Delphine Seyrig

actrice et réalisatrice française, militante féministe
Delphine Seyrig
Description de cette image, également commentée ci-après
Delphine Seyrig en 1972.
Nom de naissance Delphine Claire Beltiane Seyrig
Naissance
Beyrouth, Liban
Nationalité Drapeau de France Française
Décès (à 58 ans)
Paris, France
Profession Actrice
Films notables L'Année dernière à Marienbad
Muriel ou le Temps d'un retour
Baisers volés
Peau d'âne
Le Charme discret de la bourgeoisie
India Song
Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles

Delphine Seyrig est une actrice et réalisatrice française, née le à Beyrouth (Liban) et morte le à Paris[1],[2].

Comédienne de théâtre majeure, héroïne des films d'Alain Resnais, Luis Buñuel et François Truffaut au cinéma, elle a aussi été une figure du féminisme en France.

BiographieModifier

EnfanceModifier

Delphine Seyrig est la fille de l'Alsacien Henri Seyrig (1895-1973), archéologue et directeur du Service des Antiquités au Liban durant la période du Mandat français, et de la Genevoise Hermine, dite Miette, de Saussure (1901-1984), navigatrice et spécialiste de Jean-Jacques Rousseau issue d'une famille de scientifiques dont le linguiste suisse Ferdinand de Saussure.

Delphine Seyrig passe la plus grande partie de son enfance à Beyrouth où elle est scolarisée à l'École catholique allemande puis au Collège protestant français. À l'âge de six ans, ses parents la laissent une année en pension dans une ferme en Suisse .

En 1942, nommé envoyé spécial de la France Libre aux Amériques, Henri Seyrig émigre avec sa famille à New York jusqu'en fin 1945. Ces trois années et demi passées aux États-Unis marquent fortement Delphine Seyrig qui en gardera une parfaite maîtrise de l'anglais.

Après la guerre, son adolescence partagée entre Beyrouth et la France est marquée par une scolarité décousue : Collège protestant de Beyrouth, Collège Cévenol (Haute-Loire), Lycée de Sèvres, Collège Sévigné (Paris).

Années 1950Modifier

Début 1950, à 17 ans, avec l'accord de son père, Delphine Seyrig renonce à passer son bac et choisit d'étudier le théâtre.

À l'EPJD (L’Éducation par le jeu dramatique), elle a pour professeurs Roger Blin, Pierre Bertin et Tania Balachova[1]. Parmi ses camarades de cours se trouvent Philippe Noiret, Laurent Terzieff et Michael Lonsdale[3].

En juillet 1950, Delphine Seyrig épouse le peintre américain Jack Youngerman, étudiant alors aux Beaux-Arts de Paris[4].

En 1952, à 20 ans, elle obtient son premier rôle dans l’Amour en papier de Louis Ducreux. Elle est peu après engagée dans la troupe de la Comédie de St Étienne, dirigée par Jean Dasté, où elle joue entre autres les rôles de Chérubin dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais et d'Ariel dans La Tempête de Shakespeare. Avec diverses compagnies, elle interprète aussi les rôles-titres de Tessa et Ondine de Jean Giraudoux, l'Élianthe du Misanthrope de Molière, ainsi que Mabel Chiltern dans Un mari idéal d'Oscar Wilde. Elle envisage d'entrer au TNP, mais sa voix est jugée trop particulière.

En décembre 1956, elle part vivre à New York avec son mari et leur fils Duncan, né à Paris en juin de cette année. Ils vivent à la pointe de Manhattan près du vieux port dans une communauté d'amis peintres américains. Parmi ces derniers, Ellsworth Kelly, Robert Indiana, Agnes Martin, Robert Rauschenberg, Jasper Johns. Delphine Seyrig suit les cours de Lee Strasberg en temps qu'auditrice à l'Actors Studio où elle croise occasionnellement Marilyn Monroe. Elle obtient quelques rôles au théâtre off-Broadway dont Florence dans Song of Songs (Cantique des Cantiques) de Giraudoux et Petra dans An Enemy of the People (Un ennemi du peuple) d'Henrik Ibsen. Elle y tourne son premier rôle au cinéma dans Pull My Daisy (1959), écrit par Jack Kerouac et réalisé par Robert Frank et Alfred Leslie.

Années 1960Modifier

Alain Resnais découvre Delphine Seyrig lors de son séjour à New York à l'automne 1959, alors qu'elle y joue dans An Enemy of the People, et la fait tourner l'année suivante dans L'Année dernière à Marienbad, écrit par Alain Robbe-Grillet. Le film, sorti à Paris en juin 1961, remporte un grand succès et donne à Delphine Seyrig une notoriété internationale[5]. Resnais lui confie en 1963 le rôle d’Hélène Aughain dans Muriel ou le Temps d'un retour, pour lequel elle remporte la Coupe Volpi pour la meilleure interprétation féminine à la Mostra de Venise.

Les années suivantes, elle tourne dans Accident de Joseph Losey (1966), La Musica de Marguerite Duras (1967), Mister Freedom, de William Klein (1968), Baisers volés, de François Truffaut (1968), La Voie lactée, de Luis Buñuel (1969). Dans Baisers volés, film charnière du cycle « Antoine Doinel », elle joue la troublante Fabienne Tabard, femme à la fois romantique et inaccessible, mais aussi réaliste et maîtresse de son destin. Antoine Doinel, dans Baisers volés, dit d'elle : « Madame Tabard est une femme exceptionnelle, Madame Tabard, c'est… c'est une apparition ! » Delphine Seyrig trouve en Alain Resnais et en François Truffaut deux réalisateurs qui, en quelques films, la rendent inoubliable, en particulier par le timbre de sa voix que Michael Lonsdale compare à un violoncelle[6].

Durant cette décennie, Delphine Seyrig enchaine de nombreux rôles au théâtre, notamment dans La Mouette d'Anton Tchekhov et Les Exaltés de Robert Musil sous la direction de Sacha Pitoëff (1961), On ne sait comment de Luigi Pirandello face à Alain Cuny (1962), Un mois à la campagne d'Ivan Tourgueniev sous la direction d'André Barsacq (1963), Comédie de Samuel Beckett avec Michael Lonsdale sous la direction de Jean-Michel Serreau (1964). Elle entame une riche collaboration avec le metteur en scène Claude Régy : Cet Animal Étrange d'après Tchékov (1964), La Collection et L'amant d'Harold Pinter, qui feront découvir au public parisien cet auteur, La Prochaine fois je vous le chanterai de James Saunders (1966), Se Trouver de Pirandello (1966), Rosencrantz et Guildenstern sont morts de Tom Stoppard (1967). Ses partenaires de scène durant cette période constituent une troupe informelle de haute voltige : Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Claude Piéplu, Sami Frey, Bernard Fresson, Henri Garcin. Ce dernier est son partenaire dans L'aide-mémoire de Jean-Claude Carrière, mis en scène par André Barsacq (1968). En 1969, face à Jean-Claude Drouot, Marpessa Dawn et Bernard Fresson, elle est Laïs dans Le jardin des délices, pièce surréaliste provocatrice écrite pour elle par Fernando Arrabal.

Pour la télévision elle tourne notamment Le Troisième concerto (1963), écrit par François-Régis Bastide, Hedda Gabler (1967), d'après la pièce d'Ibsen, face à Laurent Terzieff. En 1969 elle interprète Mme de Mortsauf — personnage qu'elle évoquait dans Baisers volés — dans l'adaptation télévisée du Lys dans la vallée[7] de Balzac tournée par Marcel Cravenne.

Années 1970Modifier

À partir de 1970, le féminisme prend une grande place dans la vie de Delphine Seyrig, et elle n'hésitera pas à mettre en danger sa carrière pour défendre la cause des femmes. Elle signe notamment le Manifeste des 343 en 1971, et l'année suivante, lors du procès pour avortement dit Procès de Bobigny, elle fait une déposition pour la défense aux côtés de l'avocate Gisèle Halimi, Simone de Beauvoir et d'autres personnalités. La première démonstration de l'avortement par la méthode de Karman a lieu dans son appartement en [8], en présence de militantes du MLF, de Pierre Jouannet[9], et de Harvey Karman (en), psychologue et militant pour la liberté de l'avortement en Californie à qui la méthode doit son nom[10].

Au théâtre, elle retrouve Pinter avec C'était hier (1971) aux côtés de Jean Rochefort et Françoise Fabian sous la direction de Jorge Lavelli. Au printemps 1972, elle joue sur Broadway la version américaine de L'Aide-mémoire (The Little Black Book) face à l'acteur américain Richard Benjamin, expérience de courte durée dû à son échec critique et commercial. En 1974, Claude Régy la dirige dans une pièce novatrice de Peter Handke, La Chevauchée du Lac de Constance, qui brille aussi par sa distribution : Delphine Seyrig, Jeanne Moreau, Michael Lonsdale, Sami Frey, Gérard Depardieu.

En 1976, Delphine Seyrig s'exile à Londres pour jouer le rôle-titre de la pièce de Rainer Werner Fassbinder,The Bitter Tears of Petra von Kant dans sa création anglaise, puis Cléopatre dans Antony and Cleopatra de Shakespeare sous la direction de Frank Dunlop. De retour à Paris, elle interprète seule sur scène Pas de Beckett (1978), avec la voix de Madeleine Renaud hors-scène.

Au cinéma, Delphine Seyrig tourne Peau d'âne (1970) de Jacques Demy avec Catherine Deneuve, puis Les Lèvres rouges (1970), du Belge Harry Kumel. Cette année-là elle enregistre un 45 tours de chansons composées par son frère, le compositeur Francis Seyrig sur des textes de Jean-Claude Carrière : Une fourmi et moi, et Quoi de plus beau qu'une marche militaire. L'année suivante elle tourne avec son compagnon Sami Frey dans Le Journal d'un suicidé de Stanislav Stanojevic, sélectionné à Cannes et à Venise. En 1972, elle retrouve Bunuel dans Le Charme discret de la bourgeoisie aux côtés de Fernando Rey et Stéphane Audran. En 1973 et 1974 elle est à l'affiche de deux thrillers internationaux,The Day of the Jackal (Chacal), de Fred Zinnemann aux cotés d'Edward Fox, et The Black Windmill (Contre une poignée de diamants) de Don Siegel avec Michael Caine.

En 1975, Delphine Seyrig est à l'affiche de quatre films présentés au Festival de Cannes cette année-là, dont trois réalisés par des femmes : Aloïse de Liliane de Kermadec, India Song de Marguerite Duras, Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles de Chantal Akerman. En 1977; elle retrouve Marguerite Duras pour Baxter, Vera Baxter, puis tourne aux côtés de Jean-Louis Trintignant et Léa Massari dans Repérages (1978) du Suisse Michel Soutter, et aux côtés de Jean Rochefort et Simone Signoret dans Chère Inconnue (1980) de Moshé Mizrahi.

Elle rencontre Carole Roussopoulos en 1974 qui lui apprend le maniement de la vidéo légère. Cette année-là, Delphine Seyrig, Ioana Wieder et Carole Roussopoulos créent toutes les trois une association Les Muses s’amusent qui devient rapidement Les Insoumuses[11], dédiée à la création vidéo féministe. Elles réalisent plusieurs films, dont Scum Manifesto (1976)[12], Maso et Miso vont en bateau (avec Ioana Wieder et Nadja Ringart, 1976). À partir d'interviews qu'elle tourne avec une vingtaine d'actrices françaises et américaines, Delphine Seyrig réalise le film Sois belle et tais-toi (1976), remettant en cause les rapports entre les sexes dans l'industrie cinématographique plus de 40 ans avant le mouvement #MeToo.

Années 1980Modifier

Delphine Seyrig partage la scène avec Sami Frey en 1981 dans La Bête dans la jungle de Henry James, adapté par Marguerite Duras dans une mise en scène de l'argentin Alfredo Arias. En 1982, elle interprète Sarah Bernhardt au crépuscule de sa vie dans Sarah et le cri de la langouste de John Murrell, avec Georges Wilson. Elle retrouve Henri Garcin en 1987 dans Un jardin en désordre d'Alan Ayckbourn, mis en scène par l'Américain Stuart Seide.

Durant cette décennie, Delphine Seyrig tourne trois films de la réalisatrice allemande Ulrike Ottinger : Freak Orlando (1981), Dorian Gray im Spiegel der Boulevardpresse (1983), Johanna d'Arc of Mongolia (1989).

Elle meurt le 15 octobre 1990, à 58 ans, dans le 10e arrondissement de Paris[13] des suites d'un cancer. Elle repose au cimetière du Montparnasse à Paris.

 
Tombe de Delphine Seyrig au cimetière du Montparnasse.

FilmographieModifier

ActriceModifier

CinémaModifier

Court métrageModifier

VoixModifier

TélévisionModifier

RéalisatriceModifier

ThéâtreModifier

DiscographieModifier

  • Quoi de plus beau qu'une marche militaire, 45 T, Polydor, 1970 (Quoi de plus beau qu'une marche militaire, Une fourmi et moi)
  • Les Quatre Saisons d'Antonio Vivaldi (récitante), 33 T 1/3
  • De doute et de grâce, avec Steven Brown, 1990

DistinctionsModifier

RécompensesModifier

NominationsModifier

Delphine Seyrig a été nommée aux cérémonies suivantes, mais sans obtenir la récompense mentionnée :

HommageModifier

À Paris, dans le 19e arrondissement, une rue et une station de tramway T3b, inaugurée le , portent son nom.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Inclus livret de 40 pages comprenant les textes de Pierre Louys et la présentation de l'album par Roger Nichols (en), musicologue britannique spécialiste du répertoire impressionniste et post-romantique français.
  2. Cet enregistrement est dédié à la mémoire de Delphine Seyrig morte avant l'édition de l'album.

RéférencesModifier

  1. a b et c Delphine Seyrig sur le site Ciné-ressources (Cinémathèque française)
  2. « Delphine Seyrig, inconnue célèbre », sur Libération.fr, (consulté le 12 octobre 2020)
  3. En 2016, Michael Lonsdale déclarera dans son autobiographie intitulée Le Dictionnaire de ma vie: « J’ai vécu un grand chagrin d’amour et ma vie s’en est trouvée très affectée. La personne que j’ai aimée n'était pas libre… je n’ai jamais pu aimer quelqu’un d’autre. C’était elle ou rien et voilà pourquoi, à 85 ans, je suis toujours célibataire ! Elle s’appelait Delphine Seyrig. »Le Dictionnaire de ma vie, Paris, Éditions Kero, , 270 p. (ISBN 2366582552), site de l'éditeur, lire: [1] Consulté le .
  4. Actérieur du cinéma
  5. Mireille Brangé, « Delphine Seyrig, ou le fantôme de la liberté », Positif, nos 617-618,‎ , p. 38-41.
  6. Delphine Seyrig, Portrait d'une comète, sur le site artfilm.ch.
  7. a et b « Le lys dans la vallée » [vidéo], sur ina.fr, Office national de radiodiffusion télévision française (consulté le 9 juillet 2012)
  8. Pavard 2012.
  9. "68', révolutions dans le genre", par Vincent Porhel [2]
  10. Porhel et Zancarini-Fournel 2009, p. 80.
  11. Timide Says, « Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig insoumuses », sur Barbi(e)turix !!, (consulté le 12 janvier 2020)
  12. Alain Carou, Térésa Faucon, Hélène Fleckinger, Callisto Mc Nulty et Émilie Notéris, SCUM Manifesto, Paris, Naima, , 87 p. (ISBN 978-2-37440-011-2, lire en ligne)
  13. Décès en France, « Mme SEYRIG Delphine Claire Beltiane - Décès en France - Moteur de recherche des personnes décédées en France », sur www.deces-en-france.fr (consulté le 1er octobre 2020)
  14. L'album sur Discogs

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Defiant Muses, Delphine Seyrig and the Feminist Video Collectives in France in the 1970s and 1980s, catalogue de l'exposition au Musée Reina Sofia, Madrid, 2019-2020.
  • Mireille Brangé, Delphine Seyrig. Une vie, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2018, 416 pages (ISBN 9782369426660).
  • François Poirié, Comme une apparition : Delphine Seyrig, portrait, Arles, Actes Sud, coll. « Domaine français », , 147 p. (ISBN 978-2-7427-6673-4).
  • Jean-Christophe Manuceau, La Désirée, Paris, L'Harmattan, coll. « Rue des écoles », , 256 p. (ISBN 978-2-343-17041-1).
  • Bibia Pavard, « Genre et militantisme dans le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception. Pratique des avortements (1973-1979) [Gender and Activism in the MLAC: practising abortions (1973-1979)] », Clio. Femmes, genre, histoire, no 29,‎ , p. 79-96 (DOI 10.4000/clio.9217, lire en ligne).
  • Alain Carou, Térésa Faucon, Hélène Fleckinger, Callisto Mc Nulty, Émilie Notéris, Scum manifesto, 2018 (ISBN 9782374400112).

DocumentairesModifier

  • Delphine et Carole, Insoumuses (2018), de Callisto Mc Nulty.
  • Delphine Seyrig - Vie, vidéos et combats, documentaire de Lila Boses, Lou Quevauvillers et Annabelle Brouard (Fr., 2020, 57 min). A la demande sur Franceculture.fr et les plates-formes de podcast
    • « La double vie, militante et artistique, de Delphine Seyrig, sur France Culture », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 12 octobre 2020).

Liens externesModifier

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