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Un télévangéliste (en anglais televangelist, mot formé à partir de television et evangelist) est un ministre religieux qui consacre une partie importante de son ministère à des émissions de télévision régulières. Certains télévangélistes sont aussi pasteurs dans leurs propres temples, mais leurs ouailles sont majoritairement des téléspectateurs. Le concept est surtout associé au christianisme évangélique.

HistoriqueModifier

Le télévangélisme puise ses sources dans la seconde moitié du XIXe siècle avec les réunions de réveil, rurales (camp meetings) puis urbaines, et surtout au début du XXe siècle, avec les prédicateurs vedettes itinérants qui élargissent leur auditoire à mesure du développement des techniques de communication pour susciter des conversions[1].

Les radios dans les années 1920 diffusent les cérémonies religieuses et rapidement donnent du temps d'antenne gratuit pour diffuser les prêches de prédicateurs. Ce type de prédication prend son essor avec le développement des chaînes radiophoniques gratuites ou payantes qui diffusent une interprétation littérale de la Bible, laquelle permet d'étayer des campagnes réactionnaires, voire racistes et anti-communistes[2]. L'un des plus célèbres prédicateurs catholiques entre les deux guerres est le prêtre Charles Coughlin dont les émissions au ton fortement anticommuniste et antisémite sont diffusées par le réseau CBS et touchent 45 millions d'auditeurs. Durant la Grande Dépression des années 1930, Coughlin est un adversaire du président américain Roosevelt et du New Deal. En septembre 1940, il arrête ses émissions, la majorité des radios refusant de diffuser ses diatribes haineuses[3].
Un autre pionnier est la pasteur canadienne évangélique et revivaliste Aimee Semple McPherson, fondatrice de l'International Church of the Foursquare Gospel, qui utilise la radio et le téléphone dans les années 1920 et 1930 pour atteindre un public plus large[4].

Les prédicateurs radiophoniques revivalistes s'organisent en l'association des National Religious Broadcasters (en) fondée en 1944 afin de réguler leur activité. Entièrement contrôlée par les protestants évangéliques, cette association dynamise fortement le mouvement et obtient de la Commission fédérale des communications en 1956 que les fidèles puissent financer les émissions religieuses. La Bible Belt réduit ainsi rapidement son retard sur les protestants modérés et les catholiques du Nord, et les évangélistes, s'ancrant sur la théologie de la prospérité, deviennent producteurs de leur émission et propriétaires de leur propre chaîne de radio[5].

Après la radio, les conquièrent la télévision dans les années 1950. Le prêtre et futur archevêque catholique Fulton Sheen tient l'émission radiophonique The Catholic Hour de 1930 à 1950, puis présente pendant une vingtaine d'années des émissions de télévision qui donnent une excellente réputation à la télévision comme moyen de communication sociale et d'évangélisation. Elles lui vaudront un Emmy Award en 1952[6]. Le magazine Time, qui a forgé le terme de télévangéliste en 1952, lui décerne le titre de « premier télévangéliste »[7].

Dans les années 1970 et 1980, la montée du christianisme évangélique permet à des télévangélistes de devenir des personnages de grande envergure, propriétaires de leur propre chaîne, jouissant d'une visibilité médiatique et de l'influence politique qui y est associée[8]. Nombre d'entre eux connaissent leur heure de gloire à cette époque et accompagnent la révolution des megachurches grâce au développement de la télévision par câble et par satellite. Ces méga-églises deviennent des empires financiers qui investissent le terrain politique (tels les télévangélistes Billy Graham, Pat Robertson avec son, groupe de pression Christian Coalition of America, ou Jerry Falwell dont l'organisation politique Moral Majority a contribué à l'élection à la présidence des États-Unis de Ronald Reagan et de George W. Bush[9]), le terrain culturel (parc thématique Heritage USA (en) de Jim Bakker (en), collège biblique de Jimmy Swaggart (en), université d'Oral Roberts) et le terrain humanitaire (Robert Schuller (en) et sa Crystal Cathedral). Mais s'il marque durablement le paysage religieux et continue de se développer en Amérique latine, en Afrique, en Europe et en Asie, le télévangélisme à travers ces megachurches reste au XXIe siècle un phénomène minoritaire menacé par diverses dérives (surenchère au gigantisme débridé et au star system avec des dirigeants impliqués dans des scandales, repli identitaire)[10].

Le télévangélisme contemporainModifier

Le télévangélisme est un phénomène à l'origine spécifiquement américain. Toutefois, la forte progression du christianisme évangélique en Amérique latine, en Europe, en Afrique et en Asie a entraîné l'apparition de télévangélistes dans ces pays[11]. Enfin, depuis les années 1990, les chaînes des télévangélistes américains implantent progressivement des antennes locales en Europe. De nombreux networks (réseaux de chaînes de télévision couvrant l'ensemble du territoire) religieux existent et leurs programmes sont constitués principalement par des messages de télévangélisme.

