Ouvrir le menu principal

Hôpital psychiatrique

hôpital spécialisé dans le traitement de sévères troubles mentaux
L'asile Sainte-Anne en 1877 à Paris (France).
Bellevue Hospital, 28e rue à New York City en 1950.
L'asile d'aliéné du comté de Milwaukee, Wisconsin dessiné par E. Townsend en 1881.
St Lukes Hospital for Lunatics à Londres au milieu du XIXe siècle.

Un hôpital psychiatrique (également appelé asile ou clinique psychiatrique - ou dans le passé asile d'aliénés voire asile de fous) est un hôpital spécialisé dans le traitement de troubles mentaux sévères.

Les hôpitaux psychiatriques varient grandement selon leur taille et grade. Certains hôpitaux se consacrent aux consultations à court terme ou aux thérapies de patients à un risque moindre. D'autres sont spécialisés dans les soins temporaires ou permanents de résidents qui, à cause de leurs troubles mentaux, requièrent une assistance et un traitement quotidiens, ou un environnement spécialisé et contrôlé. Des patients peuvent être admis de force lorsqu'ils représentent un danger pour eux-mêmes ou pour leur entourage.

HistoireModifier

CréationModifier

Le premier hôpital psychiatrique est fondé à Bagdad en l'an 705, et les asiles psychiatriques ont été bâtis à Fès au début du VIIIe siècle, au Caire en l'an 800 ainsi qu'à Damas et Alep en l'an 1270. Les patients étaient bénévolement traités à l'aide de bains, médicaments, musiques et autres activités thérapeutiques[1]. Le plus ancien « asile des fous » en Europe est l'hôpital de Bethlem, ouvert en 1247 dans la banlieue de Londres et toujours en fonctionnement aujourd'hui.

ÉvolutionModifier

 
Jean-Étienne Dominique Esquirol

Les hôpitaux psychiatriques modernes ont évolué depuis, et ont finalement remplacé les asiles psychiatriques en Europe. Le développement de l'hôpital psychiatrique moderne implique également l'évolution de la psychiatrie institutionnelle. L'institutionnalisation en guise de solution pour les « fous » était fréquente durant le dix-neuvième siècle[2]. En France, Jean-Étienne Esquirol est à l'origine de la loi qui rendit la création des hôpitaux psychiatriques obligatoire dans chaque département en 1838.

Les premiers traitements administrés dans les premiers asiles psychiatriques impliquaient souvent des restrictions ou confinements brutaux[3],[4]. À la suite de nombreuses vagues successives de réformes, et aux changements de méthodes dans les traitements, les hôpitaux psychiatriques adaptent désormais leur traitement dans le but d'aider les patients à être indépendant grâce aux médicaments et aux psychothérapies[5].

Jusqu'à la seconde moitié du XXe siècle, en France, comme dans la plupart des pays occidentaux la vie dans les grands hôpitaux psychiatriques (ou asiles) était rythmée de façon immuable. Toute transgression était sévèrement punie, les traitements curatifs peu nombreux.

Des méthodes comme la saignée, l'utilisation de purgatifs, sédatifs (type bromure de potassium, vomitifs ou de l'eau), la balnéothérapie pour ses vertus relaxantes (techniques relevant de la théorie des humeurs) côtoient des méthodes violentes (comme faire frôler la mort au malade pour provoquer un état de choc). Le choix du personnel commence à évoluer. Ces grands hôpitaux vivent en autarcie. Les malades, le personnel, les médecins vivent ensemble à l'intérieur des murs. Les sorties sont rares et les malades sont souvent internés à vie car la guérison est rare (5 % des patients de la clinique de Passy de l'aliéniste Émile Blanche ressortent guéris)[6], si bien qu'en France le nombre d'aliénés passe de 10 000 en 1838 à 110 000 en 1939 (époque où les asiles sont huit fois plus peuplés que les prisons de droit commun)[7], le Centre hospitalier général de Clermont-de-l'Oise étant alors le plus grand asile d'Europe. Ce constat pessimiste aboutit au milieu de ce siècle à la théorie de la dégénérescence.

FonctionnementModifier

Dénomination et définition actuelleModifier

 
Le centre hospitalier spécialisé Alpes-Isère (CHAI) , près de Grenoble, en 2018.

En France, l'hôpital psychiatrique est aujourd'hui dénommé centre hospitalier spécialisé qui se définit comme une institution hospitalière où l'on prend en charge les maladies ou déficiences non somatiques. Ils correspondent pour la plupart à ce qu'on nommait précédemment mais regroupent aussi d'autres types d'établissements assurant un suivi médical.

ParticularitésModifier

L'internement forcéModifier

Le cas d'hospitalisation sans consentement se base généralement sur l'existence d'un trouble mental empêchant la personne de se prendre en charge, ou induisant un comportement dangereux pour elle-même ou son entourage.

Les UMDModifier

Les unités pour malades difficiles (UMD) sont, en France, des services hospitaliers psychiatriques spécialisés dans le traitement des malades mentaux présentant un danger pour eux-mêmes ou pour autrui.

