Sublimation (psychanalyse)

La sublimation est un processus complexe par lequel la pulsion dévie de son but sexuel immédiat pour se mettre à la disposition d'activités culturelles socialement valorisées.

DéfinitionModifier

Freud définit la sublimation pour la première fois en 1905 dans Trois essais sur la théorie sexuelle[1],[2] pour rendre compte d'un type particulier d'activité humaine (la création littéraire, artistique et intellectuelle) sans rapport apparent avec la sexualité mais tirant sa force de la pulsion sexuelle en tant qu'elle se déplace vers un but non sexuel en investissant des objets socialement valorisés[3].

Autrement dit, il s'agit du processus de transformation de l’énergie sexuelle (libido) en la faisant dériver vers d’autres domaines, notamment les activités artistiques.

Seconde topiqueModifier

À partir de la seconde topique, la sublimation sera vue comme la transposition du but pulsionnel sexuel mais aussi agressif. Freud la définissait ainsi en se référant notamment à l'agressivité :

« La sublimation est un concept qui comprend un jugement de valeur. En fait, elle signifie une application à un autre domaine où des réalisations socialement plus valables sont possibles. [...] Toutes les activités qui organisent ou affectent des changements sont, dans une certaine mesure, destructrices et redirigent ainsi une pulsion ("Trieb") loin de son but destructeur original. Même l'instinct sexuel, comme nous le savons, ne peut agir sans une certaine dose d'agression. Par conséquent, il y a dans la combinaison normale des deux instincts une sublimation partielle de l'instinct de destruction. »

— Lettre du 25 mai 1937 à Marie Bonaparte[4].

Pulsion déviée quant au butModifier

« Souvent citée, en retenant essentiellement la désexualisation de but et la valorisation sociale de l'objet, la sublimation constitue une notion indispensable pour la psychanalyse en même temps qu'un questionnement[5] ».

Le but de la pulsion est dévié : tendant à déplacer l'angoisse et la culpabilité au cœur du syndrome névrotique, elle est associée à une recherche de satisfaction esthétique, intellectuelle et sociale. Freud a ouvert la voie vers ce type d'analyse explicitant le contenu latent d'œuvres aussi diverses que Hamlet, ou le Moïse de Michel-Ange. À la fonction cathartique de l'acte de création s'ajoute un bénéfice narcissique.[réf. souhaitée]

À la suite de FreudModifier

Du fait de sa complexité et peut-être du risque de déviation anagogique auquel la notion de sublimation pouvait exposer la psychanalyse, Freud n'aurait jamais élaboré complètement son concept de la sublimation, de sorte que son projet d'un essai sur la sublimation n'a pas abouti à sa publication dans la Métapsychologie[5].

La notion de sublimation a été reprise après Freud par beaucoup de ses disciples, mais sans apport véritable sur le plan métapsychologique[5]. Pour Sophie de Mijolla-Mellor, l'apport le plus important est celui de Melanie Klein en ce qui concerne l'épistémophilie[5].

En France, Daniel Lagache (1962, « La sublimation et les valeurs ») et Jean Laplanche (1980, Problématiques III, La Sublimation) ont consacré certains de leurs travaux à la notion de sublimation[5].

Notes et référencesModifier

  1. Sigmund Freud : Trois essais sur la théorie sexuelle (1905), Gallimard, coll. « Folio », 1989 (ISBN 2-07-032539-3)
  2. Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, coll. « La Pochothèque », (1re éd. 1997), 1789 p. (ISBN 978-2-253-08854-7), p. 1503
  3. Dictionnaire de la psychanalyse. E. Roudinesco et M. Plon, p. 1038. (ISBN 9782213 604244)
  4. citée dans Sophie de Mijolla-Mellor, La sublimation, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2005, p. 65-66.
  5. a b c d et e Sophie de Mijolla-Mellor: « Sublimation », in Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse, Ed.: Hachette Littératures, 2005, p. 1734-1735.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Lien externeModifier