Ouvrir le menu principal

Crime passionnel

meurtre ou une tentative de meurtre dont le mobile avancé par le tueur est la passion ou la jalousie amoureuse
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Crime passionnel (homonymie).

Le crime passionnel désigne un meurtre ou une tentative de meurtre dont le mobile avancé par le tueur est la passion ou la jalousie amoureuse. La victime en est généralement un être que le tueur dit aimer l'ayant trompé ou s'étant séparé de lui (cas le plus courant aujourd'hui dans les sociétés occidentales).

Ce type de meurtre est essentiellement perpétré par des hommes sur leur ex-conjointe ou conjointe. Il s'accompagne parfois du suicide de l'auteur de l'acte ou, plus rarement, du meurtre des enfants.

Le crime passionnel en DroitModifier

En FranceModifier

La notion de crime passionnel a connu un revirement total en droit français. Initialement interprété comme une circonstance atténuante, il est devenu une circonstance aggravante.

Ce crime a fait dans le passé l'objet d'une certaine indulgence de la part des tribunaux et de la société, car il était considéré que la passion amoureuse pouvait faire perdre le contrôle de soi-même dans les cas extrêmes, notamment de jalousie. Il était donc souvent moins sévèrement puni que les autres types de meurtre, que ce soit dans la loi (lois d'exceptions) ou seulement dans les faits (circonstances jugées atténuantes). L'article 324 du Code pénal de 1810, aujourd'hui abrogé, disposait que « dans le cas d’adultère (...), le meurtre commis par l’époux sur son épouse, ainsi que sur le complice, à l’instant où il les surprend en flagrant délit dans la maison conjugale, est excusable »[1]. Cette définition exigeait que plusieurs conditions soient réunies pour que le crime soit reconnu comme « passionnel » :

  • Le crime passionnel n'était excusable que s'il était commis par le mari. La formulation « par l’époux sur son épouse » excluait qu'une femme trompée puisse tuer son époux infidèle.
  • Le mari devait surprendre l'épouse et son amant en train de commettre l'adultère. Le meurtre n'était donc pas excusé si le mari apprenait l'infidélité de l'épouse à l'occasion d'une conversation.
  • Le meurtre devait être commis au moment de la découverte de l'adultère (flagrant délit), conformément à l'idée que l'émotion avait altéré le jugement du meurtrier. Un mari qui décidait d'assassiner son épouse ou l'amant plusieurs jours après la découverte ne bénéficiait pas de la circonstance atténuante.
  • L'adultère devait être commis dans le domicile conjugal.

Le crime passionnel est par la suite devenu un crime tout court, de droit commun. Ce n'est qu'en 1994, avec la publication d'un décret modifiant certaines dispositions de droit pénal, que le crime conjugal est devenu particulièrement grave puisque la qualité de conjoint de la victime est devenue une circonstance aggravante. En 2006, elle est élargie aux concubins, aux pacsés et aux « ex » par une loi renforçant la prévention et la répression des violences au sein du couple. Le meurtre est ainsi puni de la réclusion criminelle à perpétuité (au lieu de 30 ans).

Dans les autres paysModifier

Le crime passionnel dans le langage courantModifier

L'expression « crime passionnel » est encore employée de nos jours dans le langage courant, dans son sens initial de circonstance atténuante et non aggravante. Son sens a par ailleurs été excessivement élargi par rapport à sa définition historique. Alors que le Code pénal de 1810 exigeait que le meurtre ait été commis pendant un flagrant délit d'adultère, la presse et les médias ont tendance à qualifier de « crime passionnel » tout meurtre d'un (ex-)conjoint, y compris lorsque le crime a été prémédité. Cette interprétation extensive vide la notion de son sens car l'excuse du crime passionnel se fondait sur l'idée que le meurtrier a subi une altération de son jugement sous le coup de l'émotion, ce qui est totalement incompatible avec une préméditation.

Cette utilisation est dénoncée par les féministes, qui considèrent qu'il s'agit d'un travestissement des violences faites aux femmes. Elles considèrent que l'on ne peut tuer par amour et que le mobile est en réalité l'atteinte à l'égo et au sentiment de propriété, ce qui rapproche ce type de crimes des crimes d'honneur. En comparant les articles de presse rédigés après le meurtre de Marie Trintignant par Bertrand Cantat, une équipe de sociologues et psychologues identifient deux types d'approche. L'une, celle d'un meurtre relevant de la violence conjugale, met l'accent sur l'enfermement de la victime au sein du couple, et de sa soumission au huis clos voulu par l'homme, qui correspond à un système de contrôle, une volonté de domination masculine trouvant comme réponse chez la partenaire une perte d'autonomie, ainsi que l'intériorisation d’une certaine infériorité. L'autre approche, celle du crime passionnel, voit dans la relation, bien qu'asymétrique puisque c'est l'homme qui est à l'origine de l'enfermement, la manifestation d'un amour réciproque : « au nom de l’amour, Bertrand Cantat cherche à contrôler Marie Trintignant, et c’est au nom de l’amour qu’elle éprouve, semble-t-il, que Marie Trintignant, à la fin des séances de tournage, se précipite pour le rejoindre. En fait, la référence à la passion et à l’amour indique l’idéalisation de la relation violente ». Ces auteurs constatent que la première approche se situe du point de vue de la femme, tandis que la seconde se situe du point de vue de l'homme[2].

Des analyses statistiques démontent l'image du conjoint paisible transformé subitement en meurtrier par un coup de sang. Sur les 138 homicides conjugaux commis en 2016, la victime avait été auparavant victime de violences (physiques, sexuelles ou psychiques) dans près de 70 % des cas[1].

Notes et référencesModifier

RéférencesModifier

  1. a et b Le « crime passionnel » au XXIe siècle existe-t-il encore ?
  2. Mercader Patricia, Houel Annik, Sobota Helga, « L'asymétrie des comportements amoureux : violences et passions dans le crime dit passionnel. », Sociétés contemporaines 3/2004 (no 55) , p. 91-113, texte intégral, DOI:10.3917/soco.055.0091

BibliographieModifier

Articles connexesModifier