Bien qu'à prédominance catholique dans le nord des États-Unis, c'est un phénomène presque entièrement chrétien évangélique dans le Midwest et le Sud, où il constitue un avatar des mouvements de réveil prêchés sous des chapiteaux itinérants (revival tent preaching) qui connurent un regain durant la grande dépression, les prédicateurs se déplaçant de ville en ville et vivant des offrandes des fidèles[12].

Aux USA, les télévangélistes les plus connus sont Joel Osteen, Joyce Meyer et T. D. Jakes[13]. Au Nigéria, il y a Enoch Adeboye, William Kumuyi et Chris Oyakhilome [14]. Dans le monde arabe, Frère Rachid, originaire du Maroc, dirige une émission hebdomadaire sur Al Hayat TV [15].

Le télévangélisme et les médiasModifier

CinémaModifier

Le télévangélisme a été décrit par le cinéaste Richard Brooks dans son film Elmer Gantry le charlatan (1960) avec Burt Lancaster (qui reçoit grâce à ce film l'Oscar du meilleur acteur) et Jean Simmons, adaptation du roman éponyme (1927) de Sinclair Lewis).

Séries TVModifier

The Righteous Gemstones est une série télévisée américaine, créée par Danny McBride et lancée le 18 août 2019 sur HBO. La série (comédie) suit les péripéties d'une famille de télévangélistes célèbres et déjantés. [16]

Controverses liées aux télévangélistesModifier

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Certains télévangélistes ont été la source de graves controverses portant sur les pratiques de guérison. Ils sont accusés de charlatanerie par les sceptiques et des fraudes ont pu être prouvées comme dans le cas de Peter Popoff.

Dans les années 1980, des scandales financiers ont ruiné la réputation de certains d'entre eux, dont Jim Bakker qui a dû faire de la prison. Jimmy Swaggart est devenu célèbre pour l'aveu de ses relations avec des prostituées. Ils continuent de prêcher, mais avec une audience moindre. Leurs pratiques sont dénoncées par la chanson Jesus He Knows Me du groupe Genesis, qui met en scène un télévangéliste amoral détournant les dons de ses téléspectateurs.

Pat Robertson et Jerry Falwell se sont fait remarquer en 2001 par leurs déclarations interprétant les attentats du 11 septembre 2001 comme une sanction divine.

Dans l'islamModifier

Le télévangélisme existe aussi dans l'islam, bien qu'il soit question de Coran en lieu et place d'Évangile. Plusieurs émissions sont notamment développées au Pakistan[17] ou en Égypte[18] ; Amr Khaled est l'un des plus célèbres.

Notes et référencesModifier

  1. (en) Jeffrey K. Hadden & Anson Shupe, Televangelism. Power and Politics on God's Frontier, Henry Holt, , p. 7.
  2. (en) Jeffrey K. Hadden & Anson Shupe, Televangelism. Power and Politics on God's Frontier, Henry Holt, , p. 9.
  3. (en) Rodger Streitmatter, Mightier than the Sword: How the News Media Have Shaped American History, Hachette UK, , p. 121.
  4. Mark Ward Sr., The Electronic Church in the Digital Age: Cultural Impacts of Evangelical Mass Media , ABC-CLIO, USA, 2015, p. 104, 231
  5. Sébastien Fath, Militants de la bible aux États-Unis. Évangéliques et fondamentalistes du Sud, Éditions Autrement, , p. 122.
  6. Ann Podgers, Emmy-winning televangelist on path toward sainthood: Sheen would be 1st American-born man canonized, Chicago Sun-Times, 29 août 2006
  7. (en) Bishop Fulton Sheen: The First "Televangelist", version électronique de l'article du 14 avril 1952 du magazine Time
  8. Randall Herbert Balmer, Encyclopedia of Evangelicalism, Westminster John Knox Press, USA, 2002, p. 677-678
  9. Brian Steensland, Philip Goff, The New Evangelical Social Engagement, OUP USA, 2014, p. 111
  10. Sébastien Fath, Dieu XXL. La révolution des megachurches, Autrement, , 194 p..
  11. André Corten, André Mary, Imaginaires politiques et pentecôtismes: Afrique, KARTHALA Editions , France, 2000, p. 29
  12. J.K. Haden, C.E. Swann, Prime Time Preachers.The Rising Power of Televangelism (1981), p. 19
  13. George Thomas Kurian, Mark A. Lamport, Encyclopedia of Christianity in the United States, Volume 5, Rowman & Littlefield, USA, 2016, p. 2275-2276
  14. P. Thomas, P. Lee, Global and Local Televangelism, Springer, USA, 2012, p. 182
  15. Hicham Oulmouddane, Le coming out des Marocains protestants, Journal ledesk.ma, Maroc, 14 juillet 2016
  16. « The Righteous Gemstones » : une famille (et une histoire) en toc lemonde.fr, Renaud Machart, France, 21 août 2019
  17. « Au Pakistan, la "bataille" des télévangélistes musulmans », Dépêche AFP,‎ (lire en ligne)
  18. (en) « Holy smoke : Islamic preachers are drawing on a Christian tradition », The Economist,‎ (lire en ligne)

AnnexesModifier