L'Aurore (journal français, 1944-1985)

quotidien français de 1944 à 1985

L’Aurore
Pays Drapeau de la France France
Langue Français
Périodicité Quotidien
Genre Information générale
Date de fondation 1944
Date du dernier numéro 1985
Éditeur Le Figaro
Ville d’édition Paris

L’Aurore est un journal français fondé en 1943 et disparu en 1985.

Les premiers numéros du journal sont publiés dans la clandestinité dès 1943, animés par Robert Lazurick, ancien député du Front populaire. Après la libération de Paris, en septembre 1944, Lazurick, Jean Piot et Paul Bastid avec la collaboration d'Henri Forissier comme rédacteur en chef, obtiennent l'autorisation officielle de publier leur journal sous le nom de L’Aurore en référence au quotidien fondé en 1897 par Ernest Vaughan, Urbain Gohier et Georges Clemenceau ; journal qui avait cessé de paraître en 1914 et dans lequel était notamment paru le J’accuse d'Émile Zola, du temps de l’affaire Dreyfus.

Absorbant plusieurs autres organes de presse au cours des dix premières années de sa publication, le quotidien est à son tour absorbé par Le Figaro en 1985.

Premières annéesModifier

L’Aurore est dans les kiosques le . Le journal occupe d'abord à Paris, au 9 rue Louis-le-Grand, les locaux qui furent ceux du quotidien L'Œuvre (interdit de reparution). Son tirage atteint 90 000 exemplaires dès . Il augmente très vite pour faire de ce quotidien l’un des trois ou quatre plus puissants au cours de ces premières années de l'après-guerre.

Sous l'aile de BoussacModifier

Un actionnaire puissantModifier

Une instruction pour collaboration est ouverte à la Libération, Marcel Boussac, puissant industriel du textile, mais elle sera close sans suites le . En 1948, il rachète à la famille Schwob la Cotonnière de Fives qui emploie alors 4 500 salariés[1] mais aussi la société de machines à laver Bendix[1], ce qui fait de lui au début des années 1950 le premier cotonnier français avec 10 % du total des importations françaiseS[2], dans 52 usines textiles produisant 54 milliards de chiffre d'affaires et employant 21 000 salariés[1] dont les deux tiers sont des femmes[2].

L'entrée au capital de 1951Modifier

En 1951, il entre dans le capital avec 74,3 % du journal[1], où il contrôle de près la ligne éditoriale d'une rédaction dirigée par Robert Lazurick (1896-1968)[1]. Il inspire la « Chronique de M. Dupont » qui dénonce inlassablement « l'État dilapidateur »[1]. Bien que détenu par l'homme le plus riche de France[1], L'Aurore devient un organe d'expression proche des classes moyennes, commerçants et artisans.

Au cours des années 1950, Boussac investit massivement dans la publicité pour ses tissus et vanter un label de qualité qu'il a baptisé la « garantie Boussac ». Le magazine américain "Fortune " estime en septembre 1952 à 150 millions de dollars [2]. Basé au 21, boulevard Poissonnière à Paris[2], il est un solide soutien du président du conseil Antoine Pinay[2].

Les acquisitions d'autres journauxModifier

L'Aurore a absorbé une demi-douzaine d'autres journaux quotidiens nationaux dans les sept années qui ont suivi la Libération. Parmi eux, L'Époque puis le journal France Libre[3] en 1948[4], quand le titre devint L'Aurore-France libre. Dans les mois qui suivirent la Libération en 1944, plus d'une trentaine de quotidiens paraissaient à Paris, dont plus de la moitié avaient en mars 1953 disparu ou fusionné[3], leur tirage global chutant de 43% entre 1946 et 1952[4].

En 1953, L'Aurore rachète un autre concurrent Ce matin, qui était né de la fusion le 15 décembre 1946[5] de deux journaux, Paris-Matin avec Résistance, journal fondé en 1940 par le réseau de résistance dit "du Musée de l'Homme"[5]. Ce matin avait ensuite fusionné avec Le Pays[3], un quotidien comme lui de tendance MRP et modérée[5], fusion qui est finalisée le 31 mars 1948[5]. L'Aurore explique après la fusion que « les difficultés d'exploitation sont devenues telles pour la presse d'importance moyenne que la vie de Ce matin-le Pays s'est trouvée en péril »[3]. L'opération est alors présentée comme une fusion et donne lieu à une polémique entre le Syndicat des journalistes CFTC et Paul Campargue, vice-président du conseil d'administration de la société éditrice et codirecteur général de Ce matin-le Pays, le syndicat s'indignant que les directions intéressées aient manifesté un "tel mépris du métier de journaliste"[6]. L'Aurore porte après la fusion en sous-titre Ce matin-le Pays, le jugement du tribunal de commerce de la Seine lui interdit à partir de 1953 de continuer à le faire[7].

Après la loi de 1954 de dévolution des biens de presse, L’Aurore s'installa, 100 rue de Richelieu dans le 2e arrondissement, dans les locaux de l'ancien quotidien Le Journal où se trouvait son imprimerie.

La résistance à la décolonisationModifier

Son rédacteur en chef André Guérin est éditorialiste et tente en 1956 pendant deux mois l'aventure d'un nouveau journal parisien, Le Temps de Paris fondé pour concurrencer Le Monde, jugé trop favorable à la décolonisation. Boussac est opposé au Marché commun et hostile à la décolonisation. Les colonies représentent pour lui un débouché très important[2]. Au moment de l’indépendance de l’Algérie, au début des années 1960, L'Aurore est le porte-voix des Pieds-Noirs rapatriés.

Dans les années 1960 du gaullisme tout puissant, L’Aurore devient un journal d'opposition, centriste, qui défend par exemple les positions de Jean Lecanuet.

Le décès de Robert LazurickModifier

Lors du décès accidentel de Robert Lazurick, en avril 1968, sa veuve Francine Lazurick, née Bonitzer, lui succède. Elle travaille en bonne intelligence avec les rédacteurs en chef : Roland Faure (Politique étrangère), Gilbert Guilleminault (Société, vie culturelle, informations générales), Dominique Pado (Politique intérieure), André Guérin (Éditorialiste), José Van den Esch, (Économie, Social) et Georges Merchier (Sciences, éducation, religion). L'administrateur du journal Roger Alexandre est le dernier PDG de L’Aurore.

De Jules Romains à Pierre DesprogesModifier

En , L’Aurore est le premier quotidien à se lancer dans l'illustration en couleur, en première et dernière pages[8]. Le tirage de L’Aurore s'établit à partir de 1952 au-dessus de 400 000 exemplaires quotidiens, s'élevant dans les années 1956-1962 à plus de 500 000 exemplaires, dépassant certaines années Le Figaro[9]. Parmi les grandes plumes ayant collaboré à L’Aurore, on peut citer André Frossard, Jules Romains, Jean Mistler, tous trois membres de l’Académie française, et Jacqueline Cartier. Pierre Desproges y fait aussi ses débuts par l'entremise de son amie d'enfance, la journaliste judiciaire et écrivain Annette Kahn. D’autres journalistes y ont travaillé : Philippe Bernert, Gilbert Ganne, Gérald Schurr, Anne Manson, Évelyne Le Garrec, Jean-Claude Goudeau, Jean Laborde, André Sirvin, Alain Riou, Jacques Bouzerand, Bernard Morrot, Francis Schull, Jacques Lesinge, Jacques Malherbes, Jacques Chambaz, André Bloch, Monique Dittière, Andrée Nordon, Jacques-Marie Bourget, Jean-Michel Saint-Ouen, Claude-Marie Vadrot, etc.

La période HersantModifier

En 1978, après la vente du journal par Marcel Boussac à Marcel Fournier (PDG du groupe des supermarchés Carrefour) qui le revend à Robert Hersant, Francine Lazurick, la directrice, abandonne ses fonctions de PDG et démissionne du journal l’Aurore ainsi que le rédacteur en chef Dominique Pado. Francine Lazurick est remplacée à la tête du groupe, le 3 novembre, par Pierre Janrot, membre du Groupe Hersant.

Robert Hersant a donc racheté le journal qui était en concurrence la plus directe avec son navire amiral, Le Figaro. En fait, il le fusionne peu à peu avec le fleuron de son groupe de presse, dont L’Aurore reprend, au bout de quelques années, la quasi-intégralité du contenu, à l'exception, jusqu'en 1982, de l'éditorial, rédigé soit par Jacques Guillemé-Brulon pour la politique étrangère, soit, le plus souvent, par Guy Baret pour la politique intérieure. Sous l'influence de ce dernier L’Aurore se positionnera nettement plus à droite. En 1985, le journal est purement et simplement intégré dans Le Figaro. Mais il survit dans le titre de l'édition sans suppléments du samedi Le Figaro-L'Aurore. Ce n'est plus le cas depuis le milieu des années 2000, environ. Ainsi, en 2019, on trouve en vente le week-end un Figaro avec magazines et un Figaro sans magazines. Le nom de L'Aurore a disparu.

Notes et référencesModifier

  1. a b c d e f et g "Années 50. France Janus, en Noir & Blanc ou en Couleurs ?" par l'historien Dominique Lejeune 2019
  2. a b c d e et f "Comment fit fortune Marcel Boussace" dans Le Monde du 19 septembre 1952 [1]
  3. a b c et d « Ce matin-Le Pays fusionne avec L'Aurore », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  4. a et b Christian Delporte, Claire Blandin et François Robinet, Histoire de la presse en France: XXe-XXIe siècle, (France%20Libre%201948%20tirage%20exemplaires&f=false lire en ligne).
  5. a b c et d Philippe Boegner, Presse, argent, liberté, Fayard, (lire en ligne).
  6. « L'affaire de "Ce Matin-le Pays" », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  7. « La Société "L'Aurore" ne devra plus user du titre "Ce Matin" », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  8. Claude Bellanger, Jacques Godechot, Perre Guiral et Fernand Terrou, Histoire générale de la presse française, Presses universitaires de France, 1976, p. 222 et suivantes.
  9. Claude Bellanger, Jacques Godechot, Perre Guiral et Fernand Terrou, op. cit., p. 267.

Lien externeModifier