Ouvrir le menu principal

Révolution sexuelle

Le concept de révolution sexuelle, également appelé « libération sexuelle », recouvre les changements substantiels du comportement sexuel et des mœurs sexuels intervenus en Occident durant les années 1950 et au début des années 1960. Ce mouvement est essentiellement marqué par l'émancipation sexuelle progressive des femmes, puis par l'affirmation de l'égalité des sexes et entre 1966 et 1975 par la légalisation de la contraception et de l'avortement via la reconnaissance des sexualités non procréatrices.

Cette révolution est consubstantielle à deux éléments essentiels. Le premier est la sortie des régimes démographiques anciens, marqués par l'omniprésence de la mort et la nécessité d'engendrer de nombreux enfants pour contrer cette dernière, et l'entrée dans les régimes démographiques contemporains, caractérisés par une faible mortalité qui rend indispensable la limitation de la fécondité, pour empêcher tout risque d'explosion démographique. Le second élément est une révolution scientifique marquée par un faisceau de découvertes et d'avancées dans le domaine de la sexualité qui se sont accélérées dès les années 1950 : la diffusion du préservatif en latex après les années 1930, le traitement des maladies sexuellement transmissibles, au premier lieu desquelles la syphilis qui faisait des ravages depuis la Renaissance, avec la découverte des antibiotiques à partir de 1941, et la diffusion de la contraception (le stérilet est inventé en 1928, et la pilule contraceptive découverte au début des années 1950).

Elle s'accompagne d'une « révolution du droit » en Occident par lesquels les femmes acquièrent progressivement une égalité législative, notamment l'obtention du droit de vote et donc la possibilité de pousser aux réformes qui les concernent, l'égalité au sein du couple[1], le droit à la contraception[2] et le droit à l'avortement[3].

Sommaire

La révolution scientifique et ses conséquencesModifier

Fin des régimes démographiques anciensModifier

La « révolution sexuelle » puise sa première origine dans le changement de régime démographique occasionné dans les pays occidentaux par les progrès de la médecine. Les régimes démographiques anciens (avant le XIXe siècle) se caractérisaient par l'omniprésence de la mort dans la vie des sociétés humaines. La forte mortalité des enfants et des adolescents sous l'effet de maladies comme la rougeole, la rubéole, le tétanos, la coqueluche, la poliomyélite ou la tuberculose obligeait les couples à engendrer systématiquement une progéniture nombreuse (entre sept et dix enfants par femme, voire davantage), car il s'agissait du seul moyen de garantir le renouvellement des générations. Autrement, ce dernier aurait été facilement compromis, dans la mesure où un enfant sur trois (voire un enfant sur deux) n'atteignait pas l'âge adulte. Les nombreuses causes de surmortalité des adultes dans les sociétés anciennes (guerres, famines, épidémies) rendaient d'autant plus nécessaire cette forte fécondité. Dans ce contexte, ce n'était pas le plaisir qui apparaissait comme la finalité première de la sexualité humaine, mais bien la procréation. Une morale sociale ou religieuse prônant le refus du plaisir sexuel et la réduction de la sexualité au seul engendrement des enfants pouvait donc facilement trouver de nombreux adeptes.

Les choses changent radicalement à partir du XIXe siècle, principalement avec les progrès de la médecine (antibiotiques, vaccination, etc.) qui font fortement reculer la mortalité grâce à la lutte contre les maladies frappant les enfants et les adultes. La mort cesse d'accompagner chaque instant de la vie des hommes. Désormais, tous les enfants arrivent presque systématiquement à l'âge adulte. Dans les pays occidentaux, il s'ensuit dans un premier temps une phase d'explosion démographique, qui régresse et s'apaise à partir de la première moitié du XXe siècle, lorsque les couples se mettent à limiter volontairement leur fécondité à la suite de plusieurs facteurs (constat de l'inutilité - voire de la nocivité sociale - d'une descendance nombreuse, émancipation des femmes, etc.). C'est l'entrée dans les régimes démographiques modernes, caractérisés par une faible mortalité et une fécondité très réduite (deux enfants par femme en moyenne) sous l'effet d'un choix volontaire des couples, qui adoptent une attitude contraceptive.

Ce changement de régime démographique bouleverse la conception de la sexualité dans les pays occidentaux et ouvre la voie à une réhabilitation de la recherche du plaisir. Désormais, en effet, un couple n'a plus besoin que de deux coïts reproductifs dans sa vie pour renouveler les générations. La sexualité des hommes et des femmes ne peut donc plus être considérée comme tournée exclusivement vers la procréation. Du coup, les doctrines valorisant le rejet du plaisir sexuel et la focalisation sur la seule génération sont battues en brèche au profit d'une nouvelle morale qui prône comme facteur essentiel d'épanouissement dans la vie la recherche de l'orgasme, indépendamment de toute volonté d'engendrer des enfants. D'autre part, comme le renouvellement des générations semble garanti, les formes de sexualité non reproductives (homosexualité, masturbation, sodomie, etc.) n'apparaissent plus comme une menace pour l'avenir des sociétés humaines, d'où leur réhabilitation.

Perfectionnement de la contraception masculineModifier

À la suite de la révolution industrielle du dix-neuvième siècle, les progrès de la science et des techniques ont pour conséquence la fabrication de meilleurs contraceptifs. Les avancées dans la fabrication et la production du latex rendent possible la fabrication des préservatifs qui peuvent être employés par les hommes et les femmes pour empêcher la grossesse, à bas coût. À l'origine (1855) en caoutchouc et d'une épaisseur de un à deux millimètres, les préservatifs présentent une couture latérale, sont onéreux (quoique réutilisables !) et peu répandus. En 1912, Julius Fromm, un chimiste polonais, invente un procédé de production qui consiste à tremper un moule en verre dans la solution de latex ce qui permet l'obtention de préservatifs plus fins et sans couture. La marque Fromms Act est commercialisée en 1919 et toujours en vente de nos jours en Allemagne. Dès les années 1930, la production de masse de ce produit permet l'obtention d'un produit aussi fin et aussi bon marché que celui que nous connaissons aujourd'hui. L'usage du préservatif s'est réellement répandu avec la Seconde Guerre mondiale, les GIs américains se voyant fortement incités à leur utilisation : « Don't forget — put it on before you put it in ». En effet, les vétérans de la Première Guerre mondiale étaient revenus en nombre infectés d'une maladie vénérienne[réf. nécessaire] et les autorités militaires ne souhaitent alors pas que cela se renouvelle.

Développement des antibiotiques contre les maladies vénériennesModifier

Le développement des antibiotiques dans les années 1940 rend guérissables la plupart des maladies vénériennes autrefois graves, enlevant la peur et la menace des maladies sexuellement transmises telles que la syphilis.

Jusqu'alors, la syphilis associée à la propagation vénérienne habituelle pose un grave problème de santé publique. À partir de 1870, quand la maladie et ses symptômes sont formellement identifiés, les traitements à base de mercure sont largement diffusés mais les médecins ont souvent des difficultés à convaincre leurs patients de traiter cette maladie peu spectaculaire dans ses formes bénignes. Le mercure, remède pluricentenaire et l'iodure de potassium offrent une solution de traitement. Mais dans les faits, le mercure tuait autant que la syphilis elle-même. On comprend la réticence des malades à se soigner et, par conséquent, le problème insoluble de santé publique qui se posait.

La pénicilline (pénicilline G) est découverte par Sir Alexander Fleming en septembre 1928. Elle n'est introduite pour des thérapies qu'à partir de 1941, treize ans plus tard, ne servant jusque-là qu'en laboratoire, à nettoyer les boîtes de Petri de leurs bactéries. Elle sera largement diffusée après-guerre pour soigner les maladies vénériennes d'origine bactérienne.

Contraception féminineModifier

Émergence de la contraception féminineModifier

Les progrès en chimie, pharmacologie, et connaissance de la biologie et physiologie humaine mènent à la découverte et au perfectionnement des contraceptifs, stérilet ou pilule contraceptive.

Le stérilet est un dispositif de contraception intra-utérin inventé en 1928 par Ernst Gräfenberg, il contient du cuivre qui a un effet spermicide et provoque une légère inflammation de la muqueuse qui la rend impropre à la nidation. Il s'agit de la méthode réversible de contrôle des naissances la plus largement utilisée.

La recherche concernant la pilule contraceptive commence en 1953 avec les travaux des docteurs Gregory Pincus et Min Chueh Chang (en), sous l'impulsion de la pionnière du planning familial qu'est Margaret Sanger et grâce au financement privé fourni par Katharine McCormick, riche héritière et suffragette. Les premiers tests ont lieu en 1956 à Porto Rico et l'autorisation de mise sur le marché américain est donnée par la Food and Drug Administration le 9 mai 1960. D'abord réservé aux seules femmes mariées, puis étendu aux femmes célibataires, son usage se généralise en dépit de résistances légales. L'apparition des méthodes de contraception permet aux couples de contrôler leur reproduction. Elles sont légalisées en France à partir de 1967 avec la loi Neuwirth, mais les décrets d'application sont retardés jusqu'en 1974[4].

La disponibilité de préservatifs en latex bon marché, pour les hommes et du stérilet et de la pilule contraceptive pour les femmes contribue à libérer la sexualité de la menace de la grossesse, dissociant rapports sexuels et procréation. Si, avec le préservatif ou des méthodes plus traditionnelles comme le coït interrompu, les femmes étaient soumises au bon-vouloir de leurs partenaires masculins en termes de limitation du risque de grossesse, avec le stérilet et la pilule contraceptive, elles prennent la maîtrise de la fonction reproductrice de leur corps et s'affranchissent. Cela ne se fait pas sans résistance de la part du pouvoir patriarcal qui freine la légalisation et la diffusion des produits de ces découvertes scientifiques. Ce frein fait l'objet d'une analyse détaillée ci-dessous.

La médicalisation de l'avortement et sa légalisation le rendent plus sûr et plus accessible. Il ne s'agit pas d'une « révolution scientifique » en tant que telle, les méthodes employées étant connues, sa médicalisation, l'interruption volontaire de grossesse ou IVG, le rend en revanche moins risqué pour les femmes qui parfois décédaient d'une septicémie à la suite d'une intervention par une faiseuse d'anges, ne respectant pas toujours les principes d'asepsie. Une innovation scientifique en la matière, l'IVG médicamenteuse (RU 486) a lieu après la révolution sexuelle proprement dite. Les femmes obtiennent ainsi un moyen de contrôler la fonction reproductrice de leur corps à l'issue de combats législatifs acharnés[5].

Une fois tombées les menaces jumelles de la maladie sexuellement transmissible et de la grossesse non désirée, la génération du baby boom, née après la Seconde Guerre mondiale, va peu à peu faire disparaître les contraintes traditionnelles sur le comportement sexuel : contraintes morales, religieuses et légales.

Utilisation actuelle de la pilule contraceptiveModifier

Selon la gynécologue Daniela Carusi, l'usage actuel de la pilule contraceptive est un moyen d’émancipation pour les femmes relevant de nombreux questionnements : on peut distinguer des sujets récurrents portant sur l’efficacité de la pilule, sa dangerosité pour la santé et son impact sur la fertilité[6]. La pilule est un traitement médicamenteux à but contrastif utilisé généralement par des jeunes femmes en bonne santé[7]. La pilule est en France le moyen contraceptif le plus utilisé[7]. Cette méthode contraceptive efficace pour 95% des femmes (plus de 99% d’efficacité dans le cas d’une utilisation « idéale »)[6] n’est, contrairement aux idées reçues, que peu dangereuse pour les femmes en bonne santé[6]. En effet, seule 1 femme sur 100 000 souffrira de sérieux problèmes de santé après prise de la pilule[6]. Ce contraceptif ne semble pas affecter la fertilité à long terme, ni causé de crise cardiaque, de caillots sanguins ou d’accident vasculaire cérébraux[6],[8]. Elle semble même protéger les femmes du cancer ovarien et utérin[6],[8]. Cependant, les pilules dites de 3e (pilules contenant comme progestatif du désogestrel, du gestodène ou du norgestimate) et quatrième génération (pilules contenant comme progestatif de la drospirénone, de la chlormadinone, du diénogest ou du nomégestrol) semblent causer plus de sur-risque thromboembolique (controverse fin 2012-début 2013 à propos du risque de thrombose veineuse[9]) que les pilules de 2e génération (pilules contenant comme progestatif du lévonorgestrel ou du norgestrel)[10],[11]. Cela se reflète dans la diminution de l'utilisation des pilules de 3e et 4e générations en France depuis quelques années[12],[13].

Malgré une bonne accessibilité de ce moyen de contraception, chaque femme devrait consulter un médecin pour être conseillées sur quel type de pilule prendre et avoir la chance de poser des questions[6],[14]. La pilule contraceptive est un excellent moyen d’émancipation pour les femmes empêchant qu'un rapport sexuel entraîne une grossesse. Cependant, il reste contraignant : 81% des femmes s'estiment satisfaite de la pilule, mais 16% des femmes ne l'utilisant pas ou souhaitant l'arrêter justifient ce choix par le souhait d’avoir une contraception moins contraignante[9]. La pilule a joué un rôle majeur dans la révolution sexuelle durant l'émergence de la contraception féminine, mais de nos jours elle est plus délaissée en faveur de moyen de contraception moins contraignant comme le stérilet, et remet en question son efficacité et son rôle permettant l'émancipation des femmes.

Les années 1920Modifier

 
Gravure érotique maniériste

L'humanité n'a pas attendu les années 1960 pour être libertine.

Le succès en France du roman La GarçonneModifier

Dans la pratique, le grand succès en France du roman La Garçonne de Victor Margueritte, publié en 1922, ne semble pas confirmer cette thèse. En Europe, on l'imputerait à la diffusion graduelle dans le grand public des écrits de Sigmund Freud, Margaret Meadetc. Mais cette thèse est actuellement controversée par les philosophes athées tels que Michel Onfray qui y voient un schéma régressif de la femme.

Dans un premier temps, le changement principal n'est pas une augmentation du nombre de rapports sexuels mais l'apparition d'une parole plus ouverte que les générations précédentes sur ce sujet. Pour l'historien David Allyn (en), c'est une période où on se montre plus tolérant pour le sexe prénuptial, la masturbation, les fantasmes érotiques, la pornographie et, éventuellement, l'homosexualité.

Les nouvelles tenues des Années follesModifier

Lors de son spectacle au théâtre des Folies Bergère à Paris en 1926, Joséphine Baker porte une sorte de minijupe composée uniquement de bananes. Il s'agit ici d'un costume de scène uniquement et non d'un véritable vêtement. D'ailleurs la minijupe reste un classique du monde du spectacle lors de l'entre-deux-guerres[15].

Les Années folles voient aussi la disparition du corset, à la grande joie des sportives. La jupe courte peut faire son retour, au féminin, à travers le sport : la Française Suzanne Lenglen abandonne le costume usuel de tennis qu'elle porte encore à l'occasion des Jeux olympiques d'été de 1920 pour une robe signée Jean Patou à partir de 1921[16]. Cette robe présente deux caractéristiques qui font débat : les bras sont totalement dénudés et la jupe plissée s'arrête au-dessus du genou. C'est ensuite le patinage artistique, aux Jeux olympiques d'hiver de 1928 à Saint-Moritz où la Norvégienne Sonja Henie, la jeune diva du patinage artistique, se présente pour la première fois en jupe courte, et fait sensation grâce à ses mouvements audacieux et libérés du port de la jupe longue.

Les théories des disciples de Sigmund FreudModifier

Pour ĝ, le comportement humain est enraciné dans la libido. Ce paradigme psychanalytique modifie l'image de soi d'une culture entière. La pruderie victorienne est remplacée par une nouvelle conscience du désir sexuel. Les hommes ont un complexe d'Œdipe et les femmes ont une envie de pénis. Le sein de la mère est la source de toute sensation érotique de la vie postérieure. Pourtant, cette théorie freudienne est critiquée par des professionnels[Qui ?] dans le domaine.

Cette nouvelle philosophie est le soutien d'une nouvelle idéologie intellectuelle et culturelle du nouvel âge de la franchise sexuelle. Ce sont les disciples plus « révolutionnaires » de Freud, Otto Gross et particulièrement Wilhelm Reich, qui inventent l'expression « révolution sexuelle », développent une sociologie de sexe dans les années 1920 et 1930 en participant au début de la sexologie.

Les rapports Kinsey de 1948 et 1953Modifier

En 1948, Alfred Kinsey et ses collègues, répondant à une demande d'information des étudiant(e)s de l'université de l'Indiana sur le comportement sexuel humain, publient le Comportement sexuel de l'homme (Sexual behavior in the human male), et, cinq ans après, le Comportement sexuel de la femme (Sexual behavior in the human female). Leur publication amorce une révolution dans les représentations de la sexualité, et met la sexualité humaine en lumière. À l'époque, la moralité publique réprouve les discussions ouvertes à propos de sexualité humaine, et plus particulièrement sur les comportements sexuels qui n'ont pas pour finalité la procréation. Ces livres qui étudient par exemple la fréquence de diverses pratiques sexuelles comme l'homosexualité, font scandale et auront une influence considérable, beaucoup estimant que l'étude du comportement sexuel risque de briser la structure familiale et de détériorer la société américaine.

Ces livres constituent une base pour le travail de William Masters et Virginia Johnson, dont l'étude initiale, Les réactions sexuelles (Human sexual response), parue en anglais en 1966, explicite la physiologie de la clinique de la sexualité.

Le rapport Kinsey indique que la fellation est pratiquée de manière beaucoup plus fréquente que ce qui était conçu à l'époque. Kinsey avait conclu, comme Freud, aux difficultés des femmes à atteindre l'orgasme avec un homme[17].

Trois décennies de repli de la censureModifier

La censure en recul dès les années 1950Modifier

La guerre froide et la position de l'ÉgliseModifier

Aux États-Unis, le conformisme prend des traits puritains, en contradiction avec des schémas culturels plus libéraux. En réaction à cette période de puritanisme de guerre froide, une évolution culturelle amène peu à peu, au fil de la décennie, un repli de la censure.

En 1951, Pie XII condamne simplement l'éducation sexuelle dans un discours aux pères de famille, en stigmatisant une « incitation à la débauche »[18]. La question du contrôle des naissances est cependant abordée pour la première fois par l'Assemblée des cardinaux et archevêque (ACA)[18], qui se positionne en 1956, sur la base d'un rapport de Paul Richaud, l'archevêque de Bordeaux. Puis l'Église recherche une « troisième voie catholique » entre la doctrine traditionnelle et les nouvelles techniques médicales[18]. En 1961, alors que le premier centre du Planning familial ouvre à Grenoble, l'ACA rend public une « Déclaration sur la limitation des naissances » et rappelle les grands principes de la doctrine catholique :

  • condamnation des procédés chimiques[18] ;
  • régulation des naissances par la continence périodique des époux[18].

L'homme-objet version Elvis PresleyModifier

Au cours des années 1950 un chanteur / acteur particulier, Elvis Presley, présente une manière très lascive de danser en utilisant des mouvements de son corps d'une façon sexuellement suggestive. C'est « Elvis the pelvis » pour ses mouvements de hanche significatifs. Des millions de jeunes femmes deviennent ses fans, et lui leur « idole ».

Sur la scène et en concert, des jeunes femmes couinent, poussent des cris perçants et pleurent. C'est un facteur important dans la « perte d'inhibition » et la « rébellion de la jeunesse » des années 1950 et 1960.

Son succès fait dire la nouveauté de la révolution sexuelle, c'est l'émergence du désir des femmes, son affirmation, et pas seulement l'émergence de la connaissance publique des fantasmes sexuels des hommes et de la propagation de la pornographie.

La représentation de la nudité n'a jamais été bannie en Occident, elle n'est que soumise à des normes qui s'allègent progressivement.

Le sexe entre les personnes du même genre, l'homosexualité, strictement tabou à différentes époques, de domination de la société par le religieux [réf. nécessaire], est moins stigmatisé. Les femmes et les hommes, lesbiennes et gays, réclament et obtiennent de nombreux droits précédemment réservés aux couples hétérosexuels.

Fin de la censure au cinémaModifier

Le concept de Révolution sexuelle a parfois été pensé comme un mouvement s'activant en vue de la fin de la censure au cinéma[19], quand la « révolution sexuelle » démarre aux États-Unis à la fin des années 1950 dans le sillage des révélations du rapport Kinsey sur la sexualité. « La révolution sera sexuelle ou ne sera pas », annoncent les philosophes Deleuze et Guattari[19]. La doxa cinématographique américaine, très conservatrice au milieu du XXe siècle, est inscrite dans le code Hays qui spécifie que :

  1. l'adultère, parfois nécessaire pour la narration, ne doit pas être présenté explicitement, ou justifié, ou présenté d'une manière attrayante,
  2. les scènes de passion (baisers, caresses, gestes suggestifs) ne doivent pas être présentées sauf si elles sont essentielles au scénario,
  3. toute référence à la perversion sexuelle est formellement interdite ; séduction et viol sont des sujets interdits d'écran ou fortement censurés,
  4. la présentation de rapports amoureux entre les personnes de race blanche et celles de race noire est interdite,
  5. l'hygiène sexuelle et les maladies vénériennes ne sont pas des thèmes abordés au cinéma,
  6. la naissance d'un enfant (même en silhouette) ne doit jamais être représentée[20],
  7. la nudité (réelle ou suggérée) est interdite ainsi que les allusions d'un personnage à ce sujet,
  8. les danses lascives et les costumes trop révélateurs sont interdits.

Bref, le cinéma se veut le reflet d'une société morale, prude, austère, bien-pensante, correcte. Dans les faits, la société est éloignée de ce miroir déformant : c'est ce que révèlent les travaux publiés par Alfred Kinsey en 1948 et 1953.

Brigitte Bardot choque dès 1956Modifier

Le code Hays est aboli en 1966 et cède la place à un climat érotique croissant popularisé. Progressivement, l'opinion publique devient plus tolérante vis-à-vis de la nudité partielle pour les hommes, et de l'affichage des seins pour les actrices, d'abord dans les « films adultes », et plus tard dans les films plus grand public. En France, Et Dieu… créa la femme marque, en 1956, la propulsion de Brigitte Bardot au rang de sexe-symbole et déchaîne une hystérie médiatique : toute la société française n'est pas encore prête à accepter l'image d'une femme émancipée.

L'émergence du cinéma érotique à la fin des années 1950Modifier

Les historiens situent à la fin des années 1950 ou au début des années 1960, l'émergence réelle du cinéma érotique, se détachant d'une longue série commençant au début du siècle par des films ou des bouts de films libertins ou « naturistes » et se prolongeant par des films d'amour intégrant des scènes audacieuses de nudité ou de sexe mais sans « passage à l'acte » explicite. C'est l'époque au cours de laquelle l'idéologie érotique ou sexualiste est constituée et prête à servir de vecteur de lancement d'une littérature et d'un cinéma spécifiques. Des films comme Le diable au corps (Autant-Lara, 1947), L'amant de Lady Chatterley (Allégret, 1955), Et Dieu créa la femme (Claude Vadim, 1956), Les amants (Malle, 1958), Les Liaisons dangereuses (Vadim, 1959), etc., qui ne constituent déjà plus une avantgarde pour public averti, semble à la charnière de « l'adolescence » et de la « maturité » du cinéma érotique.

Une catégorie de stars particulièrement bien dotées en charisme et en sex appeal émerge. Ainsi, une culture entière apparaît, immergée et érotisée par le film et la culture TV. Des actrices comme Mae West, Raquel Welch, Jane Fonda ou Sophia Loren ont exposé explicitement leur aura sexuelle dans les castings dont étaient friands les médias.

En 1959, la Justice américaine bouscule la censure littéraireModifier

Aux États-Unis, le roman Tropique du Cancer d'Henry Miller (1934) n'avait pas pu être publié car il contient des passages sexuels explicites et une édition imprimée par Obelisk Press à Paris a du coup tenté de pénétrer en contrebande aux États-Unis.

De 1959 à 1966, des interdictions contre trois livres au contenu érotique explicite sont demandées aux tribunaux, et refusées. Un peu auparavant, une réforme des règlements (aussi bien que des coutumes locales et des actions de surveillance) détermine ce qui peut et ne peut pas être publié. Par exemple, le service des douanes des États-Unis interdit Ulysse de James Joyce, en refusant son importation. Le grand poids porté par l'Index librorum prohibitorum de l'Église catholique romaine parmi des catholiques constitue un boycott effectif, efficace, et immédiat de tout livre qui y est recensé. La Watch and Ward Society (en), une création en grande partie protestante inspirée par Anthony Comstock, fait de la chasse à l'outrage un sport national.

En 1959, Grove Press publie la version non expurgée de L'Amant de Lady Chatterley par D.H. Lawrence. La poste des États-Unis confisque des exemplaires envoyés par courrier. L'avocat Charles Rembar (en) poursuit en justice le receveur du bureau de poste de New York, et gagne à New York, puis en appel fédéral. L'année suivant, la contestation et son contentieux s'étendent à l'Angleterre.

Le repli de la censure dans les années 1960Modifier

Le repli de la censure dans les années 1960, dans le sillage de celui des années 1950, a été brièvement freiné en 1960 lors du scandale public des « ballets roses », mais reprend très vite.

L'émotion après l'Affaire des ballets rosesModifier

En 1959 éclate l'affaire dite des « ballets roses » avec la parution dans le quotidien Le Monde daté du 10 janvier 1959, d'une brève informant de la mise sous mandat de dépôt, quelques semaines auparavant, d'un soi-disant policier accusé de détournement de mineures, puis le 23 janvier, un article plus développé dans l'hebdomadaire politique Aux écoutes du monde Le président de l'Assemblée nationale André Le Troquer, mis en cause, oppose aux « allégations publiées un démenti sans réserve, catégorique, absolu »[21], alors qu'il est dénoncé pour des bacchanales avec sa maîtresse artiste peintre, mais surtout avec des adolescentes âgées de quatorze à vingt ans. Il est condamné le à un an d'emprisonnement avec sursis et à une modeste amende (3 000 francs) en relation avec l'affaire, alors que ses comparses sont punis bien plus lourdement. À l'issue du procès, par jugement en date du 9 juin 1960, vingt-deux des vingt-trois prévenus sont condamnés. L'organisateur, Pierre Sorlut, écopa de cinq ans de prison ferme, réduits à quatre ans en appel

L'échec de la censure littéraire anglaise en 1960Modifier

En Angleterre, en 1960, le gouvernement britannique essaie sans succès de poursuivre Penguin Books pour obscénité, pour avoir édité L'Amant de Lady Chatterley, le roman de D.H. Lawrence, interdit depuis les années 1920 pour son contenu choquant. Mervyn Griffith-Jones synthétise les raisons de la plainte devant le jury : « Est-ce un livre que vous souhaiteriez que votre épouse lise ? ». Après l'échec de la demande d'interdiction, le roman devient un best-seller, se vendant à 2 millions d'exemplaires.

En 1965, Tom Lehrer célèbre l'appel érotique du roman dans sa chanson gaiement satirique Smut avec le couplet « qui a besoin d'un passe-temps comme le tennis ou la philatélie a obtenu un passe-temps : relecture de Madame Chatterley ».

Les suites de la jurisprudence sur « Fanny Hill »Modifier

Les décisions de Justice qui légalisent la publication de Fanny Hill ont un effet très important : libérés des craintes d'action judiciaire, les travaux au sujet du sexe et de la sexualité apparaissent et plus seulement dans le domaine de la fiction.

En 1962, Helen Gurley Brown publie Sex and the single girl (en) (en traduction française : Quitte ou double). Le titre lui-même aurait été impensable une décennie plus tôt et trois ans plus tard, en 1965, elle devient rédactrice en chef du magazine féminin américain Cosmopolitan.

En 1969, Joan Garrity, s'identifiant seulement en tant que « J. », publie The Sensuous Woman (en traduction française : La femme sensuelle), plein de conseils pratiques, par exemple pour améliorer la dextérité de la langue. La même année voit l'apparition du livre de David Reuben (en) Everything You Always Wanted to Know About Sex (But Were Afraid to Ask) (en) (en traduction française : Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander). En dépit des qualifications médicales de Reuben, ce livre est accessible. Pour beaucoup de lecteurs, il tient exactement ses promesses. Une femme d'une petite ville du Wisconsin déclare : « jusqu'à ce que j'aie lu ce livre, je n'avais jamais réellement su avec précision ce que les homosexuels faisaient »[réf. nécessaire].

Les progrès sur la littérature aux États-UnisModifier

En 1961, Grove Press publie une copie de l'œuvre de Miller des années 1930, Tropique du Cancer, et des procès sont intentés contre des douzaines de libraires en beaucoup d'États qui le vendent. La question est finalement réglée en 1973 via la Cour suprême des États-Unis par l'arrêt Miller v. California. Par cette décision, la cour définit l'obscénité par ce qui s'appelle maintenant le test Miller. Selon le Wikipédia anglophone, « Aux États-Unis, la pornographie inconditionnelle est légale à moins qu'elle contredise le test de l'obscénité de Miller, ce qu'elle ne fait presque jamais ».

En 1965, Putnam publie le roman Fanny Hill de 1750 de John Cleland. Charles Rembar fait appel d'une décision de justice jusqu'à la cour suprême des États-Unis, et gagne.

Dans l'arrêt Memoirs v. Massachusetts (en), la Cour décide que le sexe est « une grande et mystérieuse force motrice dans la vie humaine » et que son expression en littérature est protégée par le Ier amendement de la Constitution. La principale réserve est qu'une incitation « à l'intérêt lascif » pourrait être interdite. Dans une expression célèbre, la cour indique que l'obscénité est « tout à fait sans importance sociale rédemptrice », et que, inversement, aucune œuvre d'un peu d'importance sociale n'est obscène, même si elle contient des passages isolés susceptibles de « diffamer ou corrompre » quelques lecteurs.

Cette décision est particulièrement importante, parce que, des trois livres mentionnés, Fanny Hill est celui qui fait le plus appel à l'intérêt lascif, par rapport à ses mérites littéraires et son « importance sociale rédemptrice ». Considérant que si une version expurgée de L'Amant de Lady Chatterley avait été éditée par le passé, aucune version expurgée de Fanny Hill ne l'avait jamais l'été (et il est difficile même d'imaginer le produit d'un telle entreprise). En permettant la publication de Fanny Hill, la Cour suprême place la barre pour n'importe quelle interdiction si haute que Rembar lui-même considère la décision de 1966 comme « la fin de l'obscénité ».

La pornographie sur papier glacé : Playboy a pignon sur rue dès 1965Modifier

 
« Liberté ! Égalité ! Sexualité ! ». Les postulats de la révolution française sont toujours valables en 2018 à la marche des fiertés de Katowice, Pologne.

Playboy, magazine de la presse masculine américain fondé à Chicago en 1953 par Hugh Hefner, est connu pour ses playmates et ses photographies érotiques, mais aussi pour certains de ses articles de qualité ou des pages dépeignant la nudité et les actes sexuels se voulant très sophistiquées. Dès 1965, le siège social se situe dans le Palmolive Building à Chicago, renommé à l'occasion « Playboy Building » et symbole de la fierté d'avoir « pignon sur rue ». D'autres magazines érotiques se voient acceptés en tant que journaux respectables aux États-Unis, où les célébrités s'expriment en sécurité, puisque la liberté de la parole leur est garantie par la constitution américaine mais le mouvement féministe va plus tard s'opposer à la description des femmes comme des « objets » dans des contextes comme les revues pornographiques et des concours annuels tels que Miss Monde et Miss Univers.

La fin de la censure dans les années 1970Modifier

En 1971, la croisade de Jean RoyerModifier

En France, Jean Royer député-maire de Tours lança en juin 1971 une campagne contre la pornographie au cinéma[22], quelques mois avant la première diffusion à grande échelle d'un film pornographique aux États-Unis. Au cours de l'année 1971 en France, de nombreuses féministes quittent les groupes maoïstes et gauchistes jugés trop violents, en particulier après les événements du 9 mars 1971 à Paris. Ces dernières se rapprochent du FHAR (Front homosexuel d'action révolutionnaire) créé en mars 1971. Le no 12 de Tout!, leur journal, daté du 23 avril, est accusé d'être « pornographique » et interdit à la vente, pour avoir évoqué en première page la « libre disposition de notre corps », avec une photo de fessier [23] mais la mesure vise surtout Jean-Paul Sartre, directeur de publication, inculpé, et qui avait l'année précédente pris la défense de militants maoïstes[22]. Le numéro réclame le « droit des mineurs à la liberté du désir et à son accomplissement » alors que la majorité sexuelle en France est fixée à 21 ans. La politique de censure vise aussi, plus généralement, les avortements interdits dont les féministes Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir font la publicité via le manifeste des 343 femmes ayant avorté à l'étranger, qu'elles ont corédigé en avril 1971.

À la fin de l'année 1971, Jean Royer est invité à participer à un débat télévisé face au gaulliste de gauche Maurice Clavel, qui décide dès le début du débat de quitter le plateau en lançant un tonitruant « Messieurs les censeurs, bonsoir ! », l'un des évènements notables de la Télévision française des années 1970. Maurice Clavel reproche alors une censure portant sur un mot de Georges Pompidou sur la Résistance (le mot « aversion ») coupé dans son documentaire.

En 1972, le premier film pornographique à distribution grand publicModifier

Gorge profonde est le premier film pornographique à connaître, en 1972, une distribution grand public et renvoie toute critique au statut de « ringard » : « Gorge profonde a été un des premiers films pornographiques à obtenir une audience débordant les salles pornographiques. Il a défié les lois américaines sur l'obscénité et a été présenté dans des salles de cinéma 'ordinaires' ; il a ainsi participé à la 'libération' de la pornographie aux États-Unis et dans le reste du monde occidental. Il a fait de la pornographie un phénomène social acceptable qui ne pouvait être contesté que par des conservateurs, des groupes religieux et des femmes coincées »[24].

Le cinéma américain, fondé dans les années 1920 par des immigrants de fraîche date, issus des ghettos d'Europe centrale, à partir de leurs propres rêves et de leur propre conception du rêve américain[19], celui d'un pays plus accueillant, tolérant ou optimiste qu'il ne l'était réellement[19], a très tôt été plus libéral que la société américaine[19].

Certains travaux universitaires attribuant à l'évolution des mœurs, plus particulièrement à la libération sexuelle, le développement d'un cinéma érotique ou pornographique[19]. Ce point de vue déterministe paraît contestable car le cinéma ne constitue pas forcément un miroir plus ou moins fidèle de la réalité sociale ou historique[19]. Des films élitistes et anticonformistes comme Orange mécanique de Stanley Kubrick (1971), Les tricheurs de Marcel Carné (1957), Jules et Jim, de François Truffaut (1962), etc., loin de refléter la réalité sociale observable, proposent des modèles de comportements, dans le domaine des mœurs et des rapports interhumains, encore insolites dans la société de l'époque[19].

L'acceptation de la représentation médiatique de la nudité frontale ou de la sexualité devient la norme dans beaucoup de pays américains et européens.

The Joy of Sex, « manuel de sexe » de 1972Modifier

L'année 1972 est marquée par The Joy of Sex (en traduction française : Les joies du sexe) d'Alex Comfort. C'est le premier manuel de sexe avec une description visuellement explicite des rapports sexuels à être édité pour le grand public, ouvrant la voie à la publication généralisée des manuels de sexe en Occident.

En 1975, Zeig Mal! (Show Me! (en) en traduction anglaise) de Will McBride, écrit avec la psychologue Helga Fleichhauer-Hardt pour des adolescents et leurs parents. Ces livres ont un certain nombre de points en commun. Ils sont concrets, et, de fait, éducatifs, pour un lectorat traditionnel. Leurs auteurs sont invités dans des spectacles, télévisés ou non, de fin de soirée, et font des lectures publiques.

Des livres écrits plus tôt comme What Every Girl Should Know de Margaret Sanger (1920) et A Marriage manual, a practical guidebook to sex and marriage (Hannah et Abraham Stone, 1939) avaient déjà cassé le silence total dans lequel beaucoup de gens, de femmes en particulier, ont grandi.

Innovations des sixties : sociologie, minijupe et pédagogieModifier

L'apparition des mini-jupes au début des sixtiesModifier

Le port de la minijupe, développé par la styliste anglaise Mary Quant au début des années 1960 a été très vite popularisé dans le monde occidental. Devenue un des symboles de la libération de la femme, la minijupe fut l'une des manifestations de l'évolution des mœurs vestimentaires féminines.

La représentation de la nudité, se libère après avoir été enfermée dans le carcan d'un prétexte mythologique : la cohorte des dieux gréco-romains aux multiples amours, les nymphes aux cuisses diaphanes.

La revue Partisans et les cours de sociologie d'Henri Lefebvre à NanterreModifier

L'année 1965 voit l'arrivée à l'université de Nanterre de Henri Lefebvre, professeur de sociologie, spécialiste de « la vie quotidienne », venu de Strasbourg. La revue Partisans de l'éditeur François Maspero publie l'année suivante un numéro « Sexualité et répression » qui comprend des contributions des principaux théoriciens de la révolution sexuelle et des enquêtes sur la situation des jeunes et des femmes visant à illustrer la misère sexuelle en déclarant : « Il nous a donc semblé nécessaire de montrer l'importance fondamentale du vieux débat, liberté ou répression, dans la perspective de cette société égalitaire et libertaire que nous souhaitons voir naître un jour ». Dans le sillage de ses étudiants pour cette revue[25], Henri Lefebvre conçoit pour l'année universitaire 1966-1967 un cours « Sexualité et société ». Ses étudiants du campus de Nanterre, des libertaires et membres de la JCR, fondée en 1966, mènent « une campagne sur le thème de la révolution sexuelle ». Certains de ses étudiants sont influencés par d'autres auteurs, Guy Debord en particulier[26] et la mouvance situationniste en général s'en réclament[27].

Les situationistes Guy Debord et Raoul VaneigemModifier

En 1966, Mustapha Khayati écrit De la misère en milieu étudiant, avec l'assentiment de Guy Debord, un pamphlet qui provoque le « scandale de novembre-décembre 1966 dans l'Association fédérative générale des étudiants de Strasbourg »[28], dont il s'était fait élire président local.

Deux livres de ses amis suivent un an après : La Société du spectacle de Guy Debord (publié le initialement chez Buchet/Chastel) et Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations de Raoul Vaneigem (publié le chez Gallimard). Les étudiants s'emparent du premier, critique radicale de la marchandise et de sa domination sur la vie. L'auteur y voit la forme particulière de l'« aliénation » de la société de consommation. Les situationnistes proposent de « dissoudre la société présente pour accéder au règne de la liberté » afin de « vivre sans temps morts et jouir sans entraves ».

Ce mot « jouir » va heurter, choquer. Le journal d'extrême droite Minute mène campagne en évoquant des rumeurs de « sexualité de groupe ». Le quotidien Le Monde énumère les cibles des situationnistes, en fait beaucoup plus nombreuses que la famille : l'Église et la société bourgeoise, l'Université, les professeurs, les étudiants, le léninisme et la révolution chinoise sont moqués.

Summerhill en Angleterre, Ivan Illich au MexiqueModifier

Au même moment, un intérêt pour les pédagogies non-autoritaires est stimulé par la curiosité découlant de recherches éducatives, même si aucun lien avec la révolution sexuelle n’apparaîtra. En 1970, Libres enfants de Summerhill est publié en France aux Éditions Maspero dix ans après sa première publication à New York, suivi en 1971 de Une société sans école d'Ivan Illich (au Seuil). Aucun de ces deux ouvrages ne prône la nudité, ou alors dans des cas exceptionnels, et encore moins la pédophilie, même si l'école de SummerHill autorise les hommes à prendre leur repas torse nu l'été[29], selon la critique d'Alexandre Labosse, écrivain, éditeur et professeur[30] en 2011, ou les baignades nus dans la piscine[31]. La traduction française du livre d'Alexander Sutherland Neill avoisine les 400 000 exemplaires vendus en dix ans[31].

L'école libertaire anglaise de Summerhil fondée en 1921 par le psychanalyste libertaire Alexander Sutherland Neill à Summerhill, dans l'est de la Grande-Bretagne permet aux enfants d'aller en cours quand ils le veulent, ou de casser le matériel. Tout comme le centre de recherches éducatif de Cuemavaca (Mexique) fondé en 1966 par Ivan Illich devient lieu de pèlerinage pour certains hippies[32] de tous les coins du monde[31]. Dans la presse, les critiques portent uniquement sur le fait que les enfants vivent dans une bulle utopique, loin du monde réel de l'entreprise et des associations[31].

Trente ans après, de rares lieux pour élèves en difficulté et enseignants rebelles à l'institution, tel le Lycée expérimental de Saint-Nazaire fondé en 1982 par Gabriel Cohn-Bendit, se réclament encore de Summerhill[31]. Leurs critiques portent sur l'absentéisme et le taux d'échec aux examens, pas sur la sexualité. Les critiques de l'école mexicaine d'Ivan Illich n'abordent pas non plus sur le sujet[33].

De 1962 à 1965, la Révolution sexuelle des Jeunes chrétiensModifier

La Jeunesse étudiante chrétienne et son « Cri » de 1964Modifier

Au début des années 1960, les dirigeants de l'association Jeunesse étudiante chrétienne (JEC ) font appel au journaliste progressiste Georges Hourdin pour créer leur propre journal, Le Cri, qui prend des positions innovantes pour l'époque. Le premier numéro sort en avril 1962, deux mois avant l'indépendance de l'Algérie. Côté protestants, les étudiants en théologie et en lettres prennent le contrôle du Semeur, la revue de la Fédération française des associations chrétiennes d'étudiants (FFACE)[18]. Ces derniers publient, en 1963, un numéro zéro qui critique, dans un article de Jean Baubérot sous pseudonyme, l'éthique protestante en matière de sexualité[18].

En mars 1964, Le Cri consacre un numéro spécial à l'amour en se basant sur une étude statistique et un recueil de témoignages[18]. C'est l'année de la déconfessionalisation de la CFTC, devenue CFDT. L'éditorial du Cri, dans ce numéro, dénonce la marginalisation des couples cohabitant alors qu'ils sont encore non salariés, leurs conditions de vie et la désapprobation morale qu'ils suscitent dans la société et l'Église[18].

Le journal dénonce aussi le rôle de l'Église catholique dans l'impréparation sexuelle : « un certain nombre de jeunes couples, et parmi eux des catholiques, mettent en question le droit des Églises à se saisir de leur situation sexuelle »[18]. Un article proclame même que « la libération de la femme, capable de mener une vie sexuelle libre, est d'une importance capitale »[18]. Il dénonce le mariage comme seule forme légitime de vie commune, salue les moyens de contraceptions chimiques et veut rompre le lien systématique entre acte sexuel et reproduction[18].

La Jeunesse ouvrière chrétienne coupée en plein élan en 1968Modifier

Depuis le début des années 1960, la Jeunesse ouvrière chrétienne organise des cours d'éducation sexuelle[18]. Au Conseil national de 1962, à la suite du dépouillement du questionnaire sur « l'amour dans la vie ouvrière »[18], une motion sur « le problème de l'amour dans la vie ouvrière » déplore que « 80 % des jeunes travailleuses n'ont aucune initiation en tout ce qui concerne une évolution de leurs corps et tout ce qui touche à l'amour »[18]. La même année, après deux ans d'expérimentation, le Conseil national du mouvement chrétien de jeunes décide de la constitution officielle de « comités d'action » au sein même des entreprises ou des écoles pour répondre aux problèmes spécifiques : l'un des quatre thèmes est « l'initiation sexuelle »[18], dans une société où 66 % des jeunes de 16 à 24 ans interrogés en 1961 considèrent que les pratiques sexuelles avant le mariage sont normales ou positives[34]. Une plaquette « Psychologie de la fille et du gars » est incluse dans la pochette d'éducation sexuelle donnée aux militants.

Jusque là, des livres comme Des enfants malgré nous, de Jacques Derogy (1956), ou La grand'peur d'aimer, de Lagroua Weill-Hallé, fondatrice du Mouvement français pour le planning familial (1960)[18], avaient plutôt témoigné de l'impréparation des couples à la sexualité, du désarroi face aux maternités non choisies, et du refus médical d'aider les femmes en détresse[18]. La JOC se base ensuite sur la « détresse propre aux milieux populaires et ouvriers » pour « surmonter la réserve proprement catholique, selon laquelle il revient aux familles d'être les premières éducatrices » en matière sexuelle[18].

L'éducation sexuelle est un des nombreux thèmes de la grande manifestation appelée « rassemblement Paris 1967 » qui compte 50 000 participants[18]. Le mouvement est alors principalement composé d'adolescents et de très jeunes adultes[18]. La JOC de 1967 se questionne sur la possibilité de devenir un mouvement mixte[18]. La création du Ministère de la Jeunesse et des Sports en 1963 puis en 1964 du Fonds de coopération de la jeunesse et de l'éducation populaire (FONJEP) témoigne de l'investissement grandissant de l'État, qui aide à la création de 430 postes salariés dans les associations de son secteur[18]. Mais l'année 1968 apparaît comme un tournant dans ces subventions, qui s'assèchent[18]. Après 1968, la puissance publique choisit de réorganiser la politique de la jeunesse vers le « culturel » plutôt que le « socio-culturel », les Maisons des jeunes et de la culture (MJC) et le secteur sportif municipal plutôt que les mouvements subventionnés[18].

Les déceptions de Vatican II après l'avancée protestante de 1964Modifier

Après le recul d'une moralité à caractère patrimonial fondée sur la tradition de chasteté judéo-chrétienne au cours des années 1960, des préceptes comme le « croissez et multipliez » de la Genèse, deviennent aussi controversés dans des pays développés (Europe du Nord, États-Unis)[réf. nécessaire].

Le 6 décembre 1964, le Conseil National de l'Église Réformée de France déclare légitime les méthodes contraceptives.

Du côté catholique, le Concile Vatican II déçoit car il ne prend aucune décision au sujet de la contraception, malgré son engagement sur le terrain social. Alors que plusieurs voix s'étaient fait entendre à différents niveaux de l'Église catholique afin d'autoriser la pilule, le pape Paul VI publie, le 25 juillet 1968, l'encyclique Humanae Vitae dans laquelle il condamne la contraception. Sur ce point, la Doctrine de l'Église catholique sur la sexualité n'a pas changé. Une déclaration qui marque un décalage entre libéralisme social catholique et malthusianisme protestant.

Le retour en arrière après le coup d'État de 1966 en ArgentineModifier

Dès les années 1960, le droit d'une femme à un avortement suscite des réactions d'activistes traditionalistes contre des avortements de la « pro-vie » contre les « pro-choix ». La libération sexuelle, couplée à l'individualisme, suscite ainsi parfois un courant réactionnaire puissant, qui s'incarne par exemple dans la dictature de la Révolution argentine (1966-1973), influencée par le national-catholicisme[35]. La politique est ainsi imbriquée dans des questions sexuelles connexes, appelées la « politique du sexe »[36].

Années 1960 et 1970 : la libération des grossesses non choisiesModifier

Plus que de « révolution sexuelle », les féministes du début des années 1970 parlent plutôt de « libération sexuelle », mais au sens de libération de la peur des grossesses non choisies qui se sont multipliées depuis les années 1960 car la contraception orale est toujours interdite aux moins de 21 ans et le restera jusqu'à la fin 1974, même si le pragmatisme des gouvernements sous le président Pompidou les a amenés à fermer les yeux sur le sérieux travail de prévention fait par le Planning familial, à partir des décrets d'application de la Loi Neuwirth de 1967, très attendus par les féministes.

En France comme en Allemagne ce sont des personnalités féminines en lien avec les syndicats qui font avancer le progrès en matière de contraception orale. En Allemagne Alice Schwarzer, Helke Sander et Sigrid Rüger, et en France Gisèle Halimi, Simone Iff et Suzanne Képès.

Trois féministes allemandes qui font avancer la réflexionModifier

En Allemagne, le « coup de tomate de 1968 », un coup d'éclat mené par les deux féministes les plus connues d'Allemagne à cette époque, Helke Sander et Sigrid Rüger. Auréolée d'un prestige important, la première se lance dans une bataille qui permettre à l'Allemagne de légaliser l'avortement un peu avant son voisin français[37]. Dès janvier 1968, elle avait lancé les premières crèches permettant aux jeunes femmes d'entrer sans trop de souci dans la vie professionnelle et sans se ruiner même après une maternité. En 1970, seize professeurs de Droit Pénal présentent un premier projet de réforme de l'article 218 du Code Pénal régissant le Droit de l'avortement en Allemagne[37]. Le , deux mois après un événement similaire en France, la couverture d'un grand magazine, le Stern, montre les visages d'une vingtaine de femmes qui avouent ouvertement : « Nous avons avorté »[37]. À l'intérieur du journal on trouve 374 signatures de femmes qui disent avoir commis le même « crime », qui peut être condamné de une à cinq années de réclusion[37].

Le combat d'Helke Sander se poursuit avec la journaliste Alice Schwarzer, qui importe l'idée en France d'un MLF. Elle se bat pour l'avortement et la contraception en 1971 et 1972 fait évoluer les mentalités dans une Allemagne encore très conservatrice[37].

Le 26 avril 1974, la Diète Fédérale adopte la loi légalisant l'IVG durant les trois premiers mois de la grossesse après une consultation préalable[37], mais les menaces de recours constitutionnel de la droite, brandies depuis 1970, se concrétisent et 193 parlementaires obtiennent satisfaction pour déclarer la loi anticonstitutionnelle[37]. Une nouvelle version doit donc être adoptée le 12 février 1976[37]. La lutte contre l'article 218 du code pénal, qui interdisait l'avortement, prend surtout de l'ampleur dans les villes déjà au centre d'un engagement féminin en 1968 (Berlin, Munich, et Francfort)[37]. Les réseaux de groupes de femmes et de crèches anti-autoritaires établis en 68 ont eu un effet positif pour la formation du mouvement d'importance appelé « campagne 218 »[37].

Mourir d'aimer et le Groupe information santéModifier

Charles Aznavour, se trouve en France lors du suicide en septembre 1969 de Gabrielle Russier, mère célibataire et professeure de lettres dans les quartiers nord de Marseille, une tragédie, qui l'a révolté : il s'attelle dans la foulée à la chanson Mourir d'aimer, qui fait tout d'abord un tabac. Puis c'est André Cayatte qui tourne en 1970 le film Mourir d'aimer inspiré de l'histoire vraie de cette professeure condamnée à un an de prison avec sursis pour enlèvement et détournement de mineur après une liaison amoureuse de plus d'un an avec Christian Rossi, son élève âgé de 17 ans et demi. Annie Girardot est en une du magazine L'Express du [38], à la sortie du film, qui fait polémique mais devient peu à peu un grand succès, avec 5,9 millions d'entrées.

Au moment de la sortie du film, en février 1971, Jean Carpentier, médecin à Corbeil, qui a voulu aider deux adolescents affectés par les remontrances subies pour s'être embrassés dans le lycée[39] est interdit par le conseil de l'ordre d'exercer son métier pendant un an, puis condamné par la justice pour « outrage aux bonnes mœurs » pour un tract intitulé « Apprenons à faire l'amour »[39], ensuite distribué au printemps 1971 à Corbeil et dans les lycées de France[39] par le médecin Pierre Jouannet et ses amis du Groupe information santé. Nicole Mercier, professeur de philosophie à Belfort[39], a accepté, à la demande de ses élèves de commenter ce tract et fait l'objet d'une plainte de la part d'un parent d'élève puis est inculpée d'outrage aux bonnes mœurs[39] mais bénéficiera d'un non-lieu[40] après avoir reçu en 1972 le soutien du Sgen CFDT[41].

Simone de Beauvoir organise les déclarations d'avortements en France et en AllemagneModifier

Après la sortie de Mourir d'aimer en 1971, les choses s'accélèrent : le , un « commando saucisson » interrompt le meeting à la Mutualité de « Laissez-les vivre » et le 10 mars Ménie Grégoire doit suspendre son émission (sur RTL) consacrée à « Ce douloureux problème, l'homosexualité »[42] car elle a été perturbée par des activistes du Front homosexuel d'action révolutionnaire, créé le soir même, à la suite de l'émission tandis que le lendemain une version allemande du MLF voit le jour lors de son premier congrès à Francfort.

Puis le 5 avril 1971, c'est le manifeste des 343, réunies par Simone de Beauvoir sur le droit à l'avortement tandis que deux semaines après, le Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR) est fondé par un ensemble d’articles, coordonnés par Guy Hocquenghem, dans Tout !, dont Jean-Paul Sartre est le directeur[43].

En mai 1971 c'est le premier numéro du journal du MLF, Le torchon brûle[44] et le 6 juin 1971 la « une » du magazine allemand Stern affiche 374 femmes qui ont avorté, trente de plus que deux mois plus tôt en France, où l'association Choisir la cause des femmes est fondée en juin par Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir. Le 20 novembre 1971 voit première manifestation publique du MLF[45].

Les réformes Chaban Delmas et le rapport SimonModifier

L'année 1972 voit l'affaiblissement du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas, à qui les conservateurs Marie-France Garaud et Pierre Juillet reprochent la nomination de Pierre Desgraupes à l'ORTF et son projet de « Nouvelle société » inspiré par Jacques Delors. Le 15 février 1972, il répond à une campagne de presse virulente, à propos de sa déclaration fiscale[46]. Il contre-attaque en mars par l'autorisation du stérilet sous certaines conditions[47] et le par le décret d'application, très attendu, de la loi Neuwirth de 1967: création des centres de planifications et d'éducation familiale (CPEF), permettant un accès libre, gratuit et surtout anonyme à tous les types de contraceptifs[48].

Ce décret détermine les modalités d'agréments administratifs préalables des CPEF. Alors que les EICCF sont tous gérés par des associations avec le plus souvent une approche non-médicale, les CPEF sont mis en place par des collectivités locales, des établissements hospitaliers et des associations, et donc une vocation beaucoup plus large et ambitieuse[49]. Ces centres pourront assurer des « consultations médicales relatives à la maîtrise de la fécondité », la « délivrance à titre gratuit, des contraceptifs, aux mineurs désirant garder le secret » ainsi que le « dépistage et traitement de maladies transmises par la voie sexuelle »[48]. En 1980, il sera décidé que l'ouverture d'un CPEF rend obligatoire, en plus du personnel médical, de disposer d'une personne compétente en matière de conseil conjugal et familial[49],[50].

Le début de 1972 voit aussi la publication de l'enquête sur la sexualité et la contraception du docteur Pierre Simon, dans le sillage de l'enquête suédoise équivalente[51]. À la différence du Rapport Kinsey, les deux études se basent sur un échantillon représentatif, constitué avec 2 389 personnes et l'IFOP pour la France. Et en 1973, Simone de Beauvoir indique que seulement « 7 % des Françaises utilisent des méthodes contraceptives officielles » en raison d' une carence en matière d'information sur le sujet[52]. L'enquête française, qui dit s'inspirer de l'enquête suédoise de 1969, se différencie des enquêtes américaines[53], car elle « s'inscrit au contraire dans un mouvement de libération des mœurs. Elle souhaite porter un regard sur la « sexualité contraceptée » mais se limite au cadre conjugal et exclut ainsi les mineurs »[53].

Le procès de BobignyModifier

Le Procès de Bobigny en octobre et novembre 1972 à Bobigny (Seine-Saint-Denis) est préparé par une année de mobilisation des intellectuels par Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir les deux corédactrices du manifeste des 343 en avril 1971. Cinq femmes y furent jugées : une adolescente de 16 ans qui a avorté à l'automne 1971 après un viol, et quatre femmes majeures, dont sa mère, pour complicité ou pratique de l'avortement. Ce procès pour avortement bénéficie d'une énorme couverture de presse: le 11 octobre 1972, L'Humanité met comme surtitre « Marie-Claire » sur chacun de ses articles en lien avec l'affaire[54]. Les autres journaux parlent aussi de « l'affaire Marie-Claire »[54]. L'utilisation de son prénom la protège tout en devenant un signe de reconnaissance »[54]. La presse, y compris le journal La Croix, fait d'elle une héroïne bien malgré elle. Le Figaro du 23 novembre 1972, fait sa une sur « l’avortement en question » et fait témoigner un médecin, le professeur Paul Milliez, et un prêtre, Michel Riquet[54]. Pour eux, l'avortement devient nécessaire parfois, lorsqu’il s’agit de sauver la vie de la mère. Le lendemain du procès, France-Soir publie sur sa une la photo du professeur Milliez avec en titre « J'aurais accepté d'avorter Marie-Claire »[54].

Le 11 octobre 1972, Gisèle Halimi évoque la foule dehors qui scande « L'Angleterre pour les riches, la prison pour les pauvres ! ». Une manifestation du MLF et de Choisir avait été organisée quelques jours plus tôt, et brutalement réprimée sur consigne du ministre de l'Intérieur. Pendant l'audience, le procureur émet des doutes sur la réalité du viol de la jeune fille, s'étonnant qu'elle ne soit pas allée le signaler à la police. Après le huis clos du procès, le jugement est rendu en audience publique – l'actrice Delphine Seyrig et plusieurs manifestantes peuvent ainsi y assister. Marie-Claire est relaxée, parce qu'elle est considérée comme ayant souffert de « contraintes d'ordre moral, social, familial, auxquelles elle n'avait pu résister ».

Les avortements par aspiration en FranceModifier

Le 14 mai 1972, c'est la fondation officielle du Groupe information santé (GIS), dont le premier bulletin relaie d'abord l'appel des médecins de Lyon, dénonçant le saturnisme chez Peñarroya puis couvre la première démonstration de l'avortement par la Méthode de Karman en France, dans l'appartement de Delphine Seyrig en août 1972 en présence de Harvey Karman (en), de militantes du MLF[55] et de Pierre Jouannet, qui pousse le GIS à pratiquer des avortements en masse. Un groupe de médecins à Grenoble, menés par Annie-Ferrey Martin, qui a appris la Méthode de Karman en Angleterre au cours du même été, et l'association Choisir la cause des femmes, fondée en juillet 1971 par Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir, fait de même. Les deux groupes lancent le manifeste des 331 médecins pratiquant des avortements, cette fois en France, dans le Le Nouvel observateur du . Il actualise le manifeste des 343 femmes ayant avorté, bien souvent à l'étranger, rédigé par Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir et publié en avril 1971.

L'action du Planning familial, avec les syndicatsModifier

Entre-temps, le MFPF participe à la diffusion de la pilule, souvent discrète, sur fond d'émergence d'un nouveau féminisme[56]. Dès 1969 il a lancé un groupe de travail « Information éducation sexuelle » (IES) avec la FEN, la Mutuelle générale de l'Éducation nationale (MGEN), la Ligue de l'enseignement et la Fédération des conseils de parents d'élèves, qui vise à éduquer les adolescents à la sexualité, en instaurant des relais dans les établissements scolaires[56].

Depuis 1971, il est agréé mouvement d'éducation populaire, mais non d'utilité publique[56]. Lorsque le décret du autorise la contraception et la création de centres d'information et de planification, un courant du MFPF considère l'objectif atteint, mais d'autres (dont Sylvie Franco, la secrétaire générale adjointe, Jean Gondonneau, le secrétaire général adjoint, Simone Iff, la vice-présidente, et Suzanne Képès[56]), veulent qu'il soit appliqué dans tous les milieux sociaux et se rapprochent des syndicats (CGT, FO et surtout CFDT), afin d'investir les entreprises pour y diffuser l'information sur la sexualité[56], via les comités d'entreprise, en bénéficiant du pacte d'Union signé début 1974 entre la CGT et la CFDT, qui a bientôt une déclinaison dans le domaine du féminisme, sous l'impulsion de la CFDT. De nombreux comités d'entreprise deviennent des points d'information sur la contraception permettant sa diffusion chez les employés et les ouvriers avant même que soit initiée la procédure menant à une loi la rendant légale y compris pour les mineurs.

Des féministes sceptiques sur la notion de « libération »Modifier

Les révélations du rapport de Shere Hite aux États-UnisModifier

Le rapport Hite sur la sexualité humaine est publié en 1976 par la sexologue Shere Hite sur la base d'une étude statistique de grande ampleur menée de façon anonyme auprès des femmes américaines (et des hommes par la suite). Il a fait scandale par ses conclusions très éloignées des représentations contemporaines concernant les pratiques sexuelles et leur fréquence dans la population.

La principale conclusion de Shere Hite, dont le livre a été publié à vingt millions d'exemplaires et en treize langues, est que « La plupart des femmes parviennent à l'orgasme toutes seules »[17]. Elle ajoute « En Europe, on a déduit que les hommes américains étaient de mauvais amants ». D'après Pascale Nivelle dans le quotidien Libération, le premier rapport Hite a surtout plu aux femmes[17].

La critique du sexe sans désir et l'élitismeModifier

Des féministes ont très tôt relativisé le progrès apporté par la contraception orale, ayant estimé que s'est imposé dans certaines catégories d'âge le fait qu'il faille coucher, même sans désir, pour avoir l'air libéré, ce qui ne semble plus guère un progrès par rapport à l'époque où il fallait coucher, même sans désir, pour procréer[57].

Le slogan Vivre sans temps mort, jouir sans entraves est ainsi peu à peu dénoncé pour son ambiguïté, comme une formule totalement creuse car passant à côté de la question du désir et de la liberté des êtres en tant que sujets[58]. Il est même parfois interprété comme une injonction de jouissance normative, inscrite dans une vision traditionnelle de la sexualité masculine, ou d'avoir permis de banaliser, dans le cadre d'une vision libérale et capitaliste, l'industrie du sexe[58].

Ce sentiment monte à la fin des années 1970, à mesure qu'une élite parisienne semble vouloir confisquer le progrès social pour en retirer les aspects de justice sociale et mettre seulement en avant la « libération sexuelle », par exemple quand une émission de télévision de la série Les Dossiers de l'écran, titrée « 68 dans le Monde » et diffusée le , occulte entièrement les grèves pour se limiter au « délire verbal »[59]. Au début des années 1970, le mouvement féministe dit « lutte des classes » mettait plutôt en avant les thématiques sociales (droit au travail social, droit aux garderies, égalité des chances dans l'emploi, l'éducation, les salaires, l'avortement libre et gratuit)[60].

La libération homosexuelleModifier

Article détaillé : Militantisme homosexuel.

Les suites des émeutes de Stonewall à New-YorkModifier

Les émeutes de Stonewall du 27 juin 1969 sont une étape importante pour le Militantisme homosexuel. Affrontant pendant plusieurs jours la police venue faire une descente dans un bar gay de Greenwich Village, des homosexuels, des travestis, des transgenres et des transsexuelles new-yorkais ont, pour la première fois, défié le pouvoir, les autorités et la société en général pour s'affirmer.

Dans la foulée plusieurs mouvements se créent pour fédérer cette nouvelle fierté homosexuelle. Le Gay Liberation Front naît aux États-Unis en 1969. Au Québec, mars 1971 voit la création du Front de libération homosexuel. En 1971, en France, influencé par le gauchisme post-soixante-huitard, naît le Front homosexuel d'action révolutionnaire. Ses slogans proclament avec humour : « prolétaires de tous les pays, caressez-vous ! » ou, plus ciblé : « lesbiennes et pédés, arrêtons de raser les murs ! ». Le FHAR revendique la subversion contre l'État « bourgeois et hétéropatriarcal » et lutte contre l'« hétérosexisme ».

L'inscription progressive dans le droit de l'égalité des couples homosexuels se fait en parallèle à l'égalité juridique acquise progressivement par les femmes au sein de sociétés occidentales encore empreinte du machisme gréco-romain qui les a façonné pendant plus de deux-mille ans.

Le numéro de la revue Partisans et le livre de Jos Van UsselModifier

Un deuxième numéro de Partisans sur le même thème paraîtra en 1972[61]. Il accorde une section importante à la répression de l'homosexualité. C'est l'une des rares tentatives de réflexion qui traite conjointement des homosexuels et des « hétérosexuels »[61]. L'aiguillon est venu des premiers, en particulier l'intellectuel homosexuel Guy Hocquenghem. Le Rapport contre la normalité (manifeste du Front homosexuel d'action révolutionnaire, ou FHAR) est paru l'année précédente, en 1971, et s'inscrit aussi dans le courant révolutionnaire, dont il critique le conformisme sexuel et la phallocratie. « Si donc nos rapports homo-sexuels sont par définition la négation de certains rapports sociaux constitutifs du patriarcat et du capitalisme, pourquoi n'avons-nous pas toujours été une force révolutionnaire ? »[61].

En 1972, paraît aussi en France la traduction de Histoire de la répression sexuelle, l'ouvrage de l'historien belge Jos van Ussel[61], pour qui construire la question de la sexualité sous l'angle de la répression sexuelle est un point de vue historiquement déterminé et inscrit dans la perspective d'une action de transformation sociale et psychologique[61]. Jos Van Ussel défend la thèse selon laquelle la répression sexuelle serait beaucoup plus liée à l'industrialisation et à l'embourgeoisement de la société occidentale qu'à l'influence de l'Église[61].

Le « Nouveau désordre amoureux » en 1977 après Matzneff en 1975Modifier

Le mars 1976, le premier ministre Jacques Chirac, promoteur d'un « travaillisme à la française » claque la porte du gouvernement. Raymond Barre le remplace, pour une cure d'austérité, les « plans Barre », qu'il faut adoucir par une politique plus modérée sur les « questions de mœurs », en prenant appui sur la popularité des réformes de janvier 1975 par lesquelles Simone Veil avait légalisé l'avortement et la contraception, y compris pour les mineures.

Pour faire passer la pilule de la réforme de l'ORTF, critiquée car elle a causé le départ de nombreux journalistes contestataires, l'antenne est ouverte à des artistes et essayistes considérés comme libéraux sur les questions de société. Parmi eux, Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut, dont l'essai « Le Nouveau désordre amoureux » est jugé innovant, voire révolutionnaire, par une partie de la critique, même s'il prend la défense du « plus vieux métier du monde » (la prostitution) ou de l'ouvrage, jusque-là très violemment contesté de Tony Duvert sur la pédophilie. Le livre de Tony Duvert « provoque le scandale », reconnaissent en 1977 Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut dans leur ouvrage Le Nouveau Désordre amoureux[62], mais pour le déplorer et inviter leurs lecteurs à s'en inspirer[63].

Le livre de l'écrivain conservateur Gabriel Matzneff, Les moins de seize ans, a « fait scandale » à l'occasion de sa sortie à cause d'un ton allègre et provocateur sur la pédophilie à Apostrophes du 12 septembre 1975, une des premières éditions de l'émission littéraire créée quelques mois plus tôt. Il choque « à droite comme à gauche et les bien-pensants ne supportèrent pas », affirment ses admirateurs, tandis qu'un père de famille, choqué, porte plainte[64],[65],[66]. L'émission a choqué dans l'opinion et un autre invité, Daniel Cohn Bendit, auteur d'un livre abordant aussi ce sujet, dans l'un de ses chapitres[67] qui n'avait pu venir sur le plateau de télévision, faute d'avoir obtenu l'autorisation d'entrer sur le territoire français, qui lui était interdite depuis Mai 68. Le gouvernement ne souhaitant pas raviver le débat sur cette interdiction de territoire, impopulaire, ni sur la censure à l'ORTF, le livre de Daniel Cohn Bendit est très peu évoqué dans la presse, seul le quotidien Libération faisant sa promotion.

Daniel Cohn Bendit sera de nouveau invité dans Apostrophes en mai 1977, puis en avril 1982. La seconde fois, c'est pour parler à nouveau de ce sujet. Mais la première, en 1977, il est obligé de s'exprimer à distance, en direct par l'intermédiaire d'un téléviseur posé sur l'un des fauteuils réservés aux invités. Parmi eux, Maurice Grimaud, préfet de Paris en Mai 68, qui venait de publier ses mémoires, principalement consacrées à son rôle lors de ces événements et avec qui Daniel Cohn Bendit échange des compliments, chacun des deux félicitant l'autre pour la supposée absence de décès dans Paris intra-muros au cours de ces événements, une absence qui sera ensuite démentie par les historiens lors de l'ouverture des archives.

Dans les milieux artistiques : des affaires d'abus sexuelsModifier

Le concept de « révolution sexuelle » a aussi généré des critiques contre les affaires d'abus sexuels s'étant produites ans les milieux artistiques et dénoncées, à partir des années 1960 dans de nombreux pays.

Réprobation contre Polanski, Eva Ionesco protégée par la DDASSModifier

Aux États-Unis, en 1977, le cinéaste Roman Polanski plaide coupable pour rapports sexuels illégaux avec une mineure de treize ans Samantha Geimer. Une première séance de prise de vues avait eu lieu le 20 février 1977 près du domicile de l'adolescente à Woodland Hills, sur les hauteurs de Los Angeles. Par le biais d'une transaction avec la plaignante, il n'est condamné qu'à 90 jours de prison puis libéré sous caution. Ayant découvert qu'il risquait une peine de prison d'une durée de cinquante années aux USA, il fuit vers la Grande-Bretagne puis en France en 1978[68].

À peu près au même moment, un autre scandale éclate en Italie, puis en France et en Espagne : Eva Ionesco est la plus jeune modèle ayant posé nue pour Playboy , à l'âge de onze ans[69] dès octobre 1976 dans l'édition italienne du magazine, sur une plage, puis en février 1977, dans l'édition française et en couverture du Der Spiegel du 23 mai 1977 et encore en novembre 1978 dans l'édition espagnole du magazine Penthouse. Dès l'âge de treize ans, en 1978, Eva Ionesco est retirée à la garde de sa mère et confiée à la DDASS du centre d’Orsay-Ville. L'adolescente passera un temps en maison de redressement à la suite de tentatives de vol et fugue[70].

Hamilton, Blier et BertolucciModifier

L'animatrice française de télévision Flavie Flament déclare à la publication de son second roman, en 2016, intitulé La Consolation, avoir été violée en 1987, à l'âge de treize ans, par le photographe de charme britannique David Hamilton[58].

Le Dernier Tango à ParisModifier

Plus âgée, Maria Schneider avait 19 ans quand elle a subi un simulacre de viol lors du tournage du Dernier Tango à Paris, qui choque particulièrement l'opinion publique. Le film fut très critiqué, et même attaqué, lors de sa sortie en salles en 1972 et interdit aux moins de 18 ans. Associations familiales et critiques cinématographiques se déchaînent et le qualifient de débauche pornographique[71].

L'actrice Maria Schneider, racontera plus tard la mauvaise surprise du simulacre d'une scène de viol filmée en direct[72]. Ce long-métrage était entré dans l'histoire pour la scène où la jeune femme est violée, sodomisée dans une cuisine, avec l'utilisation d'une motte de beurre en guise de lubrifiant[72]. Trois décennies après le scandale autour du film à l'époque, Maria Schneider a expliqué dans une interview au Daily Mail en 2007 avoir été révoltée et se sentir encore « humiliée » et « violée »[72], car selon elle cette scène de sexe n'était pas dans le scénario original et a été imposée en cours de route par la star Marlon Brando[72], qui ne l'a prévenue que juste avant qu'on filme cette scène[72], lui faisant regretter de ne pas avoir pu faire venir mon avocat sur le tournage[72].

Bertolucci reconnaît en 2013 avoir ajouté la scène de viol au tournage sans avoir prévenu la jeune comédienne[72], mais se rétracte en 2016 : « Je voudrais, pour la dernière fois, clarifier un malentendu ridicule qui continue à être rapporté à propos du Dernier tango à Paris dans des journaux du monde entier. Certains ont pensé et pensent que Maria n'avait pas été informée de la violence subie (dans la scène). Faux ! Maria savait tout parce qu'elle avait lu le scénario où tout était décrit. La seule nouveauté était l'idée du beurre[72]. »

Blier : Les ValseusesModifier

Le film français Les Valseuses marque l'avènement du sexe montré sur grand écran dans lesquels le désir féminin est laissé de côté, rappelle l'historienne et spécialiste des violences sexuelles et sexistes Malka Marcovich, raillant aussi le fait qu'à l'époque, pour certains, « Être jeune, c'est trouver « chouette » et « vachement sympa » le film Les Valseuses de Bertrand Blier qui rend romanesque le viol »[73]. Éreinté par la critique[74], Les valseuses suscite, de fait, la polémique à sa sortie. Bon nombre de journalistes ou de penseurs crient au scandale[74], heurtés par ce mélange de tendresse, d'humour potache et de crudité[74]. Selon Malka Marcovich, le concept de « révolution sexuelle » n'aurait fait que reproduire une vision archaïque des rapports entre les hommes et les femmes[73]. Le film sera un immense succès avec plus de 5,7 millions d'entrées en France et plusieurs programmations en télévision[74].

Les retours en arrière des années 1980 aux années 2010Modifier

La « révolution conservatrice » américaine de Ronald ReaganModifier

Dans les années 1980, la perception d'une forme de décadence et d'hédonisme, provoque une réaction aux États-Unis, où certains cherchent à retourner aux « valeurs de la famille » via une révolution conservatrice, qui bénéficie du fait que le public découvre le sida, maladie sexuellement transmise, et mortelle, au début des années 1980.

Pour les conservateurs américains, le scandale du Watergate, la guerre du Viêt Nam et la crise iranienne des otages des années 1970 avaient plongé le pays dans une décennie de doute. Par opposition, les années 1980 verront la remise en cause des idées progressistes : mise en question du droit à l'avortement, en particulier via la décision Webster de la Cour suprême en 1989[75], qui limite le droit d'avorter, retour de la peine de mort dans certains États, prière à l'école. Cette évolution prend appui sur la frange droitière des évangélistes blancs du sud, ou encore sur les électeurs démocrates opposés à l'avortement[75].

Cette évolution inquiète Susan Faludi, journaliste au Wall Street Journal et féministe américaine, auteure du best-seller Backlash: The Undeclared War Against American Women, paru aux États-Unis en 1991, et publié en français, en 1993, aux Éditions des femmes, sous le titre Backlash : la guerre froide contre les femmes, qui eut un impact considérable sur les mouvements féministes de nombreux pays et sur les études de genre.

Susan Faludi montre comment les seuls ennemis qu'Hollywood reconnaît aux femmes sont les autres femmes[75], comme dans le film Liaison fatale[75]. La presse y voit significativement une « tendance »[75]. Les personnages de femmes indépendantes disparaissent des fictions télévisées, les femmes y deviennent de plus en plus des victimes du féminisme et d'une « horloge biologique » leur enjoignant de se marier[75].

Les pressions des traditionalistes aboutissent à remanier les scénarios faisant apparaître des personnages de femmes célibataires, indépendantes, ou envisageant d'avorter[75]. Dans les sciences sociales, une large part des départements d'études féminines des universités célèbre une différence des femmes dans l'esprit de la conquête du bonheur par le retour au foyer[75]. La première conséquence en est l'enfermement des femmes dans une spécificité qui devient un argument des opposants à l'égalité des droits : ces travaux sont systématiquement repris par des avocats d'entreprises lors de procès en discrimination sexuelle[75].

Pour le sociologue Jacques Guigou, « Le « vivre sans temps mort et jouir sans entrave » chanté et dansé en 1968, n'ayant pas trouvé, pour cause de disparition du prolétariat, son « sujet historique », cette aspiration à « changer la vie » s'est alors institutionnalisée, comme bien d'autres « libérations », dans la pure et simple consommation de l'existant et de ses prothèses »[76].

Le livre de Michel HouellebecqModifier

Une seconde vague de critique contre le libéralisme sexuel en général vient avec Michel Houellebecq qui, dans son premier roman Extension du domaine de la lutte, entend montrer que le libéralisme sexuel conduit aux mêmes situations instables que le libéralisme économique.

Les polémiques des années 2000 et 2010 sur la pédophilieModifier

Les révélations sur les abus et dissimulations au sein de l'Église catholiqueModifier

Avant les années 2000, les cas d'abus sur mineurs étaient souvent traités, d'après les témoignages des évêques eux-mêmes, dans la confidentialité. La principale mesure prise était le plus souvent un changement d'affectation du prêtre, sans que ni le risque de récidive, ni la nécessité d'une thérapie et d'une sanction pénale, soient réellement pris en compte[77].

Le thème de la pédophilie est abordé ouvertement, en 1998, dans un article du bulletin du secrétariat de la conférence des évêques de France[78]. Plusieurs affaires éclatent en France à la fin des années 1990. Une dizaine de prêtres et de religieux sont ainsi mis en examen[79]. Le cas le plus grave est celui de l'abbé Bissey, accusé, en septembre 1998, d'une douzaine de viols et agressions sur mineurs entre 1985 et 1996[80] et condamné, le 6 octobre 2000, à dix-huit ans de réclusion criminelle[79]. Cette affaire marque un tournant, car l'évêque du diocèse de l'abbé Bissey, Mgr Pierre Pican, a aussi été mis en examen, le 24 janvier 2000, pour « non-dénonciation de crime » et « non-dénonciation d'atteinte sexuelle sur mineurs de quinze ans »[80], et sera condamné en septembre 2001 à trois mois de prison avec sursis. Depuis 1992, le Code pénal français, entré en vigueur le , prévoit en effet que le secret professionnel ne s'applique pas dans les situations de sévices sur mineurs de 15 ans[80],[81].

Un retour en arrière des années 1980 s'effectue aussi en partie à cause de l'épidémie de sida.

Les suites des écrits « libéraux » de Daniel Cohn-BenditModifier

En France, entre 2001 et 2009Modifier

À l'automne 1999, un des amis de jeunesse de Daniel Cohn Bendit, le terroriste allemand Hans-Joachim Klein, se livre à la justice française à la demande de la justice allemande, un quart de siècle après avoir participé à des attentats terroristes parmi lesquels la prise d'otages du siège de l'OPEP à Vienne qui a causé trois morts à Vienne en décembre 1975. Il est extradé et sera condamné à neuf ans de prison. Son procès est l'occasion de nombreuses révélations sur le passé des deux hommes et celui, passablement violent, de leur ami commun, Joschka Fischer, entre-temps devenu vice-chancelier d'Allemagne. La jeune journaliste Bettina Roelh révèle que Cohn Bendit a aussi écrit un texte proche de la pédophilie dans la revue allemande que dirigeait son père, peu avant le suicide en prison de sa mère Ulrike Meinhof, codirigeante avec Andreas Baader de la Fraction armée rouge. Daniel Cohn Bendit, entre-temps devenu parlementaire européen, ne répond tout d'abord pas à ces informations reprises par la presse étrangère. Puis il accorde le février 2001 un long entretien exclusif à l'hebdomadaire français L'Express, dans lequel il esquisse des regrets mais contre-attaque en estimant que ces révélations n'en sont pas et que la pédophilie était partiellement entrée dans les mœurs dans les années d'après Mai 68 en raison de la libération des mœurs. En échange de cet entretien exclusif, L'Express appuie ses dires dans un dossier agglomérant les divers dérapages sur la pédophilie de la seconde moitié des années 1970. Puis par Nicolas Sarkozy lors de la campagne pour l'élection présidentielle de 2007 en France, au cours de laquelle il affirme vouloir « liquider l'héritage de Mai 68 », avec une telle vigueur que l'un de ses supporters, André Glucksmann, décide d'écrire dans la foulée un livre titré « Mai 68 expliqué à Nicolas Sarkozy » , sans parvenir à éteindre la polémique. Dans un débat organisé quelques jours avant les élections européennes de 2009, le président du tout nouveau parti MoDem, François Bayrou, improvise une attaque contre Cohn Bendit sur ce sujet, avec virulence et sans donner vraiment de détails, s'exposant en retour à l'incompréhension du public et de violentes critiques de la presse. Quelques jours après, la polémique est définitivement close par le score historique obtenu dans les urnes par Daniel Cohn Bendit, alors que celui de Bayrou s'effondre.

À partir de 2013 en AllemagneModifier

En Allemagne au contraire, cette polémique va rebondir et s'amplifier dans les années 2010 au moment où le parti Die Grünen, revenu dans l'opposition, est affaibli politiquement puis moralement par d'autres révélations sur la pédophilie dans les années 1970 mais cette fois à Berlin.

Die Grünen subit ce scandale alors que la campagne pour les élections législatives suit son cours ; crédités de 15 % un an auparavant, ils chutent alors à 9 %[82].

En conséquence de cet échec, Jürgen Trittin et Katrin Göring-Eckardt démissionnent de leurs fonctions à la tête du parti[83].

Le procès de la Révolution sexuelle par l'ex-Pape Benoit XVIModifier

En avril 2019, six ans après la fin de son dernier mandat, et en pleines réformes de son successeur pour combattre la pédophilie, Benoît XVI, pape de 2005 à 2013, a suscité une polémique en déclarant le 12 avril 2019 que les scandales de pédophilie au sein de l'Église catholique s'expliquaient par une « révolution sexuelle » dans les années 1960[84]. « La révolution de 1968 s'est battue pour une complète liberté sexuelle, qui n'admettait plus de normes », a-t-il souligné dans un article de dix-huit pages publié dans Klerusblatt, un mensuel bavarois destiné au clergé[84]. Ce long article a produit l'effet d'une petite bombe chez certains théologiens, comme l'Américain Brian Flanagan, qui a réagi par un tweet estimant que le lien fait par Benoît XVI avec les années 1960 constitue « une explication fausse et embarrassante »[84].

Les réactions ont aussi été très vives du côté des victimes d'abus sexuels, comme pour le Chilien José Andres Murillo, qui a immédiatement pris le point de vue contraire et déclaré que le « narcissisme théologique » de Benoît XVI avait « fait partie du problème de la culture d'abus et de silence de l'Église »[84].

Avant de devenir pape, Benoît XVI avait dirigé pendant vingt-quatre ans la Congrégation pour la doctrine de la foi, ou Sacrée congrégation de l'inquisition romaine et universelle qui succédé en 1965 à l'Inquisition, lors du concile Vatican II[85] pour combattre les hérétiques et les apostats[84]. Ce département du Vatican est en particulier chargé d'étudier les dossiers d'accusations d'abus sexuels sur mineurs dans l'Église catholique remontant jusqu'au Vatican[84].

Moins d'un an plus tôt, en août 2018, le Vatican avait été mis en cause après une enquête des services du procureur de Pennsylvanie sur des cas majoritairement prescrits, mais toujours douloureux, en dénonçant les abus sexuels perpétrés par plus de 300 prêtres sur au « au moins 1 000 enfants », dont certains âgés de moins de dix ans. Des dizaines de noms sont dévoilés par les jurés chargés du rapport final[86],[87],[88]. Selon le procureur général de l'État de Pennsylvanie chargé de l'enquête, dans certains cas « le Vatican était au courant des abus et était impliqué dans leur dissimulation »[89]. Une enquête fédérale est ouverte[90].

Le grand ménage de 2019 au VaticanModifier

L'article sur la Révolution sexuelle de l'ex-Pape Benoit XVI fait suite à une série de révocations de très hauts dignitaires par son successeur François, sans précédent dans l'histoire du Vatican. Début 2019, le pape François écarte ainsi l'un de ses plus proches conseillers, l'évêque argentin Gustavo Oscar Zanchetta (it) visé par une enquête pour abus sexuels[91], défroque l'ancien cardinal américain Theodore McCarrick, accusé de violence sexuelle[92] et reconnu coupable par la Congrégation pour la doctrine de la foi d'avoir enfreint l'un des commandements divins « avec la circonstance aggravante de l'abus de pouvoir »[93], renvoie le cardinal George Pell[94], le numéro trois du Vatican condamné pour pédophilie en Australie, et accepte la démission du cardinal Ezzati, accusé d'avoir dissimulé les actes pédophiles de trois prêtres chiliens. Mais sa décision de refuser la démission du cardinal Barbarin surprend[95],[96] et l'accumulation soudaine d'affaires autour d'abus sexuels déstabilise les fidèles[97],[98],[99].

ChronologieModifier

Notes et référencesModifier

  1. La France ne supprime qu'en 1983 le concept de « bon père de famille » comme chef de famille dans le Code Civil
  2. 1967 en France
  3. 1975 en France
  4. André Passeron et Gaëlle Dupont, « Mort de Lucien Neuwirth auteur de la loi sur la pilule », Le Monde, .
  5. Marie Piquemal et Noémie Destelle, « La bataille de Simone Veil pour le droit à l'avortement », Libération, (consulté le 9 juin 2018).
  6. a b c d e f et g (en) « Current Pill Use | American Experience | PBS », sur www.pbs.org (consulté le 26 mai 2019)
  7. a et b « CONTRACEPTION : Les Françaises utilisent-elles un contraceptif adapté à leur mode de vie ? », DOSSIER DE PRESSE réalisé par le ministère du travail, de l'emploi et de la santé ainsi que de l'INPES,‎ , p3 : "La pilule est de loin le contraceptif le plus utilisé par les femmes en France. En 2010, 70,8 % des femmes de moins de 35 ans qui déclarent « faire quelque chose pour éviter une grossesse » utilisent la pilule. Tout âge confondu, le dispositif Intra utérin (DIU anciennement stérilet) est le second moyen de contraception le plus utilisé (26 %) mais il concerne, en premier lieu, les femmes plus âgées." (lire en ligne)
  8. a et b Dr Geoffroy ROBIN, Dr Brigitte LETOMBE, Dr Christine ROUSSET-JABLONSKI, Pr Sophie CHRISTIN-MAITRE et Pr Israël NISAND, « Faut-il vraiment avoir peur de la pilule contraceptive ? », article scientifique par la commission Gynécologie Médicale du CNGOF ainsi que du CNGOF,‎ (lire en ligne)
  9. a et b « Pilule : un contraceptif plébiscité malgré ses contraintes et ses risques », sur Santé Magazine, (consulté le 26 mai 2019)
  10. « Quelles sont les actions mises en place par l'ANSM pour limiter le risque thromboembolique lié aux pilules estroprogestatives ? - ANSM : Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé », sur www.ansm.sante.fr (consulté le 26 mai 2019)
  11. « Pilule : un contraceptif plébiscité malgré ses contraintes et ses risques », sur Santé Magazine, "il est difficile de prouver tous ces liens de causes à effet, excepté le risque de thrombose veineuse pour les pilules estroprogestatives qui concerne 2 à 12 femmes sur 10 000 selon l'ANSM.", (consulté le 26 mai 2019)
  12. « Pilule : un contraceptif plébiscité malgré ses contraintes et ses risques », sur Santé Magazine, "En 2014, une étude de l'Inserm révélait que le recours à cette contraception a fortement baissé, passant de 50% en 2010 à 41% en 2013, une baisse qui concerne uniquement les pilules de 3e et 4e générations.", (consulté le 26 mai 2019)
  13. « Contraception : les Françaises se détournent de la pilule », sur sante.lefigaro.fr, (consulté le 26 mai 2019)
  14. « Contraception : notre expertise au service de la liberté des femmes | Bayer France », sur www.bayer.fr (consulté le 26 mai 2019)
  15. Airy Aubry, « Histoire de la mode : La minijupe fait son maximum », Le Parisien Magazine, .
  16. Thierry Terret et Philippe Liotard, Sport et genre, vol. 2, Paris, Éditions L'Harmattan (ISBN 2-7475-9564-1), p. 87.
  17. a b et c Shere Hite, 56 ans, sexologue sexy et auteur controversé de rapports sur la sexualité, traverse sans rides le temps et les succès d'édition. Glamour, toujours glamour - Libération, 18 février 1999.<
  18. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x et y Égalité, mixité, sexualité : le genre et l'intime chez de jeunes catholiques de la JOC dans les années 68 et au-delà (1954-1987), par Anthony Favier, université Lumière Lyon 2, 2015 [lire en ligne] [PDF].
  19. a b c d e f g et h « L'érotisme au cinéma », par Claude Tapia, dans la revue Connexions no 87, 2007, pp. 43-64 [lire en ligne].
  20. Parce qu'elle induit la représentation ou l'évocation de la nudité de sa mère
  21. Le Monde, 30 janvier 1959.
  22. a et b Anne-Sophie Perriaux, « Les socquettes blanches et l'organisation. Notes sur l'héritage 68 », in Mouvements no 15-16, 2001, pp. 120-130 [lire en ligne].
  23. Photo de la couverture [1]
  24. Richard Poulin, La Mondialisation des industries du sexe. Prostitution, pornographie, traite des femmes et des enfants, éditions Interligne, 2004, pp. 194-95.
  25. Michelle Zancarini-Fournel, Le moment 68 : une histoire contestée, 2008, p. 29.
  26. Mathurin Maugarlonne, À la rencontre des disparus, Grasset, 2004, [lire en ligne].
  27. Ouvrage collectif, Dérives pour Guy Debord, Van Dieren, 2011, p. 148 [lire en ligne].
  28. Cf. la correspondance avec Debord, Œuvres, op. cit., pp. 732-745.
  29. Alexander Sutherland Neill, Libres enfants de Summerhill, [lire en ligne]
  30. Autoportrait de Lionel Labosse - Altersexualite.com, 28 janvier 2007.
  31. a b c d et e Les beaux jours de Summerhill - Enquête de Marion Van Renterghem, Le Monde, 21 février 2000.
  32. René Lourau, « L'Éducation libertaire », dans L'Homme et la société de 1997.
  33. Silvia Grunig Iribarren, Ivan Illich (1926-2002) : la ville conviviale, thèse de doctorat de l'université de Paris-Est, 26 avril 2013, [lire en ligne] [PDF].
  34. « Âge tendre et tête de bois », par Anne-Marie Sohn, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Rouen, cité dans Égalité, mixité, sexualité : le genre et l'intime chez de jeunes catholiques de la JOC dans les années 68 et au-delà (1954-1987), par Anthony Favier, université Lumière Lyon 2, 2015 [lire en ligne] [PDF].
  35. (en) Cyrus Stephens Cousins (université du Texas, juillet 2008), « General Ongania and the Argentine (Military) Revolution of the Right: Anti-Communism and Morality, 1966-1970 », in Historia Actual, no 17 (automne 2008), pp. 65-79 [lire en ligne] [PDF].
  36. Janine Mossuz-Lavau, Les Lois de l'amour, Petite bibliothèque Payot, 1991 (ISBN 222889656-X).
  37. a b c d e f g h i j et k Christina Ottomeyer-Hervieu, « L'avortement en RFA » dans les Cahiers du CEDREF, 1995, pp. 103-109 [lire en ligne]
  38. Mourir d'aimer : Charles Aznavour contre le conservatisme des années 1970 - Annick Colonna-Césari, L'Express, 19 juillet 2015.
  39. a b c d et e Claude Lelièvre et Francis Lec, Les profs, l'école et la sexualité, Éditions Odile Jacob, 2005 (ISBN 978-2-7381-1623-9).
  40. Alain Giami, « Une histoire de l'éducation sexuelle en France : une médicalisation progressive de la sexualité (1945-1980) », Sexologies, Elsevier Masson, vol. 16, no 3,‎ , p. 219–229 (ISSN 1158-1360, DOI 10.1016/j.sexol.2007.06.001, lire en ligne).
  41. Syndicalisme universitaire no 591, 11 janvier 1973, cité dans « Le syndicalisme enseignant français face au genre : du non-objet syndical à la conversion ? », par Ismail Ferhat, [lire en ligne] [PDF].
  42. a et b ProChoix : La revue du droit de choisir no 22, automne 2002 [lire en ligne] [PDF]
  43. Mai 68 et le Front homosexuel d’action révolutionnaire - Les Utopiques, 13 décembre 2018.
  44. a et b (OCLC 473986075), Le Torchon brûle - Système universitaire de documentation (Sudoc)
  45. a et b Lutte pour la maternité libre et l’avortement - 8mars.info.
  46. Jacques Chaban-Delmas à propos de ses impôts sur le revenu - Ina, JT 20H, 15 février 1972, min 6 s [vidéo].
  47. a b c et d Le long combat pour le droit à la contraception - L'Humanité, 3 juillet 2000.
  48. a b et c Les organismes de planification, de conseil et d'éducation familiale : un bilan - Inspection générale des affaires sociales, juin 2011 [PDF].
  49. a et b Rapport du groupe de travail portant sur l'évolution du rôle des lieux et des organismes d'information et d'éducation à la sexualité - Françoise Laurant, présidente du Mouvement français pour le planning familial, pour le Conseil supérieur de l'information sexuelle, de la régulation des naissances et de l'éducation familiale, septembre 2004 [PDF].
  50. Le Conseil Conjugal et Familial : Demande d'enregistrement au répertoire national des certifications professionnelles : un métier au cœur du social et de l'humain - Association Nationale des Centres d'IVG et de Contraception.
  51. a et b J B-P, « Le comportement sexuel des Français », in Population, 1973, [lire en ligne].
  52. « La contraception en microsillon », par Cécile Raynal, dans la Revue d'Histoire de la Pharmacie de 2009 [lire en ligne].
  53. a et b Pierre Simon, Jean Gondonneau, Lucien Mironer, et Anne-Marie Dourlen-Rollier, « Rapport sur le comportement sexuel des Français », Paris : Éditions René Julliard et Pierre Charron, 1972, 922 pages, citée dans Représentations du genre et des sexualités dans les méthodes d'éducation à la sexualité élaborées en France et en Suède - Elise Devieilhe, avril 2014 [PDF].
  54. a b c d et e Alice Cornille, Estelle Madern, Ophélie Playe et SHALI Sonia Shali, « Le Procès de Bobigny », enquête de 2016-2017 [lire en ligne] [PDF].
  55. a et b Vincent Porhel, 68', révolutions dans le genre, Presses universitaires du Mirail, 2009 (ISBN 978-2-8107-0043-1), p. 82 [lire en ligne]
  56. a b c d e et f Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Le Brouster-2008
  57. Des militantes du MLF, « Votre révolution sexuelle n'est pas la nôtre », dans le journal Tout !, 15, cité par Françoise Picq, Libération des femmes, les années mouvement, Paris, Seuil, 1993, p. 108.
  58. a b et c Malka Marcovich : « Il faut faire le tri dans la libération sexuelle de mai 68 » - interview par Eugénie Bastié, Le Figaro, 23 février 2018.
  59. Kristin Ross, Mai 68 et ses vies ultérieures, Éditions Complexe, 2005, réédité chez Agone en 2010 (ISBN 978-2-7489-0132-0), p. 178.
  60. Habiter autrement : des squats féministes en France et en Allemagne. Une remise en question de l'ordre social., thèse de sociologie soutenue par Edith Gaillard, université de Tours, 11 février 2013 [lire en ligne] [PDF].
  61. a b c d e et f Alain Giami, « Misère, répression et libération sexuelles », in Mouvements, 2002.
  62. Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut, Le Nouveau Désordre amoureux, Éditions du Seuil, 1977, p. 266.
  63. Michel Onfray, L'autre pensée 68 : Contre-histoire de la philosophie, Grasset, 2018 (ISBN 978-2-2468-5567-5), p. 266 [présentation en ligne]
  64. L'œuvre de Gabriel Matzneff : les Essais - Matzneff.com.
  65. Le malaise pédophile et la littérature (autour de Gabriel Matzneff, Marie Darrieussecq, Garcia Marquez…) - Buzz… littéraire, 20 novembre 2009.
  66. Biographie Gabriel Matznef - Matzneff.com.
  67. « Le Grand Bazar », par Daniel Cohn Bendit, Jean-Marc Salmon et Maren Sell, Editions Belfond, 1975
  68. Roman Polanski poursuivi par les États-Unis : retour sur l'affaire - Cyril Coantiec, Le Figaro, 30 octobre 2014.
  69. (en) French model who appeared naked in Playboy when she was just 11 sues her own mother for taking the picture - Leon Watson, Daily Mail, 19 décembre 2012.
  70. Irina Ionesco, photographe libre, mère toxique - Joséphine Bindé, Télérama, 20 août 2015.
  71. Dernier Tango à Paris - Allociné.
  72. a b c d e f g et h Comment le viol du Dernier tango à Paris a entaché Bertolucci - Lauren Provost, HuffPost, 26 novembre 2018.
  73. a et b La révolution sexuelle de Mai 68 a généré un tourbillon d'abus - Julie Rambal, Le Temps, le 13 mars 2018.
  74. a b c et d Les Valseuses : les dessous d'un tournage sulfureux - Le Journal du dimanche, 2 février 2014.
  75. a b c d e f g h et i J. Siméant, « Backlash. La guerre froide contre les femmes », in Politix, 1993, pp. 225-230, [lire en ligne].
  76. Jacques Guigou, « Le plaisir capitalisé », Corps & culture no 2, 1997, [lire en ligne].
  77. Isabelle de Gaulmyn, « Les évêques de France se mobilisent face à la crise », La Croix, .
  78. L'Église de France face à la pédophilie - Cyriel Martin, Le Point, 2 avril 2010 (voir : Marie-Jo Thiel, « À propos de la pédophilie », in Bulletin du secrétariat de la conférence des évêques de France, 10 juillet 1998).
  79. a et b Estelle Gross, « Les scandales de pédophilie au sein de l'Église catholique », Le Nouvel Observateur, (consulté le 14 mars 2010).
  80. a b et c Marion Festraëts, « Le secret de la confession, jusqu'où ? », L'Express, (consulté le 22 mars 2010).
  81. Code pénal Article 434-1 Version en vigueur du 1er mars 1994 au 1er janvier 2002 et Code pénal Section 1 : Des entraves à la saisine de la justice. Article 434-1 et 434-3, en vigueur en 2010.
  82. Les Verts allemands au centre d'une nouvelle polémique sur la pédophilie - Frédéric Lemaître, Le Monde, 17 septembre 2013.
  83. En Europe, les Verts font grise mine - Jean-Jacques Mével, Le Figaro, 4 octobre 2013.
  84. a b c d e et f Benoit XVI fait le lien entre la pédophilie dans l'Eglise et la révolution sexuelle des années 60 - Paris Match/AFP, 12 avril 2019.
  85. Date sur le site Catholic-hierarchy.
  86. « États-Unis : plus de 300 prêtres accusés de pédophilie en Pennsylvanie », Le Monde.fr, .
  87. Magali Gruet, « Pédophilie : les odieux secrets des prêtres de Philadelphie », Le Parisien,
  88. « Le grand jury, pilier de la justice américaine », Le Monde, .
  89. « Pédophilie en Pennsylvanie : des documents accablent le Vatican », Le Monde/Reutersldate=2018/08/29
  90. « Scandale de pédophilie en Pennsylvanie : enquête fédérale », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  91. « Vatican : enquête sur un évêque argentin accusé d'abus sexuels », Le Monde, .
  92. « Le Vatican promet de faire la lumière sur l'ex-cardinal Theodore McCarrick », Le Monde, (consulté le 17 février 2019).
  93. « Accusé d'abus sexuels, l'ex-cardinal McCarrick défroqué par le Vatican, une première », Le Monde, (consulté le 17 février 2019).
  94. AFP, « Coupable de pédophilie, le cardinal George Pell est en prison et renvoyé du Vatican », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 28 février 2019).
  95. « « À la surprise générale », le pape François refuse la démission du cardinal Barbarin », Courrier International, .
  96. « Le pape François refuse la démission du cardinal Barbarin, incompréhension des victimes d'abus sexuels » [audio], France Culture (consulté le 20 mars 2019).
  97. « Ce culte du silence et de la souffrance dans lequel se complaît l'Eglise n'est plus supportable », Le Monde, (consulté le 25 mars 2019).
  98. « Atterrés par les scandales de l'Église, des catholiques veulent du changement », Le Monde, (consulté le 25 mars 2019).
  99. « De la stupeur à la colère chez les catholiques de France », Le Monde, (consulté le 12 avril 2019).
  100. a et b Robert McClory, « Rome et la contraception. Histoire secrète de l'encyclique Humanae Vitae », compte-rendu dans la revue Population de 1999, pp. 354-356 [présentation en ligne]
  101. Pascale Le Brouster, « Contribution à l'histoire du Planning familial : le partenariat CFDT-MFPF au cours des années soixante-dix », Genre & Histoire, no 2,‎ (lire en ligne).
  102. Les Dossiers de Mai 68 dans les médias : « L'étincelle du 22 mars » par Priska Ducœurjoly, Sud-Ouest, 22 mars 2008 - Mai-68.fr
  103. Danielle Hervieu-Léger, Catholicisme : la fin d'un monde, éd. Bayard, 2003
  104. (de) Beginn der neuen Frauenbewegung - Rebecca Hillauer, Deutschlandfunk Kultur, 12 septembre 2018.
  105. Mai 68 et le Front homosexuel d’action révolutionnaire - Patrick Rummler, Les Utopiques, 13 décembre 2018.
  106. Le Procès de Bobigny - Alice Cornille, Estelle Madern, Ophélie Playe, et Sonia Shali, Étude 2016-2017 [PDF].
  107. Archives Sylvie Rosenberg-Reiner
  108. Pavard 2012.
  109. Porhel et Zancarini-Fournel 2009, p. 80.
  110. Pavard 2009.
  111. Lydie Garreau, Sexes, morales et politiques : Une reconnaissance progressive du plaisir sexuel (1956-2000), Éditions L'Harmattan, , p. 151

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe, Gallimard, 1949.
  • Radu Clit, La Sexualité collective: de la révolution bolchévique à nos jours, Éditions du Cygne, 2007.
  • Alain Giami, « Misère, répression et libération sexuelles », in Mouvements no 20 mars-avril 2002, pp. 23-29.
  • Alexandra Kollontaï, Marxisme et révolution sexuelle, La Découverte.
  • Janine Mossuz-Lavau, Les Lois de l'amour, Petite bibliothèque Payot, 1991 (ISBN 2-2288-9656-X).
  • Madeleine Pelletier, L'Émancipation sexuelle de la femme, Brochure Mensuelle, Paris, 1926.
  • Wilhelm Reich, La Révolution sexuelle, Christian Bourgois, 1993 (ISBN 2-2670-1158-1).
  • Pierre Simon, Rapport Simon sur le comportement sexuel des Français, Julliard, 1972.
  • Michel Brix, L'Amour libre : Brève histoire d'une utopie, Éditions Molinari, 2008.
  • FHAR, Rapport contre la normalité, Éditions Champ libre, 1971. Réédition QuestionDeGenre/GKC, 2013.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier