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Sciences sociales

ensemble de disciplines qui se donnent pour objet d'étude la société
Sciences sociales
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Les sciences sociales sont un ensemble de disciplines académiques ayant pour objet d'étude la société et les relations entre individus dans cette société.

Elles comprennent la sociologie, l'économie, la démographie, la géographie, la science politique, l'histoire, l'anthropologie, l'ethnologie, l'ethnographie, les science studies, les études de genre, ou encore la criminologie.

Les sciences sociales ont en commun des objets (l'éducation, la criminalité, les inégalités, etc), des méthodes (l'entretien compréhensif, l'observation participante, l'enquête statistique, etc) et des courants de pensée (le positivisme, le marxisme, le constructivisme, le structuralisme, etc).

Sommaire

HistoireModifier

Le terme de science sociale apparaît pour la première fois en 1824 dans l'ouvrage de William Thompson (1775-1833), An Inquiry into the Principles of the Distribution of Wealth Most Conducive to Human Happiness; applied to the Newly Proposed System of Voluntary Equality of Wealth.

Dans son Cours de philosophie positive publié entre 1830 et 1942, Auguste Comte donne une tournure scientifique à l'étude des sociétés humaines et donne naissance aux sciences sociales modernes. Il applique à l'étude de la société les méthodes empiriques des sciences naturelles[1].

 
Auguste Comte (1798-1858) est considéré comme un des fondateurs de la sociologie et des sciences sociales.

À travers ses ouvrages, Karl Marx critique l'idéalisme d'Immanuel Kant et de Hegel et cherche à fonder une science sociale, qui, à la différence du positivisme de Comte, ne cherche pas simplement à observer méthodiquement le réel, mais cherche à dévoiler les structures profondes[1].

À la fin du XIXe siècle, le sociologue français Émile Durkheim apporte à la sociologie un cadre conceptuel et une méthode.

 
Karl Marx (1818-1883) a une très grande influence sur les sciences sociales, notamment à travers son analyse du capitalisme et la notion de lutte des classes.
 
Émile Durkheim (1858-1917) est considéré comme le père de la sociologie en France[2].

MéthodologieModifier

Les méthodes de recherche peuvent être qualitatives ou quantitatives.

Introduite par Bronisław Malinowski et John Layard, la méthode de l'observation participante consiste à étudier une société en partageant son mode de vie, en se faisant accepter par ses membres et en participant aux activités des groupes et à leurs enjeux.

Les méthodes d'entretien comme l'entretien semi-directif permettent de collecter des données auprès des enquêtés.

Développée dans les années 1980 autour des science studies, la théorie de l'acteur-réseau est aussi une méthode d'enquête qui consiste à décrire le réseau des acteurs et des actants.

L'enquête statistique est une méthode de recherche quantitative qui consiste à administrer un questionnaire auprès d'un échantillon de la population étudiée. Par exemple, dans son ouvrage L'Amour de l'art, le sociologue Pierre Bourdieu s'appuie sur une enquête statistique sur les pratiques culturelles et les goûts des Français.

L'analyse de réseaux est une méthode d'analyse quantitative qui s'intéresse au graphe des relations entre les agents pour étudier la société.

Pour analyser l'effet causal des politiques publiques, les chercheurs en sciences sociales, et notamment les économistes, utilisent des méthodes expérimentales, et notamment des expériences de terrain en tirant au sort parmi la population étudiée un groupe traité par la politique étudiée et un groupe témoin[3].

Lorsqu'il n'est pas possible d'avoir recours à des expériences contrôlées, les chercheurs en sciences sociales utilisent aussi des méthodes quasi expérimentales comme les expériences naturelles[4].

Selon Alain Caillé[5], les sciences sociales sont finalement confrontées à quatre « impératifs » :

  1. l'impératif empirique : décrire la réalité ;
  2. l'impératif explicatif : « chercher des causes et arriver à prévoir » ;
  3. l'impératif herméneutique : interpréter (« Il ne s’agit donc pas seulement d’expliquer le pourquoi des phénomènes mais aussi le « pour quoi » : qu’est-ce qui fait sens pour les acteurs ? ») ;
  4. l'impératif normatif : « s’interroger sur les valeurs ».

Courants et écoles de penséeModifier

StructuralismeModifier

Suite aux travaux de l'anthropologue Claude Lévi-Strauss, le structuralisme a eu une forte influence sur les sciences sociales dans les années 1950 et 1960.

MarxismeModifier

Article détaillé : Marxisme.

Théorie de l'acteur-réseauModifier

Développée dans les années 1980 par Bruno Latour, John Law ou encore Michel Callon, la théorie de l'acteur-réseau, à rebours de l'approche durkheimienne qui veut expliquer le social par le social, considère que le social est ce qu'il faut expliquer. La théorie de l'acteur-réseau étudie la formation du social, la manière dont les acteurs s'associent pour faire social. Cette approche a largement contribué à renouveler l'étude des sciences.

Thématiques et objetsModifier

Les sciences sociales étudient des objets.

ÉducationModifier

TravailModifier

Articles détaillés : Sociologie du travail et Économie du travail.

GenreModifier

Articles détaillés : Genre (sciences sociales) et Études de genre.

Suite aux travaux de Margaret Mead sur les adolescentes à Somoa (Adolescence à Samoa, 1928), la question du genre et notamment de la construction sociale du genre est devenu un thème important dans les sciences sociales au XXe siècle.

ArtModifier

CultureModifier

SciencesModifier

Article détaillé : science studies.

Délinquance et criminalitéModifier

Article détaillé : Criminologie.

InégalitésModifier

Article détaillé : Inégalité (sociologie).

Relations internationalesModifier

ReligionModifier

Article détaillé : Sociologie des religions.

ModeModifier

Article détaillé : Sociologie de la mode.

SantéModifier

Article détaillé : Sociologie de la santé.

Périodes de la vieModifier

Milieux sociauxModifier

CritiquesModifier

 
Richard Feynman lors d'une visite au Fermilab.

Certains, comme le physicien Richard Feynman[6],[7] , le linguiste Noam Chomsky[8],[9] et le philosophe Gary Gutting considèrent les sciences sociales comme des pseudo-sciences car même si elles semblent employer l'attirail des sciences naturelles comme la collection empirique de données, parfois des équations mathématiques et des expériences, elles restent incapables de produire des modèles pouvant faire des prédictions précises[10],[11]. Ils expliquent que ceux qui se prétendent scientifiques le font pour le pouvoir par le prestige qui est associé aux vrais scientifiques et pour intimider.

« En raison du succès de la science, il existe une sorte de pseudo-science. Les sciences sociales sont un exemple d'une science qui n'est pas une science. Ils suivent les formes. Vous recueillez des données, et ainsi de suite, mais ils n'ont pas de lois, ils n'ont rien trouvé. Ils n'ont encore rien trouvé. Peut-être le feront-ils un jour, mais ce n'est pas très bien développé.

Mais ce qui se passe, c'est qu'à un niveau encore plus banal, nous avons des experts sur tout ce qui sonne comme s'ils étaient en quelque sorte des experts scientifiques. Ce ne sont pas des scientifiques. Ils s'assoient à une machine à écrire et composent quelque chose comme " un aliment cultivé avec un engrais organique est meilleur pour vous que des aliments cultivés avec un engrais inorganique ". Peut-être vrai, peut-être que ce n'est pas vrai. Mais cela n'a pas été démontré d'une façon ou d'une autre. Mais ils vont s'asseoir sur la machine à écrire et inventer toutes ces choses comme si c'était de la science, puis devenir des experts en matière d'aliments, d'aliments biologiques et ainsi de suite. Il y a toutes sortes de mythes et de pseudo-sciences partout.

Maintenant, je me trompe peut-être. Peut-être qu'ils savent toutes ces choses. Mais je ne pense pas que j'ai tort. Vous voyez, j'ai l'avantage d'avoir découvert combien il est difficile de savoir vraiment quelque chose, combien il faut être prudent dans la vérification de ses expériences, combien il est facile de faire des erreurs et de se tromper soi-même. Je sais ce que c'est de savoir quelque chose.

Et donc, je vois comment ils obtiennent leurs informations. Et je ne peux pas croire qu'ils savent quand ils n'ont pas fait le travail nécessaire, ils n'ont pas fait les vérifications nécessaires, ils n'ont pas porté les soins nécessaires. J'ai une grande suspicion qu'ils ne savent pas et qu'ils intimident les gens. »

— Richard Feynman, The Pleasure of Finding Things Out: The Best Short Works of Richard Feynman

En parlant du point de vue des personnes qui emploient la pseudoscience :

« Vous avez ces types dans le département de physique et le département de mathématiques et ils ont toutes sortes de théories compliquées que nous ne pouvons bien sûr pas comprendre, mais ils semblent les comprendre et ils ont des principes et ils déduisent des choses compliquées des principes et ils font des expériences et vous savez qu'ils trouvent que leurs expériences fonctionnent ou ne fonctionnent pas et que c'est vraiment vous savez; impressionnant; donc je veux être comme ça aussi, alors je veux avoir une théorie en littérature et en sciences humaines, la critique littéraire, l'anthropologie et ainsi de suite, il y a un domaine appelé théorie, nous sommes comme les physiciens.. : ils parlent de façon incompréhensible, nous pouvons parler de façon incompréhensible, ils ont de grands mots, nous aurons de grands mots, ils tirent des conclusions d'une portée considérable, nous tirerons des conclusions d'une portée considérable, nous sommes tout aussi prestigieux qu'eux. Maintenant, s'ils [les véritables scientifiques] disent que nous ne faisons pas de la vraie science; c'est du sexisme masculin blanc, bourgeois, peu importe. Pourquoi serions-nous différents d'eux ?

Voilà [pourquoi les pseudo-sciences] c'est attrayant. »

— Noam Chomsky, 2008, The Chomsky Sessions: Noam Chomsky on the World

En raisons des nombreuses crises qui traversent les sciences sociales, telles que la crise de la reproductibilité[12], et la publication intentionnelle de faux articles mais qui sont acceptés par des publications[13],[14],[15], Adam Russel, program manager à la DARPA[16] lance un projet qui cherche à donner un nouvel élan à la nouvelle génération de science sociale. L'objectif et de rendre les travaux des chercheurs fiables, valides, prédictifs et en tout cas utiles pour prendre des décisions. Ce qui n'a pas été le cas jusque là[17],[18],[19],[20].

 
Adam Russel, program manager à la DARPA

En , Facebook provoque de vives réactions[21] quand une de ses équipes de chercheurs en sciences sociales publie une étude où ils testent la capacité de l'entreprise à manipuler les foules par contagion émotionnelle sur plus de 600 000 membres du réseau social[22].

RéférencesModifier

  1. a et b (en) Jayadeva Uyangoda, « Karl Marx & the social sciences », sur MR Online, (consulté le 22 août 2018)
  2. Levent, « Émile Durkheim - L'invention du social », Sciences humaines,‎ (lire en ligne)
  3. (en) Glenn W. Harrison et John A. List, « Field Experiments », Journal of Economic Literature, vol. 42, no 4,‎ , p. 1009-1055 (DOI 10.1257/0022051043004577)
  4. (en) Steven N. Durlauf et Lawrence E. Blume, « Natural experiments and quasi-natural experiments », dans The New Palgrave Dictionary of Economics, Palgrave Macmillan, , 2e éd. (DOI 10.1057/9780230226203.1162)
  5. Catherine André et Christian Chavagneux, « Alain Caillé : « Les sciences sociales ne permettent plus de penser le monde » », Alternatives économiques,‎ (ISSN 0247-3739, lire en ligne)
  6. (en) « Richard Feynman on Pseudoscience », (consulté le 27 juin 2018)
  7. The Pleasure of Finding Things Out: The Best Short Works of Richard Feynman
  8. (en) « Noam Chomsky on Social Science », (consulté le 27 juin 2018)
  9. 2008, The Chomsky Sessions: Noam Chomsky on the World
  10. Marc Jacquemain, « APPREHENDER LA REALITE SOCIALE », Syllabus de question approfondie de méthodologie,‎ , p. 4 (lire en ligne)
  11. (en) Gary Gutting, « How Reliable Are the Social Sciences? », Opinionator,‎ (lire en ligne)
  12. (en) « What a 'Reproducibility Crisis' Committee Found When It Looked at Climate Science », Pacific Standard,‎ (lire en ligne)
  13. (en) « Faux scholarly article sets off criticism of gender studies and open-access publishing », insidehighered,‎ (lire en ligne)
  14. (en-US) « A new academic hoax: a bogus paper on “the conceptual penis” gets published in a “high quality peer-reviewed” social science journal », Why Evolution Is True,‎ (lire en ligne)
  15. (en) Jamie Lindsay and Peter Boyle, « The conceptual penis as a social construct », Cogent social sciences,‎ (DOI 10.1080/23311886.2017.1330439.pdf, lire en ligne)
  16. (en-US) « Dr. Adam Russell », sur www.darpa.mil (consulté le 27 juin 2018)
  17. (en) « Episode 15: The DARPAnthropologist », Blubrry Podcasting - Podcast Hosting, Statistics, WordPress Hosting, Syndication Tools and Directory,‎ (lire en ligne)
  18. DARPAtv, « "Voices From DARPA" Podcast, Episode 15: The DARPAnthropologist », (consulté le 25 juin 2018)
  19. (en-US) « Darpa Wants to Build a BS Detector for Science », WIRED,‎ (lire en ligne)
  20. (en-US) « CHIPS Articles: Putting Social Science Modeling Through Its Paces », sur www.doncio.navy.mil (consulté le 27 juin 2018)
  21. Guillaume Champeau, « Facebook a testé sa capacité de manipulation mentale des foules - Sciences - Numerama », Numerama,‎ (lire en ligne)
  22. (en) Adam D. I. Kramer, Jamie E. Guillory et Jeffrey T. Hancock, « Experimental evidence of massive-scale emotional contagion through social networks », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 111, no 24,‎ , p. 8788–8790 (ISSN 0027-8424 et 1091-6490, PMID 24889601, DOI 10.1073/pnas.1320040111, lire en ligne)

BibliographieModifier

EncyclopédiesModifier

Textes sur les sciences socialesModifier

Textes importants dans l'histoire des sciences socialesModifier

Voir aussiModifier