Les UHSAModifier

Une unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA) est, en France, une unité située au sein d'un établissement public de santé prenant en charge des personnes détenues nécessitant des soins psychiatriques en hospitalisation complète.

CritiquesModifier

Le psychiatre américain Thomas Szasz insiste sur le fait que les hôpitaux psychiatriques sont considérés comme des prisons, non comme des hôpitaux, et que les psychiatres eux sont perçus comme juges et des gardes, non comme des cliniciens[8]. L'historien français Michel Foucault est grandement connu pour sa critique compréhensive de l'usage et de l'abus du système hospitalier psychiatrique dans sa thèse intitulée Histoire de la folie à l'âge classique[9],[10]. Erving Goffman, lui, crédite le terme d'« Institution totale » concernant les hôpitaux psychiatriques et lieux connexes qui isolent une personne de la vie extérieure[11],[12]. Goffman place les hôpitaux psychiatriques dans la même catégorie que les camps de concentration, les prisons, les organisations militaires et les orphelinats[13].

Représentations artistiquesModifier

Dans la littératureModifier

La liste de romans évoquant ce thème est très longue, mais certaines œuvres littéraires sont restées dans la mémoire collective, notamment en raison d'une ou plusieurs adaptations au cinéma ou de l'intérêt qu'elles ont pu suscité :

 
Nicolas Gogol, auteur du Journal d'un fou
  • Le journal d'un fou est une nouvelle de l'écrivain russe Nicolas Gogol, écrite en 1834 narre la vie d'un homme qui finit par sombrer dans la folie. Il finit par être emmené de force dans un asile psychiatrique, alors que lui-même se figure arriver en Espagne.
  • La Tête contre les murs est un roman d'Hervé Bazin publié en 1949 narre la vie d'un homme présumé fou qui, du fait de son comportement erratique, passe son temps entre la prison et l'hôpital psychiatrique.
  • Vol au-dessus d'un nid de coucou (One Flew Over the Cuckoo's Nest) est un roman de Ken Kesey paru en 1962. L'intrigue se déroule dans un hôpital psychiatrique, situé dans l'Oregon, aux États-Unis et la vie des malades qui y sont internés. Le narrateur de l'histoire, Bromden est un pensionnaire d’origine amérindienne qui se fait passer pour un sourd-muet.
  • Quand j'avais cinq ans je m'ai tué (When I Was Five I Killed Myself) est un roman de Howard Buten, paru en 1981 qui narre l'histoire d'un jeune enfant pris en charge dans une structure psychiatrique.
  • Shutter Island est un roman policier historique, de l'écrivain américain Dennis Lehane publié en 2003 dont l'intrigue se déroule en 1954 sur l'île de Shutter Island, dans un hôpital psychiatrique abritant des patients malades mentaux s'étant rendus coupables d'actes criminels.
  • Veronika décide de mourir est un roman de Paulo Coelho publié en 1998 et qui a bénéficié de deux adaptations cinématographiques. Le roman évoque l'histoire d'une jeune femme qui avale des somnifères pour se suicider puis qui se réveille dans un hôpital psychiatrique.

Dans la bande dessinéeModifier

  • Dans les comics ainsi que les adaptations de la franchise DC Comics, l'asile d'Arkham est souvent évoqué. Il représente un milieu où les supers vilains sont le plus souvent enfermés. L'origine de ce nom est lié à la création des nouvelles liée au mythe de Cthulhu écrites par l'écrivain américain H.P. Lovecraft et ses continuateurs.
  • Lisa Mandel, décrit dans une bande-dessinée, HP : L'Asile d'aliénés[14], le quotidien difficile d'un hôpital psychiatrique dans les années 1970.

Au cinémaModifier

 
Samuel Fuller, auteur du film Shock Corridor

De nombreux films évoquent la vie dans les établissements psychiatriques, notamment le film de Miloš Forman, Vol au-dessus d'un nid de coucou (One Flew Over the Cuckoo's Nest) adapté du roman éponyme de Ken Kesey. Ce film est resté célèbre en raison de nombreux prix dont les cinq oscars reçus lors de la cérémonie des Oscars du cinéma 1976 et des six trophées reçus lors de la cérémonie des Golden Globes 1976.

Aux États-Unis, d'autres films tels que Shock Corridor réalisé par Samuel Fuller, sorti en 1963, Asylum film britannique réalisé par Roy Ward Baker, sorti en 1972, Jamais je ne t'ai promis un jardin de roses (I Never Promised You a Rose Garden) de l'américain d'Anthony Page sorti en 1977 ou Shutter Island réalisé par Martin Scorsese, sorti en 2010, ont pu marquer l'histoire du cinéma par leur originalité et la qualité de leurs réalisations[15].

En France, le film Le Roi de cœur, film franco-italien du réalisateur Philippe de Broca, sorti en 1966, présente les aventures d'un soldat britannique, démineur de son état qui découvre une ville désertée par ses habitants à la fin de la Première Guerre mondiale, à l'exception des pensionnaires de l'asile d'aliénés. Malgré l'échec commercial en France, les droits ont été vendus aux États-Unis où le film a été très bien accueilli[16] et dans les années 1980, le roi de cœur deviendra un véritable phénomène cinéphile outre-Atlantique.

À la télévisionModifier

  • Dans la série American Horror Stories (saison 2 : Asylum (asile, nom donné aux « cliniques pour déficients mentaux »)) la saison se passe dans un hôpital psychiatrique situé dans un ancien manoir aux mains d'une « bonne sœur » tyrannique et manipulatrice, en 1964, appuyant fortement le côté « carcéral » du milieu hospitalier psychiatrique. Les soins sont à base d'électrochocs et de diagnostics faits par un docteur fétichiste et meurtrier.

Dans les jeux vidéoModifier

  • Brian Basco est enfermé à tort en hôpital psychiatrique sur décision de la justice dans le jeu vidéo Runaway: A Twist of Fate développé par Pendulo Studios. Les actions du joueur permettent d'entrer en contact et de communiquer dans l'imaginaire des malades. Un endroit de l'hôpital est dévoilé avec une musique du jeu intitulé Culture chanté en français, où de nombreux instruments de torture laissent penser à des moyens jugés « thérapeutiques » dans le passé pour traiter les malades.
  • Un jeu vidéo développé par DreamForge Intertainment du nom de Sanitarium se passe dans un hôpital psychiatrique. Il est question d'un personnage amnésique se réveillant autour de personnes malades mentalement, essayant de faire revenir sa mémoire malgré ses nombreux changements de personnalité.

Personnalités décédées dans un hôpital psychiatriqueModifier

En France, parmi les plus notables sont, dans l'ordre chronologique, le marquis de Sade, homme de lettres français, connu pour ses œuvres liée à l'érotisme et à la pornographie, décédé à l'asile de Charenton en 1803, l'écrivain Guy de Maupassant, auteur de nouvelles réalistes et quelquefois fantastiques décédé dans la clinique du docteur Blanche en 1893[17] et enfin Louis Althusser, philosophe français, décédé à l'hôpital psychiatrique de la MGEN (Institut Marcel-Rivière) à La Verrière en 1990 après avoir étranglé son épouse, la sociologue Hélène Rytmann, lors d'une crise de démence, dans leur domicile parisien, et la sculptrice Camille Claudel, qui meurt à l'asile de Montdevergues (actuellement Montfavet) le 19 octobre 1943. Elle sera inhumée au cimetière de Montfavet (Vaucluse). Ses restes sont actuellement entreposés dans l'ossuaire du cimetière.

Aux États-Unis, la romancière, peintre Zelda Fitzgerald, épouse de l'écrivain américain Francis Scott Fitzgerald est décédée lors l'incendie de l'hôpital d'Asheville, en Caroline du Nord, où elle était hospitalisée .

Notes et référencesModifier

  1. (en) Syed Ibrahim B., Islamic Medicine: 1000 years ahead of its times, vol. 2002, , 2–9 p. (lire en ligne)
  2. (en) Porter, Roy (2006). Madmen: A Social History of Madhouses, Mad-Doctors & Lunatics. Tempus: p. 14.
  3. (en) Life Magazine
  4. (en) Life Magazine
  5. (en) Surgeongeneral.gov
  6. Laure Murat , La maison du docteur Blanche : histoire d'un asile et de ses pensionnaires, de Nerval à Maupassant, Hachette, 2001, 424 p.
  7. Aude Fauvel « Avant-propos », revue no 141 Romantisme, mars 2008, p. 3
  8. (en) Szasz, Thomas, « The myth of mental illness: 50 years later », The Psychiatrist, vol. 35,‎ , p. 179–182 (DOI 10.1192/pb.bp.110.031310, lire en ligne).
  9. Deleuze and Guattari (1972) Anti-Oedipus p. 102
  10. Michel Foucault [1961] Histoire de la folie à l'âge classique, Routledge 2006, p. 490-1, 507-8, 510-1.
  11. (en) Davidson, Larry, The Roots of the Recovery Movement in Psychiatry: Lessons Learned, John Wiley and Sons, , 150 p. (ISBN 88-464-5358-1, lire en ligne).
  12. (en) Wallace, Samuel, Total Institutions, Transaction Publishers, , 9 p. (ISBN 88-464-5358-1, lire en ligne).
  13. (en) [PDF] Weinstein R., « Goffman's Asylums and the Social Situation of Mental Patients », Orthomolecular psychiatry, vol. 11, no N 4,‎ , p. 267–274 (lire en ligne).
  14. Lisa Mandel, HP : L'Asile d'aliénés, l'Association, coll. Espôlette, 2009, (ISBN 978-2-84414-316-7)
  15. La psychiatrie et le cinéma, une image en miroirÉdouard Zarifian, consulté le 22 mars 2019
  16. « neuf ans en exclusivité à Boston et partout aux U.S.A. pendant plusieurs années. Un film culte. », Pierre Lhomme, cité sur le site de l'AFC
  17. Danielle Gourevitch et Michel Gourevitch, « Maupassant et le Livre de la Loi », Comité de lecture du 30 mai 1998 de la société française d'Histoire de la Médecine.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier