Albert Ier (roi des Belges)

troisième roi des Belges
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Albert Ier
Illustration.
Le roi des Belges Albert Ier.
Titre
Roi des Belges

(24 ans, 1 mois et 25 jours)
Premier ministre Frans Schollaert
Charles de Broqueville
Gérard Cooreman
Léon Delacroix
Henry Carton de Wiart
Georges Theunis
Aloys van de Vijvere
Prosper Poullet
Henri Jaspar
Jules Renkin
Prédécesseur Léopold II
Successeur Léopold III
Prince héritier de Belgique

(4 ans et 1 mois)
Monarque Léopold II
Prédécesseur Philippe de Belgique,
comte de Flandre
Successeur Léopold de Belgique,
duc de Brabant
Biographie
Titre complet Voir Titulature
Dynastie Maison de Saxe-Cobourg et Gotha
Maison de Belgique (fondateur)
Nom de naissance Albert Léopold Clément Marie Meinrad de Saxe-Cobourg et Gotha
Date de naissance
Lieu de naissance Bruxelles, Belgique
Date de décès (à 58 ans)
Lieu de décès Marche-les-Dames, Belgique
Père Philippe de Belgique,
comte de Flandre
Mère Marie de Hohenzollern-Sigmaringen
Conjoint Élisabeth en Bavière
Enfants Léopold III Red crown.png
Charles de Belgique,
comte de Flandre
Marie-José de Belgique
Religion Catholicisme romain
Résidence Palais royal de Bruxelles

Signature de Albert Ier

Albert Ier (roi des Belges) Albert Ier (roi des Belges)
Rois des Belges

Albert, prince de Belgique, duc de Saxe, prince de Saxe-Cobourg et Gotha et héritier de la couronne belge (de 1905 à 1909) est né à Bruxelles le et mort dans un accident d'escalade à Marche-les-Dames le . Il devient le troisième roi des Belges le , sous le nom d'Albert Ier, après la mort de son oncle Léopold II.

À partir de la Première Guerre mondiale, il devient l'objet d'un véritable mythe dépassant largement le cadre des frontières belges, recueillant les surnoms guerriers de Roi Soldat ou de Roi Chevalier. Après l'armistice de 1918, le roi intervient fréquemment dans les questions politiques belges. En 1919, alors que la Constitution borne ses pouvoirs, il réussit à imposer le suffrage universel masculin pur et simple lors de l'entrevue de Lophem.

Le roi prône l'égalité effective des deux langues nationales, la reconnaissance de la liberté syndicale et l'extension de la législation sociale. Sur le plan des relations internationales, il accomplit de longs voyages officiels et privés à l'étranger : les États-Unis en 1919, le Brésil l'année suivante, les Indes en 1925, sans oublier le Congo en 1928 et en 1932. Passionné d'alpinisme et auteur de diverses ascensions importantes, il trouve la mort lors d'une escalade en 1934 dans la vallée de la Meuse.

BiographieModifier

Premières années et environnement familialModifier

 
Albert de Belgique photographié par Jean Günther (1885).

Albert Léopold Clément Marie Meinrad[N 1] de Saxe-Cobourg et Gotha, plus connu sous le nom d'Albert de Belgique, né le [BE 1] au palais de ses parents à la rue de la Régence à Bruxelles, est le deuxième fils et le dernier des enfants du prince Philippe de Belgique, comte de Flandre (le frère de Léopold II) et de la princesse Marie de Hohenzollern-Sigmaringen. Son frère, Baudouin, est né en 1869 et ses deux sœurs, Henriette en 1870[N 2] et Joséphine en 1872[BI 1].

Le mariage de ses parents à Berlin en 1867 a été décidé, sous les auspices de la reine Victoria, dans le dessein de raffermir la position du récent royaume de Belgique entouré de deux puissantes voisines : la France et la Prusse. C'est donc une princesse prussienne, dont le père, Charles-Antoine de Hohenzollern, est très influent en Allemagne, qui a été choisie pour épouser le frère du roi Léopold II[BI 2]. Le prince Albert est donc imprégné dès l'enfance par une double influence culturelle : belge et germanique. N'ayant pas connu ses grands-parents paternels, Albert tisse des liens étroits avec sa famille Hohenzollern[BI 3].

La vie familiale du jeune Albert est rythmée par des séjours réguliers au domaine des Amerois situé en Ardenne belge méridionale. Ce vaste domaine, situé à dix kilomètres de Bouillon, a été acquis par le comte de Flandre pour que la comtesse de Flandre puisse retrouver une atmosphère lui rappelant sa Souabe natale[1]. Les Flandre, parents et enfants, y séjournent durant tout l'été avant de se rendre durant deux mois environ dans les propriétés allemandes des grands-parents Hohenzollern (au château de Sigmaringen ou à celui de Krauchenwies[BI 4]).

À l'instar de ses frère et sœurs, Albert reçoit une instruction dispensée à domicile. Les horaires des cours sont denses, au point que la reine Victoria recommande à son cousin Philippe de ne pas trop faire travailler ses enfants[BI 5]. Lors des vacances aux Amerois, le programme scolaire est légèrement réduit, mais la comtesse de Flandre est très exigeante pour tout ce qui regarde l'éducation, l'instruction et la religion. Baudouin étant un élève appliqué et doué, Albert, en contraste, donne trop souvent une image de dilettante[BI 6]. Au début de l'année 1888, Albert est placé sous la direction d'un gouverneur militaire : Harry Jungbluth, un protestant dont la philosophie compense quelque peu les idées issues de la mouvance catholique très présentes chez les Flandre. Jungbluth accompagne Albert dans tous ses déplacements, notamment lors de sa visite de la tour Eiffel en 1889. L'année suivante, Albert se prend d'une passion pour la bicyclette qui lui permet de se déplacer incognito à la ville comme à la campagne[TH 1]. Brutalement, l'harmonie familiale est interrompue par la mort soudaine le , des suites d'une pneumonie, du prince Baudouin[BI 7].

Prince de BelgiqueModifier

Formation et voyagesModifier

 
Le prince Albert durant sa formation comme officier des grenadiers (1897).

Après la mort de son frère Baudouin, Albert devient l'héritier — après son père le comte de Flandre, lui-même devenu héritier à la suite du décès de son neveu le prince Léopold, fils unique du roi Léopold II — du trône de Belgique. Le , un arrêté royal octroie à Albert et à l'ensemble de sa famille le titre de « prince de Belgique »[BI 8],[N 3]. Le [BI 10], comme son frère avant lui, le prince Albert entre à l'École royale militaire. L'année suivante, il devient sous-lieutenant au régiment des grenadiers[VA 1]. Albert apprécie favorablement la fréquentation des milieux militaires qui le placent au contact direct des diverses composantes de la population belge et qui lui offrent une certaine liberté dont il ne jouit pas chez ses parents. En tant que neveu de Léopold II, Albert représente son oncle en Belgique et à l'étranger. Il assiste notamment en au couronnement du tsar Nicolas II de Russie après s'être arrêté à Berlin pour présenter ses hommages à l'empereur allemand Guillaume II[BE 2].

De 1893 à 1909, le prince Albert, en sa qualité de sénateur de droit, prononce plusieurs discours relatifs à l'amélioration de l'infrastructure navale, ferroviaire et routière du pays. Lorsqu'il quitte l'École royale militaire en 1897, Albert se rapproche de Jules Bosmans, autrefois précepteur du prince Baudouin. Bosmans sensibilise le prince à la question sociale[TH 2]. Sa sœur Henriette remarque au sujet d'Albert : « Il a un intérêt passionné pour tout ce qui touche l'ouvrier, à sa vie et à son bien-être[TH 3]. » En 1895, Albert rédige une petite brochure — aujourd'hui disparue — dans laquelle il analyse les différents principes économiques et propose des solutions pour améliorer la condition de la classe prolétaire sans recourir au socialisme[TH 4].

Au printemps 1898, Albert effectue un voyage en Amérique du Nord qui le mène d'abord aux États-Unis[VA 2] puis au Canada. Ce périple de quatre mois (du au ) le conduit successivement à Washington, New York, Boston, Philadelphie, Los Angeles, San Francisco, Salt Lake City, Denver, Chicago, Pittsburgh, Toronto, Ottawa, Montréal et au Québec[N 4]. Ce voyage très formateur offre au jeune homme l'opportunité d'acquérir des connaissances nouvelles et de rencontrer une société très différente de celle qu'il côtoyait en Europe. Il entre en effet en contact avec les milieux politiques et financiers américains. Il est autant impressionné par le degré d'industrialisation que par les beautés naturelles des lieux qu'il visite[TH 5].

Mariage avec Élisabeth en BavièreModifier

 
Fiançailles d'Albert et d'Élisabeth (1900).

Le prince Albert et la future reine Élisabeth s'étaient rencontrés une première fois en à Paris, lors des funérailles de la duchesse d'Alençon, morte tragiquement dans l'incendie du Bazar de la Charité[N 5]. Toutefois, c'est de la princesse Isabelle d'Orléans qu'Albert tombe amoureux. Immédiatement, le roi Léopold II met son veto à ce mariage avec la sœur du prétendant orléaniste au trône de France afin de ne pas s'attirer les foudres de la Troisième République française. Léopold II envisage que sa petite-fille, l'archiduchesse Élisabeth-Marie, surnommée « Erzsi », épouse Albert ; mais ce dernier ne le souhaite pas. Lors d'un séjour à Paris chez sa sœur Henriette[N 6], Albert rencontre deux princesses en Bavière : Marie-Gabrielle et sa sœur Élisabeth. La première est déjà fiancée[N 7], mais Albert est libre de demander la main de la seconde. Quelques mois plus tard, le jeune prince ose faire sa demande en mariage : « Croyez-vous que vous pourriez supporter l'air de la Belgique ? ». Leurs fiançailles sont conclues à Fontainebleau le . Les noces d'Albert et Élisabeth sont célébrées à Munich le [BE 3].

Le couple a trois enfants[2] :

L'acte par lequel Léopold II approuve le mariage du prince Albert ne porte aucun contreseing ministériel, contrairement aux prescriptions des articles 60 et 64 de la constitution. En , après l'accession au trône d'Albert, un avocat gantois, Alfons Jonckx, avance la thèse que de ce fait, le prince Albert est déchu de ses droits au trône[VA 1]. Dans Le Soir du , Auguste Beernaert rectifie les propos de Jonckx en affirmant : « le consentement du roi intervenant au contrat de mariage n'est pas discutable, le consentement des ministres assistant aux cérémonies ne l'est pas moins », mais concède qu'il y a en effet eu, étant donné l'absence d'un arrêté royal, « un accroc théorique à la lettre de la Constitution », ajoutant ironiquement que « personne n'a été lésé »[3].

Un prince de son tempsModifier

 
Le prince Albert au meeting d'aviation d'Anvers s'apprête à voler à bord du dirigeable Zodiac le .

Un an après leur mariage[4], Albert et Élisabeth quittent le palais du comte de Flandre où ils vivaient pour s'installer à l'hôtel van der Noot d'Assche de la rue de la Science (aujourd'hui occupé par le Conseil d'État). Le couple, très rapidement parent de trois enfants, mène une vie simple, sans grand apparat. Cette image de bonheur familial constitue l'un des piliers de la popularité d'Albert Ier[VA 3]. Albert est féru de nouvelles technologies et n'hésite pas à emprunter les moyens de transport récemment créés. Il acquiert un tricycle à pétrole, puis une automobile (en 1901) qu'il conduit avec fougue. En , il profite d'un séjour à Paris pour effectuer une ascension en ballon libre. En , il accomplit un vol au-dessus du terrain d'aviation d'Anvers à bord d'un dirigeable[5]. Albert et Élisabeth fréquentent peu le roi Léopold II qui séjourne souvent en France et dont ils ne partagent pas les vues en divers domaines, estimant que le roi ne tente rien pour soigner sa popularité[TH 6].

Le , Philippe comte de Flandre meurt ; Albert devient donc l'héritier de la couronne. L'une de ses premières initiatives en tant que prince héritier est la création en 1906 de l'Œuvre royale IBIS[6], une institution visant à améliorer l'instruction des orphelins de pêcheurs défavorisés toujours active en 2020[VA 4]. Le prince Albert s'intéresse toujours aux questions sociales lorsqu'elles se posent concrètement. Ainsi, la prochaine mise en exploitation de gisements houillers dans le Limbourg en 1908 requiert d'accueillir une immigration ouvrière massive dans une région à faible densité de population. Revenant de Birmingham où il a visité une cité-jardin, Albert se déclare partisan de ce type de logements dont l'édification permettrait de résoudre la question de la surpopulation qui va se poser sous peu dans le Limbourg [TH 7].

Albert est intéressé depuis des années par le Congo belge. Passionné par les récits de ceux qui s'y sont rendus et interpellé par les controverses acerbes qui s'étaient exprimées, Albert décide de juger par lui-même la situation. Il débute donc le un périple de 80 jours au Congo belge. Si la traversée de l'Afrique australe constitue plutôt un voyage d'agrément ; à partir de Broken Hill (Kabwe), le prince accomplit une véritable expédition. Il parcourt près de 4 000 km à pied, en vélo et en baleinière. Albert désire réduire à leur minimum les formalités protocolaires. Officiellement, il témoigne à son oncle de son « émerveillement pour la belle contrée dont vous avez fait une colonie belge[TH 8]. » Cependant, dans ses carnets de voyage, il critique violemment la politique d'exploitation de la colonie mise en place par Léopold II et exprime ses craintes face aux ambitions d'expansion britanniques[7],[VA 5].

Roi des BelgesModifier

Les premières annéesModifier

 
Le cortège à Bruxelles lors de l'avènement du roi Albert le .

Le le roi Léopold II meurt d'une embolie foudroyante au château de Laeken. Selon l'article 85 de la Constitution, Albert devient le troisième roi des Belges. Il est immédiatement confronté à un dilemme : le défunt roi avait exprimé la volonté que seuls Albert et les gens de sa Maison suivent son convoi funéraire. Il transgresse les consignes et mène le deuil avec la pompe royale requise lors de funérailles solennelles célébrées à Bruxelles le [TH 9].

 
Les neuf souverains à Windsor lors des funérailles du roi Édouard VII le - le roi Albert est debout à l'extrême droite (photographie W. & D. Downey).

Le , la foule présente à Bruxelles pour assister aux cérémonies entourant la prestation de serment réserve un accueil particulièrement chaleureux au nouveau roi. Albert Ier est le premier souverain à prêter le serment constitutionnel en français et en néerlandais[VA 6]. Dans le discours qu'il prononce, il définit deux objectifs du nouveau règne : davantage d'humanité envers la population congolaise et davantage de justice sociale[TH 10]. Durant les premières années de son règne, Albert Ier se limite strictement à son rôle constitutionnel[VA 7]. Il s'entoure de personnalités de tendance libérale, comme Jules Ingenbleek, son secrétaire, et Harry Jungbluth, le chef de sa maison militaire[VA 8]. Il tente également de rapprocher la monarchie du peuple, notamment en supprimant l'escorte armée qui le séparait de la foule et en autorisant les journalistes à l'accompagner dans ses déplacements[VA 9].

Le , le souverain inaugure l'Exposition internationale et universelle de Bruxelles qu'il clôture le [VA 10]. Cette année 1910 est placée sous le signe des relations internationales car en mai, neuf souverains européens, dont le roi Albert, se rendent aux funérailles du roi Édouard VII à Londres. En octobre, le roi Albert reçoit la première visite officielle d'un chef d'État de son règne : l'empereur allemand Guillaume II et l'impératrice se rendent en Belgique. À cette occasion, les observateurs soulignent la cordialité qui règne de nouveau entre les deux maisons souveraines car les relations avec les Hohenzollern s'étaient quelque peu relâchées à la fin du règne de Léopold II[TH 11].

Le , le roi renoue avec la tradition des discours du trône, abandonnée par Léopold II. À cette occasion, le roi à cheval et la famille royale traversent Bruxelles, sous les acclamations de la foule. Sur son parcours, des socialistes distribuent des tracts en faveur du suffrage universel. À son arrivée au Parlement, les députés socialistes crient : « Vive le suffrage universel ! » Le discours du roi porte sur l'encouragement des arts, le développement de l'enseignement, l'octroi de la personnalité civile aux universités libres, les pensions des mineurs et de vieillesse et la réforme des contrats de travail[VA 11].

Au printemps 1911, le roi et la reine séjournent incognito en Égypte et au Soudan. À leur retour, le pays est en pleine agitation à la suite du dépôt d'un projet de loi sur l'enseignement, surnommée « loi du bon scolaire », par le gouvernement de Frans Schollaert. Ce projet émanant des catholiques vise, aux dires de leurs opposants, à étendre les subventions aux établissements scolaires qu'ils dirigent et ravive dès lors d'anciennes querelles entre catholiques et socialistes en matière d'enseignement[8]. Le roi consulte le président de la Chambre Gérard Cooreman et les ministres d'État Auguste Beernaert et Charles Woeste. Le , il a un entretien assez houleux avec le chef du cabinet Frans Schollaert. Le projet de loi scolaire est abandonné le lendemain. Le , le ministère remet sa démission[BA 1]. Le roi tente alors de confier les rênes du gouvernement à Gérard Cooreman, puis se tourne vers Charles de Broqueville[BA 2],[N 9].

 
Le Musée royal de l'Afrique centrale : façade arrière au début du XXIe siècle.

Selon Marie-Rose Thielemans, depuis qu'il s'y est rendu en 1909, le roi est fasciné par le Congo[TH 12]. Le , il inaugure le Musée du Congo belge dans le domaine de Tervueren (appelé depuis 1960 Musée royal de l'Afrique centrale)[VA 10] après le déménagement des collections du palais des colonies attenant. Il défend âprement la colonie contre les convoitises étrangères. En 1911, le roi s'oppose à une proposition de la France, qui suggérait à la Belgique de lui donner à bail la rive gauche du Congo sur plusieurs centaines de kilomètres, en échange de la reconnaissance de la souveraineté belge sur le Congo par le Royaume-Uni[VA 12]. En 1912, une société germano-britannique est fondée dans le but de créer un chenal entre Stanley Pool et Matadi. Encore une fois, le roi intervient afin de sauvegarder les intérêts belges, en convoquant le ministre des Colonies, Jules Renkin. En , la Belgique demande à la France d'entrer dans le capital de la société[VA 13].

En Europe, la tension internationale belliciste augmentant, les pays commencent à conclure des alliances et à fourbir leurs armes. En 1913, le roi Albert se rend en France (en avril) et en Allemagne (en novembre) pour rappeler à ses voisins la neutralité de la Belgique et pour les prévenir que s’ils violaient le territoire belge, le pays se défendrait. À l'empereur allemand qui lui rappelle son ascendance germanique, le roi répond : « Je suis Saxe-Cobourg, je suis aussi Orléans, mais je ne saurais oublier que je suis surtout belge ! »[9].

En , il impose avec l'aide du chef du cabinet Charles de Broqueville l'autonomie du haut commandement de l'armée et, en novembre, le service militaire obligatoire pour tous[VA 14] par extension d'une loi signée par son prédécesseur Léopold II sur son lit de mort en 1909 et qui prévoyait le service militaire d'un fils par famille. Cette mesure porte le contingent de l’armée de 180 000 à 340 000 hommes. La même année, une grève générale est déclenchée en vue d'obtenir le suffrage universel. À cette occasion, une partie de la presse socialiste appelle le roi à intervenir en faveur de leur lutte (par exemple en dissolvant les chambres), mais le souverain n'agira pas[VA 15].

Avant la guerre, Albert Ier, chef d'État d'un pays neutre, est parfois appelé pour arbitrer des conflits internationaux, par exemple entre l'Italie et l'Uruguay en 1910 et entre l'Allemagne et Haïti en 1911[VA 16].

La Grande GuerreModifier

Les prémicesModifier
 
Ultimatum allemand adressé le par Otto von Emmich.

En 1914, la guerre éclate. Le en fin d'après-midi, trois jours après la déclaration de guerre de l'Autriche-Hongrie à la Serbie, Albert Ier réclame devant le Conseil des ministres la mobilisation générale immédiate de l'armée, ce qu'il obtient grâce au soutien de Prosper Poullet et de Paul Segers[BA 3].

Le 2 août, le Reich adresse un ultimatum à la Belgique, pays pourtant neutre à l'instar du Grand-duché de Luxembourg voisin : l’empereur allemand Guillaume II réclame le libre passage de ses troupes, faute de quoi la Belgique serait considérée comme ennemie. Devant le Conseil des ministres, le roi déclare que l'ultimatum est inacceptable et qu'il faut se défendre. La décision de refuser l'ultimatum est prise conjointement par le roi et Charles de Broqueville. Le Conseil de la couronne se réunit peu après. Les discussions sont animées et plusieurs options sont envisagées par les ministres : laisser passer les Allemands, protester pour la forme ou résister. Finalement dans l'indignation générale et suivant les arguments de Jules Van den Heuvel, tous se rallient à l'avis du roi : résister à l'Allemagne et faire appel aux puissances garantes de la neutralité de la Belgique dès que les frontières seront violées[VA 17],[VA 18],[10].

En même temps, dès les premiers jours d'août, le Congo belge est mis en état de se défendre par des transferts de fonds, par la mise en alerte de la Force publique africaine et par l'organisation de communications maritimes indépendantes de la Belgique permettant de maintenir des relations économiques entre le domaine colonial belge et le reste du monde, quelle que soit l'évolution de la guerre en Belgique. C'est le secrétaire général du ministère des colonies Pierre Orts qui, de Bruxelles, gère autoritairement la politique de défense de la Belgique en Afrique fort du soutien du roi[11].

Violation de la neutralité belgeModifier
 
Schéma montrant l'idée d'ensemble du plan Schlieffen de 1905 (différent de celui appliqué en 1914) : sont indiqués les axes d'offensive des armées, ainsi que les différentes fortifications allemandes (en rouge), belges et françaises (en bleu).

Le , à 8 heures du matin, les Allemands pénètrent dans le territoire belge. Conformément au plan Schlieffen, l'armée allemande viole la neutralité belge. La nouvelle n'est pas encore connue quand, à 10 heures, le roi, vêtu d'une tenue de général de campagne, traverse Bruxelles à cheval au milieu d'une foule enthousiaste et vient prononcer un discours devant le Parlement : « Un pays qui se défend s'impose au respect de tous, ce pays ne périt pas. J'ai foi en nos destinées. » Il est acclamé par l'ensemble des députés[VA 19],[VA 18]. La résistance de la Belgique et particulièrement de son roi à l'envahisseur surprend une grande partie de l'Europe, notamment parce que les souverains belges, membres de la Maison de Saxe-Cobourg et Gotha et alliés aux maisons de Wittelsbach, de Habsbourg-Lorraine et de Hohenzollern, étaient toujours considérés comme des « princes allemands »[VA 20].

Après son discours devant les chambres, le roi rejoint immédiatement le grand quartier-général et prend le commandement effectif de l'armée[VA 21]. L'armée belge résiste à l'attaque allemande, notamment lors de combats menés par les troupes de campagne devant les forts de Liège. L'armée belge retient ainsi 150 000 soldats ennemis, privant de la sorte le haut commandement allemand de troupes pour mener pleinement son offensive contre la France. Après avoir dû abandonner les forts de Liège et remporté une victoire à la bataille de Haelen, l'armée belge se retire à la fin août dans la place forte d'Anvers, réputée une des plus efficaces d'Europe grâce à ses trois ceintures concentriques de forteresses. Au cours de trois sorties, les troupes de campagne s'appuyant sur les forts parviennent à tenir l'armée allemande en respect. Puis, pour échapper à l'encerclement, les renforts promis par le Royaume-Uni n'arrivant pas, le roi Albert ordonne la retraite. Certains auteurs, dont Marie-Rose Thielemans, avancent qu'à cette occasion le roi avait envisagé de capituler. Henri Haag affirme le contraire, en se basant sur une riche documentation[VA 17]. L’armée belge se retranche finalement derrière l’Yser, le . Elle y résistera quatre années aux côtés des Britanniques et des Français jusqu'à l'offensive victorieuse qui libérera la Belgique en 1918[12].

Chef des arméesModifier
 
Albert Ier sur un champ de bataille.
 
Le roi Albert, le prince Léopold et la reine Élisabeth durant la Première Guerre mondiale.

Pendant toute la guerre, le roi refuse de suivre le gouvernement belge qui s'est réfugié en France à Sainte-Adresse, dans la banlieue du Havre et reste à la tête de l’armée pour la diriger. Il établit son quartier-général à La Panne et visite fréquemment le front. En tant que commandant en chef de l'armée, il estimait pouvoir la diriger sous sa seule responsabilité, c'est-à-dire sans contreseing. En effet, l'article 68 de la constitution disait : « le roi commande les forces de terre et de mer, déclare la guerre, fait des traités de paix, d'alliance et de commerce […][TH 13],[VA 22]. » Charles de Broqueville n'était pas du même avis et jugeait qu'en tant que ministre de la Guerre, il était responsable devant le pays des actes posés par le roi. Cette différence d'interprétation causa de fréquentes dissensions entre le chef du cabinet et l'état-major, voire le roi lui-même[BA 4]. Progressivement un modus vivendi s'établit : le roi prend les décisions militaires en se passant du contreseing ministériel, mais il consulte son ministre[VA 22].

Durant tout le conflit, le roi défend un statut particulier pour la Belgique vis-à-vis des Alliés : selon lui, elle n'était pas un Allié en tant que tel, mais un État neutre secouru par ses garants à la suite de l'agression allemande, conformément à ce qui était prescrit par le traité des XXIV articles[VA 23]. Cependant, la Belgique se devait d'être fidèle aux alliés britannique et français qui lui avaient porté secours en tant que garants et, à ce titre, de rester liée à eux jusqu'à la libération de son territoire, à l'exclusion d'une paix séparée. C'est ainsi que, dès 1914, en application de cette solidarité, le roi décide d'envoyer des troupes du Congo belge pour appuyer les Français en lutte contre les Allemands au Togo. En 1915 et 1916, agissant en toute indépendance dans l'ouest de l'Afrique orientale allemande, les troupes coloniales belges remportent les victoires de Tabora et de Mahenge, tandis que les Britanniques s'emparent du nord et de l'est[13].

En , le roi Albert autorise son fils le prince Léopold, alors âgé de treize ans, à s'engager dans le 12e régiment de ligne[VA 24].

De bonne heure, il se montre partisan de l'élargissement du gouvernement à des membres de l'opposition libérale et socialiste. Charles de Broqueville accepte finalement l'entrée le des ministres d'État de l'opposition dans son gouvernement. Mécontents, deux ministres catholiques, Georges Helleputte et Armand Hubert, remettent leur démission au roi, qui la refuse[VA 25]. La même année, les Allemands, qui occupent les neuf dixièmes de la Belgique et y imposent un gouverneur, décrètent la scission administrative entre la Flandre et la Wallonie[VA 25]. En 1917, le Conseil de Flandre instauré par l'occupant proclame la déchéance du roi Albert, suivant les arguments juridiques autrefois avancés par Alfons Jonckx à propos de la prétendue illégalité de son accession au trône[VA 26].

Le , des frontistes adressent au roi une lettre ouverte réclamant une réforme linguistique au sein de l'armée. En effet, la langue du commandement était exclusivement le français. Le roi n'y donne pas suite, car il estime que cette réforme était impossible à mener en temps de guerre[14].

Vers la paixModifier
 
Le roi Albert Ier en par Richard N. Speaight.

Jusqu'à la fin de 1918, le roi ne croyait pas certaine la victoire alliée car l'échec des grandes offensives assorties de leurs hécatombes inutiles montraient, pensait-il, que la guerre ne pourrait être gagnée sur le terrain[TH 14],[VA 27]. Déjà, en 1915-1916, il contacte secrètement son beau-frère le comte Hans Veit zu Toerring-Jettenbach, pour connaître les intentions de l'Allemagne. Des tentatives sont également entreprises par l'entremise du prince Sixte de Bourbon-Parme et de son frère François-Xavier de Bourbon-Parme, cousins utérins de la reine et frères de l'impératrice d'Autriche, qui combattent tous deux dans l'armée belge mais qui ont de la famille dans le camp des empires centraux. C'est un discours du chancelier autrichien Czernin qui rend la tentative impossible en révélant ces contacts et en y impliquant le Premier ministre français Clemenceau qui s'empressa de démentir toute implication[TH 14].

Marie-Rose Thielemans voit dans ces tractations des négociations secrètes de paix, alors que pour Henri Haag, il ne s'agit que d'évaluer les conditions nécessaires à une paix de réconciliation générale, sans que la Belgique ne prenne aucun engagement, si ce n'est celui d'exiger la reconquête de son indépendance et l'indemnisation des pertes considérables humaines et matérielles que l'invasion allemande avait causées[VA 28]. Le roi tente également de convaincre le Royaume-Uni de négocier une paix de compromis[TH 14]. En 1916, Alphonse XIII d'Espagne demande à Albert Ier une audience pour son ambassadeur le marquis de Villalobar. Celui-ci avait reçu du chancelier allemand Bethmann Hollweg une proposition de paix séparée entre l'Allemagne et la Belgique : les troupes allemandes évacueraient la Belgique, lui rendraient son indépendance et l'Allemagne l'indemniserait pour les dommages subis. Le roi, pourtant partisan d'une paix de compromis, refuse, en accord avec son gouvernement, de recevoir le diplomate espagnol, par loyauté envers les Alliés et parce qu'il croit qu'une paix séparée est irréalisable pratiquement[BA 5],[VA 28]. On a su, après la guerre, que des socialistes des deux camps ennemis, voulant raviver la camaraderie de l'Internationale, avaient eu des contacts à Stockholm, mais sans suite. Du côté belge, le négociateur était Camille Huysmans[15].

Le , Charles de Broqueville remet la démission de son cabinet, probablement à cause du mécontentement du roi. Début , il reçoit pourtant un message du roi qui lui témoigne sa reconnaissance pour les services rendus[BA 6]. Albert Ier charge alors Gérard Cooreman de former un nouveau cabinet. Celui-ci accepte par devoir patriotique et précise qu'il remettrait sa démission dès la fin des hostilités. Contrairement à son prédécesseur, il laisse le roi conduire seul les affaires militaires[BA 7]. En , sans en avertir son gouvernement, le souverain plaide devant le cabinet de la guerre britannique pour une paix de compromis[TH 14].

Jusqu'en 1918, le roi refuse de rejoindre le commandement unique interallié et de participer aux grandes offensives meurtrières de la Somme, de Verdun et de Passchendaele, ce qui permet de limiter le taux de mortalité dans l'armée belge à 1 sur 50, contre par exemple 1 sur 6 dans l'armée française[VA 29]. En , lorsqu'il est enfin convaincu de la victoire finale des Alliés à la suite de leur offensive victorieuse, il accepte, sur l'avis de son conseiller constitutionnel et diplomatique Pierre Orts, le commandement unique interallié[TH 14] et ordonne en d'engager l'offensive contre l'armée allemande dans les Flandres. Après la victoire de la forêt d'Houthulst et au bout de deux mois de combats qui ont repoussé l'ennemi jusqu'à Gand, l'armée belge et le roi entrent dans cette ville où leur parvient la nouvelle que l'Allemagne vient de signer l'armistice de Compiègne. Le bilan des pertes humaines belges militaires et civiles s'élève entre 75 000 et 130 000, dont 36 000 à 46 000 tués[16].

L'entrevue de LophemModifier

 
Retour du roi Albert à Bruxelles (Porte de Flandre, le ).

Le soir du , le roi reçoit au château de Lophem, chez les barons van Caloen, Gérard Cooreman, chef de cabinet, Paul-Émile Janson, député libéral de Bruxelles, et Édouard Anseele, député socialiste de Gand. Après le départ de Janson et d'Anseele, le roi demande à Cooreman de convoquer le surlendemain des hommes politiques et des personnalités influentes restés au pays pendant la guerre. Ces personnalités appartiennent presque toutes à la gauche. À la suite de ces consultations, le roi propose, probablement à la suite d'une suggestion d'Émile Francqui, de confier à Léon Delacroix la mission de constituer un gouvernement d'union nationale. Tous les conseillers se rallient à cette proposition. Ce gouvernement reçoit pour mission de reconstruire le pays, de réformer la constitution (instauration du suffrage universel pur et simple à vingt et un ans) et d'établir un enseignement supérieur en néerlandais[BA 8]. Le roi était en effet un partisan du suffrage universel pur et simple avant le conflit[TH 14].

Après quarante-huit heures de réflexion, Léon Delacroix accepte et constitue un cabinet d'union nationale. Charles de Broqueville accepte le portefeuille de l'Intérieur, à la demande expresse du roi[BA 9]. Le , la famille royale rentre à Bruxelles où elle est accueillie par une foule enthousiaste. Le roi se rend au Parlement et annonce que son gouvernement fera adopter le suffrage universel, créera une université flamande, autorisera les coalitions d'ouvriers et étendra les lois sociales[BA 10]. Dans son discours, le roi insiste notamment sur l'hygiène sociale, la lutte contre l'alcoolisme et la nécessité d'une répartition plus équitable des richesses[VA 30].

Conformément à ce qui avait été annoncé dans le discours royal, on vote en effet une loi organisant l'élection immédiate d'une constituante au suffrage universel masculin[N 10] pur et simple. Les élections ont lieu en . Cependant, un respect strict de la constitution aurait exigé que ces élections se fassent au suffrage plural et que la nouvelle assemblée élue révise la constitution afin d'octroyer le suffrage universel. C'est cet événement que les catholiques conservateurs ont appelé « le coup de Lophem ». Par contre, la création d'une université flamande à Gand sera retardée jusqu'en 1930[TH 14],[VA 31].

Le « coup de Lophem » est dénoncé dans la presse conservatrice, surtout catholique, mais aussi libérale[18], en 1921 et en 1930, à la suite de révélations sur les consultations de 1918. C'est le caractère inconstitutionnel de l'octroi du suffrage universel et la création de l'université flamande à Gand qui furent principalement critiqués et attribués à la peur de troubles. Le , le roi écrit une lettre publique au Premier ministre Henri Jaspar pour mettre fin à cette polémique. Il y affirme notamment que ce n'est ni un chantage, ni la peur de troubles qui ont motivé les décisions prises à Lophem. Par ailleurs, le retard dans la création de l'université flamande aliène au roi les extrémistes flamands, qui lui reprochent d'avoir promis ce qu'il ne pouvait octroyer[VA 32].

L'union nationale de l'après-guerreModifier

 
Le roi et la reine en visite à Isleta (Nouveau-Mexique) en 1919.
 
Le Français Joseph Guillemot, champion olympique du 5 000 mètres, félicité par le roi en .

Après la guerre, le roi Albert intervient plus fréquemment dans la politique. Son prestige acquis pendant le conflit et l'évolution des mentalités lui épargnent d'être accusé d'exercer un pouvoir personnel, contrairement à son prédécesseur. Il consacre également une partie de ses efforts à favoriser la reconstruction et le redressement économique du pays par de multiples initiatives et interventions dans les domaines économique et social[VA 33].

Après les élections de , les premières au suffrage universel, Léon Delacroix remet sa démission au roi, qui lui demande de former un nouveau gouvernement d'union nationale, à l'instar du précédent[19].

Après la Première Guerre mondiale, la Belgique est représentée en 1919 aux négociations de paix à Paris par Paul Hymans, Émile Vandervelde et Jules Van den Heuvel. À court d'argument lors des négociations avec les grandes puissances, Paul Hymans fait appel au roi en avril. Celui-ci s'apprête alors à partir pour Londres, mais il décide de se rendre à Paris sans délai quand il reçoit le message de son ministre. Du 2 au 5 avril, il séjourne dans la capitale française et il réclame des indemnités de guerre et la révision du traité des XXIV articles concernant le statut de l'Escaut. Il ne semble pas avoir réclamé le Limbourg néerlandais et le grand-duché de Luxembourg, ni même Eupen et Malmedy[BA 11],[VA 34]. La conférence lui accorde les cantons de l'Est, la tutelle sur le Ruanda-Urundi (accords Orts-Milner), ainsi qu'une indemnité prioritaire de deux milliards et demi de marks. Il tente aussi, mais en vain, de s'opposer à la politique d'humiliation excessive de l'Allemagne. Il se montre réticent quant à la participation de la Belgique à l'occupation de la rive gauche du Rhin. Celle-ci a cependant lieu, de concert avec les Français[VA 34]. Par ailleurs, le roi refuse que la diplomatie belge instrumentalise les atrocités allemandes d', car il estime qu'il ne faut pas accabler l'Allemagne, avec laquelle il serait judicieux de reprendre des relations économiques[TH 14].

Du au , le roi, la reine et le prince Léopold se rendent en visite officielle aux États-Unis[VA 35]. Lors d'une visite dans le pueblo indien d'Isleta au Nouveau-Mexique, le roi décore de l'ordre de Léopold le père Anton Docher[20], qui lui offre une croix d'argent et de turquoise faite par les Indiens Tiwas[21],[22].

En 1920, la Belgique conclut un accord militaire avec la France. Le roi juge que cet accord doit être complété par un traité similaire avec le Royaume-Uni, faute de quoi le royaume paraîtrait inféodé à la France. Il tente donc entre 1920 et 1922 d'obtenir un accord militaire avec le Royaume-Uni, sans succès[VA 36].

C'est également en août 1920 que le roi Albert Ier fonde l'Académie royale de langue et littérature françaises[VA 37]et assiste à plusieurs épreuves des Jeux olympiques qui se tiennent à Anvers avant de se rendre en visite officielle au Brésil, pays qui avait envoyé une petite flottille dans les mers septentrionales, ainsi que des vivres et des médicaments durant la Première Guerre mondiale. Au Brésil, alors que le roi et la reine souhaitent surtout rencontrer les industriels et les urbanistes qui s'inquiètent du développement des favelas ; les souverains sont accablés de cérémonies officielles et de galas. Ils poursuivent leur périple en visitant un institut de médecine tropicale, un jardin botanique, une plantation de café et d'autres lieux plus conformes à leurs centres d'intérêts[23].

Fin , au retour de son voyage au Brésil, Albert reçoit la démission du cabinet Delacroix. Le roi demande à Paul Segers de constituer un gouvernement, mais celui-ci refuse. Albert Ier se tourne alors vers Henry Carton de Wiart[BA 12].

Le souverain soutient le ministre du Travail Joseph Wauters quand il fait voter la loi des huit heures en 1921. Cette loi limite le temps de travail à huit heures par jour et quarante-huit heures par semaine[VA 38].

Le temps des crisesModifier

Après la démission de Henry Carton de Wiart à la suite des élections de , le roi choisit Georges Theunis, ministre des finances du gouvernement démissionnaire et représentant la Belgique lors de la Conférence de la paix de Paris de 1919, comme Premier ministre, sur les conseils de Charles Woeste[24].

En 1923, le gouvernement décide de participer à l'occupation de la Ruhr, contre l'avis du souverain. La même année, le roi intervient en faveur de la prolongation du service militaire en écrivant une lettre, qui sera rendue publique, à son ministre de la Défense, Albert Devèze, pour défendre la proposition de ce dernier[VA 39].

En , Theunis remet sa démission au roi, à la suite du rejet par le Parlement d'un traité de commerce franco-belge. Le roi la refuse et Theunis reste Premier ministre après un remaniement ministériel. Le roi promet à Theunis de dissoudre les chambres et de convoquer des élections dès . Après ces élections, Theunis démissionne une seconde fois[BA 13] et le roi charge Émile Vandervelde de former un gouvernement. Celui-ci tente de rassembler les socialistes et les plus progressistes parmi les libéraux et les catholiques, mais il échoue. Le roi rappelle alors Charles de Broqueville, qui abandonne lui aussi la mission après quelques jours. Albert Ier désigne alors Aloys Vande Vyvere, qui constitue un gouvernement catholique homogène renversé par le Parlement dix jours après sa constitution[BA 14]. Le souverain fait alors appel à Prosper Poullet, qui constitue un gouvernement catholique-socialiste[BA 15].

 
Le roi Albert et la reine Élisabeth aux Indes (1925).

Le jour des noces d'argent du couple royal, le , celui-ci se trouve en voyage privé aux Indes. À leur retour cent mille Belges les acclament pour célébrer leur anniversaire de mariage[VA 40].

Au début de , le gouvernement Poullet présente sa démission. Le roi charge alors Émile Brunet de constituer un gouvernement, mais celui-ci échoue. La crise économique est alors particulièrement sévère et le cours du franc belge chute. Le roi convoque alors au palais de Bruxelles Émile Vandervelde, Paul Hymans et Aloys Vande Vyvere et les convainc de soutenir un gouvernement d'union nationale, dont il confie la direction à Henri Jaspar, afin de rassurer l'opinion conservatrice. Le , peu après la constitution du gouvernement Jaspar, le roi lui adresse une lettre publique dans laquelle il exprime tous ses vœux de succès et appelle la population à s'unir derrière le gouvernement. Cette lettre et la réaction unanimement positive de la presse exercent une influence sur l'opinion publique et assurent la légitimité du gouvernement[BA 16],[VA 41].

Sur le plan privé, le , le fils aîné du roi, Léopold, épouse la princesse Astrid de Suède[BE 4]. Quelques mois plus tard, en 1927, le montant de la liste civile est ajusté. En effet, la constitution (article 77) prévoyait que ce montant soit fixé au début de chaque règne. Or la valeur du franc belge avait été divisée par sept. Les députés décident de l'augmenter sans passer par une révision constitutionnelle. Le roi accepte que la liste civile soit seulement multipliée par trois[VA 42].

Le , le roi prononce un discours dans les grands halls de Cockerill à Seraing, à l'occasion du cent-dixième anniversaire de l'usine. Le roi présente la science non seulement comme un levier pour l'industrie, mais comme un instrument du prestige de la nation. Il décrit la pauvreté des laboratoires belges et lance un appel à la générosité du secteur privé. Ce discours donne l'impulsion nécessaire à la création d'une institution nouvelle, de droit privé, au service d’une science utile, sociale, pacifique et patriotique : le Fonds national de la recherche scientifique. L'idée du recours à des fonds privés pour soutenir la recherche revient à Émile Francqui, mais c'est grâce au discours royal que des fonds suffisants (plus de cent millions de franc belges) peuvent être collectés. En effet, dès le , le roi annonce la constitution du fonds, qui sera créé en 1928[VA 43].

Le , lors d'un discours à Tribomont (Grand-Rechain), Émile Vandervelde réclame le service militaire de six mois, politique à laquelle le roi est totalement opposé. Le roi charge alors Jaspar de constituer un cabinet bipartite catholique-libéral et établit lui-même le programme du gouvernement[TH 14].

 
Le roi Albert et la reine Élisabeth au camp militaire de Léopoldville au Congo (1928).

Le , le souverain devient grand-père pour la première fois, avec la naissance de Joséphine-Charlotte. En réponse aux délégations du Parlement venues le féliciter, il prononce un discours en faveur du renforcement de l'armée, qui sera critiqué par la presse socialiste, surtout flamande[VA 44].

Du au , le couple royal visite le Congo belge. C'est la première fois qu'un souverain belge se rend officiellement dans la colonie[25]. Le roi assiste à l'inauguration du chemin de fer reliant le Bas-Congo au Katanga. À Léopoldville, il inaugure une statue équestre de Léopold II, réplique de celle qui se dresse sur la place du trône à Bruxelles. Lors de son retour à Anvers, il déclare : « Travailler au sort des populations indigènes, c'est travailler à la prospérité de la Colonie. Toutes les nations colonisatrices contractent d'imprescriptibles devoirs vis-à-vis des collectivités humaines sur les territoires desquelles elles s'installent[26]. » En 1932, durant 13 jours, le roi se rendra une dernière fois dans la colonie, mais incognito cette fois. Il effectue une partie du voyage en hydravion par le nord-est pour visiter la région de l'Uele, les mines d'or de Kilo-Moto en Ituri et le parc national qui portera son nom avant de devenir le parc national des Virunga[VA 25].

Les années 1930Modifier

Au début de 1930, la polémique à propos de l'entrevue de Lophem renaît dans la presse, à la suite de nouvelles révélations. Le roi doit écrire une lettre publique le pour y mettre fin[VA 45]. En 1930, le roi participe aux festivités organisées à l'occasion du centenaire de la Belgique. La même année, il participe à l'Exposition internationale d'Anvers et à celle de Liège[VA 45] et inaugure dans la Cité Ardente les débuts des travaux du canal Albert, qui reliera les ports de Liège et d'Anvers. Sur le plan dynastique, la famille royale se renforce par la naissance d'un héritier masculin à la seconde génération. Le , le roi devient grand-père d'un petit-fils — dont il est le parrain — qu'il demande de prénommer Baudouin en hommage à son défunt frère[BI 9].

À partir de 1930, comme la situation internationale se dégrade, le roi use de son influence sur la politique extérieure du royaume pour éviter qu'il soit entraîné dans un conflit au nom de la défense d'un autre État[VA 46].

Jaspar remet sa démission au roi en 1931, à la suite de son échec dans le dossier du bilinguisme dans l'enseignement. Le roi fait alors appel à Prosper Poullet, qui décline l'offre, malgré l'insistance du souverain. Celui-ci se tourne alors vers Jules Renkin[BA 17].

Le , alors que se tient la conférence de Lausanne, le roi écrit à son Premier ministre une lettre qui est rendue publique dans laquelle il appelle à la solidarité internationale. Cet appel sera bien perçu par la presse internationale[VA 47].

Vers , il apparaît que les libéraux, coalisés avec les catholiques, souhaitent la dissolution des Chambres avant le vote d'une série de mesures économiques impopulaires. Le roi est du même avis et tente de convaincre son Premier ministre Jules Renkin en lui écrivant plusieurs lettres à ce sujet. Celui-ci maintient sa position. En , après les élections communales, les libéraux réclament à nouveau avec force au Parlement la dissolution. Le souverain adresse alors à Renkin une lettre qui lui signifie qu'il a perdu sa confiance. Ce courrier provoque la démission du Premier ministre, qui ne révèle cependant pas aux membres du gouvernement la raison de son retrait[TH 14],[BA 18].

 
Le lieu de la chute du roi à Marche-les-Dames : la hauteur de la plateforme au sol est de huit mètres.

Le roi rappelle alors au pouvoir Charles de Broqueville. Celui-ci obtient du souverain la dissolution du parlement. Le soutien public du roi au gouvernement de Broqueville est décisif. Le roi refuse ainsi une première démission du cabinet à la suite d'un vote au cours duquel la majorité du groupe libéral avait voté contre une décision de Prosper Poullet, ministre de l'Intérieur. Il écrit le une lettre publique au gouvernement, dans laquelle il estime que le gouvernement n'a pas de raison suffisante pour démissionner. Les ministres demeurent donc en place et la Chambre leur accorde sa confiance. Le roi intervient encore dans les affaires publiques sur la question du sort des fonctionnaires qui ont collaboré avec l'occupant allemand. Cette question divise le pays. Le les anciens combattants manifestent à Bruxelles pour faire savoir leur indignation. Albert Ier reçoit une de leurs délégations. Le , le roi propose dans une lettre à Charles de Broqueville de confier ce problème à une commission de hauts magistrats indépendants de l'administration. Cette proposition est approuvée à l'unanimité par le gouvernement le lendemain et après la publication de la lettre royale, les esprits se calment[BA 19],[VA 48].

À la fin de son règne, son chef de cabinet, Louis Wodon fait parvenir, probablement avec l'assentiment du roi, à certains ministres un document dans lequel il donne une interprétation autoritaire de la constitution, renforçant les pouvoirs de l'exécutif[TH 14].

Féru d'alpinisme, le roi meurt à la suite d'une chute dans les rochers de Marche-les-Dames, dans la vallée de la Meuse, près de Namur, le . Ses funérailles nationales le ont lieu à Bruxelles au milieu d'un concours d'environ deux millions de personnes. Aux côtés de ses fils et de son gendre Umberto, on reconnaît Albert Lebrun, président de la République française, le prince de Galles, le roi Boris de Bulgarie, le prince Nicolas de Roumanie, le prince Axel de Danemark, le prince Charles de Suède, le prince Paul de Yougoslavie, le prince Cyrille de Bulgarie, le prince-consort Henri des Pays-Bas, le prince-consort Félix de Luxembourg, et d'autres membres du Gotha ; mais aussi des milliers d'anciens combattants. Il est inhumé auprès de ses ancêtres dans la crypte royale de l'église Notre-Dame de Laeken[27].

Le , Charles de Broqueville prononce un discours de politique internationale qu'il avait en fait préparé avec Albert Ier juste avant sa mort. Dans ce discours, il déclare que face à la menace du réarmement allemand, il faut choisir entre la guerre préventive ou la limitation généralisée des armements et qu'il vaut mieux négocier avec l'Allemagne, plutôt que de subir une nouvelle course aux armements[BA 20].

En , la diplomatie et l'opinion belges sont scandalisées par les propos du fasciste britannique Hutchison, qui prétend que le roi ne serait pas mort accidentellement mais aurait été assassiné en raison de son opposition à une éventuelle guerre contre l'Allemagne[28].

Le roi alpinisteModifier

 
Le roi Albert au sommet Margherita dans les Dolomites (1931).

Albert Ier, d'un tempérament sportif, manifeste tout au long de sa vie une vive passion pour l'alpinisme. C'est Charles Lefébure, un ingénieur qui donne des conférences sur l'alpinisme à Bruxelles, qui l'initie à ce sport d'endurance dès le début des années 1900[TH 15]. Pour se familiariser avec cette discipline, Albert commence à effectuer de nombreuses randonnées en montagne dans les Dolomites où la princesse Élisabeth l'accompagne parfois. Progressivement, les sommets les plus fameux ne l'effrayent plus. En , Albert se confronte au mont Cervin. Il marque une préférence pour les massifs du Mont-Blanc, du Valais, des Dolomites. Le , il inaugure le nouveau refuge du glacier du Tour, le refuge Albert-Ier, offert par le Club alpin belge au Club alpin français. Albert Ier a laissé son nom à l'aiguille Torre Re Alberto au passage terminal extrêmement difficile. Il était membre du Groupe de haute montagne[29].

Le roi a effectué les ascensions notables suivantes :

Opinions politiques d'Albert IerModifier

En 1979 dans Albert Ier, roi des Belges, Jacques Willequet présente Albert Ier comme un aristocrate cosmopolite, ne se sentant pas belge, mais lié aux Belges par son serment. Selon lui, guidé par le principe de l'équilibre européen, le roi était favorable à une paix de statu quo ante bellum. Willequet avance aussi qu'Albert voulait mettre fin à la majorité absolue catholique et que c'est dans ce but qu'il plaida pour la formation d'un cabinet d'union nationale et l'introduction du suffrage universel[VA 49].

Marie-Rose Thielemans le décrit comme « un conservateur habile, sachant humer le vent, secret, ne laissant pas percer ses véritables sentiments » et « un homme d'État d'envergure, guidé de bonne foi par ce qu'il considère comme l'intérêt fondamental du pays : la neutralité et l'unité dans un climat social et linguistique apaisé »[TH 16]. Elle le décrit aussi comme un pacifiste, voire un défaitiste[TH 16].

Luc Schepens avance qu'en matière linguistique la politique du roi Albert n'était pas claire, mais guidée par l'idée de l'unité du pays[VA 17].

Le roi avait des idées proches de celles des libéraux[VA 8]. Il n'estimait pas la démocratie pour elle-même, mais il la considérait comme une contrainte à laquelle il fallait se plier. Il exerça des pressions en faveur du suffrage universel, non parce qu'il le considérait comme un bien en soi, mais parce qu'il pensait que c'était une nécessité pour la stabilité du pays[31],[VA 50].

PostéritéModifier

La légende du Roi ChevalierModifier

 
Monument Albert Ier, place du à Saint-Quentin (Aisne, France).

Dès le début de la Première Guerre mondiale, se développe une identification entre le peuple belge et son souverain, qui aboutit à une sorte de culte de la personnalité : dans la Belgique occupée, des pièces d'or à son effigie sont utilisées comme bijoux. Après la guerre, des porcelaines, des cartes postales, des boîtes de biscuits à l’effigie du roi en uniforme sont produites[TH 17]. D'après Patrick Roegiers, le roi se prête de son plein gré à l'édification de sa légende en posant pour les artistes[32]. Pourtant le roi n’aimait pas cette épithète de « Roi Chevalier ». En effet, tous ses contemporains s'accordent sur sa modestie[TH 13]. Par ailleurs, Patrick Roegiers note qu'il était un cavalier médiocre[33].

Selon Laurence Van Ypersele, le mythe du roi Albert est né en Belgique dès les premiers jours d' : les journalistes et les écrivains belges le présentent alors comme l'incarnation de la Belgique, le chevalier de l'honneur, le défenseur du droit. Selon cette historienne, ce n'est qu'ensuite que la propagande française et surtout anglaise reprend le mythe tel quel et le diffuse internationalement. Laurence Van Ypersele a dispensé un cycle de conférences consacré à la création des mythes contemporains et des héros belges de la Première Guerre, en particulier du roi Albert Ier, au Collège de Belgique[VA 51].

Selon Marie-Rose Thielemans, par contre, l'utilisation à des fins de propagande de l'image du roi débute au Royaume-Uni, qui entendait mobiliser sa population pour un motif noble et désintéressé tel que la défense d’un petit pays inoffensif injustement attaqué. Cela permettait surtout d’occulter les vrais enjeux pragmatiques de leur entrée en guerre : arrêter l’Allemagne qui menaçait l’Empire britannique par sa suprématie en Europe et par le développement de sa Kaiserliche Marine[TH 18]. C’est ainsi que le Daily Telegraph demanda à un romancier de réunir, avant la fin de l’année 1914, des textes à la gloire de la Belgique et de son roi dans un livre nommé King Albert's Book (publié en décembre), auquel collaborèrent de nombreuses personnalités[TH 18]. C'est grâce à cet ouvrage que l'expression « Roi Chevalier » se répandit[TH 19]. Voici un extrait écrit par Vicente Blasco Ibáñez, qui était pourtant un antimonarchiste notoire : « Il est un héros sans le désirer, sans chercher à le devenir ; il est le héros le plus grand et le plus sympathique de tout le vingtième siècle. Il est le roi-chevalier… [TH 19]. »

Selon Pierre Orts, plénipotentiaire et conseiller diplomatique et constitutionnel d'Albert Ier de 1917 à 1919 (il l'a rencontré au cours d'une trentaine d'audiences à La Panne puis à Bruxelles), l'épithète « Roi Chevalier » ne s'accorde pas du tout avec la personnalité d'Albert Ier : « Le Roi-Chevalier ! Celui qui, le premier, en forme d’hommage, accola ce vocable au nom d’Albert Ier se rendit coupable d’un véritable attentat à sa personnalité. Puisse la postérité ne point le retenir ; ce serait à désespérer de la vérité historique. Chevalier, le mot n’évoque-t-il pas un aimable mélange de panache, de folle bravoure, de soumission à des servitudes morales périmées, voire de frivolité ? Et il était tout le contraire de cela. L’un de ses biographes, en insistant sur son « sérieux » a résumé en un mot la somme des dons que ce roi mit au service de la fonction royale : la conscience, le sentiment du devoir, la réflexion, la prudence, le sens des possibilités, la patience »[34].

Sa mort tragique et inopinée va donner une vigueur nouvelle à la légende : des rues et des places sont nommées en son honneur et de nombreuses statues sont élevées, de préférence représentant un roi casqué et à cheval[TH 20]. En 1934, un poème de Rodan publié par Le Courrier de l'Armée lui donne les qualificatifs suivants : Albert l'Inoubliable, Albert le Modeste, Albert le Charitable, Albert le Sage, Albert le Bon, le Roi Sublime, le Roi Martyr, le Roi Viril, Albert le Grand, Albert le Bien-Aimé[TH 20]. Pierre Daye, dans Vie et mort d'Albert Ier lui prête un comportement chevaleresque qui confine à la sainteté[TH 20]. La France aussi a connu une grande vague de sympathie envers Albert Ier peu après sa mort : des statues furent érigées et de nombreuses voies reçurent son nom. Il est à noter qu'à cette époque la France craignait une dénonciation par la Belgique de l'accord militaire franco-belge de 1920[TH 21]. Ainsi, en hommage à cette figure, la promotion 1933-1935 de l'École spéciale de Saint-Cyr porte son nom[35].

MonumentsModifier

 
Statue équestre du roi Albert Ier au Mont des Arts à Bruxelles par Alfred Courtens (1951).

GalerieModifier

ToponymieModifier

En Belgique, d'innombrables rues, avenues, boulevards, places, squares et lieux divers comme des parcs (Gand, Courtrai ou Bruges), la bibliothèque albertine à Bruxelles ou encore un canal rendent hommage au troisième roi des Belges. Parmi les innombrables artères du pays, une avenue porte son nom à Maissin, village ardennais belge touché par la bataille des frontières les 22 et .

La toponymie mémorielle est également très présente en France : une rue et un pont de Dunkerque portent son nom depuis le [37]. On peut emprunter une avenue Albert Ier à Grenoble, à Rueil-Malmaison, à Thionville, à Valenciennes, à La Rochelle ainsi qu'à Blois. On recense encore par exemple un square Albert Ier à La Roche-sur-Yon, un jardin Albert-Ier à Nice et un monument au roi soldat à Metz. À Caen, l'avenue longeant l'ancienne caserne, refuge de l'armée belge en 1914, porte son nom, de même qu'une résidence pour seniors située dans la même artère[38].

En Europe et dans le monde entier (particulièrement dans les pays alliés lors de la Première Guerre Mondiale), les lieux honorant la mémoire du roi Albert sont légion, sans qu'il soit possible de les énumérer.

AstronomieModifier

(1290) Albertine est un astéroïde découvert peu de temps avant sa mort.

PhilatélieModifier

 
Roi casqué (philatélie) : 1919-1920.

Au cours de son règne et après sa mort, l'effigie du roi Albert apparaît sur plusieurs timbres-poste[39].

  • 1912 - 1914 : effigie du roi Albert Ier (type Pellens) : 15 valeurs.
  • 1914 - 1915 : au profit de la Croix-Rouge : effigie du roi Albert Ier (Mac Donald) : 6 valeurs.
  • 1915 - 1919 : effigie du roi Albert Ier : 7 valeurs.
  • 1919 - 1920 : Roi casqué : 16 valeurs.
  • 1922 - 1927 : nouvelle effigie du roi Albert Ier : 25 valeurs.
  • 1921 - 1925 : série dite « Petits Montenez » : 9 valeurs.
  • 1929 - 1941 : type « Montenez » : 4 valeurs.
  • 1931 - 1934 : type « Albert avec képi » : 10 valeurs.
  • après 1934 : divers timbres commémoratifs.

DécorationsModifier

Grand maître de :

Décoré de [40]:

TitulatureModifier

 
Acte de naissance d'Albert Léopold Clément Marie Meinrad, duc de Saxe, prince de Saxe-Cobourg et Gotha, .

Albert Ier porte à la naissance les titres de duc de Saxe et de prince de Saxe-Cobourg et Gotha. À partir du , un arrêté royal lui octroie, ainsi qu'à l'ensemble de sa famille, le titre de « prince de Belgique »[BI 8] et, après son accession au trône en 1909, il porte le titre roi des Belges. Après la Première Guerre mondiale (1914-1918), il délaisse l'usage des titres duc de Saxe et prince de Saxe-Cobourg et Gotha, vu leur origine allemande. Toutefois ces titres sont encore présents sur certains actes officiels (actes de naissance et de décès, par exemple).

AscendanceModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Le rédacteur de son acte de naissance orthographie son dernier prénom « Mainrad » [sic] ; ce prénom se réfère à Meinrad d'Einsiedeln, un saint et ermite du IXe siècle vénéré par la famille de Hohenzollern. Le roi Albert donne également comme cinquième prénom « Meinrad » à ses deux fils Léopold III et Charles.
  2. Henriette avait une sœur jumelle prénommée Joséphine morte le .
  3. Jusqu'en mars 1891, le roi et l'ensemble de la famille royale étaient désignés de manière hétérogène selon les divers actes de l'état-civil. Les titres allemands saxons (prince(sse) de Saxe-Cobourg et Gotha, duc(hesse) en Saxe, voire duc(hesse) de Saxe) étaient usités préférentiellement à la qualité de prince(sse) de Belgique[BI 9].
  4. Archives du Palais Royal de Bruxelles, Secrétariat du prince Albert, lettres du prince Albert à sa sœur la princesse Joséphine, mars à .
  5. La duchesse d'Alençon était la tante d'Élisabeth en Bavière.
  6. La princesse Henriette a épousé le Emmanuel d'Orléans, duc de Vendôme et réside à Neuilly-sur-Seine.
  7. La princesse Marie-Gabrielle en Bavière (1878-1912) épouse le le prince-héritier Rupprecht de Bavière.
  8. Le prince Charles aurait épousé le Jacqueline Peyrebrune, mais il n'y a aucune trace de ce mariage.
  9. Les onze (dont deux fois le même, à savoir le baron de Broqueville) Premiers ministres du règne du roi Albert sont tous issus du parti catholique belge
  10. En Belgique, le droit de vote sera accordé aux femmes aux élections communales par la loi du et aux élections législatives par la la loi du [17].

RéférencesModifier

  • Jean Bartelous, Nos premiers ministres de Léopold Ier à Albert Ier, 1983.
  1. Bartelous 1983, p. 258-259.
  2. Bartelous 1983, p. 258-264.
  3. Bartelous 1983, p. 271.
  4. Bartelous 1983, p. 278-279.
  5. Bartelous 1983, p. 274-275.
  6. Bartelous 1983, p. 279-280.
  7. Bartelous 1983, p. 289.
  8. Bartelous 1983, p. 290-293.
  9. Bartelous 1983, p. 280.
  10. Bartelous 1983, p. 296.
  11. Bartelous 1983, p. 301.
  12. Bartelous 1983, p. 311.
  13. Bartelous 1983, p. 325-327.
  14. Bartelous 1983, p. 331-336.
  15. Bartelous 1983, p. 346-349.
  16. Bartelous 1983, p. 357-358.
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AnnexesModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Louis Wilmet, Albert roi des Belges, Charleroi, Dupuis, , 264 p..
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  • Jean Bartelous, Nos premiers ministres de Léopold Ier à Albert Ier, Bruxelles, J.M. Collet, , 408 p..
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  • Olivier Defrance, Les vacances des comtes de Flandre : Autour de la Chronique des Amerois, Bruxelles, Éditions Fondation Roi Baudouin, coll. « Fonds du Patrimoine », , 100 p. (ISBN 978-2-87212-731-3, lire en ligne).

FilmographieModifier

  • Sur les pas du Roi Albert et de la Reine Élisabeth, mes grands-parents, documentaire de 140 minutes réalisé par Nicolas Delvaulx pour la RTBF en 2014.

Liens externesModifier

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