Alpinisme

activité de grimpe en montagne

Alpinisme
Fédération internationale UIAA
Image illustrative de l’article Alpinisme
Alpinistes progressant en neige sur corde fixe, dans l'ascension de l'Imja Tse (6 189 m), au Népal.

L'alpinisme *
Image illustrative de l’article Alpinisme
Ascension du mont Blanc en 1862.
Pays * Drapeau de la France France
Drapeau de l'Italie Italie
Drapeau de la Suisse Suisse
Liste Liste représentative
Année d’inscription 2019
* Descriptif officiel UNESCO

L’alpinisme est une pratique sportive consistant à effectuer des ascensions en haute montagne (et certains secteurs de moyenne montagne l'hiver) et qui repose sur différentes techniques de progression.

L'alpinisme fait usage de techniques spécifiques et de savoir-faire qui permettent au pratiquant d'appréhender les risques inhérents à l'altitude et au milieu hostile dans lequel il évolue, qui se distingue ainsi du terrain habituel de la randonnée pédestre[1]. L'alpinisme se définit aussi comme une pratique sportive ou de loisirs[1], contrairement aux ascensions à but religieux (pèlerinage) ou utilitaire (chasseurs, cristalliers, militaires).

Apparu au XIXe siècle, l'alpinisme à son origine concernait uniquement l'ascension des sommets montagneux. Ce sport a évolué en pratiques spécialisées, par exemple l'escalade ou la cascade de glace, pour finalement inclure tout type de progression sur terrain rocheux, neige ou glace. Ces pratiques exigent du matériel spécifique et des connaissances techniques afin de garantir la sécurité des alpinistes[2].

En 2015, l'alpinisme est inscrit à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel en France puis sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité en [3].

TerminologieModifier

Le terme « alpinisme » apparaît en 1877 dans une publication du Club alpin français pour désigner cette activité physique de loisirs en haute montagne. Il entre dans un dictionnaire en 1898[4]. Si, par son étymologie, l'alpinisme fait directement référence aux Alpes, premier site historique de ces activités, il s'étend aux activités similaires dans toutes les montagnes du monde. Le terme anglais plus ancien, mountaineering (« alpinisme »), ne fait pas référence aux Alpes mais dérive de mountaineer (littéralement « montagnard ») qui prit aussi le sens de « grimpeur en montagne, alpiniste » dès 1803[5],[6]. Le néologisme « montagnisme » n'est jamais utilisé[4].

Ultérieurement, d'autres termes apparaissent pour désigner la pratique de l'alpinisme dans d'autres massifs : le pyrénéisme pour les ascensions dans les Pyrénées, l'himalayisme pour les ascensions dans l'Himalaya et l'andisme pour les ascensions dans la cordillère des Andes, ainsi que quelques autres variantes peu usitées[7]. Le terme « alpinisme » conserve son sens global, quel que soit le lieu de pratique[6],[4].

Le pratiquant de ce sport est appelé « alpiniste ». D'autres termes le désignent : grimpeur, varappeur ou rochassier (spécialiste du rocher), glaciériste (spécialiste de la glace), ascensionniste[8], himalayiste[4]. Si l'alpiniste est un amateur expérimenté et autonome, il peut être appelé sans-guide. Dans le cas contraire, il devient le « client » qui fait appel, contre rétribution, aux services de professionnels : « porteur » (en France, profession disparue dès l'après-guerre[9]), aspirant-guide, guide ou sherpa. Au sein d'une cordée, l'alpiniste peut être dénommé compagnon de cordée, partenaire ou équipier mais en alpinisme solitaire, il devient alpiniste « solo » Le premier de cordée (ou leader) est celui qui choisit le cheminement et progresse en tête, suivi du ou des seconds de cordée. Les alpinistes peuvent aussi pratiquer en « réversible », étant alors premier de cordée à tour de rôle selon la difficulté des passages et leur expérience. Un chef d'expédition dirige une expédition composée de plusieurs alpinistes, amateurs et professionnels.

Une sortie d'alpinisme est également connue sous la dénomination « course »[10], quelle que soit sa durée ou sa difficulté.

HistoireModifier

Premières ascensionsModifier

L'ascension en haute montagne a été depuis longtemps pratiquée[11]. Comme en témoigne la découverte, à 3 210 m d'altitude, du corps momifié de Ötzi qui vécu entre 3350 et 3100 av. J.-C., les massifs montagneux sont un lieu de vie et de passage de longue date pour l'espèce humaine[12]. Les habitants des montagnes, en particulier dans les Alpes les chasseurs de chamois et les cristalliers qui ont accompagné les topographes militaires et les touristes au début du XIXe siècle, ont ainsi gravi de façon anonyme plusieurs sommets. Ces premières ascensions n'ont pas été enregistrées, ce qui a laissé le champ libre aux alpinistes pour déclarer et médiatiser leurs premières quand cela était devenu un enjeu sportif. La connaissance des ascensions antérieures à la naissance de l'alpinisme moderne est donc tributaire du hasard des sources écrites qui nous sont parvenues ou de celui des découvertes archéologiques comme, par exemple, la mise au jour de trois momies du XVIe siècle sur le volcan Llullaillaco, à plus de 6 000 mètres d'altitude[13],[14].

AntiquitéModifier

 
L'Etna à 2900m.

Durant l'Antiquité gréco-romaine, l'Etna fait l'objet d'ascensions relativement régulières. Empédocle se serait donné la mort en sautant dans un de ses cratères, au Ve siècle av. J.-C.[15]. L'anecdote est tenue pour une légende par Strabon, mais celui-ci nous apprend à cette occasion que le sommet était fréquemment visité[16]. L’empereur Hadrien a gravi le volcan au IIe siècle[17].

Ces ascensions ne relèvent pas de l'alpinisme à proprement parler car elles n'opposent pas de difficultés techniques. On trouve par contre ces dernières dans la prise de places fortes souvent perchés sur des hauteurs[18]. Salluste, dans la Guerre de Jugurtha, raconte comment les soldats romains prirent par effet de surprise une forteresse Numide, en 106 avant J.C., après avoir escaladé une cheminée rocheuse en usant de cordes pour s'assurer[19].

Au Japon, en 663, le moine bouddhiste En no Gyōja réalise la première ascension connue du mont Fuji (3 776 m)[20].

Moyen ÂgeModifier

Dans une chronique médiévale du XIIIe siècle, Fra Salimbene rapporte que le roi Pierre III d'Aragon a atteint le sommet du pic du Canigou en 1280. Il semble cependant que le monarque ne soit pas allé jusqu'au sommet du pic. En effet, le chroniqueur franciscain écrit que Pierre III vit au sommet un dragon sortant d'un lac. Outre son caractère épique, cette indication pourrait plutôt correspondre au lieu-dit les Estanyols (« les Étangs »), environ 500 mètres en contrebas[21].

Dans un autre style, Pétrarque inaugure le récit d'ascension dans la lettre qu'il adresse à son ami Francesco Dionigi. Il y raconte avoir gravi le mont Ventoux, le , accompagné de son frère et de deux serviteurs, « poussé seulement par le désir de visiter un lieu renommé pour son altitude »[22].

 
Le Mont Aiguille

Les ascensions médiévales peuvent aussi être justifiées par des motifs directement religieux, ainsi le , Bonifacius Rotarius d'Asti, de retour de captivité en Palestine, fait l'ascension du Rochemelon (3 538 m) pour y déposer un triptyque en bronze dédié à la vierge Marie[23].

En 1492, Charles VIII de France, alors qu'il traverse le Dauphiné, découvre le mont Aiguille, appelé alors « Mons Inascensibilis ». Il missionne son capitaine, Antoine de Ville, d'en tenter l'ascension. Ce dernier, accompagné de sept hommes dont un aumônier chargé de consigner l'exploit, atteint la prairie sommitale le 26 juin[24]. Pour franchir les difficultés, ils ont eu recours à des outils habituellement utilisées pour le siège des places fortes : échelles, cordes et crochets métalliques. Il s'agit de la première ascension mettant en œuvre des techniques d'escalade artificielle.

RenaissanceModifier

Avec la Renaissance apparaît, sous la plume du naturaliste suisse Conrad Gessner, une approche de la montagne qui s'apparente davantage à celle des alpinistes modernes[25]. En 1541, il écrit une lettre intitulée « Admiration pour la montagne » à son ami Jacques Vogel, dans laquelle il dit être décidé « chaque année à faire l'ascension de quelques montagnes, à la saison où les plantes sont en pleine floraison, pour les examiner et procurer à mon corps un noble exercice en même temps qu'une jouissance à mon esprit. » En août 1555, il réalise l'ascension du mont Pilate pour lequel il rédige le premier livre consacré à une montagne, Descriptio Montis Fracti sive montis Pilati[26].

XVIIIe siècle : aux sources de l'alpinisme moderneModifier

Avec le siècle des Lumières, la montagne commence à susciter l'intérêt des classes éduquées en tant qu'objet, à la fois, de curiosité scientifique et de plaisir esthétique. En juin 1741, l'aventurier britannique William Windham et son ami Richard Pococke sont les premiers à réaliser pour leur plaisir l'ascension du Montenvers. Le récit enthousiaste qu'en donne Windham conduit de nombreux Anglais à intégrer la visite de la Mer de Glace dans leur Grand Tour d'Europe, cet événement marque le début du tourisme alpin[27].

 
Jacques Balmat

Les Suisses ont joué un rôle pionnier dans la conquête des sommets. Autour de 1740 (la date est incertaine), des moines du couvent d'Engelberg gravissent le Titlis (3 238 m) en franchisant un glacier[28]. Le , les frères Deluc, savants genevois, atteignent les premiers le sommet du mont Buet (3 098 m) où ils mènent des expériences sur la pression atmosphérique. Le , la première ascension du mont Vélan (3 727 m) est réalisée par Laurent-Joseph Murith, chanoine du Grand-Saint-Bernard[29].

Deux genevois, Horace-Bénédict de Saussure et Marc-Théodore Bourrit, ont été les moteurs de la conquête du mont Blanc. Le premier a proposé, en 1786, une prime à celui qui gravirait la « montagne maudite », le second a multiplié les essais pour trouver une voie d'accès vers le sommet. Sous leur impulsion, les habitants de Chamonix et de Saint-Gervais explorent plusieurs itinéraires, toutefois aucun ne permet de réaliser la course en une journée. Le 7 juin 1786 Jacques Balmat, un chasseur de chamois et cristallier, est contraint, lors d'une tentative, de passer la nuit en montagne, il comprend ainsi que l'ascension peut être réussie en effectuant un bivouac. Le , avec le docteur chamoniard Michel Paccard, il parvient pour la première fois au sommet du mont Blanc (4 808 m)[30]. Saussure, accompagné de 19 personnes, gravit le le point culminant de l'Europe. Le récit qu'il fait de son ascension lance le mouvement de l'alpinisme moderne[31].

Naissance de l'alpinismeModifier

Poursuite de l'exploration alpineModifier

La première moitié du XIXe siècle prolonge les tendances apparues au siècle précédent. Les Suisses continuent de gravir leurs sommets, comme la famille Meyer qui réussit, entre autre, l'ascension de la Jungfrau (4 158 m) en 1811[32]. Le tourisme alpin poursuit son développement à Chamonix et Saint-Gervais, mais il ne concerne encore qu'un groupe social très restreint. L'accident survenu en août 1820 au Mont Blanc le témoigne de la barrière de classe qui sépare encore les clients et les guides, lesquels n'osent pas aller contre les désirs de leurs employeurs[33].

Durant cette période, le rôle des cartographes militaires doit aussi être mentionné. En 1828, le capitaine Durand, travaillant à la réalisation de la carte de France dite d'état major, réussit l'ascension du Pelvoux (3 943 m) et identifie la barre des Écrins comme étant le véritable le point culminant du pays (la Savoie n'étant pas française alors)[34]. Si les officiers cartographes n'ont réalisé, au final, que peu de premières d'importance, leur travail a permis aux alpinistes d'identifier et de mesurer l'altitude des sommets qui font l'objet de leur convoitise.

La course aux premièresModifier

 
Le guide Christian Almer (1826–1898), son fils Ulrich Almer (1849–1940), Margaret Claudia Brevoort (1825–1876), le chien Tschingel et William Auguste Coolidge (1850–1926).

À partir des années 1850, l'alpinisme prend une ampleur nouvelle. Les « bourgeois éclairés » et les aristocrates venus de Grande-Bretagne, où la culture du sport est forte et l'accessibilité des Alpes facilitée par les chemins de fer, sont de plus en plus nombreux à s'élancer vers les sommets. Ils sont suivis par les Allemands, les Autrichiens, les Suisses et les Français. Les cimes alpines sont prises d'assaut et donnent lieu à une course aux premières dans un esprit de compétition sportive. Cette période a été appelée l'âge d'or de l'alpinisme (1854-1865) par l'alpiniste William Auguste Coolidge.

Dans ce contexte, apparaissent les premiers alpinistes de renom, en majorité de nationalité britannique, tels Francis Fox Tuckett, Edward Whymper, Albert F. Mummery, Frederick Gardiner, qui ont laissé leur nom lié à des premières importantes et à des sommets alpins prestigieux. Ces riches Anglais étaient le plus souvent accompagnés de guides suisses, français ou italiens, dont certains d'entre eux ont aussi accédé à une certaine notoriété, tels que les Michel Croz, Auguste Balmat, Melchior Anderegg, Christian Almer, François Devouassoud. Certaines de ces cordées dépassent le cadre d'une relation d'employeur à employé, pour donner lieu à des amitiés traversant les frontières de classes[35].

 
L'équipement de Hermann von Barth (1845-1876) : petit sac à dos avec une bouteille en verre, chaussures cloutées, crampons, bâton de marche.

Il existe déjà à cette époque des alpinistes femmes[36], telles Henriette d'Angeville — une Franco-suisse, deuxième femme à gravir le mont Blanc —, Meta Brevoort — une Américaine, tante de William Auguste Coolidge, ayant fait de nombreuses et illustres ascensions dans les Alpes dans les années 1860-1870 et ayant réalisé plusieurs premières féminines ; son nom a été donné à la pointe Brevoort, point culminant de la Grande Ruine dans le massif des Écrins — ou Lucy Walker — une Britannique, première femme à avoir atteint le sommet du Cervin.

Les « bourgeois éclairés » et aristocrates créent les premiers clubs alpins entre 1857 et 1874, d’abord en Angleterre (l'Alpine Club) puis en Suisse, en Italie, en Allemagne, en Autriche, en Pologne et enfin en France en 1874. Le premier club d'alpinisme féminin, le Ladies' Alpine Club, est créé à Londres en 1907 ; il fusionne avec l'Alpine Club de Grande-Bretagne en 1975. Ces clubs « définissent des usages en matière d’excursion, organisent les compagnies de guides, construisent des refuges, améliorent la qualité des hébergements, rédigent des notices scientifiques, inventent une littérature de voyage et réussissent ainsi à promouvoir, auprès de leurs contemporains, une forme de tourisme alpin à la fois cultivé et mondain »[17]. Les clubs continentaux ont plutôt une démarche d'aménagement de la montagne alors que les clubs britanniques ont une vision transfrontalière des Alpes qu'ils voient comme un terrain de jeu (ainsi l'ouvrage de Leslie Stephen en 1871 s'intitule-t-il Le Terrain de jeu de l'Europe). L'Alpine Club publie Peaks, Passes, and Glaciers en 1859, le premier des topo-guides[37].

La course aux sommets a pu prendre aussi la forme d'une compétition internationale parfois mortelle, comme en témoigne la tragique tentative d'ascension hivernale du Haut de Cry, en 1864, impliquant l'Anglais Philipp Gosset, Louis Boissonnet et leur guide Johann Josef Benet[38].

Fin de la conquête alpine et premières ascensions difficilesModifier

Alpinistes célèbres
  Edward Whymper
  Albert F. Mummery

La majorité des sommets alpins présente des voies d'accès faciles ou peu difficiles qui constituent ce que l'on appelle leur voie normale, c'est par elles qu'ont été réalisées la plupart des premières. Quelques montagnes n'offrent pas de telles solutions, leur ascension a conduit à l'ouverture des premiers itinéraires difficiles.

Edward Whymper est en 1865 à la pointe de la conquête alpine. Le 29 juin, avec Christian Almer et Franz Biner, il réalise la première ascension de l'aiguille Verte (4 122 m). Le , il est de la première ascension du Cervin (4 478 m) avec Francis Douglas, Charles Hudson, Douglas Hadow (en), Michel Croz et deux guides de Zermatt, Peter Taugwalder père et fils. Toutefois, leur victoire est assombrie par une chute lors de la descente qui entraîne la mort de Douglas, Hudson, Hadow et Croz. L'affaire a donné lieu à une enquête, puis à une polémique médiatique qui ont stigmatisés durablement l'image de l'alpinisme dans l'opinion publique. L'événement marque, pour Whymper, la fin de la course aux premières[39].

 
Le Grand pic de la Meije.

La Meije est le dernier sommet majeur des Alpes à être conquis. La « grande difficile » fait l'objet de dix-sept tentatives infructueuses entre 1870 et 1877[40]. Le , E. Boileau de Castelnau, avec son guide Pierre Gaspard (dit « Gaspard de la Meije ») et le fils aîné de ce dernier, réalisent la première ascension du Grand pic de la Meije (3 983 m). Le retentissement de l'événement est considérable car la victoire a été obtenue par une cordée française et non anglaise[41].

Albert F. Mummery marque un tournant dans la pratique de l'alpinisme. Après son succès à l'arête de Zmutt au Cervin, en 1879, il réussit en 1881, à quelques jours d'intervalle, l'ascension de l'aiguille Verte par le versant de la Charpoua et le Grépon. Il recherche avant tout la beauté de la voie empruntée, sa difficulté technique et l'élégance du geste qu'elle entraîne, cette démarche le conduit à à gravir les sommets par des variantes plus difficiles que la voie principale et à être un précuseur de l'alpinisme « sans guides »[42].

En 1900, un Grand Prix olympique d'alpinisme est décerné durant les Jeux olympiques, comme en atteste le programme officiel des épreuves au cours de l'exposition universelle de 1900. Il est attribué par le jury à l'exploit considéré comme le plus important durant les quatre années précédentes en la matière.

Les dernières faces nord des AlpesModifier

Au début du XXe siècle, le but était d’atteindre le sommet en choisissant la voie la plus facile. Les alpinistes emportaient fréquemment avec eux des appareils de mesure scientifique ou du matériel de peinture pour justifier leur ascension. Dorénavant, la beauté et la difficulté de la voie prennent de l’importance.

Le matériel se développe avec l'utilisation des pitons, mousquetons et chaussures à semelles en caoutchouc type Vibram. Certains alpinistes s’affranchissent des guides et développent ainsi une pratique qui n’est plus réservée à une élite fortunée. Peu à peu, tous les versants des sommets des Alpes sont gravis, y compris les austères faces nord. Celles-ci ont été gravies dans les années 1930, notamment celles du Cervin (1931), de l'Eiger (1938) et des Grandes Jorasses (pointe Walker en 1938).

L'élite de l'alpinisme italien (Emilio Comici, Riccardo Cassin, Bruno Detassis (it), etc.) inscrit à son palmarès quelques-unes des plus belles réalisations dans le domaine de l'escalade pure dans le massif des Dolomites, théâtre d'ascensions de très haut niveau (Tre Cime di Lavaredo, Civetta, Brenta, etc.).

Conquête des plus hauts sommetsModifier

Après avoir gravi tous les sommets des Alpes par tous les versants, les alpinistes ont cherché d'autres terrains de jeux ou d’autres formes de défis. C’est ainsi que certains se tournent vers des sommets plus hauts : c’est la course aux 8 000 mètres dans l’Himalaya, qui commence avant même la Seconde Guerre mondiale (expédition de Nanga Parbat lancée en 1939 par le régime nazi). Les grands sommets himalayens sont conquis dans les années 1950 et le début des années 1960. En 1959, une expédition entièrement composée de femmes et conduite par Claude Kogan tente, sans succès, d'atteindre le sommet du Cho Oyu. La première femme à atteindre le sommet de l'Everest, le , est l'alpiniste Junko Tabei.

De nouveaux défisModifier

Alpinistes célèbres
  Reinhold Messner
  Walter Bonatti

Pour augmenter les difficultés, les alpinistes tentent des hivernales (ascensions réalisées en hiver), notamment au mont Blanc, des solos (ascensions réalisées seul, parfois auto-assuré), des enchaînements (réalisations de plusieurs voies de suite). Certains grimpeurs tentent même de combiner les trois pratiques en réalisant en solo, l’hiver, l’enchaînement, par exemple, des faces Nord les plus emblématiques des Alpes : les Grandes Jorasses, le Cervin, l’Eiger

7e degré, escalade libre et sportiveModifier

Alpinistes célèbres
  Patrick Berhault (1957-2004)
  Patrick Cordier (1946-1996)
  Catherine Destivelle (1960-)

À partir des années 1970-1980, le plus haut niveau de difficulté technique sur le rocher ne cesse d'être repoussé. Le 7e degré est finalement accepté comme cotation des difficultés extrêmes. Vers 1975, l'éthique et la pratique de l'escalade libre se diffusent massivement, en opposition aux anciennes techniques d'ascension dites « d'escalade artificielle » avec l'usage fréquent de pitons, cordes et étriers (petites échelles souples à trois ou quatre barreaux) pour aider à la progression des alpinistes. Avec la pratique généralisée de l'escalade libre, la corde et les points d'ancrage ne servent plus qu'à retenir le grimpeur en cas de chute[43].

À cette époque l'escalade (rocheuse) devient également une discipline sportive autonome. La pratique de nombreux « grimpeurs » se distancie progressivement des sites et objectifs originels de l'alpinisme : l'escalade n'est plus forcément un entraînement pour les ascensions en haute-montagne mais devient une finalité en soi. Durant les années 1980 se diffuse massivement une nouvelle pratique dénommée « escalade sportive », qui met l'accent sur la sécurité des pratiquants (voies d'escalade entièrement équipées de points d'ancrage permanents) avec pour objectif des réalisations au plus haut niveau technique. En Europe, les premières compétitions d'escalade sportives sont organisées. Le nombre de grimpeurs augmente rapidement, pratiquant majoritairement hors de la haute-montagne ; sur des falaises ou blocs en extérieur, et à partir des années 1990 en salles d'escalade. Le niveau en escalade sportive ne cesse d'augmenter : le 8e degré est atteint en 1979, le 9e degré en 1991.

Sous l'influence de ces nouvelles pratiques, le niveau des voies rocheuses en haute-montagne augmente au cours des années 1980, à l'exemple des voies ouvertes par Michel Piola dans les Alpes.

Années 2000, 2010Modifier

 
Passage équipé d'échelles et cordes fixes sur la voie normale de l'Everest, 2005.

À partir des années 2000, les diverses pratiques en alpinisme deviennent plus sportives. On trouve ainsi des alpinistes « athlètes » capables de grandes performances physiques (ascension de vitesse, enchaînements d'étapes en une seule journée) ou bien de réalisations à un niveau technique extrême (ouverture de big wall en libre, ski de pentes raides). Cette tendance est soutenue par des techniques d'entraînement sportif plus modernes (planification et suivi, salle d'escalade...) et des avancées technologiques (matériel plus léger, électronique, prévision météorologique, etc.). Ces tendances émergent avec la médiatisation d'une nouvelle génération d'alpinistes comme Ueli Steck ou Kílian Jornet, qui réalisent des ascensions en pulvérisant les horaires.

En parallèle, certaines pratiques d'alpinisme se propagent en dehors du cercle des alpinistes professionnels et amateurs, en se transformant parfois en véritables disciplines sportives (compétitions d'escalade glaciaire, dry-tooling, ski-alpinisme, freeride[44]) ou sous forme de tourisme sportif de masse (via ferrata, ascensions organisées de l'Everest et du mont Blanc)[45].

De manière exceptionnelle, l'alpinisme est pratiqué malgré des handicaps physiques. Comme Erik Weihenmayer, qui est, en 2001, la première personne aveugle à gravir l'Everest[46], ou encore Hari Budha Magar qui, en 2017, devient le premier double amputé au-dessus du genou à escalader un sommet à plus de 6 000 m (pic Mera, 6 476 m)[47].

Conséquence du très fort engouement pour les sports dits « à risques », dont fait partie l'alpinisme, une augmentation alarmante des quantités de déchets déposés en montagne est constatée sur de nombreux sites : sommets, mais aussi refuges et itinéraires d'accès. La problématique écologique fait l'objet d'une prise de conscience généralisée particulièrement médiatisée : la pollution due à l'alpinisme devient un sujet d'inquiétude pour les pratiquants, soucieux pour eux-mêmes et pour les futures générations, auquel les autorités ainsi que les alpinistes eux-mêmes tentent de remédier.

L'alpinisme est inscrit à l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France depuis 2015 et sur la liste des traditions vivantes de Suisse depuis 2017[48]. En décembre 2019, l'alpinisme est classé au Patrimoine immatériel de l'humanité par l'UNESCO[49].

TechniquesModifier

ProgressionModifier

Une ascension consiste à atteindre le sommet en exploitant les lignes de faiblesse de la paroi pour choisir la plus facile. Elle est alors désignée sous le nom de « voie normale »[50]. Plus sportive et engagée, une ascension peut aussi être un exercice de haute volée qui recherche la difficulté dans des itinéraires (faces surplombantes, faces nord dans l'hémisphère boréal) comportant parfois un point de non-retour au-delà duquel toute retraite est problématique voire compromise, nécessitant de la part des grimpeurs un solide équilibre moral et nerveux[51].

Le cheminement suivi dans une paroi est désigné sous le nom de voie d'escalade[52], itinéraire ou ligne. Pour atteindre un sommet, il existe souvent une multitude de voies, de la plus facile (voie normale) à la plus difficile, parfois de difficulté extrême nécessitant même un bivouac en paroi. Le bivouac est alors organisé si possible à l'abri des intempéries, dans une anfractuosité du rocher ou sur une plateforme naturelle. Dans une paroi rocheuse très raide sans zone de repos naturelle, les grimpeurs installent une plateforme artificielle (portaledge) sur laquelle il est possible de s'allonger et de s'abriter sous une toile[53]. Pendant l'ascension, ce matériel est rangé dans un sac d'allègement (du genre sac marin qui contient également la nourriture, le matériel de bivouac, etc.) qui pend dans le vide, relié au grimpeur par une corde et qu'il hisse une fois arrivé au relais[54]. Très physique, l'opération est répétée autant de fois qu'il y a de longueurs dans la voie.

En rocher, la progression s'effectue en « tirant des longueurs » dont le nombre varie avec la hauteur de la paroi. Entre deux longueurs, le premier de cordée installe un « relais »[55] sur une plateforme plus ou moins exiguë selon la configuration de la paroi. À ce relais, le grimpeur se sécurise en s'attachant à la paroi et fait monter son compagnon de cordée (second de cordée). Arrivé au relais, le second se sécurise à son tour et se prépare à assurer à nouveau son leader qui poursuit sa progression. Dans une cordée de deux grimpeurs, le second peut aussi enchaîner et passer en tête à son tour, ce qui évite des manipulations de matériel et de corde fastidieuses et chronophages. Dans ce cas, on parle de cordée réversible (grimper en réversible)[56].

Si le terrain est facile et selon leur aisance, les deux membres de la cordée peuvent progresser ensemble « à corde tendue » afin de gagner du temps sur l'horaire de la course, en particulier en terrain « montagne »[57].

Entre chaque relais, le leader aura pris soin de poser des protections (ou points d'assurage) qui permettront d'enrayer une éventuelle chute[58]. Ces protections sont fixées soit à des points d'ancrage naturels sur le rocher (béquets, lunules, trous), soit grâce à du matériel posé par le leader et qui se verrouille dans les anfractuosités du rocher (coinceurs, friendsetc.), soit en plantant des pitons dans les fissures du rocher. Ce matériel est récupéré par le second de cordée, fonction ingrate car un piton bien verrouillé dans une fissure réclame souvent plus d'efforts physiques pour le récupérer que pour le placer. Un piton peut être abandonné, solution préférable à un acharnement à grands coups de marteau qui peuvent affaiblir le piton et le rendre inutilisable ou pire, dangereux pour les cordées qui suivront.

Un piton bien posé donne un son métallique clair de plus en plus aigu lorsqu'il est frappé. Un bruit sourd et grave indique au grimpeur un mauvais verrouillage du piton qui doit faire l'objet de toutes les précautions quant à son utilisation[59].

Dans la plupart des cas, les voies d'escalade ont été équipées à demeure afin d'éviter la détérioration du rocher due à la pose et au retrait répétitifs des pitons[60].

Dans les courses de neige, les alpinistes progressent dans la très grande majorité des cas à corde tendue, la distance entre les membres de la cordée variant selon la nature du terrain (terrain plat et uniforme ou terrain très crevassé). Le franchissement de crevasses peut nécessiter de tirer une longueur afin de parer une éventuelle chute due à l'effondrement d'un pont de neige[61].

À l'instar de l'escalade en rocher, la remontée de couloirs en glace ou en mixte (glace et rocher) peut nécessiter de tirer des longueurs dans un environnement parfois délicat : glace mince et vitreuse, placages (fines couches de neige déposées dans les faces nord par les intempéries et rafales de vent), etc. Le leader pose alors des pitons ou des broches à glace de longueurs et de modèles différents selon les caractéristiques de la glace et qui permettent de fixer les protections.

Certaines longueurs peuvent comporter alternativement un passage en glace puis en rocher. Afin de ne pas perdre de temps à chausser et déchausser les crampons, les alpinistes peuvent franchir les passages en rocher crampons aux pieds (à l'aide des pointes avant) et utilisent les piolets qu'ils verrouillent dans les fissures (technique du dry-tooling)[62].

Pour progresser rapidement dans les ascensions d'envergure longues (Everest) ou techniques (Eiger), les alpinistes utilisent des cordes fixes qu'ils remontent à l'aide de poignées Jumar. Ces cordes fixes, qui sécurisent les passages difficiles, sont installées à demeure ou en fonction des besoins par les équipeurs[63].

SécuritéModifier

La cordée idéale d'un point de vue sécurité et rapidité est la cordée de deux alpinistes s'ils sont de niveau équivalent. Il est courant de croiser des cordées de trois membres (un leader et deux seconds) pour les ascensions en neige comme en rocher. Pour les ascensions à dominante neige et de difficulté modérée, les cordées peuvent être constituées de quatre à cinq membres sous la direction d'un guide ou d'un leader expérimenté[64].

La sécurité d'une cordée ne se limite pas à la seule quantité de matériel utilisée. Elle se manifeste aussi par son niveau technique, sa capacité à tenir un horaire, à « lire » le terrain (sens de l'itinéraire en paroi ou sur un glacier), à interpréter les signes avant-coureurs d'un changement de météo[65] ou des conditions en altitude (état de la neige, risque de chutes de pierres, etc.)

Paradoxalement, les voies les plus faciles sont considérées comme étant les plus dangereuses car elles se déroulent généralement sur un terrain fracturé, parfois délité, propice aux chutes de pierres. Par ailleurs et contrairement à une idée reçue, la descente est la phase de la course en montagne où la probabilité d'un accident est la plus importante (relâchement de l'attention, fatigue, euphorie, etc.)[66]. Atteindre un sommet ne signe pas la fin de la course et la descente, parfois technique (succession de rappels alternant avec des séquences de désescalade), n'est pas à négliger et nécessite une concentration de tous les instants. Par ailleurs, la dégradation des conditions au fil des heures (ramollissement de la neige sous l'effet du soleil favorisant les glissades, dégel provoquant les chutes de pierres, etc.) est un facteur aggravant[67].

Le réchauffement climatique affecte les massifs et la haute montagne n'échappe pas à la métamorphose : fonte des glaciers, éboulements, écroulements des parois. Certaines courses sont désormais impraticables compte tenu du danger permanent auquel s'exposent les alpinistes qui modifient leurs habitudes : abandon d'itinéraires légendaires, fréquentation d'autres secteurs de grimpe, décalage de la saison d'alpinisme, réouverture partielle ou contournement d'itinéraires affectés par les écroulements[68].

ÉquipementModifier

Lorsque l'alpinisme ne se pratique pas en solo, les partenaires sont généralement reliés par une corde, dont le rôle est d'amortir et d'arrêter une éventuelle chute[69]. Cette corde est attachée au baudrier qui enserre le bassin de l'alpiniste. Sur un terrain glacé, les alpinistes portent sous leurs chaussures des crampons dont les pointes en acier pénètrent dans la glace[70]. Pour leur équilibre, ils s'aident d'un piolet (voire deux piolets selon la difficulté de l'ascension) tenu à la main et dont le bas du manche comporte une pointe. En milieu vertical, la lame située en haut du manche du piolet sert à la traction[71]. Pour assurer leur progression dans ce milieu vertical, la corde est passée régulièrement dans des points d'ancrage : piton, coinceur, sangle ou encore cheville à expansion placés manuellement ou à demeure dans le rocher[72]. Si le rocher est recouvert d'une couche de glace suffisamment épaisse, une broche à glace permet l'assurage en se vissant dans la glace[73]. Les dégaines, constituées de deux mousquetons reliés par une sangle, jouent le rôle de connecteur entre le point d'ancrage et la corde[74]. Le système d'assurage est un appareil relié à la corde, au niveau du baudrier, pour contrôler le défilement de la corde lors de l'assurage ou de la descente en rappel.

Cotation des difficultésModifier

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RisquesModifier

On distinguera les risques d'accidents et les risques pathologiques dus à l'usure de l'organisme ou aux conditions extrêmes[réf. souhaitée].

Concernant les risques d'accidents, le guide Gaston Rébuffat a introduit en 1970 la notion de dangers « objectifs » (dont l'origine est imputable aux conditions ou à l'environnement) qui s'opposent aux dangers « subjectifs » (dont l'origine est imputable à l'individu)[51]. Cette théorie fait encore référence dans l'analyse des risques liés à la pratique de l'alpinisme :

  • dangers objectifs : d'origine naturelle, comme les chutes de pierres, séracs, avalanches, orages, des phénomènes sur lesquels l'alpiniste a très peu de prise ;
  • dangers subjectifs : d'origine humaine, comme la mauvaise appréciation d'une situation conduisant à s'exposer à des dangers objectifs, manque d'entraînement, d'expérience ou capacités physiques insuffisantes vis-à-vis de la course choisie ou à l'opposé excès de confiance en soi conduisant à ne pas prendre les précautions nécessaires, mauvaise utilisation du matériel (dont équipement déficient ou usagé), mauvais choix de l'itinéraire, mauvaise utilisation du terrain (ex : prise non testée en escalade...), prévisions météorologiques non consultées, etc.

Les risques d'accident évoluent du stade bénin à celui de mortel :

  • le dévissage d'une paroi rocheuse ou glaciaire (risque important en cas de mauvaise assurance, qualité de la neige ou du glacier dégradée, difficulté de l'itinéraire sous-estimée) entraîne des traumatismes divers ;
  • la chute dans une crevasse (à la suite d'un encordement inadapté à la progression sur glacier, inattention, rupture du pont de neige) entraîne des traumatismes divers et une hypothermie due au contact prolongé avec la glace ;
  • l'avalanche, la chute de séracs, la chute de pierres causent respectivement l'asphyxie (par inhalation de particules, aérosols), l'écrasement (blocs de glace), et des traumatismes divers ;
  • la foudre cause l'électrocution, l'état de choc, la surdité, la sidération.

Les risques pathologiques dus aux conditions extrêmes évoluent du stade bénin à celui de mortel pour certains :

  • les gelures, l'hypothermie, l'onglée, la déshydratation (en cas de vent froid, températures basses, habillement inapproprié) ;
  • le mal aigu des montagnes (MAM) est causé par la raréfaction de l'air en altitude ;
  • l'épuisement est causé par un état de forme ou un entraînement inadapté à l'effort ou par l'affaiblissement de l'organisme face aux agressions des éléments naturels sans réconfort (repos, chaleur, boisson, nourriture) ou protection suffisante (vêtements, tente, igloo, refuge) ;
  • l'ophtalmie des neiges.

Les risques pathologiques dus à l'usure de l'organisme à long terme évoluent tout au long de la vie de l'alpiniste :

Lieux de pratiqueModifier

L'alpinisme est pratiqué dans différents lieux à travers le monde.

Les sommets de plus de 8 000 mètres sont au nombre de quatorze et sont tous situés dans le massif de l'Himalaya. Se les partagent l'Inde, le Pakistan, le Népal et la Chine. Le premier sommet à être gravi fut l'Annapurna, le , par les alpinistes français Louis Lachenal et Maurice Herzog. Les autres furent tour à tour gravis dans les années 1950 et le début des années 1960.

Encadrement et organisationsModifier

  • Association équatorienne des guides de montagne (ASEGUIM)
  • Association suisse des guides de montagne (ASGM)

En FranceModifier

Références culturellesModifier

Depuis sa naissance, l'alpinisme a été le sujet de nombreuses publications ainsi que d'œuvres artistiques et culturelles.

Jusqu'aux années 1950, le « roman de montagne » était la principale forme de la littérature d'alpinisme. Les rares périodiques étaient restreints au cercle des pratiquants sous forme de revues de clubs alpins (Montagne et Alpinisme, Club alpin français, 1905)[75],[76]. Après les années 1950, les ouvrages publiés sont principalement des manuels techniques, des topo-guides et des récits de course. Apparaissent ensuite les périodiques qui prennent la forme de magazines sportifs généralistes ou spécialisés, en vente libre, rédigés par des journalistes et dédiés à un plus large public[77]. Aujourd'hui, la vulgarisation de l'alpinisme s'effectue aussi par internet sous la forme de sites, blogs, forums permettant le partage immédiat de l'information. En février 2021, l'ouverture en hivernale d'une voie dans la face ouest des Drus en quatre jours par une équipe du groupe militaire de haute montagne a été intégralement retransmise en direct sur internet[78].

Au cinéma, la pratique de l'alpinisme est souvent rattachée au genre du « film de montagne », et plus spécifiquement du « film d'ascension » (Bergfilm) ou « film d'alpinisme ». Ces films apparaissent en Europe dans les années 1920, centrés sur les pratiques britanniques ou celles des pays germanophones. Ils furent très présents jusqu'à la Seconde guerre mondiale, mais ils ont quasiment disparu depuis. Ces films partagent quelques caractères communs : une représentation spécifique de l'environnement de la haute-montagne ou des éléments reconnus (figure de l'alpiniste, du guide, paysage de glace, etc.) ou encore un « climat dramatique mêlée d'héroïsme et de pathos », inspiré par le roman de montagne. Ce genre cinématographique apparaît notamment à la suite d'œuvres du réalisateur allemand Arnold Fanck : Der Berg des Schicksals (1924), Der Heilige Berg (1926)[79]etc. La représentation de l'alpinisme peut aussi revêtir un caractère spectaculaire, jusqu'à la caricature ou la parodie, excepté le cadre grandiose (Cliffhanger, 1993)[80].

Dès le XIXe siècle, la photographie illustre les activités d'alpinisme. C'est aussi un moyen d'améliorer la connaissance du territoire et de figurer la montagne en représentation romantique. Des alpinistes, photographes amateurs, se démarquent comme W. F. Donkin, V. Sella ou le Français Paul Helbronner (1871-1938). À partir des années 1920 se développe la « photographie d'escalade » prenant pour sujet principal les pratiquants, à des fins pédagogiques (techniques) ou de spectacle. Après la Seconde Guerre mondiale, la photographie couleur est diffusée auprès du grand public par des revues à grand tirage ; les photographies d'alpinisme et d'escalade privilégient l'image sportive et deviennent progressivement indissociables du sponsoring[81].

Notes et référencesModifier

  1. a et b Arrêté du 6 décembre 2016 portant définition de l'environnement montagnard pour la pratique des activités assimilées à l'alpinisme, sur Légifrance.
  2. Cox et Fulsaas 2007, p. 10.
  3. « Trente cinq nouveaux éléments inscrits sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité », sur UNESCO, (consulté le ).
  4. a b c et d Sylvain Jouty et Hubert Odier, Dictionnaire de la montagne, , 883 p. (lire en ligne).
  5. « Mountaineer », sur etymonline.com
  6. a et b Cédric Sapin-Defour, « Qu'ignore-je? Que sais-je? Dans quelle montagne erre-je? », dans Libération, décembre 2015.
  7. Par exemple, le tatranisme ou tatrisme (Tatras) ou le voginisme (Vosges)
  8. Définitions lexicographiques et étymologiques de « Ascensionniste » dans le Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.
  9. « Un siècle et demi d'alpinisme dans les Écrins », sur www.ecrins-parcnational.fr (consulté le )
  10. « Comment préparer sa course d'alpinisme ? », sur www.montagnes-magazine.com, .
  11. On ne peut parler d'alpinisme pour cette époque puisqu'il ne s'agit pas encore d'une activité à part entière.
  12. Gardien et al. (2021), p. 10.
  13. « Sur le volcan, les corps intacts de trois enfants incas », sur Rue89
  14. Gardien et al. (2021), p. 12.
  15. Diogène Laërce, Vie, doctrine et sentences des philosophes illustres, livre VIII, chapitre II, 69, lire en ligne, voir J.-P. Dumont, Les écoles présocratiques, Gallimard, Paris, 1991, p. 132.
  16. Strabon, Géographie, VI, 7-8, voir J.-P. Dumont, Les écoles présocratiques, Gallimard, Paris, 1991, p. 139.
  17. a et b Olivier Hoibian, L'invention de l'alpinisme, éd. Belin, 368 p., 2008.
  18. Claude Gardien 2021, p. 10.
  19. Salluste, Guerre de Jugurtha, XCIII et XCIV, lire en ligne.
  20. Sylvain Jouty et Hubert Odier, Dictionnaire de la montagne, Paris, Place des éditeurs, , 883 p. (ISBN 978-2-258-08220-5, lire en ligne), Fuji (mont)
  21. Pierre Germa, "Depuis quand ?", page 21.
  22. Pétrarque, Lettre au Père Dionigio Roberti, lire en ligne.
  23. Claude Gardien 2021, p. 12.
  24. Claude Gardien 2021, p. 14.
  25. Claude Gardien 2021, p. 16.
  26. Sylvain Jouty et Hubert Odier, Dictionnaire de la montagne, Place Des Éditeurs, , p. 337.
  27. Claude Gardien 2021, p. 22.
  28. Claude Gardien 2021, p. 20.
  29. Horace-Bénédict de Saussure, Voyage dans les Alpes, t. 2, p. 463.
  30. Yves Ballu, À la conquête du Mont-Blanc, Gallimard, Paris, 1986, p. 19.
  31. Ph. Joutard, l’Invention du mont Blanc, Ed. Gallimard-Juillard, 1986, p. 198.
  32. Claude Gardien 2021, p. 27.
  33. Claude Gardien 2021, p. 28.
  34. François Labande, La saga des Écrins, chap. 1, Guérin, Chamonix, 2014.
  35. Claude Gardien 2021, p. 32.
  36. Cécile Ottogalli-Mazzacavallo, « Des femmes à la conquête des sommets : Genre et Alpinisme (1874-1919) », Clio. Femmes, Genre, Histoire, no 23,‎ , p. 165–178 (ISSN 1252-7017, DOI 10.4000/clio.1896, lire en ligne, consulté le )
  37. « Peaks, Passes, and Glaciers. A series of Excursions by Members of the Alpine Club. », sur BIBLIOTHÈQUE DAUPHINOISE
  38. The Alpine Journal 1, 1863-1864, p. 288-294.
  39. Claude Gardien 2021, p. 39.
  40. Hervé Champollion, Le Dauphiné, éditions Ouest-France, coll. « Aimer », mai 1996 (ISBN 978-2737318511), pages 54-58.
  41. François Labande, La saga des Écrins, chap. 3, Guérin, Chamonix, 2014.
  42. Claude Gardien 2021, p. 50.
  43. Olivier Hoibian, « De l'alpinisme à l'escalade libre : L'invention d'un style ? », Staps: Revue internationale des sciences du sport et de l'éducation physique, 1995
  44. Jean-Baptiste Duez, « Les instruments de l’alpiniste », Techniques & Culture, 52-53, 2009, lire en ligne.
  45. Henri Seckel, « L'Everest est devenu une boîte à fric », Le Monde, 25 avril 2014.
  46. (en) Blind Climber, 64-Year-Old Reach the Everest Summit, Los Angeles Times, 26 mai 2001
  47. (en) « Double above knee amputee Gurkha soldier sets record scaling Mera Peak », sur The Himalayan Times, .
  48. 2019 - L'alpinisme, Ministère de la culture, 6 janvier 2020.
  49. « L'alpinisme inscrit au patrimoine immatériel de l'Unesco », sur francetvinfo.fr, (consulté le ).
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  72. Points d'ancrage fixes et mobiles en alpinisme, www.orthovox.fr, 30 juin 2022[réf. incomplète]
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  76. « La Montagne et Alpinisme », sur www.montagnes.magazine.com (consulté le )
  77. Christiane Tetet, La terminologie de l’alpinisme dans les dictionnaires [PDF], Meta : journal des traducteurs, vol. 39, no 4, 1994, p. 651-661
  78. « BASE : la nouvelle voie des Drus du GMHM », sur www.montagnes.magazine.com,
  79. Gilles Seguin, « Le film d'ascension à l'épreuve du genre cinématographique », thèse 2014 lire en ligne
  80. « Cliffhanger, traque au sommet », sur www.allocine.fr (consulté le )
  81. G. Garimoldi, V. Ginouves (trad), « La photographie et la découverte de la montagne par l'alpinisme », Le Monde alpin et rhodanien, vol. 23, no 2-4, 1995 (ISSN 0758-4431), p. 5-267.

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Ouvrages générauxModifier

  • Gaston Rébuffat, Glace, Neige et Roc, (ISBN 2-01-002385-4).  
  • Félix Germain (coordination), Alpinisme moderne, Arthaud, 1974 (ISBN 2-7003-0032-7)
  • Yves Ballu, Les alpinistes, Arthaud, 1984, réédition Glénat, 1997
  • Jacques Duca, Claude Rey, La sécurité en haute-montagne à pied ou à ski Édisud, 1998
  • Sylvain Jouty, Hubert Odier, Dictionnaire de la montagne, Arthaud, 1999
  • Collectif, Sommets - Cent ans d'aventure en montagne, Éd. Place des Victoires, 2004
  • Steven M. Cox et Kris Fulsaas, Guide de la montagne, Chamonix, Guérin,  
  • Charlie Buffet, 100 alpinistes, Éditions Guérin, 2015.
  • ENSA, Jean-François Hagenmuller, François Marsigny et François Pallandre, L'alpinisme : Des premiers pas aux grandes ascensions, Grenoble, Glénat,
  • Claude Gardien, Une histoire de l'alpinisme, Grenoble, Glénat, (ISBN 978-2-344-03872-7) 
  • (it) Claudio Gregori, Storia dell'alpinismo. Le grandi sfide tra l'uomo e la montagna [« Histoire de l'alpinisme. Les grands défis entre l'homme et la montagne »], Santarcangelo di Romagna (RN), Italie, Diarkos, , 792 p. (ISBN 978-88-361-6068-6, lire en ligne)

Ouvrages de recherche scientifique et travaux académiquesModifier

  • R. de Bellefon, Histoire des guides de montagne. Alpes & Pyrénées (1760-1980). Bayonne/Toulouse: Cairn/Milan, 2003.
  • P. Bourdeau, « L'Alpinisme dans le massif des Écrins pendant l'Occupation (1940-1944) », in P. Arnaud, T. Terret, J. Saint-Martin, P. Gros (Eds.), Le sport et les Français pendant l'Occupation, Vol. 1, Paris, L'Harmattan, 2002, p. 325-334.
  • P. H. Hansen, « Albert Smith, l'Alpine Club, et l'invention de l'alpinisme au milieu de l'ère victorienne », STAPS, vol. 21, no 51, 2000, pp. 7-27.
  • O. Hoibian, Les alpinistes en France, 1870-1950, une histoire culturelle, Paris, L'Harmattan, 2000.
  • O. Hoibian, J. Defrance (Eds.), Deux siècles d'alpinismes européens, Paris, L'Harmattan, 2002.
  • O. Hoibian (Ed.), L'invention de l'alpinisme, Paris, Belin, 2008.
  • E. de Léséleuc, L. Raufast, « Jeux de vertiges : l’escalade et l’alpinisme », Revue française de psychanalyse, vol. 68, no 1, 2004, p. 233-246.
  • M. Mestre, « Les alpinistes austro-allemands de la fin du XIXe siècle : étude d'un déficit de notoriété », STAPS, vol. 21, no 51, 2000, p. 29-47.
  • A. Suchet, « L'invention du piton d’escalade et sa diffusion en Europe: étude d’une innovation sportive en montagne », Science & Motricité, vol. 31, no 97, 2017, p. 45-52.
  • M. Tailland, Les alpinistes victoriens, Villeneuve d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 1997.
  • Dominique Lejeune, Les "alpinistes" en France à la fin du 19e et au début du 20e siècle (vers 1875-vers 1919), Comité des Travaux historiques et scientifiques, 1988, 272 p.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier