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Théorie du complot

Récit d'événements comme produit de l'action d'un groupe occulte
(Redirigé depuis Conspirationniste)
Élément du billet d'un dollar américain figurant l'œil de la Providence ; ce symbole a pu être invoqué comme preuve d'un complot mondial maçonnique ou Illuminati par les partisans de ces théories.
Dessin conspirationniste antisémite et antimaçonnique, montrant la France catholique conduite par les Juifs et les francs-maçons (Achille Lemot pour Le Pèlerin, n° du 31 août 1902).

Une théorie du complot — également désignée, de façon plus récente, par les néologismes conspirationnisme ou complotisme[1] — propose de donner une vision de l'histoire perçue comme le produit de l'action d'un groupe occulte agissant dans l'ombre. Loin de la simple rumeur, il s'agit (selon Peter Knight, de l'université de Manchester) d'un récit théorique qui se prétend cohérent et cherche à démontrer l'existence d'un complot entendu comme le fait qu' « un petit groupe de gens puissants se coordonne en secret pour planifier et entreprendre une action illégale et néfaste affectant le cours des évènements »[2]. La conspiration secrète civile, criminelle ou politique, visée par la théorie du complot, agirait généralement dans l'objectif de détenir ou conserver une forme absolue de pouvoir (politique, économique ou religieux).

Du point de vue des observateurs en sciences sociales, la théorie du complot tend à se soustraire à la réfutation ; en effet, toute démonstration destinée à prouver qu'aucun complot n'est à l'œuvre sera interprétée comme une nouvelle tentative de tromper le complotiste, qui continuera à chercher ce qui se passe dans l'ombre, et qu'on ne lui dit pas. Les explications officielles ou scientifiques établies par les pouvoirs publics et relayées par les grands médias d'informations seront structurellement discréditées.

La démarche de la théorie du complot cherche à adosser à des faits avérés un responsable selon une logique souvent uni-causale de narration. Elle se différencie en cela de la démarche historique qui induit une multi-causalité[3].

Sommaire

HistoireModifier

Genèse historiqueModifier

 
L'abbé Augustin Barruel, auteur des Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme dans lesquels il affirme que la Révolution française a été organisée par la franc-maçonnerie française et les Illuminés de Bavière.

Les historiens s'accordent à considérer que la première théorie du complot proprement dite fut celle, qui se répandit à la fin du XVIIIe siècle, portant sur la Révolution française. Pour Frédéric Charpier, ce sont les Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, écrites en 1798 par l'abbé Augustin Barruel, qui constituent l'acte de naissance de « la première théorie du complot » : celle-ci ne voit pas la Révolution française comme le résultat d'un mouvement populaire spontané, mais plutôt comme le fruit d'une conspiration antichrétienne. Frédéric Charpier y voit le prototype qui contient l'essentiel des ingrédients des futurs récits conspirationnistes : une « idéologie réactionnaire », une « subjectivité camouflée dans une fausse objectivité », un « langage haineux »[4]. La Révolution française peut être ainsi vue comme le premier grand évènement de l'histoire du conspirationnisme, dans la mesure où ce bouleversement a suscité des théories de tous bords. Car si l'idée fantasmatique de la Révolution comme coup d'État planifié était relativement partagée, il y avait à l'inverse une très grande diversité des interprétations quant à l'identité des supposés conspirateurs : clubs, loges et autres « sociétés de pensée » passant pour avoir prévu et organisé leur prise de pouvoir, régiments de la guerre d'Amérique, financiers et négociants gravitant autour du Club des jacobins ou du Club Massiac, etc. La conspiration dénoncée par l'abbé Barruel dans Mémoires pour l'histoire du Jacobinisme implique même des groupes beaucoup plus anciens, comme les Rosicruciens et les Templiers, qui auraient selon lui perduré. D'autres accusaient les nations étrangères : l'Angleterre, la Prusse... Réciproquement, des révolutionnaires ont accusé les girondins, les modérantistes, les Vendéens, les Autrichiens ou encore les fédéralistes, de comploter « contre » la Révolution.

L'Écossais John Robison fait paraître en 1797 Preuves de conspirations contre toutes les religions et tous les gouvernements de l'Europe[n 1], où il prétend montrer l'existence d’une conspiration des Lumières œuvrant au remplacement de toutes les religions par l’humanisme et de toutes les nations par un gouvernement mondial unique. Concernant le caractère réactionnaire de la théorie du complot, on peut toutefois relever que les analyses de l'abbé Barruel ont été contredites par Joseph de Maistre[5]. De son côté, Marcel Gauchet déclare que c'est en réaction à Augustin Cochin, dont l'œuvre relaie la même interprétation conspirationniste de la Révolution, que l'expression « théorie du complot » est apparue en France[6].

Pour l'historien des religions Emmanuel Kreis, spécialiste du mythe du complot judéo-maçonnique : « Avec la Révolution, commence l'ère de l'incertain et de l'indécis. L'histoire n'obéit plus aux plans divins, la société se trouve livrée à elle-même, sans vérité transcendante […]. Expérience traumatisante et vue comme contredisant l'ordre naturel, la Révolution ne peut qu'être le fruit d'une conspiration totale, omnisciente et omnipotente. La Révolution devient le fruit de manœuvres orchestrées dans les “arrière-loges”. C'est le début de la dénonciation du complot maçonnique ». Kreis décrit, lui aussi, quelques constantes dans les théories du complot : « Tout est lié, le complot ne laisse pas la place au hasard, tout acte entraîne une conséquence prévue », en somme, tout est écrit ; « le complot se joue de l'espace et du temps, il est normal qu'un évènement particulier ait été provoqué par une cause éloignée dans l'espace ou le temps » ; et enfin « derrière ce que l'on croit voir il existe un monde clandestin dans lequel les conspirateurs agissent »[7].

Pour l'historien Éric Saunier, s'il est vrai que les Constitutions d'Anderson (texte fondateur de la franc-maçonnerie) ont exercé « une influence profonde sur les écrits que produisirent nombre d’initiés ayant appartenu au monde littéraire du siècle des Lumières », leur existence n'implique aucunement l'existence d'une conspiration. Ainsi, « l’influence prêtée abusivement aux maçons est avant tout à rechercher dans le rôle exercé par la formation maçonnique sur les mentalités des initiés », aux idées qui circulaient au XVIIIe siècle et non à quelques conspirateurs spécifiques[8].

Selon François Furet, « On n'en finirait pas de recenser les usages et les acceptions de l'idée de complot dans l'idéologie révolutionnaire : c'est véritablement une notion centrale et polymorphe, par rapport à laquelle s'organise et se pense l'action ; c'est elle qui dynamise l'ensemble de convictions et de croyances caractéristique des hommes de cette époque, et c'est elle aussi qui permet à tout coup l'interprétation-justification de ce qui s'est passé »[9].

Évolution historique des théories du complotModifier

Les théories du complot du XIXe siècle prennent comme responsables récurrents des sociétés secrètes apparues au siècle précédent, notamment les Francs-maçons et les Illuminati qui se réclamaient de la philosophie des Lumières, mais aussi des groupes plus anciens comme les Jésuites. Pour Pierre-André Taguieff, « La démonie[n 2] du soupçon insatiable est un principe de l’imaginaire du complot et du contre-complot. » L’exemple du complot juif décrit par Bakounine illustre les principes structurels de la pensée complotiste, mis en lumière par Frédéric Charpier et Emmanuel Kreis. Pierre-André Taguieff : « Au milieu de la controverse entre marxistes et anarchistes, rival malheureux et vindicatif de Marx dans la lutte pour la direction de la Ire Internationale, Bakounine réunit en 1872, dans le même complot juif pour la domination universelle, le pôle capitaliste (la banque Rothschild) et le pôle communiste-marxiste (Marx), soit les deux faces de ce qu’il appelle la « secte exploitante » ». Bakounine théorise : « Tout ce monde juif, constituant une secte unique exploitante […] est maintenant, au moins en grande partie, à la disposition de Marx, d'une part, et de Rothschild de l'autre [...]. Le fait est que le socialisme autoritaire, le communisme marxiste, exige une forte centralisation de l'État. Et là où il y a centralisation de l'État, il doit nécessairement y avoir une banque centrale, et là où existe une telle banque, est la nation juive »[10].

À la charnière du XXe siècle, on voit réapparaître les Juifs, cette fois complotant avec les Francs-maçons, avec le célèbre Protocoles des Sages de Sion, faux document mis au service de l'antisémitisme russe pour justifier et encourager les pogroms et utilisé par la suite par les antisémites européens (dont Adolf Hitler, qui s'y réfère explicitement dans Mein Kampf).

Si les théories du complot fondées sur l'antisémitisme sont discréditées en France avec la fin du régime de Vichy, ce pays demeure un terreau fertile pour le complotisme, comme il a pu être constaté dans la foulée de l'assassinat de John F. Kennedy en 1963, et surtout des attentats du 11 septembre 2001, alors que L'Effroyable Imposture, écrit par Thierry Meyssan, président du Réseau Voltaire, — et vendu à 164 000 exemplaires en France — affirme que les attentats furent en fait une mise en scène montée par le complexe militaro-industriel. Quelques années plus tard, l'actrice Marion Cotillard déclare, dans le cadre d'une émission télévisée, que les tours du 11 septembre étaient « bourrées d'or », « un gouffre à thunes », et qu'il était « beaucoup plus cher de faire des travaux etc. que de les détruire ». D'autres affirmations du même ordre par des personnalités telles que Jean-Marie Bigard et Mathieu Kassovitz font dire à Jonathan Schel dans Slate qu' « il n'y a qu'en France qu'on publie régulièrement des livres comme L'Effroyable Imposture de Thierry Meyssan, ou le tout récent 11 septembre : les vérités cachées, d'Éric Raynaud », ajoutant que tous ces propos illustrent « l'immense confusion qui semble régner dans le cerveau de nos stars »[11].

Aux États-Unis, les théories du complot s'installent avec l'anticommunisme, notamment dans un discours du sénateur Joseph McCarthy prononcé devant le Congrès américain le 14 juin 1951[7]. Comme le souligne le philosophe Philippe Huneman, Richard Hofstadter montre que « l'une des premières manifestations conspirationnistes d'envergure aux États-Unis fut le maccarthysme, motivé par une obsession paranoïaque du complot communiste »[12]. L'assassinat de John F. Kennedy en 1963, considéré comme le fruit d'une conspiration par le Comité HSCA en 1979, a suscité un grand nombre d'élucubrations. L'expression de « théorie du complot » est d'ailleurs utilisée pour la première fois dans Le Monde dans un article daté du 7 octobre 1966 évoquant l’assassinat du président Kennedy. D'après Rudy Reichstadt, « les occurrences commencent à se multiplier à partir des années 1980 »[13]. On peut citer de même à cette époque les morts prétendument suspectes de Robert Boulin, Daniel Balavoine, John Lennon, Coluche, puis dans les années 1990 de Jean-Edern Hallier, Pierre Bérégovoy, Lady Diana ou encore Tupac Shakur. Mais c'est surtout au XXIe siècle en Amérique du Nord avec les attentats du 11 septembre 2001 (suscitant un flot de contestations conspirationnistes) ainsi qu'avec leur médiatisation mondiale, que l'expression « théorie du complot » est devenue courante.

Ces évolutions résultent également des transformations de notre rapport aux documents audiovisuels d'actualité, qui ont débuté avec la diffusion des films amateurs retraçant l'assassinat de John F. Kennedy. En effet, à tort ou à raison, les images des derniers instants du président américain[14] sont à l'origine des premières critiques de la thèse officielle, quant à l'auteur de cet assassinat, installant ainsi l'idée qu'une analyse fine des documents d'actualité pouvait offrir à elle seule la possibilité, pour n'importe quel spectateur, de déceler l'existence d'un complot[15]. Plus de cinquante ans plus tard, la culture du soupçon systématique à l'égard des images d'actualité est un élément prépondérant dans les théories du complot sur le 11 septembre 2001, notamment à travers l'affirmation selon laquelle le trou laissé dans le mur du Pentagone, visible sur les images mises en ligne par les médias américains, était d'une dimension inférieure à l'amplitude de l'avion. Un livre de Jean Guisnel et Guillaume Dasquié paru en 2003 s'est employé à réfuter ces arguments[16].

À la fin du XXe siècle, le filon du conspirationnisme est exploité dans de grands succès populaires comme la série X-Files ou le film Da Vinci Code. Cela contribue à diffuser une culture du complotisme, notamment en France où elle était impopulaire depuis la seconde guerre mondiale[17]. Certains sociologues considèrent, en outre, la généralisation de l'explication par le complot comme un aspect clé de la mentalité postmoderne (voir plus bas).

En janvier 2018, un sondage de l'IFOP sur 1252 personnes parmi la population française conclut que seules 21±2,5 % (soit entre 18,5 % et 23,5 %) d'entre elles ne croient en aucune théorie du complot, et que ces croyances sont plus présentes chez les jeunes[18]. La croyance la plus répandue est relative à une collaboration entre le ministère de la Santé et l'industrie pharmaceutique pour cacher les effets secondaires des vaccins (~ 55 %)[18]. Près de la moitié de l'échantillon croient au « grand remplacement », environ 32 % pensent que le virus du sida a été créé en laboratoire et testé sur la population africaine[18], environ 9 % croient en la possibilité de la théorie de la Terre plate[18]. En revanche, la majorité des Français pensent, conformément au consensus dans la communauté scientifique, que le réchauffement climatique est dû aux activités humaines[18].

Assise et argumentation rhétoriqueModifier

ConceptualisationModifier

 
Karl Popper.

Si la première occurrence de la formule apparaît, d'après Rudy Reichstadt, dans The Journal of mental science en 1870[13], c'est probablement au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans La Société ouverte et ses ennemis[19] (1945), qu'est formulée, sous la plume du philosophe des sciences Karl Popper, la première définition de la théorie conspirationniste de la société (Conspiracy Theory of Society) :

« C'est l'opinion selon laquelle l'explication d'un phénomène social consiste en la découverte des hommes ou des groupes qui ont intérêt à ce qu'un phénomène se produise (parfois il s'agit d'un intérêt caché qui doit être révélé au préalable) et qui ont planifié et conspiré pour qu'il se produise[20]. »

Popper remarque par ailleurs que les personnes les plus désireuses d'amener le Paradis sur Terre sont les plus enclines, une fois au pouvoir, à adopter des théories du complot pour y expliquer leur échec[19].

Le philosophe Charles Pigden fait remarquer que cette première définition de la théorie conspirationniste de la société pourrait être sans objet. Pigden remet en question l'idée de Popper selon laquelle la croyance en l'existence de conspirations doit toujours tout expliquer, pour la personne qui y croit[21].

Dans son livre Conspiracy Theories in American History : An Encyclopedia (ABC-Clio, 2003), Peter Knight, de l'université de Manchester, indique que les théories du complot cherchent à démontrer l'existence d'un complot entendu comme le fait qu' « un petit groupe de gens puissants se coordonne en secret pour planifier et entreprendre une action illégale et néfaste affectant le cours des évènements »[7].

Dans son Court traité de complotologie (Mille et une nuits, 2013), Pierre-André Taguieff évoque « l’expression mal formée “théorie du complot” » qu’il qualifie de « malheureuse et trompeuse » : « Plutôt que de “théorie du complot”, pour être rigoureux, il faudrait utiliser judicieusement les expressions suivantes, en allant du moins élaboré au plus élaboré : rumeur de complot, peur d’un complot, hypothèse du complot, imaginaire du complot, idéologie du complot, mythe ou mythologie du complot »[13]. Steve Clarke, de la faculté de Philosophie de l'université d'Oxford, considère également que les théories du complot ne méritent pas le nom de théories en ce qu'elles pointent des incohérences sans suggérer un scénario alternatif qui les explique et qui pourrait être soumis à l'épreuve des faits ou des critiques[22].

Défaut de réfutabilitéModifier

Selon Pierre-André Taguieff, le raisonnement conspirationniste donne lieu à un débat inutile car la théorie du complot ne se prête pas à la réfutation : « l'imaginaire du complot est insatiable, et la thèse du complot, irréfutable : les preuves naïvement avancées qu'un complot n'existe pas se transforment en autant de preuves qu'il existe[5] ». Pour Gérald Bronner, les conspirationnistes « singent la pensée méthodique, mais sont imperméables à la contradiction »[23].

La théorie du complot peut se rapprocher de la méthode hypercritique : celui qui la pratique se fondera sur les points qui apparaissent valider sa théorie ou contredire l'explication adverse pour écarter toute contre-argumentation. On peut aussi assister à un renversement de la charge de la preuve : c'est au tenant de l'explication admise de montrer qu'il n'y a pas eu complot, et les arguments qu'il profère peuvent passer pour des manipulations supplémentaires. La certitude préalable de l'existence d'un complot implique l'analyse de toute information et de tout fait au travers du prisme de cette théorie du complot. Ce biais cognitif est nommé biais de confirmation d'hypothèse. En outre, à cause d'un défaut de distinction entre les données exploitées et leur mise en relation, le simple fait que des données authentiques soient « insérées dans la trame » de la théorie du complot peut valider à tort la trame elle-même. L'évocation d'un complot peut donc mener au rétrécissement de l'univers d'analyse d'un fait, puisque ce fait ne sera mis en relation qu'avec d'autres faits issus de la théorie. La théorie du complot se justifie ainsi par elle-même, discrédite l'adversaire ; elle n'est donc pas réfutable et n'a en cela rien de scientifique.

« Le mélange de vrai et de faux est énormément plus toxique que le faux pur. »
Paul Valéry[24]

Le conspirationnisme est avant tout une logique particulière par laquelle on articule des données. Or, on peut traiter d'évènements authentiques sans que cela garantisse la véracité de la logique par laquelle on les relie entre eux. De fait, hormis les sources a priori crédibles mais finalement non vérifiables, les données utilisées par les théories du complot peuvent être issues aussi bien de faux que de sources authentiques. Le conspirationnisme peut ainsi se réclamer d'une documentation « vérifiable » et ouverte au public, tout en livrant une interprétation fantaisiste des données.

Gérald Bronner considère que les tenants de la théorie du complot sont généralement plus motivés que les non-croyants pour défendre leur point de vue et lui consacrer temps et énergie[25]. Pour justifier son manque d'implication dans la démonstration de l'inanité du spiritisme, Thomas Henry Huxley écrivait en 1869 : « Je n'ai pas de temps pour une telle enquête, qui attire beaucoup de soucis et beaucoup d'ennuis »[26]. Le sociologue français qualifie d' « effet Fort » la méthode argumentative fallacieuse de l'administration de la preuve inaugurée par Charles Hoy Fort dans Le Livre des damnés en 1919. Afin de prouver des théories saugrenues, l'écrivain constitue des « millefeuilles argumentatifs » puisant chacun dans une discipline scientifique pointue. Chacun de ces arguments, pris isolément, est faible, mais l'ensemble constitue « un argumentaire qui paraît convenable au profane, impressionné par une telle culture universelle et pas plus compétent que motivé pour aller chercher, point par point, les informations techniques qui lui permettraient de révoquer l'attraction que ces croyances vont exercer sur lui ». Bronner estime que les produits fortéens « caractérise[nt] de plus en plus fréquemment les produits frelatés qui peuvent s'échanger sur le marché cognitif contemporain », en particulier avec l'émergence d'Internet qui aurait amplifié ce phénomène, citant à l'appui le Da Vinci Code et les « mythes du complot contemporains »[27].

ProbabilitéModifier

En janvier 2016, David Robert Grimes, physicien à Oxford, publie un article scientifique visant à démontrer qu’il est improbable qu’un grand complot impliquant des milliers de personnes reste secret pendant des décennies[28]. Sans nécessairement réfuter cette conclusion, le mathématicien Nicolas Gauvrit invalide cet article en mettant en évidence des erreurs de méthode rédhibitoires[29].

ParanoïaModifier

Article détaillé : Délire paranoïaque.
 
Affiche de l’exposition Le Bolchevisme contre l'Europe, présentée en 1942 en France occupée, et dénonçant l'existence d'une conspiration mondiale judéo-maçonnico-bolchévique (Comité d’action antibolchévique).

En 2008, Jack Z. Bratich propose la première analyse du discours sur les théoriciens des théories du complot. Dans Conspiracy Panics: Political Rationality and Popular Culture[30], Bratich date l'apparition du discours actuel sur le conspirationnisme à la parution de l'ouvrage de Richard Hofstadter, The Paranoid Style in American Politics and Other Essays, en 1965 (publié en français sous le titre Le style paranoïaque. Théories du complot et droite radicale en Amérique)[31]. La notion de « style paranoïaque » renvoie à la psychiatrie, mais s'en distingue radicalement : « En employant l’expression « style paranoïaque », je ne m’inscris pas dans le champ clinique ; ma démarche consiste plutôt à emprunter un terme clinique à d’autres fins. Je n’ai ni la compétence, ni le désir de me pencher sur le cas de telle ou telle figure du passé ou du présent pour tenter ensuite de diagnostiquer chez elle la folie [...]. C’est l’usage même de modes d’expression paranoïaques par des individus plus ou moins équilibrés qui donne toute son importance au phénomène »[32]. Pour Richard Hofstadter, les idées de John Robison « illustrent les poncifs qui forment le cœur du style paranoïaque : l’existence d’un complot organisé autour d’un vaste réseau international, procédant de façon insidieuse, doté d’une efficacité surnaturelle et visant à perpétrer des actes diaboliques »[33]. Dès lors apparaît un « changement dans la problématisation [du conspirationnisme]. La problématisation ne cherche plus à catégoriser différents « acteurs », mais à établir une manière de penser qui pourrait être adoptée par n'importe quel acteur politique. [...] Il s'agit d'une imitation de la raison, qui demande donc une vigilance constante. [...] Le style paranoïaque dans sa forme intérieure populiste n'est pas simplement exilé à l'extérieur du discours politique normal, c'est un danger qui menace constamment de l'intérieur. Bien qu'il soit relégué à la marge de la pensée officielle, il est également parmi nous, tapi au sein de la nation, dans son cœur, au sein la population. Ce n'est pas « quelqu'un parmi nous », mais cela pourrait être n'importe qui. » (Bratich, 2008, p. 32–33)[34].

Pierre-André Taguieff a identifié quatre grands principes de base des croyances conspirationnistes : « rien n'arrive par accident ; tout ce qui arrive est le résultat d'intentions ou de volontés cachées ; rien n'est tel qu'il parait être ; tout est lié, mais de façon occulte[35]. » Taguieff expose d'autres aspects de la théorie du complot : postulat du complot comme force motrice de l'histoire, illusion de découvrir ses secrets, hyper-rationalisation, importance du soupçon, explication totale et donc rassurante, véhicule de la haine populiste des élites[5]. Les croyances identifiées par Taguieff concordent[réf. nécessaire] avec la sémiologie du délire paranoïaque qui est généralement fondé sur une intuition délirante, faisant ensuite appel au mécanisme interprétatif ; centré sur un seul thème (la jalousie, le préjudice, le complot, l'érotomanie, etc.) ; hautement systématisé : les prémisses sont délirantes ; ensuite, le délire se déploie de manière parfaitement organisée, logique, claire, cohérente, pouvant même emporter l'adhésion d'auditeurs.

Sur fond de ces principes, se forme la dénonciation d'une « manipulation des masses », dont les croyances sont : l’existence d’un petit groupe, décidé à influer sur les évènements, à en prendre le contrôle ou à les provoquer, de façon secrète, afin de prendre ou de conserver un pouvoir politique, et/ou économico-financier, et/ou culturel, etc. Le groupe conspirateur serait typiquement minoritaire, élitiste et/ou sectaire et utiliserait des moyens politiques, financiers, militaires, psychologiques et/ou scientifiques. Cela implique que cette communauté possède des grilles d'analyse pertinentes et fiables, mais cachées. À partir de cette analyse, elle pourrait développer une action occulte, mais surtout efficace permettant de parvenir à ses objectifs, lentement mais sûrement. Ce sont ces hommes « qui savent l'histoire qu'ils font »[6]. Selon l'historienne Ariane Chebel d'Appollonia : « La théorie du complot, en simplifiant l'espace politique, permet l'économie d'un examen attentif des réalités »[36].

EnjeuxModifier

D'après le journaliste nord-américain Alexander Cockburn, animateur du site critique Counterpunch, l'attitude consistant à ne pas chercher à comprendre le monde autrement que par la seule croyance dans des conspirations détourne l'attention collective des vrais enjeux et des combines réelles des pouvoirs en place sur lesquelles les théories du complot ne donnent pas prise. En ce sens, le recours aux théories du complot est un signe de paresse intellectuelle[37]. Toutefois, des complots réels peuvent exister, mais la notion de « théorie du complot » sert autant à rendre compte de la réalité qu’à en dissimuler certains aspects, d'autant que certains services de renseignement peuvent disposer d'une influence généralement admise[37].

La parole répandue peut toutefois dépendre des médias et des pays, ainsi, la chaîne de télévision Rossia Segodnia — La Russie d'aujourd'hui — est un ensemble du système médiatique russe très influent qui considère que les évènements en Ukraine ont été coproduits par l'opposition ukrainienne et par l'Occident[38]. De même, CNN, la principale chaîne de télévision d'information en continu américaine, a présenté la collusion de l’équipe de campagne de Donald Trump comme un fait avéré tous les jours depuis son élection jusqu’à la publication du rapport Mueller. [39].

En France, dans le cadre de l'enseignement moral et civique et de l'éducation aux médias et à l'information, l’Éducation nationale souhaite promouvoir une journée relative aux réactions à adopter lorsque l'on est confronté aux théories du complot. Cette démarche doit s'accompagner de la création d'outils pédagogiques, d'appel à projets et de la création d'un parcours magistère[40].

Pour Emmanuel Taïeb : « Construire une théorie du complot est une arme politique qui permet à des acteurs politiques extrêmes, marginaux ou faibles d'exister dans le champ médiatique ou politique à moindre coût »[41]. Toutefois d'autres discours prennent le parti inverse, ainsi, Adolf Hitler déclare dans Mein Kampf[3] : « L’art de tous les vrais chefs du peuple de tous les temps consiste surtout à concentrer l’attention du peuple sur un seul adversaire, à ne pas la laisser se disperser. Plus cette assertion de la volonté de combat d’un peuple est concentrée, plus grande est la force d’attraction magnétique d’un pareil mouvement, plus massive est sa puissance de choc. L’art de suggérer au peuple que les ennemis les plus différents appartiennent à la même catégorie est d’un grand chef. Aussitôt que la masse se voit en lutte contre beaucoup d’ennemis, elle se pose cette question : est-il possible que tous les autres aient vraiment tort et que, seul, notre mouvement soit dans son droit ? […] C’est pour cela qu’il faut toujours mettre dans le même tas une pluralité d’adversaires des plus variés […]. Cela fortifie la foi dans son propre bon droit et augmente son exaspération contre ceux qui s’y attaquent. ».

Certaines revendications mémorielles polémiques peuvent, selon les méthodes qu'elles utilisent, être comprises comme reposant sur une logique de démonstration semblable aux théories du complot[3].

Par ailleurs, les théories du complot peuvent être un moyen de renforcer un groupe politique souhaitant accéder au pouvoir en déstabilisant le pouvoir en place, ou, une fois le pouvoir conquis, de déstabiliser l'opposition pour protéger le pouvoir en place.

Arme rhétoriqueModifier

D'après Robert Blaskiewicz, sceptique américain, « l’idée que l’expression « théorie du complot » a été utilisée comme une arme rhétorique est connue depuis au moins 1997 ». Cette idée connaît un regain de popularité en 2013 avec la publication de La Théorie du complot en Amérique de Lance deHaven-Smith (University of Texas Press, 2013), ouvrage mis en avant par les théoriciens du complot. Certains d'entre eux avancent que l’expression « conspiracy theory » (« théorie du complot ») a été popularisée dans les années 1960 par la CIA pour discréditer ceux qui remettaient en question les conclusions de la Commission Warren, chargée d’enquêter sur l’assassinat du président Kennedy. Ils s'appuient sur le document no 1035-960 de la CIA, datant de 1967 et rendu public en 1976 en vertu du Freedom of Information Act[42].

