Jacques Médecin

personnalité politique française

Jacques Médecin
Illustration.
Fonctions
Maire de Nice

(24 ans, 7 mois et 5 jours)
Prédécesseur Jean Médecin
Successeur Honoré Bailet
Député des Alpes-Maritimes

(21 ans, 1 mois et 11 jours)
Circonscription 2e des Alpes-Maritimes
Groupe politique PDM (1967-1972)
NI (1972-1973)
RDS (1973-1975)
RI (1975-1978)
UDF (1978-1981)
RPR (1981-1988)
Prédécesseur Diomède Catroux
Successeur Martine Daugreilh
Président du
conseil général des Alpes-Maritimes

(16 ans, 11 mois et 13 jours)
Prédécesseur Francis Palmero
Successeur Charles Ginésy
Secrétaire d'État au Tourisme

(2 ans, 2 mois et 19 jours)
Président Valéry Giscard d'Estaing
Premier ministre Jacques Chirac
Raymond Barre
Gouvernement Chirac I
Barre I
Barre II
Prédécesseur Gérard Ducray
Successeur Vacant
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Nice, Alpes-Maritimes (France)
Date de décès (à 70 ans)
Lieu de décès Punta del Este, Maldonado (Uruguay)
Nationalité Française
Parti politique CR
FNRI
PR
RPR
CNIP
Père Jean Médecin
Profession Journaliste

Jacques Médecin, né le à Nice (Alpes-Maritimes) et mort le à Punta del Este (Uruguay), est un homme politique français, maire de Nice de 1966 à 1990, président du conseil général des Alpes-Maritimes de 1973 à 1990, et secrétaire d'État au Tourisme de 1976 à 1978 dans les gouvernements Chirac I, Barre I et Barre II.

Situation personnelleModifier

Ascendance, études et carrière professionnelleModifier

Jacques François Xavier Paul Médecin[1] naît le 5 mai 1928 dans l'appartement familial, au 99 quai des États-Unis à Nice[2]. Il est le quatrième et dernier enfant de Jean Médecin et d'Amélie (ou Amélia) Meyer[3],[4]. Son père vient d'une famille établie depuis longtemps dans le pays niçois (au XVIe siècle à Villefranche-sur-Mer[5], commune voisine de Nice), et sa mère est d'origine niçoise et suisse-allemande[6]. Il est issu d'une famille d'hommes politiques niçois : son père fut maire de Nice pendant 37 ans (1928-1943 et 1947-1965), son grand-père, Alexandre Médecin, fut conseiller général de Nice[7] et adjoint au maire de Nice entre 1886 et 1890[8], et son arrière grand-père, Pierre Médecin, fut conseiller général de Menton de 1870 à 1884 et maire de Villefranche-sur-Mer[9]. Hormis la politique, la tradition familiale s'inscrit dans le domaine du droit : Jean Médecin fut avocat[10], Paul Médecin, l'oncle de Jacques, fut bâtonnier de l'ordre des avocats de Nice, Alexandre Médecin fut professeur de droit et également bâtonnier des avocats[9] de Nice[4],[5], Pierre Médecin fut docteur en droit, avocat et juge de paix du canton ouest de Nice[5]. À la naissance de Jacques Médecin, son père est alors adjoint au maire de Nice à l'Instruction publique[11] et sera quelques mois plus tard, en décembre, élu maire de la ville après une élection municipale partielle.

Après des études secondaires au lycée de garçons de Nice (actuel lycée Masséna) et le baccalauréat[2], Jacques Médecin s'inscrit à l'institut d'études juridiques en vue d'obtenir une capacité en droit[12]. Mais au bout d'un an d'études, il décide de s'installer au Danemark, où il restera une année, à la suite d'un voyage dans ce pays[12]. Il effectue ensuite son service militaire en tant qu'interprète au 2e bureau de l'armée de l'air en Allemagne puis à l'état-major à Paris[12]. Il reprend par la suite ses études de droit à Paris et obtient un baccalauréat en droit[12]. Mettant un terme à ses études, il travaille dans différents cabinets ministériels : en 1951 auprès d'Émile Hugues alors secrétaire d'État aux Finances et aux Affaires économiques, en 1952 auprès de Léon Martinaud-Déplat alors ministre de la Justice, et en 1953 auprès du secrétaire d'État à l'Agriculture[12].

Il devient par la suite journaliste[13]. Il exerce cette profession de 1954 à 1966 pour divers journaux français et étrangers[13] : d'abord au service de politique intérieure[14] de Paris-Presse puis de Nice-Matin durant cinq ans ; il devient également correspondant à Nice de Libération (journal édité de 1941 à 1964) et de L'Aurore[12]. En 1959, il quitte Nice-Matin et devient correspondant de United Press International et de Newsweek[12]. Il est également un temps journaliste chez Europe 1[15].

Vie privéeModifier

FamilleModifier

Il épouse en 1954 Claude Mailley, un mannequin de Givenchy, environ une semaine après l'avoir rencontrée alors qu'il est étudiant à Paris[16],[17]. Ils ont deux enfants ensemble : Martine en 1954 et Anne-Laure en 1968[16]. En 1977, alors qu'il est secrétaire d'État au Tourisme et qu'il doit s'entretenir à Los Angeles avec Max Factor Junior, à la tête du groupe de cosmétiques Max Factor, il fait la connaissance d'Ilene Joy Graham, une Californienne d'une trentaine d'années[18],[19]. Même si elle est une petite-cousine du milliardaire Max Factor Junior, elle est désargentée[16]. En janvier 1978, elle part le rejoindre à Paris puis s'installe à Nice en avril de la même année[18]. En juillet 1978, il engage une procédure de divorce avec son épouse Claude, qui aboutira en décembre 1979[18]. Entre temps, en août 1978, il se marie à Las Vegas avec Ilene Graham[18], avant de se marier à Nice en décembre 1979[20],[21]. Ils ont une fille en 1982 prénommée Shawn[16], mais divorceront[21]. Le journal Nice-Matin décrit Jacques Médecin comme un « séducteur en diable [qui] a accumulé les conquêtes[2] ».

Jacques Médecin rencontre par la suite Marisol Nicoletti, une journaliste uruguayenne venue au carnaval de Nice dans le cadre du jumelage planifié entre Nice et Punta del Este[22]. Il part la rejoindre dans cette ville en septembre 1990[22]. À son retour en Uruguay en 1996 après sa détention en France, elle l'a quitté[22]. Il rencontre par la suite dans une chapelle Berta Bittar Zaldivar van Humbeck[22], une Paraguayenne de 38 ans, chargée des relations économiques à l'ambassade du Paraguay à Montevideo[23], d'origine belge et syrio-libanaise[24]. Il se marie avec elle en mai 1996[23] ; il s'agit de sa dernière épouse[22]. Il formule après son mariage une demande d'acquisition de la nationalité uruguayenne[23].

PropriétésModifier

  Image externe
  Vue aérienne de Lou Soubran, en octobre 1991

Alors qu'il n'est encore que journaliste sans beaucoup d'argent, son père intervient en sa faveur auprès de son épouse Amélia dont la mère vient de donner deux immeubles à seulement deux de leurs quatre enfants[12]. Pour compenser, Amélia Médecin donne alors trente-cinq millions de francs de l'époque à son fils Jacques[12]. Ce don lui permet d'acquérir un terrain à côté du domaine familial, sur la colline de Gairaut dans le nord de Nice[12], où vivent ses parents et qui avait été acheté à la fin du XIXe siècle par Alexandre Médecin qui s'en servait comme résidence secondaire[25]. Il y fait construire une villa qui est inaugurée peu après son accession à l'hôtel de ville[25]. Au fil du temps, cette villa, appelée Lou Soubran (« le plus haut » en niçois), offrant une vue sur toute la ville, sera agrandie et modernisée[25]. Un stand de tir y est par exemple construit au sous-sol[25]. La villa, devenue luxueuse, dispose également entre autres d'un mini-golf, d'une salle de cinéma, d'une grande piscine, d'une centaine d'oliviers[25]. Elle comporte 29 pièces ; sa superficie est de 1 300 m2 et son terrain de 8 700 m2[26]. Une vingtaine de personnes y vivent en comptant les domestiques[25]. Pour l'historien Yvan Gastaut, Lou Soubran « symbolisait toute la puissance de l'homme politique au sommet de sa gloire, au sommet de sa ville[25] ». Au début des années 1980, Jacques Médecin s'installe avec sa deuxième épouse Ilene dans l'appartement de fonction du président du conseil général des Alpes-Maritimes, situé dans l'ancien palais des rois sardes dans le Vieux-Nice[25]. Ils font par ailleurs l'acquisition en janvier 1981 d'une villa à Beverly Hills au 9856 Whitwell Drive, au nom d'Ilene Médecin[27],[28].

Lou Soubran est saisie par l'État après la fuite de Jacques Médecin en Uruguay[29] afin de rembourser sa dette fiscale[30], et une vente aux enchères est organisée mais ne trouve pas preneur[29]. L'État la rachète en septembre 1992 sous l'impulsion du ministre du budget Michel Charasse, pour 12,7 millions de francs[29]. Mais les coûts d'entretien et le fait qu'aucune destination n'ait été trouvée pour cette propriété conduisent l'État à la céder[25] en juillet 1999[30] pour 3,7 millions de francs à la société immobilière niçoise IFR qui la divise en cinq appartements avant de les revendre[29].

Parcours politiqueModifier

1961-1965 : débuts en politiqueModifier

Jacques Médecin fait ses débuts en politique en 1961, en tant que conseiller général des Alpes-Maritimes, élu dans le canton de Nice-4. Ce canton, bourgeois[31], est celui qu'occupe son père depuis 1945. Celui-ci est président du conseil général des Alpes-Maritimes depuis 1951, mais, atteint d'un cancer, il décide de ne pas se représenter aux élections cantonales de 1961, laissant la main à son fils[32]. Les affiches électorales du candidat Jacques Médecin mentionnent alors « J. Médecin », laissant astucieusement planer le doute avec son père[33]. Tout comme son père dans les dernières années de son parcours politique[34], il est membre du Centre républicain, un petit parti politique centriste dirigé par André Morice[35].

Partisan de l'Algérie française comme son père, il appelle à voter non lors du référendum sur les accords d'Évian d'avril 1962 conduisant à l'indépendance de l'Algérie[31]. Il s'oppose à nouveau aux gaullistes lors du référendum sur l'élection au suffrage universel du président de la République en octobre de la même année ; engagé dans la campagne pour le non, il fait référence à Charles de Gaulle en parlant d'« un homme qui ne veut que devenir dictateur »[31].

