Évangélisme

courant du protestantisme
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Évangélisme
Image illustrative de l’article Évangélisme
Culte à Faith Tabernacle.

Membres 660 millions en 2020
Localisation Monde

L'évangélisme, couramment nommé christianisme évangélique ou encore protestantisme évangélique, est une branche du christianisme.

Le terme « évangélique » est au départ un simple adjectif découlant du mot évangile. L’évangélisme a ses origines dans la réforme protestante du XVIe siècle et des mouvements de Réveil qui ont suivi. L’évangélisme est pour l'essentiel issu du protestantisme classique, mais est parfois qualifié de « néoprotestantisme » du fait de sa grande faculté d'adaptation aux codes de l'hypermodernité[1],[2] (télévangélisme, megachurch, musique contemporaine, culte en ligne, etc.). Les principaux mouvements d'églises évangéliques sont le baptisme, le pentecôtisme, le mouvement charismatique, le mouvement néo-charismatique et le christianisme non dénominationnel. L’évangélisme est également présent dans d’autres branches du protestantisme. La plupart des dénominations chrétiennes évangéliques sont regroupées dans l'Alliance évangélique mondiale.

Le mot « évangélique » est souvent confondu, à tort, avec le mot « évangéliste » qui est la fonction d’un prédicateur.

Les chrétiens évangéliques ont essentiellement en commun l'importance qu'ils accordent à la conversion individuelle relevant d'un choix personnel et, à la suite, de l'expérience de la « rencontre avec le Christ ». Ceci implique donc un changement de vie et une relation individuelle avec Dieu s'articulant autour de la lecture de la Bible et de la communion par la prière (personnelle ou en communauté). Le premier point de distinction d'une église chrétienne évangélique est la nouvelle naissance (conversion personnelle) et le baptême du croyant.

En 2020, selon le chercheur Sébastien Fath du CNRS, le mouvement compterait environ 660 millions de croyants dans le monde[3].

ÉtymologieModifier

À partir de la fin du XVIIIe siècle, le terme anglais evangelical[4] commence à être utilisé dans le monde anglo-saxon pour désigner les groupements internes au protestantisme qui se distinguent du protestantisme établi par leur insistance sur la piété personnelle et sur le changement de vie, et parfois par un retour à l'orthodoxie religieuse protestante telle qu'elle avait été énoncée par les réformateurs, cela au cours d'un vaste mouvement qu'on appelle le grand réveil[5]. Cette utilisation du terme évangélique se répand dans la francophonie au cours de la seconde moitié du XXe siècle (terme et acception popularisés en France vers la fin des années 1960). Aujourd'hui, le terme « évangélisme » désigne précisément cette tendance protestante.

Le mot « évangélique » est souvent confondu à tort dans les médias généralistes avec le mot « évangéliste », qui désigne notamment, selon Le Petit Larousse, la fonction d’un prédicateur[6],[7].

En français, le terme « évangélique », dont le sens premier est, selon le Larousse, « qui est relatif à l'Évangile, est contenu dans l'Évangile ou est conforme aux préceptes de l'Évangile »[8], était traditionnellement un quasi synonyme de « protestant ». Ce terme était par exemple couramment utilisé dans les noms des églises protestantes historique issues du luthéranisme ou du calvinisme - qui toutes se réclament de la fidélité à la Bible et particulièrement à l'Évangile - (par exemple : Église évangélique luthérienne de France).

Toujours selon le Larousse[8], en allemand, le mot « évangélique » (adjectif evangelisch ou substantif Evangelisch(en)) est généralisé pour désigner le protestantisme en général, à la suite de la fusion, à partir de 1817, des églises réformées et luthériennes sous la pression de l'autorité étatique, notamment dans les territoires prussiens[5]. Le mot « évangélique » est donc synonyme là aussi de « protestant » (luthérien ou réformé)[9].

Selon d’autres définitions, le terme évangélique au sens strict fait référence aux « Églises de professants »[10],[11].

DéfinitionModifier

Caractéristiques communes aux évangéliquesModifier

 
Baptistère dans l’église pentecôtiste (Pingstförsamlingen) de Västerås, en Suède, 2018

Une définition commune est celle de l'historien britannique David Bebbington (en), qui résume les caractéristiques de la foi évangélique en quatre points[12],[13],[14]:

  1. Biblicisme : la Bible est la référence de la foi évangélique ;
  2. Nouvelle naissance (conversion personnelle) : reconnaître l'œuvre du Christ par repentance et faire la démarche d'un choix personnel de donner sa vie à Jésus pour « recevoir » le « don » du Salut qui correspond à une nouvelle naissance (ou « régénération » en langage théologique). La profession de foi et le baptême du croyant par immersion sont l'expression de cette décision ;
  3. Engagement : l'engagement évangélique se traduit par une implication par le bénévolat dans l'Église et le partage de l'Évangile avec tout le monde;
  4. Crucicentrisme : le caractère central de la crucifixion et de la résurrection de Jésus, thèmes fréquents dans les prédications et vus par les évangéliques comme un tournant dans l'histoire de l'humanité.

Les quatre points proposés par Bebbington font toutefois débat parmi les historiens[15] ou les sociologues[16] : ces caractéristiques, centrées sur l'individu, rendent difficilement compte de la variété théologique ou organisationnelle, des formes communautaires de protestantisme englobées sous l'appellation « évangélique », principalement mennonites, baptistes et pentecôtistes, mais qui est parfois utilisée pour désigner certains courants de confessions protestantes réformées ou anglicanes[17].

L’adhésion à la doctrine de l’Église de professants comme caractéristique particulière d’une église évangélique est également commune[10],[11]. Cette doctrine enseigne que l’on devient membre de l'Église par nouvelle naissance et profession de foi[18]. Le baptême est ainsi réservé aux croyants adolescents ou adultes (baptême du croyant)[19],[20]. Cette doctrine a son origine dans la réforme radicale au sein de l’Anabaptisme[19].

Principales dénominations rattachées à l'évangélismeModifier

Le baptisme, le pentecôtisme, le mouvement charismatique évangélique, le mouvement néo-charismatique et le christianisme non dénominationnel sont des mouvements évangéliques dont les croyants et les églises se rattachent au christianisme évangélique[21].

Relation entre évangélisme et protestantismeModifier

Il y a une distinction entre « Églises de professants » d'un côté (qui sont des Églises évangéliques au sens strict) et, au-delà des cercles strictement évangéliques, une « tendance évangélique » plus large dans le protestantisme (avec des Églises individuelles ou des Églises établies étant, de ce fait, de tendance évangélique). La série d'articles sur l'évangélisme est consacrée aux Églises de professants, « noyau évangélique, séparé des Églises protestantes historiques »[10].

HistoriqueModifier

OriginesModifier

On ne peut pas attribuer la naissance des évangéliques à un seul événement en particulier, mais la Réforme protestante principalement, les guerres du XVIe siècle, la prise de parti de Luther en faveur de la noblesse allemande, le calvinisme, l'arminianisme et les mouvements du Réveil y ont leur part[22],[23].

Il est généralement admis que le mouvement évangélique commence au XVIIIe siècle et qu'il se base historiquement sur la Réforme protestante[24]. En effet, les premiers à s'appeler « évangéliques » furent les Luthériens pour se distinguer des Calvinistes qui, eux, gardèrent le nom de Réformés[25].

Certains historiens et théologiens voient toutefois que les prémices de l'évangélisme se trouvent plutôt dans la Réforme radicale du XVIe siècle, principalement en raison du crédobaptisme[26],[27],[27],[28]. Celle-ci est issue de la Réforme protestante mais va plus loin, notamment en réaction aux relations étroites des Réformateurs protestants avec les détenteurs du pouvoir.

Un mouvement issu de la Réforme radicale qui a perduré jusqu'à ce jour est l'anabaptisme, aujourd'hui connu sous le nom de mennonitisme ou mennonisme. Le mennonitisme a son origine le , où Conrad Grebel a réuni un groupe de croyants opposés aux baptême des enfants à la maison de Felix Manz à Zollikon en Suisse, et a exercé le premier baptême du croyant [29]. Il a été formalisé et enseigné par le Menno Simons aux Pays-Bas en 1539, avec la publication de Fondation de la doctrine chrétienne un livre théologique sur les croyances et pratiques anabaptistes[30]. Cet ouvrage et d'autres de Menno Simons ont servi de cadre à l’anabaptisme et au mennonitisme[31]. Les réformes radicales du mennonitisme et du baptisme seront à l’origine du développement du mouvement évangélique[28]. Cette réforme s’articule autour de deux points :

D'autres mouvements de la Réforme précurseurs de l'évangélisme sont apparus par la suite : citons le puritanisme (à partir de 1559), le baptisme (à partir de 1609), le pentecôtisme (à partie de 1906).

RéveilsModifier

À partir de la fin du XVIIIe siècle, divers mouvements de réveil ont lieu. Plusieurs Églises dites « évangéliques » sont fondées à cette époque. Le terme « évangélique » se répand suite à ces mouvements de Réveils : c'est donc le nom que choisissent les chrétiens qui prônent un retour à l'Évangile[32]. John Smyth amène le mouvement baptiste, à Amsterdam en 1609[33]. Il y a également eu le pasteur anglais Roger Williams qui a fondé la Première église baptiste d'Amérique à Providence (Rhode Island)[34],[35]. Dans le mouvement pentecôtiste, il y a eu le réveil d'Azusa Street à Los Angeles en 1906 avec Los Angeles, avec William Joseph Seymour où un groupe de croyant expérimente un baptême du Saint-Esprit avec glossolalie[36].

Réveils évangéliques francophonesModifier

Le réveil protestant francophone se produit au XIXe siècle. Dans le baptisme, il y a eu Henri Pyt, un prédicateur suisse qui exerce une influence déterminante dans plusieurs régions où sa prédication touche de nombreuses personnes, particulièrement à Genève, puis dans le Nord de la France, en Eure-et-Loir, au Pays basque et à Paris[37], ce qui conduisit à la fondation de la Fédération des Églises évangéliques baptistes de France[38]. Dans le pentecôtisme, il y a eu l’évangéliste pentecôtiste anglais Douglas Scott à l’origine de la fondation des Assemblées de Dieu de France[39].

Le XIXe siècleModifier

Au courant du XIXe siècle, les megachurches, des églises comptant plus de 2 000 personnes dans l’assemblée, ont commencé à se développer[40]. La première megachurch évangélique, le Tabernacle métropolitain comptant un auditorium de 6 000 places, a été inaugurée en 1861 à Londres au Royaume-Uni par le pasteur Charles Spurgeon[41].

Le XXe siècleModifier

De nouveaux réveils se produisent au début du XXe siècle, notamment le réveil gallois de 1904-1905 ou réveil d'Azusa Street (1906), qui déclenche le développement « viral » du Pentecôtisme. Aujourd'hui, le Pentecôtisme représente 279 millions de pratiquants, et le christianisme charismatique, qui s'inspire des pratiques pentecôtistes sans faire partie d'églises pentecôtistes, 305 millions, soit au total 584 millions de croyants[42].

Le XXe siècle est aussi marqué par l'émergence des megachurches et du télévangélisme. Une précurseure de ces deux tendances est la pasteure canadienne évangélique Aimee Semple McPherson, qui fonde la megachurch International Church of the Foursquare Gospel à Los Angeles et utilise la radio dès les années 1920 pour atteindre un public plus large[43]. Bien que l'accès aux media ait été à la disposition de tous les groupes religieux, il semble que ce soit l'évangélisme qui en ait tiré le profit maximum[44]. Il y a aujourd'hui des centaines de megachurches évangéliques dans le monde[45].

Parmi les très nombreux télévangélistes qui ont atteint un vaste public, l'histoire retiendra sans aucun doute le nom de Billy Graham, un prédicateur baptiste actif mondialement qui parvient à prêcher publiquement dans les pays communistes d'Europe et bénéficie d'une popularité à l'égal des présidents des États-Unis dans l'opinion américaine[46].

En , le TopChrétien, un portail web chrétien évangélique et un réseau social, est lancé par Éric Célérier, pasteur chrétien des Assemblées de Dieu de France et Estelle Martin, une Suissesse[47],[48]. En 2009, le site comptait 1,2 million de visites par mois[49].

Le XXIe siècleModifier

 
Culte à Faith Tabernacle, affilié à Living Faith Church Worldwide, en 2005, à Lagos, au Nigeria

Au Nigeria, des megachurches évangéliques, comme Redeemed Christian Church of God et Living Faith Church Worldwide, ont construit des villes autonomes avec des maisons, des supermarchés, des banques, des universités, et des centrales électriques[50].

Des sociétés chrétiennes évangéliques de production cinématographique ont été fondées dans le début des années 2000, telles Pure Flix et Kendrick Brothers [51],[52].

La croissance des églises évangéliques se poursuit avec des travaux de construction de nouveaux lieux de culte ou d’agrandissements dans diverses régions du monde[53] ,[54] ,[55].

StatistiquesModifier

DénombrementModifier

Le foisonnement et la diversité des églises et dénominations évangéliques à l'échelle mondiale ne facilitent pas les décomptes. D'autre part, la question se pose de savoir s'il faut agréger les effectifs des églises pentecôtistes avec ceux des églises évangéliques non pentecôtistes.

  • Si l'on n'inclut pas les pentecôtistes, selon une étude publiée en 2011 par le Pew Research Center, les évangéliques seraient au nombre d'environ 285 millions, soit 13,1 % de l'ensemble des chrétiens[56]. L'étude précise la difficulté du décompte : de nombreux pentecôtistes et charismatiques se considèrent également comme évangéliques ou leur église est affiliée à une association évangélique. L'étude ne précise pas le nombre de ces chrétiens à la double appartenance[57].
  • Si l'on inclut les pentecôtistes, on dispose alors de deux estimations :
    • celle de l'Alliance évangélique mondiale, qui se définit en 2020 comme un réseau d'Églises de 129 nations et de plus de 100 organisations internationales regroupant plus de 600 millions de chrétiens évangéliques[58],[59].
    • celle de Sébastien Fath, chercheur au CNRS, qui estime qu'en 2016, les évangéliques seraient au nombre de 619 millions dans le monde, soit 1 chrétien sur 4[60] et en 2017, environ 630 millions, soit une augmentation de 11 millions[61]. En 2018, il estime que le mouvement compterait 640 millions de croyants dans le monde[62],[63].

CroissanceModifier

En 1960, plus de la moitié des missionnaires américains protestants sont chrétiens évangéliques[64]. Les missions américaines et européennes pentecôtistes sont également nombreuses, mais le pentecôtisme, un mouvement d'églises évangéliques, va surtout se développer de façon autonome, par des résidents non-étrangers, dans diverses régions du monde, notamment en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie[65]. En 2007, il y avait plus 10 000 missionnaires baptistes dans des missions outremer dans le monde[66].

Selon certains chercheurs, le christianisme évangélique est le mouvement spirituel qui progresse le plus rapidement au monde dans le courant du 21e siècle, principalement par des expériences de conversion religieuse (nouvelle naissance)[67],[68].

Entre 1960 et 2000, la croissance globale du nombre des évangéliques est trois fois supérieure à celle de la population mondiale et deux fois à celle de l'islam[69].

En 2004, la Corée du Sud devient la deuxième source de missionnaires dans le monde, après les États-Unis et devant l’Angleterre[70],[71].

Répartition géographique dans le mondeModifier

Région % de la population qui se déclare évangélique dans la région % du total mondial de la population évangélique
Amérique (Nord et Sud) 10,0 % 32,9 %
Afrique subsaharienne 13,3 % 38,4 %
Asie-Pacifique 1,5 % 20,8 %
Europe 2,9 % 7,5 %
Proche-Orient & Afrique du nord 0,3 % 0,3 %
Total mondial 4,1% 100%

Source : Center for the Study of Global Christianity, cité par l'étude du Pew Research Center, p. 68.

La plus forte concentration d'évangéliques se situe aux États-Unis, avec 28,9 % de la population (soit 91,76 millions de fidèles), et au Brésil, avec 26,3 % de la population (soit 51,33 millions de fidèles)[72]. Aux États-Unis, les évangéliques, qui comptent certaines églises de courant fondamentaliste, représentent une force politique importante ; un grand nombre sont regroupés dans la Bible Belt[73].

CroyancesModifier

Les évangéliques adhèrent au Symbole de Nicée-Constantinople adopté au premier concile de Constantinople, qui concerne notamment la trinité, l’Église universelle et le jugement dernier [74].

Le christianisme évangélique regroupe différents courants de théologie évangélique, dont les principaux sont fondamentaliste, conservateur, modéré, libéral[75],[76].

L’Alliance évangélique mondiale fondée par les organisations évangéliques de 21 pays, lors de la première assemblée générale à Woudschoten (Zeist) aux Pays-Bas en 1951 a établi une confession de foi commune[77],[78]. Mais, cette confession de foi est sommaire, puisque chaque dénomination chrétienne évangélique a des particularités théologiques. Il y a toutefois parmi les divers mouvements évangéliques (baptisme, mouvement de sanctification, assemblées de frères, pentecôtisme, mouvement charismatique évangélique, mouvement néo-charismatique et christianisme non dénominationnel) adhérant à la doctrine de l’Église de professants, une théologie évangélique commune[10],[11],[79],[21],[80].

Depuis la seconde moitié du XXe siècle, certains évangéliques, en opposition aux développements du libéralisme théologique[81], et surtout contre l’exégèse historico-critique qui s'était développée dans le protestantisme dès le XIXe siècle, ont établi le courant fondamentaliste[82]. Chez les plus fondamentalistes, certains points de doctrine se révèlent plus proches de dogmes lorsque leur compréhension et leur interprétation est faite de façon rigoriste. C'est dans ces courants que la frontière entre théologie, doctrine et dogme est la plus mince et la plus confuse[83].

En conservant les fondements essentiels des croyances évangéliques, d'autres courants, dit « évangéliques modérés » sont plus sensibles au progressisme et à la conciliation justice sociale (Évangile social) et foi. Ils ont périodiquement révélé leur ouverture à des réflexions plus réfléchies sur les vérités chrétiennes, dans une démarche de défense de ces vérités (insistance sur la « saine doctrine »)[84]. La montée en force de ce courant — désormais majoritaire[réf. nécessaire] — de l'évangélisme a commencé à se faire voir en particulier aux États-Unis à partir des années 1940-1950. C'est en ce temps-là qu'une distance marquée s'est installée entre « évangéliques fondamentalistes » et les dénommés « néo-évangéliques » (évangéliques modérés). Avec l'influence du néo-évangélisme, de nouvelles organisations, agences sociales, médias et instituts de théologie évangélique ont été établis dans les années 1950[85]. Certaines églises, interpellées par la sécularisation de la société américaine et par les mouvements de contre-culture, ont lancé un renouveau de l'apologétique chrétienne, désormais enrichie de la démarche scientifique, dans un mouvement présentant la notion de doctrine comme « croyance véritable et rationnelle », à laquelle on adhère par raisonnement et conviction plutôt que par foi aveugle[86],[87].

MiraclesModifier

 
Imposition des mains pour la guérison dans l’église Living Streams International, à Accra, au Ghana, 2018

Pour une majorité de chrétiens évangéliques, le biblicisme fait en sorte que les miracles décrits dans la bible sont encore d'actualité et peuvent être présents dans la vie du croyant[88],[89]. Les guérisons, les succès scolaires ou professionnels, la naissance d'un enfant après plusieurs tentatives, la fin d'une addiction, etc., seraient des exemples tangibles de l'intervention de Dieu avec la foi et la prière, par le Saint-Esprit[90]. Dans les années 1980, le mouvement néo-charismatique a remis une emphase sur les miracles et les guérisons par la foi[91]. Dans certaines églises, une place particulière est ainsi réservée aux guérisons avec imposition des mains lors des cultes ou pour des campagnes d'évangélisation[92],[93]. La guérison par la foi ou guérison divine est considérée comme un héritage de Jésus acquis par sa mort et résurrection[94].

Principaux courantsModifier

Les principaux mouvements évangéliques le baptisme, pentecôtisme, mouvement charismatique évangélique, mouvement néo-charismatique et christianisme non dénominationnel[21].

Le christianisme évangélique regroupe différents courants théologiques, dont les principaux sont fondamentaliste, conservateur, modéré, libéral [75],[76].

BaptismeModifier

 
Spectacle sur la vie de Jésus à l’Igreja da Cidade affiliée à la Convention baptiste brésilienne, à São José dos Campos, Brésil, 2017

Le baptisme est une confession chrétienne évangélique issus d'un réveil lancé par le pasteur anglais John Smyth en Hollande en 1609[33],[95]. Thomas Helwys fonde la première église baptiste générale d’Angleterre à Spitalfields, à l’est de Londres en 1612[96]. En 1904, l’Union baptiste de Grande-Bretagne et d'Irlande a envoyé des invitations à diverses dénominations baptistes dans le monde pour un congrès mondial en 1905 [97]. Des représentants de 23 pays ont répondu à l'invitation et ont fondé l'Alliance baptiste mondiale en 1905 au Exeter Hall de Londres[98],[99]. En 2010, le baptisme compterait 100 millions de croyants[100]. L'Alliance baptiste mondiale, la plus grande dénomination baptiste dans le monde, regrouperaient 169,000 églises et 47,000,000 de membres baptisés en 2020[101].

PentecôtismeModifier

 
Culte à Dream City Church, affiliée aux Assemblées de Dieu, à Phoenix, aux États-Unis, 2007

Le pentecôtisme a ses origines dans plusieurs réveils qui ont eu lieu aux XIXe et XXe siècles. Mais le plus important a été le réveil d'Azusa Street à Los Angeles en 1906, avec William Joseph Seymour, où un groupe de croyants a expérimenté un baptême du Saint-Esprit avec glossolalie[102].

Le pentecôtisme se distingue par l'importance donnée au baptême du Saint-Esprit, aux dons du Saint-Esprit, aux guérisons divines[103].

C'est Douglas Scott et son épouse, missionnaires anglais, qui ont fait connaître le pentecôtisme en France dans une communauté baptiste au Havre en 1930[104].

La Communauté pentecôtiste mondiale a été fondée en 1947 à Zürich, en Suisse lors d’une conférence de pasteurs pentecôtistes, organisée par les pasteurs suisse Leonard Steiner et sud-africain David du Plessis[105],[106].

En 2011, le pentecôtisme compterait 279 millions de personnes[107].

Les Assemblées de Dieu, la plus grande dénomination pentecôtiste dans le monde, regrouperaient 69 200 000 de membres en 2018[108].

Mouvement charismatique évangéliqueModifier

 
Culte à El Lugar de Su Presencia, affiliée à Hillsong Family, à Bogota, en Colombie, 2019

Dans les années 1960, après le début du mouvement charismatique, certaines églises évangéliques ont décidé de suivre les enseignements de ce mouvement et de quitter leurs dénominations chrétiennes pentecôtistes[109]. Bien que proche de certains éléments théologiques du pentecôtisme, le mouvement charismatique évangélique ne fait pas du parler en langues (glossolalie) une preuve nécessaire du baptême du Saint-Esprit, puisqu'il est considéré comme un don spirituel parmi les neufs autres, sans supériorité[110],[111]. Il insiste davantage sur la diversité des 9 dons du Saint-Esprit énoncés en 1 Corinthiens 12 versets 8-10, à savoir; la Sagesse, Connaissance, Foi, Guérison, Miracle, Prophétie, Discernement, Parler en langues, Interprétation[112],[113]. En 2011, le mouvement (regroupé avec le mouvement néo-charismatique), compterait 305 millions de personnes[107].

Mouvement néo-charismatiqueModifier

Le mouvement néo-charismatique a commencé aux États-Unis, dans le début des années 1980[114]. Le baptême du Saint-Esprit, annoncé par Jésus et les neuf dons du Saint-Esprit sont des éléments centraux du courant[115],[116]. Les églises néo-charismatiques ont souvent recours aux moyens de communications modernes[117]. La théologie du mouvement charismatique évangélique est reprise par le mouvement néo-charismatique avec plus d'ampleur et avec quelques aspects théologiques supplémentaires, tels le combat spirituel, la parole de foi et le renouvellement structurel[118]. En 2011, le mouvement (regroupé avec le mouvement charismatique), compte 305 millions de personnes[107].

Christianisme non dénominationnelModifier

Les premières églises non dénominationnelles sont apparues aux États-Unis dans le courant du XXe siècle, sous la forme d’églises indépendantes[119]. Elles ont connu une croissance significative qui continue au XXIe siècle, particulièrement aux États-Unis où elles représentaient la troisième confession chrétienne comptant le plus d'adeptes en 2010[120],[121] ,[122]. En Asie, notamment à Singapour et en Malaisie, ces églises sont également de plus en plus nombreuses, depuis les années 1990[123].

Les églises non dénominationnelles se réclament du mouvement évangélique, même si elles sont autonomes et n'ont pas d'autres étiquettes formelles[124],[125],[126]. Le mouvement est particulièrement visible dans les megachurches[127],[128].

Les églises du mouvement néo-charismatique utilisent souvent le terme non dénominationnel pour se définir[129].

Les églises concentrées sur les « gens en recherche spirituelle » (seeker churches) sont plus enclines à se qualifier de non dénominationnelles[130].

Églises libresModifier

Le terme d'« Église libre » recouvre l'idée d'Églises indépendantes de l'État. De telles Églises se constituent donc en réaction à une Église plus ou moins liées à l'État[131],[132].

La Fédération internationale des églises évangéliques libres est fondée en 1948 à Berne en Suisse[133].

En France, les Églises évangéliques libres, dont les membres se disent « libristes », sont issues de l'Église Réformée de France : en 1849, l'État décide de rémunérer les pasteurs en maintenant le Concordat de Napoléon, les privant ainsi de toute autonomie vis-à-vis du pouvoir. Les Églises de la Réforme qui refusent cette tutelle font dissidence et, en se regroupant avec d'autres Églises protestantes indépendantes issues du Réveil, créent l'« Union des Églises évangéliques libres » dans le sens « indépendantes de l'État » et « fidèles à l'Évangile » par opposition au courant libéral non confessionnel qui traversait l'Église réformée à cette époque. L'Union des Églises évangéliques libres (UEEL) est associée au Conseil national des évangéliques de France (CNEF) et également membre de la Fédération protestante de France (FPF).

Les Églises libres sont des Églises de professants et non de multitude. Les libristes sont proches des baptistes mais ne font pas du baptême par immersion une condition d'accès à la sainte cène ou au statut de membre. L'UEEL compte une cinquantaine d'Églises en France pour environ 4 000 membres et sympathisants. Elle est associée aux Églises évangéliques libres dans le monde par l’intermédiaire de la Fédération internationale des Églises évangéliques libres (IFFEC).

En Suisse, dans le canton de Vaud, l'Église libre existe entre 1848 et 1966 comme scission de l'Église nationale, par souci d'indépendance vis-à-vis de l'État, avec Alexandre Vinet comme figure de proue. L'Église libre re-fusionne avec l'Église nationale pour former l'Église évangélique réformée du Canton de Vaud en 1966. Dans le canton de Neuchâtel et au-delà, les Églises évangéliques libres sont issues du réveil de Genève, et ont longtemps formé la « fédération des Églises évangéliques libres » (FEEL), aujourd'hui incluse dans la « fédération romande d'Églises évangéliques ».

En Allemagne, l'idée d'Église libre (Freikirche) recouvre toutes les Églises qui ne sont pas Églises d'État.

Mouvements connexesModifier

Églises de réveilModifier

L’origine des églises de réveil se situe dans le réveil gallois de 1904-1905, dont l’un des principaux leaders est l’évangéliste Evan Roberts[134]. Des réunions organisées par les évangélistes George Jeffreys, Douglas Scott et Adolphe Hunziker dans divers pays d’Europe au cours des années 1930 ont favorisé le développement du mouvement[135].

L'Union des Églises Évangéliques du Réveil de Suisse est établie après la fondation d'une première église à Genève en 1935 par Adolphe Hunziker[136].

En France, l'Union des Églises Évangéliques de Réveil (UEER) est fondée en 1957[137].

En République démocratique du Congo, le développement des églises de réveil a commencé à la fin des années 1970 et 1980[138]. L’Église de Réveil du Congo (E.R.C) est fondée en 1997[139].

Judaïsme messianiqueModifier

Le judaïsme messianique est un courant qui désigne les juifs convertis au christianisme évangélique[140]. Les origines du mouvement du Judaïsme messianique apparaissent dans l'Angleterre du XIXe siècle. Les premières organisations officielles sont dirigées par des juifs convertis comme la Church's Ministry Among Jewish People, société anglicane de Londres pour la promotion du christianisme parmi les juifs de Joseph Frey (1809)[141]. Aux États-Unis le mouvement s'est développé surtout à partir des années 1960 et 1970[140]. Il combine une théologie chrétienne avec une pratique religieuse inspirée du judaïsme. Ses fidèles se présentent comme des Juifs affirmant la messianité de Yechoua (Jésus)[142]. Le groupe le plus connu, même s'il n'est pas le plus important en nombre, se nomme Jews for Jesus. Il fut fondé en 1973 par un pasteur d'origine juive, converti au christianisme 20 ans plus tôt[143],[144].

Le judaïsme messianique n'est pas reconnu par quelque organisation juive que ce soit, y compris les juifs réformés, à part deux voix dissidentes et marginales, à savoir la Rabbanit reconstructionniste Carol Harris-Shapiro et le Rav réformé Dan Cohn-Sherbok.

Les Juifs messianiques se définissent comme chrétiens, tout en soulignant l'importance des traditions juives, pour autant qu'elles soient en accord avec l'Évangile.

La plupart des communautés messianiques sont regroupées au sein de l'IMJA (International Messianic Jewish Alliance), dont le siège est aux États-Unis. La branche française de l'IMJA est l’AFJM (Alliance francophone des Juifs messianiques).

Aujourd'hui ils seraient, selon les sources, entre 50 000 et 350 000, principalement sur le continent américain.

Assemblées de FrèresModifier

Les « assemblées de Frères » trouvent leur origine dans les années 1820 à Dublin où de jeunes chrétiens se retrouvent pour étudier la Bible et revenir à la simplicité de l'Église primitive[145]. Parmi ces jeunes, il y avait John Gifford Bellett, Francis Hutchinson, Edward Cronin [146]. En 1832, Henry Craik et George Müller démarrent un groupe à Bristol qui sera organisé en des sous-groupes selon les âges [147]. Müller sera également à l’origine de la fondation d'orphelinats dans la ville[148]. En 1840, John Nelson Darby, un prêtre irlandais quitte l’Église anglicane en Irlande pour rejoindre le mouvement comme prédicateur [149]. En 1848, le mouvement des Frères se divisa en deux branches. L’aile « ouverte » de George Müller, Henry Craik et Robert Cleaver Chapman et l’aile « exclusive » de John Nelson Darby [150].

Les frères « larges » qui, lors de la séparation, sont devenus les assemblées évangéliques et ont suivi les enseignements de George Müller, Henry Craik et Robert Cleaver Chapman [150],[151]. Le mouvement a une théologie évangélique [152]. Leur nombre est évalué à 2,06 millions en 2011 dans le monde[153].

Les frères « étroits » ont restés attachés à la « doctrine » de Darby[151]. Le mouvement a une théologie protestante et reconnait le baptême des enfants[154]. Environ 40,000 en 2012 dans le monde, les frères "étroits" sont souvent qualifiés de darbystes, mais ne se désignent eux-mêmes que rarement ainsi[155].

OrganisationModifier

L'Église évangélique locale est l'organisation qui représente l'Église universelle, et est vue par les évangéliques comme le corps de Jésus-Christ [156]. Elle est responsable de l’enseignement et des ordonnances, soit le baptême du croyant et la Sainte-Cène [157]. De nombreuses églises sont membres de dénominations chrétiennes évangéliques et adhèrent à une confession de foi commune et des règlements[158],[159]. Certaines dénominations sont membres d'une alliance nationale d'église de l’Alliance évangélique mondiale, qui compteraient 600 millions de croyants en 2020 [58],[160]. La gouvernance dans les églises évangéliques est majoritairement congrégationaliste et plus rarement de type épiscopalien dans certaines dénominations[161].

MinistèresModifier

La gestion des Églises est assurée par les ministères évangéliques qui sont principalement ceux de pasteur, du diacre, du conducteur de louange et de l’évangéliste[162]. D’autres ministères peuvent également être présents, tel que celui d’ancien avec des fonctions similaires à celles du pasteur[163]. Le ministère d’évêque avec une fonction de surveillance sur des églises à l’échelle régionale ou nationale est présent dans toutes les dénominations chrétiennes évangéliques, même si les titres de président du conseil ou de surveillant général sont majoritairement utilisés pour cette fonction [164],[165]. Le terme évêque est explicitement utilisé dans certaines dénominations [166]. Dans certaines églises du mouvement de la nouvelle réforme apostolique, il y a la présence de cinq ministères; ceux d'apôtre, prophète, évangéliste, pasteur, enseignant[167].

La formation des ministres s’effectue dans un institut de théologie évangélique pour une durée d’une année (certificat) à quatre années (licence, master) en théologie évangélique[168]. Les ministres peuvent se marier et avoir des enfants[169]. Le pasteur est généralement ordonné lors d’une cérémonie appelée consécration pastorale[170],[171], [172].

Ministères fémininsModifier

Certaines dénominations évangéliques autorisent officiellement le ministère des femmes dans les églises[173]. Le ministère féminin est justifié par le fait que Marie de Magdala aurait été choisie par Jésus pour annoncer sa résurrection aux apôtres[174]. La première femme baptiste qui a été consacrée pasteur est l’américaine Clarissa Danforth dans la dénomination Free Will Baptist en 1815[175]. En 1882, dans la Convention baptiste nationale, USA[176]. Dans les Assemblées de Dieu des États-Unis, depuis 1927[177]. En 1961, dans la Convention baptiste nationale progressiste[178]. En 1975, dans The Foursquare Church[179].

CulteModifier

Le culte chez les évangéliques est vu comme un acte d'adoration de Dieu dans la vie de l'Église[180]. Il n'y a pas de liturgie, la conception du culte est plus informelle[181]. Il comprend généralement deux parties principales, la louange (musique chrétienne), le sermon fondé sur la Bible, des prières, l’offrande, avec périodiquement la Sainte-Cène [182],[183],[184],[185]. Lors du culte, il y a généralement une crèche pour les bébés[186]. Les enfants et les adolescents ont un enseignement adapté, l’école du dimanche, dans une salle distincte[187],[188]. Les principales fêtes chrétiennes célébrées par les évangéliques, sont Noël, Pentecôte (par une majorité de dénominations évangéliques) et Pâques pour l’ensemble des croyants[189],[190],[191].

Lieux de culteModifier

 
Temple Salem de Cotonou, affilié aux Assemblées de Dieu, à Cotonou, au Bénin, 2018

Les lieux de cultes sont généralement appelés « temple » ou « bâtiment (d'église) »[192], [193] ,[194]. Dans certaines megachurches, l’appellation « campus » est parfois utilisée [195],[196]. L’architecture des lieux de cultes est majoritairement caractérisée par sa sobriété[197],[198]. La croix christique est l’un des seuls symboles spirituels qui peut généralement être vu sur le bâtiment d’une église évangélique et qui permet d’identifier l’appartenance du lieu [199],[200].

Aux États-Unis, jusqu'en 2019, les Solomon Awards récompensaient l’excellence dans la conception et la rénovation de bâtiments d'églises évangéliques, lors d’une cérémonie annuelle[201].

Certains cultes ont lieu dans des théâtres, des écoles ou des salles polyvalentes, en location pour le dimanche uniquement [202],[203] , [204]. En raison de leur compréhension du deuxième des dix commandements, les évangéliques n’ont pas de représentation matérielle religieuse comme des statues, des icônes ou des tableaux dans leurs lieux de culte[205],[206]. Dans certains bâtiments se trouve un baptistère, sur la scène de l’auditorium (aussi appelée « sanctuaire ») ou dans une salle distincte, dans lequel on procède au baptême par immersion[207],[208].

MegachurchModifier

Les cultes prennent des proportions impressionnantes dans les megachurches (églises où plus de 2 000 personnes se réunissent chaque dimanche)[209] ,[210] ,[211]. Dans certaines de ces mégaéglises, plus de 10 000 personnes se rassemblent en même temps. On parle alors de Gigachurch[212] ,[213],[214].

Églises de maisonModifier

Dans certains pays du monde qui appliquent la charia ou le communisme, les interdictions de culte pour les chrétiens, la complexité d'obtention d'autorisations gouvernementales, et les persécutions des chrétiens, ont fait que les églises de maison sont une réalité pour de nombreux croyants[215],[216],[217],[218]. Par exemple, il y a des mouvements évangéliques d'Églises de maison en Chine [219]. Les rencontres ont ainsi lieu dans des maisons privées, en secret et dans "l'illégalité"[220].

Groupes de partageModifier

Les GBU sont des groupes où se réunissent des étudiants chrétiens sur les campus, pour étudier la Bible [221].

L’organisation Full Gospel Business Men's Fellowship offre des rencontres dans des restaurants ou autres lieux publics pour les hommes d'affaires chrétiens[222] ,[223], [224], [225].

HumanitaireModifier

 
Un des avions de Samaritan's Purse servant au transport d’urgence de produits de première nécessité et de travailleurs humanitaires à Birmingham, Angleterre, 2019

Au début du 20e siècle, le pasteur baptiste américain Walter Rauschenbusch, leader du mouvement de l’Évangile social, a développé l’importance de la justice sociale et des actions humanitaires dans les églises évangéliques [226]. La majorité des organisations humanitaires chrétiennes évangéliques a été fondée dans la deuxième moitié du 20e siècle[227]. Parmi les plus importantes, on compte World Vision International (1950), Samaritan's Purse (1970), Mercy Ships (1978), Prison Fellowship International (1979), International Justice Mission (1997)[228]. Selon le sociologue Sébastien Fath, les églises chrétiennes évangéliques et les ONG qu'elles soutiennent développent un entrepreneuriat humanitaire international dont les politiques tiennent de plus en plus compte[229].

Dialogues œcuméniquesModifier

L’oecuménisme évangélique est représenté dans l’affiliation d’églises évangéliques à des dénominations chrétiennes évangéliques, qui sont membres d’alliances nationales évangéliques rattachées à l’Alliance évangélique mondiale[230]. Les diversités qui se répercutent en termes sociaux, culturels, politiques, ethniques et linguistiques autant que dénominationnels ne posent aux évangéliques, paradoxalement peut-être, aucun problème d'ordre doctrinal. C'est une conséquence directe d'un autre pilier du protestantisme, celui de la Sola fide (la « foi seule ») selon lequel, pour le dire simplement, peu importe la dénomination d'une personne, c'est sa foi seule et non ses actions qui sont vues par Dieu comme critère pour trouver faveur à ses yeux, et en fin de compte pour son salut ou non. Aussi préfèrent-ils, sans distinction de dénominations, parler de l'Église (tout court) aussi appelée Église universelle à la suite du « Symbole des apôtres » (« Je crois en […] la Sainte Église universelle […] »), qui est à comprendre comme l'ensemble des « vrais » croyants en Christ, sauvés par leur foi[231].

Certaines dénominations chrétiennes évangéliques sont membres du Conseil œcuménique des Églises[232].

Diverses organisations évangéliques interconfessionnelles ont également contribué à développer l’unité évangélique[233]. Dans l’étude biblique, l’Union internationale des groupes bibliques universitaires. Dans l'aide humanitaire chrétienne mondiale, World Vision International. Il y a également eu l’émergence de divers instituts de théologie évangélique non-dénominationnels et la fondation de l’organisation missionnaire Jeunesse en Mission.

Dialogue évangélique-catholiqueModifier

Le dialogue entre l'Église catholique romaine et les églises évangéliques s’est fait de façon progressive. Il a débuté avec les églises pentecôtistes en 1972, sous la direction de David du Plessis, ancien secrétaire général de la Communauté pentecôtiste mondiale[234]. Il s’est poursuivi avec l'Alliance évangélique mondiale en 1977[235]. Il a débuté avec l’Alliance baptiste mondiale en 1984[236].

Les évangéliques et les médiasModifier

Édition de livresModifier

Zondervan, une maison d'édition publiant des livres liés au christianisme évangélique, a été fondée en 1931 à Grandville, près de Grand Rapids (Michigan) aux États-Unis, par deux frères, Peter Zondervan et Bernard Zondervan[237],[238]. CLC International, une maison d'édition et un réseau international de librairies chrétiennes évangéliques, a été fondé en 1941 à Colchester au Royaume-Uni[239]. En 2016, CLC compte 180 librairies dans 57 pays du monde[240]. Parmi les best-sellers, il y a eu La Croix et le Poignard publié en 1963 par le pasteur pentecôtiste David Wilkerson[241], Les langages de l'Amour publié en 1992 par le pasteur baptiste Gary Chapman[242], Une église motivée par l'essentiel publié en 1995 et Une vie motivée par l'essentiel publié en 2002 par le pasteur baptiste Rick Warren[243],[244].

PresseModifier

Dans la presse écrite, les magazines mensuels d'information et de réflexion chrétienne évangélique, Christianity Today, Charisma et Christianisme aujourd'hui sont les plus populaires dans la catégorie évangélique[245]. Christianity Today, a été fondé en 1956 aux États-Unis par le pasteur Billy Graham et John Howard Pew[246]. En 2008, son site web attirait 11,8 millions de visiteurs par mois[247]. Charisma a été fondé en 1975 par Stephen Strang, un journaliste et les Assemblées de Dieu aux États-Unis[245],[248]. En 1981, 80 000 exemplaires sont distribués et 250 000 en 2011[249]. En 1989, Christianisme aujourd'hui, un magazine francophone a été fondé par Alliance Presse en Suisse[250].

RadioModifier

Au niveau des stations de radio chrétiennes évangéliques francophones, il y a notamment Radio Lumière et Phare FM. Radio Lumière a été fondée en , à Les Cayes par la Mission évangélique baptiste du Sud d'Haïti[251],[252]. Phare FM a été fondée en 1989 à Mulhouse en France, sous le nom de Radio Phare par Bruno Léonardi[253],[254].

TélévisionModifier

Christian Broadcasting Network a été fondé en 1961, par Pat Robertson gradué du New York Theological Seminary, à Virginia Beach, aux États-Unis[255]. Son émission-phare Le Club 700, est l'une des plus anciennes du paysage télévisuel américain et est diffusée en 39 langues dans 138 pays en différentes langues[256]. Trinity Broadcasting Network est fondée en 1973 par Paul Crouch, gradué du Central Bible College des Assemblées de Dieu, et sa femme, Jan à Memphis (Tennessee)[257],[258]. Al Hayat TV, une chaîne de télévision chrétienne évangélique en langue arabe, est fondée à Chypre en 2003 par Al Hayat Ministries[259],[260].

InternetModifier

En , GodTube, un site de partage de vidéos liées au domaine du christianisme, surtout évangélique, est fondé par Christopher Wyatt de Plano (Texas), à l'époque étudiant au Dallas Theological Seminary[261].

En 2008, le pasteur Bobby Gruenewald et Life.Church, une megachurch américaine, lancent YouVersion, une application mobile chrétiens évangéliques offrant gratuitement des traductions de la bible en plusieurs langues[262],[263],[264].

En 2015, Asoriba, une application mobile qui met en relation les églises chrétiennes évangéliques et les fidèles, est fondée à Accra au Ghana par 4 étudiants[265]. En 2017, elle compte 1,100 églises partenaires au Ghana, Kenya, Afrique du Sud, Nigeria et aux États-Unis, ainsi que 69,000 fidèles inscrits[266].

Les évangéliques et les artsModifier

MusiqueModifier

 
Passion Conferences, un festival de musique et d’évangélisation au Georgia Dome à Atlanta (Géorgie), États-Unis, en 2013

Pour les évangéliques, la louange à travers la musique chrétienne est une des composantes de la foi, qui est présente dans la vie de tous les jours[267]. Les Dove Awards, une cérémonie annuelle qui récompense la musique chrétienne, sont créés à Memphis (Tennessee) en par la Gospel Music Association[268]. Parmi les labels de disques de musique chrétienne contemporaine évangéliques, il y a Sparrow Records et Hillsong Music. Sparrow Records est fondé en 1976 aux États-Unis par Billy Ray Hearn, un gradué en musique chrétienne de l’Université Baylor[269]. Les chants d’Hillsong Music, fondé en 1991 par Hillsong Church, à Sydney en Australie, ont été traduits dans diverses langues et ont eu une influence considérable dans les églises évangéliques au niveau mondial[270],[271],[272]. Dans les années 1960, les artistes évangéliques ont commencé à produire des concerts et ils ont été de plus en plus présents lors de rassemblements de jeunes dans les décennies qui ont suivi, comme Passion Conferences à Atlanta (Géorgie), aux États-Unis[273]. La musique évangélique est également diffusée sur les radios chrétiennes et sur YouTube [274].

CinémaModifier

Des sociétés chrétiennes évangéliques sont également présentes dans le domaine de la production cinématographique. Citons notamment, Pure Flix et Kendrick Brothers. Pure Flix a été fondé en 2005 à Scottsdale aux États-Unis par David A. R. White et Russell Wolfe, Michael Scott et Elizabeth Travis[275]. En 2015, la société a lancé une plateforme de films et séries télévisées en flux continu sur Internet[276]. Kendrick Brothers a été fondé en 2013 à Albany (Géorgie) par Alex Kendrick, Stephen Kendrick et Shannon Kendrick [277]. Parmi les succès au box-office, il y a eu Les Pouvoirs de la prière, sorti en 2015, Miracles du Ciel sorti en 2016 et I Can Only Imagine sorti en 2018[278].

Les évangéliques et l’éducationModifier

 
Collège des sciences infirmières, Université centrale des Philippines, affiliée à la Convention des églises baptistes des Philippines, à Iloílo, 2018

Les églises évangéliques ont été impliquées dans l’établissement d’écoles élémentaires et secondaires[279]. L’évangélisme a également permis le développement de plusieurs instituts de théologie évangélique, collèges et universités aux États-Unis dans le courant du 19e siècle[280],[281]. D’autres universités évangéliques ont été établies dans divers pays du monde[282].

Les évangéliques et la scienceModifier

 
Ark encounter à Williamstown, États-Unis

En matière de science et d’origine de la terre et de la vie humaine, certains évangéliques soutiennent le créationnisme[283]. Par exemple, Answers in Genesis, fondée en Australie en 1986, est une organisation évangélique qui défend cette thèse[284]. En 2007, elle a fondé le Creation Museum à Petersburg, dans le Kentucky[285] et en 2016 l’Ark Encounter à Williamstown[286]. Depuis la fin du XXe siècle, le créationnisme littéraliste a été délaissé par certains évangéliques en faveur du dessein intelligent[287]. Par exemple, le think tank Discovery Institute, établi en 1991 à Seattle, défend cette thèse[288].

SexualitéModifier

En matière de sexualité, plusieurs églises évangéliques font la promotion du pacte de pureté auprès des jeunes chrétiens évangéliques, qui sont invités à s'engager durant une cérémonie en public à l'abstinence sexuelle jusqu'au mariage chrétien [289]. Ce pacte est souvent symbolisé par une bague de pureté [290].

Dans les églises évangéliques, les jeunes adultes et les couples non-mariées sont encouragés à se marier tôt afin de vivre une sexualité selon la volonté de Dieu[291],[292].

Une étude américaine de 2009 de la Campagne nationale de prévention de la grossesse adolescente et non planifiée (anglais : National Campaign to Prevent Teen and Unplanned Pregnancy) a rapporté que 80% des jeunes évangéliques non mariés avaient eu des relations sexuelles et que 42% étaient dans une relation avec des rapports sexuels, lors de l’enquête [293].

La majorité des églises chrétiennes évangéliques sont contre l’interruption volontaire de grossesse et soutiennent les agences d’adoption et les agences de support social pour les jeunes mères [294].

La masturbation est vue comme étant interdite par certains pasteurs évangéliques en raison des pensées sexuelles qui peuvent l’accompagner[295]. Aux États-Unis et au Nigeria, d’autres pasteurs évangéliques croient que la masturbation peut être bénéfique pour le corps et qu’elle est un don de Dieu pour éviter la fornication, particulièrement pour les non mariés[296],[297],[298].

Certaines églises évangéliques parlent uniquement de l’abstinence sexuelle et ne parlent pas de la sexualité dans le mariage [299],[300],[301]. D’autres églises évangéliques aux États-Unis et en Suisse parlent de la sexualité chrétienne comme d’un don de Dieu et une composante d’un mariage chrétien épanoui, dans des messages lors de cultes ou de conférences[302],[303],[304]. De nombreux livres et sites web évangéliques sont spécialisés sur le sujet[305],[306]. Le livre L'acte conjugal: La beauté de l'amour sexuel publié en 1976 par le pasteur baptiste Tim LaHaye et sa femme Beverly LaHaye a été un pionnier dans le domaine[307].

Les perceptions de l'homosexualité dans les Églises évangéliques sont variées. Elles vont de conservatrice à libérale, en passant par modérée[308],[309]. La position conservatrice est très hostile aux personnes homosexuelles et est impliquée dans des causes anti-gays et des déclarations homophobes [310]. Il y a aussi des dénominations évangéliques internationales libérales gay-friendly [311] ,[312]. Certaines dénominations évangéliques ont adopté des positions neutres, laissant le choix aux églises locales de décider pour le mariage homosexuel [313],[314]. Certaines églises ont une position modérée[315]. Bien que n'approuvant pas les pratiques homosexuelles, elles font preuve de sympathie et de respect envers les homosexuels[316].

Les évangéliques et la politiqueModifier

Au XIXe siècle, les évangéliques fondamentalistes étaient parmi les opposants les plus forts à la pratique du sport par les femmes, au nom de la morale[317],[318].

Certains dirigeants politiques chrétiens évangéliques n'ont pas hésité à partager leur foi dans l'exercice de leurs fonctions administratives, notamment plusieurs présidents africains, tels que Boni Yayi, John Dramani Mahama, Goodluck Jonathan, Olusegun Obasanjo, Pierre Nkurunziza et Yoweri Museveni[319]. L'ancien Premier ministre canadien Stephen Harper a affirmé que certaines prises de positions étaient influencées par ses convictions chrétiennes[320],[321]. Au Brésil, les évangéliques ont soutenu l'élection de l'ultra conservateur catholique Jair Bolsonaro, l'alliance de « l'extrémisme religieux avec une vision autoritaire et totalitaire du monde », en se mobilisant pour la « préservation de la famille monogame formée par des hommes et des femmes »[322].

L'exemple des États-UnisModifier

Les évangéliques aux États-Unis votaient peu jusque dans les années 1970 : 70 % d'entre eux n'avaient pas voté pour la présidentielle de 1976[323]. Jimmy Carter avait été le premier à avoir ouvertement affirmé sa foi chrétienne évangélique lors de la campagne, faisant ainsi de la religion un nouveau thème de campagne, une innovation qui allait le desservir au moment de sa 2e campagne électorale[323]. En effet, quatre ans plus tard, les positions prises par le président Carter sur l'avortement, l'homosexualité et le féminisme, avaient déçu beaucoup des chrétiens évangéliques qui l'avaient soutenu en 1976[323] et certains décidèrent de s'organiser et de former un groupe de pression politique conservateur, baptisé The Moral Majority (« la majorité morale ») ou the Religious Right (« la droite religieuse »)[324] que Ronald Reagan sut récupérer. Les évangéliques avaient de toute façon déjà pris leurs distances avec un Parti démocrate qui avait, selon eux, participé au déclin moral des États-Unis. Une fois la présidentielle de 1980 gagnée, Reagan fit d'ailleurs voter une série de lois et favorisa des amendements directement liés aux valeurs chrétiennes que défendent les évangéliques[325].

De Reagan à Bush fils, les évangéliques, tout en s'organisant toujours mieux, ont voté massivement pour les Républicains[325]. Dès 1980, l'influence des télévangélistes conservateurs devint un phénomène de premier ordre dans les campagnes électorales ; les plus actifs d'entre eux étaient Jerry Falwell, Pat Robertson, Jim Bakker, James Robison, ou encore Bill Bright, avec sa campagne « Campus Crusade for Christ » (« Croisade des campus pour le Christ »)[323]. Au cours de la campagne pour l'élection présidentielle de 2000, George W. Bush réaffirma sa foi[326] et se fit le défenseur des valeurs traditionnelles mais avec un peu moins de véhémence que ses prédécesseurs. Les évangéliques attendaient beaucoup de Bush et de sa promesse, la faith-based initiative, une série de dispositions spéciales de l'État américain et de subventions destinées aux associations religieuses afin d'aider à lutter contre la pauvreté. Une partie d'entre eux furent déçus par une opposition jugée trop faible au mariage homosexuel, par le manquement à la faith-based initiative et par la politique militariste du président et de son administration. À ce sujet, David Kuo, conseiller spécial de Bush pour la faith-based initiative démissionna de son poste en 2006 en dénonçant le dénigrement de l'administration en place envers les pauvres et déclara que cette même administration recherchait le soutien des chrétiens tout en se moquant d'eux[327].

Leur moindre mobilisation à partir de 2008, bien que n'étant pas, et de loin, le seul facteur, a favorisé l'élection de Barack Obama[328].

En 2016, grâce à l'appui de quelques dirigeants évangéliques pour Donald Trump, une alliance se forge entre le candidat républicain et les chrétiens évangéliques conservateurs[329]. Les électeurs évangéliques blancs votent majoritairement pour Donald Trump (à 81%, contre 16% à Hillary Clinton). Ces chiffres ont toutefois été remis en cause, en raison qu’ils ne contiennent que des évangéliques blancs, que les sondés étaient auto-identifiés, et qu’ils comprennent que ceux qui ont voté[330]. De nombreux évangéliques, souvent engagés sur le terrain de la justice sociale et opposés à la peine de mort, se sentent en décalage avec cette frange conservatrice, plus âgée[331],[332].

À mi-mandat, la question de l’influence des chrétiens évangéliques ultra-conservateurs prend une importance croissante, dans la mesure où la survie politique de Donald Trump semble en dépendre de plus en plus[333]. En , à l'approche des élections à mi-parcours, le soutien des évangéliques à Trump semble se maintenir, bien qu'il y ait une certaine érosion parmi les femmes. Un sondage publié début octobre par le Public Religion Research Institute a révélé que 72% des protestants évangéliques blancs avaient une opinion favorable du président[334].

En , au Caire, dans le cadre de sa tournée au Moyen-Orient et dans le Golfe, Mike Pompeo, le secrétaire d'État qui a été désigné le en remplacement de Rex Tillerson, s'est présenté « en tant que chrétien évangélique ». Comme le vice-président Mike Pence, Mike Pompeo considère la théologie évangélique comme une source d’inspiration très puissante[335].

Un sondage de la firme Politico / Morning Consult de , a révélé que 43% des évangéliques étaient en faveur de la destitution du président Donald Trump[336].

Critiques diversesModifier

La théologie de la prospérité, qui s’est répandue dans les années 1970 et 1980 aux États-Unis, principalement par des télévangélistes pentecôtistes et charismatiques, est une doctrine particulièrement controversée dans les églises évangéliques [337],[338]. Elle est centrée sur l’enseignement de la foi chrétienne comme un moyen de s’enrichir financièrement et matériellement, par une « confession positive » et une contribution aux ministères chrétiens[339]. Des promesses de guérison divine et de prospérité sont garanties, en échange de certains montants de dons[340],[341]. La fidélité dans la dîme permettrait de s’éviter les malédictions de Dieu, les attaques du Diable, et la pauvreté[342],[343]. Les offrandes et la dîme occupent ainsi beaucoup de temps dans certains cultes[344]. Souvent associée avec la dîme obligatoire, cette doctrine a été comparée à un business religieux[345],[346],[347]. Les pasteurs qui adhérent à la théologie de la prospérité ont été critiqués par des journalistes pour leur style de vie bling-bling (vêtements luxueux, grandes maisons, voitures haut de gamme, avion privé, etc.) [348],[349],[350]. En 2012, le Conseil national des évangéliques de France a publié un document dénonçant cette doctrine, en mentionnant que la prospérité était bien possible pour un croyant, mais que cette théologie poussée à l'extrême amène au matérialisme et à l’idolâtrie, ce qui n'est pas le but de l’Évangile[351],[352].

Depuis les années 1970, divers scandales financiers de détournements de fonds ont été rapportés dans des églises et des organisations évangéliques[353]. Le Conseil évangélique pour la responsabilité financière a été fondé en 1979 pour renforcer l’intégrité financière dans les organisations et les églises évangéliques qui désirent volontairement être membres et se soumettre à des vérifications comptables annuelles[354].

En 2011, des médias ont critiqué l'évangélisme fondamentaliste pour la création d' "une culture parallèle" ainsi que l'enseignement du créationnisme dans ses écoles et son anti-intellectualisme[355].

En 2011, le professeur évangélique américain Ed Stetzer, a attribué à l’individualisme la raison de l’augmentation du nombre d’églises évangéliques qui se revendiquent du christianisme non dénominationnel [356].

Certains auteurs chrétiens ont pu reprocher à l'évangélisme d'être une forme de justification « spirituelle » (implicite ou explicite) de la société technicienne et capitaliste[357],[358], en utilisant les mêmes méthodes de propagande et en allant parfois jusqu'à faire la promotion des valeurs marchandes[359],[360]. Le théologien et sociologue français Jacques Ellul écrit à ce propos[361]: « Puisque l'homme ne veut plus entendre la parole, agissons par des moyens de propagande: les « moyens audiovisuels », les expositions, les grands rassemblements dans lesquels la parole ne sera plus qu'un fond sonore ou un prétexte. Image de la foule, orchestration, projecteurs, et dans ce contexte, l'homme qui parle n'est lui-même qu'une image; Billy Graham en était le parfait exemple.»[362]

Dans le pentecôtisme, des dérives ont accompagné l’enseignement de la guérison par la foi. Dans certaines églises, des tarifications de prière contre des promesses de guérison ont été constatées[363]. Certains pasteurs et des évangélistes ont été accusés d’avoir mise en scène de fausses guérisons[364],[365]. Certaines églises, aux États-Unis ou au Nigeria, ont déconseillé à leurs membres la vaccination ou la médecine, en déclarant que cela était pour les faibles dans la foi et qu’avec une confession positive, ils seraient immunisés [366],[367]. En 2019, à Mbandjock, au Cameroun, trois décès sont liés à cette position dans une église [368]. Cette position n’est pas représentative de toutes les églises évangéliques, comme l’indique le document La Guérison miraculeuse publié en 2015 par le Conseil national des évangéliques de France, qui mentionne que la médecine est l’un des dons de Dieu faits aux humains[369],[370]. Des églises et certaines organisations humanitaires chrétiennes évangéliques sont également impliquées dans des programmes médicaux de santé[371],[372],[373].

Certaines églises et organisations évangéliques ont été critiquées par des victimes de viol et de violence domestique pour leur gestion silencieuse des cas d’abus par des pasteurs ou des membres [374]. Le non-signalement des abus à la police serait majoritairement présent dans des églises non-membres de dénomination chrétienne évangélique, ou affiliées à des dénominations qui accordent beaucoup d’importance à une large autonomie des églises [375], [376]. L’organisation évangélique GRACE a été fondée en 2004 par le professeur baptiste Boz Tchividjian afin d’aider les églises à lutter contre les abus sexuels, les violences psychologiques et les violences physiques dans les organisations chrétiennes[377].

En 2018, le théologien baptiste Russell D. Moore a critiqué certaines églises baptistes américaines pour leur moralisme insistant fortement sur la condamnation de certains péchés personnels, mais silencieux sur les injustices sociales qui font souffrir des populations entières, comme le racisme [378].

En 2018, le professeur américain Scot McKnight du Northern Baptist Theological Seminary a reproché aux megachurches évangéliques la faible relation de redevabilité externe de leurs dirigeants en n’étant pas membre de dénomination chrétienne, les exposant davantage à des abus de pouvoir[379].

Le fait que les évangéliques fassent de l’évangélisation et parlent de leur foi en public est souvent reproché par les médias et associé à du prosélytisme [380]. Selon les évangéliques, la liberté de conscience et la liberté d'expression leur permettent de parler de leur foi comme de tout autre sujet [381]. Les films chrétiens réalisés par des sociétés de production américaines évangéliques sont également régulièrement associés à du prosélytisme [382],[383]. Selon Sarah-Jane Murray, enseignante de l'écriture de scénarios à la Commission du film et de la télévision chrétienne aux États-Unis, les films chrétiens sont des œuvres d'art, et non pas du prosélytisme[384]. Pour Hubert de Kerangat, responsable communication chez Saje distribution, diffuseur de ces films chrétiens américains en France, si les films chrétiens sont "prosélytes", tous les films sont "prosélytes", puisque chaque film transmet un message, que le spectateur est libre d'approuver ou pas[385].

Voir aussiModifier

Notes et référencesModifier

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BibliographieModifier

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  • Linda Caille, Soldats de Jésus, les évangéliques à la conquête de la France, Paris, Fayard, 2013
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  • Jean Duchesne, Jesus Revolution: made in U.S.A., Paris, Édition du Cerf, 1972, 135 p. N.B.: En dépit du titre anglais de ce livre, son texte est en français; la trad. espagnole, portant le même titre, a été publiée par Ediciones Marova, Madrid, en 1973, 196 p., dans la coll. « Nuevas fronteras ».
  • Sébastien Fath (dir.), Le protestantisme évangélique, un christianisme de conversion, Turnhout, Brépols, 2004 (actes d'un colloque en Sorbonne)
  • Sébastien Fath, Du ghetto au réseau, Le protestantisme évangélique en France, 1800-2005, Genève, Labor et Fides, 2005
  • Yannick Fer, L'offensive évangélique. Voyage au cœur des réseaux militants de Jeunesse en Mission, Genève, Labor et Fides, 2010
  • Philippe Gonzalez, Que ton règne vienne. Des évangéliques tentés par le pouvoir absolu, Genève, Labor et Fides, 2014
  • Jörg Stolz, Olivier Favre, Caroline Gachet, Emmanuelle Buchard, Le phénomène évangélique. Analyses d’un milieu compétitif, Genève, Labor et Fides, 2013

Liens externesModifier