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Image de propagande antisémite, dans l'exposition Le Bolchevisme contre l'Europe.

Le Bolchevisme contre l'Europe est une exposition qui se tient à Paris et en province, pendant l'Occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale. Elle est placée sous les auspices du Comité d’action antibolchévique (CAA) de Paul Chack[1].

HistoireModifier

L'exposition est annoncée dans la presse à partir de décembre 1941. Ainsi, le secrétaire général du CAA annonce à cette date qu'elle sera une exposition des pays « qui ont eu à souffrir du fléau bolcheviste et qui luttent pour l'exterminer à tout jamais »; elle aura « pour objet de montrer le grave danger représenté par le communisme » et sera patronnée par le chef de l'Etat et par le ministère de l'information[2]. André Chaumet annonce en janvier 1942 que le CAA a fait appel par un concours à de jeunes artistes pour les affiches destinées à la décoration de l'exposition. Chack, Lecoc et Gontier de Vassé ont retenu les projets de Jean-Marie Madelin, Jacquelin et André Deran[3].

Lancée le 1er mars 1942, l'exposition se tient salle Wagram, avenue de Wagram. Elle est inaugurée par Paul Chack, Georges Claude et les ministres Paul Marion et Fernand de Brinon, aux côtés d'autres personnalités françaises comme le cardinal Alfred Baudrillart, le préfet de la Seine, le préfet de police, le président du conseil municipal de Paris, des représentants des autorités allemandes et des milieux diplomatiques des nations alliées de l'Allemagne nazie. Chack salue les autorités militaires et civiles et souligne: « Grâce aux facilités qu'elles nous ont accordées, grâce à la collaboration active et incessante de la Propagandastaffel, nous avons pu en deux mois exécuter en deux mois un travail dont le peuple de Paris pourra apprécier l'importance ». Six pays ont participé au financement de l'exposition, qui se veut internationale: l'Allemagne, la Hongrie, la Roumanie, la Finlande, l'Espagne et le Portugal, outre la France de Vichy. Le total des subventions s'élève à 12 millions de francs environ[4].

L'exposition est organisée par Louis-Charles Lecoc, son secrétaire général, animateur du Comité d'action antibolchevique et du Centre d'études anticommunistes (ou antibolcheviques). Il avait dénigré l'exposition sur l'Union soviétique du pavillon de l'URSS lors de l'Exposition universelle de 1937 dans Petit Journal, l'organe du PSF[5]. Elle est patronnée par le ministère de l'information de Paul Marion. Elle expose des dessins, des photographies et d'autres documents montrant le monde soviétique, des reproductions de logements de paysans et d'ouvriers russes. Dans la salle du premier, l'Allemagne et ses alliés exposent les raisons de leur combat contre le communisme. Des stands de groupements comme le Parti populaire français montrent leur engagement anticommuniste. Une salle est réservée à l'entrevue de Montoire entre Hitler et Pétain. Un cinéma attenant à la salle propose en alternance un documentaire et un film, La libre Amérique, durant toute la durée de l'exposition[6]. En avril 1942, Lecoc présente le documentaire Français, vous avez la mémoire courte, commandité par le régime de Vichy[7]. Les éléments architecturaux de la façade aménagée reprennent la statue L'Ouvrier et la Kolkhozienne de Vera Moukhina, déjà présentée à Paris sur le pavillon soviétique, à l'exposition universelle de 1937.

Des personnalités collaborationnistes, des militants anticommunistes, des journalistes et des étrangers y tiennent des conférences[8].

Le premier jour de l'exposition, déjà 10 000 personnes s'y seraient rendues[9]. Elle aurait reçu son 100 000ème visiteur à la fin du mois[10].

L'exposition fonctionne à Paris jusqu'au 15 juin; elle aurait attiré 370 323 visiteurs[11]. 6 200 élèves parisiens ont visité l'exposition avec leurs professeurs, dont une moitié de lycéens de grands lycées comme Henri IV, Condorcet ou Janson-de-Sailly. Certains de ces professeurs suscitent toutefois la protestation des organisateurs devant leur attitude narquoise[12].

Elle circule ensuite à Lille à partir de juillet 1942[13], à Bordeaux - inaugurée en octobre 1942 par Maurice-Yvan Sicard, elle aurait attiré 100 000 visiteurs à la fin du mois de novembre[14] -, à Lyon - elle est inaugurée fin mars 1943 par Abel Bonnard, se tient à la Bourse du travail place Guichard, et aurait attiré son 50 000ème visiteur en avril, puis son 100 000ème le mois suivant[15] -, Marseille - inaugurée en octobre 1943 par Fernand de Brinon, elle se termine le 16 décembre après avoir attiré 170 000 personnes[16] -. Toulouse - inaugurée par Philippe Henriot en mai 1944, au musée des Augsutins[17] -. C'est le ministère de l'information qui a pris en charge l'exposition en province. Le régime de Vichy et les Allemands financent ces expositions qui toutes ont été déficitaires[18].

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Dominique Rossignol, Histoire de la propagande en France de 1940 à 1944, PUF, 1991

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

  1. Pierre-André Taguieff, Grégoire Kauffmann, Michaël Lenoire, L'antisémitisme de plume : 1940-1944, Berg, 1999, p. 507
  2. Paris-Soir, 6 décembre 1941
  3. Paris-Soir, 28 janvier 1942
  4. Dominique Rossignol, Histoire de la propagande en France de 1940 à 1944, PUF, 1991, Le Matin, 2 mars 1942, Paris-Soir, 2 mai 1942,Le Temps, 3 mars 1942, L'Ouest-Eclair, 3 mars 1942 ( photographie )
  5. Le Petit Journal, 5 août 1937
  6. Dominique Rossignol, Histoire de la propagande en France de 1940 à 1944, PUF, 1991, Le Petit Parisien, 28 février 1942 ( contient les noms des membres du comité d'honneur. Dominique Rossignol souligne qu'ils n'ont pas toujours été consultés, comme Octave Aubry, le seul à avoir protesté )
  7. Le Matin, 10 avril 1942, Jean-Pierre Bertin-Maghit, Les Documenteurs des années noires. Les documentaires de propagande, France 1940-1944, Nouveau monde éditions, 2004, Vidéo sur le site de l'INA
  8. Le Matin, 26 mars 1942 (Maurice-Yvan Sicard), Le Matin, 9 avril 1942 ( des militants syndicalistes ), Ibid., 16 avril 1942, Ibid., 18 avril 1942 ( André Chaumet ), Ibid., 7 mai 1942, Le Matin, 9 mai 1942 ( Un officiel espagnol ), Paris-Soir, 18 mai 1942 ( Pierre Mouton (journaliste) ), Le Petit Parisien, 22 mai 1942 ( Lecoc ),Le Matin, 5 juin 1942 (Jean Luchaire, conférence présidée par Chack)
  9. « Le Bolchevisme contre l'Europe », Les Actualités mondiales, 27 mars 1942, (à partir de 3 min 54 s) Ina.
  10. Le Matin, 31 mars 1942
  11. Le Matin, 15 juin 1942
  12. Rémy Handourtzel, Vichy et l'école : 1940-1944, Ed. Noêsis, 1997, p. 31
  13. Le Matin, 22 août 1942 ( Annonce du 100 000e visiteur )
  14. Le Matin, 19 octobre 1942, Paris-Soir, 30 novembre 1942
  15. Journal des débats, 30 mars 1943, Le Journal, 22 mars 1943,L'Action française, 20 avril 1943, Le Journal, 14 mai 1943
  16. Le Matin, 4 octobre 1943, L'Action française, 17 décembre 1943
  17. Le Matin, 8 mai 1944, Paris-Soir, 8 mai 1944
  18. Dominique Rossignol, Histoire de la propagande en France de 1940 à 1944, PUF, 1991