L’expression « théorie du complot » peut être utilisée de façon idéologique ou politique[43]. Sous forme d'accusation, elle peut servir à discréditer une opinion ou une théorie qui, sans pour autant être conspirationniste, fait intervenir l'interprétation d'intentions humaines (ce qui, selon Wilhelm Dilthey, est le cas de toute théorie en sciences humaines et sociales). À ce propos, le sociologue Patrick Champagne et le politologue Henri Maler dénoncent les limites floues du concept de « théorie du complot » ; ils désapprouvent l'usage abusif de l'expression pour étiqueter une théorie ou une opinion, en particulier dans l'espace médiatique où cela peut avoir des conséquences diffamatoires : « [...] la théorie de « la théorie du complot » remplit des fonctions sociales et idéologiques relativement puissantes et cela d’autant mieux qu’il ne s’agit pas d’une véritable théorie, c’est-à-dire d’un ensemble de propositions cohérentes, discriminantes et falsifiables. Elle annexe à des critiques qui peuvent être fondées des imputations sans preuves qui fonctionnent alors comme de simples calomnies. Et la calomnie peut frapper d’autant plus largement que la théorie de « la théorie du complot » telle qu’elle est construite, est un vaste fourre-tout attrape-tout qui fonctionne par association de mots et mélange tous les genres : journalistiques et scientifiques, théoriques et polémiques, militants et politiques »[44].

Lorsque le philosophe Noam Chomsky et le spécialiste des médias Edward Herman ont élaboré leur modélisation du fonctionnement des mass media américains, ils ont été accusés de propager une « théorie du complot » par certains contradicteurs. Chomsky, qui est lui-même généralement critique envers les théories du complot[45],[46], rejette l'accusation et dit n'avoir produit qu'une simple « analyse institutionnelle ». Il avance : « à mon avis, « théorie du complot » est devenu l'équivalent intellectuel d'un mot de cinq lettres. C'est quelque chose que les gens disent quand ils ne veulent pas que vous réfléchissiez à ce qui se passe vraiment »[47]. Herman, quant à lui, voit dans l'accusation un « cliché superficiel » et une critique facile qui ne coûte rien[48].

Dans un article de 2007, Frédéric Lordon écarte les explications psychologiques du conspirationnisme, estimant que celui-ci traduit la contradiction entre la volonté de savoir des classes dominées et leur absence d’accès aux moyens de savoir. En 2015, il est l'auteur d'un article dans un dossier du Monde diplomatique consacré aux théories du complot, dans lequel il envisage l'adhésion à celles-ci comme la contrepartie d'un manque de transparence répandu. Selon lui, « le conspirationnisme n'est pas une psychopathologie de quelques égarés, il est le symptôme nécessaire de la dépossession du politique et de la confiscation du débat public ». En 2017, Lordon publie un nouvel article sur le sujet intitulé « Le complot des anticomplotistes ». Il avance notamment que les accusations de complotisme seraient le moyen commode que les tenants de l' « ordre social » utilisent pour disqualifier leurs adversaires quand ils se trouvent à court d'arguments. Ces accusations seraient devenues « le nouveau lieu de la bêtise journalistique »[49].

Complots réels et conspirationnismeModifier

Des auteurs avancent que le phénomène de la conspiration est inhérent à la politique et à l'économie dès lors que des richesses et du pouvoir sont en jeu dans un cadre d'ambitions opposées. L'histoire présente le cas de complots avérés, comme l'opération Himmler organisée par le Troisième Reich pour déclarer la guerre à la Pologne, ou encore l'Opération Ajax destinée à renverser Mossadegh en Iran (l'article « conspiration » présente une liste de cas d'espèces). Il arrive qu'une institution juridique considère un « complot » comme étant à l'origine d'évènements historiques d'une certaine ampleur : au procès de Nuremberg, le chef d'accusation no 1 contre les responsables nazis était « plan concerté ou complot » (tandis que « crime contre la paix », « crime de guerre » et « crime contre l'humanité » étaient les chefs d'accusation nos 2, 3 et 4).

Cependant, la théorie du complot, ou conspirationnisme, ne se contente pas de dire que les complots adviennent – une affirmation que personne ne conteste –, elle fait du complot la matrice interprétative de tout évènement : le conspirationnisme est ainsi décrit par Pierre-André Taguieff comme « la vision du monde dominée par la croyance que tous les évènements, dans le monde humain, sont voulus, réalisés comme des projets et que, en tant que tels, ils révèlent des intentions cachées – cachées parce que mauvaises[5]. » Par ailleurs, le philosophe Karl Popper, qui développe une analyse de la théorie du complot dans le second volume de La Société ouverte et ses ennemis, remarque que les complots existent mais sont à peu près toujours des échecs et que, ainsi, « les conspirateurs profitent très rarement de leur conspiration »[50].

« [...] les conséquences de nos actes ne sont pas toutes prévisibles ; par conséquent la vision conspirationniste de la société ne peut pas être vraie car elle revient à supposer que tous les résultats, même ceux qui pourraient sembler spontanés à première vue, sont le résultat voulu des actions d'une personne intéressée à ces résultats. »[51]
Karl Popper

Pour Popper, recourir à la théorie du complot pour comprendre le monde est une erreur : cela revient à affirmer que tous les évènements sont la résultante d'actions délibérées, effectuées par des personnes qui auraient des intérêts communs et non contradictoires à ces résultats, et qu'il leur est possible de prévoir avec certitude les conséquences futures d'actions données. Or, pour Popper, rien n'est plus contestable que ce présupposé de départ sur lequel est bâtie toute théorie du complot : il écrit ainsi qu'il est très rare que des actions provoquent exactement le résultat souhaité ou prévu, il y a toujours des effets secondaires imprévus. Popper donne l'exemple d'une personne voulant acheter une maison. Son intérêt est que son prix soit le plus bas possible. Mais du seul fait que cette personne se déclare comme acheteuse, cela fait monter les prix du fait d'un nouveau demandeur sur le marché, ce qui va manifestement à l'encontre de son intérêt. Là est un exemple typique de conséquences néfastes involontaires et inévitables d'une action.

Une utilité conceptuelle résiduelle ?Modifier

Plus récemment, les études sur la notion d'émergence dans un milieu chaotique suggèrent que tout pourrait se passer comme s'il y avait complot sans que personne n'en tire forcément les ficelles de façon consciente[52]. C'est ainsi que, sans souscrire eux-mêmes au conspirationnisme, les philosophes Antonio Negri et Michael Hardt soulignent, dans leur livre Empire sur la mondialisation, que les théories du complot ne doivent pas être rejetées par principe[53] :

« [...], nous n'entendons pas suggérer qu'il existe un petit opérateur derrière le rideau, un magicien d'Oz qui contrôlerait tout ce qui se voit, se pense ou se fait. Il n'y a pas un point de contrôle unique qui dicte le spectacle. Celui-ci, toutefois, fonctionne généralement « comme » s'il y avait effectivement un tel point de contrôle central [...], le spectacle est à la fois dispersé et intégré. [...], les théories de conspiration gouvernementale et extragouvernementale pour un contrôle mondial – qui ont proliféré ces dernières décennies – doivent être reconnues comme justes et fausses tout ensemble [...] : les théories de conspiration constituent un mécanisme grossier mais efficace pour approcher le fonctionnement de la totalité. Le spectacle de la politique fonctionne « comme si » les médias, l'armée, le gouvernement, les sociétés transnationales, les institutions financières mondiales, etc. étaient tous consciemment et explicitement dirigés par une puissance unique, même si, en réalité, ils ne le sont pas. »

— Hardt & Negri, Empire, partie III, chapitre 5, p. 392

Spécificité géographiqueModifier

La République tchèque a mis en place une organisation chargée de lutter contre la théorie du complot en Tchéquie. Elle craint que les théories du complot aient pour objectif de déstabiliser la démocratie au profit de Moscou[54].

Analyses psychologiques et sociologiquesModifier

Les théories du complot et les croyances qu'elles suscitent sont devenues un sujet d'étude pour les sociologues, psychologues et experts en folklore[55],[56], qui les ont traitées scientifiquement et objectivement comme un fait social, sous l’angle de leurs différences et des caractéristiques communes permettant de les définir.

Communication et propagationModifier

Aux théories du complot sont associés des phénomènes de propagation de grande ampleur. Cette section concernera l'analyse psycho-sociale de ces phénomènes.

La théorie du complot doit être distinguée du canular et de la légende urbaine, même si elle s'en rapproche parfois. Les rumeurs selon lesquelles Adolf Hitler ou Elvis Presley seraient encore vivants, ou que Paul McCartney serait mort en 1966 et aurait été remplacé par un sosie, de même que certains canulars (notamment les canulars informatiques diffusés par chaînes de courriels), peuvent prendre la forme de théories du complot. La recherche sur certains sites de référence comme HoaxBuster ou Hoaxkiller permet d'infirmer ces canulars.

Un exemple : la théorie de la neocortical warfareModifier

À travers la littérature conspirationniste serbe, les processus de représentation sociale (dont les concepts d'ancrage et de l'objectivation) ont favorisé la diffusion et la prolifération d'explications conspirationnistes dans la Serbie de Slobodan Milošević lors des bombardements de l'OTAN (opération Allied Force). Il s'agit plus précisément de la théorie de la neocortical warfare (guerre du néocortex) selon laquelle l'OTAN aurait utilisé des méthodes chirurgicales sur les cerveaux de leurs adversaires[57].

À l'origine, ce terme a été introduit dans les années 1990 dans la littérature américaine sur le thème de la guerre de l'information. Il s'agissait d'une métaphore pour désigner un nouvel ensemble de techniques visant à utiliser l'information comme une arme, afin de créer un nouveau concept de guerre sans violence physique (acquisition d'informations stratégiques, manipulation, persuasion et désinformation de l'adversaire).

Cependant, il existe un processus cognitif universel qui consiste à effectuer un glissement sémantique des expressions métaphoriques vers leur expression littérale, lorsque ces métaphores sont utilisées pour faciliter la compréhension d'un nouveau concept[58]. Et en effet, l'expression « neocortical warfare » s'est introduite dans la littérature conspirationniste serbe au sens littéral d'intervention chirurgicale sur les cerveaux des adversaires. Ce glissement sémantique à l'origine de la théorie du complot de la « neocortical warfare » peut s'expliquer par l'action du processus de représentation sociale. Il s'agit plus précisément de deux processus cognitifs : le processus d'ancrage et celui de l'objectivation, qui sont les outils du processus de représentation. Dans l'exemple de la guerre du Kosovo en Serbie, l'idée est que ce nouveau concept de « neocortical warfare » a été ancré dans la culture conspirationniste serbe, puis qu'il lui a été donné une réalité concrète. Par conséquent, cette métaphore a été représentée dans la culture conspirationniste serbe comme la description d'une méthode existante et effective de manipulation, ainsi que des scandales journalistiques comme l'Affaire des couveuses au Koweït du temps de l'Irak de Saddam Hussein.

Le processus d'ancrageModifier

Le processus d'ancrage[57] consiste à simplifier les choses nouvelles ou étranges en les ramenant à une catégorie de choses ordinaires, donc à un contexte familier[59]. L'évènement ayant induit ce processus d'ancrage de la métaphore de la « neocortical warfare » dans un contexte conspirationniste est la publication en 1995, dans le principal journal militaire yougoslave (Vojno Delo), d'un article sur les méthodes de « guerre de l'information » employées par l'armée américaine. Or, ce journal était connu pour avoir soutenu la diffusion de bon nombre de théories conspirationnistes ayant trait à la création du « Nouvel Ordre Mondial », il faisait donc partie de la culture conspirationniste serbe. Bien que la métaphore de la « neocortical warfare » n'ait pas été présentée dans ce journal en termes de réalité effective, elle a été comprise dans ces termes-là par les lecteurs du journal. Cette représentation s'explique par le fait que la notion de « neocortical warfare » a été ancrée dans un contexte où de tels faits sont considérés comme réels ; cette situation serait à présent décrite par le terme de « False Flag » (Fausse bannière).

Le processus d'objectivationModifier

Le processus d'objectivation[57] consiste à rendre concret ce qui est abstrait, donc à donner une réalité physique à un concept abstrait[59]. En 1999, le livre Neocortical war a été publié par le Military Publishing Institute, qui est la maison d'édition officielle de l'armée yougoslave en Yougoslavie (Serbie-et-Monténégro). L'auteur semble ne s'être inspiré que de l'article paru dans Vojno Delo. À partir de cet article où le concept de « neocortical warfare » est ancré dans un contexte conspirationniste, l'auteur déduit qu'il s'agit de faits réels, non d'une métaphore. En effet, on trouve dans ce contexte des théories relatives à une manipulation des masses à l'aide de techniques secrètes et scandaleuses, ce qui correspondrait tout à fait à des pratiques comme la lobotomie. Le livre Neocortical war évoque donc une guerre où la métaphore de la « neocortical warfare » est objectivée, en décrivant des techniques dont le but est de procéder à de réelles lésions organiques cérébrales. Pour la première fois, le concept est décrit sans ambiguïté comme une réalité. De plus, les thèmes abordés dans ce livre présentent les caractéristiques mystiques et pseudo-scientifiques classiques des théories conspirationnistes, comme l'implantation de puces électroniques, le lavage de cerveau, l'utilisation de messages subliminaux ou les rituels sataniques (abus sexuel ritualisé sataniste). C'est ainsi que cette métaphore s'est objectivée, s'inscrivant clairement en tant que théorie du complot classique dans la littérature conspirationniste serbe.

Conséquences sociétalesModifier

Jolley et Douglas en 2014 ont montré plusieurs conséquences sociétales des théories du complot. Les auteurs ont mené différentes études dans le domaine. La première concerne la volonté de s'engager dans la politique ainsi que l'intention de diminuer l'impact carbone sur l'environnement[60]. La seconde concerne la vaccination des enfants[61].

  • L'engagement dans la politique[56] : dans cette étude, les participants sont assignés aléatoirement à l'une des deux dispositifs expérimentaux. Dans le premier dispositif, que les auteurs nomment « théorie pro-conspirationniste », les participants étaient exposés à un article mettant en avant l'implication du gouvernement dans la mort de Lady Diana et dans les attentats de Londres en 2005 (respectivement les attentats du 7 juillet 2005 et ceux du 21 juillet 2005). Le second dispositif, nommé « théorie anti-conspirationniste » par les auteurs, expose les participants à un article similaire au précédent mais dans lequel les arguments sont en faveur de la non-implication du gouvernement dans les faits précités. Les auteurs montrent que la simple exposition à la théorie pro-conspirationniste diminue significativement l'intention de s'engager dans la politique. Ainsi, les individus expriment une plus faible intention de vote dans le dispositif où ils sont exposés à la théorie du complot, que dans le dispositif où ils sont exposés à une théorie réfutant la théorie du complot. Les auteurs ont montré que la simple connaissance des théories complotistes influence directement le sentiment d'impuissance des personnes face aux politiques et à leurs décisions : pourquoi voter puisque cela n'a aucune conséquence ?
  • La diminution de l'impact carbone[60] : de même que pour l'engagement dans la politique, les individus exposés à une théorie mettant en cause un complot des scientifiques climatologues ont moins l'intention d'adopter des comportements pro-environnementaux comme utiliser les transports en commun par exemple. Les personnes ressentent de l'impuissance face aux changements climatiques, de l'incertitude par rapport à ceux-ci et une certaine désillusion. Un fait intéressant que révèle cette étude, c'est que cette théorie complotiste ne met pas en cause le gouvernement, mais seulement les climatologues, et malgré cela, les individus expriment aussi un sentiment d'impuissance politique. Ainsi, de manière générale, les théories du complot peuvent être associées à un cynisme politique : il ne sert à rien d'œuvrer pour le bien puisque au fond ça ne sert à rien.
  • La vaccination[61] : la croyance que les vaccins sont créés pour générer des profits et non pour soigner les personnes entraîne chez les participants de l'étude une diminution de l'intention de vacciner leurs enfants. De même, la simple exposition à une théorie anti-vaccin affecte directement les intentions de vaccination. « Par conséquent, dans l'ensemble, les théories du complot anti-vaccins semblent introduire le doute sur la sécurité des vaccins, et accroître le sentiment d'impuissance et de désillusion, tout en diminuant la confiance dans les autorités, qui à leur tour induisent une réticence à vacciner ».

TypologieModifier

Par portée du complotModifier

Certaines théories du complot portent sur un élément précis de l’Histoire, d’autres donnent une explication globale à l’Histoire du monde ou au monde actuel.

Dans son livre A Culture of Conspiracy, le politologue Michael Barkun a relevé trois degrés dans la place que peut prendre l'« explication par le complot » dans l'interprétation du monde[62] : le « conspirationnisme d'évènement » (« Event conspiracy theory »), où un complot est considéré comme étant la cause d'un évènement isolé et où les comploteurs sont censés s'être concentrés sur un objectif restreint (par exemple, la mort d'une personne) ; le « conspirationnisme systémique » (« systemic conspiracy theory »), où plusieurs évènements sont rattachés à un vaste complot à plus long terme, imputé à une communauté qui chercherait à infiltrer progressivement les institutions en place (Juifs, Illuminati, etc.) ; et enfin le « super-conspirationnisme » (« superconspiracy theory »), qui consiste à croire que toutes les conspirations réelles ou supposées, dans le monde et à travers l'Histoire, procèdent d'un vaste plan global voire cosmique, ourdi à très long terme par une puissance ayant les attributs de Dieu (omniscience, éternité, toute-puissance…), plan à l'intérieur duquel les multiples complots opèreraient de façon hiérarchique ou en réseau.

Selon Raoul Girardet, l'explication par le complot est d'autant plus convaincante qu'elle se veut totale et d'une exemplaire clarté[63] ; une telle théorie « totale » postule qu'une seule entité exercerait un complot universel, agissant afin de se répartir des pouvoirs à travers le monde (politique, économique, culturel, médiatique, scientifique, religieux, etc.). Cette définition est similaire à ce que Barkun appelle la « systemic conspiracy theory ». La sociologue Véronique Campion-Vincent distingue la catégorie, encore supérieure, des « mégacomplots », rejoignant ainsi la « superconspiracy theory » identifiée par Barkun. Apparu dans les années 1990-2000 avec David Icke et repris dans des œuvres de fiction (comme la série X-Files ou le best-seller Da Vinci Code), le « super-conspirationnisme » donne une explication globale de l'Histoire ou du monde, y compris sous ses dimensions métaphysiques[64].

Par nature du complotModifier

Une autre forme de typologie peut être faite à partir de la nature du complot ou de ses auteurs. En se basant sur le cas des États-Unis, Véronique Campion-Vincent distingue « complot d'une élite » et « complot anti-individuel »[64],[65]. Concernant le « complot d'une élite », elle distingue :

Pour leur part, les « complots anti-individuels » viseraient au contrôle et à la répression discrète de l'individu (en particulier par le contrôle mental) par l'État et ses différentes agences, avec la complicité de la science. Certains auteurs, gourous et groupes pensent que ce nouvel ordre mondial est sous la gouvernance d'extraterrestres (courants ufologiques : Zecharia Sitchin, Michael Tsarion, Jordan Maxwell, mouvement raëlien, etc.).

Aboutissant en 2007 à une typologie basée sur celle de Campion-Vincent, les psychologues suisses Pascal Wagner-Egger et Adrian Bangerter[66] ont mis en évidence, de manière scientifique, qu'il existe bien deux sous-catégories de théories du complot :

  • celles accusant les autorités, les « élites maléfiques » telles que les services secrets, les industries pharmaceutiques, etc. (théories du complot de type « Système ») ;
  • celles qui mettent en cause des minorités, comme les terroristes musulmans par exemple (théories du complot de type « Minorités »).

Ces deux types de catégories font elles-mêmes partie des théories générales du complot. La peur et la méfiance sont les deux principaux facteurs prédisant l'adhésion à une théorie du complot. Cependant, ce qui déterminera le choix de l'un ou l'autre type, sont les croyances et idéologies adoptées par les individus. Si les théories du complot du type « Système » sont motivées par une peur et un scepticisme envers des phénomènes sociaux et environnementaux (par exemple la théorie selon laquelle l'assassinat de John F. Kennedy ne serait pas dû à un individu isolé, mais impliquerait la CIA ou le KGB), celles du type « Minorités » sont motivées par la peur d'un chamboulement social, la crainte de perdre des acquis sociaux ou une prééminence symbolique. Il faut noter que ces deux types de peurs ne dégénèrent pas toujours en croyances conspirationnistes. Wagner-Egger et Bangerter concluent : « Nous avons pu montrer que la peur et la méfiance prédisent les deux types de théories du complot, tandis que l'irrationalité prédit spécifiquement les théories du complot de type « Système ». Le conservatisme politique prédit spécifiquement les théories du complot de type Minorités »[66].

 
Dans cette caricature les massacres de la terreur rouge résultent d'un « complot judéo-bolchévique » (l'étoile autour du cou de Léon Trotski évoque à la fois l'étoile rouge et l'étoile de David).

Explications sociologiquesModifier

Les explications sociologiques mettent prioritairement en avant les évolutions de la société pour expliquer l'apparition des théories du complot. Plusieurs interprétations existent :

La théorie du complot serait donc un palliatif face à l'annihilation de l'individu par des institutions trop présentes, ou à l'inverse face au vide provoqué par la vacance des institutions — ces deux phénomènes pouvant du reste coexister. Dans les deux cas, elle est une réaction à la perte du sens ordinairement assuré par un ordre social bien régulé.

Explications psychologiquesModifier

Facteurs cognitifsModifier

La cognition sociale s'est intéressée aux mécanismes cognitifs impliqués dans le complotisme. L'esprit humain dispose de deux systèmes fonctionnels de pensée (système 1 et système 2) [74]. Le système 1 opère de façon intuitive et automatique alors que le système 2 opère de façon analytique et contrôlée. Ces systèmes sont complémentaires, c'est-à-dire que combinés, ils permettent à l'être humain de comprendre l'environnement qui l'entoure et de prendre les décisions nécessaires. Le système 1 joue un rôle dans la croyance aux théories du complot : en effet, il favorisera une assimilation plus rapide d'informations non vérifiées, mais qui peuvent sembler plausibles [75]. Des biais cognitifs relevant de ce système sont décrits ci-dessous. Le système 2 intervient également dans la croyance aux théories du complot. Il aide l'être humain à trouver des explications, des preuves aux faits et aux événements. Les individus croyant à une théorie du complot auront tendance à vouloir trouver des preuves qui permettent d'expliquer ce complot potentiel. Cela permet aux individus d'appréhender l'information de manière sélective pour en arriver à une conclusion donnée [76].

Rôle des émotionsModifier

Plusieurs études ont également été menées sur l'impact de l'intensité émotionnelle sur les croyances aux théories du complot [77],[78],[79]. En effet, il semblerait que l'intensité émotionnelle allouée à certains événements augmente les pensées conspirationnistes. Les croyances aux théories du complot proliféreront considérablement suite à des événements sociétaux angoissants amenant des sentiments de peur et d'incertitude chez les individus [80].

La plupart des études menées à ce sujet ont tendance à mettre en évidence des relations entre les théories du complot et les émotions négatives telles que l'anxiété [77], le manque de contrôle [78] et l'incertitude [79]. Whitson, Galinsky & Kay s'intéressent plus particulièrement à l'influence causale de la valence émotionnelle et de l'incertitude émotionnelle. Leur étude révèle que l'incertitude émotionnelle augmente les croyances aux théories du complot, peu importe si cette incertitude provient d'émotions positives (par exemple, la surprise) ou d'émotions négatives (par exemple, l'inquiétude)[81].

Biais cognitifsModifier

Des recherches récentes ont identifié deux processus cognitifs généraux associés à l'adhésion à une théorie du complot : la perception de configuration illusoire ("pattern perception" en anglais) [82] et la détection d'agentivité ("agency detection" en anglais) [83]. Plusieurs des biais présentés ci-dessous peuvent être regroupés dans ces deux mécanismes (biais d'intentionnalité et erreur de conjonction). La perception de configuration illusoire est un processus cognitif automatique sous-jacent aux croyances du complot [83]. Autrement dit, ce n'est pas un biais cognitif à proprement parler, mais il sous-tend un biais cognitif. Globalement, l'être humain a tendance à assimiler les informations en percevant un lien de causalité et des relations entre des stimuli indépendants. Par exemple, certaines personnes ont cru voir la figure de Satan dans les fumées des tours jumelles le 11 septembre 2001. La perception de configuration illusoire peut aussi se manifester par la formulation de liens de causalité impliquant des événements totalement indépendants. La tendance à percevoir des configurations illusoires prédit la croyance aux théories du complot [84],[85]. À ce propos, on retrouve notamment l'expérience demandant aux individus d'attribuer des œuvres de Victor Vasarely (avec des motifs géographiques logiques) ou de Jackson Pollock (avec des motifs aléatoires) à des théories du complot. Il s'avère que les participants attribuent plutôt les œuvres aux motifs aléatoires aux théories du complot. Cela suggère que les personnes font parfois des liens causaux entre des événements totalement indépendants [86].

Tout comme le premier mécanisme, la détection d'agentivité est un processus cognitif sous-jacent aux croyances du complot. Il s'agit de la tendance à voir l'intentionnalité d'une chose là où il n'en existe pas systématiquement. Cette chose peut-être un événement, une personne ou un objet. C'est ce qu'on appelle l'agentivité. Aussi, les auteurs soulignent que ce mécanisme renforce la croyance aux théories du complot [83].

Les processus présentés ci-dessous sont considérés comme des biais cognitifs mobilisés dans l'adhésion à une théorie du complot. Ils sont considérés comme des procédés heuristiques, c'est-à-dire des raccourcis mentaux permettant d'évaluer rapidement et efficacement des informations complexes [74]. Ces biais relèvent du système 1 amenant un effort mental minimal. Il s'agit des biais suivants : biais d'intentionnalité, erreur de conjonction et auto-perception de l'influence d'une théorie du complot.

Les biais cognitifs les mieux établis sont les suivants :

  • Le biais d'intentionnalité :

Le biais d'intentionnalité serait une des causes expliquant la croyance de certains individus dans une théorie du complot[87]. Le biais d'intentionnalité est un mécanisme de pensée provoquant une erreur de jugement[88]. Cette erreur de jugement amènerait la personne à surestimer le rôle de causes intentionnelles dans la survenue d'un événement. Cette erreur de jugement serait d'autant plus probable que les événements qu'on cherche à expliquer ont des conséquences négatives[89]. Certaines recherches ont montré que l'être humain tendrait de façon automatique à inférer une origine intentionnelle à un comportement[90]. Identifier d'autres causes à l'action nécessiterait plus de ressources cognitives. C'est cette tendance à attribuer des causes intentionnelles à un comportement, à un événement qui est qualifiée de biais d'intentionnalité. Or, selon la définition des théories du complot de B.L. Keeley [91] citée plus haut, une théorie du complot met en scène des individus qui ont intentionnellement causé l'évènement cible de la théorie. Il a été démontré que le biais d'intentionnalité pouvait avoir un impact sur la croyance des individus dans la théorie du complot. L'étude ayant mis en évidence cet impact a également mis en évidence le rôle de l'éducation dans l'adhésion aux théories du complot. En effet, selon Douglas et al. (2015)[92], les auteurs de cette étude, il semblerait que le fait d'avoir suivi des études serait positivement associé avec le fait de pouvoir faire preuve de pensée critique. Dans cette étude, il a été demandé aux participants de compléter un questionnaire reprenant, entre autres, une échelle évaluant le degré de validation par les répondants de plusieurs théories du complot bien connues, une échelle évaluant la tendance des individus à prêter aux animaux des intentions ainsi qu'une échelle évaluant la croyance des répondants dans des phénomènes paranormaux. De cette expérience, il ressort que les personnes ayant le plus tendance à adhérer aux théories du complot sont également celles qui sont le plus susceptible d'attribuer des intentions à des animaux ainsi que de croire en des phénomènes paranormaux.

 
Représentation de l'expérience menée par Heider et Simmel en 1944

Fritz Heider et Simmel (1944)[93] ont été les premiers à mettre en évidence l'existence d'un biais d'attribution chez les individus. Dans cette étude, devenue une référence dans le domaine, ils ont utilisé des formes géométriques mobiles, présentées sur un écran, pour mettre en évidence le fait que les individus ont tendance à attribuer des intentions aux formes qu'ils voient affichées à l'écran. Comme représenté ci-dessous, selon leur expérience, les individus auraient, ainsi, tendance à attribuer à une des formes l'intention de bloquer l'accès de la boîte aux deux autres.

Les individus adhérant aux théories du complot seraient plus susceptibles d'attribuer une intention aux formes présentées lors de cette expérience. Le biais d'intentionnalité est inconscient. C'est d'ailleurs le cas pour tous les biais cognitifs qui sont inconscients et systématiques, c'est-à-dire, qu'ils ne sont pas évitables puisqu'il s'agit d'erreurs apparaissant lors du traitement instantané de l'information, de manière à rendre possible une prise de décision rapide[94].

  • L'erreur de conjonction :

L'erreur de conjonction a été proposée comme un biais susceptible de favoriser l'adhésion aux théories du complot. Il s'agit d'un biais cognitif lié à l' heuristique de représentativité décrit par Tversky et Kahneman en 1983[95]. Ce biais fait référence à la surestimation de la probabilité d’occurrence de deux évènements concomitants par rapport à celle de chacun de ces évènements considéré isolément.

Ce raisonnement est contraire aux lois de la probabilité puisque la probabilité d'un fait est toujours plus élevée que la probabilité de la combinaison de ce fait et d'un second. De plus, ce phénomène est qualifié d'erreur car il est observé bien que l'occurrence des deux évènements soit totalement fortuite, c'est-à-dire due au hasard. Néanmoins, l'erreur de conjonction n'est présente que lorsqu'un récit dans lequel figure une potentielle cause commune à ces deux évènements est disponible dans l'esprit du sujet. Ainsi, l'exposition à une théorie du complot pouvant fournir un mécanisme explicatif en termes de cause commune à deux évènements distincts peut s'expliquer par l'erreur de conjonction, favorisant à son tour l'adhésion à la théorie qui apparait alors comme d'autant plus plausible.

Plusieurs études démontrent la corrélation pouvant être établie entre la tendance à commettre cette erreur d'une part et l’adhésion à des théories complotistes d’autre part[96],[97]. Pour illustrer l'erreur de conjonction, les auteurs donnent l'exemple de la théorie du complot selon laquelle le président des États-Unis aurait lui-même organisé les attentats du 11 septembre 2001. Quelqu'un qui est exposé à cette théorie évaluera comme plus élevée la probabilité conjointe des évènements « trouver de l'acier fondu dans les débris des tours jumelles » et « absence de réaction du gouvernement Bush aux informations selon lesquelles les militants proches de Ben Laden s'entraînaient dans des écoles de pilotage », que la probabilité d'un seul de ces deux évènements considéré isolément.

Néanmoins, des études tendent à nuancer les résultats des expériences de Tversky et Kahneman. Ainsi, Gigerenzer, avance que les critères pour diagnostiquer un jugement s'apparentant à l'heuristique de représentativité sont eux-mêmes biaisés.[98] Et certaines expériences montrent que l'erreur de conjonction provient de l'énoncé même du problème[99]. Ainsi, les sujets peuvent interpréter intuitivement une proposition comme étant exclusive et non pas en extension[Quoi ?].

En d'autre termes, dans l'exemple de Linda, les sujets peuvent interpréter de manière intuitive la proposition 6: "Guichetière dans une banque" comme signifiant "employée de banque non féministe", ainsi ils auront tendance à choisir spontanément la conjonction 8: "Guichetière dans une banque et active dans le mouvement féministe", sans que l'on puisse interpréter ce choix en termes de biais.

  • Auto-perception de l'influence d'une théorie du complot

Par ailleurs, d'autres psychologues sociaux [100] ont mis en avant un cinquième biais cognitif facilitant l'adhésion aux théories du complot : il s'agit de la tendance à sous-estimer l'influence d'une théorie du complot. Le simple fait d'être informé d'une théorie du complot induirait une tendance à y croire davantage, sans pour autant que la personne concernée ne se rende compte qu'elle a été influencée. Ce biais s'apparente à l'effet de simple exposition [101].

 
Lady Diana

Une expérience de Sutton et Douglas[100] a mis en évidence ce phénomène : les sujets devaient indiquer leur degré d'adhésion à des théories du complot concernant l’assassinat de Lady Diana. Leur but était d'examiner l'impact psychologique de l'exposition à des théories du complot. Dans la moitié des cas, les auteurs exposaient les sujets à des informations étayant ces théories, puis leur demandaient leur degré d'adhésion initial à ces théories. C'est-à-dire qu'il leur était demandé de donner l'avis qu'ils avaient eu à priori, donc avant qu'on leur expose les informations étayant les théories. Les résultats montrent que dans ce dispositif, les sujets expriment un plus haut degré d'adhésion à priori que les sujets qui n'ont pas été exposés aux informations supplémentaires — ceci bien qu'il ait été demandé aux premiers de ne pas en tenir compte pour donner leur réponse. Enfin, il est intéressant de noter que la plupart des sujets affirmaient ne pas avoir été influencés par ces informations, tandis que selon eux les autres participants l'avaient certainement été. Ils étaient quand même prêts à admettre qu'ils avaient été influencés par les différentes théories exposées, mais ils semblent avoir grandement sous-estimé les changements d'avis identifiés à la suite de l'expérience. Autrement dit, les individus sous-estiment l'ampleur de l'effet de l'exposition à une théorie du complot sur leur croyance à celui-ci.

Facteurs motivationnelsModifier

Les personnes sont attirées par les théories du complot lorsqu’elles promettent de satisfaire trois grandes catégories de motivations[102]: des motivations d'ordre épistémique (désir de compréhension, d’exactitude), existentiel (désir de contrôle et de sécurité) et social (désir de maintenir une image positive de soi et du groupe social). Cependant, le fait que la croyance à une théorie du complot apparaisse dans le but de répondre à une de ces motivations n'implique pas qu'elle parvienne effectivement à la satisfaire.

  • Motifs épistémiques

Pour avoir une compréhension stable, précise et cohérente du monde, nous trouvons des explications causales aux évènements [103]. Les explications causales sont présentes lorsque l’information est indisponible (pour calmer la curiosité), contradictoire (pour réduire l’incertitude et la confusion), aléatoire (pour trouver un sens) ou pour défendre les croyances non confirmées. Les théories du complot protègent des croyances revêtant une importance personnelle en dépeignant les faits qui les contredisent étant le produit d’un complot [102]. Face à l’incertitude et à la contradiction, elles fournissent donc de vastes explications cohérentes permettant de préserver ces croyances. Lorsqu'on cherche à expliquer un événement de grande ampleur (par exemple l'assassinat de John F. Kennedy), la croyance au complot est encore plus forte lorsque les explications disponibles semblent faire appel à des explications banales et à petite échelle (par exemple : le comportement d'un individu isolé) [104]. Si ces recherches ont montré que les théories du complot renforcent bien les croyances préexistantes, elles ne semblent pas combler la motivation à réduire l'incertitude : en effet, être exposé à des théories du complot renforce plutôt que diminue l'incertitude [102]

  • Motifs existentiels

Les théories du complot répondraient à un besoin de sécurité. Elles permettent aux individus de compenser des besoins qui sont menacés (par exemple, en désignant un coupable) [102] Elles répondent à un sentiment de perte de contrôle face à un événement inattendu. Elles aident également les gens à se sentir en sécurité car la menace qu'ils identifient, souvent des individus dangereux, semble alors réduite ou neutralisée. Si les gens se sentent privés de contrôle sur leur environnement, la croyance au complot augmente et inversement, cela diminue si le sentiment de contrôle est augmenté. Cependant selon certaines recherches, l’exposition aux théories du complot supprimerait le sentiment d’autonomie et de contrôle. [102] Les théories du complot fournissent une logique unificatrice à des éléments apparemment disparates et non liés entre eux, ce qui est intellectuellement satisfaisant. La politologue Hannah Arendt explique que les théories du complot répondent à un besoin des foules, qui « ne font confiance ni à leurs yeux ni à leurs oreilles, mais à leur seule imagination, qui se laissent séduire par tout ce qui est à la fois universel et cohérent en soi-même » [105]. De même, l’historien Jean-Philippe Schreiber et la linguiste Emmanuelle Danblon estiment que la théorie du complot « permet à l’individu de donner du sens à ce qui l’entoure, ce qui semblerait être une condition essentielle à son inscription dans le monde »[106]. La théorie du complot répondrait, dans cette perspective, aux besoins de compréhension des sociétés en crise en identifiant une causalité simple et unique à tous les bouleversements que l'individu ou les masses peuvent subir.

 
Illustration d'une chasse aux sorcières

Les théories du complot identifient des coupables en tendant à interpréter tout évènement ou conséquence d'un évènement comme ayant été voulu ; cette interprétation découle d'une attribution de tout fait malheureux à une volonté. À la fin du Moyen Âge et à la Renaissance, de nombreuses personnes issues de catégories sociales marginales étaient accusées d'être responsables des évènements mettant la vie sociale en danger : maladies, catastrophes naturelles détruisant les récoltes, etc. Cela donnait lieu à des chasses aux sorcières, au cours desquelles on les accusait d'avoir provoqué le malheur de la communauté à l'aide de démons ou de maléfices [107]. Aujourd'hui encore, lors d'évènements dramatiques, la tendance des médias, et du public, à chercher les coupables plus que les solutions peut influencer le citoyen, en le conditionnant à percevoir tout évènement négatif selon ce mode « imputabiliste » [108].C'est le sens implicite de la question « À qui cela profite-t-il ? », soulevée lors d'évènements bouleversants. Une imputation systématique du mal peut donner lieu à un phénomène de Bouc émissaire, où le malheur est conçu comme ne pouvant être réparé que par l'élimination de ceux qui l'ont souhaité, et où une catégorie d'individus, même innocents, peut être identifiée comme celle de responsables à châtier [102]. De nos jours, les moyens d'action qu'on imagine être ceux des fauteurs de catastrophes ne sont plus des rites ou des recettes magiques, mais des moyens techniques et en particulier militaires. Toutefois, ce phénomène peut également trouver sa place dans les motifs sociaux étant donné qu'il permet d'identifier les coupables afin de préserver l'intégrité du groupe [102]

  • Motifs sociaux

Les explications causales, notamment les explications des théories du complot, sont motivées par des motivations sociales comme le désir d’appartenance et le maintien d’une image positive de soi et de son groupe. Les théories du complot valorisent l’image de soi et du groupe en attribuant des événements à caractère négatif aux autres. Elles sont donc plus attrayantes pour les personnes qui considèrent l’image de soi et du groupe comme menacée [102]. Croire au complot peut donc conforter le sentiment d’appartenance à un groupe et le consensus au sein de celui-ci. De plus, les théories du complot semblent donner accès à une vérité cachée, ce qui est valorisant pour celui qui reçoit le message [102].

Personnalité, différences individuelles et complotismeModifier

Le positionnement des individus sur différentes variables psychologiques stables (tels que des aspects de la personnalité, des attitudes...) prédit le degré auxquels les gens adhèrent à des thèses complotistes.

Big Five et complotismeModifier

 
Modèle Big Five

L'association entre les cinq facteurs de personnalité et les croyances au complot est analysée dans une méta-analyse[109]. Cette recherche met en avant les prédicteurs et les conséquences influençant l’adhésion aux théories du complot en fonction des traits de personnalité du modèle Big Five. Selon les études, on observe des effets divergents selon les facteurs considérés. Selon les croyances populaires, l'on aurait tendance à croire que deux facteurs de personnalité du modèle Big Five, l’agréabilité et l’ouverture à l'expérience sembleraient être associés à l'adhésion aux théories du complot.[109]. En effet, l'ouverture à l'expérience, un des facteurs de personnalité Big Five (curiosité intellectuelle, imagination active, ouverture aux idées nouvelles), était positivement associée aux convictions du complot. L'association positive entre l'ouverture à l'expérience et la croyance au complot s'expliquerait par la tendance qu'auraient les complotistes à rechercher des idées originales et inhabituelles. De plus, l’agréabilité était négativement associée au complotisme : l'antagonisme et la suspicion à l'égard des autres conduisant à la reconnaissance des convictions du complot. Ensuite, le neuroticisme et ses éléments pathologiques, tels que l'incertitude et l'anxiété, ont également été suggérés comme prédicteurs. Toutefois, la méta-analyse, une méthode qui consiste à tester globalement l'association entre le complotisme et chaque facteur sur l'ensemble des études menées sur le sujet, a révélé qu'aucun d'entre eux n'était significativement associé au complotisme. Étant donné que les associations signalées entre les facteurs de personnalité et les convictions de conspiration sont de faible ampleur, la nature et les raisons de ces associations exactes restent encore relativement floues.

Traits psychopathologiques des théoriciens du complotModifier

Les personnes ayant une santé psychique plus fragile, ayant un niveau d’angoisse élevé, sont plus susceptibles d’adhérer aux théories du complot[110]. En effet, elles développent un état d’hypervigilance, ont plus d’idées paranoïaques que la population moyenne et commettent certaines erreurs de jugement. Certaines personnes pensent que ces théories ne sont que des productions délirantes d’individus atteints de troubles psychologiques, telles que la paranoïa et la schizotypie, mais cette généralisation est inexacte. Des recherches empiriques [111] suggèrent qu’il y a une distinction entre paranoïa/schizotypie et croyances aux théories du complot bien que celles-ci soient corrélées. La paranoïa et la schizotypie sont des correspondent à des croyances impliquant une conspiration envers soi-même, tandis que les croyances aux complots renvoient vers des idées de conspiration envers le groupe d’appartenance [111].

En outre, l’adhésion aux théories du complot relève d'une une forme de narcissisme collectif de la part de personnes voulant se différencier des autres. Il découlerait d'un sentiment d’impuissance et de manque de contrôle sur leur environnement. Le narcissisme collectif est une forme d’investissement émotionnel dans une croyance irréaliste concernant la grandeur du groupe d’appartenance. La sensibilité des narcissistes collectifs à la menace intergroupe est composée de croyances sur la vulnérabilité du groupe interne et l’hostilité du groupe externe[112].

Certains auteurs citent également la cognition paranoïde [113] comme facteur pouvant favoriser l'adhésion à une théorie du complot. Elle se différencie de la paranoïa puisqu'elle n'est pas pathologique mais serait une forme de paranoïa « normale »[66]. Ainsi, pour défendre ses croyances aux théories du complot, l'individu utilise la cognition paranoïde[113] ou le style paranoïde[114], qui consiste à s'accrocher à certaines preuves qu'un complot pourrait exister et les défend coûte que coûte, réfutant tout argument contradictoire et s'appuyant même sur ceux-ci pour valider ses croyances. Dans son modèle de cognition paranoïde, Roderick M. Kramer[113] explique qu'elle reposerait sur un sentiment de mal-être et d'anxiété généré par diverses situations présidant à cette cognition. Cette dysphorie entraîne de l’hyper-vigilance et de la rumination qui vont à leur tour biaiser les jugements portés sur la situation pour aboutir finalement à une cognition paranoïde. La cognition paranoïde ne s'applique pas uniquement aux théories du complot mais à d'autres situations.

Méfiance et traits apparentésModifier

La méfiance est un mécanisme de réduction de la complexité sociale [115] permettant aux conspirationnistes d'adhérer à une explication simple et monocausale d'évènements complexes[116]

  • L'anomie

Proposé par Durkheim, celui-ci désignait l'anomie comme un malaise individuel causé par un éloignement par rapport à des valeurs (éthiques, religieuses) ou des lois et règles sociales. Plus tard, Parish mettra en avant que le rôle du sentiment de perte de contrôle et d’anomie peuvent caractériser les croyants aux théories de complot. Les traits de ces théoriciens seraient reflétés par un manque de confiance envers les experts et les autorités.

L'anomie est la variable la plus prédictive concernant la croyance aux complots spécifiques [117]. Il est entendu par anomie la méfiance envers les institutions, notamment politiques, le sentiment que la situation personnelle se détériore, et le sentiment de ne pas avoir le contrôle le monde autour de nous.

Il convient de noter que Ted Goertzel a également constaté que les croyances dans les complots étaient liées à l'anomie [117]. Il a pu constater que la croyance en dix TC typiques des États-Unis était corrélée avec le sentiment d’anomie, l’appartenance à une minorité ethnique (noire et hispanique), et dans une moindre mesure le manque de confiance « interpersonnelle » (envers les proches, les voisins et la police), et le sentiment d’insécurité lié au chômage [118].

  • L'hostilité

L'hostilité est une variable diffuse quant à l'adhésion aux théories de complot. Les sujets susceptibles d’adhérer aux théories complotistes font preuve d'une hostilité naissante par une perception d'autrui conspirant contre eux. Cette adhésion est utilisée comme moyen de protection [119].

Certains auteurs ont mis en avant que l'hostilité est également caractéristique de la paranoïa [117]. Effectivement, ils ont suggéré que les personnes hostiles et en colère souscrivent souvent aux théories de complots parce qu'elles leur permettent de libérer leur rage en se considérant comme les victimes de persécuteurs. Ils soutenaient aussi que les paranoïaques sont accablés par le doute de soi et que, le fait de croire qu'on est l'objet d'une théorie du complot, procure du réconfort quand l’ego d'une personne est touché [117].

La paranoïa est développée ci-dessous, dans la partie des différences individuelles.

  • Monde malveillant

Croire que le monde est contre nous amène à avoir des attitudes spécifiques face à l'existence de complots. Les gens peuvent croire aux conspirations en général parce que croire que le monde est dominé par les forces du mal est cohérent avec leur vision négative du monde. Ils peuvent alors souscrire à des conspirations qui leur permettront de diriger leur colère contre des individus en particulier qu'ils croient vouloir leur nuire[117].

Bien que certains avancent que leurs bonnes connaissances justifient leur méfiance, cela ne s’avère pas nécessairement vrai. En effet, l’une des caractéristiques d’un complotiste est aussi la méfiance généralisée. Elle consiste en une vision négative des relations humaines tant envers les individus qu’envers les institutions. Le monde est perçu comme dangereux et hostile [119].

L'idée d'aliénation est en rapport avec le monde malveillant. Selon les auteurs, elle consiste au le fait que les personnes aliénées de la société n'acceptent pas les opinions sociétales prédominantes sur de nombreux sujets variés. Les explications de différents événements données par les organismes ne suffisent pas et les théoriciens en vont à rejeter le bien-fondé des sources [117].

Idéologie et attitudes politiquesModifier

  • L'autoritarisme

L'autoritarisme se reflète le plus dans l'adhésion à des complots spécifiques. Les personnes dirigées vers l'autorité ont tendance à reprocher aux groupes marginalisés qu'ils sont responsables de leurs problèmes[120].

Les personnes qui ont des scores élevés sur ce trait[120]peuvent être détectées par des leaders charismatiques de groupes sociaux contestataires qui prétendent dévoiler les problèmes de notre société en rejetant la faute sur certains groupes minoritaires[120].

  • Extrémisme

Différentes études tendent à démontrer la forte corrélation qui existe entre l'adhésion à des idées conspirationnistes, d'une part et un positionnement politique extrême, d'autre part[121],[122].

Néanmoins, l'adhésion à une théorie complotiste spécifique rencontre une adhésion d'autant plus forte au sein d'un groupe, qu'elle est en adéquation avec le positionnement politique et idéologique de ce dernier[116].

 
Proportion d’adhérents à une théorie complotiste au lendemain de l'affaire du Sofitel de New York.

Par exemple : si 57% des français interrogés adhéraient à la théorie du complot visant le candidat Dominique Strauss-Kahn au lendemain de l'affaire du Sofitel ; ce chiffre grimpe à 70% pour ce qui concerne l'électorat socialiste[123].

  • Religion

Certains auteurs considèrent que les théories du complot partagent des points communs avec les religions.[124] Ces deux concepts auraient notamment en commun de fournir aux individus des explications leur permettant d'interpréter les événements imprévus auxquels ils sont confrontés et qui menacent leur façon de percevoir le monde. Elles leur permettraient ainsi de faire face à l'anxiété produite par ces événements. Les croyances religieuses ont ceci en commun avec les théories du complot : elles déresponsabilisent les individus attribuant des évènements à une cause extérieure unique[116]. Attention, toutefois, à ne pas associer ces deux concepts, car il n'y a pas de relation prédictive entre le fait d'adhérer à des croyances religieuses et le fait d'adhérer à des théories du complot[124].

  • Superstition

Des études montrent le lien pouvant être établi entre l’inclinaison pour la superstition et celle pour les théories complotistes [125],[126]. La superstition fait écho au sentiment d'absence de contrôle sur les évènements, et permet aux individus de procéder à une simplification cognitive, en plus d'une déresponsabilisation.[116] Ainsi, les notions de chance et de malchance sont plus acceptables pour l'esprit que celles de hasard et de facteurs de causalités complexes.

L'une des causes du développement de l'adhésion aux théories complotistes résiderait dans un processus diffus de laïcisation des superstitions religieuses[127] En d'autres termes l'adhésion à l'explication de phénomènes qui autrefois était attribués à une manifestation divine aurait décliné, alors que dans le même temps l'adhésion à l'explication d'autres phénomènes attribués à des causes complotistes aurait crû.

Sentiment de contrôle et concepts apparentésModifier

  • Le locus de contrôle

En fonction du locus de contrôle interne ou externe, les approches aux théories du complot sont différentes.

En effet, le locus de contrôle interne concerne l'influence exercée par des personnes puissantes qui possèdent un contrôle qui ne peut, selon eux, être contré [117].

Une valeur élevée du locus de contrôle externe informe sur le fait que les personnes croient en de nombreux événements dans le monde étant hors de leur contrôle. Selon elles, ce sont des personnes sans nom et puissantes qui dictent le cours des événements et qui ne peuvent être contrées. Ils peuvent préférer des croyances générales en matière de conspiration à des croyances en des conspirations spécifiques parce que le fait de concéder des conspirations spécifiques implique que des individus particuliers sont responsables d'événements dans le monde [117].

Enfin, l'expérience de l'incertitude subjective prédit une croyance aux conspirations accrue, à condition que les percepteurs considèrent les autorités impliquées comme immorales [128].

Les personnes qui sont méfiantes, hostiles et qui ont des scores élevés sur le locus de contrôle externe partagent une vision du monde commune. Ainsi, le sentiment d’un manque de contrôle accroît la confiance des gens dans les théories du complot organisationnel [129] et des théories du complot politique [130].

  • L'estime de soi

L'estime de soi est corrélée négativement à la croyance aux théories de complot, c'est-à-dire que plus l'estime de soi est grande, moins l'on croit aux théories de complot. Toutefois, plus l'estime de soi sera faible, plus la tendance à croire aux théories de complot spécifiques sera forte. En effet, ceux qui manque de confiance en soi additionné au fait d'apprécier se mettre en avant apprécient les théories de complot[131] car cela leur permet de se sentir spécial, ce qui augmentera alors leur estime d'eux-mêmes[132]. De plus, pour les personnes ayant une faible estime d'eux-mêmes et croyant aux théories de complot, elles peuvent blâmer certains individus ou groupes pour les considérer comme responsables de leurs problèmes. Ceci leur rend la tâche plus facile étant donné qu'ils ont la possibilité de faire un rejet mutuel de leurs responsabilités [117].

  • Le sentiment d'impuissance

Pour les personnes qui éprouvent un sentiment d'impuissance, les croyances en des conspirations spécifiques leur permettent d'éviter de penser que le monde est chaotique. Ils peuvent également croire que des forces secrètes sont en opération, ce qui les aide à comprendre pourquoi ils n'ont pas le pouvoir de contrôler leur propre vie [80].

Les théories du complot séduisent les personnes se percevant en marge de la société. La place qu'elles occupent les amène à penser que les explications officielles des événements ne suffisent pas. Elles peuvent également être tentées de croire que des forces indépendantes de leur volonté influencent leur vie[119].

Ces personnes seront plus sensibles au stress, au sentiment d’impuissance et de dépossession.

Pour ce qui est de l’impuissance politique, il s’agit ici de ressentir un sentiment d’asymétrie avec les politiques, que les personnes jugent comme possédant trop de pouvoir. Celles-ci peuvent même éprouver le besoin de posséder des armes qui leur redonneront plus de pouvoir.

  • Tolérance de l'ambiguïté

Les personnes qui ont une faible tolérance à l'ambiguïté peuvent préférer les explications simplifiées que les théories du complot offrent souvent aux multiples explications fournies par les autorités légitimes[80].

Ceux qui font preuve de rigidité au niveau cognitif, qui ne souhaitent pas analyser les causes des événements dans le monde qui les entoure peuvent aussi être attirés par les théories du complot [118].

Les théories fournissent une attribution causale ou plusieurs, toute faite pour des événements qui pourraient sembler complexes. Attribuer certains de nos problèmes internationaux à d'autres groupes ou citoyens fournit une explication simplifiée d'un ensemble complexe d'événements [117].

  • Complexité de l'attribut

Dans le même ordre d'idées que la tolérance à l'ambiguïté, de nombreuses théories du complot offrent des explications simplifiées d'événements complexes pouvant plaire aux personnes qui préfèrent la simplicité cognitive à la complexité [117].

Il est à noter que la simplification de la complexité est faiblement liée à l'adhésion de théories du complot, mais elle trouve partie dans l'aspect de du malaise qu'éprouve certains avec l’ambiguïté [118].

Effectivement, dire que la théorie de complot permet de réduire la complexité des choses rapporte au fait que, ne pas analyser les causes des événements dans le monde qui les entourent, amènent les personnes à croire aux théories de complot [117].

  • Besoin de connaissance

Les personnes qui ne ressentent pas le besoin de connaissance peuvent trouver plus simple d'accepter les théories du complot comme explications de divers événements complexes que d'affronter les ambiguïtés et les subtilités du monde réel [117].

Les croyances en matière de complot ne semblent pas être fondées sur des processus cognitifs rationnels. Au lieu de cela, il est soutenu qu'ils sont fondés par les traitements émotionnels et intuitifs [80].

Parish soutient que, bien que nous soyons dans une société "postmoderne", les croyances aux phénomènes paranormaux ne s’affaiblissent pas, elles augmentent. Ils[Qui ?] recherchent des signes, des liens avec ce qu'ils vivent et le monde qui les entoure. Il s'agit là d’éléments appartenant à la pensée magique qui détermine également un théoricien du complot [118].

Les rumeursModifier

Article détaillé : Rumeur.

La propagation des théories du complot fonctionne sur le mode de la rumeur. Lorsque l'information est diffusée, elle est transformée et simplifiée. Au fur et à mesure que la rumeur se diffuse, elle devient de plus en plus facilement compréhensible. De plus, plus l'information est accessible, plus elle se diffuse largement. La propagation exponentielle des rumeurs et des théories du complot relève donc d'une réciprocité entre diffusion et transformation. Par ailleurs, ce phénomène de propagation se situe toujours dans un contexte historique, politique et socio-économique bien précis. La transformation de l'information est donc une représentation culturelle partagée, c'est une construction de sens en lien avec le contexte dans lequel elle émerge, et non une simple dégradation de l'information[133].

Scénarios d'émergenceModifier

« Les générations de l’après-guerre dans les sociétés occidentales sont plus portées que les précédentes à se méfier de leurs gouvernants. La société postmoderne, parce qu’elle n’offre plus un système stable de catégorisation du réel, ne peut que favoriser les idées négatrices et conspirationnistes. »[73]
Jean-Bruno Renard
« Les grandes mythologies élaborées en Occident depuis l'aube du XIXe siècle ne sont pas simplement des efforts pour combler le vide laissé par la décomposition de la théologie [...]. Elles sont elles-mêmes une sorte de « théologie de substitution ». »[134]
George Steiner
 
L'assassinat de Kennedy, un des attentats ayant le plus marqué l'Amérique moderne, a suscité et suscite encore de nombreuses théories du complot.
 
Les théories du complot sur les attentats du 11 septembre 2001 sont celles qui générèrent le plus de trafic sur Internet durant les années 2000.

Les théories du complot peuvent germer de plusieurs manières :

  • Par un réflexe de doute de la part du public face aux explications officielles données à un évènement. Elles se développent dans l’opinion lorsque celle-ci ne se trouve pas en situation de croire l’explication principale d’un évènement donné notamment :

– à la suite d'un évènement formant un choc moral important (pour la France notamment : la défaite de 1870 ; celle de 1940 ; ou encore le jour même de l'attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015) ;
– dans des situations de conflit ;
– lorsque la confiance dans le gouvernement et les institutions est très faible. Aux États-Unis, la défiance d’une partie de la population face à l’État fédéral alimente ainsi des théories du complot quant à divers secrets cachés par le gouvernement américain à sa propre population, d’évènements politiques (assassinat de Kennedy, attentats du 11 septembre 2001) à l’existence d’extra-terrestres (affaire de Roswell).

  • Par la propagande des autorités. En effet, il peut aussi s’agir de l’explication officielle donnée par un État ou une force en présence lors d’une crise ou d'un conflit (cas de la théorie du complot juif dans l'Allemagne nazie).
  • Par la publication d’articles et d’ouvrages remettant en cause les versions officielles. Les personnes suscitant les théories du complot seraient souvent minoritaires et mal connues du grand public, que ce soit à cause de leur goût du secret, de l'entre-soi, ou du risque d'être attaqué en société pour avoir avancé une idée non politiquement correcte, car officiellement inavouable si la théorie était vraie.

D'un point de vue plus psychologique, Van Prooijen et Jostmann[135] identifient plusieurs facteurs qui influencent le fait de croire ou de ne pas croire aux théories du complot, comme l'incertitude subjective et la moralité perçue des autorités. Selon eux, il faut que l'incertitude atteigne un certain niveau pour que les croyances au complot émergent en se basant sur cette moralité. Paradoxalement, les auteurs ont montré dans la même étude que l'incertitude ressentie peut aussi favoriser la non adhésion aux théories complotistes. Ainsi, ils concluent finalement que « l'incertitude conduit les gens à être plus attentifs à la moralité des actions des autorités, qui influe par la suite sur la croyance ou l'incroyance aux complots ».

Culture conspirationnisteModifier

Principaux exemplesModifier

Il existe de nombreuses théories du complot, qui attribuent des intentions perverses et un pouvoir démesuré à des catégories particulières d'individus (communistes, francs-maçons, juifs, lépreux) ou à des institutions (Église catholique, gouvernements, organisations internationales).

Complots catholiquesModifier

De nombreux ordres liés à l'Église ont été la cible de théories du complot à travers l'histoire, comme les Templiers[136]. L'Église elle-même a parfois été la cible du conspirationnisme : en 1678, le Popish Plot ou « Complot papiste », fausse accusation de conspiration portée envers les catholiques anglais, déclencha des persécutions, la promulgation de lois répressives, et des remaniements diplomatiques. Les Jésuites ont également été régulièrement visés dans de nombreux pays : au Portugal et en Espagne, en Chine et au Japon, en Pologne et en Allemagne. Dès le début du XVIIe siècle, le faux Monita secreta les montre complotant pour conquérir l'influence politique et économique. Ils sont plus tard visés par une théorie du complot politique élaborée par les jansénistes et de nombreux protestants. Au XIXe siècle, ils sont désignés comme l' « Ordre noir » par Jules Michelet et Edgar Quinet qui attribuent, dans leur livre Les Jésuites, la Restauration et la Monarchie de Juillet à un complot des jésuites. Les romans d'Eugène Sue (notamment Le Juif errant, publié sous forme de roman feuilleton dans le contexte difficile de la révolution de 1848) se sont largement fait l'écho de ces croyances. Plus tard, l'Opus Dei passe à son tour pour une société secrète et financière qui contrôle les États.

Plus récemment, à travers les nouveaux mouvements religieux de la nébuleuse New Age et les ouvrages d'auteurs néo-gnostiques, une théorie du complot se répand selon laquelle l'Église de Rome serait une puissance conspiratrice depuis l'investiture de l'apôtre Pierre comme souverain pontife, et que Jésus aurait été victime d'un complot politique : son enseignement aurait été maltraité et expurgé de sa dimension essentielle pour maintenir les individus dans l'ignorance, notamment lors du premier concile de Nicée. On voit alors la prétendue vérité cachée « réapparaître » dans des publications contemporaines qui se proposent de réécrire l’histoire du christianisme : The Jesus Conspiracy de Holger Kersten et Elmar R. Gruber en 1994, The Templar Revelation de Lynn Picknett et Clive Prince en 1997, ou encore The Jesus Papers: Exposing the Greatest Cover-Up in History de Michael Baigent en 2006. Ces thèses pseudo-historiques se fondent en fait sur des écrits apocryphes rédigés entre les IIe et Ve siècles de notre ère, comme l’Évangile de Nicodème ou l’Évangile de Philippe, mais aussi des ouvrages beaucoup plus récents, comme L'Évangile du Verseau. L'on peut aussi relever, après le Complot catholique et le Complot juif, la thèse du Complot musulman (Eurabia) apparue en 2005. Pour mieux comprendre, voir Critique de l'islam et Islamophobie. C'est donc le complot religieux le plus récent, très critique et certainement un des plus virulents.

Complot des lépreuxModifier

Article détaillé : Peur des lépreux de 1321.

Au XIVe siècle, dans certaines villes en Europe, se développe l'idée d'un complot des lépreux, qui vont être persécutés et isolés dans certaines villes en France. On leur reproche d'empoisonner l'eau et de chercher à prendre le pouvoir. Ces accusations vont s'étendre aux Juifs, qui auraient passé une entente avec les lépreux et le souverain musulman du royaume de Grenade. Ces peurs finiront par atteindre les présumés sorciers et sorcières aux quinzième et seizième siècle[137].

Complots maçonniques et IlluminatiModifier

Les francs-maçons et des sociétés secrètes analogues, comme les Illuminés de Bavière, ont souvent été la cible de théories du complot, accusés qu'ils sont d'être une force agissant dans l'ombre. L'affaire des fiches en 1904 – fichage secret et ségrégation politique et religieuse réalisés par l'obédience maçonnique Grand Orient de France contre les officiers catholiques – a ravivé l'imagination. En Turquie, la Révolution Kémaliste serait due à un complot de la loge Union et Progrès, qui a créé le parti Jeunes-Turcs[réf. nécessaire]. La propagande de Vichy attribue la défaite de la France en 1940 à l'influence pacifiste de la Franc-maçonnerie sur les gouvernements du Front Populaire[réf. nécessaire]. Un prétendu complot synarchique sera également dénoncé par le régime de Vichy.

Complot juif et complot sionisteModifier

 
Le roi Rothschild : caricature conspirationniste antisémite représentant un des Rothschild, famille de banquiers juifs, tenant le monde entre ses mains. Charles Lucien Léandre pour Le Rire, n° du 16 avril 1898.

Complots bolchéviques et antibolchéviquesModifier

L'URSS a eu recours à la théorie du complot, invoquant des complots des Mencheviks, des socialistes-révolutionnaires, des anarchistes ou de députés de l'ex-Constituante. Plus tard suivront la théorie du complot des Trotskystes qui aboutira à l'assassinat de Trotsky, le complot de sabotage des Koulaks ukrainiens pour expliquer la famine ukrainienne ou le complot des Jdanovistes, dit aussi « complot des blouses blanches », visant des médecins juifs, sous Staline, en 1950. Dans les années 1930, d'autres « complots » virtuels furent dénoncés et punis lors des Grandes Purges.

Le coup d'état bolchevik qui a mis fin à la république russe issue de la révolution de février 1917 a pu également être dénoncé comme un complot du « judéo-bolchevisme ». À l'époque de la décolonisation, certains ont développé que les guerres d'indépendance, comme celle de l'Algérie ou de l'Indochine, ne seraient pas le fait des masses populaires, mais de factions d'opposition armées et financées par le bloc de l'Est ou d'autres pays étrangers pour s'approprier les ressources naturelles du pays considéré.

Complot scientifiqueModifier

L’idée d’un complot international visant à maintenir l’ordre mondial actuel par la « maîtrise du monde » s’est diffusée dans la littérature et l’opinion publique, se nourrissant de l’accélération des évolutions technologiques[138], mais aussi de personnages de scientifiques dévoyés comme les docteurs Faust, Folamour ou Frankenstein, l’ingénieur Robur, le professeur Moriarty et divers autres « savants fous », incarnant les peurs liées aux risques bactériologiques, à l'intelligence artificielle, aux nanotechnologies (gelée grise) ou plus généralement à la fin du monde[139]. En promouvant la paléontologie, l’archéologie et l’histoire universitaire, ce complot scientifique international viserait, entre autres, à occulter la « fantastique histoire vraie de l’humanité » (ou de tel ou tel peuple), ou encore celle décrite dans la Genèse biblique, afin d’égarer les peuples et les empêcher d'accomplir leur destin[140].

Complots d'origine extra-terrestreModifier

Les principaux tenants de cette théorie sont Anton Parks et David Icke. Selon cette théorie, un nombre important de preuves archéologiques soutiendraient l'idée que toutes les théories du complot elles-mêmes auraient pour fonction de confondre les foules au sujet d’une vérité cachée, qui en fait masquerait une réalité plus grande et plus incroyable encore. Selon cette théorie, il est question d’extraterrestres (en général des reptiliens ou des petits-gris) dont le niveau de compréhension de la psychologie humaine permettrait depuis des millénaires d'inciter à des comportements préjudiciables pour soi et autrui, ceci dans le but de maintenir l'humanité dans des « vibrations basses », de manière à les détourner de toute forme de spiritualité, et donc de liberté. Cette domination invisible, dissimulée derrière une illusion démocratique, serait relayée par les gouvernements, consciemment ou non.

L'autre principal complot d'origine extra-terrestre est lié à l'existence supposée du Majestic 12. Ce groupe secret (ou le groupe qui lui aurait succédé sous d'autres noms) aurait selon certains (Jimmy Guieu, Paul Hellyer, Steven M. Greer, Edgar Mitchell, etc.) réalisé secrètement, pour son propre compte (avec ou sans l'accord du gouvernement des États-Unis, avec ou sans l'aide des extraterrestres eux-mêmes), une rétro-ingénierie de la technologie extraterrestre, et empêché toute diffusion de ses découvertes (notamment l'énergie du vide). Pour le colonel Philip J. Corso, cette rétro-ingénierie a été pratiquée dès 1947 à la suite de l'affaire de Roswell et a conduit à l'élaboration de nombreuses techniques modernes, dont la fibre optique, le laser ou les circuits intégrés.

Complots américainsModifier

Complot impliquant les services secrets américainsModifier

Les États-Unis sont au cœur de nombreuses théories du complot. La question de l'intervention des multinationales américaines ou de la CIA dans les coups d'État de la seconde moitié du XXe siècle en Amérique latine (Bolivie, Panama) est controversée. Leur intervention est parfois historiquement documentée (l'opération PBSUCCESS ou le coup d'État chilien du 11 septembre 1973 par exemple) ; alors que dans certains cas seuls des soupçons alimentent l'idée d'un complot. L'assassinat de John F. Kennedy n'a jamais cessé de susciter diverses théories, dont certaines accusent les services secrets américains (film JFK d'Oliver Stone : assassinat présenté comme une sorte de coup d'État camouflé). Les attentats du 11 septembre 2001 font actuellement l'objet de la théorie du complot la plus populaire selon le journal britannique The Economist[141]. On retrouve, par exemple, la mise en cause des services secrets américains pour réfuter l'implication des seuls pirates de l'air dans les attentats, résultant d'un complot intérieur aux États-Unis[142],[143].

 
Selon le magazine Science et Vie, 6,5 % des Français pensent que l'homme n'a jamais marché sur la Lune[144].
Complot sur le programme spatial américainModifier
Article détaillé : Rumeurs sur le programme Apollo.

Les rumeurs sur le programme Apollo, selon lesquelles l'alunissage des engins de la NASA n'auraient jamais eu lieu et ne seraient qu'une mise en scène, entrent également, selon de nombreux commentateurs, dans le cadre d'une théorie du complot[145].

Théorie des camps de détention pour opposants politiquesModifier

Une autre théorie interne aux États-Unis explique que la FEMA aurait en réalité pour objet de construire des camps de détention où seraient emprisonnés tous les opposants potentiels au gouvernement fédéral après que celui-ci aura décrété l'état d'urgence et instauré une dictature dans le pays[146],[147].

Complot EurabiaModifier

Les agitations politiques survenues dans le monde arabe à partir de la Tunisie, à partir de décembre 2010, ont aussi été expliquées, par certains penseurs et écrivains, comme étant une conséquence d'un complot organisé par les États-Unis[148].

Complot sur l'énergie libre (Nikolas Tesla)Modifier

En 2010, le projet HAARP (High frequency active auroral research program) a été considéré par les adeptes de la théorie du complot[149] et par certains scientifiques[150] comme étant à l'origine des tempêtes de fin décembre 1999 en Europe, du séisme de 2010 en Haïti, des incendies de forêt en Russie de 2010, des inondations en Chine en 2010. Pour Nicole Bacharan, politologue franco-américaine, la théorie du complot accuse systématiquement les services secrets américains de vouloir contrôler secrètement le monde. Elle ironise en affirmant : « Dans les théories du complot, il faut poser une fois pour toutes que l'Amérique a toujours tort et qu'elle a toujours de mauvaises intentions »[151].

Complots concernant la véracité des fusillades aux États-UnisModifier

De plus en plus, dans l’actualité américaine, des théories conspirationnistes concernant des fusillades sont mises de l’avant par les réseaux sociaux.[152] Selon plusieurs conspirationnistes ses fusillades sont des mises en scène qui ont pour but de rouvrir le débat sur le port d’armes à feu aux États-Unis. Parmi ses fusillades, on y retrouve les tragédies de Parckland, Sandy Hook, Manchester, Aurora et Orlando[153],[154].

Complots d'organisations internationalesModifier

À travers l'histoire, des organisations et des fondations politiques internationales ont été accusées de vouloir dominer secrètement le monde, comme le Groupe de Bilderberg ou la Commission Trilatérale[réf. souhaitée]. Les déclarations suivantes de David Rockefeller sont couramment citées comme des indices du caractère secret et des ambitions mondialistes de la Commission qu'il a créée.

« As founder of the Trilateral Commission and its current North American chairman, I am usually singled out as the “cabalist-in-chief”. [...] Is the commission secretive? Not at all. [...] The only part of our proceedings that is “off the record” are discussions at commission meetings, and we keep these private to encourage uninhibited criticism and debate. Is the commission exclusive? Yes, in that we try to select only the most able and outstanding citizens from the industrial democracies. In that context, it is gratifying and not at all surprising that many former members are now Administration officials »[155].
« Quelques-uns croient même que nous [la famille Rockefeller] faisons partie d’une cabale secrète travaillant contre les meilleurs intérêts des É-U, caractérisant ma famille et moi en tant qu’internationalistes et conspirant avec d’autres autour de la Terre pour construire une politique globale plus intégrée ainsi qu’une structure économique – un seul monde si vous voulez. Si cela est l'accusation, je suis coupable et fier de l’être »[156].

MédecineModifier

Suppression des thérapies "alternatives"Modifier

Une étude de 2013 approuvée par l'Université de Chicago a suggéré que près de la moitié des Américains croient au moins une théorie du complot médical, avec 37% que la Food and Drug Administration supprime délibérément les remèdes "naturels" dus à l'influence de l'industrie pharmaceutique. [157] Un des principaux partisans de théories du complot comparables a été condamné par le fraudeur Kevin Trudeau .

Maladies artificiellesModifier

 
Dirigeant de l'organisation Nation of Islam, Louis Farrakhan a publiquement adhéré à la théorie du complot au sujet du sida.

Les scientifiques ont trouvé des preuves que le VIH avait été transféré des singes aux humains dans les années 1930. Il existe cependant des preuves que le KGB a délibérément diffusé une notion selon laquelle il aurait été inventé par la CIA dans les années 80[158]. Cette idée, ainsi que des idées similaires concernant Ebola , ont depuis été défendues par des personnalités telles que l'acteur Steven Seagal[159],[160],[161], Louis Farrakhan dirigeant de la Nation de l'Islam, et l'ancien président de l'Afrique du Sud, Thabo Mbeki[158],[162],[163]. Des théories du complot similaires allèguent que les sociétés pharmaceutiques contribuent à la création de conditions et de maladies comprenant le TDAH, le virus de l'Herpès et le papillomavirus.

FluorationModifier

(en)

La fluoration de l'eau est l'ajout contrôlé de fluorure à un réseau public d'approvisionnement en eau afin de réduire la carie dentaire[164] . Bien que de nombreux organismes de santé dentaire soutiennent une telle fluoration, les théoriciens du complot s’opposent à cette pratique[165] . Les allégations peuvent inclure des affirmations selon lesquelles il s’agit d’un moyen de se débarrasser des déchets industriels[166],[167] ou de masquer le défaut de fourniture de soins dentaires aux pauvres[165]. Une autre théorie préconisée par la John Birch Society dans les années 1960 décrivait la fluoruration comme un complot communiste visant à affaiblir la population américaine[168].

VaccinationModifier

Une théorie populaire du complot affirme que l'industrie pharmaceutique a dissimulé un lien de causalité entre les vaccins et l'autisme. La théorie a pris racine avec la publication en 1998 d'un article frauduleux de l'ancien médecin discrédité Andrew Wakefield[169] . Le mouvement anti-vaccin qui en a résulté a été promu par un certain nombre de personnalités telles que Rob Schneider[170] Jim Carrey[171] et le président des États - Unis, Donald Trump,[172],[173], et a entraîné une augmentation des taux d'infection, et décès dus à des maladies telles que la rougeole dans de nombreux pays, notamment les États-Unis, l'Italie, l'Allemagne, la Roumanie et le Royaume-Uni[174],[175],[176],[177].

Les théories du complot en matière de vaccins sont répandues au Nigéria depuis au moins 2003, ainsi qu'au Pakistan. Ces théories pourraient contenir des affirmations selon lesquelles les vaccins feraient partie d'un complot anti-islam secret et auraient été liés à des fusillades mortelles et à des attentats à la bombe dans des centres de vaccination dans les deux pays[178],[179],[180].

AnnexesModifier

BibliographieModifier

Bibliographie critique (historique, sociologique ou journalistique)Modifier

Aspect général
Aspects particuliers
Articles et revues sur le sujet
  • Collectif, « Le Complot », Politica Hermetica, no 6 , 1992. Actes du VIIe colloque international, les 23 et 24 novembre 1991 à la Sorbonne, dans le cadre de l’École pratique des Hautes Études, présidé par Émile Poulat, EHESS et CNRS.
  • Collectif, « Les théories du complot », in Agone no 47, Marseille, 2012 (ISBN 978-2-7489-0152-8)
  • Philippe Corcuff, « "Le complot" ou les mésaventures tragi-comiques de "la critique" », Mediapart, 19 juin 2009 (sur la différence entre « théories du complot » et « complots ») (en ligne).
  • Olivier Dard, « Le complot, moteur de l'histoire dite « secrète » », Raison publique, no 16,‎ , p. 67-76 (lire en ligne).
  • Julien Giry, « Le conspirationnisme. Archéologie et morphologie d'un mythe politique », Diogène, n° 249-250, 2015, pp. 40-50.
  • Julien Giry (dir.), « Les théories du complot à l'heure du numérique », Quaderni, n° 94, automne 2017.
  • Emmanuel Taïeb, « Logiques politiques du conspirationnisme », Sociologie et sociétés, Les Presses de l'Université de Montréal, vol. 42, no 2 « Quand le vivant devient politique : les avatars de la démocratie technique »,‎ 2010., p. 265-289 (ISSN 1492-1375 et 0038-030X, DOI 10.7202/045364ar, lire en ligne, consulté le 30 août 2015)
  • Lara Van Dievoet, « La grande conspiration ? Quel traitement médiatique pour les théories du complot ? », Médiatiques. Récit et Société, Louvain-la-Neuve, no 45,‎ 2009.
  • (en) R. Brotherton et C.C French, « Belief in Conspiracy Theories and Susceptibility to the Conjunction Fallacy », Applied Cognitive Psychology, vol. 28, no 2,‎ , p. 238-248 (DOI 10.1002/acp.2995)
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Dans la fictionModifier

Bandes dessinéesModifier

Émission de télévisionModifier

  • L'émission Le Vrai Journal tournait en dérision la théorie du complot dans les rubriques satiriques « Le Détail » puis « Le BVI » (Bureau de Vérification de l'Information). Ces deux rubriques présentaient des conspirations invraisemblables de façon réaliste.

FilmsModifier

Jeux de sociétéModifier

Jeux vidéoModifier

  • Le jeu vidéo Assassin's Creed, mettant en scène les templiers des temps modernes agissant dans l'ombre à travers une entreprise pharmaceutique, Abstergo Industries.
  • Le jeu vidéo Deus Ex: Human Revolution, mettant en scène un complot visant à manipuler l'opinion afin d'incriminer les augmentations mécaniques et impliquant les Illuminatis.
  • Les séries de jeux vidéo Deus Ex, Half-Life et Metal Gear.

LivresModifier

Séries téléviséesModifier

  • Dans la série télévisée Stargate SG-1, la Stargate Command basée à Cheyenne Mountain est classée Secret Défense mais des théoriciens du complot s'attaquent souvent au SGC pour prouver au monde l'existence de la Porte des Étoiles (Martin Lloyd, Joe Spencer, etc.).
  • La série télévisée Jericho.
  • La série télévisée Le Caméléon (The Pretender) pour un exemple d'un complot mondial mettant en scène une organisation plus ou moins scientifique (Le Centre).
  • La série télévisée Lost fait intervenir plusieurs groupes secrets, voire des personnages aux pouvoirs mystiques, agissant de façon concertée ou antagoniste sur le cours des évènements (les « Autres », Charles Widmore, la DHARMA Initiative, Jacob...).
  • La série télévisée Prison Break met en scène une organisation s'appelant « Le Cartel » (« The Company » en version originale), un groupe de multinationales qui cherche à exploiter toute la puissance du soleil.
  • La série télévisée X-Files pour un exemple d'un complot mondial impliquant des phénomènes extra-terrestres[17].
  • La série télévisée Utopia met en scène une organisation secrète, Le Réseau (The Network en version originale), qui pourchasse un groupe de jeunes possédant le deuxième tome du roman graphique Utopia, celui-ci refermant des informations essentielles pour l'organisation.

DocumentsModifier

Documents alimentant parfois des théories du complotModifier

Liste non exhaustive :

Faux documents alimentant des théories du complotModifier

Liste non exhaustive :

Articles connexesModifier

Exemples

Liens externesModifier

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Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Copie dans Google books de « Preuves de conspirations…  » (fr)
  2. Vision d'un monde peuplé de démons.

RéférencesModifier

  1. « Articles nouveaux du Petit Larousse 2012 », sur orthogrenoble.net, (consulté le 12 février 2013)
  2. Conspiracy Theories in American History : An Encyclopedia (ABC-Clio, 2003)
  3. a b et c Nicolas Lebourg, « La Théorie du Complot et le sens de l’Histoire », sur tempspresents.com,
  4. Frédéric Charpier, L'obsession du complot, 2005, Bourin éditeur, 232 p. (ISBN 2-8494-1025-X)
  5. a b c et d Pierre-André Taguieff, La foire aux illuminés : ésotérisme, théorie du complot, extrémisme, Paris, Mille et une nuits, (ISBN 978-2-842-05925-5), p. 75-107 et 126-132
  6. a et b Marcel Gauchet, entretien paru dans les Collections de l'Histoire, no 33, octobre-décembre 2006, p. 60-67.
  7. a b et c Nicolas Chevassus-Au-Louis, « Enquête sur les théories du complot (1/4) : L'Etat et les autres », sur Mediapart, (consulté le 18 août 2015)
  8. Éric Saunier, « Le message maçonnique au XVIIIe siècle. Contribution à l’histoire des idées », Annales historiques de la Révolution française [En ligne], 345 | juillet-septembre 2006, mis en ligne le 8 juillet 2008, consulté le 18 janvier 2011. URL : http://ahrf.revues.org/7383
  9. François Furet, Penser la Révolution française, éditions, Gallimard, 1978, p. 90-91
  10. Questions à Pierre-André Taguieff, Conspiracy watch
  11. Kassovitz, Cotillard... ces people qui théorisent les complots.
  12. Philippe Huneman, « Illuminati, un complot mondial à l'état pur », Philosophie Magazine, no 96,‎ , p. 32
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  14. « L'assassinat de JFK hante le cinéma américain », sur Les Inrocks
  15. « Analyse de l'impact des images de l'assassinat de Kennedy », sur France 24
  16. Modèle {{Lien web}} : paramètre « url » manquant.  « "L'effroyable mensonge" de Jean Guisnel et Guillaume Dasquié (La Découverte), une réponse à "L'effroyable imposture" de Thierry Meyssan. »
  17. a b et c « Théories du complot : « Croire à des bêtises, ce n’est pas être conspirationniste » », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le 10 janvier 2018)
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  20. « It is the view that an explanation of a social phenomenon consists in the discovery of the men or groups who are interested in the occurrence of this phenomenon (sometimes it is a hidden interest which has to be revealed) and who have planned and conspired to bring it about. » - p. 94
  21. Charles Pigden, Popper Revisited, or What Is Wrong With Conspiracy Theories? - Philosophy of the Social Sciences, 1995 ; 25: 3-34 republié dans Conspiracy theories: the philosophical debate, David Coady (ed.). Ashgate Publishing, Ltd., 2006, 173 pages
  22. Nicolas Chevassus-Au-Louis, « Enquête sur les théories du complot (2/4) : L'obscur et le net », sur Mediapart, (consulté le 19 août 2015)
  23. Gérald Bronner. Interview par Antonio Fischetti. Conspirationnistes et djihadistes, même combat. Charlie Hebdo. 4 mars 2015.
  24. Site de L'Internaute, Citations, Croyances et religions
  25. Gérald Bronner, La démocratie des crédules, PUF, 2013, p. 76 à 78.
  26. Cité par Gérald Bronner, La démocratie des crédules, PUF, 2013, p. 77.
  27. Gérald Bronner, La Démocratie des Crédules, Presses universitaires de France, (lire en ligne), p. 87-93.
  28. Jean-Laurent Cassely, « Les théories du complot sont peu plausibles: une équation le prouve », sur Slate, (consulté le 29 janvier 2016).
  29. Nicolas Gauvrit, « Les complots ne peuvent pas tenir. Est-ce prouvé ? », sur http://www.scilogs.fr/, (consulté le 14 février 2016).
  30. Jack Z. Bratich 2008
  31. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Hofstadter
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  33. Un extrait de l'article : Richard Hofstadter, « Le style paranoïaque en politique », sur Le Monde diplomatique.fr,
  34. « The turn from personality type to style is a shift in problematization. Problematization no longer seeks to categorize individual "actors", but to establish a manner of thinking that could be taken up by any political actor.... It is a mimic of reason and thus needs constant vigilance.... The paranoid style in its domestically populist form is not simply exiled to the outside of normal political discourse; it is a danger that constantly threatens from within. While it is banished to the fringes of official thought it is also among us, lurking within the nation, in the heartland, among the populace. It is not one of "us", but it could be anyone. »
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  63. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Girardet
  64. a et b Compte rendu de l'ouvrage de Véronique Campion-Vincent
  65. Le terme anti-individuel n'est pas d'elle, mais semble bien résumer sa pensée.
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