Michel Wieviorka

sociologue français

Michel Wieviorka, né le à Paris, est un sociologue français.

BiographieModifier

Les grands-parents paternels de Michel Wieviorka, Juifs polonais, sont arrêtés à Nice pendant la Seconde Guerre mondiale et meurent à Auschwitz. Le grand-père, Wolf Wiewiorka, est né le à Minsk ; la grand-mère, Rosa Feldman, est née le à Siedlce. Déportés le , par le convoi no 61, du camp de Drancy vers Auschwitz, ils sont auparavant détenus au camp de Beaune-la-Rolande[1].

Son père, réfugié en Suisse, et sa mère, fille d’un tailleur parisien, réfugiée à Grenoble, survivent à la guerre[2].

Il est le frère d'Annette, Sylvie et Olivier Wieviorka.

TravauxModifier

Sa sociologie introduit une perspective qui tient compte de la globalisation, de la construction individuelle, et de la subjectivité des acteurs. La sociologie de l'action qu'il construit depuis ses premiers travaux sur les mouvements de consommateurs dans les années 1970 l'a conduit à étudier aussi bien des mouvements sociaux que des phénomènes comme le racisme, la violence, ou l'antisémitisme.

Sa reconnaissance internationale doit beaucoup à ses travaux sur le terrorisme (prix spécial du jury européen d'Amalfi 1989 pour son livre Sociétés et terrorisme[3]) et autres conduites de haine et de violence ainsi que sur la globalisation et le multiculturalisme. Plusieurs de ses ouvrages sont traduits en anglais, en allemand, en espagnol, en portugais et en japonais.

Ses recherches sont volontiers comparatives à l'échelle internationale et il a mené des travaux dans plusieurs pays notamment en Pologne, en Espagne, aux États-Unis, en Amérique latine, en Russie.

ParcoursModifier

Directeur d'études à l'EHESS, il y a dirigé de 1993 à 2009 le Centre d'analyse et d'intervention sociologiques (CADIS) fondé par Alain Touraine en 1981.

Il a été président de l'Association internationale de sociologie de 2006 à 2010.

De à juillet 2020, il est Administrateur de la Fondation Maison des Sciences de l'homme (FMSH).

Durant la période pendant laquelle Michel Wieviorka est administrateur de la FMSH, le HCERES présente la Fondation comme « une marque reconnue internationalement. Les valeurs d’utilité publique au service des SHS sont dans son ADN. Son activité de collecte de fonds, particulièrement performante, est à saluer. Ainsi, La FMSH se veut un interlocuteur incontournable au niveau national et international dans ce domaine. »[4] Le Collège d'études mondiales, symbole de la politique scientifique novatrice[source insuffisante] de Michel Wieviorka a accueilli des célèbres titulaires de chaires reconnu au niveau international : Manuel Castells, Hervé Le Bras, Saskia Sassen, Dominique Méda, Richard Sennett, Nancy Fraser, Michel Foucher, René Frydman, Marc Fleurbaey, François Jullien, Ulrich Beck[5].

Le HCERES liste dans son rapport de 2018 des points forts tels un positionnement institutionnel reconnu sur le plan national et international, une volonté de positionnement en appui des politiques publiques, une gouvernance et une organisation interne cohérentes, une situation financière assainie, liée à une dynamique liée à la recherche de fonds et un dialogue social renouvelé. Elle recense des points faibles tels une déclinaison opérationnelle inefficiente des objectifs stratégiques, un modèle économique imprécis, un manque de formalisation sur l’immobilier et le numérique, et une stratégie de valorisation faible au regard des standards nationaux et internationaux

En avril 2020, un contrôle de la Cour des comptes portant sur les exercices 2014 à 2018 se révèle critique et fait apparaître « une institution en crise, à la gouvernance défaillante et divisée », ainsi qu'un climat social « très dégradé »[6]. Pourtant, le HCERES, spécialisé dans l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur, avait jugé dans son rapport publié en novembre 2018 que « la FMSH a certes connu des périodes de tension sociale, mais elle a su, grâce à un dialogue social renouvelé, prendre la mesure des problèmes et mettre en place des actions de correction. »[7]

Les présidents de l'EHESS, du CNRS et de la Conférence des présidents d'université, membres du conseil de surveillance de la FMSH, notent en avril 2020 de « graves dysfonctionnements »[8]. La Cour des comptes juge la FMSH « secouée par des crises multiples qui ont pour conséquence une perte d’influence et d’attractivité marquée ». En l’absence de toute orientation forte de la part des pouvoirs publics sur son positionnement, elle privilégierait, selon ce rapport « une stratégie autonome et aventureuse, radicalement différente de son ambition originelle »[6]. Pour la Cour des comptes, la gouvernance de la FMSH « souffre de graves dysfonctionnements » et son directoire exerce ses attributions « sans réel contre-pouvoir, alors même que son processus décisionnel manque de transparence ». Elle estime que son projet phare, le collège d’études mondiales, qui représente plus de la moitié des ressources que la FMSH consacre à ses activités scientifiques, « n’est pas pour autant à la hauteur des ambitions affichées à sa création en 2011 »[6]. Michel Wieviorka répond dans Libération que la Cour des comptes « n’est peut-être pas de sa vocation et de sa compétence que d’évaluer l’apport scientifique et le rayonnement mondial d’une fondation comme la FMSH »[5].

En juillet 2020, Michel Wieviorka annonce qu'il démissionne en raison des désaccords existants avec le ministère de la Recherche et le Campus Condorcet, qui regroupe désormais la recherche en sciences humaines et sociales[5].

Il est président du jury de la Bourse Michel Seurat (Cnrs) et du Conseil scientifique du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN).

Ancien membre du Conseil scientifique de la Défense, il est, par ailleurs, président à Bruxelles d'un panel du Conseil européen de la recherche (CER ou European Research Council, ERC-7e PCRD).

Il appartient depuis 2019 au conseil scientifique de la DILCRAH[9].

Prises de positionModifier

À la demande de Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, il a rédigé un rapport sur la diversité en France qui a été publié en 2008 chez Robert Laffont, éditeur chez lequel il anime la collection « Le monde comme il va ».

Le , lors d'une interview au journal Libération au sujet de l'identité nationale, il déclare : « L’existence d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale est une catastrophe intellectuelle et politique pour l’image générale de la France[10] ». Il est proche du Parti socialiste[11].

En 2012, il signe une tribune intitulée « Pour une nouvelle république » appelant à voter pour le candidat François Hollande[12]. En il participe à un collectif de personnalités favorable à une primaire des socialistes et des écologistes[13]. D'après l'entourage de Yannick Jadot, il apporte son soutien à ce dernier lors de la primaire de l'écologie de 2016, entre les deux tours[14].

Il signe la préface du livre Antisémite de Pascal Boniface (Max Milo, éditions) paru en . Dans celle-ci, il dénonce les attaques en antisémitisme dont serait victime Pascal Boniface.

En , il considère que le mouvement des Gilets jaunes a « un tropisme vers la droite dure ou extrême », dans une interview du journal Libération[15].

Publications récentesModifier

  • « Identité nationale : quel “débat” » (avec Joël Roman), in Olivier Ferrand, L’État pyromane, Paris, Éditions Delavilla, 2010, p. 29-51, (ISBN 978-2-917986-035)
  • Pour la prochaine gauche, Paris, Robert Laffont, , 280 p. (ISBN 978-2-221-12215-0)
  • Evil, Cambridge, Polity, , 157 p. (ISBN 978-0-7456-5393-8)
  • Le Front national, entre extrémisme, populisme et démocratie, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, collection Interventions, , 88 p.
  • L’impératif numérique ou La nouvelle ère des sciences humaines et sociales ?, Paris, CNRS Éditions, coll. Débats, , 64 p.
  • L’Antisémitisme expliqué aux jeunes, Paris, Le Seuil, (ISBN 978-2-02-117809-8)
  • (coll.) Travailler au XXIe siècle. Des salariés en quête de reconnaissance, Paris, Robert Laffont, coll. « Le monde comme il va », , 316 p.
  • Retour au sens : pour en finir avec le déclinisme, Paris, Robert Laffont, coll. « Le monde comme il va », 2015, 360 p. (ISBN 978-2-221-15775-6)
  • Le séisme. Marine Le Pen présidente, Robert Laffont, 2016.
  • (coll.) Qu'est-ce que la gauche ?, Fayard, 2017.
  • avec Benoît Hamon et Yannick Jadot, La politique est à nous, Robert Laffont, 2017.
  • Serge Klarsfeld. Le Mémorial de la déportation des Juifs de France. Beate et Serge Klarsfeld : Paris, 1978. rééd. Fils et filles de déportés juifs de France, 2012.
  • (coll.) Serge Moscovici : un regard sur les mondes communs. Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2019.
  • Pour une démocratie de combat, Robert Laffont, 2020.
  • Les sciences humaines et sociales françaises à l'échelle de l'Europe et du monde. Michel Wierviorka et Jacques Moret. Editions de la Maison des Sciences de l'Homme, 2017.
  • Les Juifs, les musulmans et la République. Michel Wierviorka et Farhad Khosrokhavar. Robert Laffont, 2017.

DécorationModifier

Notes et référencesModifier

  1. Voir, Klarsfeld, 2012.
  2. Marie-Françoise Masson, « Annette Wieviorka, historienne au nom de ses grands-parents », sur la-croix.com, La Croix, (consulté le 26 avril 2016).
  3. (en) « European Amalfi Prize », sur Université Rome la Sapienza (consulté le 29 novembre 2017).
  4. HCERES, Rapport FMSH 2018 (lire en ligne)
  5. a b et c Michel Wieviorka, « Michel Wieviorka : pourquoi je démissionne de la fondation Maison des sciences de l'homme », sur Libération.fr, (consulté le 21 juillet 2020)
  6. a b et c La fondation Maison des sciences de l’homme (FMSH), ccomptes.fr, 16 avril 2020
  7. HCERES, Rapport FMSH (lire en ligne), p. 28
  8. Jean-Michel Thénard, « Règlements de (Cour des) comptes 54 boulevard Raspail », Le Canard enchaîné,‎
  9. https://www.gouvernement.fr/installation-du-nouveau-conseil-scientifique-de-la-dilcrah.
  10. Libération : « Ce débat conforte des positions de fermeture et de xénophobie, plus que d’ouverture».
  11. Bastien Bonnefous, « Pourquoi les Indignés ne décollent pas », M, le magazine du Monde, semaine du 19 novembre 2011, page 18.
  12. Tribune. "Pour une nouvelle république", tempsreel.nouvelobs.com, 19 avril 2012.
  13. Un collectif de personnalités réclame une primaire à gauche en 2016 - article du 11/01/2016 - Le Monde.
  14. « Primaire EELV. Karima Delli soutient Yannick Jadot », sur ouest-france.fr, (consulté le 26 octobre 2016).
  15. Alexandra Schwartzbrod, « Gilets jaunes : «Les racines de la contestation se trouvent dans l’exercice du pouvoir par le Président» », Libération,‎ (lire en ligne).
  16. Décret du 12 juillet 2013.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

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