Elle (magazine)

magazine hebdomadaire féminin de société français fondé en France en 1945 par Hélène Lazareff et Marcelle Auclair

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Elle.

Elle
Image illustrative de l’article Elle (magazine)
Logo du magazine Elle

Pays Drapeau de la France France
Zone de diffusion france
Langue français
Périodicité hebdomadaire
Genre presse féminine
Prix au numéro 2,40  (2019)
Diffusion 331 251[1] ex. (2018/2019)
Fondateur Hélène Lazareff
Marcelle Auclair
Date de fondation
Ville d’édition Levallois-Perret

Propriétaire CMI France (depuis 2019)
Directeur de publication Bruno Lesouëf, Constance Benqué
Directeur de la rédaction Erin Doherty
ISSN 0013-6298
Site web [1]

Elle (souvent typographié ELLE en capitales) est un magazine hebdomadaire français féminin et de société fondé en 1945 par Hélène Lazareff et Marcelle Auclair. Le titre est racheté en avril 2018 par le milliardaire tchèque Daniel Křetínský[2].

HistoriqueModifier

Le premier numéro de Elle est publié le 21 novembre 1945, quelques mois après l'adoption du droit de vote des femmes en France et du retour d'Hélène Lazareff, exilée Russe alors réfugiée à New York pendant l'Occupation, où elle travaillait à écrire au supplément féminin du New York Times ainsi que comme rédactrice en chef au Harper's Bazaar, un magazine féminin de luxe dont elle s'inspire[3] tout en conservant un « positionnement francophile » marqué[4]. La ligne éditoriale du journal est posée dès l'origine dans sa ligne de pied : « Le sérieux dans la frivolité, de l'ironie dans le grave[5]. » Hélène Lazareff précise qu'elle souhaite alors « faire un journal de mode, mais pas seulement. Un journal moderne. Pratique. Avec des photos. Donc des photographes. […] Un journal qui s’adresse à toutes les femmes. Et qui soit cependant sophistiqué »[6]. Si le magazine met en valeur les femmes et l'équipe de Lazareff principalement féminine, sa ligne éditoriale n'est pas féministe[7]. La référence des magazines de l'époque destiné aux femmes, non élitistes comme le Vogue, sont alors le Marie Claire d'avant guerre et Le Petit Écho de la mode tirant à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires[8]. La place libre laissée par Marie Claire interdit de publication en 1944 laisse donc des perspectives à Elle mais également aux magazines plus conservateurs Marie France (1944) et Claudine (mai 1945, racheté trois ans plus tard par Elle)[9]. Le premier numéro de Elle, sans publicité car voulant s'adresser plus « à ses lectrices comme citoyennes et non consommatrices », est rapidement épuisé malgré le tirage de 700 000 exemplaires (pour une moyenne de 110 000 les numéros suivants)[4]. Pierre Lazareff qui vient de fonder France Soir, reste très présent au sein de la rédaction, et des échanges de reportages s'effectuent entre le journal et le magazine[4].

Simone Baron et Alice Chavanne[10] en assurent la responsabilité, assistées du photographe Jean Chevalier comme directeur artistique, avant l'arrivée en 1946 de Françoise Giroud qui restera rédactrice en chef du magazine jusqu'en 1953[11]. La notion d'émancipation des femmes reste omniprésente dans la ligne éditoriale[12].

Au départ, le magazine ne comporte qu'une vingtaine de pages. La ligne éditoriale souhaitée par Lazareff transgresse les principes des magazines féminins de l'époque : moins de chroniques au profit d'informations précises, elle recentre la mode sur les personnalités plus que les créations jusqu'à en promouvoir certaines — comme Emmanuelle Khanh quelques années après —, achète des images couleur jusqu'à New York pour les mettre en couverture[n 1], éloignant ainsi Elle des magazines de mode proches parfois de simples catalogues[13]. Le contenu du magazine est alors composé de pages sur la haute couture et de rubriques avec recettes, astuces pratiques ou patrons[13]. Peu à peu, au delà de la mode, l'information et la littérature entrent dans les pages du magazine même si la « femme écrivain » est déjà présente, par les écrits de Colette, dès le premier numéro[14].

Dès le début des années 1950, Elle impose son propre style en étant précurseur dans les domaines du sportswear d'inspiration américaine, qui vit ses balbutiements ou du prêt-à-porter qui connaitra son âge d'or la décennie suivante[13]. Le magazine tire alors à plus d'un demi-million d'exemplaires[4]. Si le tirage est alors de 500 à 600 000 exemplaires, Elle est lu par au moins un million et demi de lectrices[13] ; ce sera deux millions la décennie suivante[15]. Durant 1952, la jeune Brigitte Bardot apparait sur les couvertures de la publication[13]. Les années suivantes, les écrits de Françoise Sagan sont régulièrement présents au sein du magazine[16]. Le photographe Lionel Kazan (qui entre au studio de Jean Chevalier fin 1952) n'est âgé que de 23 ans quand il publie sa première couverture, le 20 avril 1953, avec pour décor naturel le désert algérien. D'avril 1953 à fin 1955, Lionel Kazan signe 81 couvertures (il en signera presque une centaine). Claude Brouet, alors journaliste, reconnaît aussi la grande complicité qui existait entre Lionel Kazan et Hélène Lazareff, qui « se parlaient en russe[17] ».

Années après années, le prêt-à-porter prend une part de plus en plus large dans le magazine ; celui-ci ne se contente plus de présenter la mode, il devient prescripteur, s'associant aux grands magasins parisiens[13]. Le magazine consacre jusqu'à huit pages à Prisunic, qui a lancé une ligne de vêtements en 1956 avec Denise Fayolle[13]. Si la haute couture n'est plus prépondérante, Elle reste l'un des rares organe de presse français soutenant Gabrielle Chanel — et son iconique tailleur — à son retour aux affaires en 1954, ainsi que le débutant Pierre Cardin, le « chouchou » du magazine les années suivantes[13]. Peter Knapp prend la direction artistique en 1959 ; il y restera deux décennies. C'est lui qui donne au mensuel sa forme définitive[13].

Années 1960 et suivantesModifier

À la fin des années 1960, des bons réductions « Couturama » délivrés avec le magazine pour les marques de Ungaro, Ricci, Cardin, Courrèges, ou Saint Laurent, entre autres, « déclenchent les passions »[13]. Les grands noms — à l'exception notable de Chanel —, ainsi que les étoiles montantes de la mode, y participent[13]. L'écrivain Alexandre Vialatte y tient une chronique régulière : Le Paris des Parisiennes. Catherine Rousso entre au magazine en 1969 puis devient rédactrice en chef « Mode » ; elle y restera plus de quarante ans[18]. Vers cette époque, les principaux combats pour l’émancipation des femmes ont déjà été menés depuis la fin de la guerre et dans les années 1980 à 70, la ligne éditoriale s’essouffle et cherche une nouvelle image de la femme[19]. Le « Grand prix des Lectrices de Elle » est lancé le  ; il évolura notablement en 1977 puis en 2002[20].

Éliane Victor, recommandée par Françoise Giroud, devient rédactrice en chef du magazine en 1978, dans une période ou les tirages sont en baisse. Elle quitte le magazine quatre ans plus tard, ayant réussi à remonter les chiffres de ventes[21].

En parallèle est lancé en 1986 aux États-Unis l'édition américaine du magazine. Avec sa maquette colorée, sexy et « jeune », c'est rapidement un succès, le magazine allant jusqu'à dépasser les ventes du Harper's Bazaar avec 800 000 exemplaires (second des ventes « presse féminine » dans ce pays) et à faire vieillir l'image élitiste du Vogue US, poussant à la perte de son influente rédactrice en chef Grace Mirabella[22].

En 2002, Valérie Toranian, succède à Anne-Marie Périer, comme directrice de la rédaction du journal, avant d'être remplacée par Françoise-Marie Santucci, en septembre 2014[23]. Rapidement, celle-ci modifie la ligne éditoriale du magazine, entrainant quelques remous de la part de la société des journalistes du magazine[24].

En 2015, Elle est présent dans le monde entier avec 46 éditions internationales et plus de 20 millions de lectrices. Le magazine tire pour 2014 à plus de 300 000 exemplaires, en forte chute par rapport aux années précédentes[24].

En avril 2018, le Groupe Lagardère et sa filiale Hachette Filipacchi Médias annoncent la vente prochaine de plusieurs de leurs organes de presse, dont le magazine Elle, à l'homme d'affaires et patron de presse tchèque Daniel Křetínský[25],[26].

RecordModifier

Le 5 mai 2003, le magazine voit exploser ses ventes (400 000 exemplaires) grâce à Emmanuelle Béart posant nue, sa chevelure blonde attachée avec son string[27], pour la photographe Sylvie Lancrenon[28].

Diffusion en FranceModifier

Tiré à 412 643 exemplaires en France, le magazine est vendu à 333 141 exemplaires (diffusion totale payée) sur l'année 2016[29].

Diffusion totale payée[29]
2009 2010 2011[30] 2012 2013 2014 2015 2016
Elle 370 658 404 037 402 989 401 332 384 704 352 390 342 981 333 141

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Après la Guerre, si la photographie de mode a peu à peu envahie les magazines depuis les années 1930, celle-ci n'est pas encore systématique en couverture, l'illustration de mode étant encore très présente. Modes et travaux ou L'Officiel par exemple, utilisent encore des dessins à cette époque pour leurs couvertures.

RéférencesModifier

  1. https://www.acpm.fr/Support/elle
  2. « Daniel Kretinsky : «J'ai un grand respect pour Elle et Marianne» », FIGARO,‎ (lire en ligne, consulté le 19 mai 2018)
  3. Vincent Soulier, Presse féminine : la puissance frivole, Archipel, , p. 47
  4. a b c et d Grandpierre 2012, partie n°10.
  5. Vincent Soulier, Presse féminine : la puissance frivole, Archipel, , p. 107
  6. Grandpierre 2012, partie n°1.
  7. Grandpierre 2012, partie n°2, 10 et 13.
  8. Grandpierre 2012, partie n°3 et 4.
  9. Grandpierre 2012, partie n°5.
  10. Didier Grumbach, Histoires de la mode, Paris, Éditions du Regard, (1re éd. 1993, Éditions du Seuil), 452 p. (ISBN 978-2-84105-223-3), p. 59
  11. Michel Klen, Femmes de guerre : une histoire millénaire, Ellipses, , p. 414
  12. Grandpierre 2012, partie n°10, 11 et 12.
  13. a b c d e f g h i j et k Grumbach 2008, op. cit., Les origines de la confection : Le journal Elle, p. 191 à 197
  14. Grandpierre 2012, partie n°2 et 13.
  15. Dominique Veillon et Michèle Ruffat, La mode des sixties, Paris, Autrement, coll. « « Mémoires/Histoire » », , 280 p. (ISBN 9782746710153, présentation en ligne), p. 9 (inscription nécessaire) – via Cairn.info
  16. Grandpierre 2012, partie n°15, 16 et 17.
  17. (fr + en) Alexandra Kazan (préf. Olivier Saillard), Lionel Kazan photographe, Paris, Liénart Editions, , 280 p. (ISBN 978-2-35906-158-1, notice BnF no FRBNF45034179).
  18. Sylvia Jorf, « Madame Rousso », Elle, no 3625,‎ , p. 19 à 28 (ISSN 0013-6298)
  19. Grandpierre 2012, partie n°2.
  20. Grandpierre 2012, partie n°28.
  21. Grandpierre 2012, partie n°26.
  22. Norberto Angeletti, Alberto Oliva et al. (trad. Dominique Letellier, Alice Pétillot), En Vogue : L'histoire illustrée du plus célèbre magazine de mode, White Star, , 410 p. (ISBN 978-8861120594), « Vers le nouveau siècle », p. 242
  23. Frédéric Roy, « Françoise-Marie Santucci remplace Valérie Toranian à la tête de Elle », sur cbnews.fr,
  24. a et b « Lagardère reprend en main son joyau Elle », Challenges, no 419,‎ , p. 9 (ISSN 0751-4417)
  25. Grazia.fr, « Vendu à un groupe média tchèque, "Elle" est en colère », Grazia.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 26 mai 2018)
  26. Schwartzenberg, « Elle racheté par un drôle d'oligarque tchèque », Club de Mediapart,‎ (lire en ligne, consulté le 26 mai 2018)
  27. Couverture avec Emmanuelle Béart
  28. Vincent Soulier, Presse féminine : la puissance frivole, Archipel, , p. 151
  29. a et b Office de justification de la diffusion (OJD), « Chiffres : Elle », sur ojd.com,
  30. « À partir de janvier 2011, ces chiffres intègrent les versions numériques issues de l’application de la nouvelle réglementation OJD concernant la diffusion numérique. Il convient donc de tenir compte de ces modifications pour interpréter les évolutions entre 2010 et 2011 » - OJD, 2012

AnnexesModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier