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Congrégationalisme

Le terme de congrégationaliste désigne le plus souvent les Églises congrégationalistes issues des puritains anglais, et non la forme de gouvernement de l’Église décrite ci-dessous qui a pu être appliquée par différentes Églises protestantes selon les époques.

Le congrégationalisme est une forme de gouvernement d'Église qui s’appuie sur le Nouveau Testament, notamment le livre des Actes des Apôtres. Il donne l'autorité à la congrégation entière, c'est-à-dire à chacun dans l'Église. Dans le christianisme primitif, toutes les Églises fonctionnaient ainsi parallèlement à leur hiérarchie. Plusieurs chrétiens continueront cette forme de gouvernance jusqu'à nos jours encore.

A partir de l’empereur Constantin dans les années 315, une hiérarchie fut instaurée[pas clair]. A partir des années 1100, l'Église catholique sépare de plus en plus les deux catégories de chrétiens : le clergé et les laïcs. Certains mouvements chrétiens dans l'histoire ne créeront pas de mêmes distinctions.

Textes bibliques du Nouveau TestamentModifier

Le congrégationalisme se base, entre autre, sur les textes bibliques suivants: Matthieu 18:15-22; 1 Corinthiens 14:23-40; Actes 14:23; Actes 15:22-23; 1 Corinthiens 5:9-13; 2 Corinthiens 2:10; Galates 1:8; 1 Thessaloniciens 5:21. Pour éclairer Matthieu 18:18, sur lier et délier (pardonner), il se base sur : Jean 20:21-23; Matthieu 6:9-15; Marc 11:25-26

Matthieu 18:15-22Modifier

Dans l’Évangile de Mathieu, au chapitre 18, Jésus instaure et explique l'Église: « Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux. » (Matthieu 18:20)

Jésus a rebondi sur une question des disciples: qui est le plus grand dans le royaume des cieux. Jésus appelle alors un petit enfant qu'il place au milieu d'eux et dit: « si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux ». (Matthieu 18:1-7)

Jésus continue par une parabole qui parle de la joie de Dieu de retrouver toute petite brebis égarée. (Matthieu 18:11-13) Il avait parlé de la bienveillance de Dieu, de la protection et de la grandeur de Dieu envers ceux qui croient en Jésus (Matthieu 18:6,10 et 14) pour arriver sur la volonté de Dieu: De même, ce n'est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu'il se perde un seul de ces petits. (Matthieu 18:14)

Après cette introduction, Jésus explique en très peu de mots de tout demander à Dieu notre Père (une chose quelconque) et si deux sont d'accord pour demander la même chose, le Père la leur donnera. « Car là où deux ou trois sont assemblés au Nom de Jésus, il est au milieu d'eux. » (Matthieu 18:19-20)

Jésus développe longuement des explications sur le pardon: - Si ton frère a péché (contre toi), va et reprends-le entre toi et lui seul. S'il t'écoute, tu as gagné ton frère. - Mais, s'il ne t'écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes, afin que toute l'affaire se règle sur la déclaration de deux ou de trois témoins. - S'il refuse de les écouter, dis-le à l'Église; et s'il refuse aussi d'écouter l'Église, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain. Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. (Matthieu 18:15-18)

Dans ce passage, cela concerne « moi et mon frère ». Les témoins ne sont pas forcement des responsables et c'est à chacun de le dire ou pas à tous les autres chrétiens (l'église). L'église ne fait rien du tout vis-à-vis de lui, s'il ne l'a pas écoutée. Cest à nouveau à "moi vis-à-vis de mon frère" d'agir, à "moi" de ne plus le considérer comme chrétien.

Jésus demande de pardonner 77x7 fois, c'est-à-dire infiniment. (Matthieu 18:21-22)

Jésus-Christ venait d'expliquer que lier et délier sur la terre, c'était lier et délier de le ciel. (Matthieu 18:18). Verset d'une extrême importance. Selon le contexte immédiat qui parle énormément de pardon et selon l'éclairage de Jean 20:21-23, lier et délier signifierait pardonner. Lorsque Jésus-Christ se présente au milieu de tous les disciples, (ils sont environ 120 assemblés dans une chambre haute de Jérusalem), Jésus leur dira : "La paix soit avec vous! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. Après ces paroles, il souffla sur eux, et leur dit: Recevez le Saint Esprit. Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus" (Jean 20:21-23)

C'est l'unique passage de la Bible qui parle de retenir des péchés. Partout ailleurs il est dit: Si nous ne pardonnons pas, Dieu ne pardonne pas.

La prière appelée « Notre Père », et les versets qui l'entourent (Matthieu 6:9-15) nous demande expressément de pardonner à chacun, ce que Jésus répète dans Marc (11:25-26) « Et, lorsque vous êtes debout faisant votre prière, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez, afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne aussi vos offenses. Mais si vous ne pardonnez pas, votre Père qui est dans les cieux ne vous pardonnera pas non plus vos offenses ».

1 Corinthiens 14:23-40Modifier

Il y a une deuxième description d'un rassemblement dans le Nouveau Testament. (1 Corinthiens 14:23-40). Chacun est encouragé à prophétiser (1 Corinthiens 14:5,12,24,26,etc) et chacun est encouragé à vérifier, approuver, ou désapprouver les dires des uns et des autres. (1Corinthien 14:29).

Actes 14:23 et 15:23Modifier

Dans les Actes (Actes 15:22-23) les apôtres, les anciens et les frères envoient tous ensemble une lettre. Il n'y a aucune ambiguïté possible dans les originaux. Une moitié des traductions de la Bible en français ne mentionnent pas « et les frères ».

Toujours dans les Actes des Apôtres (Actes 14:23), l'assemblée entière ou les apôtres choisissent les responsables. En grec, le verbe χειροτονέω –  cheirotoneó - est traduit différemment d’une traduction française à l'autre. Les traductions TOB, NBS et A La Colombe précisent en note de bas de page que les deux compréhensions seraient possibles: soit l'assemblée élit à main levée ses anciens, soit les apôtres les désignent.

χειροτονέω –  cheirotoneó étymologiquement signifie: élire à main levée, par exemple, selon Platon qui reprend ce terme dans Les Lois, VI, 755-756 «L’assemblée décidera à main levée lequel des deux lui paraît tel et il sera admis pour l’élection (...) La cavalerie votera à main levée en présence et sous les yeux de tous les fantassins, et les deux qui auront le plus de voix seront nommés chefs de toute la cavalerie» Dans le Nouveau Testament, Corinthiens 8:19 utilise ce même verbe grec χειροτονέω –  cheirotoneó et toutes les traductions françaises s'entendent pour exprimer que chacun vote à main levée. La traduction de La Septante, la Bible en grec, le comprend aussi ainsi, en Esaïe 58:9.

1 Corinthiens 5:9-13; 2 Corinthiens 2:10; Galates 1:8; 1 Thessaloniciens 5:21Modifier

Dans les lettres aux Corinthiens, il est indiqué que l'assemblée entière exerce la discipline et pardonne (1 Corinthiens 5:2; 2 Corinthiens 2:6). Si l'église pardonne, alors Paul pardonnera forcement. En Galates 1:8 et 1 Thessaloniciens, il est demandé à toute l’église de vérifier toute prophétie et de réfuter tout enseignement contraire à l’évangile, entre autres exemples.

Histoire selon le protestantismeModifier

C’est à partir du IVe siècle apr. J.-C. sous les empereurs Constantin et particulièrement Théodose, que petit à petit sera mis en place un système pyramidal dans les assemblées, système centralisé à Rome[1].

L’idée que chaque paroisse chrétienne représente complètement le corps visible de l’Église peut être attribuée à John Wycliffe et au mouvement des Lollards qui se manifesta en Angleterre autour des années 1380. Les Vaudois ont gardé ce principe depuis leur séparation d'avec le catholicisme au XIIIe siècle.

En 1523, Martin Luther écrit qu'une assemblée chrétienne a le pouvoir de juger ce qui est enseigné et d’élire et de destituer ses responsables[2]. Ses écrits popularisent l'idée du congrégationalisme, même si le congrégationalisme ne sera pas la forme de gouvernement retenue par les églises luthériennes qui, très souvent héritent des structures épiscopales héritées du catholicisme et les conservent.

Le mouvement anabaptiste, en revanche, souhaitant rendre les Églises indépendantes de l'État, a pratiqué le congrégationalisme. Les différentes dénominations qui découlent des anabaptistes, tels que les mennonites en Europe ou les amish en Amérique du Nord, le pratiquent encore de nos jours[3]. Le mouvement congrégationaliste tel que nous le connaissons aujourd’hui, en France, et en Europe est né de ces différents mouvements.

Les congrégationalistes proprement dits sont apparus pendant la Réforme anglaise où ils faisaient partie des non-conformistes puritains qui estimaient que l'Église n'avait été que partiellement réformée et contestaient l’autorité de la reine Élisabeth Ire d’Angleterre. Robert Brown (1550-1633) un des « pères fondateurs » du congrégationalisme dans les pays de langue anglaise, appartient à cette tendance. Il développe dans ses écrits l'idée que l'Église doit être fondée par une alliance de l'ensemble des membres d'une communauté.

Les théologiens de la faculté de Heidelberg dans les années 1560, le théologien anglais William Perkins à partir des années 1570, ainsi que plusieurs théologiens écossais dans la seconde moitié du XVIe siècle enseignent le congrégationalisme.

À partir de 1582, Browne et Harrisson arrivent à publier, lors de leur fuite à Middelbourg, une série d'ouvrages, dont leur ouvrage principal A Treatise for Reformation Without Tarrying for Any, publié en cachette en 1583. Ce manifeste servira de base aux assemblées congrégationalistes. Browne ne pourra rentrer en Angleterre qu'en 1584.

Les idées de Browne se propagent en Angleterre. Elles sont reprises par Henry Barrowe et John Greenwood, qui publient en 1588 The True Church and False Church, contre l'Église anglicane qui fonctionne de manière pyramidale. L'ouvrage est secrètement publié en Angleterre alors que Barrowe et Greenwood sont en prison. Ils sont exécutés en 1593.

La répression anglicane et monarchique empêche à la fin du XVIe siècle le développement du congrégationalisme en Angleterre. Aux Pays-Bas, par contre cette forme de gouvernance se développe. Francis Johnson et de Henry Ainsworth, deux Anglais, s'exilent alors aux Pays-Bas, et y publient A Confession of Faith of The People Called Brownists, en 1596.

Le pasteur anglais John Robinson (1576-1626) exilé à Leyde, développera cette forme de gouvernance en Amérique du Nord. Une partie des membres de la congrégation de Leyde s'embarque en 1620 à bord du Mayflower, à destination de l'Amérique du Nord, où elle fonde la colonie de New Plymouth.

En 1628, d'autres congrégationalistes, avec à leur tête, John Winthrop, quittent l'Angleterre pour fonder la colonie du Massachusetts.

Dans les pays anglo-saxons, les Églises baptistes ont également adopté le congrégationalisme.

Le congrégationalisme, forme de gouvernance ecclésialeModifier

Fonctionnement du congrégationalismeModifier

Le congrégationalisme donne l'autorité à l'assemblée entière. La congrégation est formée de tous les membres de l'assemblée. Et les membres sont les personnes ayant librement choisi de faire partie de l'assemblée. Cette congrégation prend des décisions telles qu'élire et destituer anciens et pasteur(s), elle décide et vote le budget et tout ce qui concerne l'organisation de l'assemblée[4].

L'assemblée est indépendante des autres assemblées de sa même dénomination et indépendante des assemblées d'autres dénominations d'une même ville (région).

De plus en plus, certaines assemblées créent des contacts ou encore s’associent pour différentes activités avec d'autres assemblées. Elles mettent parfois en commun certaines ressources et encouragent le partage fraternel entre les membres de différentes assemblées d'une même ville (région).

Comparaison avec les autres formes de gouvernance ecclésialeModifier

Au sein de la chrétienté, le congrégationalisme se distingue des systèmes de gouvernance épiscopalien et presbytérien synodal.

Dans le système épiscopal, une Église locale est sujette à l’autorité d’une hiérarchie d’évêques et d'ecclésiastiques ; c'est essentiellement le système de l'Église catholique et des Églises orthodoxes.

Le système presbytérien synodal reprend pour l'essentiel la théologie congrégationaliste (voir ses fondements bibliques ci-après), mais l’Église locale, gouvernée par son conseil presbytéral, délègue ensuite une partie de ses pouvoirs à une fédération gouvernée par une assemblée appelée « synode », constitué de délégués élus par les différents conseils presbytéraux ; ce synode peut exercer de l’autorité sur des Églises locales. Le système presbytérien synodal est donc également une forme démocratique de gouvernement d'Église. C'est le système majoritairement adopté dans le protestantisme y compris l'anglicanisme.

Dénominations chrétiennesModifier

Le congrégationalisme est surtout présent dans les Églises évangéliques[5].

Notes et référencesModifier

  1. C.O. OWEN & R.S. NORMAN (Éditeurs), Perspectives on Church Government – Five views on Church polity, Broadman and Holman, Nashville, 2004, p. 172.
  2. M. LUTHER, Œuvres, tome IV, Qu’une assemblée ou communauté chrétienne a le droit et le pouvoir de juger toutes les doctrines, d’appeler, d’installer et de destituer des prédicateurs. , Labor et Fides, Genève, 1958, p. 84.
  3. C.O. OWEN & R.S. NORMAN (Éditeurs), Perspectives on Church Government – Five views on Church polity, Broadman and Holman, Nashville, 2004, p. 174.
  4. (en) C.O. OWEN & R.S. NORMAN (Éditeurs), Perspectives on Church Government – Five views on Church polity, Broadman and Holman, Nashville, 2004, p. 157.
  5. (en) Walter A. Elwell, Evangelical Dictionary of Theology, Baker Academic, USA, 2001, p. 258

Voir aussiModifier

Premiers auteurs congrégationalistesModifier

BibliographieModifier

  • Henry Barrowe, The Writings of Henry Barrowe, G. Allen and Unwin Ltd., 1966. The True Church and False Church (1588), avec John Greenwood, in The Writings of John Greenwood, Together with the Joint Writings of Henry Barrowe and John Greenwood, 1587-1590, éd. de Leland H. Carson, G. Allen and Unwin Ltd., 1962.
  • Robert Browne et Robert Harrisson, The Writings of Robert Harrison and Robert Browne, éd. de A. Peel et L. Carson, Londres, 1953.
  • Champlin Burrage, The Early English Dissenters, 2 vols., Cambridge University Press, 1912.
  • Jean Delumeau, Thierry Wanegffelen, Bernard Cottret, Naissance et affirmation de la Réforme, PUF, rééd. 2012 (1re éd. 1973).
  • H. M. Dexter, Congregationalism of the Last Three Hundred Years, as seen in its litterature, Londres, Hodder et Stoughton, 1880.

Articles connexesModifier