

SFIOModifier

« Le bureau du parti socialiste S. F. I. O. déplore et condamne l'aberration tragique de citoyens français qui, en se rendant de quelque façon que ce soit complices du F.L.N. ou en encourageant à l'insoumission, bien loin de contribuer à la fin de la guerre d'Algérie, travaillent à en assurer la prolongation et par conséquence la poursuite des excès qu'entraîne de part et d'autre ce douloureux conflit. Il dénonce, d'autre part, comme inadmissibles les mesures gouvernementales contraires à la liberté de la presse et au droit de libre expression garantis par la Constitution. »

« En particulier les ordonnances exposant les fonctionnaires à l'arbitraire ministériel, et créant une discrimination inacceptable entre citoyens, ne peuvent que soulever la réprobation unanime des démocrates[60]. »

Jeunesses socialistes de la SFIOModifier

Les Jeunesses socialistes de la SFIO n'approuvent par l'insoumission mais déclarent la respecter et s'élèvent contre les sanctions prises à l'encontre de l'appel des « 121 ». Elles condamnent en outre avec une égale fermeté la torture et l'aide au Front de libération nationale[61].

Église catholiqueModifier

Assemblée des cardinaux et archevêquesModifier

L'assemblée des cardinaux et archevêques répond à l'anxiété des consciences des jeunes :

« On ne saurait recourir à l'insoumission militaire et à des actions subversives : ce serait se soustraire aux devoirs que créent la solidarité nationale et l'amour de la patrie, semer l'anarchie, enfreindre la présomption de droit dont jouissent, dans les cas incertains, les décisions de l'autorité légitime[62]. »

Cardinal FeltinModifier

« N'oubliez jamais que c'est un devoir dicté par Dieu d'aimer votre patrie comme votre mère, et de savoir l'aimer jusqu'au sacrifice de sa vie. Il est des circonstances où l'on peut manifester qu'on l'aime autrement que par les armes, mais dans les moments de crise on ne doit pas discuter ce qui est indispensable pour maintenir sa patrie dans sa dignité. L'insoumission ne peut être que condamnée[63]. »

Seize sénateurs catholiques répondent dans une lettre ouverte :

« Nos évêques ignorent-ils que le drame intérieur qui déchire la France a ses origines profondes dans une propagande communiste qui agit en France comme ailleurs d'une manière aussi sournoise que perfide ? Mais le plus grave est qu'elle atteint chez nous certains milieux catholiques, Votre Éminence en a eu la preuve avec l'insoumission d'un grand nombre de prêtres-ouvriers[64]. »

La CroixModifier

le R.P. Wenger, rédacteur en chef du quotidien catholique La Croix, étudie « le devoir d'obéissance, ses exigences et ses limites » dans la guerre d'Algérie.

« Si des jeunes redoutent de se voir exposés à des actions contraires à la morale, qu'ils sachent qu'ils ont pour eux non seulement le droit, mais encore la loi : des instructions répétées du pouvoir ont interdit les actions déshonorantes comme la torture ou les massacres de prisonniers. S'ils craignent de n'avoir pas la force de résister à la pente fatale qui pousse l'homme à rendre le mal pour le mal, il convient de leur rappeler que c'est dans les situations difficiles que l'homme montre ce qu'il est, et que la grâce est donnée à qui la demande. »

Y a-t-il un droit à l'insoumission ? Non.

« Certes, l'autorité légitime ne jouit pas d'un charisme qui garantirait dans tous les cas la justice de ses décisions. Mais si le pouvoir n'est pas infaillible, la conscience individuelle l'est encore moins. Elle est en effet beaucoup plus exposée à se tromper, par suite de l'ignorance d'un grand nombre de faits et pour la raison que le jugement particulier s'inspire d'ordinaire de considérations moins générales et moins complètes[65]. »

Organisation de l'armée secrèteModifier

Dans une interview à l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, Françoise Sagan, signataire du manifeste, affirme qu'elle « ne donnerait jamais à un militaire le conseil de déserter », mais qu'il convient de reconnaître à chaque soldat le droit de le faire « s'il a horreur de la guerre » et la force de supporter « qu'on le traite en lâche et en déserteur[66]. » En représailles, l'OAS plastique son domicile le 23 août 1961, mais l'explosion ne fait que des dégâts matériels[67].

Dans la nuit du 22 au 23 septembre 1961, des attentats visent notamment la librairie de l'hebdomadaire anticolonialiste Témoignage chrétien, le domicile de Laurent Schwartz, signataire du manifeste et membre du comité Maurice-Audin, et le domicile des parents du général de Bollardière qui avait demandé à être relevé de son commandement, en 1957, pour protester contre certaines méthodes de répression en Algérie[68].

Une charge de plastic explose le 12 octobre 1961 au domicile du trésorier du magazine Vérité-Liberté qui a publié le manifeste[69].

Jérôme Lindon est très impliqué dans le Manifeste des 121. Les éditions de Minuit qu'il dirige publient plusieurs livres à propos des réfractaires et opposés à la guerre d'Algérie et à la torture qui y est pratiquée[70]. Pendant son procès pour incitation de militaires à la désobéissance dans le livre Le Déserteur de Maurienne (Jean-Louis Hurst), le domicile de Jérôme Lindon et sa maison d'édition sont victimes d'attentats de l'Organisation de l'armée secrète (OAS)[71],[72].

Position de l'Union nationale des étudiants de FranceModifier

Pierre Gaudez, président de l'Union nationale des étudiants de France déclare à propos de l'insoumission :

« Il ne nous appartient pas de condamner les modes d'action que certains choisissent ; mais il nous est apparu qu'en tant qu'organisation, une dernière carte devait être jouée du côté de l'action du type démocratique ou légal.

Parmi les étudiants, le mouvement d'insoumission s'amplifie de jour en jour ; si l'action que nous avons entreprise venait à échouer, alors c'est en grand nombre que des jeunes choisiraient, faute d'autres possibilités, l'action clandestine, l'insoumission, le refus ; déjà la pression à l'intérieur de l'U.N.E.F. atteint un point critique[73]. »

Appel à l'opinion pour une paix négociéeModifier

Un manifeste plus modéré que celui des 121, l'Appel à l'opinion pour une paix négociée est publié ensuite par des syndicalistes et d'autres personnalités comme Roland Barthes, Jacques Le Goff, Daniel Mayer, Maurice Merleau-Ponty et Jacques Prévert[74],[75].

Après la guerreModifier

Les oubliés de l'amnistieModifier

Après la guerre, Laurent Schwartz déplore que la loi d'amnistie ait notamment « oublié » les insoumis et les déserteurs toujours emprisonnés ou exilés :

« Les tortionnaires, qui ont commis d'abominables crimes de guerre condamnés par la loi nationale et internationale, sont entièrement blanchis ; et des jeunes qui ont refusé la torture, qui l'ont dénoncée, qui ont refusé de servir dans une guerre inhumaine et injuste, alors que tant d'autres hommes ont été lâches, restent sanctionnés[76]. »

Une citation du président Emmanuel MacronModifier

Au cours de sa déclaration du 13 septembre 2018 sur la mort de Maurice Audin, Emmanuel Macron a dit :

« Il en va aussi de l’honneur de tous les Français qui, civils ou militaires, ont désapprouvé la torture, ne s’y sont pas livrés ou s’y sont soustraits, et qui, aujourd’hui comme hier, refusent d’être assimilés à ceux qui l’ont instituée et pratiquée. »

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Dans une lettre citée par Le Monde du 20 octobre 1960, il répond au ministre : « Si j'ai signé la déclaration des 121, c'est en partie pour avoir vu depuis plusieurs années la torture impunie et les tortionnaires récompensés. Mon élève Maurice Audin a été torturé et assassiné en juin 1957, et c'est vous, monsieur le ministre, qui avez signé la promotion du capitaine Charbonnier au grade d'officier de la Légion d'honneur à titre exceptionnel, et celle du commandant Foulques au grade de commandeur de la Légion d'honneur (je dis bien « honneur »). Venant d'un ministre qui a pris de telles responsabilités, les considérations sur l'honneur ne peuvent que me laisser froid. »

RéférencesModifier

  1. Hervé Hamon et Patrick Rotman, Les Porteurs de valises : la résistance française à la guerre d'Algérie, Paris, Éditions du Seuil, , 440 p. (ISBN 2020060965 et 9782020060967, OCLC 461675909, lire en ligne), p. 240
  2. Collectif, coordonné par l'association Sortir du colonialisme (préf. Tramor Quemeneur, postface Nils Andersson), Résister à la guerre d'Algérie : par les textes de l'époque, Les Petits matins, (ISBN 9782363830098 et 2363830091, OCLC 795451853, lire en ligne), « Manifeste des 121 pour le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie »
  3. Collectif coordonné par l'association Sortir du colonialisme (préf. Tramor Quemeneur, postface Nils Andersson), Résister à la guerre d'Algérie : par les textes de l'époque, Les Petits matins, (ISBN 9782363830098 et 2363830091, OCLC 795451853, lire en ligne), « Préface : Les oppositions françaises à la guerre »
  4. Hervé Hamon et Patrick Rotman, Les Porteurs de valises : la résistance française à la guerre d'Algérie, Paris, Éditions du Seuil, , 440 p. (ISBN 2020060965 et 9782020060967, OCLC 461675909, lire en ligne), p. 300
  5. J-M. Th., « La nouvelle ordonnance sur la procédure pénale a été directement inspirée par les incidents survenus au procès du réseau Jeanson », Le Monde,‎
  6. « Au Conseil des ministres », Le Monde,‎
  7. « Une ordonnance aggrave les peines prévues pour provocation a l'insoumission dans l'Armée de mer », Le Monde,‎
  8. « Cinq nouvelles inculpations de signataires du manifeste des « 121 » », Le Monde,‎
  9. « Deux nouvelles inculpations », Le Monde,‎
  10. a et b « Treizième inculpation pour le manifeste des « 121 » », Le Monde,‎
  11. « Des perquisitions et des arrestations ont lieu au siège de revues de gauche... qui n'avaient pas tontes approuvé l'insoumission », Le Monde,‎
  12. « Saisie de la revue « les Temps modernes » », Le Monde,‎
  13. a et b « Manifestations et prises de position sur « le droit à l'insoumission » », Le Monde,‎
  14. Cité dans « M. François Mauriac s'élève contre l'arrestation de M. Robert Barrat », Le Monde,‎
  15. « Manifestations à Paris et en province pour réclamer la réintégration de professeurs suspendus », Le Monde,‎
  16. « Réintégration de professeurs de lycée ayant signé le manifeste des « 121 » », Le Monde,‎
  17. « La réintégration de professeurs de lycée signataires du manifeste des « 121 » », Le Monde,‎
  18. « Une nouvelle mise au point à propos de la déclaration des « 121 » », Le Monde,‎
  19. « M. Laurent Schwartz n'est plus professeur a l'École polytechnique », Le Monde,‎
  20. « Théâtre : seuls les comédiens des scènes subventionnées de Paris seraient visés », Le Monde,‎
  21. « Cinéma : aide financière retirée aux signataires inculpés », Le Monde,‎
  22. « Les signataires de la déclaration sur l'insoumission ne pourront faire l'objet d'aucune citation à la R.T.F. », Le Monde,‎
  23. a et b « Les comédiens font grève jusqu'à mardi • Des émissions importantes sont annulées », Le Monde,‎
  24. « Les mesures de suspension prises à la R.T.F. risquent de remettre en cause un grand nombre d'émissions à la télévision comme à la radio », Le Monde,‎
  25. « Jérôme Peignot », sur remue.net, (consulté le 16 novembre 2018)
  26. a et b Hervé Hamon et Patrick Rotman, Les Porteurs de valises : la résistance française à la guerre d'Algérie, Paris, Éditions du Seuil, , 440 p. (ISBN 2020060965 et 9782020060967, OCLC 461675909, lire en ligne), p. 308
  27. « MM. Chalais et Rossif abandonnent Cinépanorama l'autorisation d'interviewer Simone Signoret leur étant refusée », Le Monde,‎
  28. « Nouvelles protestations à la suite des incidents de « Cinépanorama » à la Télévision », Le Monde,‎
  29. « L'interdit contre M. François Chalais est levé », Le Monde,‎
  30. « Yves Montand refuse de participer aux émissions de télévision », Le Monde,‎
  31. « Une lettre ouverte du syndicat français des acteurs (C.G.T.) au président de la République », Le Monde,‎
  32. « Les syndicats protestent contre des mesures prises à l'égard de certains ingénieurs », Le Monde,‎
  33. « Cinquante universitaires dénoncent « l'arbitraire gouvernemental » », Le Monde,‎
  34. « M. Lacortibe, maître de conférences à Lille, est suspendu de ses fonctions », Le Monde,‎
  35. « Protestations contre le déplacement de deux enseignants, signataires du manifeste des « 121 » », Le Monde,‎
  36. « À propos du différend entre la TV et François Chalais », Le Monde,‎
  37. « M. Mayoux, signataire du « manifeste des 121 » va être réintégré », Le Monde,‎
  38. Colette Avrane, Hélène Brion, une institutrice féministe, Bulletin Archives du féminisme, no 5, juin 2003, lire en ligne.
  39. « Protestation du Congrès pour la liberté de la culture », Le Monde,‎
  40. « Des intellectuels italiens, anglais et américains proclament leur solidarité avec les signataires du « manifeste des 121 » », Le Monde,‎
  41. « La Ligue des droits de l'homme condamne l'insoumission, mais proteste contre les poursuites », Le Monde,‎
  42. Le Monde, 7/10/1960. Cf. l'analyse de ses signataires dans Jean-François Sirinelli, « Guerre d'Algérie, guerre des pétitions ? » dans J-F. Sirinelli, Jean-Pierre Rioux, La guerre d'Algérie et les intellectuels français, Complexe, 1991, p. 290-295.
  43. Hervé Hamon et Patrick Rotman, Les Porteurs de valises : la résistance française à la guerre d'Algérie, Paris, Éditions du Seuil, , 440 p. (ISBN 2020060965 et 9782020060967, OCLC 461675909, lire en ligne), p. 309
  44. « Six associations d'anciens combattants manifesteront lundi place de l'Étoile pour protester contre les « 121 » », Le Monde,‎
  45. « Des manifestants ont esquissé « une marche sur l'Élysée » », Le Monde,‎
  46. Jean-Jacques Servan-Schreiber, Lieutenant en Algérie, Paris, Julliard,
  47. Christine Kerdelan, « Quand L'Express témoignait », L'Express,‎ (lire en ligne)
  48. « Le droit à l’insoumission - Manifeste des 121 », sur blogs.mediapart.fr, (consulté le 9 décembre 2018)
  49. L'Humanité reprise par « Les communistes n'approuvent pas l'encouragement à l'insoumission », Le Monde,‎
  50. « La coexistence constitue la forme la plus élevée de la lutte de classes déclare M. Maurice Thorez », Le Monde,‎
  51. Hervé Hamon et Patrick Rotman, Les Porteurs de valises : la résistance française à la guerre d'Algérie, Paris, Éditions du Seuil, , 440 p. (ISBN 2020060965 et 9782020060967, OCLC 461675909, lire en ligne), p. 272
  52. Association républicaine des anciens combattants et victimes de, L'Algérie, nous y étions : témoignages et récits d'anciens combattants, Paris, Éditions du réveil des combattants, (ISBN 2910764303, 9782910764302 et 2914676018, OCLC 49028129, lire en ligne), p. 75 à 89
  53. L'Humanité cité par Hervé Hamon et Patrick Rotman, Les Porteurs de valises : la résistance française à la guerre d'Algérie, Paris, Éditions du Seuil, , 440 p. (ISBN 2020060965 et 9782020060967, OCLC 461675909, lire en ligne), p. 312
  54. Cité par Hervé Hamon et Patrick Rotman, Les Porteurs de valises : la résistance française à la guerre d'Algérie, Paris, Éditions du Seuil, , 440 p. (ISBN 2020060965 et 9782020060967, OCLC 461675909, lire en ligne), p. 308
  55. Hervé Hamon et Patrick Rotman, Les Porteurs de valises : la résistance française à la guerre d'Algérie, Paris, Éditions du Seuil, , 440 p. (ISBN 2020060965 et 9782020060967, OCLC 461675909, lire en ligne), p. 313
  56. « Le parti communiste soutient les « 121 » mais ne peut approuver l'appel à l'insoumission », Le Monde,‎
  57. Cité par « Dans les milieux politiques », Le Monde,‎
  58. « Justifiant son « oui » le parti communiste dénonce « la nocivité des attitudes gauchistes de certains groupements » », Le Monde,‎
  59. « Le P.S.U. n'approuve pas l'insoumission individuelle mais soutient le refus de participer aux opérations de répression. », Le Monde,‎
  60. « Les signataires de la " déclaration des 121 " », Le Monde,‎
  61. « Les appels à l'opinion se multiplient sur les conséquences de la guerre d'Algérie », Le Monde,‎
  62. « L'assemblée des cardinaux et archevêques prend position sur le problème algérien », Le Monde,‎
  63. « Le Cardinal Feltin et Mgr Blanchet évoquent le « malaise » de la jeunesse française », Le Monde,‎
  64. « Des sénateurs catholiques protestent contre le communiqué des cardinaux et archevêques », Le Monde,‎
  65. Cité par « Le R.P. Wenger : les jeunes qui se refusent a des actions déshonorantes ont pour eux la morale, le droit et la loi », Le Monde,‎
  66. Citée dans « Une interview de Françoise Sagan au sujet de la guerre d'Algérie et de l'insoumission », Le Monde,‎
  67. « L'O.A.S. « avertit » au plastic de nombreuses personnalités parisiennes Une cinquantaine de perquisitions ont été opérées dans les milieux activistes », Le Monde,‎
  68. « Quatre attentats à Paris », Le Monde,‎
  69. « Trois charges de plastic explosent dans la région parisienne », Le Monde,‎
  70. Anne Simonin, Les Éditions de Minuit, 1942-1955. Le devoir d'insoumission, Paris, éditions de l'IMEC, 1994 (ISBN 2-908295-20-2)
  71. « Les manifestations contre l'activisme s'amplifient à Paris et en province », Le Monde,‎
  72. « À Paris », Le Monde,‎
  73. « M. Pierre Gaudez : la pression s'accroît à l'U.N.E.F. », Le Monde,‎
  74. Hervé Hamon et Patrick Rotman, Les Porteurs de valises : la résistance française à la guerre d'Algérie, Paris, Éditions du Seuil, , 440 p. (ISBN 2020060965 et 9782020060967, OCLC 461675909, lire en ligne), p. 315
  75. « Appel à l'opinion pour une paix négociée », Saga, no 1 « Un siècle de manifestes »,‎ , p. 56
  76. Laurent Schwartz, « Les « oubliés » de la guerre d'Algérie », Le Monde,‎