Aux élections législatives de 1962, la maladie empêche à nouveau Jean Médecin de se porter candidat à sa réélection dans la 2e circonscription des Alpes-Maritimes[31], située principalement dans la partie centrale de Nice. Jacques Médecin le remplace, mais au terme d'une campagne très tendue entre médecinistes et gaullistes[31], il échoue face à l'ancien secrétaire d'État gaulliste de gauche[36] Diomède Catroux qui, sans attaches locales, profite de la poussée de l'UNR au niveau national[37]. Au premier tour, Jacques Médecin, qui se présente sous l'étiquette « Rassemblement républicain »[38] (le mouvement politique local médeciniste fondé par son père en 1947) obtient 9 691 voix (24,8 %) contre 16 061 voix (41,1 %) pour Diomède Catroux[39],[40]. Le candidat communiste, arrivé troisième, est également qualifié pour le second tour[36]. La profession de foi préparée par Jacques Médecin pour le second tour comporte un appel aux électeurs des candidats éliminés au premier tour, dont ceux de la socialiste Thérèse Roméo, à voter pour lui et pour une « République libérale, humaine, sociale »[38]. Bien que tenté par une alliance secrète avec le PCF (en échange notamment de la 1re circonscription des Alpes-Maritimes où le communiste Virgile Barel affronte au second tour le candidat gaulliste Pierre Pasquini), il décide finalement de se retirer du second tour, en particulier devant l'appel sévère de Michel Bavastro dans Nice-Matin dont l'opposition pourrait le gêner pour la suite de sa carrière politique[31]. Il s'agit de l'une des deux élections perdues par Jacques Médecin au cours de ses 29 ans de vie politique[N 1],[31].

1966 : accession à la tête de la mairie de NiceModifier

 
L'hôtel de ville de Nice en 2007.

En décembre 1965, Jean Médecin, maire de Nice, meurt d'un cancer généralisé[6]. Les conseillers municipaux venus pour veiller à tour de rôle sur la dépouille du maire installée dans son bureau à l'hôtel de ville, sont invités par Honoré Bailet, un ami de Jacques Médecin et conseiller municipal de la ville (et futur maire de Nice, de 1990 à 1993), à signer un appel de soutien à Jacques Médecin pour la prochaine élection municipale partielle destinée à pourvoir le siège de conseiller municipal vacant[6]. Sur les 37 conseillers municipaux, 17 signent[6]. D'autres voient en Jacques Médecin un futur rival pour le poste de maire, alors qu'ils s'estiment en mesure d'accéder à cette fonction : le colonel Bouvier, premier adjoint de Jean Médecin et qui a la préférence du préfet des Alpes-Maritimes Pierre-Jean Moatti[41], le deuxième adjoint Raoul Bosio, le troisième adjoint Gérald Cassin[42], ou encore Louis Bargellini, autre adjoint au maire et cousin de la famille Médecin[6]. L'élection municipale partielle de janvier et février 1966 oppose principalement Jacques Médecin au candidat communiste Virgile Barel, et à Maurice Donat[42], candidat qui reçoit le soutien de Nice-Matin[6]. Fort du soutien de la majorité municipale, y compris finalement de la « vieille garde » de Jean Médecin[6], Jacques Médecin frôle l'élection dès le premier tour (à 343 voix près) avec un score de 49,62 %[42]. Au second tour, il recueille 54 509 voix (63,93 %) contre 30 754 voix (36,07 %) pour Virgile Barel[42]. Il fait pour la première fois son entrée au conseil municipal.

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  Jacques Médecin lors du conseil municipal qui l'élit maire de Nice en février 1966

Eugène Tonietti en particulier, fidèle bras droit de Jean Médecin, l'aide à obtenir le soutien d'une majorité des conseillers municipaux[43],[44]. La désignation du nouveau maire de Nice se déroule d'abord lors d'un scrutin organisé à huis clos[45]. Jacques Médecin se voit opposer la candidature du colonel Bouvier : il en ressort vainqueur avec 24 voix contre 13. Le lendemain, le 11 février 1966, Jacques Médecin est élu maire de Nice par 36 voix et un bulletin blanc sur 37[45]. Il a alors 37 ans.

1967-1971 : député centriste antigaullisteModifier

Aux élections législatives de 1967, dans la 2e circonscription des Alpes-Maritimes, il affronte à nouveau le gaulliste Diomède Catroux qui l'avait battu en 1962[46]. Un contexte national plus compliqué pour les gaullistes, sa prise de contrôle réussie des réseaux de son père et ses positions anti-gaullistes et en faveur de l'Algérie française lui permettent cette fois-ci de remporter le scrutin et de devenir député[47]. Depuis 1962, plus de dix mille pieds-noirs se sont installés à Nice[47]. Jacques Médecin se présente sans étiquette mais est soutenu par le Centre démocrate[47], le parti de Jean Lecanuet, et définit son programme comme « démocrate, social, européen et libéral »[48]. Au premier tour, il recueille 23 264 voix (43,9 %) contre 16 389 voix (31,3 %) pour Diomède Catroux et 9 820 voix (18,5 %) pour le candidat communiste Francis Lombardi, tous trois qualifiés pour le second tour[40]. Celui-ci donne lieu à la victoire de Jacques Médecin avec 26 393 voix (49,5 %) contre 16 676 voix (31,3 %) pour Catroux et 10 246 voix (19,2 %) pour Lombardi[40]. Le soir de son élection, Jacques Médecin se rend dans les locaux du journal communiste local Le Patriote[47]. Ce dernier rapporte qu'il est venu saluer les deux candidats vainqueurs dans les autres circonscriptions de la ville, Paul Cléricy (FGDS) et le communiste Virgile Barel (une photographie le montre à leurs côtés[47]), et qu'il a fait une déclaration publique se félicitant de la victoire de ces deux candidats et de la gauche[49]. En 1991, dans son ouvrage Et moi je vous dis… ma vérité, Jacques Médecin démentira avoir adressé ces félicitations et indiquera qu'il s'est rendu au Patriote pour vérifier les résultats de l'élection annoncés par Nice-Matin[49]. À l'Assemblée nationale, il s'inscrit dans le groupe centriste Progrès et démocratie moderne (PDM) présidé par Jacques Duhamel[13],[50].

Quelques mois plus tard, lors des élections cantonales de 1967, il est réélu facilement dans le canton de Nice-4[47].

Lors des événements de mai 68, il soutient les grévistes et vote le 22 mai, comme la grande majorité des membres du groupe PDM[51], la motion de censure déposée contre le gouvernement Georges Pompidou (4) (qui échoue avec 233 voix au lieu des 244 nécessaires[51]), avant de demander le 23 mai aux employés municipaux niçois de reprendre le travail[52]. En juin, lors des élections législatives de 1968 qui font suite à la dissolution de l'Assemblée nationale par Charles de Gaulle, il affronte, toujours dans la 2e circonscription des Alpes-Maritimes, le haut-fonctionnaire gaulliste Jean Cérez[53] (UDR). Celui-ci le qualifie d'« allié des communistes » et l'accuse d'avoir fait élire aux législatives de 1967, par un jeu de retrait et de maintien des candidats de son camp, le communiste Virgile Barel et Paul Cléricy (FGDS)[54]. Jean Cérez bénéficie du soutien de la préfecture et semble avoir les faveurs de Nice-Matin[55] qui met peu en lumière Jacques Médecin dans ses colonnes[56]. La forte poussée gaulliste au niveau national, en réaction à la crise de mai 1968, conduit à un resserrement des scores entre Jacques Médecin (19 554 voix soit 38,2 %) et le candidat gaulliste (17 775 voix soit 34,7 %) par rapport au scrutin de 1967[40]. Le score du candidat PCF est stable[40]. Au second tour, le député et maire de Nice dépasse Jean Cérez de seulement 1 490 voix, avec un score de 42,1 % (21 759 voix) contre 39,2 % (20 269 voix)[40]. Jacques Médecin survit à la vague gaulliste, de même que Virgile Barel (PCF) dans la 1re circonscription des Alpes-Maritimes (élu avec 253 voix d'écart avec le candidat gaulliste[40]), ce qui ne manque pas de susciter à nouveau de la part des gaullistes des accusations d'entente entre médecinistes et communistes[57]. D'après l'universitaire Robert Charvin, il s'est produit « contre le gaullisme (…) des reports de voix suscités ou spontanés » envers Jacques Médecin et Virgile Barel lors de ces élections législatives[58]. À nouveau, il siège dans le groupe parlementaire Progrès et démocratie moderne[50].

En 1969, il participe activement à la campagne en faveur du non au référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation proposée par le président de la République Charles de Gaulle[36],[59]. Il parcourt à cette occasion le pays, visitant une vingtaine de villes, en compagnie de Jacques Duhamel[36]. Début avril, il appelle avec ce référendum à « hâter l'échéance à partir de laquelle M. Pompidou serait le dauphin du général de Gaulle[60] ». Néanmoins, il précisera quelques jours plus tard que son « "non" au général n'entraîne pas un "oui" à Pompidou[61] ». Par ailleurs, dans le mensuel Réalités niçoises, il déclare que voter oui « renforcer[ait] la prépondérance de Marseille sur Nice[36] ». Satisfaction pour lui : le non l'emporte avec 52,4 % au niveau national et 62,5 % à Nice[36], et le général de Gaulle démissionne. Lors de l'élection présidentielle de 1969, il soutient le centriste Alain Poher (CD) face au gaulliste Georges Pompidou[13]. Ses équipes collent sur les murs de la ville une affiche où est inscrit « Pourquoi chasser le maître et prendre le valet ? »[62]. Pour autant, il vote la confiance au gouvernement Jacques Chaban-Delmas nommé par Pompidou, vainqueur de l'élection présidentielle[63].

En février 1970, il fait partie des parlementaires centristes qui se regroupent au sein de l'Union parlementaire du centre, un intergroupe destiné à rassembler les parlementaires de cette tendance politique au-delà des différentes étiquettes[64]. En tant que l'un des trois vice-présidents du Centre républicain avec Michel Durafour et André Rossi[65],[66], il participe à la création en novembre 1971 du Mouvement réformateur, une coalition des partis du centre dont le Centre démocrate, le Parti radical et le Centre républicain, dirigée par Jean Lecanuet et Jean-Jacques Servan-Schreiber[67]. En octobre 1972, il quitte le groupe parlementaire Progrès et démocratie moderne, avec trois autres députés de ce groupe dont Michel Durafour, et devient député non-inscrit[65],[13].

1971 : alliance municipale avec la gaucheModifier

En vue de l'élection municipale de 1971 qui fait suite à son premier mandat de maire, fort de sa bonne entente avec Jacques Chaban-Delmas, il cherche dans un premier temps à constituer une liste d'union avec les gaullistes, mais cette tentative finit par échouer en novembre 1970 : le Président de la République Georges Pompidou tient à la constitution d'une liste UDR-FNRI distincte de la liste médeciniste[68]. Jacques Médecin se tourne alors vers la gauche et négocie un accord début 1971 avec les cadres socialistes locaux approuvé par la direction nationale du Parti socialiste[68]. D'après Bragard et al., dans leur ouvrage J.M. Le feuilleton niçois, la liste Médecin qui se présente à cette élection compte « vingt divers gauche, neuf modérés, cinq centristes, deux gaullistes et un indépendant »[68]. Parmi les représentants de la gauche, on trouve Thérèse Roméo (ex-SFIO[69]) et les membres du PS Henri Carbuccia (secrétaire de la fédération départementale) et Roger Prioris (secrétaire de la section niçoise)[68]. À l'inverse, il écarte Jacques Peyrat (futur maire de Nice, de 1995 à 2008), conseiller municipal de son père, qui s'en va rejoindre la liste FNRI-UDR de Fernand Icart[70]. L'élection est un véritable succès pour Jacques Médecin : sa liste est élue dès le premier tour avec 56 491 voix (50,1 %) face à la liste du communiste Virgile Pasquetti (31 383 voix soit 27,9 %)[71] et à celle de Fernand Icart. Outre cette nouvelle légitimité acquise, il continue à ne pas avoir d'opposition au sein du conseil municipal.

1973 : accession à la présidence du conseil généralModifier

En septembre, lors des élections cantonales de 1973, alors que le découpage des cantons est revu, il décide de se présenter dans le canton de Nice-5, un canton situé au nord du canton de Nice-4 dans lequel il était élu jusqu'alors[72]. C'est un nouveau succès pour lui puisqu'il est largement élu dès le premier tour avec 62,4 % des suffrages[73]. Il n'a toutefois face à lui qu'un candidat PCF et une candidate soutenue par le Parti socialiste[73], tous deux peu implantés[74]. Le 3 octobre 1973[72], il est élu président du conseil général des Alpes-Maritimes. Plus tard, en 1978, il déclarera au journal Le Monde que sa désignation à ce poste l'a été « à son corps défendant, à la demande pressante du préfet de l'époque, de ses secrétaires généraux, de M. Michel Bavastro, P.-D.G de Nice-Matin (…) et d'un certain nombre de personnalités politiques »[75].

1972-1975 : début du glissement vers la droiteModifier

En avril 1972, il accuse les quatre Maisons des jeunes et de la culture (MJC) de Nice (créées entre 1965 et 1971[76]) d'être politisées[77]. Il s'agit de la première attaque importante en France contre ces structures associatives[77]. Dans Nice-Matin, il déclare que les MJC sont « des foyers de révolution qu'[il s'en va] supprimer » et que « les jeunes trouveront beaucoup plus de bonheur à s’exprimer sur un stade que dans des conciliabules plus ou moins putrides »[77]. Par la suite, il désigne les MJC sous le terme de « Maisons des Jaunes » après avoir évoqué un portrait de Mao Zedong qui aurait été trouvé à la MJC de Nice Bon-Voyage[77]. Il leur reproche également les « "spectacles répugnants" offerts à la vue [des] enfants » ainsi que, selon lui, leur militantisme contre la municipalité[77]. Pour faire concurrence aux quatre MJC, il crée en 1975[78] (ou 1974[79]) une structure rivale, les CACEL (Centre d’animation de culture et de loisirs[N 2]), dirigés par ses proches[80], qui seront au nombre de cinq[81] et mieux aidés financièrement que les MJC[77].

Aux élections législatives de mars 1973, dans la 2e circonscription des Alpes-Maritimes, la majorité présidentielle lui oppose le républicain indépendant Jean-Claude Dischamps[82], président de l'université de Nice depuis 1971 et professeur de sciences économiques dans cette même université depuis 1963[83]. Celui-ci, soutenu par Michel Bavastro[84], dirigeant de Nice-Matin, et une partie des milieux patronaux, l'attaque sur ses changements fréquents de positions politiques, et dénonce un « "système" détestable fait d'allégeance personnelle et de favoritisme » et une « féodalité anachronique aux mœurs florentines »[82]. Mais au premier tour, Jacques Médecin recueille 20 378 voix (34,9 %) et arrive en tête avec 4 429 voix d'avance sur Jean-Claude Dischamps (15 949 voix soit 27,3 %)[40]. Devant le score cumulé des trois candidats de gauche et d'extrême gauche (34,0%), face à ce qu'il nomme le « danger du totalitarisme marxiste »[85], il obtient du Premier ministre Pierre Messmer le retrait de Jean-Claude Dischamps, en échange du retrait du candidat médeciniste Henri Roubault dans la 3e circonscription des Alpes-Maritimes (ce que ce dernier n'acceptera pas)[82],[86]. Dans celle-ci, l'appel de Jacques Médecin à voter en faveur du député sortant Fernand Icart[86] contribue à faire perdre à Henri Roubault au second tour la moitié du nombre de voix qu'il avait recueilli au premier[40]. Jacques Médecin est quant à lui facilement réélu avec 62,1 % des suffrages contre 37,7% pour Louis Broch, le candidat communiste d'Union de la gauche[40],[85]. Avec 33 406 voix, il gagne plus de 13 000 voix par rapport au premier tour[40]. À l'Assemblée nationale, il s'inscrit dans le nouveau groupe Réformateurs démocrates sociaux[50] (RDS) qui rassemble les députés du Mouvement réformateur et qui est présidé par Michel Durafour.

En 1973, les militants du Parti socialiste se déchirent entre ceux qui ont participé à l'alliance avec Jacques Médecin en 1971, souvent d'anciens cadres de la SFIO, et ceux qui exigent l'exclusion de ces derniers du parti[87]. En juin, le congrès de Grenoble permet aux deuxièmes de s'imposer[87]. Par conséquent, après plusieurs mois de refus, la direction nationale du PS finit par accéder à leur demande et procède à l'exclusion des socialistes médecinistes[87]. Des prises de position récentes de Jacques Médecin sur l'immigration ou encore la dictature chilienne rendaient la position initiale du PS difficile à tenir ; mais également le fait que le parti ait signé le Programme commun en juillet 1972 avec le PCF[87], et plus pragmatiquement les perspectives de victoire électorale du PS à Nice qui s'amenuisaient du fait du basculement à droite de la ville[88].

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  Jacques Médecin et Valéry Giscard d'Estaing jouant à la pétanque à Lou Soubran, par l'AFP, avril 1974

Jacques Médecin soutient Valéry Giscard d'Estaing (FNRI) à l'élection présidentielle de mai 1974[89]. Il reçoit de la part de ce dernier la promesse de la création d'une région Côte d'Azur distincte de la région marseillaise, et celle de sa nomination dans le futur gouvernement[80], au Tourisme[89]. Durant la campagne, en avril, il reçoit le candidat présidentiel dans sa villa Lou Soubran où ils se font photographier et filmer en train de jouer à la pétanque[80],[90],[89]. Alors que l'année précédente, médecinistes et républicains indépendants s'affrontaient, Jacques Médecin met ses équipes militantes à la disposition de Giscard[91] et prononce un discours lors du meeting de celui-ci au Palais des expositions de Nice[80],[89]. Dans l'entre-deux-tours, il publie dans Minute (alors classé à droite) une tribune intitulée « Pas avec les complices du FLN » et destinée à convaincre les lecteurs de se résoudre à voter pour Giscard pour éviter la gauche ce qui était la position officielle de l'hebdomadaire[92]. Après son élection à la Présidence de la République, Valéry Giscard d'Estaing reçoit une lettre de Jean-Claude Dischamps dans laquelle il le met en garde : « Attention, Médecin aurait trempé dans des affaires louches »[89]. Jacques Médecin n'est pas retenu dans le gouvernement Chirac I. Pour autant, en septembre 1975, il quitte le groupe parlementaire centriste des Réformateurs pour s'apparenter à celui des Républicains indépendants[93]. Le ministre de l'Intérieur Michel Poniatowski lui promet une prochaine entrée au gouvernement, au Tourisme[93].

En mai 1974, Jacques Médecin, qui est depuis sa première élection à l'Assemblée nationale vice-président du groupe parlementaire d'amitié France-Afrique du Sud[94], décide de jumeler Nice avec Le Cap, capitale législative de l'Afrique du Sud alors sous le régime de l'apartheid[95]. Cette décision le place au centre d'une polémique dans le monde politique[95]. Le jumelage a lieu le 6 juillet à la villa Masséna en présence du maire du Cap David Bloomberg[96]. À cette occasion, Jacques Médecin déclare qu'il n'y a pas en Afrique du Sud de « ségrégation correspondant à un esclavage, mais un développement parallèle de deux populations »[96]. Il explique que « pour comprendre l'esprit libéral qui anime le peuple sud-africain, il faut aller sur place »[96]. Néanmoins il assure que les choix de relations internationales d'une municipalité n'expriment pas l'approbation d'un régime politique, en évoquant le fait que Nice soit également jumelée avec Yalta en URSS[96].

1976 : entrée au gouvernementModifier

Lors du remaniement du gouvernement Chirac I du 12 janvier 1976, il est nommé secrétaire d'État au Tourisme, auprès du ministre de la Qualité de la vie, André Fosset (CD), qui fait également son entrée au gouvernement[97]. Il y remplace le républicain indépendant Gérard Ducray. Il est reconduit dans cette fonction en août 1976 dans le gouvernement Barre I qui fait suite à la démission de Jacques Chirac de son poste de Premier ministre. Il est cette fois-ci rattaché au ministre gaulliste Vincent Ansquer. Lors des discussions sur la loi de finances de 1977, il énonce que ses priorités consistent à inciter les Français à partir en vacances, notamment par le financement des équipements pour le tourisme social, le développement du camping et de la petite hôtellerie, à promouvoir la France comme destination touristique auprès des Français comme des étrangers, avec un accent mis le marché américain, ou encore à favoriser l'étalement des vacances dans le temps et dans l'espace, et à développer le tourisme dans les zones rurales[98]. En décembre 1976, il est à l'origine de la création de l'Association française d'action touristique (AFAT), un organisme destiné à faire la promotion des destinations touristiques françaises et composé de représentants de l'État et des comités régionaux de tourisme, de représentants des organismes socio-professionnels du tourisme, et de sociétés privées[99].

1976-1979 : mise en difficultéModifier

DissidencesModifier

Si l'année 1976 est bénéfique pour lui avec sa nomination au gouvernement et sa première réélection à la présidence du conseil général des Alpes-Maritimes, il subit néanmoins plusieurs dissidences dans son camp. En février 1976, Robert Calviéra, secrétaire général de la mairie depuis 1967, prend sa retraite, jugeant périlleuse la gestion financière de la municipalité[100]. Lors des élections cantonales de mars 1976, le premier adjoint au maire Eugène Tonietti se présente dans le canton de Nice-1 contre Raoul Bosio, le candidat officiel médeciniste, troisième adjoint au maire et conseiller général sortant[100],[101]. En janvier 1975, Eugène Tonietti avait commencé à critiquer ouvertement le maire de Nice en lui reprochant une utilisation du budget municipal pour son confort personnel[101]. Nettement battu, il est écarté quelques jours plus tard de sa délégation de premier adjoint au profit de Raoul Bosio[101],[100]. En décembre 1976, Jacques Bounin, conseiller municipal délégué aux affaires culturelles[102] et ancien député, donne sa démission, affirmant être en désaccord avec la gestion de la municipalité depuis 1974[103]. Depuis plusieurs mois, il s'opposait au maire, intervenant en séance du conseil municipal pour contester de « mauvaises méthodes de travail » ainsi que le jumelage de la ville avec Le Cap[102].

Accusations connexes aux affaires secouant NiceModifier

Au cours des années 1976-1978, il est associé à diverses affaires judiciaires sans qu'il ne soit personnellement mis en cause. La presse s'en fait fortement l'écho, et parle alors très régulièrement de lui[104],[105].

Accusations de liens avec SpaggiariModifier

Après le casse de la Société générale à Nice (qui a lieu en juillet 1976), il s'exclame devant les caméras de Philippe Bouvard : « Chapeau ! »[106]. Après l'arrestation en octobre 1976 d'Albert Spaggiari, soupçonné d'être le cerveau du casse, la presse rapporte que ce dernier, outre le fait qu'il exerce son métier de photographe lors des mariages à la mairie de Nice, dispose d'un réseau de relations dans les services municipaux niçois ; les enquêteurs et la presse s'interrogent sur la possibilité qu'il se soit procuré par ce biais les plans des égouts de la ville, nécessaires au casse[106]. D'autre part, en octobre, peu avant son arrestation, Albert Spaggiari participe à un voyage d'affaires au Japon organisé par la mairie de Nice pour l'inauguration d'une exposition sur les trésors des musées de la Côte d'Azur[106],[107]. Jacques Médecin fait partie du voyage et sera obligé de se justifier : « Naturellement, je connais Spaggiari, comme je connais des milliers de Niçois. Je l'ai vu à la mairie (…) exerçant son métier de photographe. (…) Je ne l'ai pas vu dans l'avion qui a transporté le groupe des Niçois à Tokyo. »[107]. Il dénonce alors un « amalgame fabriqué » par les journalistes, relevant d'une « offensive électorale »[107]. Plus tard, il expliquera : « À coups de sous-entendus et en pratiquant toujours le système de l'amalgame, le grand orchestre rouge de la presse gauchiste s'employa à juxtaposer mon nom et celui de Spaggiari sans jamais toutefois oser parler d'amitié ou de complicité »[105].

Spaggiari est membre des Républicains indépendants[108]. Cette adhésion a pu s'être faite par amitié pour Jean Toesca, un proche du maire de Nice, dans le cadre d'une opération de Jacques Médecin visant à neutraliser son adversaire républicain indépendant Fernand Icart, en prenant le contrôle de la section niçoise du parti via l'adhésion de plusieurs centaines de ses partisans[109]. D'après Bernard Bragard et al. dans leur ouvrage J.M. Le feuilleton niçois, Fernand Icart, à qui la police a appris que 41 de ses militants du troisième secteur de Nice (tous parrainés par le conseiller municipal médeciniste Jacques Bixio) étaient « fichés pour proxénétisme, vol, attaque à main armée… » a déclaré que « Jacques Médecin a voulu noyauter son opposition »[110].

Albert Spaggiari gravitant dans les milieux de l'extrême droite, cette affaire amène également la presse à faire état des liens supposés de Jacques Médecin avec cette famille politique, notamment en affirmant que son entourage professionnel proche compte des personnalités qui en proviennent, faisant référence en particulier à des anciens étudiants de la faculté de droit de Nice[106],[108] qui étaient à la tête de l'Association générale des étudiants de Nice (Agen), comme Michel Falicon[111] et Hélène Matteï[112],[79] (association dont Le Monde dira qu'elle est « connue, après 1968, pour la dureté de ses barres de fer[19] »). Jacques Médecin réfute alors le lien qui est fait entre ses proches collaborateurs et l'extrême droite : « Dire qu'Untel est militant d'extrême droite parce qu'il a présidé une association d'étudiants qui s'est valablement opposée à la mainmise communiste sur la faculté de droit de Nice en 1968, ou proclamer que tel autre est fasciste parce qu'il n'accepte pas les menées révolutionnaires d'excités irresponsables me parait un peu fort »[107].

Pour le journaliste Raoul Mille, proche de Jacques Médecin, la proximité supposée entre ce dernier et Albert Spaggiari a été construite par des journalistes locaux[113]. Dans son ouvrage Une dynastie foudroyée, il affirme : « ayant connu personnellement Bert, je peux assurer qu'il ne fréquentait guère Médecin, pas plus qu'il ne l'appréciait comme homme politique ». Il soutient que le « pedigree » de Spaggiari a été utilisé pour « "mouiller" » Médecin, « en cumulant les prétendues sympathies du maire pour l'extrême droite et ses supposées complaisances pour les gangsters. En réalité rien, absolument rien »[113]. Les répercussions médiatiques de cette affaire auront des conséquences dans le parcours politique de Jacques Médecin : les autres membres du gouvernement et les dirigeants des Républicains indépendants se détournent alors de lui ; il raconte qu'en revanche Jacques Chirac lui écrit une lettre pour lui assurer que, s'il avait été Premier ministre, il l'aurait longuement reçu et aurait effectué ensuite une déclaration publique de soutien[113]. Cette démarche pourrait avoir conduit plus tard Jacques Médecin à rejoindre le RPR[113].

Amitié avec Jean-Dominique FratoniModifier
 
Le casino Ruhl à la tête duquel se trouvait Jean-Dominique Fratoni, ami de Jacques Médecin et acteur de la guerre des casinos.

À cette époque a lieu également la « guerre des casinos » dans laquelle Jean-Dominique Fratoni, un ami de longue date de Jacques Médecin[114], est l'un des principaux protagonistes[115]. En 1968, Fratoni a acquis le casino-club[116], un petit casino niçois aux mises modestes[117]. La municipalité lui accorde un prélèvement favorable : 4 % sur les recettes au lieu des 15 % habituels[117]. La fermeture du casino municipal de Nice en 1969 amène à la création d'un nouveau casino, plus moderne et clinquant, inauguré en février 1975, qui récupère la licence des jeux du casino municipal : le casino Ruhl, construit à l'emplacement de l'ancien hôtel Ruhl qui été démoli, et dont Jean-Dominique Fratoni prend la tête[117]. En décembre 1975, Jacques Médecin se réjouit : « Jean-Dominique Fratoni a tenu son premier pari. Celui-ci consistait à faire en sorte que Nice redevienne la capitale du jeu. Voici chose faite puisque le casino Rhul est devenu le rendez-vous des gros joueurs du monde entier »[116]. En deux ans (ou un an[118] selon les sources), le Ruhl devient le deuxième plus important casino français[117]. Les deux hommes rêvent d'un Las Vegas méditerranéen à Nice[115].

Jean-Dominique Fratoni cherche également à prendre le contrôle du rival du Ruhl, le casino du Palais de la Méditerranée[115]. Un soir de juillet 1975, une partie de trente et quarante, à laquelle prennent part des truands notoires, provoque une perte de 5 millions de francs pour le Palais de la Méditerranée qui n'est pas en mesure de payer[116]. Fratoni propose à Renée Le Roux, nouvelle PDG du Palais de la Méditerranée, de racheter le casino, ce qu'elle refuse[116]. En juin 1977, par l'intermédiaire de l'avocat Maurice Agnelet, Fratoni achète le vote d'Agnès Le Roux, la fille de Renée Le Roux, pour 3 millions de francs, ce qui permet de mettre en minorité cette dernière au cours de l'assemblée générale du casino, et ce qui conduit Fratoni à mettre la main sur celui-ci[116]. En octobre 1977, Agnès Le Roux disparaît mystérieusement[116]. Jacques Médecin déclare dès juillet 1977 que le Palais de la Méditerranée « pourrait bien laisser la place à des salles de congrès et à un complexe hôtelier »[119]. En septembre, alors qu'il avait affirmé que le Palais n'était pas rentable et que la municipalité serait intéressée par le racheter pour en faire un palais des festivals, Renée Le Roux dénonce la « convergence évidente entre le plan mis en œuvre par Jean-Dominique Fratoni [pour prendre le contrôle du Palais] et l'intérêt que M. Médecin porte à ce dernier »[120]. Le casino du Palais de la Méditerranée dépose le bilan en avril 1978 du fait de la politique anti-commerciale mise en place par ses nouveaux dirigeants[116]. Plus tard, les liens de Jean-Dominique Fratoni, qui a pris la fuite, avec une filière de blanchiment d'argent italienne seront exposés[115]. Il sera condamné par contumace trois fois par la justice en 1983[115]. Alors qu'il est en fuite, sous le coup d'un mandat d'arrêt, la revue médeciniste L'Action-Nice-Côte d'Azur lui donne longuement la parole en septembre 1980 ; il y explique que des problèmes de santé l'empêchent de revenir à Nice à court terme[121].

Urbain Giaume et méprises du Canard enchaînéModifier

En juillet 1977, l'hebdomadaire Le Canard enchaîné publie une photographie prise en 1974 de Jacques Médecin et de Valéry Giscard d'Estaing jouant à la pétanque dans sa villa Lou Soubran[104]. À l'arrière-plan, un homme est identifié par le journal comme étant Urbain Giaume[104], une figure du grand banditisme niçois, connu en premier lieu pour des trafics de drogue[122]. L'information est reprise par L'Humanité et Rouge[104]. L'homme s'avère en fait être un poissonnier niçois[105]. Jacques Médecin poursuit les trois journaux en diffamation[104], réclamant 18 millions de francs de dommages et intérêts[123]. Il dénonce des attaques à caractère politique qu'il qualifie de « campagne hargneuse de dénigrement dont il fait l'objet de la part de la presse d'extrême gauche et de l'ultra-gauche qui par l'intimidation essaie de culpabiliser et réduire au silence tous ceux qui, comme moi, ne cessent de dénoncer les dangers de l'alliance socialo-communiste »[105]. En avril 1978, Le Canard enchaîné est condamné pour diffamation, et les deux autres journaux pour avoir repris la fausse information[123]. Outre une amende de 2 000 francs, ils doivent verser 1 franc symbolique à Jacques Médecin[123].

Cependant, Jacques Médecin ayant déclaré qu'il ne connaissait Urbain Giaume « ni d'Éve ni d'Adam », Le Canard enchaîné révèle des documents de police qui montreraient qu'il a rencontré Urbain Giaume en 1970 à propos d'une opération immobilière concernant le Ruhl[104],[105]. En 1981, il reconnaîtra l'avoir reçu à deux reprises en 1975 dans son bureau de la mairie, notamment à propos de la mesure de fermeture administrative qui avait été prise contre son établissement, le Mayfair, situé place Masséna[124]. Il admettra être intervenu auprès du préfet des Alpes-Maritimes pour l'aider à « écourter » cette mesure et justifiera cette intervention par les « intérêts touristiques de la ville »[124]. Il affirmera qu'il ne savait alors pas à l'époque qu'Urbain Giaume était poursuivi pour trafic de drogue, et réfutera la rumeur selon laquelle Urbain Giaume aurait milité pour son père et lui, en affirmant qu'au contraire il fut un « adversaire résolu en tant que membre du mouvement gaulliste et responsable du SAC dans les Alpes-Maritimes ; en 1974, encore, il dirigeait la permanence électorale de M. Jacques Chaban-Delmas, à Nice »[124].

En août 1977, Le Canard enchaîné affirme qu'une société de promotion immobilière en contrat avec la municipalité niçoise a mis à disposition de Jacques Médecin un avion de tourisme[104]. En fait cet avion appartenait à l'avionneur Aviasud[104]. Poursuivi également pour diffamation, le journal plaidera l'erreur commise de bonne foi[104].

Victoire de justesse aux municipales de 1977Modifier

C'est dans ce contexte marqué par les affaires que les élections municipales de mars 1977 ont lieu. Pour ce scrutin, la ville de Nice est découpée en trois secteurs. Jacques Médecin prend la tête d'une liste dans le deuxième secteur[125] mais les trois listes médecinistes portent le nom de M.E.D.E.C.I.N pour Mouvement pour l'expansion, le développement économique de la cité et les intérêts de Nice[126]. Contrairement aux élections municipales précédentes, il réussit à rassembler la droite : médecinistes, FNRI et RPR, ainsi que deux socialistes qui l'avaient rejoint en 1971 (Thérèse Roméo et Roger Prioris)[127]. Ses adversaires principaux sont les listes d'Union de la gauche dominées par le PCF[127] dont le chef de file est Charles Caressa.

La gauche lui reproche des subventions qu'il distribuerait de manière trop importante à certaines associations[127]. Il riposte en parlant des marchés publics qui seraient truqués dans les municipalités communistes[127]. Deux autres sujets font polémiques : tout d'abord celui du terrain de l'ancien hospice de la Charité, en bordure de l' avenue Jean-Médecin, qui a été vendu par la ville à la société Nice-Étoile, propriété d'un promoteur immobilier anglais, pour qu'elle y édifie un centre commercial mais dont les travaux n'avancent pas plusieurs années après l'octroi du permis de construire[127]. Et celle d'une grande opération de promotion immobilière sur le mont Vinaigrier confiée au beau-frère de Jacques Médecin, l'architecte Jean-Claude Aragon[127]. À l'occasion de cette campagne, Jacques Médecin publie un livre intitulé Onze ans de vie commune[127]. Dans celui-ci, il attaque violemment la gauche : « [Les Français] découvriront les méfaits du Programme commun de gouvernement de la gauche, comme ils ont découvert les horreurs de Mein Kampf, dix ans après que tout leur ait été expliqué noir sur blanc »[127]. Par ailleurs, il se fait remarquer par ses affiches. Sur l'une on peut lire : « Une bonne tête, un visage ouvert et le regard franc, il a tout cela. Regardez les autres… Sinistres »[128]. Sur une autre, on voit la chanteuse Mireille Mathieu déclarer : « Si j'étais Niçoise, je voterais Médecin », ce à quoi un autocollant apposé par des opposants répond : « Dimanche, je vais pouvoir voter Médecin », signé Spaggiari[128] (ce dernier s'était évadé du bureau du juge d'instruction trois jours avant le premier tour).

Au premier tour, ses listes arrivent en tête dans les trois secteurs avec environ 45 % des voix, mais elles sont toutes talonnées par les listes d'Union de la gauche (entre 40 et 41 %)[129],[130]. Ce faible écart entre les deux listes principales n'était pas attendu. L'hebdomadaire L'Express parle d'un maire « sonné comme un boxeur (...) surpris par le punch de son adversaire »[131], alors que Le Monde estime que « les Niçois ne reviennent pas de leur audace (...) ils ont porté un coup sévère au mythe d'invincibilité de leur maire »[128]. Le score d'un autre adversaire constitue également une surprise : les listes d'Henri Roubault, qui rassemblent le Mouvement des démocrates et des écologistes, atteignent autour de 14 %[129], ce qui met en lumière un pan de l'électorat déçu par Jacques Médecin mais se refusant pour autant à voter communiste[131]. Certains proches du maire expliquent ces résultats décevants par le sentiment de délaissement que les Niçois ressentent depuis la nomination de Jacques Médecin au gouvernement[128].

  Vidéo externe
  Reportage sur la nuit des résultats des élections municipales 1977 à la permanence de Jacques Médecin par Antenne 2 sur le site de l'INA

Durant l'entre-deux-tours, Jacques Médecin bénéficie de l'appel de Fernand Icart (chef de file historique des Républicains indépendants à Nice qui avait présenté une liste aux élections municipales de 1971) à faire barrage aux communistes[131]. Henri Roubault, dont les listes sont éliminées, ne donne quant à lui pas de consigne de vote à ses électeurs, mais Jacques Médecin leur envoie un message en parlant de « protéger Nice contre l'invasion du béton »[131]. Enfin l'organisation militante médeciniste se montre très efficace : 16 000 coups de téléphone sont passés aux électeurs abstentionnistes du premier tour[131] dont les noms ont été relevés sur les listes d'émargement[132]. Le second tour aboutit à la victoire de justesse des listes de Jacques Médecin : sur toute la ville, il recueille 72 888 voix (50,33 %), soit 966 voix de plus que celles des listes d'Union de la gauche (49,67 %)[129]. Il l'emporte dans les trois secteurs mais d'une très courte tête à chaque fois : entre 294 et 340 voix d'avance selon les secteurs[130]. Cela lui suffit pour gagner la totalité des sièges du conseil municipal et continuer à ne pas y avoir d'opposition. Tout en appelant la majorité municipale à « tirer les conséquences de ce scrutin », Nice-Matin juge que la liste de gauche a échoué en raison de la place trop importante qu'y occupait le Parti communiste français[131].

Législatives de 1978 et fin de l'expérience gouvernementaleModifier

Lors des élections législatives de mars 1978, toujours dans la 2e circonscription des Alpes-Maritimes, il affronte le général gaulliste d'opposition François Binoche soutenu par le PCF qui décide de ne pas présenter de candidat[133]. François Binoche faisait partie de la Cour militaire de justice qui a condamné à mort certains membres de l'Organisation de l'armée secrète (OAS) au début des années 1960[134]. Durant la campagne, la revue médeciniste L'Action-Nice-Côte d'Azur le qualifie de « juge assassin de Bastien-Thiry et de Degueldre »[135]. Face à eux se trouvent également Jacques Randon du Parti socialiste ainsi que le chef de file local du RPR Jacques Schonbach[133],[136]. Jacques Randon attaque notamment Jacques Médecin sur les affaires qui secouent Nice en dénonçant « une ville livrée à l'affairisme, aux scandales immobiliers, et où la "mafia" des casinos de la Côte d'Azur fait main basse sur le Palais de la Méditerranée (…), le scandale du parking de la Charité (…), les affaires Spaggiari, Giaume (…), De Portu »[136]. Mais la situation apparaît relativement facile pour Jacques Médecin avec la présence d'un gaulliste d'opposition dont le passé ne peut que déclencher l'hostilité d'une grande partie des nombreux rapatriés d'Algérie qui vivent à Nice. Au premier tour, il arrive en tête avec 27 462 voix soit 39,5 % devant le socialiste Jacques Randon (14 744 voix soit 21,2 %), François Binoche (10 515 voix soit 15,1 %) et le candidat RPR (8 338 voix soit 12,0 %)[133]. Le duel du second tour lui donne une victoire confortable avec 41 077 voix (57,4 %), soit 10 577 voix de plus que Jacques Randon (42,6 %)[40]. Par ailleurs, la droite remporte tous les sièges dans les autres circonscriptions de Nice et des Alpes-Maritimes.

Après les élections législatives, affaibli par les affaires qui ébranlent Nice et évité par ses collègues du gouvernement en raison de son image désormais sulfureuse, il n'est pas reconduit dans le nouveau gouvernement Barre III qui entre en fonction début avril 1978, et le poste de secrétaire d'État au Tourisme disparaît[134]. Raymond Barre lui déclare : « Vous n'avez pas démérité, mais vous ne faites plus partie de mon nouveau gouvernement »[134].

Séjours à l'étranger et conflit avec le Parti républicainModifier

Au cours de l'année 1978, il s'absente de France pour séjourner assez longuement à l'étranger. Ces absences suscitent les critiques ainsi que des rumeurs selon lesquelles il s'apprêterait à démissionner de ses mandats[19]. La première absence a lieu en juin sans que ce départ ne soit expliqué : « parti sans laisser d'adresse » affirme alors Nice-Matin[19]. Lors de son voyage, Jacques Médecin fait savoir qu'il est en Argentine pour assister à la Coupe du monde de football 1978 à l'invitation d'un ami et qu'il n'a pas l'intention de démissionner[19]. Peu après, du 20 juillet à début septembre, il s'absente à nouveau pour gagner cette fois-ci Los Angeles[19]. Depuis son lieu de villégiature, il donne un entretien au journal Le Monde dans lequel il explique cette absence par les difficultés qu'il traverse dans sa vie personnelle qui le conduisent à s'éloigner de son « milieu familial »[75]. Il vient en effet d'entamer une procédure de divorce et est parti rejoindre la Californienne Ilene Graham[19], sa future seconde épouse (voir Famille). Il dément à nouveau toute intention de démissionner de son mandat de maire, tout en laissant entendre qu'il pourrait abandonner celui de président de conseil général après les élections cantonales de 1979[75].

Il fait également un parallèle entre les « dossiers » que prétendraient avoir ses adversaires sur lui avec les « dossiers » que prétendaient, selon lui, avoir les adversaires de son père Jean Médecin en son temps lorsqu'il combattait le gaullisme[75]. Il affirme qu'« en revanche, [son] père [lui] a laissé, à sa mort, un dossier d'une centaine de feuillets concernant un certain nombre de personnes à Nice »[75]. Par ailleurs, il attaque les conseillers municipaux de sa majorité qui le critiquent et qui prépareraient la constitution d'une liste dissidente aux prochaines élections municipales[19] ; il y voit l'action des dirigeants nationaux du Parti républicain (PR) : « s'il doit y avoir demain une rébellion au sein du conseil municipal, je sais qu'elle ne sera pas d'origine niçoise. Elle aura été télécommandée par une intrigue venant d'un autre niveau politique (…) Cela vient simplement de Paris, qui est très à l'écoute des rumeurs et où l'on a de plus en plus une mentalité de flic »[75]. Il menace à demi-mot de rejoindre le RPR de Jacques Chirac : « Il est évident que si je gêne quelqu'un au PR, je m'en irai sans verser de larmes. Les chiraquiens seraient, bien sûr, très attentifs à mon départ, car homme très puissant et toujours capable de renverser une majorité à Nice en faveur de l'un ou l'autre des candidats aux élections présidentielles[75]. » Néanmoins à son retour début septembre 1978 à Nice, il inaugure l'université d'été du Parti républicain, et assure à cette occasion son soutien aux dirigeants du parti giscardien et à l'action du Président de la République[137].

Défaite aux municipales partielles de 1978Modifier

  Vidéo externe
  Reportage sur les élections municipales partielles niçoises de 1978 avant le 1er tour, par Patrick de Carolis, TF1, sur le site de l'INA

Le Conseil d'État ayant annulé en octobre 1978 les élections municipales de 1977 dans le troisième secteur de la ville, un nouveau scrutin est organisé en décembre 1978[138]. Cette annulation a pour origine la distribution d'un tract anonyme accusant à tort la tête de liste communiste du troisième secteur, Virgile Pasquetti, d'émission de chèques sans provision et de détournement de fonds[139],[132]. Jacques Médecin ayant été élu dans le deuxième secteur, il ne se présente pas directement à cette élection ; la liste médeciniste est menée par son adjoint aux affaires culturelles Roger Binda[125] (RPR[140]). Elle fait notamment face à une liste réunissant les partis de gauche (PS, PCF, MRG), l'Union des gaullistes de progrès (UGP) de François Binoche (qui figure sur la liste), et Henri Roubault qui conduisait en 1977 la liste jobertiste et écologiste dans ce même secteur[141]. La liste est menée par le communiste Virgile Pasquetti[142] mais le poids attribué au PCF y a été volontairement réduit par rapport à ce à quoi il aurait pu prétendre[141].

Le climat des affaires qui continuent de secouer Nice joue en défaveur de Jacques Médecin, de même que ses longues absences au cours de l'année écoulée. L'évêque de Nice Jean Mouisset intervient pour dénoncer l'immoralité qui aurait selon lui gagné la ville, laquelle serait devenue un « centre de tripots »[143]. Deux jours avant le scrutin, le quotidien Nice-Matin juge que la victoire de la liste d'opposition serait positive pour la démocratie[143]. Enfin, le fait que la majorité municipale soit acquise à Jacques Médecin quelle que soit l'issue de cette élection, favorise la liste de gauche en décomplexant les électeurs qui craindraient un trop grand changement[138]. La liste médeciniste est ainsi battue dès le premier tour, ne recueillant que 12 600 voix (soit 43,58 %) contre 14 719 voix (50,91 %) pour la liste de Virgile Pasquetti qui remporte la totalité des 14 sièges en jeu[142]. Pour la première fois, Jacques Médecin a une opposition au conseil municipal. Il déclare que ces nouveaux élus « constitueront un élément permanent de perturbation au sein du conseil municipal mais nous nous y habituerons[142] ».

Réélection très serrée aux cantonales de 1979Modifier

Lors des élections cantonales de mars 1979, il est mis en ballottage dans le canton de Nice-5. Alors qu'il avait été largement élu dès le premier tour en 1973, il recueille cette fois-ci 40,35 % des voix contre 20,39 % pour le socialiste Hervé Dupont, un professeur d'histoire et géographie qui se présente à sa première élection, 17,10 % pour la communiste Mireille Gouhaux, 13,54 % pour le radical de gauche Jean Hancy, un ancien conseiller municipal de Jacques Médecin, et 8,60 % pour Jacques Schonbach (RPR)[144]. Le total des voix des gauche atteint 51 % ; la candidate PCF se désiste en faveur d'Hervé Dupont et Jean Hancy appelle à voter pour ce dernier[144]. Le candidat RPR est quant à lui plus réservé sur son appel à voter pour Jacques Médecin et négocie son ralliement[144]. Au second tour, Jacques Médecin l'emporte d'une courte tête, avec 145 voix d'avance sur 13 342 votants[145]. Il met cette difficile réélection sur le compte de son engagement au sein de la majorité présidentielle et du gouvernement, dont il prend alors ses distances : « Mes électeurs sont, dans l'ensemble, des opposants à l'État qui ont pu croire que j'étais devenu le complice des injustices dont ils sont victimes[144]. »

Le Parti socialiste accuse Jacques Médecin d'avoir gagné grâce à des « procurations douteuses » dans le premier bureau du canton, de la part d'électeurs qui résident à Pondichéry ; ce bureau a donné un score très important à Jacques Médecin[144]. Il désigne ainsi ce dernier sous l'appellation de « conseiller général de Pondichéry »[146]. Un recours en annulation est formulé par Hervé Dupont auprès du tribunal administratif de Nice mettant en cause la validité de 174 procurations[147]. Mais ce recours est rejeté[146], suivant en cela les conclusions du commissaire du gouvernement qui n'établit qu'à une trentaine le nombre de procurations jugées irrégulières[145].

Candidature aux européennes de 1979Modifier

Il se présente aux élections européennes de juin 1979, les premières au suffrage universel direct, sur la liste conduite par Philippe Malaud et intitulée Union de défense interprofessionnelle pour une France indépendante dans une Europe solidaire (UDIP-FIDES)[148]. Il est positionné en troisième position sur cette liste, derrière Pierre Poujade, ancien responsable de l'Union de défense des commerçants et artisans[148]. Lors de la campagne, il met en avant ses convictions pro-européennes : « Dès 1945, j'ai adhéré au Mouvement fédéraliste européen et je me suis toujours battu pour l'unité européenne. Ma candidature se situe dans le droit fil de mes engagements antérieurs[148] ». L'une des affiches de la liste dénonce la « bande des quatre » qui « confisquent la radio et la télévision à leur profit[148] ».

Cette décision de se présenter sur une petite liste qui a peu de chances d'atteindre un score qui lui donnerait des élus, et face à la liste de son propre parti l'UDF, peut sembler étonnante. L'une des hypothèses d'explication rapportées par le journal Le Monde est qu'il chercherait à démontrer son influence électorale dans les Alpes-Maritimes auprès de Valéry Giscard d'Estaing afin que celui-ci ne cherche pas à l'évincer ultérieurement[148]. Il affirme que, bien que se présentant sur une liste concurrente à celle soutenue par le chef de l'État, sa « fidélité [à ce dernier] ne peut être mise en doute »[148]. La liste recueille 1,40 % des voix au niveau national, et 3,27 % dans les Alpes-Maritimes[149]. Le journal Nice-Matin assène : « le maire essuie là une cuisante mais indéniable défaite[149]. »

1980-1985 : larges succès électorauxModifier

En septembre 1980, il prend part à la création d'un comité de soutien à Ronald Reagan, alors candidat à l'élection présidentielle américaine de 1980[150]. Parmi les autres membres de ce comité se trouvent Philippe Malaud et Pascal Gauchon du PFN[150]. Il est en janvier 1981 l'une des rares personnalités françaises à participer au bal inaugural du premier mandat (en) de Reagan[151].

Au premier tour de l'élection présidentielle de 1981, bien que toujours membre du Parti républicain et du groupe UDF à l'Assemblée nationale, il décide de soutenir Jacques Chirac plutôt que Valéry Giscard d'Estaing[152]. Il explique ce choix par « la dénonciation du dirigisme étatique dont la province se sent écrasée et de la bureaucratie envahissante […] pour lesquelles nous n'avions pas voté en 1974[153] ». Lors d’un rassemblement du candidat RPR à Nice le 8 mars 1981, au théâtre de verdure, devant cinq mille personnes, il prononce un discours[153]. Ce soutien affiché de la part d'un antigaulliste historique étonne et mécontente certains militants gaullistes locaux ainsi que certains de ses partisans, notamment des rapatriés d'Algérie[152]. En vue du second tour, après l'élimination de Jacques Chirac, il apporte son soutien à Valéry Giscard d'Estaing « face à un danger de société collectiviste[152] ». Malgré l'élection de François Mitterrand et la poussée de la gauche aux élections législatives suivantes qui font suite à la dissolution de l'Assemblée nationale, il est réélu député dès le premier tour dans la deuxième circonscription des Alpes-Maritimes, avec 52,1 % des voix, face au socialiste Jean-Pascal Carlotti (33,4 %), et au conseiller général communiste Louis Broch (13,9 %)[40]. Au cours de la campagne, il dénonce « l'ambition [des socialistes] de gouverner avec les communistes aux ordres de Moscou », et défend la « Société de libertés » face aux « marxistes »[154]. Les deux autres circonscriptions électorales niçoises voient en revanche la victoire au second tour des candidats de la gauche dont Max Gallo[155]. À l'Assemblée nationale, il choisit de s'apparenter au groupe RPR, actant sa séparation de l'UDF[156].

En janvier 1982, l'écrivain britannique Graham Greene donne un entretien au Sunday Times dans lequel il annonce la parution de son ouvrage J'accuse ou Nice côté ombre qui dénonce la corruption qui selon lui gangrénerait la Côte d'Azur et particulièrement Nice où police et justice seraient entrées en collusion avec le Milieu[157]. Cet entretien connait un fort retentissement médiatique et contribue à ternir l'image de la Côte d'Azur[157]. Le « système Médecin » est à cette occasion mis en cause par divers journaux[157]. En février, Jacques Médecin réagit dans Le Quotidien de Paris : « Les déclarations de ce vieux gâteux de 77 ans, qui semble vouloir se faire un coup de pub, ne m'impressionnent pas. S'il n'est pas heureux dans le Midi, il n'a qu'à vivre ailleurs. Ce qui m'agace particulièrement, c'est que ma ville soit systématiquement la cible de tous ceux qui veulent dégoiser sur le Midi de la France. Le Milieu niçois n'existe pas à proprement parler (…) c'est un Milieu corso-pied-noir qui ne contient pas de Niçois[158]. » Graham Greene fournit toutefois peu de preuves de ce qu'il avance[157]. La justice interdit la publication du livre en France pour atteinte à la vie privée[159].

À l'issue des élections cantonales de mars 1982, auxquelles il ne participe pas directement, il est réélu pour la quatrième fois à la tête du conseil général des Alpes-Maritimes, continuant de disposer d'une très large majorité (39 conseillers généraux sur 46)[160]. En vue des élections municipales de mars 1983, une alliance avec le Front national est évoquée. En novembre 1982, Jean-Marie Le Pen déclare lors d'un discours à Nice être « prêt à faire liste commune avec le maire sortant, d'abord parce que, dans 99 % des cas, Monsieur Jacques Médecin dit à peu près les mêmes choses que ce que je vous dis[161]. » En janvier 1983, le maire de Nice explique que le FN l'a sollicité pour entrer sur sa liste mais qu'il rejette le nombre de places demandées tout en étant « d'accord sur le principe »[162]. L'alliance n'a finalement pas lieu ; le Front national présente sa propre liste, tout comme Fernand Icart, qui entre en dissidence de l'UDF, laquelle soutient officiellement Jacques Médecin[163]. Son adversaire principal reste néanmoins la liste d'union de la gauche menée par Max Gallo. La campagne est marquée par l'affaire des fausses factures, relatives à des marchés publics, qui touche en partie Nice et son centre hospitalier régional, et qui implique des proches de Jacques Médecin : son ancien beau-frère et architecte Jean-Claude Aragon (qui sera plus tard innocenté), l'un de ses adjoints René Pietruschi, et le conseiller municipal Gilbert Stellardo sont inculpés en février et mars 1983[164]. Ces élections municipales sont pourtant largement remportées par Jacques Médecin dont la liste est élue dès le premier tour avec un score de 54,83 % et 90 353 voix, soit un nombre de voix record à des élections municipales à Nice, face à la liste de Max Gallo (31,25 %) et à celle de Fernand Icart (6,33 %)[165]. C'est un succès personnel pour le maire sortant eu égard au contexte et à la configuration de ces élections (une affaire de justice qui touche son entourage, la présence d'une liste dissidente de droite à l'image plus modérée, l'effacement du PCF au profit du PS au sein de la liste de gauche) et qui démontre le sentiment d'adhésion dont il fait l'objet[166].

Lors de la campagne pour les élections européennes de 1984, il refuse de présider le comité départemental de soutien à Simone Veil qui mène la liste commune UDF-RPR, et ne prend pas part à sa visite à Nice en juin 1984, officiellement en raison « malencontreusement » d'une séance du conseil général[167],[168]. En février, il avait reçu en privé Jean-Marie Le Pen avant sa réunion publique à Nice à laquelle avait assisté des élus médecinistes[167]. Dans les Alpes-Maritimes, la liste de Simone Veil recueille un score quasiment égal à sa moyenne nationale (42,8 %), ce qui est inhabituel dans ce département ancré à droite, alors que la liste du Front national y réalise sa meilleure performance (21,39 % contre 10,95 % au niveau national)[169].

Aux élections cantonales de mars 1985, comme d'autres élus RPR et UDF des Alpes-Maritimes, il passe des accords électoraux avec le Front national[170]. Il reçoit ainsi le soutien du FN dès le premier tour dans son propre canton de Nice-5 ; de même que les médecinistes René Pietruschi (dans le canton de Nice-7) et Bernard Asso (dans le canton de Nice-10)[170]. Par ailleurs, dans quatre autres cantons de Nice (8, 11, 12, 14), il conclut un accord désistement réciproque avec le FN pour le second tour[170]. À cette occasion, il déclare : « [Le FN] avait obtenu, l'an dernier, la moitié de nos voix. Nous étions donc obligés de nous entendre. Cela ne me gêne d'ailleurs pas le moins du monde[170]. » Cet accord est un succès pour Jacques Médecin : il est réélu dès le premier tour dans son canton avec plus de 70 % des voix contre 28 % pour le candidat de la gauche, et les nombreux duels de second tour entre médecinistes et FN aboutissent à la victoire systématique de ces premiers[155],[171]. Il est à nouveau réélu président du conseil général des Alpes-Maritimes[171].

Réalisations en tant que maireModifier

Dans ces responsabilités de maire de Nice, il construit une réputation sur un style autoritaire, interventionniste et clientéliste. Au cours de cinq mandats de 1965 à 1990, il initie ou soutient en tant que maire de grands travaux d'infrastructure et d'équipement. Les réalisations les plus importantes de cette période incluent : les centres d'affaires l'Arenas et Nice-la-Plaine, le musée d'art moderne et d'art contemporain, la station d'épuration de Ferber, le centre commercial Nicetoile, le palais des congrès Acropolis. Ce dernier projet est l'occasion de mettre en valeur l'art et les artistes en installant, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur une collection d’œuvres d'art. C'est ainsi que l'on trouve des pièces de César, Moretti[Lequel ?], Arman, Cyril de La Patellière, Rodin, Belmondo, Vasarely[Lequel ?], etc. Il faut encore noter l'agrandissement de l'aéroport de Nice-Côte d'Azur[172]. La politique de la municipalité sur cette période est favorable au transport routier avec la construction du contournement routier de Nice dite autoroute nord et la voie Pierre-Mathis, de parcs de stationnement souterrains en centre-ville. Certains de ces projets sont critiqués pour leurs conséquences sur l'endettement de la ville[173].

Exemples de réalisations sous le mandat de Jacques Médecin
Le Mamac
Le centre commercial Nicetoile

1989-1990 : la chuteModifier

Le , l'ancien député socialiste Jean-Hugues Colonna et trois autres conseillers municipaux niçois d'opposition portent plainte contre Jacques Médecin pour délit d'ingérence[174],[175]. Ils mettent en cause l'achat de publicités de 1986 à 1989 par des associations paramunicipales dans le journal L'Action Côte d'Azur dont le maire de Nice est l'actionnaire majoritaire via la SEGAT[174],[175]. Le , il est inculpé par le conseiller à la cour d'appel de Grenoble Pierre Bérard pour délit d'ingérence[174].

En novembre et décembre 1989, les journalistes Jacques Cotta et Pascal Martin révèlent sur Antenne 2 l'enquête en cours, relancée depuis octobre de la même année, à propos des liens entre l'association municipale Nice-Opéra et les sociétés Costa Real et Oceania Systems[176],[177]. Les policiers soupçonnent Jacques Médecin d'être le bénéficiaire des paiements effectués par Nice-Opéra à ces deux sociétés sur des comptes bancaires à l'étranger[174],[177].

En juillet 1990, Jean-Marie Tarragoni révèle dans l'hebdomadaire Le Standard de Nice que le versement d'une commission de 5,3 millions de francs par la ville de Nice à la société Arefic, chargée de la négociation avec les banques du rééchelonnement en 1986 de la dette municipale, s'est retrouvé sur le compte d'Élisabeth Arnulf[178],[179]. Celle-ci, qui a retiré en liquide la majeure partie de cette somme, est assistante de direction dans la société Europ Show dirigée par Lucien Salles, également directeur de l'association paramunicipale Nice-Opéra (elle-même présidée par le maire de Nice)[178],[179]. Le , la chambre régionale des comptes de Provence-Alpes-Côte d'Azur déclare provisoirement Jacques Médecin gestionnaire de fait[174]. Elle estime que « l'ordonnateur [Jacques Médecin] ne pouvait ignorer que les fonds étaient destinés à rémunérer d'autres intermédiaires[174]. » Cet arrêt de déclaration de gestion de fait provisoire place le maire sous la menace d'une destitution de ses fonctions en cas d'arrêt définitif[174]. Par ailleurs, début septembre 1990, la chambre demande au maire de s'expliquer par écrit après avoir constaté que la dette municipale avait augmenté de 43,8 millions de francs à la suite de son rééchelonnement[178],[175].

  Vidéo externe
  Reportage du journal de 20 heures d'Antenne 2 sur la démission de Jacques Médecin, sur le site de l'INA

En août 1990, un de ses avocats lui indique que, par rapport aux menaces pénales et administratives auxquelles il fait face, c'est la procédure de la chambre régionale des comptes qui est la plus dangereuse pour lui et qui « parait objectivement sur le point d'aboutir »[178]. Le , avant un voyage au Japon, Jacques Médecin laisse entendre dans une interview donnée à RMC qu'il pourrait démissionner de ses mandats[174],[180]. Une semaine après, depuis Osaka, il fait transmettre au préfet des Alpes-Maritimes deux lettres datées du annonçant sa démission des fonctions de conseiller municipal et conseiller général[181],[179]. Le journal Nice-Matin publie le même jour une « lettre aux Niçois » de Jacques Médecin leur annonçant sa démission, expliquant sa lassitude face à « la haine partisane d'une gauche totalitaire », et recommandant la constitution d'une liste d'union allant du CDS au Front national en cas de nouvelles élections[181],[179].

Fuite en Uruguay et mortModifier

Condamné par la justice française pour plusieurs affaires de corruption, Jacques Médecin évite plusieurs peines de prison ferme en s'enfuyant en Uruguay, à Punta del Este, de jusqu'à son extradition en . Il repart pour l'Uruguay en 1996 jusqu'à sa mort, d'un infarctus, le 17 novembre 1998[182]. Le maire de Nice de l'époque, Jacques Peyrat, négocie avec sa veuve le rapatriement de sa dépouille[183]. Les drapeaux de la ville sont mis en berne et son corps est exposé quelques jours dans une chapelle ardente installée dans le hall de la mairie[183]. Les obsèques ont lieu à la cathédrale Sainte-Réparate de Nice et son cercueil est recouvert d'un drapeau niçois[184]. Il repose à Nice, au cimetière de Gairaut[2],[185]. D'après sa fille Martine, le corps de son père a été incinéré et ses restes ont été déposés dans deux urnes, une qui est restée à Nice et l'autre qui a été récupérée par sa veuve en Uruguay[17].

En mars 2004, sous la mandature de Jacques Peyrat, le conseil municipal de Nice vote pour renommer le forum Masséna, situé en bordure est de la place Masséna, en forum Jacques-Médecin[186]. La décision soulève les protestations de l'opposition de gauche et est attaquée devant le tribunal administratif par le préfet Pierre Breuil en raison des condamnations pénales de l'ancien maire[186],[187],[188]. Le tribunal annule la délibération du conseil municipal en mars 2006, mais la cour administrative d'appel de Marseille annule en novembre 2007 cette décision de justice[186]. Un mois plus tard, le changement de nom est effectué au cours d'une cérémonie présidée par Jacques Peyrat devant plusieurs centaines de personnes[189],[190]. En novembre 2013, le forum Jacques-Médecin prend le nom d'espace Jacques-Médecin à la suite des travaux de la promenade du Paillon ; la plaque est inaugurée par le maire Christian Estrosi[191]. France 3 Côte d'Azur remarque que le lieu attribué à Jacques Médecin est en décalage avec la place que celui-ci a occupé dans la ville : « dans ses lieux publics, la ville semble ignorer le disparu. Il existe bien un espace Jacques-Médecin, un modeste carré de gazon sur la promenade du Paillon, loin de la démesure du personnage (…) Aujourd'hui, le voilà recouvert d'une chape de silence. C'est la seconde mort de Jacques Médecin[192]. »

À la suite d'une décision du conseil municipal niçois, la rue de l'Opéra, située à proximité de l'hôtel de ville et dans l'axe de l'avenue Jean-Médecin au-delà de la place Masséna, porte le nom de Jacques Médecin depuis novembre 2019[193].

Positionnement politiqueModifier

Personnalité extravertie et impulsive, anticommuniste, Jacques Médecin a été membre du Centre républicain, des Républicains indépendants, du Rassemblement pour la République (RPR) et du Centre national des indépendants et paysans (CNIP). Tout comme son père, c'est un antigaulliste farouche, notamment durant la première partie de sa carrière politique[194],[195],[196]. Lors du débat sur le projet de loi autorisant l'interruption volontaire de grossesse, défendu par Simone Veil en 1974, il se prononce contre l'avortement[197], déclarant notamment que « l'avortement, c'est un meurtre »[réf. nécessaire] et parlant de « barbarie organisée et couverte par la loi comme elle le fut par les nazis », alors que la ministre qui porte le projet est une rescapée de la Shoah[198]. La même année, il projette de jumeler Nice avec Le Cap, en Afrique du Sud, alors sous le régime de l'apartheid[199]. En 1981, il vote contre l'abolition de la peine de mort, et demande par la suite son rétablissement, notamment lors d'une manifestation en 1985[200]. Il se rapproche alors du Front national (FN), dont il avait déclaré dans National-Hebdo partager « 99,9 % des idées »[201],[178]. Dans les derniers mois de sa carrière politique, il cesse d'être apparenté RPR à la suite de propos contestés sur des membres juifs du conseil municipal[réf. nécessaire]. Il reçoit enfin Jean-Marie Le Pen en visite officielle à la mairie de Nice en [196].

Engagement maçonniqueModifier

Dans Les Frères invisibles[202], Ghislaine Ottenheimer et Renaud Lecadre indiquent que Jacques Médecin n’a jamais fait mystère de son engagement dans la franc-maçonnerie française, et que son appartenance à la franc-maçonnerie était plus dictée par le souhait de monter et contrôler des réseaux affairistes que par conviction. En revanche, Claude Askolovitch écrit en 2002 dans une enquête sur les francs-maçons parue dans Le Nouvel Observateur que Jacques Médecin « ne fut pas initié »[203].

Affaires judiciairesModifier

Enquêtes pour corruptionModifier

À partir des années 1980, des soupçons de corruption et de clientélisme pèsent sur sa gestion, notamment après la publication (hors de France) du pamphlet J'accuse: the Dark Side of Nice (1982), où Graham Greene dénonce un système de crime organisé sur la Côte d'Azur, autour du maire de Nice[204]. Jacques Médecin est mis en examen pour la première fois en pour délit d'ingérence, aujourd'hui prise illégale d'intérêts, à la suite de la plainte d'associations visant l'achat de publicité par la Mairie de Nice dans un journal dont le maire est le propriétaire[205]. Jacques Médecin démissionne en de tous ses mandats et s'enfuit à Punta del Este en Uruguay[206]. Il fait ensuite l'objet de plusieurs mises en examen et condamnations en France :

  • En , la Chambre régionale des comptes le rend « comptable de fait » pour une perte de 5,7 millions de francs dans la renégociation de la dette de la Ville de Nice, à la suite du versement d'importantes commissions sans motif à des tiers. Une information judiciaire est ouverte à ce sujet en .
  • En , une information judiciaire s'intéresse à l'association Nice-Opéra, au moment de la présidence de Jacques Médecin, pour non-paiement d'impôts sur les sociétés. Une nouvelle information judiciaire vise spécifiquement Jacques Médecin à ce sujet en .
  • En , la Chambre régionale des comptes le déclare de nouveau « comptable de fait » de l'association paramunicipale Nice-Communication, puis encore en à hauteur de 250 millions de francs au sujet du comité des fêtes de la ville.
  • À partir d', 3 mandats d'arrêts internationaux sont émis pour les enquêtes concernant l'association Nice-Opéra, l'entreprise Serel et un délit d'ingérence[207].

Arrêté par la police uruguayenne et transféré à la prison de Montevideo en , Jacques Médecin est extradé en France en . À la suite d'une confusion des peines accordée par la cour d'appel de Grenoble, une peine de prison avec sursis est substituée aux quatre ans de prison ferme prononcés en 1re instance, lui permettant de recouvrer la liberté[208].

Détail des condamnationsModifier

  •  : un an de prison ferme et 300 000 francs d'amende pour délit d'ingérence. Jacques Médecin est également déclaré « incapable, à jamais, d'exercer aucune fonction publique » et doit verser 2 168 874 F de dommages et intérêts à Joseph Figueras, un contribuable niçois qui avait été autorisé à se constituer partie civile en lieu et place de la commune[175].
  •  : deux ans de prison ferme, 200 000 francs d'amende et cinq ans de privation de droits civiques pour « détournement de fonds » dans le scandale de l'Opéra de Nice[209].
  •  : trois ans et demi de prison ferme et un million de francs d'amende pour abus de biens sociaux et corruption dans le scandale de la Serel, société spécialisée dans la signalisation et la régulation routière. Entre 1986 et 1990, Jacques Médecin avait reçu près de quatre millions de francs de pots-de-vin de Francis Guillot, président-directeur général de la Serel[210]. Le , les peines sont confirmées en appel, sauf la peine de prison, réduite à deux ans avec sursis. Pourtant, Jacques Médecin quitte la France sans être inquiété et ne purge pas ces condamnations[211],[212].
  •  : condamné par défaut à deux ans de prison pour fraude fiscale[213].

Cuisine niçoiseModifier

En 1972, il publie un ouvrage sur la cuisine niçoise, plusieurs fois réédité par la suite, et traduit en anglais en 1983[214],[215]. Ce livre est souvent considéré comme un ouvrage de référence sur le sujet[216],[217]. Il comporte plusieurs centaines de recettes que Jacques Médecin présente comme ayant été léguées par son père et par la Tanta Mietta, une paysanne de Gairaut qui aurait transmis ses recettes à la grand-mère de Jacques Médecin dans les années 1880[26],[218]. Le journaliste culinaire François-Régis Gaudry désigne le chef cuisinier Jacques Maximin comme l'auteur « en sous-main » de l'ouvrage[219].

Détail des mandats et fonctionsModifier

Synthèse des résultats électorauxModifier

Élections législativesModifier

Année Circonscription Premier tour Second tour Commentaire
Voix % Rang Issue Voix % Rang Issue
1962 2e des Alpes-Maritimes 9 691 24,8 2e Ballottage Retrait
1967 2e des Alpes-Maritimes 23 264 43,9 1er Ballottage 26 393 49,5 1er Élu
1968 2e des Alpes-Maritimes 19 554 38,2 1er Ballottage 21 759 42,1 1er Élu
1973 2e des Alpes-Maritimes 20 378 34,9 1er Ballottage 33 406 62,1 1er Élu
1978 2e des Alpes-Maritimes 27 462 39,5 1er Ballottage 41 077 57,4 1er Élu
1981 2e des Alpes-Maritimes 31 067 52,1 1er Élu
1986 Alpes-Maritimes 213 647 44,0 1er Élu Scrutin de liste

Élections cantonalesModifier

Année Circonscription Premier tour Second tour
Voix % Rang Issue Voix % Rang Issue
1961 Canton de Nice-4
1967 Canton de Nice-4
1973 Canton de Nice-5 62,4 1er Élu
1979 Canton de Nice-5 4 786 40,3 1er Ballottage 1er Élu
1985 Canton de Nice-5 > 70 1er Élu

Élections municipalesModifier

Année Circonscription Premier tour Second tour
Voix % Rang Issue Voix % Rang Issue
1966 Nice 44 718 49,62 1er Ballottage 54 509 63,93 1er Élu
1971 Nice 56 491 50,14 1er Élu
1977 Nice (trois secteurs) 63 360 45,37 1er Ballottage 72 888 50,33 1er Élu
1983 Nice 90 353 54,83 1er Élu
1989 Nice 55 666 42,86 1er Ballottage 64 121 46,76 1er Élu

ŒuvresModifier

  • La cuisine du comté de Nice, Paris, Julliard, , 374 p. (ISBN 2260000258)
  • Nice. Onze ans de vie commune (avec la collaboration de Gilles Lambert), Paris, Presses de la Cité, , 154 p. (OCLC 742938879).
  • Le Terreau de la liberté, Paris, Presses de la Cité, , 221 p. (ISBN 2258003687).
  • Jacques Médecin : signe particulier, réalisme politique (éditoriaux parus dans L'Action, 1969-1985, réunis et présentés par Claire Vivian), Antibes, L'Action-Alp'azur, , 335 p. (ISBN 2902700148).
  • Et moi je vous dis… ma vérité : entretiens avec Henri-Christian Giraud, Paris, Michel Lafon/Éditions de La Table ronde, , 333 p. (ISBN 2908652064)
  • Un lynchage exemplaire : Mitterrand m'a tuer, Paris, Première Ligne, , 280 p. (ISBN 284144001X)
  • La République des juges, Hachette/Carrère, , 214 p. (ISBN 2012370500)
  • La bonne cuisine du Comté de Nice, Paris, Solar, , 275 p. (ISBN 2263035060)

NotesModifier

  1. En 1979, candidat sur la liste de Philippe Malaud, il échoue à se faire élire député européen. Par ailleurs, en 1978, la liste médeciniste perd les élections municipales partielles du troisième secteur de Nice, mais Jacques Médecin n'était pas directement candidat.
  2. On trouve aussi : Côte d'Azur culture et loisirs.

RéférencesModifier

  1. « Vente aux enchères - Lot n°131 : un appartement de 2 pièces et lot n°49 : un local à usage de cave », sur https://tribuca.net/ (consulté le 4 avril 2020).
  2. a b c et d Jean-François Malatesta, « Jacques Médecin, 20 ans après. Ce qu'il reste de "Jacquou", encore si présent à Nice », Nice-Matin,‎ (lire en ligne, consulté le 1er avril 2020).
  3. Bragard, Gilbert et Sinet 1990, p. 35.
  4. a et b Roger-Louis Bianchini, « Les Médecin », L'Express,‎ (lire en ligne, consulté le 2 avril 2020).
  5. a b et c Ernest Hildesheimer, « Jean Médecin (1890-1965) », Nice Historique, no 142,‎ (lire en ligne, consulté le 4 avril 2020).
  6. a b c d e f et g Raoul Mille, Une dynastie foudroyée : La chute de la maison Médecin, Éditions Albin Michel, , 236 p. (ISBN 978-2-226-38136-1, lire en ligne).
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Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Bernard Bragard, Frédéric Gilbert et Catherine Sinet (avec la collaboration de Henri Montant), J.M., le feuilleton niçois, Paris, La Découverte, coll. « Enquêtes », , 333 p. (ISBN 9782707119193).  .
  • Brigitte Renaldi et Claude-Henry Laval, Jacques Médecin, chronique d'un sabordage, Boulogne-Billancourt, J.-P. Taillandier, , 243 p. (ISBN 978-2-87636-093-8).  
  • Brigitte Renaldi et Claude-Henry Laval, Jacques Médecin : le retour, Paris, J.P. Taillandier, , 223 p. (ISBN 978-2-86562-064-7)
  • Claude Reyger, Jacques Médecin : le monolithe fracturé, Golfe-Juan, Indivision Gervais, , 212 p. (ISBN 978-2-9520991-0-3)
  • Michel Franca et Jean Grozier, Nice, la baie des requins, Éditions Alain Moreau, , 208 p. (ISBN 978-2-402-12532-1, lire en ligne).  
  • Joann Sfar, Le Niçois, Neuilly sur Seine, Michel Lafon, , 281 p. (ISBN 978-2-7499-2792-3), roman.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier